‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 228 sur 251 · DIVINATION — DIVISIONS ADMINISTRATIVES · texte numérisé non relu

DIVINATION — DIVISIONS ADMINISTRATIVES

dussent t'tre de tout point semblables ou de tout point différentes. Mais saint Augustin ne veut pas ainsi abandonner la partie, il se cramponne à Posidonius. Celuici prétendait que les jumeaux malades, s'ils n'étaient pas nés au même moment mathématique, avaient été conçus en même temps ; il expliquait ainsi les ressemblances dans la destinée des jumeaux par la simultanéité de conception et les dissemblances par la nonsimultanéité des naissances. Il se mettait dans un mauvais cas, et saint Augustin en prend à son aise sur celte conception simultanée qui produit des jumeaux de sexe opposé et des destinées contraires ; mais ces arguments passent à côté des astrologues assez avisés pour tirer un voile sur le mystère de la conception et se contenter de spéculer sur l'horoscope de la naissance '. On s'expUque à peine, aujourd'hui, ces interminables discussions dont le thème semble vain, m.iis la polémique va et vient, et les objets qui l'attirent de nos jours eussent peut-être paru fades aux hommes du v« siècle. Saint Augustin, dans son traité sur la divination, s'était montré indulgent aux sibyUes et leur accordait nang à côté et à la suite des prophètes. Même opinion en Egypte oi'i les épitaphes ne se comptent plus sur lesquelles on trouve la mention de ama sihijila (voir Diclionn., t. i, au mot Ama ; t. tu, au mot Copte, épigraphie), et elles prendront place encore parmi les prophètes dans les fresques de la chapelle Sixtine. Quant aux songes, il admet, ainsi qu'on l'avait fait avant lui, que c'est un procédé authentique des communications divines et il rapporte qu'une femme, nommée Innocentia, afTligée d'un cancer au sein, vient d'être avertie en songe de la façon dont elle doit se traiter pour obtenir sa guérison -. Il y a donc des songes divins distincts des songes diaboliques contre lesquels les chrétiens se mettent en garde par la prière : - Procul recédant somnia Et noctium phanlasmaia.

L'auteur chrétien du di.alogue intitulé Hermippus n'en proclame pas moins l'excellence et la valeur morale d'une science qui élève l'intelligence humaine vers les choses célestes, et présente l'apologie de la doctrine astrologique, dont le plus grand mérite, à l'en croire, est de nous apprendre que l'àme spirituelle échappe à l'influence matérielle des astres. Aussi prend-il grand soin d'en éliminer le fatalisme, fondé sur les astres causes et non signes. Il est partisan décidé du libre arbitre, ne soumettant à l'influence des astres que le corps et même avec cette réserve, prudente aussi, que l'échéance de la mort ne dépend pas uniquement des astres. Il n'admet pas non plus le sexe des signes du Zodiaque; bref, c'est de l'astrologie édulcorée '.

Dans nos contrées l'astrologie avait pris un développement considérable. La sévère répression ordonnée par les empereurs était demeurée vaine, les mœurs populaires recherchaient autant que jamais les consultations astrologiques, qui tendaient à devenir la forme courante et, pour ainsi dire, « portative » de la divination. Plus n'était besoin de cet appareil qui dénonçait le devin, le comproinettail, mettait sa vie en danger; la lecture et l'inlerprélation des astres, des conslellations, échappait aiséinentà la police, et pour être moins périlleuse, n'en était i)as moins fructueuse. Astrologue dut être quelque cliose d'analogue aux sorciers qui

' A. lîouché-l.cclcrcq, L'aslrnlogie grecque, p. f>21-t)22. — ' S. AiiKustin, De civilate Dei. I. XXII, c. vni, P. /.., t. xn, col. 700. — ' .\. Ilouché-L^'clercq, op. cit., p. 02-1, note 1. — • Ausonc, Parentalia, édit. Schcnkl, XV, vi; cf. XVI, xvii. — ' Ibid., XV, VI, vers 17. — • II. de La Ville de Mirmont, I.as roloqie chez les Galln-Iinnmins, dans la BibliolMqite dex universités du Midi, lillll, p. .')2. — ' lliid., p. ()2-l>!). — •Ibid., p. 69-105. — • CoJe Tlihulosicn, ]. XII, lit. i, lf.\

