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DOBROGEA
à I époque romaine
Légende
Villes antiques •
Routes antiques
Etapes ' I
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Echelle I
3793— CARTt: DE LA DoBKOCiKA
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DOBROGEA
II. Orographie. — Ce sont des petites collines (jui forcent le Danube à se recourber vers le nord avant de continuer son chemin vers l'est pour se jeter dans la mer. Les dénominations de ces monticules sont pour la plupart turques. Leurs points culminants varient entre 100 et 200 mètres ; ils sont inclinés plus rapidement vers le Danube et se perdent lentement vers la plaine bordée par la mer. Une multitude de petits ruisseaux sillonnent ces proéminences en se versant dans les nombreuses bifurcations du Danube. En été, l'eau tarit et l'on n'en voit que le lit couvert de sables et de cailloux. Ces collines n'ont du reste aucune influence météorologique; elles n'ont servi, dans le cours des siècles, que de points d'appui stratégiques, dont les Romains ont su se servir à merveille pour établir leurs bourgades et dominer la région inondée par les barbares dès le i!" siècle.
Cependant, au nord de la voie ferrée qui unit le Da- •nube à la mer, de Cernavoda à Constantza, le massif rocheux devient plus important et se ramifie en plusieurs chaînes de montagnes qui se dirigent du Danube vers la mer, parallèlement au bras Saint-Georges. C'est du côté de Macin, l'ancien Arnibium, que se trouvent les nœuds ipsométriques du massif. Le sommet Prifopan, de 275 mètres, domine le coude que forme ici le Danube et il suflit de l'occuper pour empêcher toute navigation sur le fleuve, L'n peu plus au midi, les Romains avaient établi un camp formidable, abritant parfois jusqu'à deux légions, le fort de Troesmis (Iglitza), situé aux bords du Danube et à proximité immédiate <les deux sommets les plus importants de la Dobrogea : ■celui de Greci, de 126 mètres, et celui de lacobdeal, de 336 mètres. Le rôle que jouait Trcesmis, avant l'inflexion du Danube, était réservé ensuite à Novindunum (Isaccea), fort situé à 197 mètres de hauteur et centre d'une chaîne de montagnes qui s'élèvent à plus de .'iOO mètres. Une vallée bordée de hauteurs variant jusqu'à 200 mètres part de Isaccea pour se réunir au ruisseau Telitza qui verse ses eaux dans le lac de Babadag. Cette circonstance a déterminé M. D. Jonesco il admettre l'hypothèse d'un bras ancien du Danube sur ce trajet, hypothèse qui expliquerait plusieurs données géographiques et historiques dont il sera question plus loin'.
Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, l'époque de la migration des peuples n'a vu la bifurcation du Danube que bien plus bas. Le bras supérieur, celui de Kilia, peu pratiquable, pouvait être négligé. L'autre, plus large et plus profond, se fraya un passage au pied d'une colline haute jusqu'à 20.") mètres. Des deux cotés de ce sommet nous rencontrons deux forts anciens, dont on ignore le nom antique, à l'ouest JEgiissus (Tulcea), à l'est Preslava. Plus loin, sur le même bras, le regard est attiré par un groupe de cinq mamelons connus sous le nom turc de Bèche-Tcpe. Leur hauteur varie entre ISO et 242 mètres. Sur leur penchant, au voisinage de Mahmudia, se trouvait le camp de Salsovia. La chaîne se termine par la colline Morughiol, de 41 mètres; c'est là qu'il faut chercher probablement la ville de Ad Sloma, située à une ancienne embouchure du bras Saint-Georges dans la mer.
.\près avoir fait ainsi le contour du Danube, il nous faut encore étudier les montagnes cpji s'avancent vers le centre de la Dobrogea supérieure. Contrairement aux chaînes périphériques, ces montagnes sont couvertes d'une végétation plus abondante et portent en partie même des forêts de chênes, de tilleuls et de hêtres peu <léveloppées. Nous suivons d'abord les hauteurs qui
' .Ionesco, Dona problème geographice, Bucarest, 1910, "P. 25 et la carte annexée à son ouvrage. — ■ ^ V. Prirvan, <^elatea ÏUmetum. Descoperîrile primei campanii de sàitàtiiri. Extrait àùs Annales de V Académie roumaine, Bucarest,
partent des environs d' Isaccea en formant le plateau du Nicolitzel, haut de .300 mètres, où l'on trouve les ruines anciennes, l'n chemin, allant directement du nord au sud, laisse à sa gauche le sommet de .Meidankioï, haut de 241 mètres, pour aboutir à Orlakioï, autre ancien emplacement, dominé par les hauteurs de Daucea, de 285 mètres. Plus on avance vers le midi, plus le terrain devient accidenté. En allant par la vallée de la Telisza à Babadag, une des principales villes de la Dobrogea moderne, on passe entre le sommet Denis-Tepe.de 266 mètres.et les hauteurs de .Jidiin et de Ciucurova, de 342 et 371 mètres. C'est à l'extrême ramification de ces derniers que se trouve le village de Kizilassar, que Pàrvan - incline à identifier avec l'ancienne Ibida. Au delà du ruisseau qui y passe, s'étend à une longueur de 7 kilomètres le montTestemel, dont le point culminant de 316 mètres domine la commune de Ciamurli, bourgade ancienne dont on ignore le nom. Un autre plateau parallèle s'avance vers le lac Sinoë et se termine par la pointe Kaïdin (152 mètres), où se trouvait la grande ville de Histria, Islros ou Islropolis. En descendant enfin le long de la mer, on ne trouve plus que de petites proéminences d'une hauteur moindre que 100 mètres, mais toujours utilisées pour la défense des places situées à leur pied.
III. HYDBOcnAPinE. — Le delta du Danube occupe la surface considérable de 3 300 kilomètres. C'est un terrain marécageux, exposé aux inondations annuelles et ne renfermant que des villages de pêcheurs. Anciennement le delta était beaucoup plus réduit, mais au temps d'Hérodote, il était formé de cinq embouchures. Nous en avons mentionné une, la première au sud, qui se versait dans le lac de Babadag, en communication avec la mer par le lac rîazelm. Une deuxième pourrait avoir suivi une série de marais situés au voisinage de Tulcea. Les trois autres sont celles de nos jours. Ptolémée est plus explicite pour le delta, qui, pendant les six siècles écoulés depuis, avait conquis sur la mer du terrain et s'était épanoui en sept bouches, dont le célèbre géographe nous indique aussi les dista,nces : iJ/iXov oTo'[ia ('/), jjope'.ov «jTOjjLa, '|£u5o aTo'aa, zaXov !JTO[jia, îvapiziov ('.') <7TO[j.a, ÎEpov aTOaa ou nEÙXT). La première était formée par le bras Kilia, la deuxième est tout à fait problématique, la troisième a été mentionnée plus haut, la quatrième et la cinquième étaient une bifurcation du bras de Sulina près du lac Obrelin, la sixième était celle du bras Saint-Georges et la dernière celle dont nous avons parlé plus haut et qui se versait dans le lac de Babadag \
Si donc, au nord de la jjrovince, il y a abondance d'eau, il n'en est pas ainsi pour le reste de la Dobrogea. .\ucun des cours d'eau ne mérite le nom de rivière; ce sont simplement des ruisseaux, qui, en partie, se versent dans les nombreux lacs intérieurs. Nous signalerons seulement ceux qui ont déterminé l'établissement des anciennes communes. Ce sont d'abord la Telitza et la Taïtza, tributaires du lac de Babadag, et sur lesquelles sont situées les localités Nicolitzel, Ta'itza et Ortakioï, dont on ignore les noms anciens. Puis la Slava, qui, à sa partie inférieure, forme un grand étang entre les lacs Sinoë et Smeica. Elle passe par Ciamurli et Kizilassar (Ibida), où l'on trouve des emplacements anciens. Plus bas il y a le Tachaul, qui se verse dans le lac du même nom. Uimctiim, le grand centre romain, est situé sur ses bords, ainsi que d'autres localités où l'on constate des traces romaines. La Dobrogea méridionale est presque complètement dépoi;rvue d'eau, même à l'ouest, où le terrain est assez accidenté. Ce
1912, p. (578) 82, note 3. — ' Toutecttcc partie de géographie physique de la Dobrogea est tirée du grand -ouvrage dp JI. D. Jonesco, Dona qrobleme geographice, cité plus haut.
DOBROGEA
n'est qu'au voisinage des grandes forêts de la Bulgarie — que les Turcs appellent Deli-Orman, forêt folle — que plusieurs ruisseaux se dégagent des montagnes pour donner à ces contrées une fertilité inconnue dans le reste de la province.
