‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 177 sur 251 · Zeiller, op. (■!(., p. 1,Ï-1S · texte numérisé non relu

Zeiller, op. (■!(., p. 1,Ï-1S

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même de la façade méridionale du palais et dépassait même alors légèrement le front des tours, aflleurant une partie de leur face latérale.

VII. Plan d'enskmbi.e. — L'intérieur du camp impérial était parcouru par deux avenues bordées de portiques, se coupant presque à angle droit au centre du camp et traçant une croix dont les extrémités aboutissaient aux portes du nord, de l'est et de l'ouest. Un des bras, celui qui se dirigeait vers le sud, était coupé à peu près à moitié de sa longueur et donnait accès aux appartements impériaux. Une autre voie circulait le long des murailles et s'arrêtait, elle aussi, en arrivant à l'îlot de la demeure impériale. Cette voie ne rasait pas la muraille, dont elle était séparée par un portique à arcades derrière lequel se succédaient une série de constructions s'appuyant directement au rempart avec lequel elles semblaient faire corps. Les piliers

I constructions et de cours à peu près rectangulaires se I succédaient du nord au sud; l'une des cours ou l'une I des salles situées vers le centre du quadrilatère était I pavée d'une mosaïque ' d'un dessin assez simple, et assez pauvre de couleur. L'autre quadrilatère devait, d'après R. Adam, posséder une cour centrale, entourée I d'un portique, et peut-être une abside à l'occident. On I peut, d'autre part, tenir pour assuré que ces construcj tions n'étaient pas très hautes, puisque le rez-dechaussée en était déjà à peu près au niveau de la grande galerie regardant la mer. On ne saurait guère supposer j qu'elles aient eu, au-dessus de ce rez-de-chaussée, autre I chose qu'un étage assez peu élevé '. »

La destination de ces bâtiments peut même, dans une certaine mesure, être précisée. L'n des deux quadrilatères dut être réservé à la garde de Diocléticn. Si les chambrettes alignées le long du mur d'enceinte

3746. Vue générale du palais prise du sud, face à la nier. Hébrard et Zeiller, op. cit., p. vu. Avant-propos.

du portique se trouvaient dans le prolongement des murs séparant les locaux alignés et plaqués à la muraille. Ces locaux servaient sans doute de magasins à vivres, à fourrages, à vêtements. Ils étaient surmontés par un étage reproduisant la même disposition et les mêmes chambres séparées les unes des autres par les mêmes murs venant buter contre le mur d'enceinte. Ces chambres prenaient jour sur l'extérieur par des baies percées dans le mur, elles ont peut-être servi de logement à une partie des soldats formant la garde du vieil empereur. C'était comme un long corps de garde occupant l'enceinte sur les trois quarts de son pourtour (fig. 3746). De chaque côté de l'ouverture principale conduisant de la Porte Dorée aux appartements impériaux, s'élevaient deux massifs bâtiments entièrement limites par les branches de la croix et le chemin circulant autour des murs. Ces bâtiments étaient flanqués de portiques qui régnaient le long du passage central et de la rue perpendiculaire. Ceux-là n'étaient pas à arcades comme les précédents, mais une simple colonnade soutenant des plates-bandes; à la croisée des avenues, l'arcade sur piliers reprenait la place de l'entablement sur colonnes. La destination des édifices contenus dans ces deux quadrilatères de constructions reste fort obscure. Sur l'emplacement s'élèvent aujourd'hui les deux quartiers de Citla Yecchia et du Gheilo qui n'ont presque rien laissé debout des anciens bâtiments. Du quadrilatère situé au nord-est on ne parvient pas à découvrir le plus petit fragment; de l'autre, R. Adam a pu voir encore une série d'arcades dont il ne reste que deux avec un pan de mur. Les fouilles dans les fondations permettraient dans une certaine m.esure une reconstitution, mais les fouilles sont peu praticables et ce qu'on peut conclure de celles qui ont été faites, c'est que, dans le quadrilatère nord-est, « une série de

' Bull, di archeol. e stor. dalmala, 190S. t. xxxi, pi. xxi, Hg. 2, p. 188 : Aggiunta rfi alcimi oggeiti antichi trovati ne/le

pouvaient servir de logements, il restait indispensable d'avoir de grandes salles et tout ce qu'entraîne d'installations la présence d'une garde impériale. La cour des quartiers servait de place d'armes. Le deuxième quadrilatère a pu contenir des • communs i-, écuries, remises, aménagements divers, boulangerie, écuries.

