GG
écrire: 'I'evoî'.oi; -pEaîJT£po:; probablenieiit il se préoccupait de placer le nom du correspondant en premier lieu, conformément aux usages de la politesse antique.
L'expéditeur écrivait de Yinlérieur. Or, le papyrus a été découvert à Kysis, au sud de la Grande Oasis. 11 s'ensuit qu'il n'a pas été rédiijé dans cette bourgade et que c'est donc bien l'original reçu par le prêtre Apollon, établi à Kysis, qui nous est parvenu. La localité où résidait Psénosiris est moins certaine. Serait-ce la ville que remplace El-Khargeh, le chef-lieu actuel de l'oasis, qui est situé au nord de Kysis et cjui possède une très ancienne nécropole chrétienne '? Ne serait-ce pas plutôt quelque centre de l'oasis Dachel, placée à l'ouest de la Grande Oasis ? De nos jours, en elTet, on distingue encore celle-ci en intérieure et extérieure, et, dès le v siècle, Olympiodore connaît cette opposition '.
La déportation dans l'oasis équivalait à la déportation dans une île : est quoddam genus quasi in insulam relegationis in provineia ^JLgijpto in Oasin retefiare -, Plus de mille ans avant l'ère chrétienne comme sous les empereurs romains et byzantins, les oasis et. en particulier la Grande Oasis, ont servi de lieu de rélégation '. La déportation de la femme dont s'occupe Psénosiris a été prononcée par mesure administrative par le préfet impérial, r,';vxM/ ou 'é-io/o; d'Egypte *. C'est évidemment une condamnée, mais non pas une criminelle de droit commun, car ceux-ci étaient évacués vers les travaux forcés dans les mines \ Vraisemblablement c'est une chrétienne expiant quelque refus de sacrifier aux idoles et à qui sa situation aura valu quelques ménagements. Le document ne dit pas expressément qu'il s'agisse d'une chrétienne, ni même d'une condamnée; mais comment admettre, si cette fcmni? n'est pas chrétienne, que les prêtres de deux communautés chrétiennes se mettent en mouvement à son sujet ■? Si elle n'est pas une condamnée, pourquoi le gouvernement l'envoie-t-il ainsi, seule et sans appui, dans un lieu réservé aux déportations ? Accepte-t-on de voir en elle une chrétienne exilée pour sa foi, on comprend aisément que Psénosiris se serve de l'expression adoucie et vague enuoyée et, de même, que par prudence il évite l'emploi de mots formellement chrétiens. Car on ne peut se dissimuler que la lettre a été rédigée avec prudence, évidemment pour le cas où elle serait lue par un païen ; celui-ci risquait fort de n'y rien découvrir de suspect. Un presbyleros, c'est un homme âgé et aussi un maire, le salut au nom du Seigneur, les frères chéris, banalités sans conséquence, les bons fossoyeurs en qui on peut avoir confiance sont désignés par une formule de style administratif.
C'est qu'en effet la lettre de Psénosiris a été écrite à une époque de persécution. Nous avons dit qu'elle faisait partie d'un lot de papyrus parmi lesquels ceux qui sont datés s'échelonnent entre '24'2 et 310 de notre ère *. Les indices paléographiques confirment cet écart ; à s'en tenir à ce qu'ils nous apprennent, la lettre doit avoir été écrite dans la deuxième moitié du ni"" siècle ou les débuts du siècle suivant.
