V. L'insertion aux diptyques. — On a pu voir
des diptyques était, dans les Églises des Gaules, appelé le Liber vitœ et il cite ù l'appui ce texte du Missale ((«(/iicmn: oljercnliam nomina recilala ca-lcsli c/iini(;ni;''i" 'n lihro vitœ jubeas ascribi. Tommasi-Vczzozi, Opéra, l. vi, p. Xil sq. — • Il faut encore remarquer que la mélapliore du livre do vie ou simplement du livre est employée souvent dans r.Ancien Testament et avec un sens analogue : .si non /acis, drie nie de libro luo queni scripsi.iti. ICx., xxxii,32; qui peicaveril mihi, delebo eum de lihro meo. /(lii/., 33; in capi'.e libri scriplum est de me. Ps. xxxix. S; delcanlur de lihro uivenlium. Ps. i.xviii, 29; in lihro lun ouini'.s tcrihanliir. l's. c.xxxviii, Ifi; hicc omnia I.iher uiln; <■( leslamrnlum i ullisxinii, et agnilio verilalia. lù-eli.. \xiv, 32.
DIPTYQUES
par l'incident derévêque Marcien et par d'autres textes cités au § III, que l'inscription aux diptyques constitue déjà une preuve d'orthodoxie, un titre d'honneur, et que l'on efface le nom de ceux qui n'en sont pas jugés dignes. Si dans le cas de Marcien la radiation n'est pas un fait absolument prouvé ', nous avons le texte déjà cité du concile d'Elvire qui dit que le nom des énergumènes ou des possédés ne doit pas être récité à l'autel -.
Le texte de saint Augustin, que nous avons cité aussi, permet aux clercs et sénieurs de l'Église d'Hippone d'omettre le nom d'un certain prêtre, Boniface, accusé mais non convaincu '.
On sait que dans la dispute au sujet de l'orthodoxie de saint Jean Chrysostome, l'inscription de son nom sur les diptyques donna occasion à de longues controverses ♦. Ce n'est pas le lieu d'exposer ici ce débat: nous remarquerons seulement que le nom de saint Jean Chrjsostome. alors trépassé, avait été inscrit non sur la liste des évêques morts, mais dans la catégorie des prêtres, des diacres et des laïques, hommes et femmes.
Nous remarquons aussi qu'il y avait à cette époque (420-430) dans l'Église de Constantinople les diptyques des morts et les diptyques des vivants; le livre des morts contenait des catégories: évêques, clergé, laïques. La lecture de ces diptyques à l'ofTice avait une importance considérable: itre inscrit sur ces diptyques est une preuve de communion avec l'Église et d'orthodoxie.
Certains faits tirés de l'histoire des conciles de cette époque nous amènent aux mêmes conclusions. Au concile d'Éphèse en 431, on discute sur la présence des noms de Cj-rille d'Alexandrie et de Nestorius sur les diptyques '.
Au concile de Chalcédoine, le pape Léon (13 avril et 19 juin 451) dit que le noms de Dioscore d'Alexandrie, de Juvénal de Jérusalem, d'Eustathe de Béryte ne devaient pas être lus à l'autel jusqu'à ce qu'ils se rétractent. Ici encore l'insertion sur les diptyques est une preuve d'orthodoxie '.
Le demi-siécle qui suit, dit Edmond Bishop, est plein de l'histoire de ces radiations de certains noms sur les diptyques ou de restitution de certains autres •. Patriarches et empereurs sont tour à tour, selon que souffle le vent, effacés ou rétablis sur les diptyques.
De la controverse au sujet du nom de Théodore de Mopsueste au synode tenu en cette ville en 550 «, il résulte que l'église de Mopsueste possède deux espèces de diptyques, sur lesquels les noms des évêques, des défunts et des autres personnages sont groupés par classes. Ces diptyques sont sous la garde du cimeliarcha en même temps que les vases sacrés '.
Au \« concile de Constantinople (coll. v) on constata que le nom de Théodore de Mopsueste avait été elTacé depuis longtemps des diptyques et remplacé par celui de Cyrille d'Alexandrie '".