On croisait les avenues dont l'intersection ne se faisait pas à angle droit, et l'avenue conduisant delà Porte Dorée vers les appartements impériaux s'élargissait jusqu'à devenir une sorte de place (piazza del Duomo), de 24 mètres de long sur 13""25 de large, décorée de portiques ou plutôt d'une double rangée de colonnes, l'une à droite et l'autre à gauche, formant péristyles ^. « Au fond, par delà un court escaher montant vers lui, se présentait un imposant prothyron onié d'un fronton qui fermait la place et faisait comme la liaison entre les deux péristyles latéraux; c'est par là qu'on accédait au vestibule de l'habitation impériale. En arrière des deux colonnades se dressaient, à droite, à l'ouest par conséquent, une construction rectangulaire précédée, elle aussi, de colonnes, ayant l'aspect d'un temple, et qui est aujourd'hui le baptistère de Spalato, et à gauche, également précédé de colonnes et circonscrit par un portique, un massif édifice octogonal surmonté d'une coupole de même forme et qui est, depuis des siècles, transformé en église cathédrale (fig. 3747).

« Une des principales originalités de cette esplanade, c'est que le péristyle n'en était plus constitué par une rangée de colonnes, soutenant un entablement droit ou par des arcades reposant, selon le système traditionnel, sur des piliers carrés, au flanc desquels des colonnes seraient venues détacher la saiUie de leur courbure sans jouer un autre rôle qu'un rôle d'ornementation. Ce sont ici des arcades portant directement sur les colonnes, sans même l'intermédiaire d'une

indagini del Palazso di Diocleziano. — ' J. Zeiller, op. cit.. p. 58. — * Voir la Perspeclire d'Adam.

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architrave en guise de sommier, comme à la Porta Aurea, et qui mettaient ainsi dans la décoration de la place une légèreté, une sveltesse, une lumière que les anciens molits, d'apparence plus puissants, ne pouvaient pas donner au même degré. Les arcades, qui n'avaient pas toutes exactement la même largeur, étaient au nombre de sept de chaque côté, soutenues par six colonnes, les arcades des extrémités s'appuyant au mur qui entourait à quelque distance les deux monuments situés de part et d'autre de la place et qui ne

une nappe de ciment, témoignent qu'une rangée de statues complétait l'ensemble ornemental de la place '. » La cour était pavée de dalles et peut-être, par places, de mosaïques. Il est possible qu'une fontaine alimentée par les eaux du Jader se trouvât au centre, mais on n'en peut trouver aucun vestige archéologique (fig. 3748).

VI 11. Le MAUsoLiii;. — Le mausolée est une construction octogone cernée par une muraille, semblable au temenos ou enceinte sacrée des temples païens. II est

3748. Palais de Diocléfien. D'après de Beylié, L'Iiabilation byzantine, pl. 7.

s'interrompait que pour être remplacé par la ligne des colonnes. Celles-ci, hautes de 5 ""20, appartiennent à l'ordre corinthien. Les quatre plus méridionales de chaquefile sont de granit rose, les deux septentrionales, de marbre cipoUin; toutes sont monoUthiques. Il existait entre elles une clôture ou claustra de 2'"40 de haut, dont on reconnaît la trace sur les colonnes et sur les antes extrêmes et dont R. Adam avait encore vu un fragment. De plus, derrière la travée déterminée par les deux colonnes de granit médianes, dans l'axe de l'entrée de l'édifice oriental, on a trouvé le seuil d'une porte : ceci continue que cet édifice, et évidemment aussi celui qui lui faisait vis-à-vis, étaient entourés d'une enceinte qui pouvait se clore complètement. Les arcades étaient surmontées d'un entablement, couronné par une corniche. Sur le dessus de la corniche, au droit de chaque colonne, des défoncements carrés remarqués par M. Hébrard, mais noyés depuis dans