' Dans Photius, Bibliotheca, édit. Bekkcr, p. 61. — 'Digeste, I. XLVIII, tit. xxii, loi 7. — ' H. Brugscli. Reise nach dem Grossen Oase, in-S", Leipzig, 1878, p. S3; Socrate, llistoria ecctesiastiea, I. II, c. xxviii, P. G., t. Lxvii, col. 272; Acta sanet., maii, t. v, p. 29; /.onaras, Ann.,l. XII, c. xxii, P. G., t. cxxxiv, col. 1061. — ' Même expression dans un papyrus publié par Wessely, Studien :iir Palœographie iind Papyruaknnde, t. ii, p. 15. — ■* Monioisen, Rômischcs Stralrechl, in-8">, Leipzig, 189S, p. Î16S-960. — • SaycP, n. :i et I, en 242; Sayce. n. 5 et Grcntell-Hunt, n. 71, entre 244 et 219; Grenfcll-Hunt, n. 68, en 247; .Sayce, n. 1, en 249; Sayce, fraani. A la suite du n. 6, en 2'>4 et 239; Grcnrcll-Hunt, n. 69, en 26.>; Id., n. 70, en 269; Id., n. 72, en 290 ou 293, ou 299 ou 30.3 ou 304; /'/., n. 74, en 302; Id., n. 75, en 305; Id.. n. 76, en 305 ou 306: Savce, n. 2, en 301 ou 305 ou 300; Grenfell-IIuut, n 78, en 307. —
Une des pièces provenant des mêmes archives de.s fossoyeurs de Kysis ' remonte au temps de l'empereur Philippe l'Arabe et mentionne un f ApoUonios [fils] d'.Xmmonios prêtre , ou : = .\ppollonios, prêtre [fils] d'.\mmonios i. Si dans la lettre de Psénosiris on acceptait la lecture .\pollonios au lieu d'.-\pollon, on pourrait être tenté d'identifier ces deux personnages. Mais la lecture en question est très douteuse. De plus, dans l'autre papyrus, le mot presbyteros signifie Witné de deux frères et non un prêtre. Enfin la paléographie de la lettre de Psénosiris se rapporterait difficilement au règne de Philippe, .\yant donc le choix entre les persécutions de Déce, de Gallus, de Valérien et de Dioctétien, cette dernière parait plus vraisemblable, d'autant que le christianisme semble être déjà développé dans la Grande Oasis, indice plus aisé à accorder avec la date de la dernière persécution qu'avec celles des persécutions précédentes. Celle de Dioclétien commença en 303, elle nous fait connaître l'exil d'un grand nombre de chrétiens d'Egypte, parmi lesquels justement une femme d'Alexandrie '. L'organisation de communautés chrétiennes dans la Grande Oasis invite aussi à ne pas remonter trop haut. Comme il est à croire que le christianisme y fut introduit par les fidèles déportés en ces lieux de la Basse-Egypte, nous rappellerons que Valérien. après 2j7, avait par édit décrété le bannissement de matrones chrétiennes • et aussi que des Égyptiens, par exemple saint Denys d'.\lexandrie et ses compagnons'".furent condamnés à la relégation en application d'un autre édit du même empereur.
En parlant de la déportée, Psénosiris l'appelle Tf,v -oX'.TiKr//. Cemotaété très diversement traduit. Grenfell et Hunt y voient l'indication d'une femme de mauvaise vie, Deissmann un nom propre. Une femme de mauvaise vie n'eût pas été condamnée à la relégation, et l'eùt-elle été, les prêtres chrétiens ne se fussent pas employés à son ser\'ice avec tant d'attention; s'il s'agissait d'une chrétienne condamnée à la prostitution, ces mêmes prêtres lui eussent épargné une dénomination aussi déshonorante. Quant au nom propre Politiké, on le rencontre, il est vrai, dans les inscriptions et même une fois il peut s'appliquer à une Égyptienne". La présence de l'article indiquerait que la déportée est déjà connue du prêtre Apollon, sans doute pour avoir passé par Kysis ". M. Franchi de Cavalieri, après avoir écarté l'acception sans précédent de •' condamnée politique », proposa d'abord le sens de « concitoyenne ». peut-être même de « coreligionnaire • ". Presque en même temps, M. G. Lumbroso faisait remarquer que sur un papyrus daté de l'an 127 de notre ère "on voit les -o/.'