‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 248 sur 251 · TAS · texte numérisé non relu

TAS

« Tu es sans pareil, tu fais des bonds comme des montagnes. »

A un autre, il dit :

VINCAS NON VI NCAS TE AMA MVSPOLIDOXE

« Que tu sois vainqueur ou non, nous t'aimons, Polidoxe. »

Celui-ci est donc un cheval de course. Mais Pompeia-

serrés au genou; ils ont un béret plat sur la tète; une sorte de justaucorps enferme leur taille, ils portent le manteau rejeté sur l'épaule, à la façon des Espagnols. Les cavaliers ont la lance en arrêt; les gens de pied tiennent une ép^e à la main; le maître de la maison, sur un cheval qui se cabre, conduit la chasse; il est vêtu comme les autres, mais sans armes (fig. 3S20).

Le mosaïste n'a pu figurer tous les détails de la vie d'un grand domaine, il n'a reproduit qu'une partie des bâtiments et quelques épisodes des travaux quotidiens. Parmi les bâtiments, il indique les plus essentieLs ; ici. c'est la résidence du chef du troupeau (pecuarii locus); là, celle de l'administrateur (salluarii janus) ', construction énorme, avec son toit aux tuiles rouges, ses pavillons à quatre étages et ses dépendances plus basses. Mais il y a un tableau plus étrange et plus curieux. Dans un verger où croissent des arbres d'essences différentes, le long desquels grimpe la vigne, au pied d'un

3821. — L' « emplacement du philosophe ■. Mosaïque de Oued Alhmenia. D'après Ch. Tissot, Géographie comparée de la province romaine d'Afrique, t. i, p. -191, pi. m.

nus n'aimait pas seulement ce sport, il aimait aussi la chasse, et ses mosaïques nous l'apprennent en deux tableaux, l'un qui nous montre simplement le parc où il entretient les gazelles, sœplum venationis ; l'autre, beaucoup plus compliqué, qui contient une dizaine de persoimages, et représente ce qu'on appellerait aujourd'hui l'équipage de chasse de Pompeianus. On y voit des chiens, I-'idelis et Caslus, qui poursuivent la bêle, avec des cavahers et des piqueurs, dont on a besoin de nous donner les noms. Ils sont vêtus, presque comme certains montagnards d'aujourd'liui, de pantalons

* M. Gauckler, dans la Hevue générale des sciences, 1890, p. 970, et G. Boissier, Afrique romaine, p. Iti2, traduisent sattuarius par forestier. A. Schultcn, op. cil., p. 54, 55, cite à ce propos un passaj^c de Coliimclle, I, 6 : villico juxta januam fiai habilatio, et entend le salluarius de l'hitcndant, le procuralor, le vilicus du domaine. M. K. Bcaudouin, dans Revue Itisl. du droil, 1897, t. xxi,

palmier chargé de fruits mûrs, une dame est assise sur une chaise à dos. comme une matrone respectable. Elle est élégamment vêtue et porte à la niain un éventail ; devant elle, un jeune homme, couvert d'une tunique courte, tient en laisse un petit chien, et, de l'autre main, abrite la dame sous une ombrelle. Sur le haut du tableau on ht : filosofi locus. C'est le bosquet où se repose le philosophe, le heu des entretiens; le refuge du savoir et de la mondanité dans le vaste domaine rural (lig. 3821).

3° Tabarka. — Commencement du i v siècle. Trois

p. 570, note 4, adopte celte intorprétnlion, mais avec I:t réserve qu'il s'agirait d'un inton<ianl esclave, comme d'ailleurs est presque toujours le vilicus, et par conséquent personnage beaucoup moins considérable que le procuralor, puisque celui-ci, en réRle, est im afTranchi. Dans la description de Columelle, on voit que le vilicus liabitc juxta januam et le procuralor habite supra jitnuani.