' J. Zeiller, op. cit., p. 64-65. — ' .J. 7eiIIer, op. cil., p. 82. On y accède maintenant par un escalier de ^^ngt-dellx marches, partant île la piazza del Duonio et passant sous le campanile.

remarquablement conservé en dépit des mutilations et transformations infligées en vue de l'adapter à sa destination de cathédrale. » Construit en pierres posées à joints vifs, il se compose d'une salle circulaire occupant l'intérieur de l'espace circonscrit par l'octogone extérieur, qui avait 8 mètres de côté, et était flanqué d'un portique qui s'élargissait en avant pour former un porche d'entrée. Le tout reposait sur un soubassement de .'Î'".î0 de hauteur =. » La disparition du porche ne permet pas de mettre en doute son existence ancienne, grâce à l'arrachement encore visible de ses entablements perpendiculaires au-dessus de la porte. Ce porche ou prostasis était soutenu par huit colonnes, quatre en façade et quatre autres en arrière qui contiiUKiient la ligne du portique octogonal. A la prostasis conduisait un escaher, oCi un visiteur venant de la place s'engageait presque aussitôt après avoir franchi la porte ouverte dans le péristyle qui la bordait ii l'orient. Des

dont rédification nu moyen (Vgc a sensiblement altéré la disposition première des alentours immédiats du monument.

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sphynx ornaient les alentours des monuments; l'un d'eux est resté près de son poste primitif, entre le mausolée et le vestibule.

Le portique octogonal qui entourait le mausolée consistait en vinst-quatre colonnes corinthiennes, reposant sur des petits piédestaux, surmontées d'un entablement à modillons et soutenant un plafond de pierre,

lesquels se jouent des figures humaines et dos animaux (fig. 3749).

n L'entrée franchie, on se trouvait dans la salle circulaire, dont les proportions équilibrées, l'ornementation d'une richesse sobre et la demi-obscurité mystérieuse, puisqu'une seule fenêtre s'ouvrait au-dessus de la porte, devaient produire sur le visiteur une grande

37-10. Mausolée, perspective montr.int le détail de la constniclion. D'après Ilébrard et Zeiller, .?p(i!«/o, reproduction direct'" avec l'aulorisation de l'auteur.

qui portait directement sur les architraves; quelques dalles s'en voient encore en place. Au plafond plat se superposait un toit en plan incliné, montant de l'entablement supporté par les colonnes vers les parois du mausolée, oii l'on en voit les insertions. Les colonnes ne sont p.as toutes de Rranit, il s'en trouvait de marbre et deux étaient cannelées, ce qui invite ;'i croire qu'on utilisa, même ici, des matériaux provenant d'édifices plus anciens. Au xvii" siècle, on accola au flanc oriental du mausolée le diœur actuel. Dans le mur de la façade décoré de refends justiu'à la corniclie, s'ouvrait la porte d'entrée, remarquable par son large encadrement liombé, dijh presque byzantin, orné de rinceaux parmi

impression. F.Ue avait 1. '5 ■".'},") de diamètre, avec une hauteur de 21'".îO. Huit colonnes en divisaient le pourtour en huit sections correspondant aux côtés de l'octogone cxléricur. Celles du premier ordre, hautes de O^Oii, étaient en granit, celles du second ordre, de ■l'"8.') seulement, en porphyre et granit fin alternativement, et toutes monolithes. Les premières ont des diapiteaux corinthiens. Au droit de chacune se décroche la corniche, très décorée. Celles du second ordre posent sans base sur une large corniche, chose extrêmement rare, sinon même unique dans l'histoire de l'architecture ancienne; les chapiteaux de quatre d'entre elles sont coin))osites et (|uatre antres néo-corinthiens. La

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corniche qu'elles supportent suit les mouvements de 1 percé une porte au moyen âge. Sur les quatre autres

celle du dessous. côtés se creusaient des niches circulaires, relativement

. Vis-à-vis de la porte, et sur les faces nord et est, \ basses, à archivoltes très simples, posant sur des pro-