.T'.y.o'. opposés aux voa'./.O' et ces derniers désignant oi à-6 -f^i Aïyj-Toj. Dans Sozomène on Ut à propos de deux saints du nom de Macaire : tojtwv 5è ô asv .\!Y'j~'^''>;. ô 61 -oX'.T'.zo;, ôj;à3Td;, lùvoiii^ETO. f.v yip tiTi •|'iv£i ' AXsîavSpiJ; ". Comme en Italie Urbs désignait Rome, et chez les Grecs '.\îtj Athènes, dans la bouche et sous la plume des Égyptiens -oX;ç désignait sans doute Alexandrie. On peut rapprocher encore -ci/.'.; =
' Grcnfell-Hunt, n. 71. — ■ Eusébe, Hisl. ecclés., 1. VIII, c. XIV, P. L., t. XX, col. 782. — • S. Cvprien, Epist., i.xxxii, P. L., t. IV, col. 429. — "Eusébe, Hl!:l. ecclés., 1. VII, c. xi, P. G., t. XX, col. 661. — " Corp. inscr. lat., t. v, n. 8414; t. VI, n. 20616; t. ix, n. 878; t. xii, n. 717, n. 828; t. xiv, n. 628; Kaibel, Inscr. grœe. SiciliiV et Itali-v, n. 1705. — '" M. C. Wessely, op. cit., p. 128, admet aussi l'explication par un nom propre. — " Franchi d. Ca\'alieri, L'na lettera del tempo delta persecuzione Diocleziaiiea, dans .Vi/oi>o bitll, di arcli. crist., 1902, t. viii, p. 15-25. — "Oxyr., n. 34, col. 3, lifnic 2 et ligne 10; Wilcken, dans Arcliiu fiir Papynislorscliimg, t. i, p. 125. — '^Sozomène, liist. ecclés., 1. III, c. XIV, p. G., t. Lxvii, col. 1068, cl. G. I.umbroso, dans Rendiconti delta reale .4ccarfemia dei Lincei, séance du 21 décembre 1902, p. 586 ; Franchi d. Cavalieii, Uii' tiltima parola siillu leltcra di Pscnosiris, dans ^uovo l>nll., t. viii, p. 264.
DÉPORTATION — DEPOSITIO
Coustantiuuple clicz les Ijyzaiiliiis et de nos jours, et surtout r.oX'.-.rii employé par les Grecs modernes pour indiquer un habitant de Constantinople. A côté de ce dernier mot, la forme -oh.xv/.ôi pourra sembler extraordinaire. Mais puisqu'elle est parfaitement attestée, nous n'avons qu'à l'accepter telle cnielle. Aux exemples allégués on peut en ajouter bien d'autres. Dans la vie de saint Eakhôme, datée de .'iSd environ, on voit l'abbé Théodose qualifié deux fois de -oXit'.zo; ' pour le distinguer évidemment de son homonyme plus célèbre, le successeur de Pakhônic : or l'abbé Théodose était d'Alexandrie '' et son homonyme de Thèbes \ En outre, l'abbé Théodose avait un second du nom de Héron, que la vie de Pakhôme appelle aussi -oX'.tizoç ', cet Héron devait être un compatriote de l'abbé. Jusqu'à nos jours, dans le Menée imprimé, on distingue au 19janvier saint Macaire le tioXit'./.o; ou d'.Mexandrie d'avec saint Macalre l'Égyptien. Impossible, dès lors, d'hésiter. Puisque -oXiTizd; à le sens d' alexandrin dans les textes égyptiens du II" au V siècle, t:o).iti7.ti , dans la lettre de Pstnosiris, ne peut vouloir dire que : femme d'Alexandrie.
D'Alexandrie, la chrétienne avait dû, escortée par la police, remonter le Nil jusqu'à Syène (Assouan) et, de là, se rendre à Kysis. Là, débarrassée de ses gardiens, elle veut profiter de la liberté qui lui est laissée comme déportée et pénétrer dans l'intérieur de l'oasis, la police impériale s'en désintéresse et elle a recours à l'entreprise privée des fossoyeurs ou nécrotaphes, laquelle comptait des chrétiens sûrs K
IV. Nestorius. — Après la paix de l'Église, Constantin régularisa au point de vue matrimonial la situation des déportés, nuùs la peine de la déportation continua d'être appUtiuce. Nous en connaissons un illustre exemple dans la personne du patriarche Nestorius.