IV. Emplacements et voies de commx'nication. — C'est moins la physique du sol que sa position géographique qui a fait de la Dobrogea en tous temps une région convoitée par quiconque avait des intérêts en Orient. Le Danube pouvant être facilement franchi avant son développement en delta, la Dobrogea offrait le chemin le plus court du nord aux provinces balUaniques bien connues déjà au temps des Thraces et très llorissantes à l'époque de l'hellénisme. Fn outre, le littoral occidental de la mer Noire était tout indiqué pour des emporta, d'où les marchandises provenant de l'Orient pouvaient avec une grande célérité être transportées en Occident.' Dès lors non seulement les bords du Danube et de la mer, mais aussi le centre, virent surgir des villes et des villages aux endroits favorisés par la nature et réclamés pour les étapes de commerce.
Les premiers habitants du pays dont fasse mention l'histoire étaient les Thraces, ou plus précisément la tribu des Gctes. Ils ont laissé des vestiges à Tomi sur la mer, à Urlukioï sur le lac Tekirghiol, à Trœsmis sur le Danube. Leur centre paraît avoir été entre Ulmelnm et Civilas Aasdec, car on a trouvé des débris thraces dans toute cette région, à Caramurat, à Alacapu, à Besiul, à Azarlic, à Adamclisi, à Baccuius, à Calakioï. On connaît même deux villes thraces situées sur le Danube : Sucidava et Capidava.
Cependant l'importance du littoral ne put échapper aux Grecs, les navigateurs par excellence parmi les peuples anciens de l'Orient. Les Milésiens s'emparèrent bientôt de la côte et ils y fondèrent des entrepôts à Odessos (Varna), Diomjsopolis (Balcil;), Callaiis (Mangalia), Tomi (Constantza), Istropolis, Olbia, etc. En Dobrogea, c'est la moitié méridionale tout entière, aux rives du Danube, aux côtes de la mer, et au centre de la province, qui nous a conservé les traces profondes de la colonisation grecque. Quoique nous n'ayons pas jusqu'ici un ouvrage spécial pour séparer, dans toutes ces localités, les vestiges des Grecs anciens d'avec ceux des Byzantins, néanmoins l'histoire mentionne plusieurs villes fondées par les Grecs. Nous en avons cité les principales situées sur la mer. Sur le Danube on connaît : AxiopoUs, Carshim. dus, Berne, Trœsmis. Quant à celles de l'intérieur, les inscriptions qu'on y trouve nous révèlent non seulement l'existence des Thraces grécisés, mais encore une grande influence de la civilisation hellénique. C'était là que se rencontrait le monde romain avec le monde grec. Cette remarque est des plus importantes pour expliquer la rapidité avec laquelle la religion chrétienne s'est répandue dans ce pays.
Quelque importante que fût la Dol)rogea pour le commerce grec, la province ne dut sa colonisation intense qu'au peuple romain. Les raisons qui ont déterminé les Romains à une politique d'expansion pour ainsi dire illimitée ne les arrêtèrent point à lapéninsule balkanique. Le manque de frontières naturelles vers la Dobrogea. d'une part, l'importance commerciale de ces parages, d'autre part, les tentèrent trop fort pour qu'ils ne missent pas la main dessiis. C'est pourcpioi nous les voyons déjà maîtres du pays vers l'an 70 avant l'ère chrétienne. Pendant la guerre civile, les Thraces ont repris leur indépendance; mais en '29 av. J.-C, Crassus
' Tout ce chapitre repose sur 1,1 carte cl-jointc de M. P.lrvan, qui l'a composée à l'aide des matériaux pour la phiparl Inédits conservés au musée arcliéoloKiquc de lîucarcst, dont il est directeur. — ' P. C, t. cxx, col. 2'21. — ' Cf. sur celle question l'étude de C. Aunvr, Prédicat, u un aposlol inlionuh
reconquit la Mésie inférieure, dont faisait partie aussi la Dobrogea, et dix-huit ans plus tard, elle fut proclamée province de l'empire. La colonisation romaine s'imposait d'autant plus qu'il fallait créer une barrière entre les Daces et les Thraces, afin d'affaiblir ces ennemis devenus plus d'une fois redoutables aux armées impériales. Lorsque Trajan réussit enfin (101-106) à briser leur puissance en Dacie, la Dobrogea augmenta d'importance comme passage à la mer. Mais ce qui détermina les Romains avant tout à y prendre pied sfdidement, c'est l'avalanche de barbares qui, à partir du ii' siècle, envahirent l'empire et forcèrent le passage de la Dobrogea pour entrer dans les provinces orientales de l'empire. 11 fallait donc fortifier cette contrée par des travaux de génie miUtaire et par une population résistante. C'est alors que la Dobrogea fut couverte d'un réseau de chemins qui unissaient les nombreux eiuplacements avec une densité rare partout ailleurs. Le christianisme trouva la province dans cet état quand U y fit son apparition.
Le carrefour principal du réseau des chemins était à Ulmetum. La chaussée impériale, venant de Marcianopolis par Abrittus, Civitas Ausdec (?), Tropa;um Trajani, y passait pour se rendre par Ibida (?) à Novioduniim. Une autre voie presque parallèle longeait le Danube en passant par Durostornm, S. Cyrilliis, AxiopoUs, Capidava, Carsium, dus, Beroë, Trœsmis. Arnibium, Dinogclia, aboutissant elle aussi à !\'oi'iodunum. Une troisième chaussée unissait les ports de mer Odessus, Dioniisopolis, Callaiis, Tomi, Il istria pour rejoindre ensuite le Danube par Halmyris, Salsnvia, ^Egyssus et Noviodimum. Des routes transversales assuraient la communication entre ces emplacements et beaucoup d'autres encore, dont on ignore les noms anciens, mais qui trahissent leur origine romaine par de nombreuses ruines '. Nous reproduisons ici la carte excellente des routes par M. Pàrvan (fig. 37931,
^'. Introduction nu ciiristi.\nisme. — Le ménologe de l'empereur Basile et les synaxaires de l'Église de Constantinople font faire à l'apôtre saint André le tour de la mer Noire. Leur source est une biographie de l'apôtre écrite par le moine Épiphane ' vers 780, ainsi que quelques passages attribués par ce moine à saint Épiphane et à deux autres écrivains connus sous le nom de pseudo-Dorothée (Sl.'i) et pseudo-Sophrone (vn= siècle), célèbres pour avoir voulu f.aire de Staehys, disciple de saint André, le fondateur de l'Église de Byzance. Si l'on peut ajouter foi à ce que nous racontent ces sources concernant la Scythie, elles ne feraient que commenter le texte connu d'Eusèbe, d'après lequel saint André a été désigné parle sort pour prêcher l'E.vangilc en Scythie. Or l'accès le plus facile pour s'y rendre était par la Scythie mineure, la Dobrogea. Par conséquent on peut admettre que l'apôtre ait visite les villes du littoral, notamment Tomi. Mais en définitive on n'en a aucune preuve historique précise '.
Quoi qu'il en soit, on ne constate positivement des chrétiens en Dobrogea qu'à la fin du m' siècle. Ce sont les actes des martyrs qui forment à ce sujet une source historique des plus autorisées. Il s'agit du martyrologe hiéronymien qui, d'après une étude de M. L. Duchesnc *, contient des éléments du martyrologe perdu d'Eusèbe. Nous avons donc affaire avec le témoignage d'un contemporain et ainsi les noms des martyrs de la Dobrogea, saut les erreurs invérifiables ducs aux copistes, reposent sur des faits dûment constatés '. Suivant ces actes, on trouve dans la Dobrogea vers 319 des
nia, dans Penitia cnlnlicn, Hucarost, 1012, p. '10 sq.. — * !.. Duchesnc, ]\/ar(|)ni/ii(/iiini lllrroniimiiniiiiii, dans les .4r/(i Sdnclonim, liruxcllcs, IS'.ll.nov. t. ii, 1" part. — ' C'.t. lùdcssus encore une étude de C. Anncr, Miirliriid olirngeni. dans rtcnista cutoliat, IJucarcst, 1912, p, 277 sq.
DOBROGF.A
chrétiens à Tomi, à Noviodiwum, à Axiopolis et à Duroslorum. Si l'on peut ajouter foi aux actes des saints Epictet et Astion, publiés ' d'après un seul manuscrit du xv« siècle, on trouve un centre chrétien encore plus ancien dans la ville de Halmyris (située alors sur le Danube), car lesdits martyrs ont soudert sous Dioclélien vers 290. Les inscriptions, la plupart plus tardives, n'ajoutent aux localités citées que Callalis, IJlmelum et Tropseum Trajoni. Des ruines de basiliques et de cryptes, des débris sculpturaux, des phylactères et autres menus sujets démontrent encore re>dstence de communautés chrétiennes à Hislria et à Trcesmis.