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mosaïques trouvées à TabaïUa ont été transportées à Tunis, au musée du Bardo, salle des fêtes '. Elles représentent divers aspects d'une exploitation agricole. C'est d'abord l'habitation du mai Ire, composée de deux robustes tours, réunies par un corps de bâtiment en arrière, dont on ne voit que la galerie supérieure; sans doute tme cour s'étend entre ce bâtiment postérieur et celui qui se présente au premier plan et qui consiste en un rez-de-chaussée percé de cinq grandes tenêtres et surmonté d'une sorte de dentelure qui ressemble à des créneaux arrondis. tJne grande porte cintrée donne accès dans la maison, à laquelle est accoté un bâtiment de destination inconnue. Devant

moutons. Comme dans la cour de la ferme, un verger, des vignes et, au fond, un monticule sur lequel picorent des oiseaux (fig. 38'2I).

4' Kaoua. — A quatorze l<ilomètres d'AmmiMousa, dans la province d'Oran, s'élève un édifice bâti sur une crête en pente assez douce du côté de la roule, roide au contraire de l'autre côté. L'ensemble se compose d'une maison entourée d'un vaste conmiun, le tout fortifié comme une citadelle. I.a construction est en pierres de taille, grosses et bien ajustées; la maison est un carré de 40 mètres; l'enceinte totale a environ 300 mètres de développement. La ruine est en si bon état que l'on ne perd aucim détail du plan ni de l'in-

3S22. — Exploitation agricole. Mosaïque de Tabarka, au musée du Bardo, D'après une photographie.

la maison, un bassin où nagent cygnes et canards, des fleurs, des arbres, des buissons, quelques oiseaux, fai- 'sans et poules faisanes (fig. 38'2'i).

Deux panneaux, de moindres dimensions que le précédent, nous font voir les bâtiments agricoles. La ferme, grosse bâtisse à laquelle sont venus s'ajouter, au fur et à mesure des besoins ou de la prospérité, trois corps de bâtiment, qui s'y adossent sans souci de la symétrie. Deux autres logis en avant de celui-ci et qui sont peut-être des étables. Tout ceci est désert, ni bêtes ni gens, mais seulement quatre ramiers qui se font face deux à deux, ce qui indique assez que le pigeonnier se trouvait dans ces parages. Des arbres fruitiers forment un assez vaste verger et des vignes poussent dans l'intervalle des arbres sur des échalas (fig. 3S23).

Le troisième panneau montre l'écurie, â laquelle un cheval est attaché; dans la cour, une femme lile. tout en surveillant quelques bestiaux; on voil encore deux

lS9fi, p et fig.;

r, Guide du visiteur au musée du Bardo, c lour du monde, 17 octobre 1S96, p. 329 générale des sciences, 30 novembre 1806.

stallation. On a constaté, en faisant les fouilles, que l'incendie avait passé par là.

La maison comprend une cour intérieure, entourée d'un péristyle, sur lequel donnent les portes des appartements et l'escalier qui conduisait à un étage supérieur. Les murs ayant encore jusqu'à 7 mètres et plus de hauteur, il est facile de se rendre compte de toute cette disposition. Sous la cour, deux grandes citernes, de (i™ tO sur 3" 70, hautes d'environ 4 mètres, et dont le trop-plein s'écoulait par un déversoir traversant l'enceinte. On pénétrait dans la maison par une grande porte en plein cintre. Elle ne donnait pas accès dans la cour ; un mur l'en séparait, formant un vestibule éclairé d'une fenêtre. A droite, étaient les écuries, à gauche, une antichambre où donnait l'escalier conduisant à l'étage. Les écuries se composaient de deux salles, petites et surtout fort étroites, avec des mangeoires de pierre encastrées fort haut dans le mur, pour économiser la place; un corridor les desservait, donnant lui-

p. O70, fig. 14; de Beylié, l'habiialion byzantine. Recherches sur l'architecture civile des Byzantins, in-l", Paris, 1902, Irontispice et p. 59, deu.x planches non numérotées.

