XII. Nobis quoque peccatoribus
Oraiso'.is post nomina transformées en sécréta dans des sacramentaires anciens -.
Bien plus, dom Cagin pense pouvoir assigner une date à celte translation des diptyques de l'offertoire au canon.
Le texie de la lettre fameuse d'Innocent I"', De nominibus vero recitandis, que nous citons ailleurs, est interprétée par dom Cagin en ce sens : cette lettre suppose : 1° une prière; 2° la commendatio oblationum ; 3» la récitation des noms. L'abus qui s'était glissé dans l'église (l'Iùigubium, abus qui a inolivé cette lettre, aurait consisté en ceci, que la récitation des noms
' Missalemtxliim, p. 225 : ct.PaUogr. mitsiaile.t.v. p. 80. On trou\'cra de nouveaux textes C\ l'appui dans les deux ouvrages publiés depuis sur In litur(4ie nïozar.ibe par dom Férotin. — • Palingraplne musicale, t. v, p. 1-13 et 167. — ' Paléogr.
contentements. Les formules du canon ni leur succession ne devaient avoir en lui un défenseur bien convaincu, pour qu'il en parlAt comme on sait, à propos de la place donnée au Pater. Ce pourr.di même être à l'occasion du Patrr, toujours d'après dom Cagin, qu'il aurait opéré dans le canon le bouleversement dont il est facile, à ce qu'il semble, d'apercevoir les traces. Outre cela, .Jean diacre (Vita S. Gregorii, lib. Il) attribue au grand pape des opérations qui rentrent bien dans le genre de manipulations que dut subir le sacramcnlaire, avant d'en amver à l'état oi'i nous le voyons : Multa subtrahens, pauca convcrtens '.
musicale, p. 75, 76. L'intcrprétation'dc ce texte obsciir n'est pas d'accord avec celle de M. Blsliop; nous croyons cependant utile de la citer, parce qu'elle apporte certaine* données intéressantes.
Dll'TYQUES
Dom Cagin, après avoir attribué ce cliangi-ment à saint Grégoire, ajoute : rien n'empéclie non plus qu'on dierclie la date du déplacement des diptyques entre saint Innocent et saint Grégoire, et le motif peut fort bien en avoir été, du reste, l'abus signalé par saint Jérôme '.
Quoi qu'il en soit, une chose certaine et fort curieuse assurément, c'est que si l'on transporte hors du canon romain toute la partie du formulaire qui concerne les diptyques des vivants et des morts, pour les reporter avant la préface, aussitôt le canon romain et le canon gallican s'adaptent et correspondent l'un à l'autre aussi étroitement que possible. L'opération même est tellement simple, qu'elle pourrait fort bien n'être (c'est l'hypothèse de dom Cagin) ni plus ni moins que le retour à l'état premier du canon romain ^.
XII. 1, 'oraison « SusciPE s.\NCTA Tbinitas ».— Cette oraison intéresse trop la question des diptyques pour ne pas recevoir ici un traitement à part.
Dans le missel romain actuel, elle est rédigée en ces termes et récitée après le lavabo:
Suscipe, sancta Trinitas, banc oblalionem, quam tibi olferimus ob memoriam passionis, resurrectionis el asccnsionis Jesu Christi Domini nostri : et in honorem beats; Maria: semper virginis, el beati Joannis Baptistx, et sanclorum aposlolorum Pétri et Pauli, et islorunj, el omnium sanctorum : ut illis pioficiat ad honorem, nobis autem ad salutem: el illi pro nobis intercedere dignentur in cœlis, quorum memoriam agimus in terris. Amen.
Sous cette forme, cette oraison n'a rien de bien caractéristique. Elle n'a du reste été insérée au missel romain que vers le xii« siècle'.
Mais sous sa rédaction plus ancienne elle présente les caractères d'une oraison super diplyclia. Voici d'abord la formule du sacramentaire de Bergame :
Item offersiones quando pbesbiter offert.
Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblalionem qaam tibi of/erimus pro regimine el cuslodia alque unitale catbolicie fidei, pro vencratione quoque omnium simul sanclorum luorum, pro salule el iiicotumilale famulorum famularumque tuarum. illoram omnium pro quibus clemenliam tuam implorare polliciti sumus, et quorum quarumque ele: mosinam suseepimus et omnium fidelium christianorum ul le miseranle remissionem ormiium peccalorum el selerna bealitudinis priemia in laudibus luis fidelilcr perseverando percipere mereanlur ad gloriam et
* On sait que saint Jérôme signale à deux reprises l'abus qu'il y avait à réciter publiquement dans les églises les noms de ceux qui offraient à l'autel. Ces deux textes sont trop importants dans la question qui nous occupe, pour que nous ne les citions pas. I.e premier, écrit au commencement de 411, s'exprime ainsi : QuodmuUos facere conspicimus clientes [et pauperes et agricolas : ut taceam de militantium et jiidiciim violentia, qui opprimunl per potentiam, vel furta commitfitnt, ut de mullis parva patiperibus irtbuant et in suis sceleribus glorianliir. Publiceqiie diaconus in ecclesiis recitet o//crentiiini nomina : tantum offert illa, tantum ille pollicitus est, placentgue sibi ad plausum liopuli, iorquente eos conscientia (super Ezech., 1. VT, K XVII, P. L., t. .xxv, col. 175). Le second, en 415 ou 416, est ii peu près contemporain de la lettre de saint Innocent ù Uecentius. £»icamw5 istud capiluîum principibusecclesiarum. I Quid est quod dilectus meus in donw mea fecit scelera multa ? » Vel cerle diuitibus qui, quum aliéna diripiani et non iiuferant maliiias cordis stti, putant se Dei clenientiam mercri... at nunc publiée recitantur offerentium nomina, et redemptio peccatoruni mutatur in laudem; nec mcniinerunt vidmv illius in Evangelio, guœ in gazophglaciuni duo a'ra mittendo, ttmnium divitimi vieil donariu (super Jcrem., 1. II, cap. xi, P. L., t. XXIV, col. 784). Lebrun remarque déjù î\ propos de ce texte que ce furent peut-être des abus de ce genre qui amenèrent la coutume de ne plus réciter les noms qu';'» voix basse. Op. cil., p. 418. — ' Paléographie musicale, t. v, p. 75, 76. — ' Et in honorem. les textes anciens portent in lionore.
honorem nominis lui,Dcus miscricordissime, rerum conditor. El suscipe liane oblalionem pro emundatione mea ul mandes et purges me ab uniuersis peccalorum maeulis qualenus tibi digne minislrare merear, Deus el clementissiine Domine. + Benediclio Dei Palris + el F il il et Spirilus scuicli -f copiosa descendal super hanc nostram oblalionem, accepta tibi sil hœc oblatio,- Domine sanclissime Pater omnipotens selerne Deus '.
Cette formule est à rapprocher des formules gallicanes suivantes :
Oralio intérim dum sanclus canilur:
.Suscipe, sancta Trinitas, Deus, in i'e[ne]rutione nominis lui el honore omnium sanclorum luorum, hanc oblalionem quam libi indignas offero pro peccatis mets innumerabilibus, ul veniam adipisci merear, el pro eleemosinariis nostris, et pro his quoque qui mihi consanguinilale vel lamiliarilale vincti habentur, et pro candis sanctœ Dei Ecclesiœ fidelibus, seu eliam pro fidelibus de/unctis qui in libcllo memorialis met scripti memorantur, et pro omnibus in Chrislo quiesccntibas, quesumus. Domine, ut omnibus nobis prosit ad indulgentiani. Per '.
Memoria imperatoris :
Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblalionem quam tibi ojlerimus pro imperalore nostro illo, cl sua uenerabili proie, el statu regni Francorum, pro omni pofmlo christiano, et pro eleemosinariis nostris, el pro his qui nostri memoriam in suis continuis oralionibus habent, ul hic veniam recipianl peccalorum el in juturo prœmia consequi mereanlur selerna °.