s'éternisent de nos jours dans les campagnes; la bonne aventure, les tarots, les recettes baroques, une poule ou une chèvre, autant de choses peu encombrantes, aisées à dissimuler ou à justifier. Le grand-père d'Ausone, Argicius, se Uvrait à la profession défendue en se cachant, dissimulanter'; il habitait Dax vers l'an 270 et tirait de son métier les ressources nécessaires pour élever sa famille. Le bonhomme n'était pas rassuré plus que de raison, parait-il. « Tu connaissais, écrit Ausone, les nombres célestes et les astres conscients de la destinée; mais tu pratiquais cette science en secret. La formule qui contenait le mystère de ma vie ne t'était pas inconnue. Tu l'avais inscrite sur des tablettes scellées et tu ne la révélas jamais. Mais la tendresse soucieuse d'une mère découvrit ce que cachait la soucieuse prudence d'un grand-père timide ^ »

Les œuvres d'Ausone montrent la place qu'occupe l'astrologie dans les préoccupations des Gallo-Romains. de son temps; on en peut dire autant du Querolus composé en Gaule aux environs de l'an 407 ''. Nous ne trouvons, au contraire, qu'assez peu d'allusions à l'astrologie dans ce qui nous reste des œuvres d'un autre Gallo-Romain, saint Paulin de Noie 'et chez ses compatriotes chrétiens ou païens, de la fui du iv siècle et du commencement du ve ». Mais la superstition astrologique couve sous la cendre et il ne faut pas remuer beaucoup celle-ci pour la trouver. C'est sous cet aspect que nous aurons à nous en occuper plus tard (voir Sortes SANCTORUM et SUPERSTITIONS).

H. Leclercq.

DIVISIONS ADMINISTRATIVES ET ECCLÉSIAS- TIQUES. Lue fois assuré le triomphe du christianisme par l'édit de 313, restait à régler l'attitude du clergé et des fidèles à l'égard des pratiques conservée» du culte provincial et municipal. Sans doute, les chrétiens n'avaient plus à craindre d'être obliges de participer à des rites incompatibles avec leur foi, cependant en qualité de sacerdoles provinciœ et de flamines municipales, ils étaient appelés à présider des jeux, dès lors cette charge devenait incompatilile avec leur foi religieuse. La question s'était évidemment posée, puisque, en 3,S5, Théodose statue qu'on ne doit pas forcer les chrétiens à accepter ces charges •. Tous, il est vrai,, ne partageaient pas ces scrupules, car le prestige et les avantages attachés à ces fonctions décidèrent bien des fidèles à s'en parer, surtout en Afrique'», mais ailleurs aussi, puisqu'une lettre du pape Innocent l", aux évêques du concile de Toulouse, parle des curiales, qui acceptent, après le baptême, la couronne sacerdotale, remplissent les fonctions de prêtres et célèbrent des. jeux pubUcs ". Il interdit de les recevoir dans le clergé.

L'Église voyait avec peine et méfiance toutes cessurvivances du culte païen, elle tenait à luarciucr non seulement l'éloigncmcnt, mais la séparation entre lui et elle, entre les représentants du culte impérial et les serviteurs du culte du Christ. On a pu se démander si, par une haliilc manœuvre, la hiérarchie catholiquen'avait pas adopté une organisation qui lui iicrinît de se substituer à la hiérarchie municipale et provinciale du culte impérial.

l.'allirmative a été soutenue par des raisons très spécieuses et il semblerait que ce fût i"! l'imitation de l'organisation du culte de Rome et d'Auguste que fut faite l'organisation chrétienne. « Dans l'organisation chrétienne du iv siècle, dit E. Desjardins, un évOque

112; Ilardouin, Conc. coll., i. i, p. 898, can. fiO et fil. — " Corp. iiisrr. lai., t. viii, n. HMH, un sacerdolalis chrétien; cf. De Hossi, Bull, di arcli. cris/., tSfiH, p. 31-1(1; de même, il y eut des Pnmines clirétîcns. Corp. l'user. Int., t. VIII, n. KKlfi; lieu, arcli., 187S, t. ii. p. 9; Ken. de pliilnlogie, 1879, p. .•}.•) (voir /)/((i..ri/i., nu mot I"i.\- MiNi:s). — " Unrdouin, Oinr. mil., I. i, p. 1021 ; Innocent 1", Episl., M, /'. /.., t. xx,it>l. r.i:..