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même sur le péristyle. J'estime que cinq ou six chevaux n'y étaient déjà plus à l'aise. L'antichambre, où prenait l'escalier qui reste encore en partie, donnait accès à un appartement de trois pièces communiquant par des arcs en plein cintre, et permettait également d'entrer sous le péristyle intérieur. Le péristyle est de quatorze colonnes, posées sur un mur de 0°= 50. Toutes

une autre porte. Pas de communication entre lui et le système intérieur, sinon par cette même avenue et cette même seconde porte. Enfin, le grand portail luimême ne donne point entrée dans la cour, mais seulement dans le vestibule, dont on peut faire un cul-de-sac. Tout est combiné pour que la défense puisse reculerpas à pas et conserver jusqu'à la fin quelques chances^

3823. — • Exploitation agricole. Mosaïque de Tabaïka, au musée du Bardo. D'après une photograpliie

les bases sont encore à leur place, presque tous les chapiteaux et les fûts se sont retrouvés dans la fouille. Là s'ouvrent neuf portes, qui conduisent chacune à une pièce, doublée quelquefois d'une seconde. Telle est la maison intérieure.

Devant l'entrée est une longue galerie qui va jusqu'à la porte de l'enceinte, 'large de 2" 50. Une seconde porte recoupe cette galerie, et entre les deux, à droite et à gauche, s'ouvrait une porte menant aux commun.s. Ceux-ci enfermaient la maison, posant, là où il était nécessaire, sur un soutènement de même appareil '.

Telle est, dans son ensemble, le château de Kaoua. Car c'est bien un château, modification assez simple de la maison romaine pour les besoins de la défense. On l'a en quelque sorte enroulée sur elle-même, autour de la partie centrale, qui peut servir comme de donjon. Pas d'ouverture au dehors, que la porte. Pas d'entrée dans le premier système, sinon sur l'avenue, que ferme

' n. de La lîlanchère, Kaoua, note sur les ruina romaines ilu territoire d'Ammi Mnusa,dans Bulletin de correspondance

La construction se date par divers témoignages. L'appareil des murs est bon, mais les pierres ne sont pas réunies par des crampons comme à la grande époque. Le style d'ensemble n'est pas mauvais, mais le travail est un peu négligé et manque souvent de précision. Des matériaux sont empruntés à des édifices antérieurs. La voûte d'une des citernes, par exemple, est toute faite de fûts de colonnes. Au péristyle, bancs et chapiteaux sont de très basse époque; ils rappellent à s'y tromper la basilique de Tégava ', ce sont des œuvres du iv» siècle au phis tôt. Une clef de voûte porte une c(iIoml]C, sur une porte figure une chasse, un homme et son chien poursuivent une gazelle. Chapiteaux et voussoirs décorés. Tout porte à croire que le ch;Ueau de Kaoua est de réi)oque tliéodosicnne.

IV. AnMiNisTnATioN. — l-"iilre un salins impérial et le snllus d'un particulier, il n'y a pas seulement qu'une différence de complication administrative due au nom-

a/ricaine, 1882, p. 147 sq.

africaine, 1882, p. 23.

' Bullclin de correspondance-

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bre des employés et à leur hiérarchie. Un riche particulier possède un ou deux domaines au plus et, s'il n'y réside pas, il les fait gouverner par un intendant, prncuralor ou vilicus. Un empereur ne s'en tire pas à si peu de frais. Il a dans chaque domaine un procuraforsaHus, qui a sans doute les mêmes attributions et le même prestige que le procurator d'un domaine privé, mais comme l'empereur a de nombreux domaines, qu'il en a dans toutes les pro\ances, il existe, de plus, des admi-

et simplement le trésor privé de l'empereur, ses biens propres, son patrimoine. C'est le pa/nmonium principis, qui, depuis Auguste * jusqu'à Seplime-Sévêre, est le seul trésor privé des empereurs, leur patrimoine intégral. A partir de Septime-Sévère, on voit apparaître à côté de lui le trésor privé, tes privata ', formé des biens personnels aux empereurs, en sorte que, désormais, la distinction est malaisée entre les deux administrations, bien que celles-ci soient nettement dis-

3824. — Exploitation agricole. Mosaïque de Tabarka, au musée du Barde. D'après une photographie.

nistrateurs chargés du gouvernement des domaines impériaux dans des circonscriptions d'étendue variable et, à la tète de tous ces agents, il y a, à Rome, un administrateur qui centralise tout le service et dirige toute cette administration. Il existe même plusieurs de ces directeurs.