11 est \Tal que, faute d'un plan bien arrêté, les fouilles ont été faites au hasard et sans procédés scientifiques. 11 n'y a point de doute que l'on trouverait des vestiges chrétiens un peu partout si l'on disposait de moyens suffisants pour déblayer le grand nombre des ruines visibles. Mais vu la didiculté de fixer la date des trouvailles, on n'avancerait pas de beaucoup la question du progrés successif du christianisme dans ce pays, moins encore celle de son commencement.
La difficulté augmente encore si l'on considère que les murs d'enceinte et les remparts de la plupart des emplacements importants ont été édifiés au \i' siècle avec les débris des constructions démolies par les barbares à partir du iW siècle. Rien ne nous autorise donc à attribuer au.x premiers siècles quelques-unes des nombreuses basiliques retrouvées parmi les ruines, et dont la partie supérieure date du temps de Justinien. D'ailleurs il est peu probable qu'il y ait eu des églises en Scythie mineure avant Constantin. Les innombrables inscriptions païennes trouvées sur tout le territoire de la pro\ince prouvent une situation très forte du paganisme; dès lors un temple chrétien n'aurait pas été toléré. Il sera intéressant de voir si les fouilles futures, qui descendront jusqu'à la couche datant de Trajan, confirmeront cette hypothèse.
En tout cas, le m» siècle a changé complètement la face des provinces limitroi)hes de l'empire et, partant, aussi de la Dobrogea. Les barbares envahirent le pays en masses toujours plus compactes et les garnisons ne purent plus leur barrer l'entrée des villes, défendues jusqu'alors par de simples retranchements pratiqués sur les endroits les plus favorisés par la configuration du terrain. On permit donc aux habitants de se construire des murailles, des bastions, des tours et tout le système de fortifications connu par les Romains. Ailleurs, où les envahisseurs avaient déjà marqué leur passage par des riuines et des incendies, comme par exemple au Tropseum Trajani, c'était le commandement militaire lui-même qui construisit ces fortifications. Mais dans un cas comme dans l'autre, il fallait travailler à la hâte et alors on se servit des matériaux existant sur place et provenant soit des maisons démolies par les barbares, soit des palais, temples, monuments, sarcophages, etc., situés en dehors des murs d'enceinte nouvellement tracés, .^ussi le problème le plus difficile posé à l'archéologue sera la détermination de l'âge des ruines successives.
Avant de quitter ce chapitre, 11 sera intéressant de jeter un regard au delà du Danube, en Dacie, où l'on a trouvé une seule inscription chrétienne, à Kapoca, publiée dans le Corp. inscr. lai., t. m, p. 1.53-154, d'après une copie faite par Mezerzius (1516) et complétée parLa7.ius(t 1565). Pârvan "^ démontre que cette inscription date de l'an 235.
L'existence de cette inscription unique ne prouve aucunement que le christianisme ait été propagé en Dacie au in' siècle. II s'agit tout simplement de qucl-
' Acta sanclorum, t. xxix, p. .Î.3S-551. — ' V. PArvan, Coniributii epigrafice la istoria crestinis-nmlui daco-romûn.
ques colons d'origine asiatique, qui ont importé en Europe la religion chrétienne, fort répandue dans leur patrie.
En voici la transcription :
D ■ M ■ AVRELIAm./Ri>iA VIX • ANN XVli • AVR- MARINIANVS • FIL • EIVS ■ VIX- ANNO ■ I M- lin -AVR- BABVS VET- PATER • P
D(is) M(anibus). Aurdia [M(i]rlin]a vix{it) annlis} XVll. Aur{elius) Marinianus lil(ias) eius vix(il) anno I, m(ensibus) 1111. Aur(dias) Babus vel(eranus} pater p{osuit).
Dans le monogramme : s(il) t(ibi) t(erra) l(evis).
VI. Martyrs. — Nous avons déjà cité les actes des saints Epictet et .^stion. Ni des arguments externes ni leur contenu ne s'opposent à leur authenticité. Si l'on fait abstraction des amplifications prolixes ajoutées plus tard, comme le dialogue des martyrs avec les juges, les miracles peu vraisemblables et les tourments dans le goût du Métaphraste, il nous reste un noyau qui n'est pas en contradiction avec d'autres sources et qui, par conséquent, pourrait bien être puisé dans les actes perdus d'Eusèbe. Le document est d'autant plus important qu'il renferme les premiers indices du christianisme en Dobrogea. La religion chrétienne était déjà assez répandue dans cette province à la fin du 111= siècle, puisqu'il est fait mention non seulement d'un prêtre Bonosus, mais aussi d'un évêque Evangelicus, dont la résidence était sans doute Tomi. Au dire de Sozomène », il n'y eut jamais plus d'un évêque pour toutes les villes de la Scythie mineure. C'est vers l'an 290. sous le règne de Dioclétien. l'n prêtre. Epictet. avait converti quelque part en Orient le jeune Astion, fils du magistrat local. Ils durent s'enfuir et parvinrent, on ne sait par quelles circonstances, à Halmijris en Scythie, où ils ne tardèrent point de convertir un grand nombre de païens. Le gouverneur Latronianus — nom évidemtnent intercalé plus tard — les arrêta et, après les avoir torturés, les fit décapiter. Sur ces entrefaites, les parents d'.Astion décou\Tirent les traces de leur fils, mais ils arrivèrent trop tard pour le sauver. En apprenant ce qui s'était passé, ils se firent instruire par le iirètre Bonosus dans la loi chrétienne et reçurent le baptême des mains de l'évêque Evangelicus.
La communauté chrétienne de Duroslorum est encore plus ancienne que celle de Halmyris. Nous rappelons d'abord le célèbre martyr saint Jules, soldat romain mort vers 228, et dont le martyrologe romain mentionne les nalalilia au 27 mai, puis l'évêque et martyr saint Dasius, fêté le 20 novembre. Plus on descend vers le sud, plus les origines du christianisme remontent dans le temps. Ainsi le martyrologe cité mentionne sainte Mélitène, martyre sous Antonin, à Marcianopolis (138-161).
Le nombre des chrétiens en Scythie mineure aura dû être assez considérable, pour attirer sur eux la haine des païens. On sait que Licinius, le beau-frère et l'antagoniste de Constantin, souleva vers 31 9, dans son empire oriental, une persécution assez violente des chrétiens. Elle sévit aussi dans la Scythie mineure, où elle fit de nombreuses victimes, l'n fragm.ent de martyrologe (de Lorscli) et le synaxaire de Constantinople
Bucarest, 1011. p. 75 sq. — ' Ilistoria ecclesiaslka, lib. VIT» cap. XIX, /'. G., t. Lxvii, col. M7.Ï-1 17G.
DOBROGEA
attribuent cette persécution expressément à l'empereur Licinius. R. Netzhanimer '■ arrive à la même conclusion en observant que plusieurs fonctionnaires impériaux, martyrisés à cette occasion, avaient été exilés en Scythie, ce qui est une note caractéristique de la persécution licinienne.
C'est surtout Tomi, capitale de la province et résidence de l'évèque. qui eut à en soulTrir davantage. On ne connaît pas moins de (56 martyrs exécutés à Tomi et 23 dans les autres villes, sous réserve, bien entendu, des répétitions et chanfiements que l'on constate si souvent dans les martyrologes. Nous suivons l'ordre du calendrier pour le catalogue de ces martyrs.
A Tomi. Le 3 janvier, on célèbre les trois frères Argeus, Narcissus et Marcellinus. Marccllin,qui, seul parmi ses frères, est appelé lils d'un évcque =, refuse de faire le service militaire. Alors on le fouette et on l'empale. Son cadavre est jeté à la mer, mais les vagues le déposent à la cote. Le pieux Amantus s'empresse de transporter les reliques dans sa villa, où s'opérèrent ensuite beaucoup de guérisons. Quant à Argée et Narcisse, ils furent décapités.
Le 3 avril, le martyrologe romain moderne n'a que Evagrius et Benignus. Mais les martyrologes anciens y ajoutent Chrestus, Aretus, Rufus, Patricius, Sinhidia, Zosimus et Pappus.
Le 20 juin, on a les saints Paul, Cyriaque, Paule, Télicienne, Thomas, Félix, Lmile. Le martyrologe odiciel n'a que le premier.
Le 5 juillet : Strator, Théodote, Merona, Rodofia, Secundinus, Marinus, Sodoplia.
Le 9 juillet : Zeno, Minima, Vitalis, Rufnia, Evangelus, Urisius, Agnes, Secunda.
Le 10 juillet : Martianus, Domnus, Diomedes, Joannes, Sisinnius, Aurelianus, Emilianus et 39 autres.
