‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 238 sur 251 · DOCTEURS DE L'EGLISE - DOGME · texte numérisé non relu

DOCTEURS DE L'EGLISE - DOGME

saint Luc, en complétant, par celles d'autres Pères, les explications d'Ambroise. A cette Epislola adhortatoria ', Bédé répond en citant parmi les écrivains qu'il utilise principalement les noms des quatre docteurs et en recommandant aux copistes de maintenir soigneusement les initiales de chaque nom en tèle de chaque emprunt, au cours de son texte ^

Aggregalisque... opusculis Palrum, quid bealas Ambrosius, quid Auguslinus, quid denique Gregorius vigilantissimus {iiixta suum nomen) noslrse genlis apostolus, quid Hicronymus sacrœ inlerprcs historiœ, quid cectcri Paires in beaii Lucse verbis senserint, quid dixerint, diligentiw: inspicere sategi ».

Au ix= siècle, dans une lettre écrite par l'empereur Lothaire, entre 847 et 855, et adressée à Raban Maur, on lit ceci « :

Si (Deus) mis (c'est-à-dire à mes prédécesseurs) Hieronymum, Augustinum, Gregorium, Ambrosiumque et ceteros quam plurimos prœbuH, ci nobis idem opifex ejusdem meriii el scientiœ eontulii Rabanum Maurum; et Paban, lui-même, nomme.dans son prologue à Daniel, les mêmes Pères comme !es principales autorités^.

En 855, le concile de Valence, provoqué par la controverse sur la prédestination, afTirme sa soumission à l'autorité de Cyprien, Hilaire, Ambroise, Jérôme et Augustin ' :

Jndubitanter autem dodoribus pie et recte tractantibus verbum veritatis ipsisque sacrœ Scripturœ lucidissimis exposiloribus, id est Cypriano, Hilario, Ambrosio, Hieronymo, Augustino, ceterisque in catlwlica pielute quiescentibus, reverenter auditum, et obtemperanter inlellectum submittimus. et pro viribus, quœ ad nostram salutem conscripserunt ample ctimar.

Le même texte se retrouve dans les actes du concile de Savonnières, près de Toul, en 859', et nous ne dépasserons pas cette date. Mais on peut constater quelque hésitation dans le choix des noms ; on en a, d'ailleurs, d'autres exemples dans des textes plus anciens. Ainsi, Fortunat ' , en regard de Platon, Aristole, Chrysippe et Pittacus, place les quatre écrivains chrétiens : Hilaire, Grégoire de Nazianze ' , Ambroise et Augustin ". Ce sont les mêmes noms que l'évèque Lucinianus de Carthagène, dans une lettre écrite à Grégoire le Grand, entre 591 et 595, nomme : saneli anliqui Patres, doctores de/cnsoresque Ecclesiœ, et il les cite comme d'accord avec les règles pastorales du pape ". Hilaire, particulièrement vénéré en Gaule '^ paraît aussi à côté d'Augustin et d'Ambroise dans Vadmonilio de Césaire ". A côté d'eux, Cyprien est placé comme quatrième par Taurentius, un des correspondants de Ruricius ".

Le seul monument, à notre connaissance, est le diptyque de Brescia avec les portraits de Jérôme, Augustin et Grégoire (voir Dict., t. ii, fig. 1623, col. 1146 sq.).

En Orient, c'est également à une date tardive qu'on parle des trois 0'.y.o\i\xvi\y.'ji |j.£-p),oi SiôiazaJ.oi Basile, Grégoire de Nazianze et Jean Chrysostome; quant à Athanase, il ne porte jamais ce titre ".

H. Leclerco.

DOGME. « Il n'y a pour ainsi dire pas un article du Credo qui n'apparaisse dans les inscriptions : l'unité de Dieu, la Trinité, la divinité de Jésus-Clirist, la