Voyons en quoi consiste cette administration centrale. Plaçons-nous, comme le fait M. Beaudouin, à l'époque de l'ancien empire. On sait que, à cette époque, à côté de l'ierarium du peuple romain, de Vœrarium militaire et du ftscus Cœsaris, lequel, tout en appartenant en propre à l'empereur, a cependant, en droit et en fait, le caractère d'un véritable trésor public ', il existe une caisse spéciale, qui est purement

' Marquardt, Finances, p. 384-392. — « Ibid., p. 384-392; R. His, op. cit., p. 2, 3. — ' Spartien, Vita Seueri, xii, 4 : Tuncque primum priualarum rerum procuratio constituta est. Ce sont les confiscations en masse opérées à la suite de la défaite d'AUiinus et de Pescennius Niger qui furent prin-

tinctes, ayant chacune un directeur : procurator patrimonii et procurator rationis privatx. On distingue moins clairement quels sont les biens impériaux relevant du palrimoniam, quels de la res privata. Dans l'opinion générale, le patrimonium serait le domaine de la couronne, c'est-à-dire qu'il comprendrait les biens qui entrent dans le patrimoine impérial à un titre public (par exemple, par suite de confiscations), en d'autres termes, qui appartiennent à l'empereur en tant qu'empereur, tandis que la rcs privata serait la fortune purement personnelle de l'empereur, celle qui lui est échue en vertu d'un titre privé et qu'il possède en tant que particuher'. Cette opinion paraît devoir être abandonnée ' et c'est le patrimonium qui est con-

cipalement l'occasion de cette création. — • Marquardt, op. cit., p. 395, suivi par la majorité des auteiu-s. — ' Karlowa, Rômische Rechtsgeschichte, t. i, p. 505, 506: Wiart. op. cit., p. 7, note 1; R. His, op. cit., p. 6, note 1; E. Beaudouin, op. cit., p. 574.

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stitué par les biens privés de l'empereur, tandis que la res privata est le domaine de la couronne '.

Intendant. — Quant aux directeurs généraux de ces deux services, les textes nous les font connaître. De ces deux procaratores, l'un patrimonii, l'autre rationis privatse, celui-ci a une situation beaucoup plus relevée ^ et qui peut être rapprochée sans doute de celle du procurator a ralionibiis, ainsi qu'on appelle le directeur général du fisc; l'autre n'est guère qu'un subordonné.

A l'époque du bas-empire, la principale difficulté vient de la terminologie défectueuse des sources juridiques; on y désigne les domaines et leurs services administratifs par des termes employés à tort et à travers et dont la signification varie suivant les temps '. A travers cette confusion, on distingue trois classes de domaines impériaux * :

1 o La res priixila, c'est-à-dire les biens de l'empereur qui lui appartiennent en tant qu'empereur, en d'autres termes, qu'il a acquis à un titre public '.

2° Les lundi patrimoniales, c'est-à-dire les biens personnels et patrimoniau.x de l'empereur, ceux qu'il a acquis à un titre privé '.

3° Les prœdia domus divinx, qui se composent de domaines particuliers dont les revenus sont affectés à l'entretien de la cour, et forment ainsi ce que nous pourrions appeler: la liste civile des empereurs. C'est dans cette troisième classe qu'il faut ranger une certaine catégorie de biens dits priedin tamiaca, composés des domaines impériaux situés en Cappadoce '.

Le directeur de l'administration de la res privata. qui s'appelait sous le haut-empire procurator rationis privatœ, prend depuis la fin du m' siècle le titre de magiste.r rei privatœ; sous Constantin, ra^ionahs rci priuatœ et, à partir des fils de Constantin, cornes rci privatœ ou cornes rtrum privatarum '. C'est un très grand personnage, l'égal et comme le pendant du cornes sacrarum largitionum, directeur de l'administration du fisc, c'est-à-dire du trésor public. Depuis la mort de Théodose, il a le titre considérable d'illiistris '.