3/50- Étude de la construction de la coupole. D'après Hébrard et Zeillcr, Spalato, pi. i.xwix.

des niches rectangulaires avaient été pratiquées dans 1 fds d'imposte curieux et peu classiques et qui se rap-

la muraille, épaisse de 3 mètres. Celle du sud seule a à I prochenl incontestablement des profils byzantins,

peu près gardé son état primitif, quoique l'on y ait î • Entre les colonnes supérieures, immédiatement

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au-dessous de la corniche, courail une frise à basreliefs, dont la composition avait été assez bien ordonnée, mais à l'exécution de laquelle, faute de temps peut-être, on n'a pas mis la dernière main.

« La voûte de la salle est formée par une calotte demi-spliérique dont le centre est à l"'2ô au-dessus de la seconde corniche. Son mode de construction est fort intéressant. Mieux que par une description, on s'en rendra compte par le dessin spécial qui en est donné (flg. 3750). Le principe est celui de la construction par trompillons successifs, se déchargeant les uns les autres. On put ainsi édifier sans cintre la voûte jusqu'aux deux tiers. Pour faire la partie restante, on n'eut plus qu'à établir sur la corniche supérieure un léger cintrage; on voit encore, au-dessus de la porte d'entrée, des trous jumelés qui avaient servi à loger les poutres maîtresses de l'échafaudage. L'épaisseur de la voûte, relevée par un sondage, est de O^Ofi, ce qui correspond à deux largeurs de briques de O^nSS x 0"3.3 avec une section de OmOSô. Lors de la restauration exécutée il y a une quinzaine d'années, on a lu sur quelques-unes de ces briques la marque DALNIATI. qui semblerait prouver qu'elles avaient été fabriquées dans le pays. En vue des réparations éventuelles à exécuter dans cette partie supérieure de l'édifice, on avait dès le début ménagé dans les combles un escalier: mais il ne partait pas d'en bas et on ne l'atteignait luimême que par des échelles. Depuis le xiii« siècle on peut y accéder par les escaliers du campanile.

« Le toit actuel, posé sur un renformis constitué de débris de toute nature, n'est pas le toit antique, car il se relie mal avec la corniche. On a observé sur celle-ci des trous espacés de 0'"40 en 0'"40, qui paraissent correspondre à la dimension des tuiles antiques remployées dans le toit actuel. Ces tuiles portent la marque Q. CLODI AMBROSI, Q- Clodi(its) Ambrosi(us). 11 n'est donc pas douteux que le toit ancien était recouvert de tuiles; et, s'il différait légèrement du toit actuel, les lignes générales en étaient les mêmes. Il n'épousait pas les contours de la coupole qu'il entourait : de même que la rotonde interne s'inscrivait dans une enceinte octogonale, la coupole spbérique était extérieurement masquée sous un toit de même forme. Peut-être celuici se terminait-il, au point d'intersection de ses huit surfaces triangulaires, par quelque motif d'ornementation. Mais la pomme de pin en pierre ou le fleuron qui joue présentement ce rôle a chance de ne dater que du moyen âge,

« Ce qui en revanche est à peu près certain, c'est que l'inlérieur de la coupole était revêtu de mosaïques. La certitude que l'on a de l'adoption de ce genre de décor.ition pour la coupole du vestibule ne laisse guère d'hésitation sur son emploi au mausolée. Et l'on ne se ferait ainsi une idée juste de ce que devait être, dans sa magnificence simple, cette sépulture impériale, qu'en replaçant par l'imagination, sur toute la surface arrondie de la coupole, les dessins aux couleurs vives, dont l'éclairage discret, par l'unique fenêtre du monument, atténuait ce que la décoration des chapiteaux aurait eu peut-être d'un peu troj) uniformément cru, et auxquels répondait, dans une tonalité probablement plus adoucie, les mosaïques du pavement.

« Le sol était, en effet, pavé de mosaïques, ou plus exactement de marbres diversement colorés qu'un dallage postérieur empêche maintenant d'apercevoir, sauf en un seul point. Le dessin de cette mosaïque était assez simple; les couleurs n'en étaient non plus ni très éclatantes ni très variées : une série de petits carrés et de triangles, bruns et blancs, et c'est tout.