' P. L., t. xr.ii, col. 304. — ' Epislola dedicaloria, P. L., t. xcii, col. 304; cf. aussi son Expositio in Xlarci Euangeliiini, Epislola ad Accam, P. L., t. xcii, col. 134. — 'P. L., t. xcii, col. 304. — * F. Kunstmann, Ilrabunits Alagnentiiis Mourus, in-8=, Mainz, 1881, p. 221. — ' Op. cit., p. 211. — * Mansi, Concil. ampliss. coll., t. xv, col. 3. — ' Ibid., t. xv, col. 537 sq. ; Hefele-I.eclercq, Histoire des conciles, in-8», Paris, 1911, t. iv, p. 217. — • Carmina, éilit. Léo, V, i, 7, p. 102, lign. 20 sq. ; cf. C. Weyman, Les docteurs de l'Église, dans Revue d'iusluire el de Uttiralure religieuses, 1898, t. m,

rédemption, le jugement, le Saint-Esprit, l'ÉglLse, la communion des saints, la rémi.ssion des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle témoignent d'une foi qui trouvait une suprême consolation à s'ailirnier au grand jour, quand les circonstances le permettaient.

" A ce point de vue, les marbres de la Gaule sont de la plus haute importance; cependant les inscriptions de l'Orient ne leur cèdent pas en valeur démonstrative. C'est à elles que nous emprunterons quelques exemples; car là seulement, dans les ruines admirables de la Syrie, nous trouvons des inscriptions qui sortent du type funéraire, le seul ou à peu près qui ait survécu en Occident. Quand on a fait le départ des textes suspects d'intentions superstitieuses, il reste tout un lot d'invocations et d'acclamations, réparties entre le iv= et le VI'' siècle, où la loi se manifeste dans l'élan de la prière. Ce que ces chrétiens orientaux, chrétiens tardifs peut-être, mais animés d'un zèle de néophytes, gravent sur leurs maisons, pour attirer la bénédiction de Dieu et donner à leur acte de foi l'éternité de la pierre, c'est avant tout l'afTirmation répétée de l'unité de Dieu : « un seul Dieu «, « un Dieu unique », « un Dieu, un Christ », « un Dieu, un roi éternel ». A côté de l'alTirmation monothéiste, défi ou protestation à l'adresse du paganisme ambiant, les professions de foi trinitaire se sont multipliées au point de paraître répondre aux clameurs hétérodoxes : « au nom de la sainte Trinité », « grande est la puissance de la Trinité » ; souvent, c'est dans une doxologie que se traduit le même article du symbole, et la « Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit» s'oppose, ainsi que le trisagion, à la formule hérétique de Pierre le Foulon.

" La foi qui se manifeste aussi explicitement est déjà une prière; mais combien souvent elle inspire des invocations plus directes et plus pressantes ! Les appels à l'aide, à l'assistance, à la protection, à la miséricorde de Dieu sont extrêmement fréquents. « Seigneur, souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume » ; « Seigneur, secourez-nous » ; « O Dieu unique, vous qui aimez ceux qui vous craignent » ; « Celui qui s'abrite sous la protection du Très-Haut repose à l'ombre du Tout-Puissant. Il dira au Seigneur: Tu es mon refuge et ma forteresse, mon Dieu en qui je me confie » ; « Seigneur, aie pitié de moi » ; « Que ta miséricorde se mesure à nos espérances » ; « Sauve ton peuple » ; « Seigneur, garde cela à ton serviteur » ; « Marque cette maison de ton sceau et de celui de ton Fils » ; « Christ, entrez » ; « Là où le Christ est bienveillant, c'est le bonheur pour l'homme »; « Christ, tu as mis la joie dans mon cœur, tu nous a fait abonder de froment, de vin, d'huile, dans la paix ». On confie le seuil de la porte à Dieu et au Christ : « Ils garderont à jamais mon entrée et ma sortie » (c'est-àdire mes actions); « Il me bénira à l'entrée et à la sortie ». On s'encourage en songeant que « c'est le Dieu des puissances qui garde l'entrée » ; « S'il est avec nous, qui sera contre nous '.' » « Jésus, né de Marie, habite là ». Les appels à l'hôte divin se font plus pressants : « La victoire est au Christ, arrière Satan 1» « Le Christ toujours vainqueur est là, foi, espérance, amour. Il relève le malheureux de la poussière, il retire le pauvre du fumier » ; « Il est médecin et dissipe tous les maux » ;

p. 562-560. — • Cf. Carmina, V, m, 36-40 ; VIII, i, 55-60

'" Sidoine Apollinaire, Epist., iv, 3, 7. — " S. Grégoire, Episl., édit. Ewald, t. i, p. XLI, cp. LViii. — " .\. Ebnor, Quellen und Forschungen :ur Geschichte and Kunstgeseh. des Mi.isale romanum in\ Millelalter, in-S», Frciburg, 1896, p. 406 sq. — " A. Malnory, Saint Césaire, évéqiie d'Arles, in-8», Paris, 1895, p. 302. — " Faust de Riez, Opéra. édit. Engclbrcclit, Epist. ad Ruricium. 3, p. 445. — " N. Nilles, dans Zeitsclirift liir kalhol. Théologie, 1894, t. xvin, p. 742 sq.

