‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 169 sur 251 · IV · texte numérisé non relu

IV

DIMANCHE

l'expiession complète (/.joiazi] r|[X£ca : domiiiicus ou dominica dies), soit de l'expression abrégée (r, zjf.azf, : dominicus ou dominica). De cet emploi, TertuUien est le plus aucieii témoin. Dominicus dies ou dies dominicus ligure dans son De idulohdriu ' et dans son De corona -. Dans le De jcjuniu ^ on lit : cxccptis sciliccl sabbatis H dominicis. Saint Cyprieu s'esL servi une fois de la foriuc abrogée de l'expression, dans la lettre ' où il fait l'éloge du lecteur martyr Aurélius : cl riuvniam scmprr qaudium properal nec potesi moras ferre lielilia, dominico lerjil intérim nobis, id est auspicalus est pacem, dum dedicat lectionem. Chez saint Cyprien, il est vrai, dominicam désigne toujours * le repas du Seigneur, le sacrifice eucharistique, mais ce n'est pas le cas ici à cause de la syntaxe, et aussi parce que la fonction du lecteur n'a pas à s'exercer pendant le sacrillce proprement dit. Mais que penser de l'expression dominica sollemnia dont se sert TertuUien dans le De anima (intcr dominica sollcnvxia) " et dans le De juga {quomodo dominim soltemnia celebrabimus) '? Désigne-t-ellela solennité du dimanche, ou seulement la célébration de l'euchuristie ? Saint Cyprien qui a beaucoup lu TertuUien, et qui lui emprunte peut-être le terme dominicum au sens de repas du Seigneur ', emploie une fois soltemnia pour désigner la liturgie eucharistique : Vbi ve.ro sollcmnibus adinplelis calicem diaeonus nfferre prxsenlibns eœpil ''. D'autre part, rien dans le contexte des deux passages cités de TertuUien n'autorise à supposer qu'il y soit question du dimanche plutôt que de tout autre jour de synaxe eucharistique. Probst nous parait peu logique en parlant du dimanclie au sujet du passai^e du De anima '°, alors qu'il n'a vu dans dominica sollenmia celebrare du De fuga qu'un équivalent de saerilicium offerrc ". 11 semble plus sûr de croire que dominica sollemnia vise directement la célébration de l'eucharistie, et seulement par contre-coup le dimanche, l'eucharistie étant célébrée surtout en ce jour. Citons encore, parmi les plus anciens témoins latins de ce nom du premier jour de la semaine, l'auteur du De fabrica nuindi" et Commodien". Pour les détails lexicologiques nous renvoyons au Thésaurus linyua' latinœ ".

r^a mention du « jour du Seigneur » ne fait pas plus défaut dans les anciennes inscriptions latines chrétiennes que dans les anciennes inscriptions grecques de même origine. Ce sont surtout aussi des inscriptions funéraires : il était naturel, en elTet, que l'on notât la co'incidence d'un décès au jour même consacré au Seigneur. Ces inscriptions latines ont, sur les inscriptions grecques analogues, l'avantage d'être le plus souvent d;itécs. La plus ancienne de ce genre est l'inscription