Ses fonctions sont très importantes. Par défmi'Jon, il est le chef suprême de l'administration du trésor de l'empereur et des domaines impériaux. Mais, de plus, il possède un droit de contrôle supérieur, jusqu'à Anastase, sur l'administration des fundi patrimoniales eu\mêmes. et, jusqu'à Justinien, sur la plus grande partie des biens faisant partie de la domus divina ">. Il est le véritable ministre du trésor privé et des domaines ". De plus, il exerce juridiction : 1" ralione personœ, sur tous les employés de son o/ficium, comme l'ont d'ailleurs tous les hauts dignitaires du bas-empire, et (avec quelques restrictions) sur les administrateurs, sur les locataires cl sur les colons des domaines impériaux; 2" ralione materiœ, et dans les affaires intéressant la res privata (en seconde instance au moins et également avec des restrictions) '-.

^ Cette dernière opinion se fonde sur deux passages d'Ulpicn, Digeste, XXX, xxxix, 8 et 10: cf. Code Justinien, II. Lxxi, Lxxiii. — ' Cela résulte d'une façon certaine des cursus lionorum des procuralores patrimonii et des proc. rat. priu., d'après les inscriptions. — ' H. His, op. cit., p. 17-27, sur ht terminologie des sources juridiques du bas-empire. — * R. His, op. cit., p. 27- 33; Wiart, op. cit., p. 1-14. — • R. His, op. cit., p. 27, 28; Wiart, op. cit., p. 7, 8. — • R. His, op. cit., p. 2S. Sur la dilTérence entre les /undi patrimoniales et la res privata, ibid., p. 18-21 ; Wiart, op. cit.

— ' R. His. op. ci(., p. 28-31; Wiart, op. cit., p. 5, 6. — • R. Mis, op. cit., p. 49; O. Hirschfold, op. cit., p. 44, 47. — • R. His, op. cit., p. 4'J, 50; Wiart, op. cit., p. 3.

— '" Sur les expressions domus diuina, domus nostra, domus augusta, lundi tamiaci iuris, dans les codes du bas-empire, cf. R. His. op. cil., p. 21-23, 2(i. Quelquefois domus divina ou domus nostra signinent. non plus les pr;rr/(a spéciaux, mais la res privata et, en certaines circonstances, les biens des

Son oljlcium est considérable et comprend une série de bureaux dont les commis à tous les échelons peuvent atteindre réguUèrement au nombre de trois cents ">.

Les jundi patrimoniales virent leur administration entièrement transformée par l'empereur Anastase (491-517), qui sépara complètement le patrimonium de la res privata et en confia l'administration à un fonctionnaire distinct, créé spécialement pour prendre la direction de ce nouveau service et tout à fait indépendant du cornes rei privat!r:c'es,l[e cornes patrimonii ", qui est l'égal du comes rei privata; illustris comme lui'* et, comme lui, entouré d'olficiales ".

Il est remarquable qu'à l'époque où l'empire d'Orient opérait cette transformation, une réforme semblable s'accomplissait dans le royaume ostrogoth d'Italie ". Dans les lettres de Cassiodore et d'Ennodius, nous voyons apparaître, en ellet, tout comme en Orient, un comes patrimonii, qui a l'administration générale des biens privés du roi et qui reçoit les plaintes des fermiers et des domaines royaux ". 11 existe toutefois des dillèrences importantes entre le comes pUrimonii de l'empire d'Orient et celui du royaume des Ostrogoths. Ce dernier a pour fonction essentielle de veiller à l'entretien de la cour et de la table royale, tandis que. en Orient, c'est )a domusrfiui/ia et ses fonctionnaires oui ont la charge de ce service ". Il n'en est pas moins intéressant de constater à 1« même époque, dans l'empire d'Orient et dans le royaume ostrogoth d'Italie, la création d'une administration spéciale du patrimonium et d'un fonctionnaire spécial pour diriger cette administration.

