II. Leclebcq
DIACRE. — I. Origine. II. Nombre. III. Attributions. IV. Épigraphie.
I. Origine. — Il existe peu d'institutions ecclésiastiques en mesure de se réclamer d'un titre d'origine aussi développé et aussi incontestable que le récit de la création par les apôtres du diaconat. L'épisode est si connu qu'il est à peine besoin de le rappeler. L'Église naissante de Jérusalem se développait rapidement et s'appliquait à la pratique des conseils évangéliqucs jusqu'à la mise des biens en commun. Quelques-uns étaient chargés dès lors des distributions nécessaires, mais la répartition quotidienne, quoique faite au nom des apôtres, laissait à désirer. Des préventions se faisaient jour contre tels ou tels et, à leur égard, il arrivait que la justice fût lésée. Quand ceux qu'on traitait de la sorte se sentirent en nombre, ils se plai-
' L. Duchesne, op. cil., p. 210-213.
DlACRË
gnirent; c'étaient des hellénistes, c'est-à-dire des juifs de la dispersion, mais fixés dans la ville sainte où ils continuaient néanmoins à parler le grec, devenu leur langue maternelle. Le conflit s'affirmait entre eux et les juifs palestiniens. Le prétexte saisi fut linésalité flagrante des partages de vivres et le détriment que les veuves des liellénistes avaient à supporter du fait de leur origine. La réclamation devait être fondée pour qu'il y fût fait droit. Les apôtres ayant assemblé la multitude des disciples leur dirent : = 11 ne convient pas que nous laissions la parole de Dieu pour servir aux tables. Choisissez donc parmi vous, frères, sept hommes d'un bon témoignage, rempUs de l'Esprit- Saint et de sagesse à qui nous puissions confier cet oflice; et nous, nous continuerons à nous appliquer à la prière et au ministère de la parole. » Cette proposition plut à toute l'assemblée et ils élurent Etienne, homme plein de foi et du Saint-Esprit, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parmenas et Nicolas, prosélyte d'Antioche. Ils les présentèrent aux apôtres, qui, après avoir prié, leur imposèrent les mains '. »
Ceux-ci furent chargés du service nouveau appelé S'.a/.ov'a, O'.azovîiv, minislerium, ministrare, et bien qu'on ne les trouve nulle part désignés nommément diacres dans les divers écrits du Nouveau Testament, il semble parfaitement oiseux de mettre en doute que ce terme ne leur soit applicable -. Deux d'entre eux sont mieux connus que leurs coUègues, Etienne et PhiUppe (voir ces noms), qui, loin de se confiner dans le ministère matériel à eux assigné, se livrent à la prédication.
Au reste, ce groupe de sept hellénistes offrait une indispensable garantie contre la partiaUté dont faisait preuve le groupe des diacres judaïsants que nous entrevoyons assez clairement pour ne pouvoir mettre en doute son existence et ses fonctions. Deux variantes importantes du verset 1 de ce chapitre vi nous apprennent ceci : d'après le Codex Bezse (vi" siècle) on lit à la fin du texte classique : i-i Trj Smzovia twv 'Eôpai'ov; et d'après le Palimpseste de Fleury (v ou VF siècle) il faut supposer ce texte : Sti sv t^ o'.a/.ovisiTTi ■/.af)T,'j.TiÇr/fi xi '/f^^x: tojv ' E).Àr,v'.'j7(ôv j-o Tôiv B'.a/.'jvw/ Twv'Eôoiiwv -apîOîwooCivTO. Donc, il existait, dès avant l'élection des hellénistes, des diacres spécialement chargés de la répartition des aumônes et des vivres '; on leur adjoignait, vraisemblablement en nombre égal, des collègues tous appartenant, d'origine, au groupe des mécontents.
II. Nombre. — Si les apôtres avaient d'abord choisi sept diacres judaïsants, s'ils en acceptèrent ensuite sept autres hellénistes, c'est que, apparemment, ils jugeaient ce nombre en rapport avec les occupations de la charge qu'ils leur confiaient. Mais ce nombre sept prit, de très bonne heure, une signification traditionnelle; on s'y -altaclia presque autant qu'à l'institution m^-nie. A en juger par quelques textes des cpîtres canoniques, on voit que le diaconat ne tarda pas à être adopté par les différentes Églises apostoliques; avant le milieu du ii' siècle, les diacres existent dans toutes les communautés chrétiennes dont nous savons quelque chose. Outre l'épître de saint Paul aux Philippicns et celle à Timothée ♦, nous les rencontrons dans la Didacliè ' (pii nomme les diacres à côté des évèques et énumère les quaUtés requises dans les uns et les autres,
' Act., VI, 2-6. • — 'F. X. Funk, Leitrbuch der Kircliengcschichte, 4« édit., p. 42, imagine de tirer de ce groupe de sept les prcsbytrcs et les dincres. Pure hypotlièse. — • M. Belser, Beitrage zur Erklarung der Aiiostelf/eschichtc, in-8», Freiburg-im-Br., 18'J7, p. 29-.^3; Micliicls, L'origine de l'épiscopat, ln-8', Louvaln, 1900, p. 110 sq. — « Phi!., 1, 1 ; I Tim., m, 8, 12. — ' Didacliè, xv, dans F. X. Funk, Patres aposlolici, t. i, p. 32. — • I Cor., XLii, 4, dans Patres aposl., t. I, p. 152. — ' S. Ignace, Ad Ephes., il, 2, ibid..
