GALLIENI CONCESSI VC
ou bien les diptyques figurés sur une épitaphe du musée de Brousse '. Mais ces objets de mince valeur, d'utilisation aisée, ont sans doute disparu en grand nombre, car on en connaît fort peu.
Quelques-uns probablement ont dû leur conservation à leur beauté ou à leur prix, ils forment une série précieuse à divers titres, puisqu'ils nous ont conservé non seulement des spécimens du luxe des anciens, mais encore des copies assez fidèles, semble-t-il, de quelques chefs-d'œuvre de l'art classique. Trop souvent les artisans qui s'appliquent aux arts mineurs, soit fatigue, soit incapacité à inventer, se sont laissés aller à reproduire des types connus et en possession de la vogue, ce qui les conduisait rapidement à l'abandon de toute originalité. Outre la statue impériale du diptyque de Probus, nous avons ainsi Esculape et Hygie sur le diptyque du musée Mayer, Apollon et Daphné sur un ivoire de Ravenne ', les deux figures féminines du diptyque consacrant l'alliance des Symmaques et des Nicomaques, qui rappellent certaines figures antiques dont elles s'inspirent sans aucun doute; encore Hippolrte et Phèdre, fMane et Endymion sur un diptyque de Brescia; enfin le splendide ivoire Barberini qui, au vi« siècle et pour la glorification de Justinien, s'inspire de motifs anciens, mais par\ient à les traiter avec assez de vigueur et de souplesse pour leur donner une expression digne d'une époque meilleure et d'un art mnins appauvri.
Cette liberté était, malgré ce qu'elle pouvait comporter d'imitation servile, plus favorable à l'art que l'hiératisme qui finit par prévaloir. Il semble que, même pour les diptyques destinés à l'empereur, on renonçait à peu près à changer les motifs reçus. Au lieu du diptyque à deux feuillets, on imagina, probablement en témoignage d'honneur, le diptyque composite dont chaque feuillet se-coniposait de cinq pièces. Au centre l'image principale flanquée de deux étroits panneaux à droite et à gauche et encadrés tous ensemble par deux longues bandes en haut et en bas. C'est la disposition de l'ivoire Barberini (fig. 3773) et du groupe de diptyques que nous classons parmi les couvertures d'évangéliaires *. Deux fragments d'un diptyque de ce type sont conservés à la collection Trivulzio, de Milan. La bande du haut présente deux Victoires au vol tenant une couronne dans laquelle on voit un buste féminin (la Tyché de Constantinople) ; la bande du bas, des barbares tributaires. L'inscription: ac Iriumphatori + pprpetuo semper Aug{usto), et : Vir ilhistr. com. protic. (?) et consul ordinar. ne laisse aucun doute que c'était le présent d'un consul à un empereur. .■\u musée de Bàle, autre bande identique à la bande du haut de Milan (Victoires ailées, couronne et buste féminin) et cette fois on lit : Perpétuée semper Aagust.v. Au musée de Munich, deux fragments de la partie droite d'un diptyque composite pourraient représenter un consul présentant ses souhaits de nouvel an à l'empereur qui occupait le panneau central probablement. Cette interprétation est contestable ^ mais le diptyque à cinq pièces devait avoir au sommet la bande aux deux Victoires ailées qui se retrouvent sur tous les
* Bhî/. detïa commis^-, archeolog. municipale, 1874, p. 101- 1 05 ; G. Bloch, dans Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, t. ii, p. 271, fiR. 2454; R. Fôrrcr, Reatlexicon, 190,S, p. 177, fi!?. 153. — ' G. Mendel, dans Fultelin de correspondance hellénique, 1909, t. xxxiii, p. 329, n. SI, p. 423-424. — ' .îalirbiicher des Vercins von Alterthunisfreunde im Rheinlande, 1872, t. lu, pi. ii. — • H. Grœvcn,
diptyques de ce type (voir Dictionii., t. i, fig. 647-049).
Si on rapproche les indications à tirer des diptyques qui composent ce groupe, on peut induire que la plaque centrale d'un feuillet offrait l'image de l'empereur, la plaque centrale du feuillet opposé l'image de l'impératrice; c'est du moins ce qui semble indiqué par l'ivoire Barberini et par l'inscription de la bande du musée de Bàle. Quand ces diptyques furent désaffectés et employés pour la couverture des évangéliaires. on a dû assez naturellement songer à remplacer l'empereur par le Christ et l'impératrice par la vierge Marie, comme nous en avons probablement un exemple dans les deux plaques du musée de Berlin (voir Diclicnn., t. Il, fig. 1514, 1515).
On ne prit pas toujours la peine de substituer une pièce nouvelle, parfois on retoucha l'ivoire de manière à l'adapter à sa destination nouvelle; sur un diptyque conservé à Prague, le consul a été transformé en saint Pierre; sur un diptyque du trésor de Monza, le consul est devenu le roi David sur un feuillet, le pape Grégoire P' sur l'autre, mappa et sceptre se sont transformés, un nimbe a été ajouté et la transformation accompHe. A Milan, un consul est devenu saint Paul ', mais il a fallu tant bien que mal lui indiquer une barbe qui n'est pas celle du type consacré de l'apôtre.
Nous hésitons un peu à considérer comme appartenant au groupe des diptyques composites le célèbre ange conservé au Musée Britannique.