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diocésain fut établi dans chaque cité où se trouvait un flamen Augusti, un archevêque métiopolitain dans chaque province poUtiqwe'. » Et G. Perrot: » Quand le christianisme triomphant se substitue au paganisme, il arrive naturellement que les provinces de la religion nouvelle ont les mêmes noms et les mêmes hmites que celles de la religion qu'elle remplace; l'archevêque, siégeant, lui aussi, à côté du gouverneur, dans le cheflieu de la province, parait succéder au grand-prêtre d'Auguste, comme les évêques sembleront prendre la place de ces grands-prêtres locaux du même culte que possédaient les principales villes de la province ^. o M. P. Monceaux ' adopte le même point de vue, tout en remarquant que l'organisation hiérarchique des ÈgUses d'Asie remonte assez haut avant le iv« siècle, puisqu'au m" et même au ii'', des conciles chrétiens furent tenus dans les endroits mêmes où se tenaient les Koiva. Saint Paul connaissait le Ko'.vjv, il n'y a pas à en douter, après son séjour de trois ans à Ephèse et ses relations avec les Asiarques. 11 établit Timothée à la tête des Églises d'Asie, comme l'Asiarque était à la tête du culte de Rome et d'Auguste dans la même province. En Asie, saint Jean est à la tête de toutes les Églises provinciales et il adresse son Uvre aux Églises qui sont dans les métropoles : Êphése, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, Laodicée, sièges du Ko'.vov, lieux où existent des temples de Rome et d'Auguste et des prêtres pro\inciaux. Les chrétiens cherchent à substituer l'évèque d'Ephèse au grandprêtre d'Asie; en effet, Polycrate convoquera les évêques de la province entière en concile. Et la hiérarchie chrétienne fait plus que de se modeler, elle se calque, elle se superpose à la hiérarchie païenne. Au-dessous de l'évèque d'Ephèse. des évêques iront prendre possession des Églises régionales : Epaphras gouvernera la Phrygie; Philippe à HiérapoUs, MéUton à Sardes, Polycarpe à Smyrne auront de vastes possessions et un monde de petits évêques, fort insignifiants pour la plupart, qui président dans chaque petite ville au culte chrétien comme leurs prédécesseurs païens présidaient aux cérémonies municipales. Afin que la ressemblance soit parfaite, les conciles s'assemblent, correspondent entre eux, les évêques illustres s'arrogent le droit de conseiller et de diriger d'autres Églises quelaleur, ce qui rappelle les assemblées et délégations des sacerdoces impériaux. Enfin l'analogie se continue au moment où la province proconsulaire d'Asie se divise. L'évèque d'Ephèse perd son autorité et il se crée des métropoles ecclésiastiques dans les métropoles civiles. Chaque cité a son â-'7/.o-o:, chaque métropole son i-iT/.o-o; [iT;Tpo-oÀ(Tr,; (plus tard à-y.E-iaxo-o;); enfin, à Alexandrie, à Antioche, à Constantinople se créent des patriarcats; à Césarée, à Héraclée, à Ephèse, des exarchats. Mais l'exarque d'Ephèse fut en butte à l'opposition des autres métropolitains de la province d'Asie. Le concile de Chalcédoine, en 451. lui enleva sa prérogative, et bientôt le patriarche de Constantinople devint le chef de toutes les Églises d'.\sie. Ephèse n'eut plus que le vain honneur de métropole. Cette dernière spoliation marque, pour M. Monceaux, la fin du Ko'.vov. Le dernier héritier de l'ipy.Epîj; 'A^ia; venait de se voir enlever ses privilèges au profit d'un évèque étranger à l'ancienne Asie proconsulaire *. Cette thèse, car c'en est une, a des côtés séduisants qui ne doivent pas être pris pour une démonstration. Une raison matérielle domine toute cette ressemblance si adroitement déduite; la configuration du sol. qui, avec les routes et les cours d'eaux, détermine des