Le 13 septemljre : Strato, Valerius, Macrobius, Gordianus, Helius, Zoticus, Lucianus, Valerianus, Marcialis, Victurus, Murina, Servulus. Le synaxaire de Constantinople, source principale pour ces martyrs, n'en mentionne que si.\ : Valerius, Macrobius, Gordianus, Helius, Zoticus et Lucianus. Macrobius de Cappadoce et Gordien de Paplilagonie étaient au service de Licinius. Mais on les dénonça comme chrétiens, et alors ils furent exilés à Tomi, où ils ne tar- •dèrent pas ù subir le martyre. Le gouverneur de la Mésie, Maximus, cité aussi dans les actes de saint Luciiis, condamna les chrétiens à être brûlés vifs. Helius, Zoticus et Lucianus furent décapités et Valerianus expira sur le tombeau de ses compagnons. Le ms. de Berne fait de Gordianus un évèque; à moins qu'il n'eût été déporté en Scythie, et sauf erreur de copiste, on pourrait y reconnaître le successeur d'Evangelicus sur le siège de Tomi et le prédécesseur de l'évèque de cette ville qui, aux dires d'Eusèbe ^ a été présent au concile de Nicée en 325.
Le martyrologe hiéronymien nous transmet au li^' octobre la mémoire des martyrs Priscus, Crcsccntius, Evagrius, Faustinus, Martialis, Januarius, Alexander, Euproj)us, Dignus, Gottia, Saturninus, Spes, Caslus, Frimus, Donatus.
Le nom de Gottia paraît signifier qu'il y avait déjà en 319 des habitants goths dans la Dobrogea, ce qui du reste n'a rien d'étonnant. Les Wisigolhs avaient
' n.Nctzhamnicr, Dns altchrislUche Tomi, .Salzburg, 190,'H, p. S. — ' Le fragment de Lorsch dit : Marcellini piieri clirisiioni fiU, cfti et le ms. rie (^orîïic complète : ftli episcopi, t'était iirohMljliincnl rèvrqucdc Tnnii, mais il ne s'appelait point l'Iiiliis, itiminrl'admcl l'firv.in, Cnn(ri(>ii(ii,p. 71. Ci. sur cette <|ueslion l'article cité de laitoîsfu catnlica, p. 28:i. * De vila iinp. Conslanlini, lib. III, cap. vu, P. G., t. xx, col. 1061. Cependant il ne faut pas s'appuyer trop sur ce «xte. Kiisèbe dit tout simplement : oCoè S/JS)-,; à7rE>,i(j.dvCTO Tf,; /'j^tli-, ■ Le Scytiic n'a pas ?n;inqu6 non
déjà une fois envahi ce pays dans la deuxième moitié du ms siècle. En 269, ils assiégèrent en vain Tomi et Marcianopolis ^ mais finirent pas s'emparer du point stratégique très important étal)li par Trajan et appelé Tropœum Trajani. Il est vrai que le g-os dcî barbares s'est établi au nord du Danube en occupant la Roumanie actuelle °. Mais des colons épars seront restés dans le pays, et l'on sait que Licinius avait en 321 des Goths comme fédérés dans sa guerre contre Constantin. Quant aux autres barbares, demeurant en Dobrogea, la liste des martyrs n'en révèle aucune trace; on est donc autorisé à admettre qu'ils n'ont pas été convertis au christianisme. On sait que les Bastarnes et les Carpes ont envahi la Dobrogea dès le début du 111'= siècle. En 238, ils détruisirent le double fort de Trcesmis, conquirent Histria, une des principales villes delà province, et arrivèrent en250 jusqu'à Philipopoii. Les empereurs Probus et Dioclétien ont établi dans ces parages d'autres tribus de ces peuples. Con stantin y ajouta des Sarmates '. Ils étaient les premiers Slaves dans ces contrées, et ce sont justement les Slaves qui finiront par y supplanter la domination romaine.
La persécution de Licinius ne sévissait pas seulement à Tomi; elle fit de nombreuses victimes aussi dans la province.
D'abord nous trouvons, d'après le ms. d'Epternach, au 26 avril, saint Cyrille à Axiopolis. Son authenticité est affirmée par le fort nommé Saint-Cyrille construit sous Justinien, dans le système des fortifications d' Axiopolis. Le ms. de Berne mentionne aussi, aiT 9 mai, un Quirillus, qu'un manuscrit du Mont-Cassin fait évèque d' Axiopolis. Mais R. Netzhammer ' observe à ce propos que, selon Sozomène, il n'y avait dans toute la Scythie mineure qu'un évèque, celui de 2'omi, et que par conséquent il y a erreur dans le manuscrit en question. Cependant on pourrait admettre que .lustinien ait placé un évèque dans cette contrée — nous en verrons la raison plus bas — et que le copiste du manuscrit lui ait attribué, par anachronisme, saint Quirille, peutêtre synonyme de Cyrille.
Le ms. de Berne place aux 9 et 10 mai encore cinq autres martyrs de la même ville: Quindcus, Zeno, Dio, Acacius et Crispio.
Au 5 août, sont nommés les martyrs Irénée, Héraclius et Dasius. Il est question encore une fois d'un Dasius au 4 octobre. Mais il y a lieu de penser que les copistes ont répété le même nom et encore en transportant ici le célèbre évèque et martyr Dasius de Diirostonim.
Enfin, au 18 octobre, on mentionne les saints Hermès et Taxius.
Le martyrologe hiéronymien cite Lussi des martyrs qui ont souffert à Noviodunum. Comme il n'y a pas moins de cinq villes de ce nom dans la patrie des saints, en France, il est impossible de savoir au juste de quelle ville il s'agit en l'espèce. Nous ne mentionnons ici que plusieurs martyrs, dont la fête est célébrée le 17 mai, et qui sont probablement de la Dobrogea. Ce sont : llrraclius, Paulus, Peregrinus, Minerius, Aquilinus et Victor '.
VII. Premiers f:vÊot.'ES de Tomi. — Nous avons déjà fait mention A'Evangelicus, de Gordianus (?) et
plus « Or le terme vaRuc de Scythe est synonyme de fîoth chez. F.usèbe môme; il peut donc faire allusion A " Théopliile, métropolitain de Gotliie», un des souscripteurs aux actes du concile. Concilia qenerniia Hccl. catli,, Iloinc, 1C28, t. I, p. 2'.l, — « D' .1. Aschbacli, GeschicMc ilcr W'estaolen. l'ranlifurt a. M., 1827, p. 12. — * J. Weiss. Die IJobnidsclia im Allcrtiim, Sarajevo, 1011, p. :i7. — * Wciss, op. cil., p. 3r>-:!7. — ' Dus allchrislliche Tomi, p. 17. — • four ces martyrs de la Dobrogea, cf. l'étude deC. Auncr citée plus liant.
DOBROGEA
d'un évoque présent au concile de Nicée '. Sozoméne nous a transmis la mémoire d'un évêque Brettanion ou plutôt Vétranion, d'après la lecture préférée par Valois dans ses notes à l'illustre historien. La province de la Scythie mineure resta fidèle à la foi de Nicée. Vers 360, l'empereur Valci\s, fauteur acharne de l'arianisme, entreprit une tournée dans sou empire et parvint à Tomi. Comme ailleurs, il se rendit à la cathédrale pour y propager la doctrine d'.\rius. Vétranion s'y opposa, et ne pouvant empêcher le sacrilège, il se retira dans une autre église de la ville, suivi par tout son peuple. L'empereur, resté seul avec son entourage, décréta sur-le-champ l'exil du courageux évêque. Mais ce ne fut pas pour longtemps, car l'empereur, craignant un? insurrection des habitants de cette province si importante pour la défense de l'empire, rappela l'évcque dans son diocèse.
Ce récit est intéressant à un autre point de vue. Il nous révèle l'existence de deux églises à Tomi. On n'en connaît pas beaucoup dans la Dobrogea. Même les deux églises en question n'ont pas été vérifiées par les fouilles faites à Constantza. En revanche, les ruines déblayées dans la ville du Tropœum Trajani permettent! d'y constater l'existence de deux églises datant de] l'époque de Vétranion. La première était assez grande, pourvue de narlhex et de canthare, et ses fondations ont servi plusieurs fois à sa restauration lorsque les barbares l'avaient démolie. Elle n'avait pas de crypte: il faut donc supposer que les reliques des martyrs étaient placées dans le corps même de l'autel. L'autre, pareillement sans crypte, mais avec narlhex, abside et le corps à trois nefs, appelée basilica lorensis dans le planreproduit ci-contre(fig.37?4), était située ducôté opposé, àproximitc de la porte orientale. Plus ancien que ces églises est sans doute le cimetière hors la ville, où des fouilles très sommaires n'ont mis à jour que les fondations d'une église à une nef ^.