DOGME

« Il est sauveur ». La croix participe à son rôle protecteur : « La croix est victorieuse » ; « La croix présente, l'ennemi est sans force »; « Par ce signe je suis vainqueur de mes ennemis ^ ».

Bien avant ces textes nous en rencontrons en Occident beaucoup d'autres dans lesquels l'effusion moins vive laisse peut-être mieux voir l'ardeur contenue qui mérite de bonne heure aux communautés le nom de cutlores Dei. Ulpien ne fait que rendre témoignage involontairement à la foi des fidèles, lorsque, dans le De officio proconsulis libro septimo, rescripla principum nefaria collegit, ut docerel quibus pœnis afjîci oporlerel eos, qui se cuUores Dei confiterenlur-. et le premier texte épigraphique que ce titre rappelle est celui de la cella de Cherchel (voir ce mot), où les tidèles qui se réunissaient pour célébrer l'agape (voir ce mot) sont qualifiés : CVLTORES VERBI.

Une inscription vue jadis par Bosio, au cimetière d'Apronien (voir ce mot) et aujourd'hui malheureusement perdue ou détruite, semble l'arTirmation la plus parfaite que nous puissions espérer de l'épigraphie (voir Dictionn., t. i, fig. 855) :

v^vr

DEO SANC \^ VNI LVCI TE CVM PA CE

Impossible de songer à transcrire ou simplement à dénombrer toutes les inscriptions portant la mention in nomine Dei, que nous trouvons sur ce marbre du cimetière de Cyriaque (fig. 3805) ^ :

^TôKfAKENTES-^ T

3805. — Inscriplion du cimetière de Cyriaque.

D'après O. Marucchi, I monumenli dcl miiseo cristiano

Lateranense, 1911, pi. li, n. 2.

Vlll-IN NOMINE-DEI-IN P VIII D XXIII DECESIT NO CON PARENTES /o]TI-TRES-HIC-CAPVT-AD CAPVT

Boldelti avait lu sur une inscriplion catacombale : IN VNV CREDEDIT' et nous connaissons déjà celle du cimetière d'Hermès où un jeune défunt de dix-huit ans, sorti du pœdagogium impérial, s'adresse à ceux qui liront son épitaphe et leur dit ' :

PETO A BOBIS

FRA'TRESBONIPER

' I.. .lalabcrt, Épigrniihie, dans Dictionnaire apotnqftique delà foi calliulitiiie, 1010, 1. 1, col. 1412-H43.Cf. A. dcWaal, 71 simbolo apnstolico lltusiralo dette iscrizioni dei primi secoti, Roma, ISOfi. — ' Lactnncc, Dinln. institid., 1. V,c. xi, P. L., t. VI, col. 587. — ' O. Marucchi, / inoiuimcnti dot mtiseo

VNVM-DEVM-NE-QVJS VII-TITE-LOM[o/e4/e/ 5 POST MO[rtem

La divinité du Christ est aussi explicitement professée dans cette formule du cimetière de Cvriaque (fig. 3S06) « :

3806. — Inscription du cimetière de Cyriaque. D'après Marucclii, op. cit. pi. li, n. 3.

IN DCRISTO OMITIA OPE FILIE CARISSIME DO ENI INNOCENTISSIME PVELLE QV Il DIES Vllll ORAS V IN PAGE CVM

et dans la formule non moins claire d'une autre épitaphe de ce même cimetière (flg. 3S07) ' :

.^^-„,^-Yv

AWVfiro jh^DEô lA/NoriT'o

AN)«(Vl-MVD

IHK lltWONAVC

3807. — Inscription du cimetière de Cyriaque. D'après Marucchi, op. cil., pi li, n. 4.

AEQVITIO-IN- * DEO-INNOFITO

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