• E. Desjardins, Giogr. de la Gaule romaine, t. m, p. 417, .'>24; A. de Barthélémy, Les assemblées nationales dans les Gaules, dans Beinicdes questions historiques, 1868, p. 42.— ' G. Perrot, Asiari:lia, dans Daremberg et Saglio, Dict. des antiq. gr. et rom., t. i, p. 4G8; Exploration archéologique de la

groupes naturels; une autre raison à peine moins décisive exerce aussi son influence : la distribution poUtique, qui a décidé l'étendue et l'importance des circonscriptions d'après les ressources géologiques, agricoles et industrielles. Il suit de là qu'une hiérarchie survenant dans un pays depuis longtemps organisé à raison de sa géographie naturelle et de sa géographie poUtique, devra s'adapter, elle s'adaptera instinctivement à diverses conditions essentielles au pays qu'elle occupe et prétend régir. Ce n'est pas dans une bourgade d'accès difficile, de ressources presque nulles, que l'idée pourra venir d'installer le chef de cette hiérarchie, mais dans une grande ville ayant ses communications rapides et assurées avec d'autres villes où iront s'étabUr ses subordonnés, et ainsi de proche en proche. Ainsi le réseau routier et fluvial commande, d'une part, les habitudes prises imposent, d'autre part, l'adoption d'une disposition qui n'est pas calquée sur une disposition antérieure, mais qui est obligatoirement imposée par la force des choses, les conditions de la vie et l'état de la civilisation. Si, une fois rendus chacun dans leurs villes provinciales, les chefs locaux ont à recourir à celui qui les y a envoyés et établis, s'ils ont à s'entendre entre eux afin d'assurer l'unité à leur Ugne de conduite et l'efficacité à leurs etlorts, ils prendront le chemin qui les conduit auprès du chef à tous, se grouperont autour de lui et délibéreront; et ils feront cela sans se préoccuper de savoir s'ils imitent les assemblées provinciales, mais ils le feront parce que le bon sens et l'intérêt leur commandent de le faire et ne leur permettent pas de ne pas le faire.

Si c'est dans la ville principale, ou du moins dans une des plus importantes de la province, que s'arrête et se fixe le fondateur du premier embryon hiérarchique, parce que dans cette ville il trouve les ressources pécuniaires très abondantes et le choix très large du personnel qu'il peut associer à son entreprise, il a tme autre raison de s'y établir. Là se trouvent les administrations civiles avec lesquelles il a des rapports nécessaires, bons ou tendus, peu importe; il lui faut fréquemment recourir à elles, traiter avec elles, sans intermédiaire comme sans délai. Qu'il y ait ou non un Ko'.vov 'Asii;, il peut l'ignorer ou du moins s'en préoccuper assez peu, mais qu'il y ait un personnage en mesure de répondre pour toute la hiérarchie chrétienne de la province, auquel l'administration puisse s'adresser, qu'elle puisse questionner, rendre responsable, voilà qui explique comment, avec ou sans Kov/dv 'Aï''i;. il faut que l'évèque d'Ephèse soit ce personnage en Asie, comme l'évèque de Cartilage en Afrique, comme l'évèque de Rome en Italie, grand personnage à coup sûr. en regard duquel l'évèque de Thyatire, celui de Hippo-Diairhytus ou celui de Ccntumcellse paraîtront de fort petits compagnons.

Les raisons géographiques qui avaient groupé les cités pour rendre un culte commun à Auguste et les avait portées à établir le centre de ce culte, soit dans la capitale de la province, soit en un point où convergeaient plusieurs provinces voisines, soit, comme en Asie, dans un certain nombre de villes rivales en grandeur, devaient grouper ensemble les évêques des petites cités de la province, et. par conséquent, l'évèque du chef-Ueu devait acquérir peu à peu une juridiction plus étendue.

Si l'on se reporte audébut de l'évangélisation. on voit les apôtres, juifs de nation, se dirigeant vers les villes où ils savent rencontrer des compatriotes. Avant les désillusions que leur ménage l'obstination de ceux-ci,

Gataiie, in-fol., Paris, 1862, p. 200. — ' P. Monceaux, De rommuni Asiœ provinciœ, in-S», Parisiis, 1885, p. 117 sq. — * E. Bcurlicr, Le culte impérial, son histoire et son organisation depuis Auguste jusqu'à Justinien, in-S», Paris, 1891,. p. 304.