Malgré la maladresse avec laquelle les pieds sont posés en travers de trois degrés, rendant la position impossible, ce morceau est digne d'être comparé au diptyque de Rulius Probianus, tant pour la pose et la draperie que pour la technique. Grâce à une série de rapprochements aussi subtils que subjectifs, on a imaginé de rapprocher cet ange des cinq personnages qui garnissent le devant de la chaire de Maximien de Ravenne, puis tous ensemble de leur infliger une série de confrontations qui aboutit à les faire sortir d'un ateUer d'Antioche. Ce genre de démonstration, où la virtuosité a plus de part que l'évidence, pourrait être tenté avec les mêmes vraisemblances et le mêir.e succès afin d'aboutir dans un atelier d'.Alexandrie. Tirer de la présence d'une rosette, ou d'une feuille d'acanthe, une conclusion en faveur d'un atelier et d'un pays ne peut se faire qu'à la condition d'ignorer ou d'oubUer l'éclectisme des anciens et la -méthode de formation des artisans. Ceux-ci, leur apprentissage terminé, commençaient leurs voyages, allaient apprendre la technique, le métier, le goût, la mode dans les grandes villes, dans les ateliers célèbres et rentraient chez eux bourrés de souvenirs, d'images et, on peut le croire, le portefeuille bourré de modèles. Il y avait aussi les échanges, l'exportation, les voyages qui transportaient les modes, les méthodes d'une province à l'autre; aussi faut-il se garder de localiser les styles à outrance, et quand on n'a pour déterminer la provenance d'une pièce qu'un détail sans conséquence, mieux vaut s'abstenir de lui constituer une origine quand même. Ce qui, dans cet ange du Musée Britannique, est tout à fait hors de contestation, c'est le témoignage qu'il rend de la vitalité du goût hellénique persistant intact à cette date tardive du iv« siècle où on pourrait craindre qu'il ne fût entièrement aboli.
.Alexandrie, il ne faut pas l'oublier, s'était trouvée de bonne heure, grâce à sa position géographique, un
Gôtiingische gelehrle Anzeigen, 1897, p. 352 ; O. Wulff, dans Deutsche Literatnrzeilung, 190G, col. 1408. — ' Riedin, dans Comptes rendus de la Soc. archéol. de la lîussie, 1S97, n. s., t. IX, p. 20], y voit l'apokombia, don présenté !^ l'éslise par un liaut lonctionnaire, comme un patricc, A son entrée en charge. — 'C'était probablement le consu/ Magnus (de 518).
DIPTYQUES (ARCHÉOLOGIE
des centres principaux de l'industrie de l'ivoire. Dans les ateliers de la grande cité, de nombreux artistes travaillaient la précieuse matière, et de bonne heure, s'était par eux introduit dans la sculpture chrétienne l'élément pittoresque hellénistique. Un des plus beaux témoins de cette influence adaptée aux récits évangéliques nous est olïert par cet admirable feuillet de diptyque de la collection Trivulzio, à Milan, chefd'œuvre de cette école. Certains détails iconographiques attestent avec certitude l'origine orientale de cet ouvrage. Mais, bien plus encore, la façon dont le" paysage est traité, le rapport des proportions entre les personnages et les édifices, les raccourcis hardis avec lesquels sont figurés les soldats, non pas endormis, mais brusquement réveillés devant le Saint-Sépulcre, la richesse élégante des portes sculptées devant lesquelles les saintes femmes s'entretiennent avec l'ange si beau, si jeune, si doux, en dénoncent la provenance alexandrine. Par ailleurs, l'élégance toute classique des figures, l'harmonieux arrangement des draperies, la linesse de l'exécution le rattachent, comme l'observe A'inalov, à « une école remarquable, pleine de vie, encore maîtresse de toutes les traditions du relief pittoresque. » Ce magnifique ouvrage ne peut être postérieur à la fin du iv« siècle, il se trouve ainsi contemporain de l'ange dont nous avons parlé et ces deux morceaux sont faits pour servir d'excuse à bien des pièces misérables qui encombrent l'archéologie chrétienne de ce temps.
La survivance de l'art classique se retrouve encore dans certains diptyques tels que 1' « Apothéose de Romulus », le diptyque de Sens figurant Diane et Bacchus, ouvrages du vi'' siècle mais reproduisant, ou pour mieux dire, copiant des sujets plus anciens et dont le caractère allégorique révèle l'origine alexandrine.
Nous allons énumérer, décrire et figurer tous les diptyques dont la connaissance importe à l'archéologie chrétienne. Une première section est composée des diptyques consulaires dont la série forme un jalonnement clironologique certain; les diptyques consulaires anonymes, moins nombreux, ne sont pas moins instructifs. Enfin viennent les diptyques de fonctionnaires dont la plupart ne comportent qu'une date approximative et encore avec un écart parfois considérable.
Une deuxième section comprend les diptyques chrétiens, soit par les sujets représentés, soit par la destination dont ils gardent les traces. Pour le rôle de ces monuments dans la liturgie, on voudra bien se reporter à la dissertation qui précède celle-ci.
Chaque monument est pourvu d'une bibliographie spéciale, néanmoins nous terminons notre travail par une bibliographie générale donnant les titres développés des principaux ouvrages relatifs aux diptyques.
Afin de faciliter l'usage et les citations qu'on pourra faire de notre travail, nous distribuons tous les monuments décrits ou simplement mentionnés sous une série unique de numéros d'ordre, imprimés en chiffres gras, sans préjudice du numéro de classement dans chaque série.