' .J. Zeiller, op. cit., p. 92-96. — " Hauscr, Spalalo, p. 21- 22. — • Ch. Diehl. En Màdilerrante, p. 16-17. Qiinnt l\ l'cxistf-ncc de Jean de Ravenne, voir Diclionn.. t. iv.

. « Est-ce au milieu de ce vaste cercle de mosaïque, 1 sous le point central de la coupole, que fut, après la I mort de Dioclétien, déposé le sarcophage qui contenait I ses restes ? Serait-ce dans la niche du fond, et l'inten- I tion du maître du palais avait-elle été que sa femme Prisca et sa fille Valeria vinssent reposer à côté de lui, dans les deux autres niches rectangulaires de la rotonde '? Nous ne savons. Une seule chose est sûre, c'est que Dioclétien dormit seul son dernier sommeil dans le tombeau qu'il s'était préparé; Prisca et Valeria finirent loin de lui, décapitées par ordre de Licinius. Quant à la crypte, elle ne paraît pas avoir jamais eu de destination spéciale, son rôle était simplement de garantir la salle supérieure de l'humidité. L'enceinte du mausolée, partiellement détruite, Ic'nserrait presque entièrement dans un rectangle de 39 mètres de long sur 30 mètres de large. Le pourtour intérieur était entaillé par des niches alternativement rectangulaires et demicirculaires qui servaient peut-être à loger des statues. Le temenos ne s'ouvrait que sur le devant du mausolée, peut-être aussi par derrière, une simple porte de communication '.

« Depuis le jour où, vers le milieu du v:i= siècle, l'archevêque Jean de Ravenne transforma en église chrétienne le tombeau du plus grand persécuteur du christianisme, et crut devoir, pour purifier l'édifice, violer la sépulture impériale et renverser les statues qui la décoraient encore, chaque siècle a plus ou moins altéré ou ruiné le plan original. Le xui' siècle a dote le monument des curieuses portes de bois qui ferment le grand portail et de la chaire de marbre de l'intérieur; le xv» y a élevé de beaux autels gothiques; le xvii', plus néfaste, a brutalement cventré des pans entiers de murailles, pour accrocher à l'antique mausolée une chapelle parasite ou un chœur postiche. Au dehors, la construction du campanile n'a guère été moins funeste : pour l'élever, on a jeté bas le portique qui précédait le monument, et, chose plus grave, en intercalant maladroitement la masse énorme de la haute tour romane entre la colonnade de l'atrium et la façade du dôme, on a aboli pour jamais les larges et nobles perspectives qu'avait si ingénieusement ménagées l'archilecle de Dioclétien. Du moins, les restaurations modernes ontelles débarrassé le mausolée des surcharges et des ornements sans valeur qui en défiguraient les lignes : et, aujourd'luii que l'on peut de nouveau saisir le plan primitif de l'édifice, en apprécier toute la savante élégance et l'originale beauté, on peut, sans exagération, souscrire il ce jugement d'un homme compétent ', qui reconnaît dans le mausolée de Spalato : le mieux conservé, après le Panthéon de Rome et, à beaucoup d'égards, le plus précieux des monuments que nous a légués l'architecture romaine ^ »

IX. Le temple de Jupiter. — L'ne petite construction située à l'ouest et qui fut un temple dédié ft Jupiter a été désignée tantôt sous le nom de temple de Diane, tantôt sous celui de temple d'Esculape '. C'était une somptueuse chapelle, de dimensions exiguis, entourée d'une enceinte sacrée, consacrée à la grande divinité auquel Dioclétien avait voué une dévotion spéciale et dont il s'était approprié le nom, Jovius. C'était l'oratoire du palais impérial, quelque chose comme la « chapelle palatine ■ (voir Diclionn., t. ni, col. 422) où l'empereur célébrait son propre culte en célébrant celui du dieu Jupiter dont il se donnait comme le fils ou même comme l'incarnation. C'est aujourd'hui le baptistère, il n'a reçu cette attribution qu'à la fin du xiv siècle.

