NATIO.V
10" Rapports hiérarchiques. — ■ Dans le sommaire des 107 canons de saint Athanxse donné par Abou'l- Barakat dans sa » Lampe des ténèbres ", le 17' canon est ainsi résumé : « Que les prêtres doivent être constamment auprès de l'évèque le dimanche '*.» Cependant la version arabe de ce canon ne parle que de « jours fixés » : « Il n'est permis à aucun des prêtres de s'éloigner de l'évèque les jours fixés, excepté pour ceux (d'entre eux) qui gardent les vases sacrés'^.» Dans le Testanientum Domini la recommandation suivante concerne le diacre : Facial ecclesiam certiorem de lis qui in egestate sunt; episcopum non dislurbel, sed sola die dominica ci omnia commemoret, ut ipse sit certior factas de omnibus ". De cette législation orien-
après Liglitîoot (The aposioïic Fathers, part. II, t.i , London, 1885, p. 52) que le passage de la lettre de Pline sur la réunion matinale des chrétiens n à un jour fixé i» peut s'entendre de l'initiation baptismale. L'eucharislie, 5«cd., Paris, 1913, p. 37. Cf. Hist. du bréviaire romain, du même, Paris, 3» éd., 1911, p. 2, note. — • L. X, n. 72, P. G., t. i, col. 14,54 : Indixil autem jejunium omni plebi, et venîente die dominica baptizauit eum. — ' Voir Dictionn., t. i, col. 519. — '• Ibid., t. m, col. 2587-25SS. — " N. 16, éd. societatis philologie Bonnensis, Leipzig, 1895, p. 15-16. D'après le contexte, cette ordination eut lieu entre la \igile du dimanche et « la sainte liturgie » (p. 16) de ce jour. Voir encore sur cet usage, la lettre iv (an. 417) du pape Zozime accusant Ursus de n'avoir pas été ordonné au « jour légitime ». P. L., t. XX, col. 663 (voir la note); cf. Tilleniont, .^féni. pour seruir d Vhist. ecclés., Paris, 1705, t. x, p. 694. Pour plus de précision, cf. C. ' H. Tiirncr, dans The journal of Iheological studies, O.xtord, 1916, t. xvii, p. 341-343. — " Cf. nictionn., loc. cit. D'après la Vie de S. Sainson (éd. H. Fawtier, Paris, 1912, p. 112), celui-ci fut ordonné diacre un dimanche, — " C. I, P. L., t. Liv, col. 62.5-G26. — " D'après W. Riedel, Kirchenrechisquelicn des l'alriarchats Alexandrien, Leipzig, 1900, p. 54. — " D'après le même et W. K. Crum The canons 0/ Athanasius 0/ Alexandria, London, 1904, p. 28. — " L. I, c. xxxiv, éd. Halimani. Moguuli;e, 1899, p. 81.
DIMANCHE
taie on pourra rapprocher le canon 10 du concile de Mâcon de 583 : Vt presbyleri, diaconi vel quolibet ordine clenci episcopo suo obcedienti devotione subiaceani et non alibi dics feriaios nisi in episcopi sui obsequio liceat tcncre aut ailcbrare '...
11° Rcconcilialion et pénitence. — Le dimanche était anciennement le jour par excellence de la réconciliation entre ennemis. La participation au sacrifice eucharistique du dimanche motivait principalement ce choix, comme la Didachc parait bien l'indiquer : t Réunissez-vous le jour dominical du Seigneur, rompez le pain et rendez grâces, après avoir d'abord confessé vos péchés, afin que votre sacrifice soit pur. Celui qui a un différend avec son compagnon ne doit pus se joindre à vous avant de s'être réconcilié, de peur de profaner votre sacrifice ". » Dans la Didascalic, d'autre part, il est recommandé à l'évèque de commencer à juger les différends le lundi afin d'avoir le temps, jusqu'au samedi, de faire la paix entre ceux t,ui sont aux prises, pour les réconcilier le dimanche ^. Et aprèr avoir décrit la procédure à sui\Te dans ce cas, le même document rappelle la parole du Christ sur la nécessité de la réconciliation avec son frère avant d'aller offrir un présent à l'autel, puis ajoute : « Le présent de Dieu est notre prière et notre action de grâce (îù/ao'.cTia); si donc tu as de la colère contre ton frère, ou s'il en a contre toi, ta prière n'est pas entendue et ton action de grâce (eucharistie) n'est pas reçue, et tu es privé de la prière et de l'eucharistie, à cause de la colère que tu as '. » On a ici un véritable commentaire du passage cité de la Didachc.
Le Liber ordinum mozarabe contient trois oraisons super pénitentes (ou penitenteni), in diebus dominicis^: ces oraisons ne renferment pas d'allusions au dimanche ou à l'eucharistie, mais entre la première et la troisième, dans le manuscrit édité par dom Férotin, se trouve intercalée une bénédiction d'eulogies (oblate) à^ distribuer aux pénitents qui, dit la bénédiction, légitima euclmristie sacramenia ob iugum penitentie
' F. Maassen, Conc. œvi merovingici, Hannoverae, 1893, p. 157. — ' XIV, 1-2, trad.A. Laurent, Paris, 1907, p. 25. — » C. XI (Ccnsl. apost., 1. II, c. XLVii, l),éd. Nau.p. 103;éd. Fiink, t. I. p. 142. — \Ibid.(Const. apost., ibid., c. lui, 4), éd. Nau.p. 108-109; Punk, op. cil., p. 152.^'D. M. Férotin, Le Liber ordinum en usage dans l' Église wisigolhique et mozarabe'd' Espagne, Paris, 1904, col. 94-96. L'éditeur cite en note tcol.'94) le texte suivant qui appartiendrait à la Vie de saint Césaire d'Arles : Quotieseumquc pœnitentiam dédit, sa-pe die dominico ad^eum iurba varia confluebal. Nous n'avons pu trouver ce passage dans la Vie citée; le renvoi à Migne est iautif. — ' Op. cil.,' col. 95: pari nuneitaqiie pielaledignatiis pro annuis /estivitatis liuiiis gaudiis. Var. : pro annua /estivitate hiiius gaudia. Dans certains mss : pro requiem, pro peccata, pro animas, etc. — ' Cf. le canon 7 du IV" concile de Tolède (638) : Oportet eodem die [sexta' feriie passionis domini] mgsleritim crueis, quod ipsc dominas cunctis annuntiandvm voluil, prœdicare, atque indiilgcnliam eriminum clara Doce omnem popuhim postulare, ut pivnilentiw cumpunetione mimdati venerabilem diem dominicœ resurrrrtionis remissis iniquilalibus suscipere mereamur, eorporisque eiiis et i^anguinis sacramentum mundi a peccato sumamus. Cité par D. Férotin, op. cil.,col. 199, note.^" Baluze, Capitulariarcgum Francorum, Paris, 1677, t. i, col. 587; Borctius, Cap. rcg. Fr., dans Mon. Germaniœ historica, Legum, sectio ii, t. i, 1883, p. 348. Voir aussi le c. i.vi du concile de Trlbur, sur la pénitence de l'assassin : Post illos M. dies (de pénitence sévère) unum annum integrum ab introitu ecclefice suspendalur et abslineat se a carne et caseo, a vino et medone ac mellita cervisia, nisi dominicis et diebus festis. Boretius et Krause, Cap. reg.Fr.,t. il, p. 244. — • J. Lnmy, S. Eplira-m Syri hymnl et sermones, Malincs, 1882, t. i, col. .542 sq. — " N. 3. T. Zalin, SI;iz:en, 3' éd., LeipzlK, 1908, p. 324-325. Voir encore la deuxième apocalypse grecque de saint .lean, puljliée par M. F. Nnu dans Jieuue biblique, Paris, 1914, p. 215 sq., n. 7; et pour l'Occident le» textes cités supra, col. 952 (ps.-AuBustin), 953 (concile
