‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 65 sur 251 · IV · texte numérisé non relu

IV

DAUPHIN

C'est surtout la glyptique qui nous donne une belle récolte de monuments. A Spalato, au nmsée, une gemme provenant de Salone présente le dauphin sur un trépied '. Gorlaeus a fait connaître un anneau d'or portant en chaton une sardoine gravée ornée du dauphin sur l'ancre 2; une autre pierre pubhce par Bottari

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M)ON/\TA SXTV

3613. — Gramte.

D'après Bullet. di arch. crisU, 1888, p. 103, pi. vi-vii.

oflre le même sujet ^ également une gemme publiée par Gori * et l'anneau d'Adhémar, évèque d'Angoulème (1076-1101), en or, ayant pour chaton une agate avec le dauphin enroulé sur un trident et à côté nage un petit poisson = (fig. 3615 ). La technique est irréprochable et ne

tation tout imprégnée de symbolisme. Le dauphin c'est le Christ dans le sillage duquel s'avance le fidèle. L'inscription d'Abercius à Autun parle du « grand poisson » naaaEfsOii xaOapov «, en comparaison duquel nous sommes de petits poissons, piscicuU, suivant l'expression de TertuUien, dont on croirait avoir sur notre pierre gravée le commentaire, quand il écrit : nos pisciculi secundum iySJv nostnim Jesum Chrislum in aqua nascimur, nec aliter qiiam in aqua pernianendo salvi sumus '. De la bouche du dauphin sortent des fdaments qui pourraient à première vue lui donner l'aspect d'un polype. Nous trouvons deux pol\,T)es ligures sur une mosaïque chrétienne de Pesaro » dans laquelle nous voyons un poisson qui dévore un polype. Nous avons sur un nicolo une autre représentation d'un poisson dévorant un polype et ici aucun doute n'est plus possible, on lit dans le champ : IX0YCCOTHP et, comme sur l'anneau d'Adhémar, on voit, à côté du grand poisson qui dévore, un autre de moindre taille '.

3614. — Sceau eu lorme de dauphin.

D'après Bullet. di arch. en»/., 1879, pi. xi, n. 2.

permet pas de reporter la gravure de cette gemme à une période postérieure à l'époque des Antonins. Cette date reculée serait de nature à laisser un doute sur l'origine chrétienne de l'agate, si le rapprocliement du dauphin enroulé sur le trident, figure de la croix, et du petit poisson qui nage sans aucune crainte de conserve avec l'autre ne prouvait que nous avons ici une interpré-

' De RossI, Bull, di archeol. crisl., 1880, p. 100. — ' Gorlaeus, Dactuliollieca, 10-4°, Lugd. Batav., IG'JS, 1. 1, n. 181. — •Bottari, HcuUure e pilture, ia-to\., Romœ, 1737, t. m, p. 31. — * Gori, TItesaurus gemmarum aslri/erarum, in-4">, Florenliœ, 1750, t. ii, pi. 188, p. 215; t. iii, p. 96. — ' De Hossi, Bull, di archeol. crisl., 1870, p. 49. Sur le trident llguranl la croix, De Rossi, Roma sotterr., t. il, p. 317; Dictioiin., t. I, au mot Anche. — * De Rossi, Roma sotterr., t. ii, p. 338; voir Dictionn., t. i, au mot Autun, col. 3195. — ' Tcrtiillien, De baptismo, c. i, P. I.., t. i, col. 1198. —

3615. — Anneau d'Adhémar d'Angoulème.

D'après Bull, di arch. crisl., 1870, pi. iv, n. 6.

On ne s'explique pas la raison qui empêcherait les fidèles d'avoir figuré le Sauveur sous la forme d'un poisson et non sous la forme d'un dauphin ou d'un crustacé. 11 faut laisser très large la part de la fantaisie des artistes chrétiens, surtout de ceux qui travaillaient sur commande de petits otijets portatifs et qui devaient se prêter aux exigences de leurs clients beaucoup plus

3610. — D'après Hottiui, Sculture e pilture, t. m, p. 19-31.

3U17. — D'après Gorlaeus, IJactyliotheca, 1695, t. i, 11. 181.

([ue ne le faisaient peintres ou marbriers. Le polype dévoré doit-il représenter ici la lutte de Satan et sa défaite par le Christ, c'est possible, mais nous n'en savons rien (fig. 3616-3617).