' C. XIV, P. L. (rééd. Garnier), 1. 1, col. 759 (non doininiciini •lient). — ' C. m, P. L., t. il, col. 90 (die dominico); c. xi, ibid., col. 112 (el dominico die). — ' C. xv, P. L., ibiil., col. 1025. — • Epist., XXXVIII, 2, éd. G. Ilartel, dans Corpus scriptor. ecclesiaslic. latinonwi, t. m, part. 2, "Vindobonfc, 1871, p. .581 = P. L., Epist., xxxiii, t. iv, col. :i2S. — ' Voir l'index de l'éd. de Ilartel sup. cit., et E. W. Watson, Tlie style and language o/ SI. Cypriim, dans Stttdia biblico et eccleslastica, t. iv, in-8", Oxford, 18!)0, p. 214, 266. SIciiic sens dans les Actes des martyrs africains Saturninus, Dativus et leurs compatyions, martyrs sous nioclélion, publiés par Tiuinnrt, Acia primonim martiiriim sincera, Paris, 1689, p. 409 sq. ; n. 2, p. 410 ; célébrantes ex more Domtnicum (var. Boll, el autr. : (/o/ziin/ca sacramenta); n. 7, p. 412 : nom et in collecta fui, el Dominicum cum Iratribus celebravi; n. 10, p. 414 : Intermilti Dominiciiiti non polest ; n. 11, ibid.; In domo men, inquit, egimus Dominicum... guoniam rijie Dominicn non pnssumus. Cf. Th. Zahn. .Shizzen aus dem J.eben der allen Kirche, :i' éd., I.cipzif!, 190s, p. :m\. .K noter aussi dans les m-'ines Actes, n. 12, loc. cil., p. 415 : Cnlleetam, inquit, gloriosis^ime celebravimus, ad scrtpluras dominicas legendas iii Dominicum roiihenimus sempcr. II s'agit de la lecture des Ivcriturcs qui accompagnait la synaxe eucharistique. Cf. ibid., n. 13 et 11, p. 416; S. AuR., .Sernt., \

romaine de Constantia, de 1U4, reproduite par De Rossi '* :

DEPOSITA COSTANTIA iVl^KÂ LHVLIASHONORIO AVÇ * VI CONSVLEDIE DOMINI ~^A QVAE VIXIT ANNOS PL \S MINV5 SEXA(;iHTABE N5MERENT1 IN FACE

3741. — Inscription de Constantia.

D'après De Rossi, Inscript, christicm. iirbis Roma', t. i,

Le même auteur a publié en entier, pour la première fois, une inscription de saint Paul sur la voie d'Ostie, à dater de l'an 415. C'est celle de Maximilla '' :

QVAjE DEPOSITA EST Xllll. [KAL. MAIAS DIE DOMlINICA HONORIO X. ET TH[EODOSIO

[VI CONSS...

Une intéressante inscription dédicatoire d'Afrique de I an 452, où le dimanche se trouve mentionné : DIE DOM(ON, a été reproduite précédemment dans le Dictionnaire, t. i, col. ()'29 ".

A citer encore une inscription de Rome de 473 (ou 412, ou 402) " où on lit :

...DEPOSIONS D DOM inira

L'inscription fragmentaire suivante est sans doute l)lus ancienne que toutes les précédentes, étant donné qu'elle provient du cimetière de Domitille (fouilles de t898) " :

ANTONIVS liVS DIE DOMINIC] OE WIANE HORAJ (die XX MENS^-"

C'est aus-.i à l'aube du dimanche que niiiurui cette

XXXII, 25, /'. L., t. xxxvni. col. 205; Brcv. collai, ciim donalistis, m, 32 ; P. / ., t. xi-iii, col. 644. — • C. ix, P. /,. (Garnier), t. ii, col. 701; éd. G.'Wissowa, dansCorp».v scriptor. eccles. lat., t. xx, pars 1, %'indobona', 1890, p. 310.

— ' C. XIV, P. L., ibid., col. 141. - "Cf. TertuUien, Ad uxorem, II, 4, P. L.,t. i, col. 1407 : dominicum conviuium (— xuptïx'ov ÔEïnvo/) en parlant de l'eucharistie. — ■ 73c lapsis, c. XXV (Hartcl, t. i, p. 255); P. !.. (rééd. Garnier), t. IV, col. 500. . — *■* F. Probst, Liturgie der drci erstcn Jahrhundcrte, Tûbingen, 1870, p. 191. — " Id., ibid., p. 184. — " P. /.., t. V, col. 306 : die dominico. — " Commodiani carmina, éd. 13. Donibart, Corpus scriptoruni ecclesiuslicoruni latinorum, t. xv, Vindobona', 1887, p. 89, Instructiones, II, 20 : die dominica ; p. 152, Carmen apobigeticum, 559 : id. — " Le mot domin iras n'était pas encore publié quand le présent article a été écrit. — " Inscriptioncs cliristianiv urbis Romiv, t. I, Roma-, 1857-1801, n. .529, p. 225-220. — " Ibid., n. fiOl, p. 256. — " C;f. II. I.eclcrcq, L'A/rique chrétienne, in-12, Paris, 1904, t. i, p. 399-401 (liibliograpliie). 'Voir encore dans L. Renier, I.es inscriptions roumines de l'.Mgérie, Paris, 1.S55, l'inscription 3431 où l'on trouve: DIE DOMN.