La domus divina comprend une catégorie de biens qui ont été distraits de la res privata, dans la seconde moitié du iv« siècle, et dont l'administration, à partir de cette époque, forme iin service à part. Les biens impériaux situés en Cappadoce constituent comme le noyau et le premier élément (en 379) de ce nouveau trésor impérial ". Le directeur porte le titre de comes domorum, et est subordonné, non au comes rci privatœ, mais au prieposilus sacri cubiculi ".

Dans la suite du temps, d'autres domaines impériaux ont été également distraits de la res privata. Au yi'^ siècle, la domus divina comprend des biens situés dans un grand nombre de provinces d'Orient, dans la préfecture d'IUyrie, dans le diocèse du Font, dans les provinces d'.Armcnie, d'Hellespont, de Phénicie, d'Arabie. En Occident, l'Afrique est la seule province où il existe de pareils biens ".

En Cappadoce, l'administration des domaines dépend du comes domorum. ayant titre de spectabilis et subordonné au prœposilus sacri cubiculi, dirigeant un ofjicium dont les employés portent le nom de coniitiani". Justinien réorganisa cette administration. Le comes domorum disparut et le soin des domaines lut remis au proconsul de Cappadoce, sous l'autorité supérieure du prœposilus sacri cubiculi.

empereurs, en général. — • " R. His, op. cit., p. 50; Wiart, op. cit., p. 20, 27. — " Sur la juridiction des comes rci privât r, R. His, op. cit., p. âQ, 51. — " R. His, op. cit., p. 54 ; E. Benudouin, op. cit., 1897, p. 578-579. — "Lydus, De magistratibus, I. II, c. xxvii; R. His, op. cit., p. 73; Wiart, op. cit., p. 8-11. 30. — " R. His. op. cit., p. 73. — ■• Ibid., p. 75. — " Sur le comes patrimonii du royaume des Ostrogoths, cf. R. His, op. cî(., p. 74, 75. — "Textes dans R. His, op. cit., p. 74, notes 3 à 7, p. 75, notes 1, 2, 4. — " Chex. les Ostrogoths, la classe spéciale de biens appelée, par les textes relatifs à l'empire d'Orient, du nom de domus divina n'existe pas; on voit, par les lettres de Cassiodore, que les deux mots domus rcgia et patrimonium principis sont synonyuïes en droit public. Le patrimonium des textes de Cassiodore ciirrrspond à la fois aux fundi patrimoniales et aux fundi dnmus divina' des coties. — *** R. His, op. cit., p. 75. — " Ibid., p. 70, note 1. — " Textes dans His, op. cit., p. 70, notes 2 A r>. — " It. H is. Die Domùnen der romi.sclten Kaiserzcit, Leipzig, 1890, p. 70, 77.

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Ces domaines impériaux sont répandus, on l'a dit, dans toutes les provinces de l'empire et chacun d'eux ■est immense; aussi il existe une direction générale à Rome et, dans toutes les régions où ces domaines sont particulièrement nombreux et importants, on rencontre des directeurs locaux, cliargés d'administrer des circonscriptions plus ou moins étendues. Sous le hautempire, ces directeurs sont qualiliés procuralores, mais distincts des procuralores ordinaires en ce qu'ils administrent, non un domaine particulier, mais une circonscription de domaines. On les rencontre en Italie, en Bithynie, dans le Pont et la Paphlagonie ', en Afrique surtout et principalement dans la Proconsulaire et la Numidie. C'est là que l'abondance et la précision des •documents permettent de les mieux étudier.

En Afrique, l'importance et le nombre des domaines impériaux étaient tels que leur administration débordait l'effort d'un seul procarator ou même de deux procuralores. Il fallut que l'Afrique proconsulaire et la Nu- Tnidie fussent divisées, au point de vue de l'administration des domaines impériaux, en plusieurs circonscriptions, appelées Iraclus, avec procurator à la tète de ■chaque tractus. On connait, grâce aux inscriptions, ■quatre tractus africains : Carthage, Hadrumète, Théveste-Hippone et Leptis Minor-Tripoli ^. Jusqu'ici on Tie connaît pas de procuralores tractus ailleurs qu'en Afrique '. Dans les autres provinces de l'empire romain, les procuralores chargés, non d'un domaine particulier, mais d'un district comprenant plusieurs domaines impériaux, ont pour circonscription au moins une province tout entière, et souvent même plusieurs provinces réunies.