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ils ne doutent pas que les synagogues ne deviennent les foyers de la foi nouvelle, dont le rayonnement s'étendra jusqu'aux païens. Ces synagogues, ils les trouvent dans toutes les villes de la Diaspora, où l'esprit mercantile des juifs a établi ses comptoirs; or ce ne sont pas dans les bourgades, mais dans les grandes villes : Êphèse, Alexandrie, Antioclie, Rome, Corinthe, métropoles de provinces. Les prédicateurs arrivent, s'installent, commencent à prêcher; la contradiction ne les ménage pas, mais ils ont pu presque partout former un petit groupe, au sein duquel ils s'attardent un peu, comprenant qu'après leur départ ces fidèles seront sans force, sans guide, tracassés, persécutés, et même l'heure venue du départ, ils installent à leur place un chef, un évèque. Celui-ci pas plus que le noyau qui l'entoure n'ont garde d'oublier que leur communauté naissante est due à la sollicitude d'un apôtre; c'est une gloire et une consécration inoubliables, la promesse d'une grandeur et d'une dignité durables, l'attrait qui amène des bienfaiteurs et des fidèles eu grand nomlire. Ainsi signalé, riche en ressources d'iiommes et d'argent, le centre cède bientôt à la généreuse passion du christianisme, il envoie des missionnaires dans les cités voisines et de proche en proche.

Ces cités évangélisées, soutenues des secours spirituels et souvent aussi des secours temporels de l'Eghse fondatrice, ont pour celle-ci un respect très grand, une reconnaissance sincère et une admiration éblouie. Elles sont, à leur égard, comme des colonies à l'égard de leurs métropoles et les considèrent toujours comme les dépositaires des traditions apostoliques. Avant et par-dessous la hiérarchie officielle existe donc une hiérarchie sentimentale, fondée sur la reconnaissance et le respect. Nous avons donc, pour expliquer la préséance de ces Églises sur les autres Églises de leur voisinage, une raison tout autre que l'imitation d'une hiérarchie païenne 911/ n'existait pas à l'époque oCi ces Églises furent fondées.

A l'époque apostolique, nous pouvons voir se former la hiérarchie chrétienne. Les apôtres exercent sur toutes les Églises une juridiction générale. Saint Pierre écrit aux fidèles du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l'Asie et de la Bithynie '. Saint Paul écrit de même aux Romains, aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, aux Thessaloniciens et s'adresse par lui-même à tous les fidèles d'Achaïe - et de Macédoine ".

De même, les prédicateurs envoyés directement par les apôtres ont une juridiction surles Églises qu'ils fondent : saint Tite en Crète S saint Marc sur les Églises d'Egypte '. L'apôtre saint Jean, pendant toute la durée de sa vie, fut le chef de l'Église d'Asie, et c'était à son titre personnel, non à sa résidence d'Èphèse, qu'il devait sa juridiction.

A l'époque suivante, la prépondérance est encore la suite d'une autorité personnelle. Saint Ignace, évèque d'Antiochc, saint Polycarpe, de Smyrne, sont les disciples des apôtres. Le premier écrit aux Églises d'Ephèse, de Magnésie, de Méandre, de Tralles, de Philadelphie, de Smyrne °; le second écrit aux Philippiens et c'est lui que les païens appellent le « docteur de l'Asie », le père des chrétierxi '. Saint Denys de Corinthe exerce de même une grande influence sur ses contemporains; non seulement il s'occupe de son Église, mais encore il écrit à l'Église de Nicomédie, à l'Église de

' Pierre, I Petr., i. — > II Cor., i, 1. — MI Thcss., iv, 10. — 'Tit., I, 5. — ' Eusèbc, //is(. eccMs., I. II,c. xvi, P. C. t. XX, col. 175. — • Ibiil.. 1. III, c. xxxvi, col. 288. — ' Ibid., 1. IV, c. XIV, col. 337. — ■ Ibid., I. IV, c. xxiii, col. 384. — • Ibid., 1. V, c. xxm, xxv; cf. I. IV, c. xxiii, col. l'Jl.— "Ibid., 1. IV, c. xxiv, col. 38'J. — " llnd., 1. Vil,

Gortyne et aux autres Églises de Crète, à l'Église d'Amastris et aux autres Églises du Pont, à l'Église de Gnosse comme à l'Église de Lacédémone '. Mais tout ceci n'était pas une juridiction proprement dite. Avec l'homme disparaissait l'influence.

