‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 68 sur 251 · DÉBITEURS · texte numérisé non relu

DÉBITEURS

derniers devoirs, ne soient pas forcés de sacrifier leur bon droit, nous ordonnons de rescinder et d'annuler tout ce qui sera fait au moment où le mort est conduit au tombeau, soit qu'une reconnaissance de la dette ou des fidéjusseurs aient été exigés, soit que des gages aient été saisis. On fera restituer les gages, et rendre l'argent qui aurait été paj'é, les fidéjusseurs seront dégagés, et d'une manière générale on remettra toutes choses en leur premier état, sans aucune modirication; ensuite on statuera sur la cause principale, les choses restant entières. Pour celui qui sera convaincu d'un pareil crime il sera condamné à une amende de cinquante livres d'or, ou, s'il n'est pas en état de les payer, le juge compétent le condamnera à une peine corporelle '. »

Quelques années plus tard, en 537, Justinien en renouvelle la prohibition et renforce la sanction. Voici ce que rapporte l'empereur. « Un homme se prétendait le créancier d'un autre. Apprenant que ce dernier était à son lit de mort, il rassembla des hommes armés ((jTpaT'.tiJTi;), des esclaves et d'autres personnes, autant qu'il en put trouver, et envahit la maison du moribond. Celui-ci ne cessa de protester et de crier au secours jusqu'à ce qu'il rendît l'âme sous le coup de ces violences. Le créancier, ou soi-disant tel, mit les scellés sur tout ce qui se trouvait dans la maison, sans qu'aucune autorité publique fût présente, sans observer en rien l'ordre légal et régulier. Ce ne fut pas tout : il ne craignit pas d'outrager le cadavre et s'opposa d'abord à ce qu'on lui donnât la sépulture. Puis quand on eut obtenu de lui à grand'peine qu'on put sortir le mort de la maison, d'autorité et publiquement il arrêta le convoi et saisit le brancard, déclarant qu'il ne le laisserait point si on ne lui payait son dû; enfin il accepta un fîdéjusseur et permit de remettre le corps à la terre '. »

Un tel scandale eut du moins ce bon effet de provoquer une loi de Justinien destinée à en empêcher le retour. Il n'était pas rare de voir des poursuites judiciaires co'incider avec l'agonie d'un débiteur '; en pareil cas rien de plus régulier, il s'agissait d'éviter les difficultés que présenteraient la liquidation de la succession, la renonciation possible des héritiers. Mais tous les créanciers ne s'accommodaient pas des lenteurs de la procédure légale et y suppléaient sans autre embarras. Justinien ne l'admet pas et décide qu'en pareil cas le créancier, à tout événement, perdra sa créance et sera déchu de son droit, s'il était bien fondé; de plus, il devra payer aux héritiers de la victime une somme égale à celle qu'il réclamait, « enfin il subira la confiscation du tiers de ses biens et sera noté d'infamie, comme il est porté dans les lois de l'empereur Marc-Aurèle ♦. » Justinien trouve insuffisante la loi de Justin relativement à l'arrêt du cadavre et déclare passible des mêmes peines que ci-dessous celui qui exerce des violences sur son débiteur mourant °. Dans sa Novelle CXV, c. 1, Justinien complète cette réglementation par une

■ Code Justinien, 1. VI, tit. ix. 1. 19. — ' Novelle LX, prooemium, édit. Kriegel. — ^ Sidoine .\polIinaire, Epist.^ I. IV, n. 15, édit. Baret. — ' Novelle LX, c. 1 ; pour ces lois de Marc-Aurèle, voir le Digeste, I. XLVIII, tit. vu, 1. 7, 8. — ' Novelle LX, c. 1, n. 1. — ' Digeste, 1. XI, tit. vu, 1. 38.— ' Digeste, 1. XLVII, tit, xii, 1. 8. — • Digeste, 1. XXVII, tit. XII, 1. 3, n. 4. — " Dans tout ce passage, saint Ambroise établit ime comparaison constante entre l'acte du créancier qui arrête le cadavre, et l'exécution sur la personne du débiteur vivant, permise et réglée par la loi romaine. Les diveises expressions techniques qui désignaient les diflérentes phases de cette exécution vont tour à tour passer sous nos yeux. — *° Ces termes paraissent désigner les accusés détenus préventivement et les contribuables poursuivis par les agents du fisc — " Jeu de mots sur le double sens du mot sors qui signifie à la fois la destinée et le capital prêté. — " Même jeu de mots. — " La canitis minutio

