‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 187 sur 251 · IV · texte numérisé non relu

IV

DIPTYQUES

ques et c est le diacre qui lit cette prière '. On trouve les mêmes pratiques dans les Constitutions apostoliques, dans la liturgie de saint Jacques, dans celles de saint Basile, de saint Jean Chrysostome. de Sérapion, de saint Cyrille de Jérusalem.

On ne trouve pas de trace certaine en Orient, à cette époque, de la pratique d'Occident qui consistait à réciter, en ofirant le pain et le \in, le nom de ceux qui ofiraient. Le Testament du Seigneur fait bien allusion à une inscription des noms des offrants que l'on récitera à l'autel, mais ce texte n'indique pas à quel moment ces noms seraient récités, et de plus l'époque de ce témoin n'est pas bien fixée -.

La coutume de réciter les noms des morts après la consécration semble avoir été introduite dans l'Orient au iv« siècle.

Pour la Syrie orientale, quoique la liturgie d'Adaï et de Mari mentionne le « livre des vivants et des morts », il semble, par 'la comparaison avec les ouvrages de Denys l'Aréopagite, qu'originairement c'étaient seulement les noms des morts qui étaient récités '. Dans cette liturgie, comme dans celle d'Adaï et de Mari, les diptyques sont lus après le baiser de paix *.

Il faut noter que le témoignage de Cyrille de Jérusalem, de Jean Chrysostome, de Sérapion, sur la commémoraison des morts à la fin de l'anaphore, correspond avec la position que les diptyques occupent dans la liturgie de Jacques, de saint Basile, de saint Jean Chrysostome.

Pour Narsaï, l'ordre de la messe est celui-ci :

1° Renvoi des catéchumènes et clôture des portes;

2° On apporte le pain et le vin sur la table;

3° Credo;

4° Le diacre annonce la lecture des diptyques;

5° Prière du célébrant;

(i" Le peuple donne le baiser de paix; le diacre lit dans le livre les deux séries de noms des vivants et des morts.

Cette liturgie se rapproche donc de celle de Denys l'Aréopagite, sauf que dans cette dernière on ne lit (:ue les noms des morts '.

Il y a donc sur ce point, entre l'Orient et l'Occident, I es différences importantes. Tandis que les Eglises d'Orient gardèrent en général les formules et les prières pour l'expulsion des catéchumènes (au moment de la messe des fidèles), elles abolirent de bonne heure pour le peuple l'ancienne pratique d'offrir le pain et le vin qui devaient servir au sacrifice'. Dans les lîglises d'Occident, au contraire, on abolit de bonne heure les formules pour l'expulsion des catéchumènes à la messe, et l'on garda l'usage de faire offrir par le peuple le pain et le vin du sacrifice, et cela jusque vers le x« ou le xi' siècle.

Ces dillérences considérables dans l'offertoire, entre l'Orient et l'Occident, se retrouvent aussi dans la récitation des diptyques, et en sont peut-être une consé- «luence, au moins dans une certaine mesure.

Ainsi les premiers exemples de récitation de diptyques que nous ayons pour l'Occident, sont ceux de listes des noms des vivants: en Orient, au contraire, ce sont les listes des morts. Ainsi pour Jérusalem, saint Cyrille mentionne une commémoraison des morts durant l'intercession après la consécration, et il dislingue deux latégories : les patriarches, les prophètes, les apùlres, les martyrs, qui sont chargés d'intercéder pour nous auprès (le Dieu; puis les saints pères, les évêques, et en général les chrétiens morts, pour qui la prière est olîerte '. A ce moment, c'est-à-dire vers le milieu du iv siècle,

' Surtout ceci, voir ConoUy, Journal o/ tlieologicat xtiidies, t. XIII, p. 589 ; et Bishop, Inc. cit., t. xiv, p. 24 sq., et le même, duns son étude sur les Homélies de Narsaï, loc. cil., p. 102 sq. ; et aussi .J. H. Srawlpy, Tlie earlu liislory o/ ll,e liliirgu. <".ambridge, 1913, p. 121 sq., l'I I sq. — ■ Cf. lid. Bisliop, Journnlul Iheological .•iliiilics, I. xii.p. 390. — • et Conoly. dans Journal o/ theological sliidiex, t. .\iii,

il semble que la prière pour les morts à la masse soit une pratique universelle.