accipere ab altario minime possunt. A lire cette prière, j on peut croire que ces euloties étaient offertes aux I pénitents à certaines grandes fêtes de l'année " : le : dimanche n'est pas spécialement en\isagé. On sait, I en tout cas, que dans l'ancienne Eglise d'Espagne les ; pénitents étaient admis de nouveau à la communion ; le dimanche de Pâques, après leur réconciliation ! qui avait heu dans la soirée du vendredi saint ". Les } eulogies étaient donc comme une promesse de cette : communion. Elles apportaient en même temps un ! adoucissement à la condition des pénitents, de même I que les bénédictions prononcées sur eux le dimanche. j On trouve dans le Capilularc monasticum d'Aix-la- ] Chapelle de 817 une preuve plus positive encore de ce î même esprit d'indulgence. Le canon 72 en est ainsi conçu : Ut is qui noocœ lenetur culpa, die dominico ] remissus habeat, et veniam non pelât ». ' Dans l'antiquité chrétienne, on regardait aussi le ■ dimanche comme un jour favorable entre tous pour I pleurer ses péchés et en demander le pardon dans la prière. Cette idée est exprimée, par exemple, dans ; saint Éphrem \ dans le sermon sur le dimanche attri- , bué à Eusèbe d'Alexandrie '", au concile de Rome de ; 826, etc. ".
j 12° Mariage interdit. — En interdisant de « céléj brer les noces » le dimanche (neque nubtias pro reve- I rentia tanlœ solemnitalis non celebrari visam est) le ! concile d'Aix-la-Chapelle de 836 '= entend parler assez j probablement de la consommation du mariage ". Il est j par ailleurs évident que le culte pubhc du dimanche 1 ne peut qu'être troublé par les cérémonies du mariage, I sans parler des inconvénients provenant des réjouis- I sauces profanes qui accompagnent à l'ordinaire les I noces.
! 13° Services funèbres supprimés. — Dans la traduction latine des Canons d'LIippolyle faite sur l'arabe par Mgr Haneberg on lit le passage suivant : Si fit àvïtj.vr,!!'.ç (fiunl àv3(;j.vr|!j;:;) pro ils qui defuncti sunt, primum onlequam consideant mysleria sumant, neque tamen die prima ". Dans la version allemande de
de Mâcon; S. Grégoire le Grand). — " Can. 31. Sunl quippe qui dominico die,- in quo commissa /acinora debent oratione abstergere, alla delectantur committere. A. WerniingholT. Concilia œvi Karolini, llannoverse et Lipsia?, 1908, t. n, p. 580; Boretius, op. cit., t. i, p. 376, Ce canon défend de juger, le dimanche, mais engage à sévir contre ceux qui commettent des méfaits en ce jour. Voir aussi les Responsa ad consulta Bulgarorum du pape S. Nicolas I"
(858-867), n. 10 : Dominico die orationibus insisten-
duni ut quod negligenter per scx dies agitur, pcr diem rcsurrectionis dominicœ precibus expietur. Mansi, Conc, t. xv, col. 407. — '■ C. m, can. 17. A. Werminghoff, Conc. irvi Karolini, t. ii, p. 722; Mnnsi, Conc, t. xiv, col. 671. — " Le mot nubere a souvent ce sens. Cf. Du Cange, Glossarium média! et in/îni.r lat. à ce mol ; A. ViHjcii, Hisl. des commandements de l'Église, 2" éd., Paris, 1909, p. 80, note 1. (-ependant le concile emploie ici rcxprcssion nuplias celebrnre qui indique plutôt une cérémonie publique; ^'oi^ Nuptia- dans Du Cange. En outre, la prohibition du concile est accouplée dans le même canon avec celle du jeûne, ce qui semble suggérer dans les deux cas l'idée d'une manifestation extérieure incompatible avec la solennité du dimanclie : leiunium diebus dominicis tcncre cl caitonica intcrdicil aui-torilas et rcsurrectionis dominice tanta S(dcnuiitas. Sans le poids des textes pénitentiels et disciplinaires qui Interdisent l'oeconiplissement de l'œuvre de chair le dimanche, nous adopterions cette opinion. Voir plusieurs des textes en question dans Thomassin, Traité des /estes de l'Église, 2" éd., Paris, 1697, p. 590-595. Cet auteur écrit d'une façon assez \ ague, au sujet du concile d'Alx-la-Cliapelle de 836 : ■ Il est visible que le roninicree du mariage étant suspendu les dinuuiclies, c'estoit une suite d'en exclure aussi les noces . (p. 592). — "DansL. Duchesnc, Origines du culte cliréticn, 2" éd., Paris, 1898, p. 515, n. 169. Die prima, pour désigner le dimanche, conespond sans doute !\ l'expression arabe. Cf. supra, col. 8.59, n. 5. \V. Ricdcl, loc. infra cit., traduit : nm Sonntage >,
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W. Riedel, faite aussi sur l'arabe, mais d'après de meilleurs manuscrits, et gciitralemenl tenue pour plus satisfaisante que celle de Haneberg, on trouve àvâÀria'J/'.; au lieu de àvi;;.vr,c;:;. Le reste de la phrase n'est pas difîérent, mais le traducteur arabe a donné le titre suivant au canon 33 dont ce passage forme le début: «Sur ]' i'/ x/.r,ti.-l'.; quel'on organise pour les défunts, et qu'elle ne doit pas avoir lieu le dimanche '. » Il est possible qu'ivïÀr,;j.'V.; désigne l'acte de restaurer ses forces par des aliments. Dans le contexte il est question, en elTet, de repas offerts aux pauvTes après la célébration des mystères, et ici évidemment ces mystères sont célébrés pour les défunts. Reste à savoir si la suppression du repas comporte aussi celle de la liturgie : cela nous parait probable. Pour éclairer cette question on pourra lire l'histoire de la controverse des colybes en Orient au xvin= siècle, histoire spirituellement retracée par Mgr Petit '. La controverse est moderne, mais les Orientaux sont gens conservateurs et, dans l'espèce, ils n'ont pas manqué d'en appeler aux anciennes traditions. Or d'après celles-ci, la célébration du dimanche serait incompatible avec celle d'un service funèbre. « Institué en mémoire de la résurrection du Christ, dit Mgr Petit, résumant les arguments des controversistes conservateurs, il (le dimanche) exclut par sa nature même tout souvenir, toute image de la mort. » Dans les monastères, « si un anniversaire solennel tombe le dimanche, on doit d'après les Typica l'anticiper au samedi; ce jour-là, on récite, après none, l'ofTice des colybes (gâteaux bénits), on distribue ceux-ci au.x frères, et on commence seulement alors les vêpres du dimanche. Une fois ces dernières chantées, il n'est plus question d'anniversaire ". >• L'opinion adverse a fini néanmoins par prévaloir, et « presque tous les ser\'ices funèbres, avec offrande de colybes, se célèbrent maintenant le dimanche '. « — En Occident, on trouve la mention d'une coutume de même genre dans l'Ordo de saint Prudence (t S61), évèque de Troyes : Die auiem dominico non cclebrentur agenda mortuorum, ncc nomina eorum recilentur ad missam; sed iantam rcgum, vel principum et sacerdotum. vcl pro omni populo christiano oblata vel vola reddanlur. Dejuncloram aiitcm qui moriiinlur die dominico, Christus Filius Dei ip.se det eis requiem qui semelipsnm pro ipsis, vel pro universo génère Immano hostiam obtulil '.