Lebrun cite des sacramentaires ou autres livres liturgiques du ix" siècle, dans lesquels elle se trouve : le pontifical de saint Prudence de Troyes, un sacramentaire de Tours, celui de Moissac, la messe d'Illyricus, deu.K missels d'Utrecht; un sacramentaire de Trêves du x« siècle, celui d'Albi du xi" siècle, etc. '. Le micrologue vers l'an 1090 dit à propos de cette prière : Deinde inclinatus (sacerdos) unie allure dicel hanc oralionem, non ex aliquo ordine (c'est-à-dire ni dans l'ordo romain, ni dans l'ordo gallican), sed ex ecclesiastica consuetudine : Suscipe, sancta Trinitas, etc. Microt.,XÏ. Elle est aussi dans le livre d'oraisons de Charles le Chauve au ix" siècle '.
Le P. Lebrun tait encore remarquer que cette prière n'étant que de dévotion privée, plusieurs Églises ne l'avaient point dans leurs livres '. Dans d'autres Eglises, on ne la disait qu'à certains jours solennels, et
ce qui parait plus correct et signifie dans la fête, dans la solennité des saints. In honorem, en l'honneur des saints, ne serait qu'une répétition du proficiat ad lionorem à la fin de cette oraison. 5. J. Baplistœ, sa mention ici est plus récente. El islorum, est im terme vague qui peut désigner soit les saints dont on fait la fête, soit ceux dont les reliques sont exposées sur l'autel. Du reste, il sera expliqué par les formules que nous donnons ci-dessous. — ' .4uc(arium Solesmense, t. i, Code.v sacramenlorum Bergomensis, .Solcsmis, 1900, p. 92, n. 802. La même oraison est donnée sous une forme un peu différente, dans Bona, lov. cit., p. 202, 203. Dans un missel d'Auxerre elle est appelée Oratio sancti Ambrosii, sans doute à cause de sa présence dans le missel ambrosien. Cf. Lebrun, Explication de la messe, t. I, p. 354. — 'Ms. latin JSOSl de la Bibliothèque nationale, fol. 3. Oraison ajoutée, au xi» siècle, en tête du sacramentaire connu sous le titre de missel de saint Éloi: cf. Delisle, Mémoire, etc., p. 64. — * Sacramentaire de l'abbaye de Saint-Amand, ms. de la Bibliollièque de Stockholm, fol. 11-16 v; voyez George .Stcphens, Fôr~ ieckning ôfmr de fnrniimsln brillisl;a och franst/slai Handsl<rillerna, uli Kongl. bibliotlwkci i Slocldmlm, Stockholm. 1847, in-S°, n. 1 des ms. français, p. 51-GO; cf. Delisle, Mémoire, p. 106-107. — ' Lebrun, op. cit., p. .'ÎSS. — * Elle se trouve même en substance dans les liturgies grecques, cf. ,S. Maxime, S. Germain el Cabasilas. — 'Les chartreux, qui ont pris en 1084 le missel de l'Église de Grenoble, ne la disent pas.
DIPTYQUES
comme elle était de dévotion privée, le texte variait; c'est pourquoi nous avons pu citer des formules si différentes. Celle du sacramentaire de Trêves, qui a été adoptée dans plusieurs Églises, est plus étendue ' :
une forme analogue à celle des diptyques consulaires ; rien de surprenant que l'on ait adapté des diptyques consulaires à cet usage '.
En général, les diptyques consulaires, en passant au
Siiscipe, sancta Trinitas, banc oblalionem, quam tibi ojlero pro me peccatore, et noslrœ congregationis salulc, el pro omnibus in Chrislo fra- Iribus, et sororibus noslris, el pro omni populo christiano, el pro omnibus eleemosynas nobis /acientibus et pro his eliam qui se commendaverunt in nostras oraliones, el qui noslrimemoriam in suis oralionibus habent, ut hic vcniam recipiamus pecccilorum, etinfuturo pnrmia consequamur alterna '-.
Suscipe, sancta Trinitas unus Deus.Ixanc oblationem. quam tibi o/'erimus in mcmoriam beatse passionis, resurreclionis et ascensionis Domini nostri Jesu Chrisli, et in honorem B. M.
semper virginis genitricis ejusdem Domini nostri, et omnium sanclorum, et sanclarum, ciilcstium l'iiiutum, et vivificœ crucis : ut eam acceptare digneris pro nobis peccatoribus, et pro animabus omnium fidelium defunclorum.
