‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 181 sur 251 · DIOSCORIDE · texte numérisé non relu

DIOSCORIDE

l'art l>yzanlin conservait soigneusement les traditions de l'art hellénistique; il copiait les modèles antiques et s'en inspirait dans ses œuvres propres. Toutefois certains éléments nouveaux s'ajoutaient déjà dans la technique à ces survivances classiques : l'emploi de l'or et des couleurs vives relève des procédés byzantins '. (".'est la première fois que nous rencontrons des fonds d'or (miniature des médecins) qui, avec les fonds bleu foncé (miniature de la mandragore) et bleu clair (miniature de la princesse), rappellent le procédé aimé des mosaïstes. Ces fonds sont unis, sauf dans la miniature de la mandragore, où se dresse une abside à coquille couronnée d'un fronton et flanquée de deu.x portiques. L'or sur les vêtement? et les meubles, autre innovation byzantine. L'exécution est assez négligée *.

Les grandes miniatures sont placées en tète du volume.

Au premier feuillet du frontispice un paon fait la roue. Est-ce un symbole de la médecine, ou une épigramme ? Le dessin est d'une observation directe certaine et d'une belle vigueur. La bête qui se pavane vient d'être inquiétée par un geste ou un bruit, elle s'inquiète et regarde .'i droite. Bien plantée, avec le ventre saillant, bleu sombre ainsi que les plumes de la rouequis'éclairent de touches rose pâle. Les cercles ou yeux des grandes plumes sont d'or avec un disque bleu à l'intérieur. Avec un coq en mosaïque (voir fig. 3289), quelques dauphins nageant (fig. 3609), nous avons ici un des meilleurs ouvrages des animaliers dans l'art chrétien (fig. 3753).

Les feuillets 2 b et 3 b nous font voir dans deux cadres carrés des groupes de médecins discutant assis. Sept médecins dans chaque cadre, par deux rangées de trois de chaque côté d'un président. Les noms sont écrits en marge, en sorte qu'il n'y a aucune hésitation. Fol. 2b: Chiron au centre. Machaon, Paniphilos, Xenocrates, Sextius Niger, Herakleides, Mantias. Fol. 3 b: Claudius Galenus, au centre, Kralenas, Apollonios, Andréas, Pedanius Dioscoride, Nicandre, Ruius d'Éphèse. Ce sont des compositions tout antiques, mais qui ne laissent pas d'intéresser l'art chrétien si on rapproche ces conférences de disciples assis autour de leur docteur des grandes fresques du iv siècle aux catacombes ou de la mosaïque de Sainte-Pudentienne représentant les apôtres.

Au feuillet 1 b. Dioscoride assis sur un pliant reçoit des mains d'une femme appelée l'Eurésis, qui personnifie la découverte, la racine de la mandragore, tandis qu'à ses pieds un chien se tord dans les convulsions. .\u feuillet 5 b, Dioscoride écrit la description de la mandragore que VEpinoia, qui personnifie l'attention, tient devant lui, tandis qu'un dessinateur trace la ligure de cette racine sur un tableau de chevalet. Ces portraits d'auteur sont un des traits ordinaires de l'illustration des manuscrits alexandrins et il n'est point impossible qu'ils aient déjà figuré sous cet aspect dans la première édition du traité de Dioscoride.

Le feuillet 6 b nous réserve la miniature principale. .\u centre d'un cercle que découpent deux carrés entrecroisés, la princesse Anicia Juliana assise sur un trône, escortée par deux jeunes filles personnifiant la Magnanimité et la Réflexion, reçoit des mains d'un petit génie ailé, le « Désir de la sagesse créatrice n, un livre cuvert, tandis qu'une autre jeune fille agenouillée symbolise la "Reconnaissance des arts>. Dans les triangles ménagés par l'encadrement, de petits génies ailes dessinent ou bâtissent. L'exécution est assez élégante, les attitudes simples et naturelles, les figures se détachent sur fond bleu clair d'un effet très net et très lumineux (fig. 3754).

f^'est autour de cette miniature qu'est transcrit

' Cil. Difhl. Maniifl iVnrt Inizanlin, in-S°, Paris, 1910, p. 223. — ' G. Millet, o;,. ci(., p.' 2l)U.

l'acrostiche dans lequel se trouve la mention d'une église fondée par Anicia Juliana à Honoratae, faubourg de Constantinople, ce qui induit ù dater le manuscrit des environs de l'année 512 :

' loù-

oo;a'.'7 u — u

['0]v(op[2]t[o'.?] à[YXj6[a?çl Tr[â'7-/ii;] 'TjAvoûtjiv x(ai) oo[;a]^0'j[(jtv].