Le personnel administratif d'un tractus africain nous •est également connu '. Les inscriptions d'un cimetière de Carthage fouillé par le P. Delattre, où étaient enterrés ensemlile les nombreux ofjicialcs d'un procurator iraclus Carlhaginiensis, nous rendent presque familiers l'intérieur des bureaux de ce fonctionnaire et tout le monde qui y vivait ^

Nous faisons ainsi connaissance avec toute cette population de petits employés, d'affranchis et d'es- ■claves attachés à l'administration du tractus, gens de bureau proprement dits, expéditionnaires, percepteurs -chargés de toucher les revenus du domaine, caissiers, arpenteurs, courriers, soldats : tabularii, adjutores labu- Jarii, adjutores a commentariis, librarii, nolarii, dispensatores regionis, procuralores rcgionis, prœcones, agrimensores, ctiorographi, cursores, pedisequi, mcdici, milites. 11 faut observer surtout, au point de vue topographique, parmi ces employés du tractus de Carthage, ceux qui portent le nom de procurator ou dispensator

' Wilmanns, Exempla inscript., n. 1293; Corp. inscr. iat., t. m, n. 1456; A. Schulten, op. cil., p. 71,72 ; O. Hirschfeld, op. cit., p. 45; E. Beaudouin, op. cit., 1897, p. 584, note 1. — ' E. Beaudouin, op. cit., p. 585, note 1. — * Ibid., p. 585 et note 2, sur les tractus en Italie. — ' A. Schulten, op. cit., p. 66-68, 74-75; R. His, op. cit., p. 4. — ' Corp. inscr. Iat., t. viii, n. 12590 à 13214; Delattre, dans Revue arcliéologique, 1888, t. xii, p. 151 sq.; E. Babelon, Carthage, p. 144-146. — •Corp. inscr. (ai., t. viii, n. 12879,12.880; cf. n. 12892. — ' Par exemple, le sénatus-consulte de nundinix saltus Beguensis, dans Corp. inscr. lai., t. viir, n.-1145I. — " Regio Thuggensis, regio Assurilana. — ' Sur la signification du mot regio, dans son rapport avec tractus et sattus, cf. .\. Schulten, op. cit., p. 67, 68. — " llommscn, dans Hermès, xv, p. 399, 400; Fernique et Gagnât, dans Revue arcliéologique, ISSl. t. XLi, p. 149, 150; E. Beaudouin, op. cit., p. 587, note 5. — " A. Schulten, op. cit., p. 69. Exceptionnellement, les prucuralores du tractus d'Hadrumète ont touché quelquefois 200 000 sesterces. Corp. inscr. laL, t. vni, n. 11341, 11174. — '* A. Schulten, op. ci/., p. 69; Corp. inscr. Iat., t. vi, n. 790; t. XIV, n. 176; Orelli, Inscripl. latinar. sélect., n. 3355. — " iVo(i(. dignit, Occid., c. xi, édit. Bôctiing, t. il, p. 52, 53; H. His, op. cit., p. 55, 56; Wiart, op. cit., p. 33; E. Beaudouin,

DICT. D'aRCH. CHUKT.

regionis '. Leur présence en ce milieu prouve qu'ils étaient, eux aussi, les subordonnés du procurator du tractus de Carthage, et, par conséquent, que les regiones étaient des subdivisions des tractus. Il arrive quelquefois que les mots regio et saltus soient synonymes'. Mais, dans le tractas de Carthage en particulier, il en est difléremment. De plus, il est remarquable que la regio, dans ce même tractus, porte généralement le nom d'une ville et non celui d'un domaine particulier '. On doit en conclure que la regio est formée par la réunion de plusieurs saltus voisins dont ordinairement une ville est le centre (la ville dont la regio porte le nom) '.