14° Dédieaee d'églises. — L'usage de consacrer les églises le dimanche est attesté pour l'Espagne par le III* concile de Saragosse en 691. Le canon 1*' de ce concile condamne les évèques qui choisiraient un autre jour pour cette fonction : In sanctum et salis venerabile concilium residenlibus nunliatum est nobis, eo quod aliqui pontifices, rcgulam verilalis prsclermillentes, eeclesias quie a fidelibus pia dcvolione eonslruuntur extra dies dominicos consecrent... Cujusque nos taliam pnesumpliones pontificum non solum sanctorum Palrum cohibemur prohiberc sententia, sed et propria deliberalione ecnsemus, ut nulli penitus pontificum in quibuscumque provinciis consliluto amodo ticeat prater certos dies dominicos eeclesias sanclas conseerare °. On ne sait exactement à quelle autorité ecclésiastique antérieure le concile fait allusion en
' W. Riedel, Die KirchenrecMsquellen des Palriarchals
Aleiandrien, Leipzig, 1900, p. 221 • La grande controverse
des colybes, dans Échos d'Orient, Paris, 1899, p. 321-331. — • Ibid., p. 328. — • P. 331. — ' Ordo édité par D. Martène, reproduit dans P. L., t. cxv, col. 1450. — " P. L., t. Lxxxiv, col. 318-319. — ' Saint Porphyre de Gaza consacra, le dimancfie de Pâques de l'année 407, l'église qu'il avait lait bâtir dans saWlle épiscopale. Marci diaconi viia Porplujrii, n.y2, Leipzig, 189.5, p. 73. Le pape Vigile, dans sa lettre ù Profuturus de Braga (538), tient la célébration solennelle de la messe pour suffisante ù la consécration d'une église. P. L., t. i.xix, col. 18. — ' Liber ordintim, col.. 509-512.— «Jbi'rf., col. 513.— "M.insi.Conc, t. II, col. 571.
promulguant ce décret. Il semble qu'en Orient, et aussi en Occident, en dehors de l'Espagne, on se soit simplement contenté de choisir pour la dédicace des églises des jours de fête où l'on était assuré d'avoir une nombreuse assistance', et les dimanches font naturellement partie de ces jours : telle est encore la coutume ordinaire de l'Église. Le concile de Saragosse, du reste, ne paraît pas avoir fait loi en cette matière. Dom Férotin a étudié vingt-quatre inscriptions espagnoles relatives à la consécration des églises, à l'époque où le Liber ordinum mozarabe (v'-.xi' siècles) était encore le rituel officiel de cette fonction '. Voici ses conclusions quant au jour de la dédicace : parmi les églises I dont l'année et le jour de la dédicace sont marqués, sept se trouvent avoir été consacrées le dimanche, deux le samedi ( « à noter que lorsque la dédicace avait lieu le dimanche, une partie notable du rituel était avancée au samedi » ), une le mercredi, une le jeudi, une le vendredi. « L'observation des règles canoniques, qui voulaient que cette cérémonie eût lieu un dimanche, est loin, on le voit, d'être rigoureusement observée. Le troisième concile de Saragosse lui-même qui la rappelle avec tant de force en 691... ne changera que dans une très faible mesure la liberté que prenaient sur ce point les évêques espagnols '. «
15° Souvenir des martyrs. — Le canon 51 du concile de Laodicée demande que l'on ne célèbre pas l'anniversaire des mart\TS en carême, mais qu'on fasse aloi-s mémoire d'eux le samedi et le dimanche i°. Le sermon sur le dimanche mis sous le nom d'Eusèbe d'Alexandrie invite, de son côté, les fidèles à visiter avec assiduité, le dimanche, les chapelles des martyrs ". Il faut citer encore ce passage bien connu où saint Jérôme évoque un souvenirde jeunesse : Dum cssem Romee puer, et liberalibus studii crudirer, solcbam cum cieleri ejusdem œtalis et propositi diebus dominicis sepulchra aposlolorum et martyrum circaire, erebroque ingredi, quse... per parietes habent corpora scpultorum, etc. '-. On peut supposer que ces excursions, dont la curiosité semble avoir été le motif principal, s'accomplissaient à l'occasion de pèlerinages ou de services réguliers aux catacombes.
10° Œuvres charitables. — Nous avons parlé delà collecte du premier jour de la semaine que saint Paul recommandait aux Corinthiens '', et qui avait pour but de subvenir aux besoins de l'église de Jérusalem. C'était une collecte extraordinaire ". Celle dont parle saint Justin dans sa description de la synaxe eucharistique dominicale est, au contraire, une collecte régulière qui devait se faire chaque dimanche. «Ceux qui sont dans l'abondanceet qui veulent donner, dit l'apologiste, donnent à leur gré, chacun suivant son intention. La somme recueillie est remise au président qui vient en aide aux orphelins et aux veuves, aux malades et autres indigents, aux prisonniers et aux voyageurs ; en un mot, c'est lui qui secourt tous ceux qui sont dans le besoin >°.» Le « président » (o r.arji^-z(oi) ici peut être l'évêque. On sait, en tout cas. que dans l'ancienne lïglise, aussi bien en Orient qu'en Occident, l'évêque était chargé de centraliser et de répartir les aumônes. Voir Quêtes. Dans le même sens, le 16' canon de saint Athanase ordonne à l'évêque de faire l'aumône tous les dimanches et tous les jours de fête ".