Qui vii'is '.
Suscipe, sancta Trinitas, liane oblationem, quam tibi offero in memoriam incarnationis, nativilutis, passionis, resurreclionis et Ascensionis D. N. J. C.
el in honore virginis Mariœ, et in honore omnium sanclorum tuorum, qui tibi plncuerunt ab initia mundi seu eorum, quorum hodie festivitas celebratur, et quorum nomina, et reliquiœ hic habenlur, ut illis proficiat ad honorem, nobis autcm ad salulem; ut illi omnes sancti pro nobis intercedere dignentur in cœlis, quorum memoriam agimus in terris. Per eumdem D. '.
Omnipotens scmpilerne Deus, dignare suscipcre liane oblationem et hoc sacrificium, quod ego peccator pra'sumo o/jere in honorem Domini nostri Jesu Christi : in memoriam incarnationis, nalivitatis, resurreclionis, ascensionis efus : in honorem bcatx cl gloriosse semper virginis Dei genitricis Mariœ, sanctorumque omnium, angelorum, archangelorum. patriarcharum, prophctarum, aposlolorum,' martgrum, con/essoram el virginiim, el onmium sanclorum tuorum, et eorum, ad quorum honorem in islo allari reliqui.T habenlur, el eujus hodie /esta celebranlur, et pro me misera peccatore, et pro omnibus mets parentibus, et pro omnibus bene/actoribus meis. Ut et ipsi pro nobis intercedere dignentur in csetis, quorum memorimi picimus in terris. Per C. D. N. A. >.
I-e Suscipe Scà Tr. se trouve sous sa torme la plus abrégée dans un missel des frères prêcheurs, au moment de l'oblation du pain et du vin :
Suscipe, sancta Trinitas, liane oblationem quam tibi offero in memoriam passionis Domini nostri Jesu Chrisli, el prœsta ut in conspeclu luo tibi placens ascendat, el meam et omnium fidclium .latulem operetur œlernam '.
On trouvera quelques autres formes de cette prière dans les auteurs cités en note '. Celles qui précèdent suflisent à démontrer qu'elle fut à l'origine une oraison super nomina; qu'elle est d'origine gallicane, comme semble le prouver sa place à l'olïertoire et la mention des vivants et des morts; enfin qu'elle date au moins du ix" siècle.
Le missel romain ne l'a admise comme on l'a dit plus haut qu'au xii« siècle », en lui laissant sa place à l'offertoire.mais en supprimant les allusions aux diptyques sauf peut-être le terme d istorum, qui paraît obscur dans la formule actuelle, mais qui rappelle une lecture des noms.
Xlll. Les diptyques liturgiques sur ivoike. — Comme nous l'avons dit au § i, les diptyques, consulaires ou non. s'adaptaient merveilleusement à un ; sage chrétien qui remonte ù la primitive Église. Les évéques, à l'époque où avait cours l'usage des dipty- ([ues d'ivoire, étaient des personnages. Quelques-uns, dit liin. Molinier, ont pu recevoir des diptyques leur annonvant leur élévation à cette dignité. Il existait déjà des diptyques ecclc-^iastiques qui avaient, à n'en pas douter,
' Lebrun, ExplUalion, p. 355. — = Donnée par Rona, op. cit., t. III, p. 202, d'après un missel manuscrit de laliibliothèque valicanc, cod. 4m, .nu moment de l'oblation. — ' Donnée par Bona, op. cil., t. m, p. 201, comme étant dans d'anciens missels monastiijuos, comme oraison unique pour l'olTrande du pain et du \m. — 'Scion l'ancien rite de Lyon, à l'on'crtoire. Bona, op. cil., t. m. p. 201. — •Donnée par Bona, o?;. ci'/., t. m, p. 304. d'après un missel Vatican, n. 7470, vers l'an Ono-lilOO; clic est après le supplices le, avant le mémento des défunts. — ■ Kuna, op. cit., t. m, p. 202. — ' Voir dans Dclisic, Mémoire sur les sacramenlaires, la formule du sacraiiicntairc de Corbie, p. 177; et surtout celles publiées par l'bncr, Qiiellen iinrf /•"orsc/iiinj/en :iir Cesch.des Missale Romiin.. Frcib i. lirisg., 1890, p. 171, et dans la PuUoqr. musicale, t. v. p. Uw. Voir aussi la formule du .S'ii.vripe donnée plus haut, col. 1077. — • Hona-Sala, op. cit., I. III, p. 203, note, et aussi GcorKlus, De IJtur-
