‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 128 sur 251 · DEUS IN ADJUTORIUM · texte numérisé non relu

DEUS IN ADJUTORIUM

1. DEUS IN ADJUTORIUM.^ Jean Cassien a consacré une de ses conférences, la dixième, au commentaire du verset : Dcus in adjutorium mcum intende. Domine ad adjuvandum me jealina ^. Nulle part il ne dit que, de son temps, chez les moines d'Egypte ou de Gaule, ce verset servait de prélude aux offices; cependant on le lui a fait dire et cette opinion est erronée '. Cassien dit simplement, à l'occasion de ce verset, que les moines zélés entretenaient l'esprit de prière et se préservaient des tentations et du relâchement par des oraisons jaculatoires, telles que le Deus in adjulorium qu'ils répétaient fréquemment '. Cassiodore, dans son commentaire du psaume lxix, ne s'y est d'ailleurs pas trompé : Hune loeum, dit-il, jacundissimus Cassianus, in décima Collalione, plarima de ejus ulililale disserens, tanlo honore concclcbrat, ut quidqaid monachi assumpserini, sine hujus versicali trina iteralione non inchoenl; qiicm repetita sa-pius laude congcminans, nimis utilcm esse probat ejus mcmoriam *.

C'est avec saint Benoit que ce verset fait son entrée officielle dans la liturgie des heures canoniales : Hiemis tempore, suprascriplo im primis versum tertio dicendum : Deus in adjutorium meum intende. Domine ad adjuvandum me festina, in secundo ter dicendum est : Domine labia mea aperies cl os meum annuntiabit tandem tuam ■'. Saint Benoît a-t-il, ce faisant, eu pour « but d'ofl'rir, en affirmant la doctrine catholique de la grâce, un contrepoids puissant aux tendances semi-pélagiennes de son temps, qui furent définitivement condamnées en 529 par saint Ccsaire d'Arles, au II' concile d'Orange, et bientôt après par le pape Boniface II ". » Tout ceci est possible, mais saint Benoit ne nous l'a pas fait savoir et il est tout aussi probable qu'ayant lu et admiré la dixième conférence de Cassien, il lui a emprunté le verset en question. C'est encore pure conjecture quand Hildemar assure que la triple répétition ordonnée par saint Benoît au commencement de matines du verset emprunté au psaume l : Domine, labia mca aperies et os meum amuntiabit laudem tuam, n'a pas eu d'autre but '. D'ailleurs, les plus anciens manuscrits de la Règle ne sont guère favorables à cette cxpUcation, puisque le verset Deus in adjulorium du chap. ix pour les matines ou vigiles n'est pas mentionné là, de sorte qu'on commençait'ces heures par Domine labia mca aperieS; comme aujourd'hui les matines romaines '. Aux vi", VII' et VIII' siècles, on commcnrail les matines par Domine labia mea. Ainsi dans le ms. ô2 de la bibliothèque capitulaire de Vérone (fin viii' siècle), on lit au chapitre ix (fol.'128) : Quanti psalmi dicendisunt noctuniis horis. Hiemis tempore imprimis versum dicendum: Domine labia meaaperies,etos meumannunliabit laudem tuam, cui subiungendus est lertius psalmus cum gloria '.

C'est vers cette époque que le Deus in adjutorium se

'Cassien, Collationes, x, 10, P. L., t. XLix, col. 831-83G; cdit. M. Petscheolg, Vindobonae, 1888, p. 297-302. — = G. Bickell, dans Der Katliolik. 1873, p. 417, a réfuté cette opinion. — 'S. Baumer, Histoire du bréviaire, trad. Biroii, 1905, t. I, p. 146. — ' Cassiodore, P. L., t. lxix, col. 492. — ' Cf. S. Benoit, Régula, c. ix, édit. Butler, 1912, p. 40. — ' S. Baumer, op. cil., t. i, p. 240. — ■ ' Hildemar, Comment, in Reg. S. Benedicli, c. ix, Rastibonae, 1880, p. 280. — • Régula S. BeneJicti, édit. E. Schmidt," Ratisbonna;, 1880,

p. 23. — 'S. Baumer, op. cit., t. i, p. 373, note 4 '» Regain

sancii Benedieti, cap. xviii. — " Régula S. P. Benedicti, Ratisbonae,1880, p.23.Dom S. Baumer ajoute à ces manuscrits celui de Vérone, cf. Bàumer-Biron, llist. du bréviaire, 1. 1, p. 146, 373 et 374. Dom C. Butler, dernier éditeur de la règle, établit ainsi ce texte: Hiemis tempore .•iuprascripio, imprimis versitm tertio dicendum. Domine labia mea aperies, etc. Sancti Benedicti régula monacimrum, Fril)iirgi Brisgoviœ, 1912, p. 40.