mesure d'un tout autre caractère. A raison des affaires concernant un défunt, il défend toute poursuite, toute action contre les héritiers, les proches, les fidéjusseurs, pendant les neuf jours qui suivent le décès et (jui étaient plus particulièrement consacrés au deuil; pendant le même laps de temps il suspend la prescription de ces actions.

Mais nous ne sommes pas réduits à ces seuls textes du Bas-Empire. Beaucoup plus tôt nous voyons la législation impériale lutter contre la barbare coutume. Voici ce que nous lisons dans Ulpien : Ne corpora aul ossa mortuorum dctinerentur aul vexarentur neue prohiberentur qaominus via publica iransferentur aul quominus sepelirentur, prsesidis provincias officiam est '. D'autre part, le jurisconsulte Macer nous a conservé un chef de la loi Julia de vi publica : qua de co cavetar qui fecerit quid quominus aliquis funcrelur sepelialurve '. Mais il semble que le texte d'Ulpien se réfère à un rescrit de Septime-Sévère réglant la translation des corps d'un lieu de sépulture dans un autre ', il enjoignait aux présidents des provinces de veiller soigneusement à ce que rien ne troublât ces funèbres voyages. Quant au chef de la loi Julia de vi publica, il ne devait avoir en vue que les mouvements populaires pouvant troubler ou entraver les funérailles des hommes politiques.

Pour trouver une conception dilTérente de l'action des créanciers à l'égard des débiteurs il faut aborder un document de la deuxième moitié du iv« siècle. Celui-ci voit dans la mainmise sur le cadavre une voie cruelle mais légitime. Le passage se trouve dans un traité de saint Ambroise sur Tobie. Voici ce curieux morceau que Esmein lui-même jugeait intraduisible à raison des antithèses forcées et des jeux de mots dont il est plein.

Quolies vidi a fœneraloribus leneri dejunclos pro pignore el negari iumulum dum fœnus reposcitur! Quibus ego acquievi libenler, ut suam conslringerent debilorem, ut, electo eo, fidejussor evaderet : hœ sunt enim [œneratoris leges. Dixi ilaque : tenete reum vestrum, el, ne vobis possit elabi, domum ducite ', claudite in cubiculo vestro, carnificibus duriores, qaoniam queni vos tenelis carcer non suscipit, exaclor absolvil '°. Peccatorum reos posl morlem carcer emiltil, vos clauditis : legum seoeritale de/unclus absolvitur, vobis lenelur. Cerle hic sortem suam jam memoralur implesse ^^ ; non invideo tamen, pignus vestrum reservatc. Nihil interest inler junus et jœnus, nihil inler morlem dislat el sortem '- ; personat, Personal funebrcm ululalum fœnoris usura. Nanc vero capile minutas est quem convenitis ^' ; vehemenlioribus tamen nexibus alligale, ne vincula vestra non senliat '*: durus el rigidus est debitor, et qui jam non noverit erubescere. Unum est quod non limere possitis, qui poscere non novit alimenta '^.

Jussi igilur levari corpus, el ad fœneratoris domum exequiarum ordinem duci : scd etiam inde clausorum mugitu lalia personabanl ". Jbi quoque junus esse

était une sorte de mort civile; elle atteignait dans l'ancien droit romain le débiteur insolvable qui, après ime longue procédure, était adjugé, addiclus, au créancier et vendu comme esclave par celui-ci. Aulu-Gelle, .Vof(. ait., XX, i, 4: Tortiis autem nimdinis capite poenas dahant, aiit trans Tiberim peregre venum ibanl. Ce détail qui donne à saint Ambroise l'occasion d'un nouveau jeu de mots est emprunté par lui à une législation abrogée depuis des siècles. — **Le créancier qui retenait le débiteur (iomum ductits pouvait l'enchaîner. La loi des XII Tables contenait à cet elTet des prescriptions minutieuses. Aulu-Gclle, XX, i, 45. Voir encore Lex Coloniœ Genctivœ Jidiœ, c. lxi. Jure civili vinctum babeto. — ■ '- Le créancier qui tenait son débiteur emprisonné chez lui pouvait être contraint de le nourrir. La loi des XII Tables fixait la ration quotidienne il fournir. — " Ces cris sent ceux d'autres débiteurs qui ont été domum ducti cl subissent l'eraprifonnement pour dettes chez le créancier.