— "De Rossi, op. cit., n. 855, p. 379. — "P. C.rostnrosa, .Scaui ncUe catacombe romane, 1897-1898, dans Nuono Bullctliiiu di arcbcol. crisliana, Rome, 1898, p. 232.

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« Casaria de pieuse mémoire » que mentionne l'inscriplion avlgnonnaise de 587 ' :

+ OBIIT BONM CASARIA ME

DIVM NOCt D DONICo INLvCiSCENTE.

Sur la foi de la transcription de O. Hirsclifeld, le Thésaurus linftua; lalinx - a admis l'existence du verbe coinluciscere ( = coilluscesccre), mais nous pensons avec Le Blant, et la plupart de ceux qui ont interprété cette inscription, que la première syllabe de ce mot se rapporte au mot précédent et qu'il faut lire : die dominico inlucescenU: Dies domini désigne en effet à l'ordinaire le jour du jugement et l'on ne cite pas d'inscriptions latines où le dimanche soit ainsi exprimé.

Pour conclure ces remarques sur le second vocable du premier jour de la semaine, notons que l'application de l'adjectif « seigneurial = ou « dominical » (zvo.a/.o;, dominicus) au n;ot « jour » nous renseigne fort peu sur la signification intrinsèque de l'expression complète. En effet, « le jour seigneurial > ne veut rien dire de plus «pie : le jour qui appartient au Seigneur à un titre spécial. Ce serait forcer le sens de cette expression que de lui donner des traductions comme ceUes-ci : le jour où le Christ s'est manifesté comme Seigneur; le jour qu'il a choisi en tant que Seigneur pour se révéler comme tel, etc. : ou même d'interpréter : le jour consacré au Seigneur. Ce jour ne lui a été consacré qu'en raison d'un titre particulier d'appartenance. Or ce titre particulier, l'Évangile de Pierre nous l'a fait connaître nettement, et toute la tradition est là pour l'attester, c'est la résurrection du Seigneur au premier jour de la semaine juive. Il ne faudrait pas non plus supposer que l'on a passé de y.j'^ j./.o'v Oiînvov à y.\>ç,\xy.i, î.aÉoa, le sens primitif de ce dernier vocable devenant dans cette hypothèse : le jour où l'on célèbre le repas du Seigneur '. On a vu en effet que /.jyx/.rj: n'a pas été forgé par saint Paul et que dans la langue commune où il circulait alors, on l'appUquait à divers substantifs; on a constaté aussi l'analogie de forme entre SîCaaTr, (f|i.£ia) et /.jy.i/.T, (f,ti£pi). Au reste, dans les anciens documents chrétiens de langue grecque on ne trcu\e pas en face de Kjç:x/.r[, pour désigner la célébration de l'eucharistie, un analogue à dominicum du latin. Ivjf.a/.dv, dans les anciens textes, désigne toujours, en effet, la maison du Seigneur, le temple de l'assemblée chrétienne, l'église *.