Au Vie concile général (G80), un abbé dit que le nom de saint Éphrcm, évcque d'Antioche, est lu dans les diptyques de Constantinople ".
Le pape Innocent I'' défend que l'on inscrive le
' Cl. plus haut, col. 1054. — ' Cf. plus haut, col. 1054. — • Plus haut, col. 1056. P. L., t. Lxxxv, col. 542. — •• Nicéph. Calliste, H. E., 1. XIV, c. xxvi, xxvii, P. G., t. cxLvi, col. 1137-1149;Facimdus d'Hcrmiane, Pro delensione trium capitiilorum, 1. IV, e. i; et 1. VIII, c. vi; P. L., t. Lxvii, col. 608-610 et 730. Cf. Ed. Bishop, Obxerualinns on the lilurgy o/ Narsaî,dansTexLs and studies,X. viii, p. 102 sq. — ' Synodicon contra fragœdiam Irena'i, n. 262 et 305; Wansi, Concilia, t. V, col. 731-1022. — • P. L., t. nv, col. 914, 923, 924. — ' Bishop, loc. cit., p. 105. L'auteur ne cite que deux cas, cf. Labbe, Concilia, t. iv, col. 719, 723, 726 ; t. v, col. 220, 226, 240, 241, mais il y en a bien d'autres. — ' Labbc, op. c:(.,t. V, col. 491-502. — ' Cf. Noris, Dixscrlaiio historica de iynodo qitinta, c. v, dans Noris, Opéra oninia, t. i, p. 605 sq. DICT. D'AnCU. CBRÉT.
nom d'Arsace au catalogue des évêques : Arsacium, qucm pro magno Joanne in Ihronum cpiscopiMem produxislis, etiam post obilum exauctonimus, una cum onuiibus, qui consullo cum eo communicarunl. episcopis, cujus cliam nomen sacro episcoporum albo non. inxcribatur '.
De même Gélase 1="^ reproche à Euphemius, patriarche de Constantinople, de n'avoir pas effacé des diptyques le nom d'Arsace son prédécesseur, mais de souffrir que son nom soit lu publiquement avec celui des autres évêques catholiques. Plus tard ce nom fut effacé ■'.
Le nom des papes est inscrit de droit aux diptyques . Le 1 i" concile de Vaison en 529 prescrit de lire le nom du pape vivant dans les églises ; il s'agit évidemment des diptyques ". Le pape Pelage se plaint au vie siècle que son nom n'y soit pas inséré'". Adrien II (t 872) prescrit aux évêques réunis au synode de Troyes, de rétablir le nom de Nicolas l" aux diptyques : Papam X icbolaum in codicibus vel diplychis ecclesiorum veslrarum scribi et nomen ejus inter sacra missarum solemnia imprœtermisse recitari /aciatis '«. Rosweyde cite ce texte de Grégoras: in sacri hymnodiis meniionem faciunl ( Grx i) papsc, cum oralio super diptycha recitatur^ una cum aliis quatuor palriarchis ".
Ainsi l'inscription aux diptyques équivaut à une sorte de canonisation (cf. la remarque faite ci-dessus au sujet du mot canonizare, mettre au canon, c'est-àdire aux diptyques). Le pseudo-Denys l'Aréopagite pouvait dire déjà : Sacrarum porro tabularum quas post pacem adhibituT recitatio, deprœdicat eos qui sancte vixerunt, atque ad probae vitœ perjectionem conslanler pervenerunt ' '.
Bien plus, il fut de mode bientôt d'inscrire aux diptyques le nom même des conciles œcuméniques, comme nous le voyons par le texte suivant :
Tempore autem diptyctiorum cucurrit omnis mullitudo cum magno silentio circumcirca altare: et cum leclœ fuissent a diacono appellationes sanctarum quatuor synodoram et sancise memorix archiepiscoporum Euphemii et Maccdonii et Leonis, voce magna universi clamarunt: Gloria tibi. Domine, et post hoc cum onmi modeslia compléta fuit cum Deo dii'ina liturgia ".
A une époque beaucoup plus tardive, au synode d'Elne (II), en 1027, on ht cette sentence : Nec inler fidèles mortuos eorum nomina ad sacrum altare recitentar-".