Déchu de sa dignité patriarcale, Nestorius fut enfermé dans son ancien monastère d'Euprèpe. 11 y demeura quatre ans, cherdiant dans l'élude une distraction à ses regrets et à son ennui. Bientôt il hasarda quelques écrits et prit la parole en public; l'auditoire se composait de l'aristocratie d'.\ntioche, futile et flattée de recevoir les confidences el la doctrine d'un personnage en vue. Mais bientôt les réclamations assaillirent l'empereur Tliéodose H, personnellement mal disposé pour l'hérésiarque et très enclin à écouter les paroles du pape Célestin demandant que ab omni societate removeat ut lacuUalem aliquus perdendi non habcat. Le pape engageait les évèques à s'associer à sa démarche et Jean d'Antioche, dans le diocèse duquel se trouvait Nestorius, soucieux de n'être pas accusé de bienveillance pour son turbulent diocésain, se montrait aussi animé que personne et réclamait l'exil du perturbateur. On leur donna satisfaction, le préfet du prétoire Isidore reçut l'ordre de faire déporter Nestorius à Petra, en Arabie. Un pareil lieu d'exil était un raffinement de souflrance, Petra n'était qu'une grosse bourgade païenne que fréquentaient seuls quelques Arabes scénites. Ce n'était cependant qu'un acheminement vers un lieu plus redoutable encore, l'oasis de ril)is en Egypte. Là vivait une pauvre population de ([uelqnes feux et parmi eux des courtisans disgraciés, ahuris par la solitude, des criminels redoutables que le sable gardait. Car il n'était pas besoin d'un poste pour s'opposer à l'évasion de ces misérables; un océan de sable les enveloppait, point de route tracée, point de caravanes régulières. Nestorius comprit que tout était fini pour lui désormais, et il ne songea plus qu'à écrire
. '.Ida sanct., mai, t. iir, p. :!'.)• i> cl 13» n. — ' Ibid., p. :î I * i ; voir aussi la lettre d'.Amnioii, ibid., p. 55* c, n, r. — ' Ihiil., |>. 55* c. — ' Ibid., \). i:\* n. Ajiintcr encore, ApoiMcnmuIn Palriim, dans P. G., t. xxxiv, col. 21!» et Vllisloria Laminai. — » Les fossoyeurs portaient à Apollon la lettre de son collègue de l'Oasis; comment la lettre est-cllc revenue à Kysis, nous ne le bauron^ probablement jamais. — ' II. I.r-
l'histoire de sa vie et de ses lulles. Quelques fragments parvinrent, on ne sait par quelles voies, en Egypte et en Syrie, mais ils furent détruits. Cependant un jour les déportés furent rendus à l'espoir, une peuplade nommée les Blemmyes envahit l'oasis, la pilla et emmena prisonniers tous les Romains qui semblaient gens à pouvoir payer rançon. Ceux-ci ne faisaient que changer de maîtres et il leur fallut traverser les sables sans trop prévoir l'issue de l'aventure. Quand on approcha des frontières de la province de Thèbes, la tribu des Blemmyes rencontra une autre tribu va;.:bonde et détala, lui abandonnant sa rorrùi. Nestoriu;, vieux et infiime, se traîna jusqu'à Panopolis d'où il écrivit au gouverneur de Thèbes lui rapportant ce qui venait de se passer et ci niment il avait quitté l'oasis sans être néanmoins en rupture de ban. Le gouverneur peu rassuré du jul: ment que l'empereur porterait sur l'évén ment, fit partir Nestorius pour l'île d'Élcphantinc, point extrême de l'Egypte et limite de l'impirc sur la frontière d'Ethiopie. Le vieillard, épuisé, loul a de sa monture et se blessa à la main et au côté, on rentra à Panopolis, mais l'ordre survint de se renieltre en route; alors, Nestorius refusa, et du droit de son grand âge, de sa faiblesse et du rang qu'il avait occupé déclara au gouverneur qu'il en appelait à rcmperenr. Peu après la gangrène l'emportait.