Les procuralores tractus sont de rang égal aux procuralores ordinaires des provinces impériales, et portent le titre de viregregius^'',avec un traitement de 100 000 sesterces ";ce n'est qu'exceptionnellement qu'on rencontre des affranchis, ainsi d'ailleurs que parmi les procuralores des provinces ".Le nombre de ces administrateurs des domaines de toute une province ou d'un groupe de provinces augmente sous le bas- empire et l'organisation de ce service s'est alTermie et régularisée; nous voyons dans la Xotilia dignitalum l'existence de rationales rei priyn^iv, chargés de l'administration de la res privala dans chaque diocèse" et dans des provinces déterminées ".

Les rationales des diocèses ont la surveillance de toute la partie administrative et bureaucratique relative à la gestion des intérêts fmanciers de l'empereur. Ils ont juridiction sur leurs officiâtes, sur les coloni des domaines impériaux, mais avec certaines restrictions, dans les procès où la res privala est intéressée ". Quant au droit de poursuivre le paiement des fermages et autres redevances dues par les domaines, la législation a varié; mais le plus souvent c'est au gouverneur des provinces que ce droit fut réservé, du moins à partir du v» siècle et notamment à l'époque de Justinien ". Seulement, si c'est le gouverneur provincial qui a ainsi l'exaclio des redevances dues, il faut remarquer qu'il n'exerce un pareil droit que sous le contrôle de l'autorité des cornes rei privalse ". Les rationales, comme le cornes rei privala?, ont à leurs ordres des officiâtes qui sont appelés généralement cœsariani ou calholiciani ".

En ce qui a trait à l'administrateur du domaine, il est exact de dire qu'il n'y a pas de différence essentielle entre le domaine impérial et le doiraine d'un particuher. L'un et l'autre sont gouvernés par un intendant appelé procurator et plus rarement pr.rfectus, rilicus, actor '". Tandis que le procurator saltus est, en règle, un affranchi, le vilicus et Vactor sont généralement des esclaves "•. L'inscription de Soulc el Khmis nous montre le procurator saltus ayant pleine autorité sur tous

loc. cit., 1897, p. 588, note 1. — " Ibid., Occid., c. xi, édit. Bôcking, t. II, p. 53; E. Beaudouin, op. cil., 1897, p. 588, note 2. — "R. His, op. ci(., p. 50-61. — " R. His, op. cit., p.57,notes 1, 2;Wiart, op. cit., p 32, notes 1 et2. Quant à la réception et à l'encaissement des revenus des domaines impériaux (suscipere), cette fonction, dans cette période, de droit, a toujours appartenu aux gouverneurs. Sur ce point et sur l'organisation du bureau établi dans le cheflieu de la pro\-ince pour recevoir le paiement des revenus des domaines, R. His, op. cit., p. 56, 58, 59; Wiart, p. 32, 34, 35. — " Cf. R. His op. cit., p. 57. — " Ibid., p. 61. — " Corp. inscr. Iat., t. v. n. 5503 : curator, et Anal, boit., t. IX, p. 119; pnrfectus, dans Gagnât, Année épigr., 1S96, n. 117; .laltuarius, dans Corp. inscr. lai., t. viii, n. .5383, et A. Schulten, op. cit., p. 82, 83; voir aussi ce qu'on a dit de la mosaïque de Oued .■\thnieD'a; vilicus, dans Corp. inscr. Iat., t. VI, n. 276: Orelli, n. .i015; actor, dans Corp. inscr. Iat., t. VIII, n. 8209; t. vi, n. 721; Orelli, op. cil., n. 2865. Les mots vilicus et actor ne sont pas exactement synonymes; cf. A. Schulten, op. cit., p. 84; R. His, op. cit., p. 88, note 1; J. Marquîirdt, Vie privée des Romains, trad. Henry, t. i, p. 163, note 1. — " E. Beaudouin, Les grands domaines dans l'empire romain, dîuis S'otiu. revue liistor. du droit français et étranger, 1897; p. .593, note 3, p. 591, note 1.

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