— "N.4,Zahn,SA-izzen., 3» éd., Leipzig, 1908, p. 325. Cf. supra, col. 952. — '■ In Ezech, c. XL, P. L., t. xxv (rééd. Garnier), col. 375. — " Sitpra, col. 886. Cl. S. Jérôme, ConlraVigi/onlium, 13,P. L., t. xxiii,col. 3(")5. — "Mais qui avait lieu peut-être au jour ordinaire des collée tes. — '* / .-l/jo/., i.xvii,6. — " W. Riedel iuid W. U. Cruni, The canons of Alhanasiiis o/ A;e.rani(ria,London, 1901, p.2f) et 117. Dans la« Lampe des ténèbres » d* Abou'l-Barakat, ce canon est ainsi résumé : « Sur remploi des aumônes par l'évêque, le dimanche et les jours de fête. • Cf. W. Riedel, Die Kirchcnreclitsqucllen..., p. 54. Le titre de la version arabe parle simplement « des aumônes de l'évêque, le dimanche. ■ Ricdel-Crum, op. ci; , p. \xxi.
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Saint Jean Chrysostome, prêchant sur l'aumône ', prend occasion delà recommandation de saint Paul aux Corinthiens dont nous venons de parler, pour montrer que le dimanche est un jour favorable entre tous à cet acte de charité, pour inviter aussi ses auditeurs à se conformer à l'invitation de l'apôtre. Dégagé en ce jour du souci des affaires, l'homme, d'après le saint, a l'esprit plus libre et par là même mieux disposé à penser aux besoins des autres. Souvenons-nous, d'ailleurs, ajoute-t-il en substance, que le dimanche est notre jour de naissance à la \ie éternelle : si donc nous célébrons par des largesses !e jour de notre naissance terrestre, quelles raisons plus fortes n'avons-nous pas d'en agir de même le dimanche '? Et dans une homélie sur le même passage de la seconde épître aux Corinthiens -, il joint à ces motifs d'opportunité le zèle empressé pour le bien que procure en ce jour la participation aux saints mystères.
En Mésopotamie, vers la fin du vi* siècle, le synode nestorien de Jésuyahb I" demande que l'on ■ se sanctifie ce jour-là par des dons aux indigents, par l'apaisement des disputes, par de justes jugements, par la paix, la charité, la miséricorde les uns envers les autres '.» Pour l'Occident, on peut citer les Capitula de Théodulphe d'Orléans * et les Responsa de saint Nicolas l^' aux consultations des Bulgares '. On a aussi, plus anciennement, l'exemple de sainte Radegonde qui, d'après Fortunat, subvenait ■> chaque dhnanche » (Venerabili vero omni dominico die) aux besoins des indigents qu'elle réunissait à cet effet; le même jour, elle invitait le clergé à sa table '.
A côté de l'aumône, il faut placer, au nombre des oeuvTes de charité exercées le dimanche, la visite des malades et celle des prisonniers. La première est recommandée à la veuve chrétienne dans le Testamenlum Domini : Visitet segrotas onmi die dominico, secum adducens diaconum unum aut duos, easdemque adjuvei '. Quant aux prisonniers, nous avons déjà signalé la loi d'Honorius et de Théodose II ordonnant aux juges de se rendre compte, le dimanche, de l'état des détenus '. Il faut y joindre le canon 20 du concile d'Orléans de 549 : Id eliam miserationis inluilu œquum daximus custodiri, ut, qui pro quibuscumquc culpis in carceribus depulantur, ab arcidiacono seu pnepositu ecclesiie singulis diebus dominicis rcquirantur, ut nécessitas vinctorum secundum prœceplum divinum misericorditer sublevetur '... Sur les autres jours de visites des prisonniers, voir Prisons.
Par contre, le sermon sur le dimanche attribué à Eusèbe d'Alexandrie a des paroles indignées à l'adresse de ceux qui, dans une pensée de charité malentendue, prétendent profiter du dimanche pour
' Dé eleemosyna,ii.'3,P. G., t. il, col. 264-265. Le troisième sermon De pœnilenlia du même, qui est aussi un sermon sur l'aumône, a été prononcé un dimanche. Cf. le n.l de ce sermon, P.G., t. xnx,col. 291. — ' Inepist. I ad Cor.,hom. xLiii, n.l, P. G., t.LXi,col. 368. — «Canon 19. J.-B. Chabot, Synorficon orientale (Sotices et extraits des manuscrits de ta Bibîiotttèqiie nationale, t. xxxvii), Paris, 1902, p. 447. — 'Cap. xxiv, sur l'observation du dinianchc : Tanlumnuulo Deo vacanduni est, in celebralione videlicet sacronim officioruni, et exhibitione eteemosynanini, et in Dei laudibits ciim aniicis, proximis et peregrinis spiritatiter epidtindiini, P. /.., t. cv, col. 198-199.
— ' N. XI. Mansi, Conc, t. xv, col. 407. Ce paragraphe s'applique strictement aux fétcs, mais d'après celui qui le précède, le dimanche doit être compris dans celles-ci. — ' Vita de sainte Hadcgonde en deux livres, Mb. I, n. 18, dans Mon. Germaniœ liistorica, Scriptores rerum Merovingicarum, 1888, t. il, p. 370. — ' L. I, c. xL, éd. Rahmani, Moguntia;, 1899, p. 97. — ' Cf. supra, col. 875. Celte loi est établie dans un dessein d'humanité, afin que les prisonniers ne soient pas maltraités par leurs geôliers, aient une nourriture sufTisantc et puissent se baigner. L'évéquc du lieu doit veiller à ce que les juges observent cette disposition.
— '.Maasscn, Conc. œui Merovingici, Ilannover.'e, 189;i,
aider les pauvres dans leurs travaux : agir de la sorle. d'après l'auteur de ce sermon, est un péché et un vol fait à Dieu; si l'on veut secourir ainsi les pauvres, que ce soit seulement les autres jours de la semaine, après avoir achevé ses propres travaux '°.
17° Marques extérieures d'allégresse. — D'accord avec l'Eglise, les premiers empereurs chrétiens interdisaient le dimanche et les jours de fêtes religieuses, ainsi qu'on l'a vu ",les spectacles profanes qui eussent empêché de prendre part aux actes du culte. Un peu plus tard, l'Église punira sévèrement ceux qui négligeront les assemblées du culte pour courir à ces mêmes spectacles ''. Voir Spect.\cles. Elle encouragera au contraire toutes les manifestations extérieures de joie en harmonie avec l'esprit de ses fêtes. Ainsi, !e port d'habits plus beaux ou plus soignés ", selon l'usage universel que les juifs, en particulier, suivaient le jour du sabbat '*. Ainsi encore, l'amélioration du régime des repas : la suppression du jeûne le dimanche l'indique déjà assez. Dans les anciens monastères où, hors le temps pascal, le jeûne était à peu prés perpétuel, cette amélioration se faisait surtout sentir en ce que, ce jour-là, l'heure du repas principal était avancée de none à sexte ''. Ce repas se prenait après la synaxe eucharistique, et l'on veillait à ce que les mets en fussent plus abondants et plus agréables. On peut en juger par les bonnes intentions de l'abbé Paphnuce que Cassien n'a pas rapportées sans malice. Il s'agit d'un prandium dominical : Reversi ad cellam scnis refecti primum lautissime sumas. Xam pro maria, quœ superiecta olei gutta cotidiana' rejeclioni solebat adponi, modicum liquaminis miscuit et olei quiddam solilo propcnsius super/udit... Deinde adposuit frictum, olivas lernas : quibus posl hœe saperintulil canistrum habens cicer frictum quod illi trogalia vacant, ex quibus quina tanlum sumpsimus grana, myxaria bina, caricas singulas. Hune enim numerum in illa heremo quemquam cxcessisse culpabile est"^. Saint Pakhôme réprimanda un jour un cuisinier qui, pendant son absence, deux mois durant, n'avait pas fait cuire un plat de légumes aux frères, le samedi et le dimanche, ainsi que la règle le lui ordonnait". Ces légumes cuits font penser à la friture de pois chiches de Paphnuce. Saint Ccsaire aussi, lorsqu'il était moine à Lérins, se contentait pendant la semaine des légumes qu'il s'était préparés de cette même manière le dimanche ". Et comme si ce repas du dimanche dût être dans les monastères une occasion inévitable de gourmandise, les Canons a' Athanase recommandent à cette occasion aux religieuses la plus grande sobriété '". Sur les excès auxquels ce repas pouvait donner lieu parmi les simples fidèles, il y a peut-être une indica-
p.'107. — " N. 8, dans Zahn, Skizzen, 3« éd., Leipzig, 1908, p. 329-330. — "Cf. supra, à propos du di'fts solis, col. 875 sq.