AaÀ(7)](rat yxp et; -iiScraM y/jv 5 ["I]T|(7 7] aeyaXo'i'jyta

Avixr|T03[v], (iv yÉvoç tiÉXeiç, Na[ov] yàp xupio'j ^[^[[p]!; (=: •/■JYEtsai;)

Avo) [Trpo'JxSjavTx xat xaXwç

Après le titre orné d'un monogramme, on ne rencontre plus que des vignettes, racines, rameaux et fleurs des plantes médicinales, dont la connaissance

3755. Le chêne marin et Thétis.

D'après J. Strzygowskî, Byzantinischc Denkmaler, t. m, pi.

exacte était facile, grâce aux jardins botaniques qui existaient à Alexandrie ou à Pergame et que, pour cette raison, les manuscrits alexandrins reproduisaient volontiers. Au feuillet 391 b, est figurée une de ces plantes, « le chêne marin » (une variété de corail), curieusement accompagnée d'une figure mythologique représentant Thétis (la mer) accoudée sur un monstre marin et portant comme garniture de ses cheveux des pinces de homards (fig. 3755).

I3iBLioGR.\PHiE. — p. Lambcck, Pelri Lambccii Commenlariorum de augiistissima bibliollirca Cn'sarca Vindoboncnsi, in-fol., Vindobonîe, 10(39. t. ii, p. 519- 608; t. VI, p. 291-302; édit. A. Fr. Kollar, 1766, t. ii, col. 119 sq. • — D. de Nessel, Brrviariiim et Supplementum commenlariorum J.ambiriarioriim. Calnlogus sive reeensio spccialis omnium codicum n,i)nuscriplorum grœcorum necnon lingunrum orirntcdiiim augusiiss. bibi. Csos Vindobonensis, in-fol., Vindobonac. U'.90. — 13. de Montfaucoii. Ptdœograplua gm-cti, in-fol., l'ari-

DIOSCOUIDE — DIOSCURES

siis, 170S, 1. III, c. II. p. 195 sq. — A. J. Fabiicius, Bibliotheca grxca, édit. Harles, t. iv, p. 683 sq. — A. Gori, Thésaurus velcrum dipluchorum consulariam et ecelesiasticorum, in-fol., Florenliœ, 1759, t. iv, p. 60, pi. xc. — E. Q. Visconti, Iconogranhie grecque, Paris, 1811, t. I, p. 289-314, pi. xxxiv-xxxvi. — Stroux cl'Agincourt. Histoire de l'art depuis la décadence jusqu'à la Renaissance, in-fol., Paris, 1826, pi. xxviii, 3 figures et texte dans l'édition italienne de 1829, t. vi, p. 89- 92. — J. Labarte, Histoire des arls industriels au moyen âge et à l'époque de la Renaissance, m-i", Paris, 1873, t. it, p. 163, 46G. Dans l'édition de 1864, t. i, p. 31- 37; t. II, Album, pi. lxxviii, et dans l'édition de 1873, pi. xuii. — - Waagen, Kunstdenkmàler in Wien, t. ii. — Schnaase, Geschichle der bildenden Kunsle im Mittelaller, 2' édit., 1869, t. i, p. 237 sq. — N. Kondakoiî, Histoire de l'art byzantin considéré principalement dans les miniatures, trad. 'rra\Yinsl;i, in-8°, Paris, 1891, t. i, p. 107-111. — D. Ajnalof, Fondements hellénistiques de l'art byzantin, Saint-Pctersbourg, 1900, p. 38. —

turis, in-4", Lugduni Batavorum, 1906. — A. Muhoz, Codici greci miniali de le minori biblioteche di Roma. pi. xi-xiv, d'après un Dioscoride de la bibliothèque Chigi à Rome, du xv= siècle, reproduisant plusieurs miniatures du ms. de Vienne. — Ch. Diehl, Manuel d'art byzantin, in-8°, Paris, 1910, p. 221-223, fig. 108. — O. Dalton, Byzantine art and archœology, in-8">, Oxford 1911, p. 460-461.

