DIACRE
ûu 11° siècle ne diffèrent de ceux dont nous entrevoyons l'existence et les fonctions au livre des Actes que par «n dessin plus ferme; entre les uns et les autres il n'y a d'autre distinction à faire qu'cnlre l'esquisse et le trait définitif. Associés aux apôtres qu'ils dccliargent d'une partie des soins qui leur incombent., ils n'ont plus à s'occuper de distributions de vivres dans les Éajises où le régime commun ne s'est pas implanté comme à Jérusalem et, dès lors, les- évêques n'ont à requérir ni attendre d'eux le même service qui a provoqué leur institution. Cependant, comme chaque Église soulage un certain nombre de pauvres, c'est sur ceux-ci que s'exerce la mission primitive du diaconat dans la mesure où elle se conserve. Répartition de vivres, distribution d'aumônes incombent aux diacres et, par une réminiscence très naturelle de leur ancienne destination, à eux appartient le soin de distribuer l'eucharistie dans les réunions liturgiques, comme aussi de la porter aux malades éloignés de l'église '.
On peut croire, toutefois, que, dans nombre d'Églises de médiocre importance, ce service réduit aux seuls pauvres n'entraînait qu'une charge peu fatigante et, dès lors, on eût dû proportionner le nombre des titulaires à l'importance des communautés. Cependant, presque partout, on s'inspira de la création apostolique relatée au livre des Actes et on choisit sept diacres, ni plus ni moins. En beaucoup de localités, la charge ainsi partagée devait tourner à la sinécure, dans les grandes villes, cela devait être tout le contraire. A Rome, on était convaincu que ce nombre sept était attaché à l'institution même, et s'il faut accueillir avec hésitation ce que nous apprend le Liber pontificalis que saint Pierre (!) avait ordonné sept diacres pour l'assister à la messe -, que le pape Kvariste est entouré du même nombre ^ du moins ne pouvons-nous douter quand Eusèbe nous apprend que sous le pape Corneille (251) il y a encore sept diacres à Rome '. Prudence, qui a su beaucoup de choses, mentionne sept diacres romains au temps de saint Laurent ^ et le même nombre dans l'Église de Saragosse au temps de saint Vincent, sous Dioctétien ^. Un concile tenu à Néocésarcc, vers 314, défend, par son 15'^ canon, d'en ordonner davantage, même dans les plus grandes villes ". Le Testament de Notre-Seignear ordonne qu'il y ait sept diacres dans chaque église ".
Cette règle fut longtemps observée. A Rome, le pape saint Fabien en faisait le gond de la division topographique puisqu'il préposait à sept régions combinées artificiellement les sept diacres en vue desquels elles étaient créées '; ainsi apparurent les « diacres régionnaires » parmi lesquels il s'en trouvait un qui jouissait d une certaine prééminenccj le « diacre de l'évéque », celui vers qui allait la confiance du chef et qu'on voit émerger petit à petit parmi ses collègues dans les textes tirés d'Ignace d'Antiochc, d'Hégésippc, d'Hermas, de Polycarpc, des survivants du drame de Lyon en 177. Ce « diacre de l'évéque » n'est guère jusqu'au iv« siècle que l'économe de la coinnmnauté "; c'est avec le concile d'Éphèse, en 431, qu'il se mue en 0 archidiacre » pour une nouvelle période de lent
' S. Justin, Apolog., i, 65, P. C, t. vi, col. 12(;, 428. — ' Liber ponliflcalis, édit. Duchesne, t. i, p. 118. - — ' Ibkl., t. I, p. 126. — «Eusèbe, Hist. eccles., 1. VI, c. xliii, 1'. (/., t. XX, col. 621. — 'Prudence, Péri slephanôii, hymn., !i, P. L., t. LX, col. 293. — • Ibid. hymn., v, col. 380. — ' HcJele-I.eclercq, IJist. des conciles, 1907, t. i, p. 334. — ' Testamenium, I. I, c. xxxiv, Moguntis, 1899, p. 82. — • Liber pontificalis, t. i, p. 148. — " F. Prat, Les prétentions des diacres romains au ^ * •= siècle, dans Rech. de science rclig., 1912, t. m, p. 463-475. — "Sur l'archidiacre, cf. P. A. Ledcr. Die Diakonen der Bisclwfe imd Presbytcr imd itirc ur~ cliristlicben Vorlaufer. Untemuclningen iiber die Vorgcscfncbte und die An/ange des Arctiidiakonats, in-S», Stuttgart, 1905. — '=Cf. S. Justin, Apologia, i, G5-67, P. G., t. vi, col. 426-
progrès qui durera jusqu'au viii" siècle où il devient dans trop d'Églises le rival de l'évéque et son antagoniste ".