— ^* "Voir, entre autres, les StatutaEcclesix antiqua, n.Z'i (88) : Qui die solemni prœtermisso Ecclesiw conitentu ad spectaeula vadit, excommiinicetur. P. L., t. CLVI, col. 883. Le sermon (Xi.x \x de l'appendice aux sermons de S. Augustin interdit également la chasse le dimanche : n. 3, P. L., t. xxxix, col. 2275. — " Les témoignages que nous connaissons sur ce sujet se rapportent aux fêtes en général, et non spécialement au dimanche. Voir, par exemple, S. Jean Chrysostome, In epist. I ad Cor., hum, .xv, n. 3, P. G., t.i.xi, col. 125; S. Léon, Serni., XLi.n. 1, P.L., t. xiv, col. 272. Cf. toutclois Palladius, supra, col. 950. — " Talmud, traité Scliabbatli 119", cité par Schùrcr, ZeiLscliri/t /iir die neulestamcniticlie Wissenschall, 1905, n. 1, p. 8, note 1. — " CI. Régula S. .\nlonii, can. 2 : ieiiuia usque ad nonam, singulis diebus, e.rceplo sabbuto et dominico die, P. l.., t. cm, col. 424. Voir. sii/ini, dans cet article, col. 971. — " Colla- (io, VIII, 1, éd. M. l'ctschenig. Corpus de Vienne, 1886, t.xiii, p. 217. — " Histoire de S. Pacùmc, éd. par J. l3ouM|Uct et F. Nau, § 24, dans Patrologia orientalis, Paris, 1908, t. iv, p.M3. — " \'i'(n(;«-sarii,l. I,c.i,n. a, P. f,.,l.I,xvii,col. 1004.
— " Canon 92, éil. Riedcl et C.ruin, London, l'JOl, p. 59.
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tion a tirer des propos étranges de ce Romain, qre saint Augustin rapporte et réfute dans sa lettre à Casulanus. Ce citoyen de Rome préconisait le jeûne universel et obligatoire du samedi, mais estimait qu'en retour on pouvait restaurer ses forces le dimanclie par une alogia, c'est-à-dire, d'après saint Augustin expliquant l'étymologie du mot, par un festin où la bonne chère était de nature à faire perdre la raison'. L'évèque d'Hippone, qui n'a pas de peine à montrer le ridicule de pareilles Ihcuries, indique alors en passant qu'un prandiiim « modeste et sobre » est celui qui convient le dimanche ù un chrétien -.
Notons encore que dans les laures palestiniennes la joie apportée par le samedi et le dimanche autorisait les ascètes les plus parfaits non seulement à cesser leurs abstinences, mais encore à rompre le silence. Les diacres de saint Uuthyme disaient de lui : « Nous ne l'avons jamais guère vu manger, ni rompre le silence que le samedi et le dimanche '. » Le système semi-érémiticjue de la laure. ne comportant de réunions régulières qu'en ces deux jours, invitait du reste à cet adoucissement.
VL Particularités liturgiques. — Si nous étudions la liturgie actuellement en usage en Occident, nous trouvons que chacun des dimanches de l'année, presque sans exception, possède son caractère et sa désignation liturgiques. Dans la liturgie romaine, par exemple, nous avons les quatre dimanches de l'avent, les six dimanches après l'Epiphanie, les trois dimanches <le septuagésime. sexagésime, quinquagésime; les six dimanches de carême, les cinq dimanches après Pâques; les \ingt-quatre dimanches après la Pentecôte, soit un total de quarante-huit dimanches; les trois ou quatre qui restent sont ou des dimanches vacal ou des dimanches dans une octave. A la différence de quelques titres, et d'un av.-nt à six dimanches, cette disposition est substantiellement la même à Tolède et à Milan.
On peut donc dire que chaque dimanche dans les liturgies occidentales, a maintenant son office liturgique spécial. Aucun autre jour de la semaine ne possède un pareil privilège, caries mercredis et vendredis, qui sont aussi jours liturgiques, n'ont d'office particulier que dans un certain nombre de circonstances assez limité. Quant aux autres fériés, elles sont d'ordinaire en dépendance de l'office du dimanche, sauf en carême et dans quelques rares occasions. Ce système liturgique est fort ancien; on peut dire qu'il remonte, au moins, dans son ensemble, au delà du ix'= siècle. Il va sans dire toutefois qu'il n'est pas primitif. On le voit se dessiner dans ses premiers linéaments aux iii^-iv siècles. Auparavant, comme
'£:pîs(.,xxxvi,n.ll, cf.n. 9,P.I,.,t. xxxiii, col. 140-141.
— * Ibid., n. 12, col. 141 : Qidd est ergo qiiod rtirsus sibi ipse contrarias admonet^ ut non firandio moderato^ sobrio, cliristiano reficiamar dominico die... Cf. n. 11 : Adiende quemadmodam donùnici diei non pareo prandio refïciatur, sed alogia deïectfitur. — =• Cf. R. Génier, V(*? de saint Euthyme le Grand, Paris, 1 900, p.l61 . — • Cf..\rRiQUE ( Liturgie d'), t.i, col. 50:5.