Dans l'exposition de la messe par saint Maxime de Constantinople, les diptyques ne sont pas mentionnés *. L'exposition de la messe récemment publiée par Brightman (du ix= siècle) mentionne la commémor.i^-oa dans le canon, après l'invocation °. D'après Edmond Bishop, qui a fait de ce point une étude très spéciale, les diptyques, à Constantinople, au moins au vi« siècle, étaient récités tempore consecrationis, et non entre la grande entrance et le baiser de paix, comme le croit Brightman '°.

En résumé, voici comment on peut, semble-t-il. exprimer les différences entre l'Orient et l'Occident sur I? question des diptyques. En Occident la récitation des noms des vivants paraît l'affaire importante; en Orient, au contraire, on attache plus d'importance à la liste des morts. Et ces différences semblent provenir du fait que nous avons signalé : en Occident, c'est le peuple qui olTre le pain et le vin du sacrifice; en Orient, cette coutume tombe de bonne heure en désuétude.

Dans les deux liturgies byzantines de saint Basile et de saint Jean Chrysostome la prière sur les diptyques est introduite à la fin de l'Invocation; en réalité, elle ouvre la prière dite d'intercession de la façon suivante :

, Liturgie

Liturgie

DE SAIiN'T B.\SILE , ,-

SAINT Jean Chrysostome

zal Àsyojiivtuv TLJN AIII- TTXQN ::apà toû Sta/.o-

VÛJ ÀSYî'. 6 Up£'J5 TTJV £'J"/7;V.

Toî ây.oM 'Itoivvou to3

âyiou ToS ÔEïvoçoù xal Tf,v [JLvrJ[j.r,v Ï7ZL~ù.ou ulsv xal Tziw-

TïOV TOJV âY''tL)V C'J'J oiv Tafç tx£-

a:aiç £::t'!ix£t}ia! J)[ià; o Osôç.

La liturgie de S. Jean Chrysostome rappelle ici le souvenir des patriarches, des prophètes, des apôtres, des évangélistes, des martyrs, des confesseurs, des vierges et de tous les justes morts dans la foi.

£À7:iôt àvas-

; OTZO-J èïTLS-

ti.vr;aOr;T! KJpiE nânr,; z'j-fic ôoOoêoç'iJV, etc.

Ta^êoi; ^taï^ç aiojvîoy xal àva7;au!ïov xoî^cï tÔ çùjç Toy ;;ooiT<ô~ou aov.

"Eti ooij SsôfiiOa avril- "Eti ::aiaxaÀoi

Or|T! xjpiE TTJ; âiyiai io\ xaOoA'.x^; xa! i.r.oz-.oi.r/.r^:

£zx>.r,7'a;. etc.

La prière, plus étendue dans la liturgie de saint Basile, rappelle ceux qui ont offert à l'église ou donné aux pauvres. Elle énumère les diverses catégories de fidèles, y compris l'empereur et tous ceux qui oul l'autorité. La prière prend alors une tournure litanique.

a'j Y*,^ s' Kùp'.E y\ '^o-Zfiv.j.

Ttûv àStniOrjTiuv , T) èXjii; Ttûv à~r^K^.\■'3u.i\M■^ , h Tûv "/£•.g.a3^oaivt'>v atoir^p, 6 tojv nÀEOvTwv ÀuxtJv, 6 Ttôv voao'jvTojv taTpo; ..

p. 592 sq. — • Conolly, loc. cil., p. 592. — • Bishop, loc. cit., p. 1 1 1 , 1 12,—' Ed. Bishop, loc. cil., p. 100 sq. — ' Cal. Myslag., V, S 6, P. G., t. xxxiii, col. llKi; cf. aussi § 10. — 'P. C. t. xci, col. 693-696, 704, 708. — • Journal o/ llwningical .■ilmlies, t. IX, p. 395; cf. Bisliop. S'arsal, p. 109, 110.— ■■Bishop, sur les Homélies de Narsaï. p. 110; ct.lirixlilman l.ilitrgies Easlcrn iind Western, p. .535-530.