Tandis que l'archidiacre grandissait démesurément, ses collègues gardaient une posture encore très honorable. A Rome, leurs rajiporls ordinaires avec le pape leur donnaient à tous grande importance et souvent réelle influence. On s'acheminait ainsi vers la création des cardinaux-diacres. Même sous celte nouvelle dénomination, on maintint d'abord le nombre traditionnel de sept, mais peu à peu on voit apparaître dans les diverses églises de Rome de nouveaux diacres, distincts de ceux du premier groupe resté affecté aux régions, et désignés sous le nom de stutionarii; c'est dans leurs rangs que se recrutent les regionarii. Fn l'an 520, Rome complaît une centaine de diacres, et, outre les regionarii, on comptait des stutionarii et des martyrarii affectés à la garde des tombeaux des martyrs.
Ce dernier groupe apparaît dès le temps de saint Léon le Grand qui attacha des cubicularii ou custodes martynim à la garde du tombeau des saints apôtres. Mais les regionarii tinrent bon contre cette poussée qui menaçait de les absorber; ce n'est qu'au xi= siècle qu'ils durent se résigner à voir doubler leur nombre primitif de sept ; on passa ensuite à dix-huit, ensuite on revînt à quatorze.
Toutes les Églises n'avaient pas observé cette même révérence du nombre sept. A Alexandrie, au début du iv siècle, nous voyons Arius attirer neuf diacres à son parti. A Édesse, nous savons qu'en 451, on comptait trente-neuf diacres. A Constanlinople, sous Justinien, il y en avait cent avec défense de dépasser ce chiffre, défense violée puisqu'au conci'e In Trullo (692) ils étaient cent cinquante.
III. Attributions. — Les fonctions du diacre le ramenaient partout et à toute heure parmi la communauté. Non seulement il est chargé de la distribution de l'eucharistie, mais c'est lui qui distribue le précieux sang aux communiants. Tout le temps on le voit tenir son rôle depuis le moment de l'ouverture des portes et le placement des fidèles qui s'est fait sous sa surveillance. C'est lui qui prccède aux lectures de l'évangile et de l'épître du haut de l'ambon, lui qui assume le soin des chants (voir Dictionn. au mot Chantres), qui reçoit les offrandes, inscrit les noms des donateurs sur les diptyques dont il donnera bientôt lecture. A lui revient encore le soin de congédier les catégories admises à telle ou telle portion de la liturgie par des formules bien connues, et à lui la charge de donner le signal du départ '-.
Pendant le reste de la jouriuc il n'est guère moins actif s'il veut s'acquitter de tout ce qui lui incombe : à lui de surveiller la préparation des catéchumènes et d'assister le ministre du sacrement. 11 ne lui arrire de baptiser que dans des cas excciiliomiels, si le prêtre est absent, la nécessité pressante, révé(|ue consentant".
Dans la pénitence publique le diacre peut cire appelé à tenir sa i>l;'.ce. lorsqu'un pécheur est en danger de mort, il peut, à défaut du ]>rélre. provoquer
429; S. Innocent \", Episl. ad Decenlium Eugabinum, n. Z-, P, L., t. XX, col. 553; S. Jérôme, £pis(.,c.\Lvii, ad Sabiun ^ n. 6, P. L., t. XXII, col. 1200; i;i Jerem., xi, 15, IC, P. L., t. .x.xiv, col. 755; In Ezecltielem, .wiii, 5, 6, P. L., t. xxv, col. 173; Testamenium D. N. J.-C édit. Ftahmani, in-S°, iMoguntiae, 1S99, 1. I, c. x.xvii; 1. II, c. x, xx, p. 58, 130, 141; Constit. apostol., édit. Funk, 1. VIII, c. xi, t. i, p. 494; voir aussi les Canons d'ilippolgte et la Constitution apostolique égyptienne, dons Cabrol et Lccicrcq, fl/onunicn(a Ecclesiœ liturgica, t. il, part. 2, préface. — ^'Canons d'Hippolyte, Constit. apost. egijpl.. 'l'estament du Seigneur; Tertu!lien. De baptisnm, c. xvii, P. L., I. i, col. 1218; S. Jérôme, Dial. contra Luci/eriiuios, n. 9, P.L.. t. xxiii,eol. 165; S. Gélase, Episl., ix,adepiscopos Lucaniie, n. 7, P. L.,|t. iix, roK 51.