— ' Dom Cagin a écrit fort justement : « a) Le dimanche est le jour liturgique par excellence. et le plus ancien comme tel ; b) le dimanche, en tant que dimanche, est, par lui-même, étranger aux circonstances qui ont motivé successivement, ici et là, des rédactions spéciales. • Te Deiim ou Illatio? Paris, 1906, p. 374. Sur cette liturgie dominicale ou ordinaire, cf. encore ibid., p. .386 et 409. — ' FunU, Didasc. et Const. apost., Paderborna>, 1005, t. n, p. 158-159. Celte prière est exactement intitulée : IvJ/v, T.pii<-r, v.:if:xy.f,; : Oratio prima dominicw. Le sacramentaire de Sérapion s'ouvre par elle. — • ' Sur les noms et litres des dimanches, voir les articles sur les diverses liturgies, par exemple Amurosien (Rit), § vi, t. I, col. 139.'5 sq., et aussi les articles Avent, Pasc.vl (Temps), Pentecôte, Septuagésuie, Lectures, PéricoPEs, etc. En Orient les dimanches sont plus indépendants qu'en Occident de l'évolution du cycle : voir la dissertation d'Allatius citée dans notre Bibliographie. — ' Cf. .Vnamnèse, t. I, col. 1888; dom P. Cagin, L'Eitcharistia, Paris, 19)'>,
donifUibrol le constatait ici pour la liturgie d'.\fri(|ue ', il n'y avait pas de cycle chrétien, d'année liturgique. Les chrétiens gardèrent leur année civile, juive pour les convertis du judaïsme, grecque ou romaine pour les convertis de la gentilité. Afin d'avoir une idée juste de la genèse liturgique, il faut bannir de son esprit tout ce qui ressemblerait à un cycle chrétien. Tout se réduisait originairement au sacrilice, à la Cène, qui est l'acte central de la liturgie chrétienne, et à la réunion antécédente où on lisait les Livres saints, où l'on chantait des psaumes et des cantiques, où l'on prêchait. Cette double assemblée (vigile et sacrifice) pouvait se tenir en tout lieu et à n'importe quel jour de la semaine. Elle s'attacha cependant de préférence au dimanche qui était, pour les raisons que nous avons dites, le jour du Seigneur, qui remplaçait le sabbat pour les chrétiens, et qui fut le jour liturgique par excellence *.
L'un de nos plus anciens monuments liturgiques, le sacramentaire de Sérapion, débute par une E J//, zjv.a/.^; ou prière du dimanche ', qui accompagnait les lectures scripturaires de ce jour, ainsi que le montre son contenu. Or il est remarquable que cette prière propre au dimanche est de caractère général et ne renferme aucune allusion au jour auquel elle est destinée. C'est là pour nous un signe de son ancienneté.
Il y a ainsi à l'origine une liturgie dominicale, qui est en somme la liturgie primitive commune, sans épithète, que nous appelons dominicale parce qu'elle s'est fixée plus spécialement au dimanche, comme au jour principal de la semaine, et qui a dil se répéter tous les cUmanches de l'année. Le désir d'éviter la monotonie inspira la pensée de varier les lectures, les psaumes et les autres formules liturgiques. Certains dimanches, comme ceux de Pâques et de la Pentecôte, étaient tellement à part à cause des événements qu'ils rappelaient, qu'ils eurent bientôt aussi une liturgie spéciale. Ils exercèrent peu à peu une attraction sur les autres dimanches et ainsi se trouva-t-on amené à créer un cycle liturgiciue dans lequel tous les dimanches devaient, l'un après l'autre, avoir leur place'.
Cette hturgie dominicale primitive, de caractère uniforme, se retrouve surtout dans le canon de la messe, qui a beaucoup moins varié que les autres formules, et qui mentionne toujours la résurrection du Christ '.
Cette mention mise à part, on peut dire que l'ancienne liturgie romaine ne renfermait aucun texte sur la résurrection qui fàt propre aux dimanches ordinaires. Elle suivait vraisemblablement en cela, et elle suit encore, la tradition primitive, celle de la liturgie dominicale commune ".
passim. L'idée du second avènement du Christ est jointe à celle de sa résurrection dans le canon de la messe du sacramentaire ambrosien. Entre la consécration et VUnde et memore-s on y lit : Mandans quoque et dicens (ad) eos. Hœc quntienscumque feceritis, in meam cominenwrationeni facielis. Morteni meam. prœdicabitis, resurrertionem meam annantiabitis, adventum meum sperabitis donec iterum de cadis veniam ad vos. Cf. Codex sacramentorum Bergomensis, dans .4iic/ariiim Solesmense, Solesniis, 1900, p. 93. Ces paroles sont un commentaire de I Cor., xi, 20 sur la célébration de l'oucliaristie. — - ' Le cas du Te Deam, a\'cc son allusion à la résurrection Tu deuicto mortis aculeo, doit être écarté, comme n'étant pas spécifiquement romain, ni d'ailleurs exclusivement propre au dimanche. Cependant il faut remarquer que, d'après la thèse de dom Cagin, Te Deum on Illatio ? il pourrait avoir appartenu à l'ancienne liturgie tloniinicale. Le cas du symbole de Nicée entre encore moins en considération. La mention de la passion, de la résurrection et de l'ascension du Sauveur dans la prière Suscipc sancta Trinilas de l'olTertoire n'est qu'une réplique tardive de la mention du canon: la prière elle-même est d'origine gallicane. Quant ù la consécration ilu dimanclie ù la Trinité, elle ne remonte pas en Occident au dehl d'.\lcuin. Cf. Dictionn., t. I, col. 1879-1080, et C. Mohlberg, dans Séminaire historique de Louvain, Rapport sur les travaux, Louvain,
DIMANCHE
n n'en est pas de même dans les liturgies orientales où chaque dimanche constitue en quelque sorte une petite fête de la résurrection '. C'est ainsi que dans la liturgie de saint Jean Chrj-sostome l'apolysis débute chaque dimanche par les mots : O ivajTi; iz vszfiôv. Voir Apolysis. Le même jour, dans la liturgie grecque, on lit, après l'office du matin, un évangile de la résurrection -, et les tropaires de l'office célèbrent avec éclat le Christ victorie IX du tombeau ^ ; le bref cantique 'AvicjTa; £/. Toj ;j.vr;;j.3tTo;, attribué à saint Jean Damascène, appartient aussi à cet office *. Pour plus de détails, voir Résurrection (dans les liturgies
OBIENTALES).
D'autre part, les anciennes liturgies latines, en dehors de la liturgie romaine, offrent, sous ce rapport, quelques analogies avec l'Orient. Des allusioiis à la résurrection du Christ ou à la résurrection générale, voire la mention de ces événements, s'y rencontrent de temps à autre dans les textes destinés aux dimanches ordinaires de l'année. Nous citerons les exemples qui nous ont paru les plus frappants :
Les lectures dominicales du missel de Bobbio ont deux fois pour objet la résurrection du Christ, principe de notre résurrection (I Cor., xv, 12-22, et Rom., x, 8- 13)^; dans le même livre, la conlestatio dominicalis dont il sera question au paragraphe suivant, tait l'énumération des prérogatives du dimanche, et une autre contestatio dominicalis rappelle encore la résurrection du Sauveur ^
L'ancien Liber sacramentorum mozarabe de Tolède renferme sept missu- qaotidiamv. La première seule est proprement dominicale. Elle commence, en effet, par deux pièces qui font l'éloge du dimanche. Ces deux formules (missa et alia oralio) sont fort intéressantes en ce qui touche à la question du culte perpétuel réalisé par la célébration périodique et ininterrompue du premier jour de la semaine ( cf. § iv de cet article).