Si un respect particuUer s'attachait à Jérusalem, à Césarée de Palestine, à Antioche, en raison de leur fondation apostolique, ce respect n'emportait pour ces divers sièges aucune prépondérance de fait. Jamais Ephèse ou Smyrne ne furent considérées comme des Églises supérieures aux autres. On le voit dans les premiers conciles réunis à l'occasion de la question de la Pàque. Rome, d'une part, et la presque unanimité avec elle, l'Asie, d'autre part, se départageaient les observances. Pour venir à bout du litige, on réunit des conciles. Celui de Palestine fut présidé par les évèques de Césarée et de Jérusalem, et dans la liste des assistants figurent les évèques de Tyr et de Ptolémaïs, appartenant à la province de Syrie \ Le concile du Pont fut présidé par Palma, évèque d'Amastris. Nous voyons par le texte d'Eusèbe que le titre à la présidence n'est pas conféré à tel ou tel parce qu'il est métropolitain; l'évêque d'Amastris préside à titre d'ancienneté. Dans l'assemblée des évoques d'Asie, c'est Poly crate d'Ephèse qui préside '".

Au m" siècle, nous voyons réunis, dans un concile tenu à Iconium, des évèques de Galatie et de CiUcie, auxquels se joint probablement Firmilien, de Césarée de Cappadoce". En 2.51, un synode se réunit à Antioche contre les novatiens; Helenus, évèque de Tarse, préside, et autour de lui siègent Firmilien de Césarée de Cappadoce, Théoctiste de Césarée de Palestine, Denj-s d'Alexandrie '^ Entre 264 et 269, plusieurs conciles sont réunis à Antioche contre Paul de Samosate et, parmi les évèques signataires île la lettre synodale adressée en 269 au pape Denys. on lit les noms de Helenus, de Tarse en Cilicie; d'Hymenseus, de Jérusalem; de Théotecne, de Césarée de Palestine; de Maxime, de Bostre en Arabie; de Nicomas,d' Iconium en Phrygie. C'est l'évêque de Tarse qui préside, et les membres du concile appartiennent à des provinces séparées l'une de l'autre au point de vue civil : le Pont Polémoniaquc, la Lycaonie, l'Arabie, la Palestine. On avait aussi convoqué Denys d'Alexandrie, qui s'excusa sur son grand âge, et Firmilien, de Césarée en Cappadoce, qui mourut en chemin '". Ainsi, un évèque de CiUcie préside, à Antioche, un concile où sont convoqués des évèques de toutes les provinces voisines.

De son côté, Antioche fait acte de juridiction en dehors de la province de Syrie; Sérapion intervient à Rhossos, évêché de Cilicie, pour ramener à la vraie foi les hérétiques de cette ville '*, et, d'après les traditions de l'Église d'Edesse, c'est lui qui ordonne Palout, troisième évèque de cette ville ".

En 314, au concile tenu à Ancyre en Gal.itie, la présidence appartient à l'évêque d'Antiochc de Syrie et avec lui siègent les évèques de Césarée de Palestine, d' Ancyre de Galatie, de Tarse en Cihcie, d'Amaris dans le Pont, de Juliopolis en Galatie, de Nicomédie en Hilhynie, de Zéla dans la Grande-Arménie, d'iconium en Lycaonie, de Laodicèe en Phrygie, d'Antiochc en Piside, de Perge en Pampbyhe, de Néronias en CiUcie, de Césarée en Cappadoce, de Néo-Césaréc dans le Pont Polémoniaquc, d'Epiphanie en Cilicie, de Gennanicie en Cœlésyric, de Ncapolis en Palestine. En un mot,

c. vii; S. Cypricn (édit. Hnrtel), Ep/.fl., Lxxv, 7. Iconium et la Lycaonie sont alors rattachées ù la Cilicie; et. Huit, de corrcip. hellénique, 1883, p. 290; 1887, p. 351. — " Kusèbc, IIi.1l. eccUs., I. VI, c. xi,vi, P. G., t. xx, col. 633. — '• Ibid., 1. VII, c. xxvii-xxx, col. 705. — " Ibid., I. VI, c. xii, col. 514. — '* Tixeront, Les origines de V Église d' Édcssc, p. 1 10.