Voici les variantes sur ce passage, qui est important pour l'histoire de cette formule de l'olTicc et que, conséqueniment, nous donnerons ici.

sera introduit au seuil de chaque heure et accompagné du Gloria Patri. D'après saint Chrodegang (f 766) ou ses commentateurs, le psaume lxix, qui commence par Deus in adjutorium, devait être récité en entier au moins une fois à matines, non au chœur, mais en se rendant du dortoir à l'église. On avait déjà dit, au lever du lit, le verset Domine labia mea aperies. Ceci est évidemment copié sur la règle bénédictine d'après laqueUe (ch. i.x et XLin) le psaume m Domine quid multipliecdi sunt, doit précéder l'Invitatoire, afin de donner le temps d'arriver aux retardataires et afin aussi de chasser, en implorant le secours divin, les tentations du démon. Pour les autres heures, on se conforme à l'ordonnance de saint Benoît et de saint Grégoire le Grand, d'après laquelle on ne récite que le premier verset du psaume lxix, Deus in adjutorium, avec Gloria.

H. LECLEnCQ.

2. DEUS IN ADJUTORIUM.— Le verset Deus in adjutorium meum inlcndc; Domine ad adjuvandum me festina, qui forme le début du ps. lxix dans la Vulgale, joue un rôle important dans l'office canonial romain. 11 est aujourd'hui le début de toutes les heures, presque sans exception. L'institution du Deus in adjulorium sous cette forme semble remonter à saint Benoit. Il dit dans sa règle au chapitre xviii : In primis sempcr diurnis horis dicatur versus: Deus in adjulorium meum intende. Domine ad adjuvandum me festina '°.

Il avait déjà prescrit le même verset : Hymnus ejusdem horse (scil. Prims) post versum Dcus in adjutorium meum intende (cap. xvii).

On remarquera que dans ces passages saint Benoit donne le nom de versus à cette prière, et qu'il paraît ne la prescrire que pour les heures du jour qui, dans son système, comprennent les sept heures de laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres et compUes (cf. cap. xvi). Il semble donc que l'office de nuit, que nous appelons matines, devait commencer de son temps, comme dans les matines romaines, par le Domine, labia mea aperies et os meum annuntiabit laudem tuam (ps. L, 17). Ce verset forme, en effet, un vrai début, et ferait double emploi avec le Deus in adjutorium. 11 est donc probable que dans le début du cliapitre ix les mots que nous mettons entre parenthèses sont une addition : Hiemis tempore [prœmisso] in primis [versu : Deus in adjutorium meum intende, Domine ad adjuvandum me festina, in secundo] ter dicendum est : Domine, labia mca aperies, etc. C'est, en effet, le texte tel qu'on le ht dans les manuscrits les plus anciens cités par Edm. Sclimidt". Les mots entre parenthèses paraissent une addition du x' siècle, et ils sont sans doute le fait de ceux qui, par besoin d'uniformité, voulurent donner à matines le même début qu'aux heures du jour.

On suppose que l'adoption de cette invocation de

Imprimis versu tertio dicendum : Domine, etc. ABCTXK (qui représentent la tradition la plus ancienne, carolingienne et même cassinienne ) (versum tertio dicendum est). V (versum, om. tertio), imprimis versum, in seeundum dicendum : Domine, etc. O. Leclio R (ut in loc.) .\mgl., rcce. Paul (S om. pr.Tmisso : ter: est). Loc. cit. Lectioncs sclccUe, p. 133.

A Sangallensis 014, sa;c. ix in.

Amg!, Notationes a scriptorc in margine.

B Vindobonensis 2232, saec, ix in.

C Monacensis 2S118 saec. IX in.

HiMonacensis 19408, saec. ix in.

K Cassinensis 175 (Plenkcrs K') sœc.^x in.

X Cassinensis 499 (Plenkcrs K') sœc. xni-xiv.

O Oxoniensis, Hatlon 4S sœc. vin-IX.

S Sangallensis 916 sxc. ix In.

V Veronensis LU (5V) sœc. viii-ix.

R Tcrius receptus.

Recc. — recentiorcs.

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