La première débute ainsi : Dominicos dies, dileciissimi fratres. sanclc religionis diebus consecratos, grandi diligentia mens ad solemne officium parata concelebrcl. Non sint hinc studio despicabiles, quod in numéro sint fréquentes : nec eo exiguus eorum cullus, quod adsiduns sit recursus...
La seconde exprime aussi tout d'abord la même idée : Deus, quem omni tempore eolert et laudare sine in termissione debemus ; dona ut quatenus perpetim servicndi curam per negligentiam non implemus, sattim dominicorum dierum jestivitatem diligentius cxcolamus '...
Ce double éloge du dimanche est à comparer à celui que l'on trouve dans le bréviaire mozarabe aux laudes du cinquième dimanche après l'octave de l'Epiphanie : Capitula. Dies doniinicus, fratres charissimi, a nobis pia devotione colendus est : illuxit dies Resurreclionis et pacis : dies vera: lucis, et vitœ : in qua Chrislus credentium vita resurrexit a mortuis... ut diem dominicie Rejurrectionis solemniter celebrantibus, pacem tranquillam, etc. '.
Enfin nous citerons ce Dominicale (pièce spéciale au dimanche) ^ du psautier mozarabe, dont le contenu concorde avec l'hypothèse faite plus haut '" sur les origines de la vigile dominicale : Domine Ilicsu Christe qui discipulos tuos vigilare et orare sacro oris tui instituisti oraculo, diemque adventus tui média nocte pullo- Tum cantu; an mane venial ; (et) magno tuo prœscientiœ obtegisti silentio, inmensam piekdem tuam trementes famuli (lui) quesumus et rogamus ut dum veneris non de peccato nos arguas, sed ineffabili bonitate suceurras, etc. ".
Dans le même ordre d'idées, on rapprochera d'un passage de la Constitution ecclésiaslique dite égyptienne, mentionné plus haut '", une Oratio matutinalis du dimanche appartenant au sacramentaire ambrosien de Bergame. Tu quoque, si dormis, dit la Constitution, alium diem incipias ac typum resurreclionis facias. Et l'oraison du sacramentaire : Grattas tibi agimus omnipotens Deus, qui ante requievimus in sopore e! ad te resurreximus posl quietem. Vigilel in nobis gratta tua, redeal spiritalis infusio sensibus cxcitatis, tolosque nos splendor tuœ clarilalis illustret. Ul qui ad lucem tendimus, lucis tuœ semitam consequi mereamur ''.
Mais la liturgie la plus intéressante dans le cas présent est la liturgie celtique de l'office dans l'antiphonaire de Bangor. Conformément aux vues de E. Warren que nous faisons nôtres, ce livre possède un cursus fixe de prières pour le dimanch i ". Or dans ces prières le souvenir de la résurrection du Christ s'affinne au point que l'on a pu se demander, mais à tort, si le livre n'était pas destiné au temps pascal. Le Te Deum étant mis à part {Hymnus in die dominica, n. 7), ces prières se composent d'une hymne pour les matines (Hymnus ad matutinam in dominica. n. 12 ; Spiritus divins; lucis gloriœ), de quatre collectes Post evangelium (n. 65, 74, 79, 85), et de quatre autres Super (n. 66) ou Post (n. 75, 80, 86) hymnum, qui correspondent aux précédentes''. L'hjinne célèbre les trois iiersonnes divines, mais la seconde personne y est spécialement envisagée sous le symbole de la lumière, avec des allusions à la résurrec-
1908, p. 421-422. Comme tendance préparatoire, voir cependant dans l'antiphonaire de Bangor l'hymne du dimanche et la collecte qui s'y rattache, éd. Warren, London, 1875, t. ii, p. 13 et 23 (n" 66) : toutes les deux célèbrent la trinité des personnes dans l'unité divine. L'Église grecque commémore aussi le mystère de la Trinité chaque dimanche, au u.îTov./y.r'.Z'iv. Cf. 'Li'>'>/rj-;;o-/ \}.i;'x, Venise, 1820, p. 51-53. — ' Cf. Ant. Baumstark, Feslbrevier und Kirchenjalir der syrixchen Jakobiten, in-S^, Paderborn, 1910, p. 266 : Dereinzelne Sonntag isl atlen orientalischen Riten an sicbein Osterfesl im kleinen. Weit enbicliiedener ah in ahendtandliscber Liturgie Iriigt eritierdas Gepràge einer allmôchenilich wiederkehrenden Erinncrungsfeicr der Avferslehung des Hcrrn. Cependant l'olTice dominical des syriens ncstoriens n'a pas ce caractère. Cf. A. J. Maclean, East Syrian daihj offices, in-12, London, 1894, p. 155-163,190-192,205-210. L'idéedominante dans cet oITlce est celle de la rédemption du péché.
— »Cf.ci-dessus,col.973.— 'Cr. 'Ûfr//o-;!Ov,é(/.ci(.,p.42G-G33.
— * A la fin des laudes ("OpOpo;), après un dernier tropaire sur la résurrection, ibid., p. lOG. Cl. J. Mearns, The cimtics of llie Christian Clmrcli, in-8°, Cambridge, 1914, p. 17. — ' .M. Niale and G. H. Forbes, 'i7ie ancien! lilurgies nf llie Gallican Churcli, Bumtisland, 1855-1867, p. 331 et 341 (Épttrcs). — • P. 355 (Missa cottidiana dominicalis) : rcspice in nobis et miserere nosiri Deus, qui ad œiernam vitam in Christi resurrectionc nos reparas. Cf. p. 343 (Ad pacem) :
Deas vita credentium... resurreclio morUiorum. La Collectio post propheliam (p. 328) se rapporte aussi très probablement h la résiurection du Christ. Toutes ces pièces appartiennent ù des missœ dominicales. Sur ces messes du missel de Bobbio, voir dom Cagin, Paléographie musicale, t. v, Solesmes, 1896, p. 107-108, 153-154. .\ucune des si.\ misstc dominicales du AJissale gothicitm ne célèbre spécialement la résurrection, et pas davantage les messes de Mone. Les premières étaient dt-slinées aux dimanches après la Pentecôte; dans les secondes, on remarquera que plusieurs « contestations • sont à la louange de la sainte Trinité. — ' Aîonumenta Ecclesiœ liturgica. Liber mozarabicus sacramentorum, éd. de dom Férotin, Paris, 1912, col. 508 et 509. Du caractère dominical de celte première messe on peut inférer que les six autres de la série furent d'abord destinées aux jours suivants de la semaine; elles sont toutes devenues ensuite des messes pour les dimanches après la Pentecôte. Cf. D. Férotin, ihij., p. lxxx-lxxx. — ' Lesicy, Breviarium golhiciim, P. L., t. Lxxxv, col. 231. — * Cf. dom Férotin, /.iber.TOcrainenl., c((.siip.,p.xxxvi. — "Cf. col. 897 sq. — " The Mnzarabic psalter, éd. de J. P. Gilson, London, 1905, p. 305. — "Col. 969. — " Corfex sncranien/oriim Dcrgomensts, Solesmis, 1900, p.l70: ccxcv. Incipiunt crut, mattitinales. Die dominico. N. 1541. — "F. IC. Warren, Tlie antipltonary of Bangor, part. II, Londnn, 1895, p. x-xi. Cf. Dicdonn., t. n, col. 186-190. — "Édl citée de Warren.