Vétranion avait parmi ses ouailles beaucoup de Goths. C'est pourquoi il était aussi en relation avec les Goths qui habitaient la Roumanie actuelle, où saint Sabas venait de subir le martyre. Vers 372, Junius Soranas, duc de Scythie et Cappadocien d'origine, offrit à sa patrie, par l'entremise de saint Basile, les reliques du martyr goth. Vétranion, à cette occasion, joignit une lettre à celle de Soranus, pour le vénérable évêque de Césarée, à laquelle celui-ci répondit par une lettre de remerciements après l'arrivée des reUques. Peu après, l'Église de Scythie, ou bien Vétranion luimême, envoya en Cappadoce une relation oflicielle, c'est-à-dire les actes du martyre de saint Sabas, et alors saint Basile répondit de nouveau aux évèques des Scythes par une lettre d'allure solennelle. Les deux lettres en question sont adressées, dans les éditions des œuvres de saint Basile, à l'archevêque Ascholius de Thessalonique. Mais J. Mansion vient d'établir avec beaucoup de vTaisemblance, dans les Analccta bollandiana *, que c'est une erreur et que le destinataire ne saurait être que Vétranion. Cet évêque est rangé au 25 janvier parmi les saints dans le martyrologe romain. C'est du temps de Vétranion qu'il faut dater la
'S'il est permis de faire une conjecture.nous proposerions le nom de Marc pour cet évêque. F.n efTct, nous trouvons la signature, aux actes du concile, de .\/arcijsConieen5i,s, affecté à la province de Mysie, après l'évcque de .Marcianopctlis. Des commentateurs ont pensé t\ une Wlle de l'Hubée qui cependant n'a rien à chercher ici. Nous pensons que c'est une mauvaise lecture ou copie de - Comeensis - au lieu de ■ Tomeensis - ou Tomensis, à cause de la ressemblance de 3 et C. Nous en avons un exemple dans Théopbane éd. Bonn, 1839, t. i, p. 395, où il est question du sièse de Tomi C5S6) (-cp! 'Tonéav tt.v r.à'in), que cependant Le Quien, Oriens chrisUnnus, Paris, 1710, 1. 1, col. 122,^, avait lu dans une autre édition < Coinea <■, et qu'il ne sut où placer. Cf. Pflrvan, Coniribudi, p. 71, note 338. — ■ Lib.VI, cap.
niche d'un monument funéraire fort détérioré, avec une inscription * aux caractères barbares : [ia/.ïpit.) [T]'.;jlo- Oéo) Ilaoaîiv'oj vîosojt'îtoj 'Ev;j.avojr|À. On y voit la figure d'un oiseau, probablement d'une colombe, un poisson, et au-dessous le monogramme.
Le successeur de Vétranion fut Gérontius, dont la signature est apposée au concile réuni par Théodose le Grand à Constantinople en 381 ', pour condamner de nouveau l'hérésie arienne et ses multiples dérivés. C'est à cause de son orthodoxie que l'empereur recommanda à Ausoue, proconsul de l'Asie, de rendre les églises aux évèques qui viendraient avec Gérontius dans les villes de Scythie, où il y a eu probablement un synode partiel.
'\Bo5ilwuc dûubl.
fTÏÏl
Safle d..Colonn.
Basifiqucs '.
de TROp>EUM
3794. — Basiliques de Tropœum.
D'après Xetzhammer, Das altchristliche Tomi 1903.
Les Goths, au iV siècle, étaient pour la plupart ariens. L'arianisme était même considéré chez eux comme une religion nationale et leurs rois ne reculaient devant aucun moyen pour lui assurer le triomphe sur la foi de Nicée. Mais il y avait parmi ce peuple beaucoup d'orthodoxes, comme par exemple les célèbres martyrs goths, brûlés vifs dans leur temple quelque part dans la Roumanie actuelle, et dont la certitude historique est définitivement prouvée par un calendrier golb découvert naguère ". Dès lors, et à plus forte raison, on doit admettre que les Goths en Scytliie mi-
XXI, P. G., t. i.xvii, col. 1313 sq. — ■ V. P.'irvan, Celalea I rofjmum, dans le Bii(c(inui Comisiunii monumenlelor istoricc, Bucarest, 1911, p. 181, 182, 175. — 'Les origines du christianisme chez les GoHis , Bruxelles, 191), t.xxxiii, p. 12 sq. [L'auteur nous fait observer que l'orthographe gefh avec ft, n'est plus confonne à la mode allemande de 1914. Nous nous permettons néanmoins, et pour cette raison même, de la maintenir. (H.L.) — ' Publiée d'abord par Tocilescodons les Archàologischepigraphisclie MiUeilitngen, Wien, 1896, t. XIX, p. ll'2, n. 5li. Heproduite par Pârvan, Contrihiilii, p. 02. — * Concilia generalin Eccl. cnih., 1. 1, p. 92. — ' L'orthodoxie de ces martyrs \ient d'être solidement établie par Mansion, dans les .lnn/ec(a bolUindiana, t. x.xxiii.
DOBROGEA
reure étaient catholiques. F.t il n'en manquait pas dans cette province. C'est contre eux que Constantin le Grand avait jeté le pont de Malvc (Celei), qu'il avait fondé la ville de Daphne (Oltenitxa) ' et refait le camp fortifié du Trop^um Trajani, que le gouverneur Sappo avait construit vers 310 un château fort au voisinage de Trœsmis, que l'empereur Valens avait tracé le fossé dit de Trajan entre Tomi et A.r/opo(;s, avec un point d'appui à Cnrsiuni -. Mais la poussée des Huns survenant, les Wisigoths furent forcés d'abandonner leurs habitations en Russie et de franchir le Danube. La politique alïaiblie de l'empire exigea qu'on leur accordât des terres dans les régions de frontière. Là ils servirent comme fédérés au prétendant Procopius, firent la guerre à Valens, battirent ses armées à Ad Sotices en Dobrogea et poursuivirent l'empereur jusqu'à Andrinople, oà il succomba en 378. Théodose ne sut apaiser les Goths qu'en leur assignant vers 381 des habitations en Mésie et en Scythie mineure, où ils devinrent sédentaires et formèrent des colonies agricoles '.
Si les Goths du diocèse de Tomi avaient gardé la foi de Nicée, il n'en fut pas ainsi de leurs compatriotes habitant les territoires limitrophes au sud. D'abord Duroilonim était un centre arien renommé. Vers 380, nous y trouvons l'évéque .\uxentius, célèbre pour avoir écrit un panégyrique d'Ufila ou Wulfila, évèque fort célèbre des Goths, lui aussi arien. Un autre évèque. Maximinus, dont on ignore le siège, nous a conservé ce panégyrique, découvert en 1840 par Waitz à la Bibliothèque nationale de Paris '.
Ulfda habitait d'abord la Dacle entre 348 et 355. La persécution des chrétiens, dont il a été fait mention plus haut, força l'évéque à émigrer avec bon nombre de ses compatriotes eu Mésie, où il déploya un zèle infatigable de missionnaire, en prêchant pendant trente ans ré\ angile en grec, en latin et en gath. Il traduisit aussi la Bible en langue gothique; on en conserve des fragments à Upsal et ailleurs '.
VIII. Ixv.\sioN riES Huns. — A la fin du iv« siècle, Alaric réunit toutes les tribus des Wisigoths et partit avec eux vers l'ouest, remplacé par les plus sauvages des barbares, les Huns. En ce moment de détresse, la Providence donna à l'Église de Tomi un grand évèque d'origine seythiciue, mentionné pour la première fois en 393, qui inspira du respect, même à ce fléau de Dieu. C'étaitThéotime, vénéré parmi les saints au '20 avril. Sozomène ' et Socrate ' nous racontent beaucoup de détails sur. la vie de cet évèque, et son contemi)orain saint Jérôme' en cite des traités, malheureusement perdus, écrits tout brièvement dans le style des anciens dialecticiens et orateurs. .V cause de son érudition, il était l'ami intime de saint .lean Chrysostome, avec lequel nous le trouvons en 400, à Constantinople,dans un conseil d'évèques convoqués pour juger .\ntonin d'Éphèse, accusé de simonie. En 402,1e savant évèque s'associa de nouveau à Jean Chrysostome pour défendre les œuvres d'Origène contre saint Épiphane de Chypre. Dans un éloquent plaidoyer, devant le synode réuni par les adversaires, Théotime jugea impie le procédé de ceux qui voulaient condamner ce que les anciens avaient approuvé et rejeter le tout pour quelques passages douteux. 11 est vrai que Théolime ne put empêcher que son ami fût éloigné de Constantinople, mais la controverse ne tarda pas à être terminée en faveur des modérés. i
' CI. Nely.hammcr, Constantin cet Mare si Homania, dans P.ei'iala catiilica,}^ucarcst, 1913, p. 17 sq. — • Weiss, op. cit., p. ;1S. — ' M. C. Soutzo, Monuments antiques de ta
Dobradja, dans la Reime urcMologique, l'aris, 1881, t. ii, p. 214. — • (i. Wnilz, Uber lias l.eben nnd die lettre des
i;//i(a, Ilannovcr, 1840, p. 3-C. — • Nicépliorc Ciillisle, lib. XII, cap. XLv, P. G., t. CXLVI, col. 907 sq. — • Lib.