DEBITEURS

crederes, ihi mortuos plangi pulares : nec fallebnt sentehtia nisi quod plures constabat ilUc esse moritnros. Viclus religionis consuetudinc fœneratur (nam alibi suscipi pignora etiam ista dicunlar) rogat ut ad tumuli lociim rt'Iiquiœ deferantur : lune tantum vidi humanos fceneralorcs gravari me; tamen ego eorum humanilatem memorabam prospicere ne postca se quercrentiir defraudatos esse, donec fereiro colla sabjecli, ipsiim defunctum ad scpulcra dediicerent, graviori mcerore deflentes pecunise sua; funus '.

Le grand intérêt de ce texte c'est qu'il émane d'un témoin oculaire : quotics vidi. et il a fait plus que voir, il y a joué un rôle. Saint Ambroise n'hésite pas un instant à admettre que le créancier est dans son droit, c'est pourquoi il a acquiescé à l'exécution barbare afin que les fidéjusseurs qui garantissaient la dette fussent libérés par là même. Selon le droit romain, le créancier avait à choisir entre le débiteur principal et le fidéjusseur, il ne pouvait poursuivre que l'un des deux - et saint Ambroise considère la mainmise sur le cadavre du débiteur comme une poursuite, une litis conlestatio faite avec le débiteur vivant. C'est pourquoi, nous dit-il, il accédait à la revendication du créancier et ordonnait de porter le corps du débiteur non au cimetière, mais à la maison du jœnerator où d'autres débiteurs emprisonnés gémissent en attendant la mort. Voir à ce sujet la parabole de l'Évangile.

Mais les funérailles n'étaient que retardées, non que la loi imposât cette condescendance au créancier, c'était le sentiment religieux qui l'y portait. Le jœnerator lui-même réclamait l'inhumation, mais, ajoute saint Ambroise, il n'accordait pas aussitôt cette demande : il voulait bien faire constater que le créancier renonçait spontanément à son droit rigoureux; il l'avertissait soigneusement afin qu'il n'eût point dans la suite à se repentir de son humanité. Pour constater cette libre renonciation, il forçait le Jœnerator à charger sur ses épaules le brancard funèbre et à porter le défunt au tombeau.

Ainsi ce que Justin et .Tustinicn condamnent au vi= siècle, saint Ambroise le prescrit au iV; une semblable opposition est-elle possible à deux siècles seulement de distance ?

Pour répondre à cette question, dit \. Esmein, il faut rechercher d'abord à cpiel titre saint Ambroise intervenait dans ces scènes funèbres, pour donner des ordres décisifs et statuer sur la demande des créanciers. Sans doute il figurait là en qualité d'évèque; mais ce n'était pas seulement comme pasteur, c'était aussi comme juge qu'il statuait. De bonne heure, on le sait, les communautés chrétiennes cherchèrent à substituer teurs chefs aux juges de l'État pour le règlement des différends entre les fidèles. Sous Constantin, les évéques paraissent avoir reçu en matière civile la qualité de juges, la volonté d'une seule des parties suffisant pour imposer à l'autre leur compétence '. S'ils ne gardèrent

' S. Ambroise, Tobia, e. ix. — ' Gérardin, dans Nouvelle revue historique du droit français et étranger, 1884, p. 2,13.

— ' Voyez la première des Constitutions dites de Sirmond, dans Hœnel, Code Tliéodosicn. Mais voyez sur l'authenticité de celte constitution Godefroy, lixtravagans de episcopali judicio. Code TModosien, édit. Ritter, t. vi, p. 338; Bcauchct, dans Nouv. rcu. Iiist. du droit Ir. et ilr., 1883, p. 404 sq.