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tinn '. D'après Warren ', la collecte OG se rapporte à l'hymne, or cette collecte raeiitionne explicitement la résurrection. Elle commence ainsi : Sancle Domine, illuminatio et salas vcra credenlibus, resurrectio dominicie claritalis, illumina cor nostriim... La collecte 75 demande la grâce de la sanctification et de l'immortalité; la collecte 85 fait allusion à la résurrection du Christ au moment où la lumière, apparue au premier jour du monde, commence à poindre; toutes les autres, comme le n. 66, font mention de la résurrection du Sauveur, et sur ce point il n'y a pas d'exception pour les collectes Posl cvangelium. S'agit-il donc ici d'un évangile emprunté aux récits de la résurrection, comme celui qui se lit dans la liturgie grecque à la fin de l'office du matin? On ne saurait le prouver.Une chose du moins est certalne,c'est que la liturgie de l'antiplionaire de Bangor contient d'assez nombreuses traces d'influence orientale, et qu'une des plus notables est l'observation festivale du samedi '. VII. Les DÈNÉiiicTioss du dimanche. — Les « bénédictions» du dimanche — pour nous servir de l'expression d'un prétendu concile de Césarée que nous mentionnerons ci-dessous — sont les faits de l'ancienne ou de la nouvelle loi qui sont attribués à tort ou à raison à ce jour, et le rendentsaint ou illustre. Ces attributions curieuses, dont plusieurs relèvent de la littérature apocryphe, feront sans doute, un jour, l'objet d'une étude spéciale. En attendant, nous nous contentons de signaler les quelques listes de « bénédictions » du dimanche que nous avons eu l'occasion de rencontrer dans les textes imprimés. Dans l'impossibilité de les accorder en un tableau synoptique, car elles sont trop variées, nous les présentons à la suite, sous une forme résumée :
1 " Lettre ix« de saint Léon à Dioscore d'Alexandrie '.
1. Commencement du monde. 2. Résurrection du Christ. 3. Mission définitive des apôtres (Matt., xxviii, 20). 4. L'Esprit-Saint communiqué aux disciples par le Christ (Joa., XX, 22-23). 5. Pentecôte.
* Même édition, p. 13, spécialement les strophes' vu et viii. — = Ibid., p. G7. — ' Ibid., p. xxiii-xxvi. D'après Warren, cette inlluence s'est exercée par l'intermédiaire de la Gaule. Nous avons signalé ci-dessus (col. 973) dans la règle de saint Césaire pour les religieuses, et dans celle de saint Aurélien, l'usage de lire un évangile de la résiirrection au matin de chaque dimanche. — • Cap, i. P. Z.., t. Liv, col. 626. S. Léon termine ainsi son énumération: ul cœlesti quadam régula insiniiatum et traditum nouerimits, in illa die celebranda nobis esse musterîa sacerdolaliiim benedictionum, in qim collata simt oinnia dona gratiarum. Les « bénédictions « sacerdotales sont les trois derniers; faits mentionnés. ^V noter, quant a l'origine de la troisième attribution (mission des apôtres), la forme que Matt., xxvi, 32, a prise dans le missel romain (Dominjca m albis : Alléluia). Postqiiam antem resiirrexero, prœcedam uos in Galilœojn, y est devenu : în die restirrectionis mcx, dicit Dominas, prœcedam vos, etc. Cette même attribution se retrouve dans S. Cyrille d' Alexandrie, cf. supra, col. 883, note 7. — ' N. 2, P. L., t. xxxix, col. 2070. — • N. 2, ibid., col. 2274. Sur les rapports de ce sermon avec les ch. xxiv et xxv du De ecclesiasticis officiis de S. Isidore de Séville, où se retrouve la susdite énumération (ch. xxv, n. 3), voir plus haut, dans cet article, col. 940-941. — ' Cap. xiii. A.Wermingtioff. Concilia œvi Karnlini (Mon. Germaniie Inst., Legum, sect. m, t. Il), 1906, t. i, p. 194. Le concile de Frioul dépend ici de S. Léon, loc. sup. cit., et quanta l'énumération (Conc, n^' 1-3), et quant au texte. .\présla mention de la Pentecôte il ajoute, en effet : Serf et omnium pemv dona carismatum in endem sacratissima die credunlar in nnnido contata. La mention de la multiplication des cinq pains peut venir du sermon pseudo-augustinicn CLxvii et celle de l'envoi de la manne du sermon pseudo-augustinien cclxxx. Le concile termine ainsi cette énumération : et multa alia spiritaliam munificenlia rerum in ipsa die sunt mani/estata, que cuncta longum est per ordinem reccnseri. Il connaît donc des listes étendues de < bénédictions » du dimanche. — * C, L. A. Werininghoff, op. cit., 1908, t. ii, p. 643. Le fait de l'envoi de la manne est ainsi relaté : eo die, ut a quibusdam doctoribiis
2» Sermon clxvii de l'Appendice aux sermons de saint Augustin '.
1. Première apparition de la lumière. 2. Passage de la mer Rouge. 3. Envoi de la manne dans le désert. 4. Baptême du Clirist dans le Jourdain. 5. Miracle de Cana. 6. Multiplication miraculeuse des cinq pains. 7. Résurrection du Christ. 8. Apparition aux disciples réunis (Joa., xx, 19). 9. Pentecôte. 10. Jugement dernier.
3° Sermon clxxx du même Appendice '.
1. Premier jour du i siècle ., où les éléments du monde furent formés et les anges créés. 2. Résurrection du Christ. 3. Pentecôte. 4. Premier envoi de la manne dans le désert.
4» Concile de Frioul de 796 ou 797 '.
1. Résurrection du Christ. 2. Pentecôte. 3. L'Esprit- Saint communiqué aux disciples par le Christ. 4 Multiplication miraculeuse des cinq pains. 5. Premier envoi de la manne dans le désert.
5° Concile de Paris de 829 ».
1. Résurrection du Christ. 2. Pentecôte. 3. La manne envoyée du ciel.
6" Concile fictif de Césarée sous le pape Victor «.
1. Première apparition de la lumière. 2. Passage de la mer Rouge. 3. Envoi de la manne. 4. Moïse ordonnant au peuple d'observer le premier jour et le dernier. (Cf. [7] Exod., XII, 16; Lev., xxiii, 7-8.) 5. Jour béni dans le psaume cxvii, 24. 6. Résurrection du Seigneur.
7" Synode nestorien de Jésuyahb ï" (585) '°.
1. Résurrection du Fils de Dieu. 2. Rénovation future de toutes choses. 3. Commencement du monde fini. 4. Commencement du monde futur et sans fm. 5. Jour où Noé sortit de l'arche. 6. Jour où Moïse érigea le tabernacle temporaire. 7. Jour où le Christ ébranla et ouvrit le schéol par sa résurrection, jeta les fondements de l'Église et prêcha le royaume des cieux.
8" lohannis liber de dormitione Mariœ. ".