service liturgique, restaient intacts, comme ceux d'.^nastasius ou de Clementinus; on se contentait d'y inscrire le nom de ceux dont on faisait commémoraison à la messe. Quelques autres ont été au contraire retouchés, comme celui de Prague dans lequel le consul a été transforme en saint Pierre, celui de Mouza dans lequel le consul est devenu le roi David, tandis que le pape saint Grégoire prenait la place d'un autre consul. Nous n'étudierons ici que quelques-uns des plus célèbres et qui intéressent davantage la liturgie, reni voyant pour les autres à l'article de dom Leclercq qui fait suite à celui-ci et où l'on trouvera la description complète et la reproduction des plus importants monuments de ce genre.
Le diptyque de Monza. — Cet ivoire célèbre, conservé au trésor de la basilique de Monza, représente sur un de ses feuillets le consul assis sur une chaise curule, tenant, de la main droite la miippii, delà main gauche un sceptre. Le consul, comme nous l'avons dit. a été transformé en roi David, ainsi que l'indique l'inscription David rcx, au-dessus des chapiteaux. .Sur l'autre feuillet, le consul, debout sur un escabeau de deux marches, tient aussi la mappit de la main droite, et le sceptre de la main gauche. L'inscription Ses Grkgoh indique cette nouvelle transformation d'un consul en pape, .\u-dessus de la tète du consul on lit l'inscription célèbre : Gregoriiis prœsul mcrilis et nomine dignus uiide genus ducil summum conscendit honorem'".
gia romani ponliflcis in solemni celebralione missaniin, Honiii'. 1 7 13, p. 221, 225. — • Em. Molinicr, Histoire qénfrale (les arts appliqués n l'industrie, t. vi, p. 49 ; .\. Molinicr, l.ex oliiluairrs /rançais au moyen âge, Paris, l.SïtO, cli. i. — '" Gori, o;). cit., t. Il, pi. vi. .Martigny, Molinicr, Gra-vcn croient avec Gori que nous avons ici un diptyque consulaire ilu v« siècle, relouclié au ix». J. Wilpcrt, et avec lui Pulzky, Meycr, Bloch, Venturi, prétendent tiuc ce serait l:\ un diptyque authentique du ix' siècle, imité ilc l'antique. Mais cette explication parait bien invraisemblable. Voir l'article de dom I.eclercq sur les diptyques, n. 44, avec In discussion de cette opinion et la reproduction. Voir aussi J. Lobarte. Ilisl. des arts imlii.slriels, l.SIVI, t. i, p. 10-12; Molinicr, Ilisl. générale îles arts appliqués à l'industrie, t. i, p. 38; Venturi, .Slurin drWarte ilaliana. t. i, p. .iSl, ilsî. 350; Hcihiiull de I-lcury, /,« messe, étude arehéologiiiiie, 18SS, l. vi,p.l 18-11'.); Diltico di son Gregorio Mngno, iliins \'.\rle, 1898, t. 'ii-vi
DIPTYQUES
Le diptyque Barberini. — L'un des plus remarquables parmi ces documents, et qui remonte au vie siècle, représente un empereur, probablement Justinien; cet ivoire, qui est au Louvre depuis 1900, ne peut être appelé qu'assez improprement un (lyi)tiqiie;il était destiné lirimitivement à servirde couverture ou de boîtier à un livre liturgique '. Ce qui nous intéresse et ce qui nous permet de classer ce monument dans notre catégorie des diptyques, c'est que, récemment, en détachant les plaques du cadre sur lequel elles avaient été fixées, M. Héron de Villefosse remarqua des traces nombreuses, au revers, d'écriture mérovingienne tracées à la pointe. C'est une liste de noms de fidèles chrétiens disposés en six colonnes (environ 350 noms). M. Omont, à qui l'on doit le déchiffrement, fait remarquer que plusieurs de ces noms paraissent appartenir aux communautés chrétiennes des bords du Rhin et plus particulièrement du diocèse de Trêves. Cette origine rhénane est encore confirmée par l'adjonction, faite à la fin d'une de ces colonnes, d'une suite chronologique de quelques-uns des rois d'.\i!slrasie, de la seconde moitié du vi« au milieu du vu» siècle. Ce qui permet de dater cette addition et nous révèle dans cet ivoire l'un des plus anciens monuments aujourd'hui subsistants de l'usage de la prière pour les morts dans l'Église chrétienne et aussi l'un des plus anciens exemples de diptyques profanes adaptés à l'usage liturgique '.