« Le jour seigneurial » ou k dominical i est devenu le

* Corpus inscript, lalin., t. xn, Inscripliones Galliie Narbonensis lalinie, éd. O. Hirschleld, 1SS8, n. 1045, p. 135; Le Blant, Inscripi. chrct. de la Gaule, t. ii, n. 597, p. 417. Cette inscription maintenant mutilée se trouve au musée de l'bôpital de ViUcncuve-lès-Avignon. Elle est étudiée dans le Dictionn., 1. 1, col. 323-1-3237, où l'on en trouvera une reproduction. — ' T. ni, Leipzig, 1900-1312, col. 1563, lig. 39. ^ ' Néanmoins nous croyons que dans les deux cas radjectif se rélére implicitement à un fait historique de la vie du Sauveur. Et c'est ime des raisons qui nous font rejeter la théorie de E. Schwartz (Zeiùiclirill fur die neutestameniliche ^Vissenscha|l, Giessen, 1906, 7' année, p. 29 sq.) d'après laquelle le dimanche, supposé choisi par les chrétiens comme jour postérieur au sabbat, en opposition avec celui-ci, ot poiu" se séparer du judaïsme officiel, aurait été « le jour du Seigneur » avant d'être celui de la Résurrection. Par rapport à la personne môme du Christ, il n'y a pas lieu d'expliquer ■/.-jsia/.r, r,(iépa autrement quey.-^ç,:xy.'m 'jV.-^voi.Didachè, viii, 1, ne prouve rien en raison de l'intervalle d'un jour qui sépare le jeûne chrétien du mercredi du jeiine juif du lundi; quant au jeûne chrétien du vendredi, il dépend essentiellement du fait de la crucifixion du Sauveur en ce jour, et non du voisinage du jeûne juif du jeudi; le jeiine chrétien du mercredi, lui-même, doit dépendre d'un tait historique : les préliminaires de l'arrestation du Christ, d'après une' ancienne tradition. Cf. S. Pierre d'Alexandrie, lipif^l. can., can. 15, P. G., t. xviii, col. 508; et le De /abrica

vocable ofliciel du premier jour de la semaine dans la langue de l'Église, exception faite, comme on l'a vu, pour les liturgies de langues sémitiques; il est employé aussi dans la liturgie arménienne ^ Sous sa forme primitive il s'est maintenu dans l'usage civil en Grèce, et, sous diverses formes dérivées du latin, dans les pays autrefois de langues romanes : Dimanche, àcnienica, domingo, etc.

3. Le jour du soleil. — La foi en la puissance des astres sur la destinée humaine se répandit dans les mUieux helléniques d'Asie-Mincure et d'Egypte dans la seconde moilié du n" siècle av. J.-C. '. Au siècle suivant, sous l'influence des astrologues ou Chaldsi, cette croyance devint dominante dans le monde romain; et c'est alors qu'on vit s'y introduire avec succès la semaine planétaire '. De beaucoup postérieure à la semaine juive, cette semaine, à laquelle Dion Cassius attribue une origine égj-ptienne % en est cependant indépendante : elle commence, en eflet, par le jour de Saturne ', assimilé plus tard au sabbat, tandis que la semaine juive s'achève par le sabbat. Quant au jour du soleil, il est le second de la semaine planétaire où les planètes qui président aux jours se suivent dans l'ordre suivant : Saturne, Soleil. Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus. Il est vndsemblable que la diffusion de la semaine jui\ e dans le monde romain '" y a favorisé l'introduction de la semaine rivale des astrologues. Quoi qu'il en soit, la mise en présence des deux semaines, dans les mêmes milieux, finit par aboutir à un parallélisme concordant qui fut, en réalité, une assimilation de la semaine planétaire à la semaine juive, puisque le jour de Saturne en vint à correspondre au sabbat ".

La première apologie de saint Justin, écrite entre 153 et 155, nous fournit de ce fait une attestation très nette et, en même temps, le témoignage le plus ancien sur le vocable païen du jour dominical : •■■ Le jour dit du soleil (tt; -ryj f./.'.oj À£vou.£V7j fuspa) tous ceux (des nôtres) qui habitent les villes ou les champs s'assemblent en un même lieu... Nous nous assemblons tous le jour du soleil (Tr.v ti toj r./.ioj r.aépav zoivj; -ivTî; -r-i ■5jv=à:j3'.v no;c/ju.E9a) parce que c'est le premier jour, celui où Dieu transforma les ténèbres et la matière pour créer le monde, et aussi parce que Jésus-Christ' notre Sauveur est ressuscité des morts ce jour même; car la veUle du jour de Saturne (-f^ yàc npo Tf.r/.pov./.f,;) 11 fut crucifié, et le lendemain du jour de Saturne, qui est le jour du soleil (f,T-ç iz-h f,À:oj f,u.£pa), U apparut à ses apôtres et à ses disciples et leur enseigna ces choses

