‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 159 sur 251 · II. Leclercq · texte numérisé non relu

II. Leclercq

DIE- — I. Épigraphie. II. Numismatique. III. Mosaïque.

I. Épigraphie. • — 11 est possible que les origines chrétiennes de Die se rattachent à quelque mission envoyée ou suggérée par saint Irénée. L'idolâtrie était profondément enracinée dans cette région montagneuse et ceux qui y pénétrèrent et y apportèrent l'évangile ont pu travailler longtemps et ellicacement sans que leurs efforts fussent connus au delù des vallées écartées où ils établissaient une Éghse nouvelle. Le P. Jean Colombi, auteur d'une histoire latine des évêques de Valence et de Die -, nous a conservé une lettre ù lui adressée par Polycarpe de la Rivière, prieur

'II. Grégoire, op. cil., p. 87-90.^ — 'J.CoIuinbi, Libriqtiattiior de rébus gestis Vatentinorum et Diensiitm episcoporum, in-1», Lugduni,1638;2" édit., in-4», Lugduni, 1G52. Ce mCme ouvrage se rel rouve parmi les Opiisculn varia du même auteur, in-Iol., I.ugil., p. 212 sq. — ' Surdom Polycarpe de la Rivière, cf. Bnrjavc'l, liiogr. Vaiicl., t. il, p. 3 12-3 14, et surtout p. 343, note 3; nous avons déjà rencontré cet auteur, voir Diction., t. m, au mot Césakii;. — ' .1. Columbi, op. cit., 1052, p. 78: ...cirrn annum CCXX beati Ulus (Alartti) statua ponttflcatuin dieii:icni, et cxin successores, quos nancisct Ucutt, enuntto. In ordine crgo siinl isti : J° S. Martius circa ann. H'-O; 2» higerius; 3' I.en; 4° Serviliiis, qualtuor ht ex vlta S. Marcelli cpiscopi diensia, carminé édita. — ' Gatlia christtana; Fastes ipiscopauT de l'ancienne Gaule, 1907, t. i, p. 233; J. Chevn-

de la chartreuse de Bonpas ', et dans laquelle ce religieux lui faisait connaître la suite des évêques de Die, à partir de l'année 220. Il disait avoir trouvé leurs noms : saint?Martius, Higer, Léon, Servilius, dans un poème composé en l'honneur de saint Marcel, évèque de Die '. Malgi'é de longues recherches dans les papiers manuscrits de Polycarpe de la Rivière, cette pièce n'a pu être retrouvée. Haureau, Duchesne, J. Chevalier ne paraissent pas disposés à faire crédit au prieur de Bonpas '.

On ne saurait affirmer que l'évêque de Die qui assista au concile de Nicée fut le premier de son siège, mais celui-ci est au-dessus de toute contestation. Les difficultés soulevées par les diverses transcriptions du nom de Die dans les signatures du concile ont été résolues; il ne s'agit ni de Dijon ni de Digne, mais c'est bien de Die que Nicaise était évêque en 325 •. Il paraît que son tombeau se voyait encore dans la cathédrale de Die vers la fin du xi" siècle.

Vers la fin du iv ou le début du v^ siècle, nous trouvons à Die une précieuse épitaphe. Les dimensions sont 0'"43 en hauteur et 0"49 en largeur, elle est conservée chez M. L. Vallentin, à Montélimar ■ :

HIC DALMATA CR ISTI MORTE REDEM TVS QVIISCÊT IN PA CE ET DIEM FVTVRI 5 IVDICII INTERCEDE NTEBVS SANCTIS L LETVS SPECTIT

« Ici Dalmata, racheté par la mort du Christ, repose en paix et par l'intercession des saints attend joyeux. »