V. lîviÎQUES ET FIDÈLES D'AFRiyiE. - Pendant la domination des Vandales, l'Église d'Afrique fut à différentes reprises privée de ses chefs, nous en avons fait ailleurs le récit ", d'après la relation de Victor de Vite. Nous voyons, en particuUer, un groupe de déportés de l'Afrique Proconsulaire dans le pays des Maures comptant 4 970 fidèles, clercs et laïques; les évèques — en 184 on en comptait 466 — étaient déportés en Corse ou en Sicile. Nous ne citerons qu'un texte à ce sujet, parce qu'il appartient de droit à l'archéologie, c'est une inscription trouvée à Mouzaïaville el conservée depuis 1856 au musée d'Alger, hauteur O^VS, largeur U">50, hauteur des lettres O^OG ' :
"HJ L T I S E X I L II S suci>e PROBATVS ET FIDEI
CATHOLICAE ADSER
TO R Dl GNVS I NVEN TVS j INPLEVIT IN EPISCOPATV AN-XVIII • M ■ Il ■ D Xll • ET OCCI SVS EST IN BELLO MAVRO RVM ET SEPVLTVS EST DIE VIIDMAIAS P CCCCLVI
[mij]/(is iwiliis \sa-pc] i>rolHdus el /idci cidholiiir
adscrtot dignus invenlus, inplevit in episcnpalu an (nus X VIII, m{enses) ii, d(ies) \ii el occisus est in bello) Maurorumelsepullus esldie y'idiiis) Maia.^{anno) p^rouin- (■i:r) C.C.V.CI. \ I. c'est-à-dire en l'année 495 de notre ère. H. Lnr.LERCQ.
DEPOSITIO, DEPOSITUS.— Les fidèles ont eu le souci d'inculquer par leur langage telle de leurs croyances, le choix et l'usage qu'ils en ont fait apparaît c<nnme une protestation contre la croyance opposée. Les épilaplies païennes nous apprennent beaucoup de choses sur le défunt, sa généalogie, sa conduite, les honneurs qu'il obtint, les années qu'il passa en ce monde, mais elles taisent le jour où il le (piilla, jour fatal donl on semblait vouloir ainsi abolir le souvenir,
iliieii, /.'.l/ri^iic elirélicnnc, 19U4, l. H, p. 113-213 et clans II. Lcclcrcq, /.e.s morlj/r.'î, t. m, iii-S", Paris, 1904. -- ' HiTl)ru(?({cr, dans Hcvuc africaine, t. i, p. 52; Livret e.r; Jicalil de la nibliothiqr.e-Musée d'Alger, p. 70, n. l!»l; ;<ci>iii' (i/rirainc, t. X, p. .354; L. Wtn'wr, Recueil des inscripliniis rnmaines, n. 3675: Cor/iiis iiiseriiili'iniim 'i-linunim de C 1/g^rie. I. VIII, n. 0280.-
bEt>osttio
ce qui ne peut burprenUre puisque telle date marquait le début d'une existence amoindrie, dolente et, au jugement de lieaucoup, le retour au néant. C'est pourquoi les épitapiies païennes sont si laconiques sur la pensée de l'au-delà. Existe-t-il quelque chose au delà de la vie présente '? et ce quelque chose est si vague, si peu allrayant qu'on ne sait qu'en dire. La mort est certaine, c'est avec elle qu'on s'arrange, avec elle qu'on prend ses mesures pour l'éternel repos. De là tant d'expressions désolées, désespérées : nemo immortulis, non fai,non sum, sil tibi terra levis, domus œterna, ossa tibi bene quiescant, etc. Les cpitaphes païennes que semble éclairer l'espoir de l'immortalité paraissent mal instruites de ce qui adviendra du corps et de l'àme et peu soucieuses de dépasser la vague hmite de leur espoir.