mundi, P. L., t. v, col. 304-305. Le cznx'j-T, r.u-içx commémore aussi très probablement un événement historif|ue, comme ■ le jour du roi . des Ptolémées, le 25 de chaqxie mois, qui était un jour d'avènement au trône (cf. supra, col. 8G2, n. 7). Nous montrons plus loin que le dimanche n'a pas été institué primitivement dans un dessein d'opposition au sabbat. — ' Voir par ex. Origène, In Ps., VTA 17, 21, P. G., t. XVII, col. 132; concUe d'Anc)Te, can. 15; concile de Néocésarcc, can. 5, 13, etc. Dominicum, par adaptation du grec, a aussi ce sens en latin. CI. Zalm, Skizzen..., p. 366. — • Sous la forme Kirakê (= '/-ptaxr). Cf. Conybeare, Riluale Armenorum, in-S°. Oxford, 1905, p. 534. — • \oir F. Cuniont, Les religions orientales dans le paganisme romain, Paris, 1909, c. vit : L'astrologie cl la magie, p. 240 sq. — ' Cf. Schûrer, art. cit., (voir notre Bibliographie) p. 18. — • Hisl. rom., xxxvii, 18, éd. Boissevain, t. i, Berlin, 1895, p. 405. — • Schûrer, /or. cit., p. 39. Voir en particulier les Hcrmeneumata Pseudodositlieana, dans le Corpus glossariorum latinorunu t. m, Lipsiae, 1892, éd. G. Goctz, p. 58. Dans le petit traité en grec et en latin attribué au grammairien Dosithée, et qui, d'après son préanibule, aurait été composé in207 après J.-C. {Maxime et Apro ccnsulibus), la liste des planètes présidant aux jour^ commence avec Saturne et va jusqu'à Vénus, mais un auteur postérieur les a numérotées en lettres grecques à partir <Ui Soleil. — "Schûrer, ibid., p. 40, et Geschicbte des jUdisrhen Volkes, t. m, 3' éd., p. 116 sq. — " Voir in/ra

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mêmes que nous vous avons exposées et recomman- "dées '. » S'adressant à des païens saint Justin emploie leur langage : de même que dans son Dialogue avec Tryphon ^ il appellera le dimanche 'xi^ twv aa65a-wv pour être compris des juifs, de même ici, pour une raison semblable, il le nomme « le jour du soleil ». Mais notons que la première fois qu'il se sert de cette expression il parait bien avoir l'intention d'indiquer qu'il ne la prend pas à son compte : c'est « le jour dit du soleil », celui qu'un certain usage appelle ainsi. A-t-11 aussi l'intention de faire entendre, dans la phrase finale du passage cité, que le choix de ce jour comme jour de culte public, est sans relation avec sa dénomination païenne '? On peut en douter. On remarquera en effet que les motifs allégués sont plutôt de nature à écarter un tel rapprochement : le jour dit du soleil est le premier jour de la création du monde, celui de la séparation de la lumière d'avec les ténèbres, et non celui où le soleil fut créé, c'est-à-dire le quatrième; c'est surtout celui de la résurrection du Christ où s'inaugure pour le monde une autre création. Le soleil, symbole du Christ ressuscité, ne semble pas être ici dans la pensée de saint Justin.