Cette formule est originale et répond, très vraisemblablement, non seulement à l'élan d'un fidèle, mais à une protestation contre les doctrines hérétiques qui s'étaient fortement implantées dans le pays du Rhône. Le gnosticisme avait trouvé des partisans nombreux et actifs et il existe dans ces parages un groupe d'inscriptions portant la formule caractéristique : IN SPE RESVRREXIONIS MESERECORDIAE XPI, laquelle doit être également tenue pour une réfutation des doctrines hérétiques. « Ceux qui nient la résurrection et s'elTorcent de détruire l'espoir de la renaissance des corps ont raison, écrit TertuUien, de nier l'incarnation du Christ, de dire que sa chair ne fut point, ou qu'elle n'était point humaine; ils craignent qu'en la confessant telle on ne reconnaisse contre eux que, ressuscitée dans le Seigneur, la chair ressuscitera en nous '. » Une si grossière erreur ne laissait pas de trouver des cerveaux mal faits pour l'accueillir. Allant jjlus loin que son maître Valcntin, Marcos avait même enseigné que le Christ n'avait souflert qu'en apparence cl dans un corps fantôme, ce qui 1 amenait il nier l'incarnation de Jésus et la résurrection de la chair. 11 avait réussi à semer ces doctrines dans le bassin du Rhône et saint Irénée eut à le réfuter et à rappeler à tous le lien étroit et indissoluble existant entre la régénération de nos corps et la mort du Sauveur. C'est

lier. Essai historique sur l'Église et la ville de Die, in-S", Montélimar, 1888, t. i, p. 09-70. — • G. Morin, D'où était (■vvque Nicasius, l'unique représenlcml des Gaules au concile de Nicée 1 dans Revue bénédictine, 1899, t. xvi, p. 72 sq. Cf. Helcle-Leclcrcq., Histoire des conciles, 1907, t. i, i>art. 1, p. 411, n. 11. — ' Delacroix, Essai sur la statistique, l'histoire et les antiquités du département de la Drôme, In-S» Valence, 1817, p. 491 ; Long, Recherches sur les antiquités du pays des Vocanres, dans Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des Insi.riptions, II" série .Antiquités de France, t. Il, p. 474; E. Le Glant, Recueil des inscriplions chrétiennes de la Gaule, t. ii, p. 198, n. 478, pi. n. .39r>:.r. Clievalicr, op. cif., p. 74. — 'TertuUien, De carne Christ., /'. l ., I. i, col, 780 «q.

DIE

l'écho de cette polémique que nous retrouvons dans l'épitaphe de Dalmata. Inspirée de l'esprit qui guidait saint Irénée et fondant sur la passion du Christ la confiance en la vie future, elle condamne par chacune de ses paroles, écrit Edm. Le Blant, les doctrines marcosiennes; c'est donc peut-être, et dans le lieu même où se livra autrefois le combat, un autre témoignage de la victoire de l'orthodoxie.

Notre inscription révèle encore sur un autre point l'influence de saint Irénée. Dalmata attend sa récompense au jugement dernier de l'intercession des saints. Ainsi ceux qui l'ensevelirent et rédigèrent son épitaphe étaient encore du nombre de ceux qui n'estimaient

de dire si elle se trouvait dans l'enceinte d'une église ou d'un oratoire privé.

L'inscription suivante a été trouvée en 1801, elle est du vi» siècle ' :

+ HIC REQVIESCIT IN PACE BONE ME MORIAE DESIDE RIVS DIACONVS ^> QVI VIXIT ANNS" XXXI OBIIT III IDS APRL IND

.3733. — Mosaïque de Die.

D'après Bulletin dr la Société départementale d'archéologie et de statistique de la Drame, 1876, t. x, p. Wl.

point que le sort du chrétien fût achevé dès l'heure de la mort; beaucoup parmi les fidèles et aussi parmi les évêques, notamment saint Ambroise, croyaient que les défunts attendant le jugement dernier, trcmbl.iient ou se réjouissaient par avance selon la conscience de leur passé. Saint Irénée partageait la croyance aux prompluaria animarum cl on voit que plus de deux siècles après lui, cette pensée était encore représentée dans le pays du Rhùne.

L'intercession des saints en elle-même est aussi remarquable; probablement la tombe de Dalmata était placée Ad sanctos (voir Dictionn., t. i, col. 479), mais ce point ne peut être déterminé. « Nous l'avons découverte en 1826 dans le jardin de RI. Delamorte, rue de Villeneuve, » écrit Long; la pierre était évidemnient déplacée depuis longtemps et il est impossible

Le fragment qui suit provient dune inscriplion métrique; il est question d'un héros, probablement un saint -.