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presque toutes les provinces d'Orient sont représentées, excepte l'Asie .Mineure proprement dite '.

Nous retrouvons l'évèque d'Antioclie présidant la même année le concile de Néo-Césarée en Cappadoce. entouré des cvéques de Néapolis en Palestine, de Cinne et de Tabia en Galatie, d'Apamée en Ctelésyrie, de Zélon et d'Amasis dans l'Hellespont, de Césarée en Cappadoce, d'Epiphanie et de Tarse en Cilicie, d'une ville inconnue dans le Pont Polémoniaque, de Larisse dans la Syrie seconde, de Néo-Césarée en Cilicie -.

En Egypte, la prépondérance appartient sans contestation à Alexandrie, dont le siège épiscopal se réclame d'un fondateur disciple des apôtres, l'évangéliste saint Marc, qui, par lui-même ou par ses successeurs, a converti le pays par l'envoi des missionnaires qui ont remonté le Nil et gagné les villes de proche en proche. Loin de chercher à s'allranchir de leur dépendance, les évèchés s'honorent de cette dépendance qui les rattache au siège fameux, et s'il arrive que des évèchés dépendent d'une autre province civile, ils n'en ont cure au point de vue ecclésiastique et se réclament d'Alexandrie '. C'est le cas pour le groupe des évêques de la Pentapole libyenne, qui sont delà province civile de Crète et, cependant, soumis à la juridiction de l'évèque d'Alexandrie. Là, comme en Orient, fait remarquer E. Beurlier, le groupe s'était naturellement formé de tous les pays ou se trouvaient des juifs en relations avec les juifs d'Alexandrie et soumis comme eux à l'ethnarque de cette ville, et l'on ne s'était préoccupé en rien des circonscriptions civiles, à plus forte raison des circonscriptions du culte de Rome et d'Auguste.

En Afrique, l'évèque de Carthage ne jouit jamais du titre de métropolitain, mais de primai, qu'il porte en commun avec tout évèque d'une des provinces séparées. Lorsque ceux-ci se réunissent, le plus ancien par l'ordination est qualifié episcopus primse sedis, senex ou primas. Lorsqu'il s'agit d'une réunion des évêques des diverses provinces d'Afrique, la présidence appartient de droit à l'évèque de Carthage. Entre 218 et 222, un concile d'évèques de la Proconsulaire et de la Xumidie s'assemble à Carthage : il est présidé par .\grippinus, évèque de cette ville*; de même pour les conciles de Lambèse en Numidie ^ et de Carthage, sous saint Cyprien»', qui comptent des évêques de la Proconsulaire, de la Numidie et des Maurétanies. Ainsi, en .\frique, l'unité subsiste malaré la division provinciale du culte des empereurs et l'évèque du lieu où se célèbre ce culte n'est pas l'évèque de la capitale de la province. La primatie est attachée à la personne et non au siège.

En Gaule, on ne trouve aucune trace de la prépondérance d'un siège quelconque avant le iv« siècle. Si, à la fin du ii'= siècle, saint Irénée préside le concile réuni à l'occasion de la Pàque dans l'Église des Gaules, il le doit à son mérite, à sa science, à son titre de disciple de saint Poly carpe, qui le rattache aux apôtres; mais dans la lettre écrite par les Églises de Vienne et de Lyon au sujet des martyrs de l'année 177, à Lyon, Vienne est mentionnée en première ligne, et, des deux Églises unies ensemble, l'une est située dans la Lyonnaise, l'autre dans la Narbonnaise, c'est-à-dire appartiennent à deux groupes différents du culte de Rome et d'Auguste. Ici encore les convenances géographiques et les facilités de relations l'emportent sur la division civile.