Une gemme, précieuse entre toutes, nous montre comme l'épitaphe d' Alexander, le vaisseau de l'ïîglise supporté par le poisson qui semble êli'c un dauphin '•. Sur une cornaline, nous voyons deux dauphins accos-

•G. Carducci, Sul grande musaico reccntemente scopcrto In Pesaro e sulV aniico ediftzio al quale serui di pavimenio, in-8», Pesaro, 1867, p. 43. — • De Rossi, Bull, di arch. crisl., 1870, p. 08, pi. IV, n. 10; H. Lcclcrcq. Manuel d'arcli. r/irt'f., t. II, p. 379, fig. 288. L'original est perdu, nous ne le connaissons (|UC par le dessinateur de Foggini qui n'a rien iinnginè de mieux que de représenter un homnrd. Costadoni (lul a vu la gemme dit aussi qu'elle figurait deux crustacés. — " H. Leclcrcq, Manuel d'nrchfol. chrét., t. il, p. 375, note 2, fig. 280.

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tant une ciste remplie de pains eucharistiques '. Un des plus beaux monuments et des plus significatifs est une lampe en bronze trouvée à Porto ^. Cette belle pièce, du iv<^ siècle, appartient à un type très élégant et qui a obtenu de la vogue '. La lampe nITrc le profil d'une nacelle dont la haute poupo serait formée par le cou et la tête d'un grilTon. Le monstre tient un fruit dans son bec; sa tète est surmontée du monogramme du Christ sur lequel perche une colombe. Au-dessus du fleuron qui entoure le bec de la lampe on voit un dauphin tenant un i)ain dans sa bouche et placé à la proue de la nacelle comme un vigilant conducteur. Ce dauphin ne se retrouve pas sur une lampe presque identique trouvée à Madda-

3618. — Lampes dites dauphins.

loui en Campanie «, mais par contre, il orne la proue d'une lampe de bronze de forme semblable, sans griffon, conservée au musée d'Alger '. La lampe a la forme d'une nacelle, symbole de l'ÉgUse; la poupe est surmontée (le la croix monogrammatique triomphante, fichée sur la tête du griffon infernal qui tient dans son bec la pomme du péché de nos premiers parents. Comme antithèse au fruit mortel, le dauphin-Sauveur frétille sur la proue et offre le pain eucharistique ". Cette interprétation est certainement hors de doute. IV. Lampes. — Les textes anciens recueillis par Du Gange, au mot Delphinus, nous font connaître un emploi distinct de ce terme. Dans les énumérations du luminaire donné aux églises élevées par ses ordres. Constantin prodigue les « dauphins » et le Libfr pontificalis enregistre complaisamment ses prodigaUtés. Ce luminaire est ordinairement disposé en forme de couronnes d'où rayonnent des branches auxquelles leur apparence valut le nom de « dauphins ». Coronas qiiattiior cum delphinis viginli ex aura purissimo pensantes

' H. Leclercq, Manuel d'archéol. chrét, t.ii,p.380, ng.290. L'inventaire pourrait continuer sans grande utilité, car il y a peu de variétés, cf. .\. Lupi, Epitaphium Seuera:, in-4", Panorrai, 1734, p. 53, 185, mais sont-ce bien dos dauphins ? Passionei, Tscrîzioni antiche,ch. xii, n. 14, p. 113((iauphinot trident); Fabretti, Inscript, antiq., 1699, p. 587, n. 102 (sarcophage du sculpteur Eutrope, cf. H. Leclercq, Manuel, t. ii, p. 284, fig. 234); Lcnoir, Monum. de la France, in-fol., Paris, 1840, p. 5, pi. IV (sarcophage d'Aix); cf. F. Piper, Mijifiologie undSymbolik,i. i, p. 222. Une gemme, publiée parCostadoni, montre le dauphin nageant et en légende A IX0YC Cû, J. Dôlger, Dcts Fischsymbol in friihcivîstlicher Zeit, lîomc, 1910, 1. 1, p. 332, n. 64. Urne au musée Kircher, Lupi, Epilapliium Seuerœ, p. 53, 185. — ' De RossI, Bull, di archeol. crist..

sinrj. libras 15... — Farum ex aura purissimo, quod pendel sub fastigio eum delphinis quinquaginta qux pensant cum catena sua libras 25. — Farum... cum delpfiinis ocluaginla... Farum... cum dclpliinis centum et viginti. Ces dauphins se voient déjà dans les peintures pompéiennes. A Djcmila, on a trouve un lampadaire soutenu par trois dauphins et un petit dauphin dont la queue se boucle en anneau et dont la gueule porte une

3619. — Orante en prière entre deux trépieds, supportant des dauphins. Stèle funéraire du musée de Berlin.

rainure destinée à s'encastrer dans la languette d'un lustre. La célèbre lampe-basilique trouvée près d'Orléansville est à dix dauphins ', distancés d'environ 0"10. Si on prend cette distance comme base de calcul, on arrive à ce résultat qu'un lustre de cinquante dauphins avait 5 mètres de circonférence et un diamètre d'environ l^GG; pour quatre-vingts dauphins 2"'66 de diam. ; pour cent vingt dauphins, 12 mètres de circonférence et 4 mètres de diamètre. Les dauphins étaient creux; ils pesaient, à deux, moins d'une livre. Pour la confeclion on martelait la feuille de métal sur un moule en bois qu'on retirait ensuite, si le métal était assez fort pour se tenir rigide et supporter aussi le poids d'une veilleuse, verre et liuilc. Cependant pour le farum de cent vingt dauphins, chacun n'ayant que 139 grammes d'argent, il faut supposer une sorte de martelage d'argent appliqué sur une forme permanente. ■V. Emblème. — L'art héraldique a fait usage du dauphin à une époque postérieure à nos études '.