Le cas de Tertullien, un peu plus de quarante ans après, est tout à fait analogue à celui de l'apologiste grec. Dans son Ad naliones et son Apologeticum, adressés l'un et l'autre aux païens, il emploie le vocable dies solis pour désigner le premier jour de la semaine; et le cas est d'autant plus intéressant que nous avons vu Tertullien user de l'expression chrétienne, dics dominicas, dans des traités écrits avant tout à l'intention des chrétiens; nous constatons aussi chez lui, à côté de la mention du « jour du soleil », celle du » jour de Saturne » : nouvelle preuve de l'usage de la semaine planétaire dans la vie ordinaire à cette époque; et autre témoignage régional ; après la Syrie et Rome, l'Afrique. Les deux passages que nous allons citer sont en dépendance. L'Ad naliones, en cllet. d'après Monceaux^ et le P. d'Alès ', vient chronologiquement avant V Apoloyelicam. Dans l'un et l'autre passage, Tertullien répond aux païens qui accusent les chrétiens de rendre un culte au soleil, soit que pour prier ils se tournent du côté de l'orient, soit qu'ils passent le jour du soleil dans l'allégresse : Alii plane humanius solcm Christianum deam xstimanl^jjuod innotnerit ad orientis partem lacère nos precationem, vcl die solis lœtitiam curare. Quid ? vos minus jacilis ? Non plerique affectatione adorandi aliquando cliam cselcslia ad solis initium labra vibralis ? Vos cerle eslis, qui cliam in lalcrcuhim scptcm dicrunj soient recepislis, et ex diebus ipso priorem prœlegislis, qiio die lavacrum sublrahulis aut in vcspcram difjeratis aul olinm et prandium curclis. Qaod quidcni tacilis exorbitantes et ipsi a vestris ad aliénas religiones. ludxi enim festi sabbata cl cena pura el ludaici ritus lucernarum cl ieiunia cani azi/mis et orationes litoralcs, qux utiquc aliéna siint a dits vestris. Quare ut ab excessu reoerlar, qui solem et diem eius exprobralis, agnoscite vicinitatem; non longe a Saturno et sabbatis vestris sumus '. Tertullien ne fait ici que développer un argument ad hominem. 'Vous nous accusez d'adorer le soleil ? Mais n'estce pas vous, bien plutôt, qui en agissez de la sorte quand, sous i)rétc.\tc d'honorer parfois les corps célestes eux-mêmes, vous l'acclamez à son lever '? N'est-ce pas vous qui l'avez admis dans la nomenclal.ire des sept jours et qui, parmi ceux-ci, avez choisi

' 1 .lpo(., i,xvir, 3,7. — = Ibid., xli, i. — ' //i,s/. littéraire de l'Afrique chrétienne, t. i, in-8°, Paris, 11)01, p. 197. - ' I.a théologie de Tertullien, in-8°, Paris, 1905, p. xiii. — ' Ad nalioncx, i, 13, éd. G. Wissowa, Vienne, 1890, p. 38, 8-1; P. l... t. I (rééd. Garnier), col. 650. — • A/mlog., xvi. P. I... ibid., col. 425-428. — ' Sur l'observation du sabbaf juif chez les Romains, voir Ovide, ficm. iim.,v, 219;.lr.s am.,1, 115; TlbuUc, i, 3, 18; Mornce, Sat.,t, 9, 69; Perse,

le jour qui précède celui du soleil, le jour de Saturne, pour vous y livrer à des pratiques juives fort étrangères à celles de votre religion ? Ainsi donc, vous qui nous reprochez d'avoir choisi le jour du soleil pour nous réjouir, reconnaissez, au contraire, combien ce choix se rapproche du vôtre. — Quant aux raisons de ce choix des chrétiens, Tertullien n'en dit mot. Dans le passage correspondant de l' Apologeticum, il se contente de remarquer qu'elles s'inspirent de tout autre chose que de la religion du soleil. Après un préambule parallèle aux premières lignes du texte de VAd naliones, il ajoute en elTet : JEque si diem solis lœtiliœ indutgemus, alla longe ratione quam religione solis. Ce qui suit, malgré une certaine similitude verbale, offre un sens un peu différent du passage correspondant : secundo loco ab cis sumus qui diem Saturni otio et viciai deccrnunt exorbitantes el ipsi a ludaico more, quem ignorant '. En effet, il ne semble pas que secundo loco se rapporte à l'ordre de succession ou au voisinage du jour de Saturne et du jour du soleil, mais bien au degré et au genre d'allégresse des chrétiens par comparaison avec les réjouissances auxquelles se livrent les païens, le jour de Saturne : Si nous nous adonnons, le jour du soleil, à l'allégresse... nous le cédons sur ce point à ceux qui consacrent le jour de Saturne à l'oisiveté et i\ la gourmandise, et s'écartent ainsi des pratiques juives (du sabbat) ' qu'ils croient suivre alors qu'ils les ignorent.