En regard de celte désespérance des uns, de cette indifférence et de cette ignorance des autres, le christianisme olïrait de.s solutions certaines, une doctrine achevée et un langage positif. L'àme immortelle reprendra un jour le corps dont elle s'est séparée et l'associera dès lors à son immortalité et à sa félicité. Appelé à ces futures destinées, le corps n'était plus la dépouille méprisable qu'on jetait dans les pourrissoirs, mais un associe quelque temps délaissé qu'il faut conserver avec soin et respect. La corruption du tombeau n'empêchera pas les ossements arides de se couvrir à nouveau de nerfs et de chair, ainsi qu'Ézéchiel le vit en songe, et c'est en vue de ce moment de la résurrection et pour y alhrmer leur croyance en même temps que pour ébranler la négation contraire ((ue 1er, chrétiens cherclient à exprimer l'idée de la mort comme un étal transitoire et simplement un sommeil prolongé. Les mots cœmelcriam. dormilorium tendent à donner du repos de la mort une notion analogue à celle du repos qui accompagne le sommeil; de même les mots ih'positio. dcposiliis ligurent l'enterrement comme une simple consignation, un dépjt.
11 est possible que l'usage de ce mot ail été suggéré l)ar le récit de la sépulture de Jésus dans saint Marc. Voulanl inculquer le caractère provisoire de celte inhumation que la résurrection doit interrompre, saint Marc emploie celte tournure : ziTJOr/.ïv ajrov âv |ivr,a;-(.i. choisissant peut-être à dessein un verbe qui, dans le grec classique, a le sens de mettre en dépôt. Les chrétiens s'emparent du mot et de l'idée et adoptent le mot y.T.-iHiT.Ç: deposilio.
La formule y.i.-ihi's:^ n'ai)partient pas à la période primitive de l'épigraphie chrétienne. Jamais on ne la rencontre à l'époque où les cpitaphes se réduisent à un nom, une acclamation, ime prière. Le mot appelle fréquemment une date, celle de l'inhumation, et c'est particulièrement au m" siècle qu'appartiennent tant par leur style que par le lieu de leur trouvaille les pierres sur lesquelles se lit la formule grecque ou latine •.
L'épilaphe du pape Caius. enterré au cimetière de Calliste, le 2"2 avTil '29G, est ainsi libellée - :
•TAIOY ■ eniCK-
KAT • nPO ■ I ■ KAA • MAICa^N
L'emploi d'une abréviation au lieu de la formule eut ière ■/iTiOsai; prouve que l'usage de cette formule est déjà assez ancien (voir Dict., 1. 1, au mot Abréviations) =. La même abréviation KAT se lit sur un groupe d'épitaphes
' De Rossi, Insiriijli'nes chrislianœ iirbix Hunue, in-fol., Ucmaj, 18.'i7-186I, t. i, Prolcg., p. ex; P. Allard, Du sens tics mots Deposilio, Depositus dans l'épigraphie chrétienne^ dans les Lettres chrétiennes, ISSO, t. i, p. •227-'238. — ' De Rossi, Roma sotterranea, t. in, p. 115; voir Dictionn., t. ii, col. 1730, llg. 1945. — ' Toutes 11-, fois qu'une formule épigraphique se lit sur un marbre, non pas écrite en entier ou presque en entier, mais abrégée, indiquée par une lettre ou une syllabe seulement, c'est qu'elle est connue de tous et
trouvé au même lieu et remontant à la même période.