en ajoutant qu'ils remplissent l'office des prophètes et des docteurs et qu'Us sont honorés comme eux. Saint Clément de Rome dit que les apôtres « établirent leui-s prémices comme évèques et diacres des futurs croyants '. » Pour saint Ignace d'Antiochc, les diacres sont ordinairement une troisième classe d'officiers à côté des évèques et des presbytres. Écrivant aux Éphésiens, il souhaite que le diacre Burrhus n demeure auprès de lui, pour l'honneur des Éphésiens mêmes et de leur évèque '. » Aux Magnésiens il parle de leur évéque Damas, des presbytres Bassus et Apollonius et du diacre Zotion son coopérateur '; il mentionne encore les trois ordres ». 11 dit aux TralUens que » les diacres, ministres des mystères de Jésus-Christ, doivent plaire à tout le monde, car ils ne sont pas les serviteurs, les diacres, des aliments et du breuvage, mais les ministres de l'Éghse de Dieu, obhgés dès lors à se garder des reproches comme du feu "'. » « Que tous, ajoute-t-il, respectent pareillement les diacres, l'évèque et les presbytres, sans eux il n'est point d'Église "»; et il déclare que « quiconque fait quelque chose sans l'évèque, le presbyterium et les diacres, n'est pas pur de conscience '-. » La suscription de la lettre aux Philadelphiens montre les diacres à côté de l'évèque et des presbytres " et, plus loin, nous Usons : « Il n'y a qu'un autel, comme il n'y a qu'un évèque avec le presbvterium et les diacres '*, » aussi il crie d'une grande voix, de la voix de Dieu : « Attachez-vous à l'évèque, au presbyterium et aux diacres ^-; » il recommande de choisir un diacre pour le députer à .Antioche où d'autres Églises viennent d'envoyer qui un évèque, qui un presbytrc, qui un diacre '=. .\ux Smyrniens, il écrit : « "Tous, obéissez à l'évèque, comme Jésus-Christ au Père, et au presbj'terium comme aux apôtres; quant aux diacres, respectez-les comme le commandement de Dieu '• ; » ensuite il « salue avec l'évèque et le presbyterium, les diacres, ses coopérateurs dans le service de Dieu ". »
Partout, dans les lettres de saint Ignace, les diacres sont présentés comme formant le degré inférieur de la hiérarchie au triple degré qui préside à chaque communauté. Toujours ils y tiennent le dernier rang et même le diacre Zotion est loué d'être « soumis à l'évèque, comme à la grâce de Dieu et au presbyterium, comme à la loi de Jésus-Christ ". » Un demi-siècle plus tard environ, saint Polycarpe assignera le même rang aux diacres '" et fera un rapprochement entre leur titre officiel de Siizovo'. et le sens primitif de ce mot qui semble inspiré de celui de saint Ignace. « Les diacres, dit-il, doivent être irréprochables, en tant que diacres de Dieu et non des honnnes, étrangers à la médisance et à la duplicité, désintéressés, modérés en tout, miséricordieux, soigneux, marchant selon la vérité du Seigneur, qui s'est fait le diacre de tous ". »
Ces diacres sont-ils les successeurs et héritiers de ceux qui soulageaient les apôtres dans leur ministère '/ Si on se fait de ceux-ci l'étrange idée, à laquelle on réserva cependant bon accueil, idée de « commis temporaires a, de bas employés et, pour tout dire d'un mot, de !■ gargoliers » parmi lesquels on ne séjourne guère que le temps requis pour gravir un échelon administratif, évidemment il n'y a rien de commun entre eux et les diacres honorés par saint Ignace presque à l'égal des évèques et des presbytres. Mais on peut laisser pour compte à ses inventeurs celte imagination. Les diacres du début
t. I, p. 214. — ' Ad Magnes., ii, ibid., t. i, p. 232. — • Ad Magnes., vi, 1 ; xiii, 1, ibid., 1. 1, p. 234, 2-10. — "Ad. Trait., II, 3, ibid., 1. 1, p. 244. — " S. Ignace, Ad Trait., m, \,ibid.,t. i. p. 248. — " iftid., VII, 2, p. 248. — ».4<i Pliitadelph., ibid., 1. 1, p.264. — "/6id.,iv,t.i,p. 266. — "i*id., vu, t i, p.270.— " lbid.,\, 1, 2, t. i, p. 272. — "Ad Smyrn., viii.l, ibid., t.i, p.282. — "7(>id.,xii,2,t. i, p. 286. — "Ad Magnes., ii.ibid., t. I, p. 232. — "S. Polycarpe, .4rf P/i((ipp., v, 2. 3, ibld.,t.i, p. 300. — " S. Ignace, Ad Tratt., ii, 3, ibid., t. i, p. 211.