Du cas de saint Justin et de Tertullien, il faut rapprocher celui de Clément d'Alexandrie ' qui, comme Tertullien, connaît le vocable chrétien du premier jour de la semaine, mais qui cite aussi à l'occasion les dénominations planétaires des autres jours. 11 ne le fait en réalité que pour trouver un prétexte d'allégoriser : le chrétien en jeûnant le mercredi et le vendredi témoigne qu'il s'abstient de l'amour de l'argent et des plaisirs sensuels symbolisés l'un par Mercure, les autres par "Vénus.

Cependant à mesure que le christiaidsme se répand dans les masses populaires d'origine païenne, il y a tendance dans ces milieux à continuer ;'i se servir des noms planétaires des jours de la semaine. On le constate tout particulièrement par les inscriptions funéraires, à partir de la fin du m'' siècle. La plus ancienne inscription de ce genre est une inscription romaine de 269 où le « jour de Vénus » est mentionné '. A part les exceptions signalées plus haut pour le dimanche, l'usage est à peu prés général aux iv cl v« siècles, du moins en Occident'". On saisit parfaitement ce fait en parcourant la troisième table récapitulative placée par De Rossi ù la fin de son recueil d'inscriptions romaines antérieures au vii' siècle ". Si l'on excepte une inscription de 4 19 où le dies sabbatl n'est sans doute mentionné qu'en raison de sa coïncidence avec la vigile pascale, on constalc que cette dernière appellation n'apparaît qu'ù la lin du v« ou dans la première moitié du vi" siècle; scr/a ferla figure pour la prendère fois dans une inscription de Santa-Maria di Cuvultere de559. Parloul ailleurs, les désignations planétaires, sauf quelquefois, comme on l'a vu, pour le dimanche appelé dies dominicus ù partir du début du v siècle. Hn dehors de Rome ou fait des. constatations analogues ". C'est d'ailleurs hors de Rome (pic nous trouvons dans l'épigraphic les plus anciennes mentions chrétiennes du « jour du soleil ». D'abord une

.S(i(., V, 181 : Juvénal, Sat., xiv, 96; Tacite, tli.st., v, 4 ; Suétone, Tiher., 32; Sénèqiic, V:pist., xc.v, 17; Joséplie, Contra .ipion., ii, 39. — ' Slroin., vu, 12; 1'. G., t. ix (rééd. Garnier), col. 501. ■ — • De lîossi, Inscrip. christiann- iirhix rtomœ, t. I. n. 11, p. 18. — " Y compris sans doute l'Egypte, d'après Clément d'Alex, cité .iiipra. — " Op. cit., p. 61.5- G16. — " Voir Scliilrcr, art. cit., dans Zcilschr. /. d. Nciilest. Wiss., 1905, p. 35-39.

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inscription de Chiusi que De Rossi ' date de 354 ou 365 ou 376. C'est celle d'un enfant chrétien de quatre ans, Aurelius Meletius. On trouvera cette inscription dans le Diclionn., art. Ciiiusi/.t. m, col. 1395.

Une inscription du musùe d'Angoulênie publiée par Le Blant-, commémore la déposition de Basilia au onzième jour des calendes de février, die solis.

En voici la reproduction d'après Le Blant :

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