C'est également avant la paix de l'Église qu'on rencontre l'équivalent latin DEPOSITIO cl DEPOSITVS. Les inscriptions non datées sont d'accord avec les inscriptions datées, les premières ayant été rencontrées dans des régions exploitées à une époque concordante avec celle qui se lit sur les inscriptions datées. Des observations topographiques, paléographiques et historiques minutieuses et répétées concordent entre elles et invitent à fixer la date des groupes d'inscriptions non datées vers le milieu du iii"^ siècle et les dix années suivantes. De même, dans la crypte de Lucine. la xi-i- Ocatç commence à apparaître dans les inscriptions appartenant à des sépultures de la troisième période ou de la fin de la seconde période de l'excavation, c'està-dire du milieu du m" siècle et des années suivantes. Donc, de cette formule, devenue de style dans l'épigraphie chrétienne,'nous ne trouverons dans les hypogées de Lucine et de Calliste, aucun exemple antérieur à cette date ; elle devient fréquente, plus dans sa forme grecque que dans sa forme latine, vers le miUeu du iii"^ siècle'. La proportion du grec au latin se modifie sensiblement à mesure qu'on avance vers la fin de ce siècle '.
C'est au 111= siècle que se rapporte l'épilaphe consacrée par ,Elius Saturninus à la mémoire de sa femme clarissime Cassia Feretria, car elle provient d'une
AFLIVSSATVRNINV5 CASSIEEARETRIAECLARISSME ÊEMINECONIVaEBENEME RENTI DFFOS-nOTERTv/MO MASEEErsARIÀS'
:i711. — ICpitaphe d'.Llius Saturninus. D'iiprés de Kuisi, liitma sotterranea, t. ii, pi. l\ . ii. 2.
région du cimetière qui est eertainemenl du m" siècle, on lit en toutes lettres le mot DEPOSTIO, il est probable que l'omission du premier i est une distraction dulapicidelflg. 3711) ' :
AFLIVS SATVRNINVS CASSIE EARETRIAE CLARISSIME EEMINE CONIVGE BENEME RENTI DEPOSTIO TERTVNO 5 NASEEBRARIAS
tue autre épitaphe de la même région calacombale porte le mot également estropié : di-pmsio (fig. .'{715) ■ :
DEPOSSIO PETRONIESVIKAL
DEC POST CONSVLATVM GRATIANI AVG III ET FLEQVITII QVE VIXIT VIRGO ANNOS PM .") XVIIII IN PAGE EST DE REGIO NE Vllll A LACV CVNICLI :f:
devenue de style, par conscqucnt d'un emploi déjà ancien et consacré par l'usage. De Rossi, Roma siMcrranea, t. il, p. 1288; t. m, p. 106. 117, 123, 138. — 'De Rossi, Roma sotterranea, t. n, p. 308. — ' Ibld., t. il, p. '288; t. m, p. 90, 102, 106, 110, 123, 152. — 'De Rossi, /îonm sotterranea, t. Il, p. 288, pi. Lv, n. 2; Bail, di arch. crist., 1866, p. 25. — ' De Rossi, Roma sotterranea, t. il, p. 288, pi. lv, n. 28; Bullettino di archeologia cristiana, 1871, page 75, pl. vi,
DEPOSITIO
Parmi le-s inscriptions datées de Rome, nous en trouvons deux qui sont antérieures au iv siècle et qui contiennent ie mot depositus écrit 'en abréaé; en l'année 230 ' :
CATILIAE IN PAGE FILIE DVLCI SSM E I NGE NV A MATER FECITD- P ■ Vllll • K ■ IVL- DIO 5 CLETIANOill'ET MAXI MIANO ■ Il •
Sans introduire une riaueur clironologiqiie absolue dan. 1 e elassi-mrnt on voit que la fomuile\a s'alléueant
DtPOSSlOPETRONIESYIKAL ticPOSTCOMSVLATVM (;R.ATJANlAVGin£TfLEQV]n QV£VIX II VIRC OAN isl OS Pm XVlKlWP^^a ESIDEREGIO • NEVMàlNCVCVyiCLl*;
;;7I5. — Epitaphc de l'etiuuia.
D'après BuUettino di arch crist., 1871, pi. \i, n. 3.
de plus en plus; d'abord DEPOSITIO et ses graphies incorrectes, ensuite D E P, — D-P, — enfin D.
Nous trouvons la formule employée ailleurs qu'à Rome, bien qu'avec moins d'intensité. A Chiusi (voir ce mot) en 290^, mais en Gaule', en Espagne', en Afrique^, en Dalmatie '. même en Italie on peut dire que, hors de Rome, l'emploi de la formule est rare et du ivc, du v ou même du vi« siècle.