Devant le temple, à l'intérieur du lemcnos s'étendait

col. 33; cf. J. Zcillcr, op. cil., p. 190. — * Siir l'attribution du mausolée et sur celle du temple, cf. ,1. Zelllcr, op. cil.

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un vaste espace libre où l'on avait pu disposer un autel pour les sacrifices. Le sanctuaire repose, comme le mausolée, sur un soubassement élevé de 2 "50 audessus du sol actuel. On gravissait un escalier conduisant au pronaos qui était prostyle. Les colonnes ont disparu, on ne voit plus en place que les antes avec leurs chapiteaux encore en bon état et d'un travail curieux. La cella proprement dite a 10 mètres de long sur 9 mètres de large. Des pilastres en marquent les quatre angles. « Ce qu'il y a de plus remarquable dans la façade, c'est la porte d'entrée, haute de 6 mètres et large de 2'"50, percée dans une muraille de 1"20 d'épaisseur et qui constitue un des morceaux d'architecture les plus intéressants du palais. Le chambranle frappe par son opulente décoration de rinceaux, où se jouent des enfants cueillant des raisins et des oiseaux. La corniche a des modillons traités tous de façon dilTérente. L'on y reconnaît des Victoires ailées, des têtes formées de feuillages, de petits génies dont les corps se terminent en queue de poisson, l'aigle oiseau de Jupiter et des têtes d'Apollon et d'Hercule, ses fds. La grande doucine est ornée de riches feuillages. Les consoles attirent aussi l'attention. Elles ne portent pas la corniche, mais sont placées en dehors du chambranle, selon une disposition originale qu'on retrouve à la Maison Carrée de Nîmes. Les faces latérale et postérieure, que le temps a respectées, sont décorées de refends. Au-dessus d'une frise bombée, qu'agrémentent des grillons et des feuillages, une couronne de feuillage encore égaie le tympan du fronton postérieur '. »

L'intérieur, long de l'"'!!, large de 5'"86, est pour ainsi dire intact, il a gardé sa voûte de pierre à caissons très ouvragés, de O^GO d'épaisseur. Une corniche et une frise travaillées dans un goût analogue à celles de l'extérieur courent intérieurement.

Comme le mausolée, le temple avait une crypte et pour le même but. Elle est construite au niveau du sol et l'on y pénétrait par une ouverture ménagée dans le soubassement de la façade postérieure.

X. .\ppARTEMENTs IMPÉRIAUX. — Le prothijron, qui ferme le côté sud de ce qu'on pourrait appeler la cour d'honneur, donnait accès aux appartements. Le prothyron était formé de quatre belles colonnes corinthiennes de granit rose portant une architrave surmontée d'une corniche très ornée qui, entre les colonnes médianes, plus écartées entre elles qu'elles ne le sont des colonnes extrêmes, s'incurve en archivolte. Au-dessus, un fronton de pierre calcaire blanche; au sommet, peut-être un quadrige.

Sous l'archivolte une porte richement ornée introduisait dans une salle circulaire, inscrite dans un carré de maçonnerie, servant de vestibule et couronnée par une coupole. Du pavement à la naissance de la coupole on mesurait 17 mètres, le diamètre de la salle était de 12 mètres. Dans les parois, quatre niches semi-circulaires et, un peu plus haut, deux fenêtres ù arcades prenant jour sur des cours situées de pari et d'autre du vestibule. La coupole avait deux ouvertures laissant pénétrer le jour. Ce vestibule devait être très clair, étant plaqué de marbre, voûté de mosaïque dont quelques cubes ont été retrouvés sur place — cubes en pâte de verre rouge et verte et en calcaire blanc.

Une porte, faisant face à celle d'entrée, conduisait au tdhlinum. Dans le plein de maçonnerie qui sépare le vestibule du labliniim. des espaces vides contenaient a'étroits escaliers qui pourraient bien avoir été les seules communications entre le premier étage et le rez-de-chaussée, et la seule voie d'accès dont disposait l'empereur lui-même pour gagner la poterne du sud et l'embarcadère.