DIPTYQUES

TA AIIITÏ'XA TQN ZUN'mN.

MvrjaOriT'. K'jp:; r-i^r^i kTZ'.'jXor.fji rJoOoodî'DV. . . MvrJaOr;Ti xoïj r.piaiu-iQ'.O'j, Tr-; iv XpiaTùi Sia/.ov'aç, xal "avto; Upa-c'./.oû Tâ'caaTo;.

suit la bénédiction et le Paier '.

VII. Les diptyques dans les sacramentaires. — ■ Aux diptyques proprement dits furent substitués de bonne heure des caiiiers ou des feuillets de parchemin, qu'on plaçait sur l'autel pendant la célébration de la messe et dont quelques exemples nous sont connus.

Delisle cite un feuillet de parchemin qui, primitivement, était peut-être renfermé dans un diptyciue d'ivoire et sur lequel avsit été inscrite, vers le milieu du x« siècle, mie liste des bienfaiteurs de Saint-Maximin de Trêves. Le texte en a été publié en 1659 par le P. Alexandre Wiltheim - et discuté en 1675 par les bollandistes ', qui en tirent graver un fac-similé assez médiocre. Une nouvelle édition, accompagnée d'une reproduction liéliographique, en a été donnée par Fr. X. Kraus, qui a recueilli dans son cabinet le document original *.

Pour être plus certain d'être compris dans les commémorations du saint sacrifice, on tenait à avoir son nom gravé sur l'autel ou inscrit sur les feuilles du livre que le prêtre avait sous les yeux au moment oCi il récitait les prières du canon. Les fidèles aimaient à tracer eux-mêmes leurs noms soit sur la table ou les montants de l'autel, soit sur les marges du sacramentaire, et c'est ainsi que s'explique l'irrégularité des inscriptions et la barbarie des caractères dans la plupart des listes de ce genre que nous pouvons examiner en original. Edmond Le Blant ° l'a parfaitement constaté sur l'autel de l'église de Minerve en Languedoc, et Delisle en signale une douzaine d'exemples dans les sacramentaires qu'il passe en revue '. A l'origine ces noms étaient récités par le célébrant. Le fait est très clairement énoncé dans un traité liturgique, qu'on a longtemps attribué à Alcuin, mais qui parait être un peu plus récent : Ustis juU aniiqiwnim, sicul eliam iisque hndie romana agit Ecclesia, ul stalim recitarentur ex Uiplychis, ici est labulï!:, nomina defunctorum '. Peu à peu cette pratique tomba en désuétude. La récitation des listes fut remplacée par des formules dans lesquelles le prêtre faisait une allusion générale à tous les fidèles dont les noms avaient été consignés sur les diptyques ou sur les feuillets tenant lieu de diptyques. Delisle donne les exeinpies suivants que nous citerons ici parce qu'ils éclairent le sujet :

Oralio intérim dum sanctus canitur,

Suseipe, saneta Trinitas, Deiis, in iie[ne]riitionr nominis tui et honore omnium saneioram tiiorum, liane oblationem quam libi indignas ojjero prn peecatis meis inniimerubilibus, ut veniam adipisci merear, et pro elecmosinariis nostris, et pro his quoque qui milii consanijninitate vel janùliarilale vincti habentur, et pro cunctis