. OS PENETRAT VOX MISSA MEATVS CO .

. VS AGIT QVI NVNC PERCVRRERE FANDO IL . DIS PRIMVM QVAE GESSERET HEROS PER .

s]TVDIIS VIRTVS SUT VT LABOR ILLE VT . SA CORONAE OS .

II. Numismatique. — Au mois de novembre 1883, un propriétaire de Clansayes (Drôme) trouva une petite

> E. Le Bl.int, op. cit., t. n, p. 203, n. 478 «; pi. n. 389. — ' Ibid., t. II, p. 203, n. 478 b; pi. n. 3'JO.

DIE — DIES IRvE

pièce d'or dans le fond de la vallée de la Combe, en nettoyant un fossé, où elle avait dû être apportée par les eaux, car les cultivateurs de la Combe ne rencontrent jamais sous le soc de leurs charrues le moindre débris ancien. Cette pièce est un tiers de sol d'or frappé à Die : ainsi cette ville a émis des monnaies sous les successeurs de Clovis '. Voici la description :

CDV..IDMT1V1P

Buste impérial à droite, avec le paladamenlum et un diadème perlé, d'une exécution très barbare

UITAOIVIVUITV

et à l'exergue : cm; croix haussée sur un globe et un degré dans un grènetis, cantonnée du mot DIA. Poids, 1 gr. 20.

Selon toutes probabilités, cette pièce a été frappée à Die sous Justin II, entre la mort de Justinien 1" (565) et l'avènement de Maurice Tibère (582).

III. Mosaïque. — Dans l'ancien évôché, une mosaïque représentant les quatre fleuves du paradis tei'restre, ce qui semble intliqui-r la présence d'un baptistère=. Du centre delà rosace jaillissent les fleuves dont les noms sont donnés en toutes lettres, les eaux s'écoulent par des tètes giiinaçantes et se répandent en na;ipes sur la surface de la mosaïque où se jouent des animaux aquatiques et autres, une sirène et aux angles quatre tètes de tritons, un couteau, une clef, un compas (fig. 3733).

La partie centrale de la mosaïque est composée moitié de petits cubes de marbres variés de couleur, moitié de cubes plus gi-ands, ronds ou triangulaires. La rosace est entourée de deux lilets noirs entre Ic".quels on lit :

GEON ■ FISON ; EVFRATES ' TIGRIS ;

Voici les dimensions en allant dans ce sens : d b

a. 3'»72; b. 4'"5S; r. 3"'Sl; d. l'"34. Le dessin de Vallier qui est donné, par son auteur, comme tout à fait exact, indique un ouvrage de très basse époque, du vu' ou du viii'^ siècle peut-être.

H. Leclercq.

DIES IR/E, — I. Texte. IL Témoignages. III. Usage. IV. Auteur.

I. Texte. — Le texte de cette séquence est facilement accessil)le dans le Missale romanum; c'est celui qu'on lit dans le manuscrit Lilurg. Mise. 163, f. 179 b, de la Bibliothèque Bodléienne, sauf deux lectures qui ne sont que de mauvaises graphies et pas même des variantes (stance m, 1 : spargit au lieu de spargens; stance iv, 2 : diim au lieu de cum). Ce mamiscrit est un missel dominicain de la fin du xiv» siècle et qui a été à l'usage du couvent de l'ise. Un autre texte a été trouvé parmi les manuscrits de Félix Hïemmerlein, prêtre zurichois, mort vers 1457, ce manuscrit est aujourd'hui à la Bibliothèque cantonale de Zurich. Le texte est divisé en vingt-deux stances de trois lignes et donné par Daniel, Thés. HiimnoL, t. u, p. 103. On connaît enfin un troisième texte du Dics ira: dont la date ne peut être fixée que d'une manière approximative puisqu'on le rencontre dans les Vuriorum in