L'énergie que l'évéque de Tomi déploya dans cette occasion l'aida à triompher des Huns. Ce que tut le pape Léon pour Rome, Théotime le devint pour son troupeau. Il sut apaiser les barbares, soit en leur fournissant des vivres, soit en leur donnant des présents. Sozomène nous raconte deux miracles à son sujet. Une fois, sortant de Tomi avec sa suite, une troupe de Huns les rencontra. Déjà les compagnons de Théotime se croyaient perdus; mais sur la prière du saint, les barbares passèrent outre sans paraître remarquer l'évéque et ses gens. Une autre fois, certain Hun qui pensait faire bonne prise en capturant Théotime, avait déjà levé le bras, mais, saisi d'une crampe, ce n'est que sur la prière de l'évéque que le barbare en recouvTa l'usage Ces incidents, et aussi ses vertus, valurent à Théotime le nom de « Dieu des Romains ".
Ce récit nous révèle un fait d'importance capitale pour l'histoire de la Dobrogea pendant ces temps si agités. C'est que les habitants autochtones, Romains ou colons romanisés, se sont accommodés tant bien que mal au tléau des invasions barbares. On vivait comme on pouvait. Les places fortes étant démolies, on élevait sa chaumière non loin de là et on s'occupait d'agriculture. Les envahisseurs eux-mêmes en avaient besoin, et en dehors du pillage qui les tentait, ils laissaient vivre les habitants. Cette continuité de vie romaine et, en partie, grecque explique aussi la série de trouvailles faites dans le territoire entier delà Dobrogea.
Nous avons plusieurs épigraphes chrétiennes du temps de Tliéotime :
1» Un fragment d'inscription grecque avec le monogramme ^ trouvé à 7'omi et datant approximativement de 400 '.
2" Une inscription latine trouvée par Pârvan à l'Imefiim, superposée à une épitaphe plus ancienne, dont la teneur est la suivante :
NNMI RVM NIIIIOANNOMMV M V 5 ENTEMMORlIiil MORTllIS
ESTINDOMVMSV I 1 1 M OMNIBVSV IRTV ||||
Pârvan propose cette lecture : [... aiiiw]ram [...?? Salnr]ni[n]o (ou peut-être : l/]i[(i]o) anno[r]um V [...".'■? par]cntem mor[sl...] morl[uu\s est in domum su[a]m omnibus r[i]r[talibus '?V...j
Le même auteur croit à une variante de la cinquième ligne, en se guidant sur un texte trouvé dans les catacombes de Sainle-Domilille : [...non tim]enlem mor\lem] mort[iin]s est '°.
3° l ne autre inscription de Tomi a été publiée dans le Corp. inscr. lat., t. m, n. 7584. Ce mélange de langue vulgaire et d'expressions à demi-païennes est curieux: pro comoda (sic) /uit spirlil\um d[eo\ rede[rt]... lùiittm conptevil duras (sic) pro carilute coninrii cl sorori. /p[.si] vivitc parentes et neslris (sic) pr[ov]id[ele /i/i)is. Kslote mcmores ilerum [El]ijsiis (!) coiven]luri. Ave vule viulor ".
4» Enfin à Kavarna, on a découvert une inscription assez importante, puisqu'elle mentionne la dédicace dune église aux saints Cùme et Damien : t l^>^ donis
VII, cap. XXVI, P. G., t.i.xvii, col. 1 100 sq. — ' I.ib. VI, cap. XII, 1'. G., t. i.xvii, col. 7()1 sq. — ' De scriptoribus dd., /'. ;.., t. XXVIII, col. 753 sq. — ' Tocilcscii, dan» ,4rr/i.-c;<i9r. Mitteilunoen, t. vm, p. l.'>. n. 41; Hilrvan, Ciinlribiitii, p. (i2. — '• l'flrvnn, Cetutca Itmelum. p. 50-51. — " l'firvan. Contribuai r;>i|y™/icc ta istoria crestinisniului daco-romàn, Bucarest, lUIl, p. C4.
DOBROGEA
D[e]i et s[iin]c[[]i Cosma (!) et nami[ani] conslrui {i]ii[s]si[l] Ste/anus dink[onus] '.
Qu'il nous soit permis de jeter ici encore un regard sur les ancêtres du peuple roumain. Sa langue ne possède les termes essentiels de la relision chrétienne qu'en dérivation latine et, par conséquent, ce peuple a «ntendu la bonne nouvelle du Christ en latin. Cependant on ignore jusqu'à ce moment et le missionnaire et le temps de cette prédication. P.irvan, dans ses Contributions épigmpliiqaes sur le cimstianisme daco-rournain^, s'efïorce de prouver que ce missionnaire a été saint Nicétas (l'été le 7 janvier), évèque de Hemesiana (non loin de Nich en Serbie) en Dacie méditerranéenne «t contemporain de saint Théotime.
L'histoire ne nous a point conservé les noms des successeurs immédiats de saint Théotime. Ce n'est qu'en
Les derniers jours de Timothée ne furent guère heureux, et il est fort probable qu'il n'ait plus résidé à Tomi. Les Huns revinrent à la charjîe. I>'abord des bandes éparses pénétrèrent vers 441 en Uobrogea, où elles s'emparèrent de quelques cites fortifiées: l'riscus • nous en raconte un cas. Le khan Valips avait conquis et pillé Xoviodunum et se préparait à envahir les provinces byzantines. Théodose II le prévint et ses soldats assiégèrent la ville occupée, qui, après maintes péripéties, capitula faute de secours. Mais avec le temps, les hordes des Huns devinrent toujours plus nombreuses, de sorte que les années romaines ne purent plus en venir à bout. Ils détruisirent soixante-dix cités et en 447 ils s'emparèrent même de Tom/. L'empereur Marcien ne put que reconnaître de droit ce qui existait de tait: il accorda à HernaUh, fils d'Attila, et à son allié
LlMWil WHUi HHH iBiaULliaill ■Hll
i;-|,,Liil,. i. I, in l,:l\ l i.,i , |nilil,l. j-J»14^-4~i
3795. • — Basilique-citerne de Tropffium. Coupe longitudinale d'après Ceganeanu,
431 que nous rencontrons Timothée, évèque de Tomi, parmi les souscripteurs du concile d'Éphèse ^. Netzhanimer, dans sa monographie de Tomi ', défend l'orthodoxie de ce pontife contre quelques objections qui pourraient le rendre suspect, llfait ressortir ses mérites, •qui contrastent singulièrement avec l'attitude de ses voisins, les évèques Jacques de Durostorum et Dorothée de Marcianopolis, qui étaient les partisans de Nestorius, patriarche hérétique de Constantinople.
Au concile d'Éphèse (431) nous trouvons aussi la première mention de l'évèché d'Abrittus. près Abtaat Kalessi, dans la région nouvellement annexée à la Dobrogea roumaine. La localité était connue depuis 25!, car c'est ici que l'empereur Dèce mourut en poursuivant les Goths, qui avaient envahi la Mésie. Mais c'est pour la première fois qu'il est question d'un évèque de cette ville; c'est Marcianus, dont on a aussi la signature sous la lettre collective que les évèques de la Mésie adressèrent à l'empereur Léon en 45S ».
' Pftrvan, ibiil.. p. 62. — = Pârvan, ihid., p. l.SS sq. Cf. aussi p. 83 sq.; C. C. Dîculcsco, ^'echimca crestinismnltti .a /îonifinï, Biicfirest, 1910. — ^ Cnncilia gcn., t. i, p. :î72 *. P. 27. — ' Concilia gen., t. i, p. 395; t. ii, p. 480.— ' I-ragnient inédit publié dans la Revue archéologique, Paris, 1868,
l'Alain Candax des terres en Dobrogea, où ils s'établirent avec leurs tribus et avec les peuples germaniques des SkiresetSatagires.Une partie d'entre eux fut eniplo>"ée pour défendre le fossé de Trajan, redevenu alors frontière de l'empire, et reçurent le nom de fossatici '.
Le successeur de Timothée, Jean, qui vécut avant 44.S, n'a pas non plus résidé à Tomi. Nous le trouvons en etïet fort mêlé aux discussions théologiques de son temps, ce qui impliquerait plutôt un séjour à Constantinople. Mercator cite «les discours du bienheureux Père Jean, évèque de Tomi en Scythie, » pour quiconque veut se renseigner sur les hérésies de Nestorius et d'Eutychès et conserver malgré cela l'orthodoxie. En 1905, G. Morin a découvert à Oxford une des instructions de Jean que l'on croyait perdues. Elle a été reproduite aussi par Netzhammer, dans son étude sur les antiquités chrétiennes de la Dobrogea '.