H. Leclercq.

DIOSCURES. — Une tombe trouvée à Arles, au cimetière des Aliscamps (voir ce mot), en 1844, se compose d'une cuve de marbre»blanc mesurant 2 "'05 de longueur sur 0"'52 de hauteur. Nul sjmbole n'indique, au premier abord, qu'il s'agisse d'un monument chrétien et on serait plutôt porté à y voir un sarcophage païen analogue à ceux de Tipasa ' et de Pise '. Sous un portique à quatre arcades se présentent quatre groupe?.. .■\ux extrémités, deux hommes nus, armés de la lance, l'un jeune et imberbe, l'autre adulte et barbu, tiennent des chevaux. Saut la différence d'âge, nous avons ici le

:>756. Les dioscures, ctoffc du vi-vii« siècle. D'après Dnlton, Biiznnlire nrl nnd archeologij, p. 597, fig. ;

F. X. Kraus, Geschichte dcr christlichen Kunsl, in-S", Kreiburg, 1893, t. i, p. 489, lig. 345. — K. Bccr, Die Miniaturen ausstellanq der k. k. Ho/bibliothek i {Kunst und Kunsthandn'crk , v, 5). — D. A. Bond and E. M. Thompson, Ttic paheographical Society, lac-similes of ancienl manuscripls, l" série, part, x, pi. 177. — E. Diez, Die Miniaturen des Wiener Diosknridcs. dans J. Strzygowski, liyzantinische Dcnkmâlcr, in-4<', Wien, 1903, t. III, p. 1-69 et pj. i-iv. — G. Millet, L'art byzantin, dans A. Michel, Histoire de l'art depuis les premiers temps chrétiens, in-8°, Paris, 1905, t. i, p. 208-209, tlg. 113. — A. von Premerstcin, Anicia Juliana im Wiener Dioskurides Codex, dans Jahrbuch der liunsthistorischen Sarrunlung der allcrhôchsten Kaiserlmuses, ■vYien, 1903, t. xxiv, p. 105 sq. — A. von Premerstein, Wessely et Mantuani, De codicis Dioscuridei Aniciie Jalianse Vindobonensis hisloria, forma, scriplura, pic-

' L'iHiisfrad'on, septembre 1874, p. 155; A. Héron de Villetosse, Bapport sur une mission arcliénlogiqiie en Algérie, dans Archives des missions scienlifîqucs, 187.">, p. ?A-:i2: Gscll, Ti-

type classique des Dioscures, divinités du monde inléricur, souvent représentées par les' païens sur les basreliefs funéraires.

Les deux arcades intérieures sont occupées par deux groupes. Un jeune homme imberbe et une femme voilée qui pose la main sur l'épaule de son compagnon. Un homme âgé et barbu, vêtu du pallium, tenant «n rouleau dans la main gauche, serre la main d'une femme voilée; â leurs pieds un faisceau de volumina posé entre eux. La tombe est trop étroite pour avoir pu recevoir deux corps; il semble donc qu'on a voulu rappeler dcu.\ époques de la vie d'un même personnage représenté à des âges différents : jeune, à l'époque de son mariage; d'âge déjà mûr, au moment de sa mort. Il est remarquable que, contrairement â l'usage, les Dioscures sont d'âges diflérents et que le plus jeune des deux est accouplé au personnage, représenté presque adolescent,

pnsn.tinnsMél.d'arch.eld'hisl.,iSO't,t. xiv, p.437,pl. vi. — • P. Lasinio, TlaccoHa di sarco/agi, urne e nllrl monumenll dl .viillnrn dcl Campo Siinln di Pi.vii, in-l". l'isn, 1814, pi. ri.

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