« L'idée que les chrétiens ont voulu exprimer en écrivant sur la tombe de ceu.x qu'ils pleuraient et qu'ils savaient destinés à n'y pas demeurer toujours, les mots depositio, deposilus. n'a pas besoin d'être expliquée longuement. Il est à remarquer que ces mots sont constamment employés par eux d'une façon abstraite; ils ne disent pas depositio, depositus, en tel lieu, en tel tombeau, mais ils emploient ces termes sans ce complément, qui les matérialiserait en quelque sorte et laisserait douteuse leur haute signification '. » C'est pour un dépôt, ce n'est pas pour un abandon que le corps a été confié à la terre, comme le dit Prudence dans une de ses hymnes " :
Tu, dcpositum tege corpus; Son immemor ille requiret Sua munera fictor et auctor, Propriiquc «nigmala vullus.
' De Rossi, Inscriptiones chrisliana; urbis flom.T, tome i, p. 22, n. 15; l'autre inscription est de l'année 291, 1. 1, p. 23, n. 17. — "De Rossi, Bull, di arch. crist., 186.5, p. .51. — ' Le Blant, Bec. des inscr. ctirét. de la Gaule, n. IGU, 527, 509 7 622 a, 623; .Voiiweaii recueil, n. 2il6, 303. — ' K. llubnor, Inscr. christ, lai. Ilisp., n. 11, 75, 300,323, 326,351, 404 ? et depositus in pacc, n. 180. - — ■ * Deposilœ reliquia;, ù Sétif en 452; à Kherbct cl-Ma-cl-.^biod cn474; Allonchir- Akrib en 543 ; deposilœ in pare, A Hcncliir-Fcllous, à Honchir- Akrib; depositio cruoris que nous citerons plus loin. — •Corp. inscr. lat., t. m, n. 12860, 12861, 12865, 12807, 12868. — ' P. Allard, op. cit., p. 232. — • l'rudence, Catlienierinon, liyinn., x, ad exequias de/unctorum, vers 133-136,
« O terre, protège le corps dont le dépôt t'est confié : son créateur et son auteur ne l'oubUera pas et redemandera son œuvre, l'image de sa force.
Depositus n'avait pas, dans la pensée des chrétiens, la même signification que positus. On ne rencontre guère avant la dernière moitié du iv siècle les formules : HIC POSITVS, HIC SITVS EST, HIC lACET, HIC QVIESCIT. Le premier exemple de HIC POSI- TVS dans le recueil des inscriptions chrétiennes de Rome à date certaine ne remonte qu'à l'année 369 '. '"Le plus souvent cette formule est le début d'une inscription longue et verbeuse, très dillèrente du style simple et court qui caractérise la première et n\ème la deuxième époque de l'épigraphie chrétienne". En outre, bic positus. hic silus se rencontre souvent dans les épitaphes païennes ".
Parmi les acceptions du mot depositio, nous rencontrons en Afrique son adaptation non seulement à un défunt, mais à des rehques. [Par exemple, sur la châsse d'Henchir-Akhrib (voir Dictionn.,t. n, fig. 2173) ou lit : Hic mcmoriœ sancti t'astoris deposilœ sunt in pace '-; à Henchir-Fellous : Hic bcnerandc relyquie bcalorum martyruni Mœme et Sebasliani, depositse in pace '^...; à Sétif : In hoc loco sancto dcpositx sunt rcliquic sancti Laurenti marlyris^'...; mais c'est à Rouftach, sur la route de Mila, à l'ouest de Constantine, que nous rencontrons la formule la plus originale '•' :
TERTIV IDVS :■: IVNIAS DEPOSI
TIO CRVORIS SANCTORVM MARTVRVM
QVI SVNT PASSI SVB PRAESIDE FLORO INCIV
ITATE MILEVITAN& IN DIEBVS TVRIFI
CATIONIS INTERQVIBVS HIC INNOC