1868, nov.-déc, 1870, p. 72-73; et Lellro de M. Oaillès, évêque de Luçon, p. 74-76. — ■ ' Rapprocher les types de Porto et de Maddaloni, de ceux d'Alger et de Basilewski. H. Leclercq, Manuel d'archéol. chrét., t. il, lig. 371, 376. — * Héron de Villcfosse, Lampe chrétienne trouvée près de Bénéucnl, dans Bull, de la Soc. nat. des antiq., 1899, t. LX, p. 262-267. — ° O. Doublet, ^tuséc d'Alger, pi. xiv, n. 4; n. Leclercq, Manuel d'archéologie chrétienne, t. il, p. 566, fig. 376. — ' Garrucci, Sloria deW arle cristiana, t. vi, pi. 470, n'en croit rien; la coïncidence selon lui est purement fortuite. — ■ ' H. Leclercq, Manuel d'archéologie chrétienne, t. II, p. 559, note 3, flg. 368. — • J. StrzygowsUi, Koplisclie Kunst, in-tol.. Vienne, 1904, p. 296, n. 9153,

pi. XXXIII.

DAUPHIN

DAVID

Une lampe copte, pouvant dater du v«-vi= scièle, se compose d'une couronne en bronze vert, diamètre 0"'254, hauteur 0°"083, et douze dauphins également en bronze mesurant 0'"12: cette lampe provient d'une église copte; elle est suspendue par trois chaînettes à une longue chaîne (3'°45) ornée de trois croîx '. L'art copte nous oITre un autre exemple curieux sur une stèle funéraire. Une orante debout, en prières, entre deux candélabres composés d'un trépied surmonté de trois pirouettes, une soucoupe et un dauphin (fig. 3619). Ce monument est conservé au musée de Berlin, n. 883U du musée égyptien \

H. Leclercq.

DAVID, .\ringhi, qui ne se piquaît pas d'exactitude, assurait avoir rencontré le personnage symbolique de

3620. — David armé de sa Irondc.

D'après ^^'i!pc^^, 7^e pillure, pi. lv.

David, in nonnullis crypHs '; la rencontre se réduit :i un exemple unique, celui que nous conserve un plafond dans le cubicule III du cimetière de Domitille et qui

à l'exomidc, tenant la fronde armée d'une pierre dans la main droite et dans la main gauche une panetière avec sa provision de projectiles, que les Romains appelaient rilandie missiles. Goliath est omis, ainsi que dans la plupart des représentations symboliques catacombales où les sujets sont réduits à leur minimum de complication.

Cette simplification disparaît dés que nous abordons l'art des sarcophages. Dès lors David et Goliath se montrent chacun avec ses attributs distinctifs, fronde et pcdum, c'est-à-dire la houlette entre les mains de David; le bouclier, parfois aussi la lance et le casque caractérisant Goliath. Par une distraction singulière, David enfant et le géant GoUath sont représentés de même taille ', ce qui enlève au combat sa disproportion redoutable et le sens symbolique d'assistance et de déUvrance providentielle qu'y attache l'Ordo commcndalionis animœ quand îl écrit : Libéra, Domine, animam ejus [defuncti] sicul liberasti David de manu régis Saul et de manu Goliath.

Un sarcophage de Reims nous montre David et Goliath de même taille; l'inégalité n'existe que dans leurs armes, l'un a la houlette, l'autre un bouclier '; à Vienne, un fragment représente David vêtu d'une robe tombant jusqu'aux talons et Goliath armé du boucher'; un autre, dans la même ville, David maniant la houlette et la fronde et GoUath casqué et le bouclier à la main ". Le plus intéressant de ces sarcophages gaulois est un sarcophage de Marseille sur lequel au centre, dans une couronne à lemnisques que soutenaient deux génies ailés rappelant le type de la Victoire, était le Christ, assis sur un trôiie à escabeau, tenant le livre de la Loi et étendant la main droite ". .\ gauche, le combat de David et Goliatli. D'après la copie de RuITi, qui nous fait connaître ce monument, le jeune pâtre qui tient sa fronde portait une palme, que le dessinateur de Peiresc paraît avoir également vue. Ne serait-ce pas plutôt un pedum comme sur le sarcophage de[Reims "'?

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