Vers l'an 300, se tient en Espagne le célèbre concile d'Elvire (Grenade) en Bétique. Le président est l'évèque d'Acci en Tarraconaise, et, auprès de lui, siègent les évêques de Cordoue, de Séville, de Tacci, de Gre-

• llardonin, Conc. coll., t. i, p. 279. — = Hardouin, op. cit., t. I, p. 286. — ' Ibid., t. I, p. 286. — • S. Cypricn, EpisL. Lxxi, 4; Lxxiii, 1, P. L., t. IV, col. 408. — ' Ibid.. Lxix, 10,

nade, de Malaca, en Bétique, de Bigerra, de Castulo, de Mentesa, de Saragosse, de Léon, de Tolède, de Salaria, d'Eliocroca, de Basla et d'I'rci en Tarraconaise, de Mérida et d'Ossobona en Lusitanie, enfin l'évèque de l'ile de Corse. Il est diflicile de voir dans une pareille assemblée rien qui rappelle l'organisation des concilia d'Espagne, et si l'évèque d'Acci préside, ce ne peut être pour une autre raison que l'ancienneté de sa nomination épiscopale '.

Les évêques de Sicile, qui formaient cependant une province à part, et ceux des iles se rattachent à l'Italie, et le siège de Rome exerce sur eux une prééminence indiscutée. En 251, le pape Corneille les convoque au synode de soixante évêques réunis contre les novatiens.

On le voit, pendant la période antérieure à la paix de l'Église, les évêques n'ont nul souci d'imiter ce qui existe dans l'empire, pas plus d'ailleurs que d'innover; une pensée traditionnelle inspire et règle toute la conduite : la prééminence qui s'attache à des personnalités marquantes. Après l'édit de Milan, la conversion ofTicielle entraîne et impose la création de nombreux évèchés, il faut créer des centres nouveaux. Quelle \i]le choisir, sinon celle qui est déjà la métropole civile, qui offre le plus de ressources et le plus de garanties. C'est cette règle qu'on suit, au moins d'une manière générale, d'abord dans les pays plus pénétrés par la prédication, ensuite dans les autres. La première trace de l'institution ofTicielle des métropohtains se rencontre dès le concile de Nicée (325). Le quatrième canon règle que la conlirmation des élections épiscopales, dans chaque province, sera faite par le métropolitain *. Les provinces en question sont les provinces civiles et les métropolitains sont les évêques des chefs- Ueux de ces provinces.

En 341, le concile d'Antioche, qui réunit de nombreux évêques du diocèse civil d'Orient, de Thrace et de Cappadoce, s'exprime en ces termes : ' De toute» parts, on vient à la métropole pour les affaires. Aussi le métropolitain doit-il avoir le premier rang pour les honneurs, et, suivant la règle établie par les Pères, les évêques doivent le consulter dans les affaires qui ne regardent pas le gouvernement direct de leur diocèse '. <■ C'est donc une raison de commodité qui a fait donner à l'évèque de la métropole une juridiction sur les autres. Placé près du gouverneur, il pourra rendre service â ses collègues dans leurs relations avec le gouvernement civil, et les voyages à la métropole sont à la fois plus faciles et plus nombreux qu'ailleurs. Quel rapport une pareille organisation a-t-elle avec le culte de Rome et d'Auguste " '?

L'Occident a procédé de même, mais beaucoup plus tard. En 314, au concile d'.\rles, nous constatons la présence d'évèques des provinces italiennes de Sicile, de Campante, d'Apulie et de Transpadane; de la Dalmatic, de la Viennoise, des Lyonnaises, de la Belgique, des Aquitaines, de la Bretagne, de l'Espagne, de l'Afrique, de la Sardaigne et tous sont présidés par l'évèque d'.^rles. C'est un concile du patriarcat d'Occident.

Bientôt et pendant quelque temps, le siège de Milan attire à lui toute prééminence, les conciles s'y succèdent en 345, 347, 355, 388, 381, 390, 451; c'est en même temps la résidence impériale : mais à partir d'Honorius et Arcadius, Milan décline et les papes favorisent les sièges d'.\quilée et de Havenne, en même temps ils créent le vicariat ai>ostolique d'.Arles. Celte ville, située entre la Gaule, l'Espagne et l'Italie, glorifiée et illustrée par Constantin, était admirablement placée pour tenir un grand rôle; elle attirait naturellement dans ses palais et ses vastes édifices les hauts

col. 400. — • Ibid., XLiii; LV, 4: Lvi, 64; Lxvii, Lxx, Lxxi, Lxxii. — ' Hardouin, op. cit., t. i, p. 247. — • Ibid., t. i, p. 325. — • Ibid., t. I, p. 325. — " E. IBeurlicr, op. cil,, p. 31S.

DICT. D ARCH. CHRET,

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