Le diptyque de Lueques. — Le diptyque d'ivoire conservé au chapitre de la cathédrale de Lueques est bien connu des spécialistes. Il a été décrit tout au long dans le livre classique de Donali, de' Dittici degli antichi profani e sacri, qui en a même donné une reproduction (p. 149-188, éd. 1753). C'est un diptyque consulaire qui remonte à la première moitié du vi ' siècle,le consul .\reobindus dont le nom s'y trouve inscrit, et qui semble en avoir été le propriétaire, ayant été consul en Orient en 506, et ayant été tué en 545. Nous n'aurions pas à nous en occuper ici et nous nous contenterions de renvoyer à la description de Donati, si dernièrement le P. dom Germain Morin et le professeur P. Guidi n'avaient de nouveau attiré l'attention sur ce curieux document et découvert que ce diptyque consulaire avait été adapté à l'usage ecclésiastique et contenait sur sa partie intérieure des traces d'une écriture qui semblait rappeler la série des saints du canon romain. Les caractères lombards paraissent semblables à ceux du vi'vii" siècle. Voici du reste la lecture du professeur Guidi :
pourraient être, d'après le professeur Guidi, une erreur de copiste pour Proiecli, Naboris, Cosme, Damiani. Nous aurions donc ici un fragment du canon de l'Église de Lueques, ou pour mieux dire, les diptyques de la messe transcrits sur un diptyque consulaire.
Quant à la page de droite, le professeur Guidi avoue qu'il n'est pas parvenu à décliifïrer les caractères, mais dom G. Morin, sur l'examen de la photographie, croit pouvoir dire que les premières lignes à droite devaient contenir les noms de Marie et ceux des apôtres \
En tout cas, il nous a paru utile de donner ici ces détails.
L'ivoire de Francfort. — La bibliothèque publique de Francfort-sur-le-Mein contient un ivoire très remarquable servant de reliure à un lectionnaire du xiii" siècle . L'ivoire est beaucoup plus ancien, au moins du ix" siècle, d'après l'opinion de Passavant *. Au centre est le prêtre officiant, représenté de face, comme dans les diptyques consulaires, et se tenant devant un autel, couvert d'un linge orné. Les mains sont levées, les doigts étendus comme signe de bénédiction. A droite et à gauchesur l'autel est un chandelier; au centre, un calice à deux anses; à gauche du calice et du prêtre (côté de l'évangile), une patène avec trois hosties, de forme curieuse, annulaire; à droite du prêtre est un livre fermé (côté de l'épitre); à gauche, côté de l'évangile, un livre ouvert. (Westwood, dans sa description, dit à tort le contraire et met le côté de l'épitre à gauche du prêtre et celui de l'évangile à droite.) Sur le livre ouvert est inscrit en deux colonnes ce texte ;
TE IGI T(ur)CLEME NTISSIM E PATER PE IHM XPivi FI LIVW! TV VM DM NOSTRUM
SUPPLICES TE ROG AMUS ET PETIMUS UT ACCE PTA ABE AS ET BE NEDICAS HEC DONA