,lean mourut avant le synode de 448, convoqué à Constantinople pour la revision des actes du concile
part. II, p. 89 sq. — ' Wciss, op. cit., p. ."iS; Sout/.o. op. cit., p. 214. — 'Netzhammer, Dos allchri.':lliche Tomi, p. 28;. le même. Die christlichen Attertiimer der Dobrogea, B\icarest, 1906, p. 17 sq. Le fragment est extrait de The Journal o( tbeohgical studies, 1905, p. 74 sq.
DOBROGEA
d'Éphèse, car nous y trouvons signé « Alexandre, le très révérend évèque de la ville des Tomitains en la province de Scythic. » Le nouvel évèque n'a point été présent au brigandage d'Éphèse en 449, mais bien au concile de Chalcédoine en 451. Son nom est inscrit dans la troisième séance seule, et l'on ne sait pas comment expliquer le manque de sa signature aux autres sessions '.
AlfKandre eut fiour sucfesscnr Théotime II. Les actes ik-s rniuiles nous ei. wiil rouM-rvé la mémoire par
3796. — Plan de la basilique de marbre de Tropaeum. D'après G. V. de Cube.
l'adresse d'une lettre que l'empereur Léon lui envoya en 458 et par la réponse que « Théotime, humble évèque de la région de Scythie ■■, écrivit à l'empereur. Théotime y déclara son orthodoxie inébranlable au concile de Chalcédoine en se mettant du coté de la foi catholique. Les évéques de la Mésic inférieure, d'Abril- Itis (M(ircien), ApUiria, Duroslonim (Munophihis), Kicopolis, Nova' et Udessns répondirent par une lettre collective rédigée dans le même sens. On se demande, à juste titre, pourquoi le métropolitain Valérien de Murcianopolis n'y est pas désigné, quoiqu'il ait reçu lui aussi une lettre impériale'.
Nous possédons de ce temps quelque!! épitaplies chrétiennes. A Tomi on en a trouvé une avec un ornement en forme de croix ou de )?, flanqué de deux autres croix et de colombes, avec l'inscription sui-
vante : £6r|Xsv to -rjToXov tojto 'Sliç./.ùXoi ô -ojz'.vte... (?; effacé) 6 aaxâcicoç r.3.-T,çi jj.oj 'OoiviT,; xi aaxapia f, u-rjTTip [jLO'j MapzÉXXa. Xïoî (= aï) -apooÏTa ^.
Puis ime inscription latine — ce qui est rare à cette époque déjà complètement dominée par l'influence grecque — faisant mention d'un prcsbyler avec sa famille '.
En général, la migration des peuples eut un moment de répit à la fin du V siècle. Les barbares, colonisés dans la Dobrogea et convertis au christianisme, pour la plupart sans doute des Goths. s'étaient établis aux environs des places fortes avec le reste des habitants autochtones et menaient une vie plus ou moins tranquille, autant que le permettait le mouvement perpétuel des envahisseurs. 11 est probable que cette popiulation mêlée a construit l'église déblayée à Tropaunt sur les fondations d'une ancienne citerne et appelée pour ce motif Miirnii, basilique-citerne. Elle est à tr,ois nefs, avec crj-pte, narthex et atrium, et se pré-
' Concilia gpn. Eccl. catholic, t. il, p. 205. — ' Ihid., d'après le Corp. inscr. 479-180. — ' Pùr\an,r.onlributii, p. 63. — ' IbiJ., p. 04, ' * I.oc. cil., p. 03.
3797. — Section verticale de la basilique ac marbre de Tropaîum, d'après G. V. de Cube.
sente dans des conditions assez bonnes, comme on i)eut en juger par la coupe longitudinale de sa reconstruction dessinée par l'architecte Ceganeanu (lig. STfS).
L'ne inscription, publiée par Pàrvan ' et datant probablement de cette époque, confirme l'existence des barbares chrétiens à Tomi. On y lit : ëvTa xïte " AraXx ■jio; Toî'.ojx çriaa; Itt; xe' à-o sa^iTTapiov [t!; £i(;y
rai'.v) '•?•?].
Il est diiricile de déterminer à quel peuple appartiennent ces défunts. D'après ce que nous venons de dire s\ir les diflèrenles colonisations faites par les empereurs, on a plutôt l'embarras du choix. Cependant les noms sont tellement barbares qu'on est tente de penser aux Huns.
I\. Invasion des Slaves et restauration sous .lusTiNiEN. — Théotime II est le dernier évèque de Tomi au v siècle que nous connaissions. Il est étonnant <pie, dans la catastrophe qui frappa les portes de l'Orient, on ne puisse jamais découvrir aucun renseignement sur cette époque. Il est vraisemblable que le siège de 7'omi' est resté vacant durant quelques dizaines d'années, à l'époque de l'invasion des Slaves. Ce n'était pas un peuple sauvage et féroce comme les Huns, mais il parut en masses si considéraliles que rien ne put lui résister. Puis, et c'est le caractère dislinctif de cette invasion, les Slaves ne venaient pas en bandes armées pour ])il!er et saccager et se retirer ensuite. Us étaient de vrais con(iuérants, qui s'établissaient solidement sur le sol conquis, bien contents de changer le climat iiihos-
lat., t. III, Siippl., n. 7j83. —
DOBROGEA
pitalier de leur berceau septentrional contre le midi souriant du sud-est de l'Europe. La conséquence immédiate de cet événement fut la séparation nette de l'Occident d'avec l'Orient européen. Les Slaves barrèrent entièrement le passage par terre entre Rome et Byzance et il ne resta guère, comme route de ralliement.
Justinicn protégeaient Paternus, de sorte qu'il continua à garder son litre. L'année suivante, nous le trouverons de nouveau à Constantinople, parmi les évêques qui écrivirent au pape au sujet du patriarche Epiphanius. Il signe : « Paternus, par la grAce de Dieu métropolitain évêque de la province de Tomi '. •
3798. ■ — Reconslitulion de la basilique de marbre de Trop;eum, d'après (J. V. de Cube.
que la voie maritime, siifïîsante pour le commerce, mais inapte à toute collaboration politique. Dorénavant la péninsule balkanique, ainsi que les pentes des Carpathes méridionaux, régions romanisées au cours de plusieurs siècles, subiront exclusivement rinfluence
11 est peu probable que Paternus ail pu retourner dans son diocèse. La Scythie mineure était devenue un amas de ruines et de cendres. Les Slaves l'avaient inondée en masses compactes et l'avaient occupée d'un bout à l'autre; ils pénétrèrent dans l'empire d'Orient
3799. — Basilique de marbre de Tropœum. Coupe longitudinale. D'après G. V. de Cube.
grecque et partageront plus ou moins le sort de l'empire byzantin.
Le malheureux évêque de Tomi qui a dû être témoin de celte invasion funeste était Paternus. Après la réconciliation des grecs et des latins en 519 par la célèbre formule du pape Hormisdas, les moines Scythes, dont le nom indiquerait une origine de la Dobrogca, mais qui avaient une représentation i> Constantinople, inventèrent une autre formule de discorde et accusèrent Paternus d'hérésie parce qu'il refusait d'y souscrire. Les légats pontificaux ne réussirent point à calmer les esprits; mais l'empereur Justin et son neveu
DICT. d'aBCH. CHHKT.
ct^menacérent même la capitale. .lustinicn comprit donc que la frontière du Danube devait ètrer maintenue ou plutôt rétablie à tout prix et, après une campagne victorieuse, il se mit à entourer de hautes murailles un grand nombre de places fortes dans la Dobrogca. C'est alors que cette province reprit sa physionomie des meilleurs temps passés et que surtout la'vie chrétienne prit un essor inconnu jusqu'alors.
.\ Tomi, ville rebâtie et solidement fortiflce par Justlnien, en même temps que la citadelle nomnéc
' Netzhammer, Das altchristlichc Tomi, p. 31 sq. IV. — 40
DOBROGEA
Constantiana, on a trouvé une inscription probablement ofTicielle, pour attirer sur la ville restaurée la grâce divine : K-Jois b 0eoç [îoi|6i -oÀiv àvav£0'jij.ivri(v). Procope ', dans son traité sur les constructions militaires de Justinien, nous a laisse une longue liste des forts restaurés par l'empereur le long du Danube, à
iuniorum. L'auteur en tire la conclusion que ces soldats, qui faisaient partie de la garnison de Constantinople, ont été détachés en Dobrogea, où ils ont construit le toTlA'Vlmelum et d'autres encore peut-être^. Il reste encore à mentionner une épitapbe datant du vi= siècle et ainsi conçue : s'/Oï ■/.%-i-/.vi-i &[j]ci ayiiioa
38U0. — Ruines du baptistère de Tropœum. D'après une photographie de Petrescu.
l'intérieur du pays sur les grandes routes, et aux bords de la'mer. Il suint de relever les suivants : Abrillus, Trop.rum Trajani, S. Cyrille, Capidava, Carsium, Trœsmis, Utmelam, Ibida, .'Egijssus, Halmijris, Callnlis.