' De la Sizeranne, Numismatique mérouingienne. Un tiers de sol d'or frappé à Die, dans Bulletin de la Société départementale d'archéologie et de statisti(iue de la Drôme, 1880, \. XX, p. 117. — 'F. Artaud, Histoire abrégée de la peinture en mosaïque, suivie de la description des mosaïques de Lyon et du midi de ta France, ainsi que d'un aperçu relati/ au déplacement de ces pafés, in-l", Lyon, 18.35, pi. .xxxiii; Long, Recherches sur les antiquités romaines du pays des Vocontiens, in-4'>, Paris, 18-19, p. 112; Congrès archéologi-

Europa iiinenini delicise de Nathaniel Chytrseus, dont la première édition est de 1594. Chytrseus donne la séquence comme une inscription lue par lui dans l'église Saint-François, à Mantoue, et dans l'édition de Kiinigsberg, en 1650, p. 305, il est question d'une inscription sur un crucifix dans l'église Saint-François à Mantoue. Des écrivains postérieurs expliquent que cette inscription se lisait sur le piédestal de marbre d'un cruel lix. Dans le texte de Chytraîus, p. 186, on lit ces stances avant le début de la séquence :

1 Qaœso anima fidelis Ad quid respondere uelis Christo ventaro de cœlis.

2 Cum a te poscet rationem Ob boni omissionem

El mali commissionem ?

3 Dies illa, dies irse Quam conemar prsevenire Obviamque Deo ire.

t Séria contrilione Graiise apprebensione Vitœ cmcndalione.

suivent seize stances correspondant aux stances de la forme ordinaire, on lit :

Dies irx dies illa.... Cfinjuttdis malediclis

et au lieu des stances 17-19

Ul consors bealilalis Vivant cum juslificatis In a'vum selernilatis.

Dans le Missale Parisiense de 1738 et dans le Missale Melense de 1778, on rencontre ce début :

Dies irœ, dies illa Cnicis expandcns vexilla Solvel seclum in faoilla.

IL 1 ÉMOiGNAGES. — 1° Le plus ancien témoignage est celui de fra Bartolomeo degli .Mbizzi, franciscain de l'ise, mort vers 1380. Voir son Liber eonjormitaUim, Milan, 15t0. 1513, etc.

2" Sixte de Sienne, dominicain, qui qualifie la séquence de incondilas rylhmus. Voir sa Bibliotheca sancta, Venise. 1566.

3° En 1576, le chapitre dominicain de Salamanque décide de ne pas employer cette séquence ;) la Missa pro defunctis, comme contraire aux Ruliriqucs. Voir Annotât, in rubr. Ordinis Prœdicatorum, Venise, 1582.

m. Usage. — Cette séquence est employée ;■! la Missa pro defunctis. On la rencontre d'abord dans des Missels italiens et principalement franciscains. Parmi les plus anciens où elle se rencontre, on peut citer ceux de Lubeck, vers 1480, de Schleswig de 1486; d'Arras en 1491, le Processionnal dominicain de Venise en 1494, le Missel dominicain de Venise de 1496, de Tournay de 1198, etc. Cependant, cette séquence est encore omise dans nr.mhre de missels du xv et du xvi» siècle et dans les collections de Cliclitovcus, 1516 ; d'Adelphus, 1519; de Torrentinus, l.'il.i. bien qu'on y trouve le. séquences les plus communément récitées en France et en Allemagne. Par contre, on la trouve dans la col-

que de Valence, in-S°, P.aris, 1858, p. 2.î6; Joiive, Statistique monumentale de ta Drôme, ou notices archéologiques et historiques sur les principaux édifices de ce département, in-8«. Valence, 18G7; De Rossi, Musaico d'un baltistcro pressa la caltedrale di Die, dans Bullettino di arclieologia cristiana, 1867, p. 87-88; G. ValIicr, La mosaïque du Paradis terrestre à Die (Drôme), dans Bulletin de la Société départementale d'archéologie et de .stalislique de lu Dn'ime, 187(1, t. x, p. 57- 77, pi.

DIES in^.

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