Le lablinum mesurait 31 mètres de long sur 12 mètres

• J. Zeiller, op. ci(., p. lO.'î.

DICT. U'AnCU. CHIIÉT.

de large. 11 s'étendait jusqu'à la galerie méridionale sur laquelle il débouchait par une porte semblable à cell-.qui le mettait en communication avec le vestibule. Le pavement était lait de laine-S de pierres blanches ou peut-être de mosaïques. Isolé, sauf par ses deux portes, l'une sur le vestibule, l'autre sur la galerie, le tublinum, entouré de constructions qui le serraient de près, ne pouvait s'éclairer que par des fenêtres très élevées; la hauteur de cette salle était, par conséquent, notablement supérieure à celle du portique de la façade.

Ces trois pièces sont les seuls éléments constitutifs de cette partie du palais que l'on reconnaisse au premier examen et que l'on puisse restituer sans diflicullc. De tous les autres appartements, à peu près aucun vestige n'apparaît à la surface du sol sur lequel on puisse se guider. Les seuls restes antiques se composent de quelques ruines insufïïsantes pour servir de base à une restauration; pour compléter leurs maigres indications, il faut descendre à l'étage inférieur servant de rez-de-chaussée ou plutôt de sous-sol au palais.

Toute cette reconstitution, telle que l'a présentée M. Zeiller, avec une précision et un détail extrêmes, ne peut trouver place ici, elle est complètement étrangère à nos études d'archéologie chrétienne. La distribution et la destination des divers appartements appartiennent ù l'archéologie civile et à l'histoire romaine.

XI. Matériaux. — On employa surtout la pierre de taille, en calcaire blanc. Les murs d'enceinte étaient constitués par deux parements de grosses pierres avec du remplissage entre eux. On a parlé des fers ronds des architraves et des crampons de fer noyés dans du plomb qui réunissaient les pierres de la muraille du mausolée et probablement aussi de l'enceinte et d'autres parties du palais.

Dans les voûtes des substructions on constate l'emploi d'une pierre poreuse, sorte de tuf, qui doit provenir des environs de .Salone et où s'insèrent, par intervalles, des rangs de tuiles. Dans les parties hautes du palais, c'est surtout la maçonnerie de moellons qui a été employée, mais pour en assurer l'assiette et l'équihbre, la liaison en est obtenue par des assises de briques qui l'encadrent et la soutiennent, suivant un procédé répandu à cette époque, qu'on rencontre à Trêves, à Lutèce et qui resta caractéristique de la construction byzantine. Les briques sont de qualité médiocre, le ciment est le ciment romain traditionnel, contenant des débris de briques ou des tuileaux destinés à le faire durcir en absorbant l'eau.

Les colonnes des portiques des deux avenues estouest et nord-sud étaient de marbre cipolin. De douze colonnes du péristyle central entre le mausolée, le vestibule et le temple de Jupiter, les deux plus septentrionales de chaque côté, qui continuaient l'ordonnance de la rue nord-sud, étaient aussi de cipolin, les quatre plus méridionales étaient en granit de Syène (.\ssouan), en l'îgypte. Les chapiteaux des colonnes du péristyle étaient en calcaire blanc de Brazza. Nous nesavonspas en quelle matière étaient les colonnes du temple ; celles du prothijron étaient en granit rose.

Grande variété de matériaux et tonalités nombreuses : granit, porphyre, serpentine, marbre, albâtre, stuc, avec leurs nuances, formaient une gamme de tons très étendue que peut-être l'époque classique eût réprouvée en partie, plus soucieuse d'ordonnance que de contrastes, mais qui offre comme un champ d'essai à la riche palette byzanline. Le souci de perfection a décidément fait place au souci de rapidité, puis<iu'on ne semble même plus s'inquiéter de trouver, dans un palais impérial, des colonnes de même diamètre et de même hauteur. Tout cela est rapproché, amalgamé vaille que vaille; on s'aperçoit, en construisant le portique du mausolée, que la réserve de colonnes lisses est épuisée, qu'A cela ne tienne, on mettra ;\ la place deux

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