3801. — Plan du baptistère de Tropaeum. D'après Ceganeanu.
A Ulmetum on a trouvé aussi une inscription Kûpts, jjorjOi, mais c'est une invocation privée, tracée sur le couvercle d'un pot. Que du reste Ulmetum ait été restauré par Justinien, (pii en a fait aussi une forteresse, cela est jjrouvé par une pierre découverte par l'i\r\ an,
et sur laquelle on lit sous le monogramme -A^ l'inscription latine suivante: Pcdatiira mililum lanciarium
1 De icdipciis.M. Bonn, 1838, t. ni, cap. iv, § 7, p. 2Q3 et 308. — ' Pûrvan, Cetalea Ulmetum, nescoperirilc campa-
-'.aTC)[i. 'A]/.ÉÇav5po; ui6[;] 'A~::â8o; xai Ao'jjivri;, çijaavTa î-ci) [...] zai 'AÀsÇavopia, i^yovr] aÙTOÛ, fr^atsici] £TT) lo', oufctT/jp ' Aii/./.ijJiiixûO'j zi'. ' AiiatiSoj, zaïaXiiTu S's «oaa Ètov. Ojtoi TJVTJaroijaav Èv Ti^ kfôiisi oipa |xiâ. 'EvitaÇav ttjv rsxr\1Xr^-j oi yovï; ajTiôv toï; 0£OTiij.T|Toiç Té/.vo'.ç jxvrjjjiri; '/«p'-v.
Pârvan'', qui l'a découverte, en donne danssamonographie un commentaire très érudit. Malheureusement, malgré une campagne de fouilles de trois ans, entreprise par cet auteur selon toutes les règles de l'art, on n'a pas encore déblayé d'église; ce qui est regrettable, puisque les découvertes qu'on y a faites sont très importantes pour l'histoire de la Dobrogea.
Nulle part les fouilles n'ont mis ù jour un nombre aussi grand d'églises qu'à Troptvum Trajani. On n'en connaît pas moins de quatre, comme on peut le voir sur le plan (voir lig. 37.14). Mais il faut ajouter tout de suite qu'il y manque une cinquième, celle du cimetière situé a proximité de la ville et dont il a été fait déjà mention. Nous avons pareillement cité une basilique construite au temps de Constance. Démolie probablement par les Huns, elle a été rebâtie sur les mêmes fondations au début du v« siècle. Les Slaves la détruisirent de nouveau. Alors Justinien la restaura complètement avec des cniicclli en marbre; c'est pourcpioi l'ingénieur M. de Cube l'apijelle basilique de marbre. Nous en donnons ici le plan horizontal et la section verlicale(lig.37.)(),37.i7); ony voitlcscanfc//! et Icri'ftoriiim. M. de Cube, qui l'a débiaycc.cn a essayé aussi la
nieta donn, si a trcia de sapaluri din anii lOfi si 1913, p. 352, 397 sq. — ' Pflrvan, Celatea Utmeliim, p. 37 (5.33) sq.
DOBROGEA
reconstitution que nous reproduisons (fi2. 371)8). Sa section longitudinale devrait être celle de la figure 37J9.
L'empereur fit bâtir à côté un baptistère à quatre niches et à deux narthex, dont les fondations sont très bien conservées et dont nous reproduisons les ruines, le plan horizontal et les deux sections d'après l'arcliitecte Ceganeanu (fig. 3800 à 3S02). Voilà donc une église cathédrale et le siège des évèques de Tropœum Tra/on/instituéspar Justinien. haNotilia episcopiituum écrite au vii^ siècle et publiée par De Boor, mentionne quinze évèchés en Scythie mineure; c'étaient sans doute des inspectorats civils ou militaires. Il n'y a que l'évêché de Tropœum qui soit attesté par les fouilles. Par une conjecture historique, on pourrait lui ajouter Axiopolis, qui, s'il n'a jamais été un évèché, n'a pu être fondé que par Justinien. Au VIt« concile de Nicée en 787 a souscrit aussi Theodorus Tropœonim; mais il s'agit plutôt de Tropea en Calabre ', car le
reconstitution essayée par Baudrj- (fig. 3804). On y reconnaît deux basiliques à trois nefs, tandis que le plan, publiépar cet auteur danslaficwue archéologique, 1868S nous en révèle trois de grandeurs diflérentcs (fig. 3803).
A Abriltus on a mis à jour quelques débris d'une basilique, reproduits par Weiss ' dans son ouvrage sur la Dobrogea.
On connaît aussi une basilique chrétienne à Axiopolis, dont les fondations ont été constatées par des fouilles sommaires. Elle est située hors la ville, probablement dans le cimetière, car on a découvert tout autour des squelettes, lafacevers l'orient, suivant l'ancienne coutume chrétienne '.
Un certain nombre d'inscriptions '.sur lesquelles nous n'insistons point, puisque leur date est incertaine et qu'elles ne révèlent rien d'important, confirment ce que nous apprennent les autres monuments concernant la vie chrétienne dans la Dobrogea. Quant aux trouvailles de tout genre, appliques, fibules, monnaies,
3802. — Coupe du Baptistère de Tropaeum. D'après Ceganeanu.
Tropœum de la Dobrogea a été complètement détruit par les Avares à la fin du vi« siècle.
Nous avons mentionné aussi la basilique à trois nefs située à Troparum, à l'est de la ville, et la basiliqueciterne, construite probablement à la fin du v« siècle, .lustinien tint à y ajouter une quatrième église, pareillement avec des colonnes en marbre; elle revêt lu forme d'une croix par son transept, possède sous l'autel une crypte voûtée, un narlh.x et un atrium. On lui a donné le nom de basilique byzantine. Malheureusement ces magnifiques monuments ont eu une existence bien courte. La cathédrale n'était pas encore terminée que, à la fin du siècle, survint l'invasion des Avares, qui la démolirent pour toujours avec la ville tout entière '.
L'empereur restaura aussi la place forte de Trœsmis qui domine le Danube sur un point défensif des plus avantageux. Duruy nous donne, dans son Ilisloire dis Romains ', la vue de la forteresse du sud d'après la
' N'ptzli.Tnimcr, Die christliclien Alterliimer der Dobrogea, p. 37 sq. — ' Tous ces renseignements sur Tropaeum, ainsi que les clichés, ont été extraits de la monographie de IMrvan, Cetatea Trop.Ttim, citée plus haut, imasim. I.a commission des monuments historiques de Bucarest, qui a publié dans ses BiiUelins trimestriels cet ouvrage de Pûrvan et bien d'autres encore de la plus grande importance, a bien voulu permettre que ces clichés soient reproduits dans le Dictionnaire d'archéologie chriHicntie, Cf. dans le
chapiteaux, lampes et autres objets pourvus de croix, elles démontrent la continuité de la civilisation latine ou grecque dans les villages de la Dobrogea entre le n« et le vi« siècle, ainsi que l'existence de la vie chrétienne non interrompue entre le iv et le \'i<^ siècle '.
Dans ce temps de renaissance chrétienne pour la Dobrogea, nous connaissons de nom un seul cvèque, Valentinien de Tomi. Comme ses prédécesseurs, il était aussi fortement engagé dans les controverses théologiques de son temps. C'étaient les « trois chapitres » concernant Origène qui agitaient alors les esprits; à Byzance on les avait condamnés et le pape Vigile y avait adhéré aussi sous certaines réserves. De là des animosités violentes contre le pape. Les moines Rusticus et Sébastien intrigjialent en Scythie de telle manière que, ayant appris leurs menées par Basianus, procureur de Valentinien à Constantinople, le pape les excommunia. Pour avoir des renseignements exacts sur le sujet de discorde, l'évcque de Tomi s'adressa à
mCme bulletin, p. 102 sq., l'étude de rarchitecfc Sj). Ceganeanu. — ' Paris, 1S83, t. v, p. 26. — ' Et dans Tocilcsco, Monnmrnte epigrnfice, Benista pcntnt istvrie, archéologie si fdologie, Bucarest, 1883, p. 105. — ' Wciss, op. cil,, pi. X — • R. Nclz.hnnimer, Axiopolis, dans son .lus Biimànien, Einsiedeln, 1009, t. i, p. 289. — ' Leur liste complète (en dcliors de L'imeliiijt) dans Parvan. Coniributii, p. 62-6,î. — ' Pûrvan, Ce(u(ea l'ropivum, p. 187 sq.
— r^LiiniillltiiiiiiU