' F. E. Brightman, Liltirgies F.astern and Western, t. i, p. 3.31-3,'Î7. On trouvera d'autres exemples des prières super diptijeha dans d'autres liturgies orientales, p. 206, 207, 221, 221, 228, 2t'>l. 276, 286, etc. Dans la liturgie de Sérapion, il est (piestion d'une liste des noms, édition Wobermin, c. i, l>. fi. — ' Diittyclaim Leodiense ex eonsidiiri liictum episeopale et in illud commenlarius R. P. Alcxandri Willhcmii, Lcodii,1659, fol.p. 29. — ' Aeta sancl., aprilis t. il, x, eol.l cl la pi. II du Propylœtim que le P. Papebrocli a jointe à ce volume. — ' Westdciitselie Zeilscltri/t jûr Gescliielite und K iinste, IV, 11,138-1,56. Cf. Uelisle, Alémoire surd'aneiens sacramentaires, p. C>2-G'.^. — ^Inscriptions clirét. de la Ganle, t. n, p. 428 sq.. n. 609. — • Des noms des fidèles ont été pareilleinont inscrits dans quelques évangéliaircs. — ' Liker de

sanctie Dei ICeelesi.r fidelibus,seu et iam pro fidclibus delunetis qui in libello memoriatis mei scripti memorantur, et pro omnibus in Cltrislo quieseenlibus, quiesumus. Domine, ut omnibus nobis prosil ad indulgenliam. Per'.

Et cette autre insérée dans le même manuscrit :

Mémento, Domine, famutorum famularwnque taaram omnis congregationis sancti Pétri, apostoli lui, omniamque propinquoram meorum et quorum eleemosinassuscepimus, seu qui mihi conjessi snnt, necnon et quorum nomina super sanclum allure luum scripla habentur, et omnium circum aslantiuni quorum libi fuies eognila est et nota devolio '.

Ou encore celle-ci :

Majeshdem tuani, elemenlissime Pater, supplieiter exoramus et menlc divota poslulamus pro nobismelipsis et fratribus ac sororibus nostris, neenon et pro his qui nobis de propriis eriminibus vel jacinoribus coram Iwi majestutc conjessi /uerunt, atque pro his qui in nostris oralionibus commendaverunl, tam vivis quimi et solutis debitum mortis, vel quorum eleemosynas erogandas suscepimus, et quorum nomina ad mémorandum conscripsimus, vel quorum nomina super sanctum altare luum adscripta esse videniur '°...

Et dans un sacramentaire de Saint-Guilhem-du- Désert, du xi" siècle':

Missa pro salute vivoram vel in agenda morluorum Sanctorum luorum inlercessionibus... fidelium eatholicorum orlodoxorum quorum eommcmoralionem agimus et quorum corpora in hoc monaslerio requiescunl vel quorum nomina unie sanclum altare luum scripla adesse videniur ".

Autre prière récitée pendant le chant du Sanctus:

...pro cleemosinariis noslris,elpro his quoque qui mihi eonsanguinitate vel I amiliaritate juncti habentur, et pro cunctis sanclœ Dei Ecclesiœ fuletibus seu eliam pro fidelibus dejunclis qui in libello memorialis mei scripti memorantur ''...

Dans le même sacramentaire le texte du canon est ainsi conçu :

Mémento, Domine, famulorum famularumque luarum omnis congregationis scmcti Pétri, apostoli tui, omniumque propinquorum meorum, et quorum elem>sinas suscepimus, seu qui mihi confcssi sunl, necnon et quorum nomina super sanctum altare luum scripla habentur, et omnium circumstanlium, etc. {même ms.. fol. 3) ".

Nous ne pouvons citer ici que quelques exemples de ces listes de noms, renvoyant à Delisle qui les a publiées au complet. Voici quelques-uns des noms placés en regard de la commémoration des vivants, au canon, dans un sacramentaire de l'Église de Paris :

Albericus. Bernardus... Vintberus sacerdos... Gaii- /ridus. Nivelo. Urso subdiaconus. Laud. sacerdos. Drogo sacerdos. Evrardus. Teodcricus ". La suivante est tirée d'un autre sacramentaire de l'Église de Paris :

Rolanldus ada /redus llevila]

Odolricus dicanus Girmundus sacerdos Al/redus Icvita

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