— * Code Juslinien, I. I, tit. iv, 1. 8, constitution des empereurs Honorius,Arcadius et Tliéodose, qui exige le consentement des deux parties pour donner compétence à l'évCquc.

— ' Code Juslinien, I. I, tit. iv, I. 8 (ann. 408). Per judicum quoque o/fïcia, ne sit cassa episcopalis coqnilio, deftiiitioni executio tribualur. — ' A. Esmein, Débiteurs privés de sépulture, dans Met. d'archéol. et d'hist., 1885, t. v, p. 223- 242. — ' S. Jean Chrysostome, De decem. milt. tal. hom., P. G., t. Li, col. 24. — ' Giraud, De: Ncxi ou de la condition des débiteurs chez les Romains, dans les Mémoires de l'Acad. des se. mor. et polit, a prouvé que les constitutions impé-

pas longtemps ces attributions importantes en matière judiciaire ^, ils conservèrent au moins la qualité d'ar bitres privilégiés que Constantin leur avait conférée tout d'abord. On peut croire que dans cette juridiction arbitrale de Vcpiscopalis audientia, les évêques faisant eu quelque sorte le droit qu'ils appliquaient, sanctionnèrent des usages que la loi n'autorisait point, mais que favorisait le sentiment populaire. La coutume que nous étudions serait du nombre. Quelque dure que fût la contrainte permise ainsi au créancier, elle présentait pour la juridiction de l'évêque un certain avantage. Les évêques n'avaient point l'autorité de faire exécuter eux-mêmes leurs sentences arbitrales. Pour les ramener à exécution il fallait s'adresser aux magistrats civils dépositaires de l'autorité publique et il faut croire que ceux-ci ne prêtaient point toujours un concours empressé, car au commencement du v siècle, les empereurs leur font des injonctions à cet égard ^ \,'episcopaUs audientia avait donc intérêt à admettre des voies d'exécution qui lui fussent propres et dont elle pût disposer à son gré. La nôtre d'ailleurs, par son caractère tragique, permettait à l'évêque d'intervenir utilement pour fléchir le cœur des créanciers, comme on le voit dans le récit de saint Ambroise '.

Saint Ambroise et saint Jean Chrysostome se préoccupent souvent de la contrainte par corps, l'emprisonnement pour dettes et en parlent comme d'une pratique ordinaire. Saint Jean Chrysostome décrit plusieurs fois les mauvais traitements et les tortures infligés au débiteur emprisonné par ordre de son créancier '. Justinien n'exagère donc rien quand il s'oppose à ces traitements : ne patiantur injuriam omni corporali cruciaiusemoto, et dans la NovelleLVII il interdit les prises de gages (pignorationes) accompagnées de violences et d'insultes que les créanciers se permettaient à l'égard des débiteurs et même des habitants du même domaine et du même village considérés comme solidaires de la dette '.

Quant à saint .\mbroise il atteste avoir assisté plusieurs fois à des ventes d'enfants : Vidi ego...libcros pro paterno debilo inauctionem dcduci... urget, addicil, Mea, inquil, nutriti pecunia, pro alimonia serviliiim rccognoscant, pro sumptu licilalionem subcant... luvc est debitoris stultitia ut filius quibus non rclinquil pecuniam liberlatemaulcrat.protestamentochirograpliumdiniittat... Vendit plerumque cl patcr libéras... lul (un-tionein miseras trahit dicens... hoc meliores quod vestro pretio redimilis patrem, vestra servitulc pcdcrnum emitis libertalcm '. Il parait distinguer deux cas : celui où le créancier fait vendre les enfants, celui où le père les vend lui-même. Comme il existe une loi de Dioclétien, de 291. qui protège les enfants du déliiteur contre la i)rétention du créancier d'attenter à leur liberlé ' °. ou a supposé que saint Ambroise exagérait et voulait dire que le créancier avait le droit de retenir les enfants dans une servitude provisoire afin de se payer sur leur travail onde

riiUes avaient maintenu, jusqu'ù la (In de l'empire, la contrainte judiciaire pour dettes sur la personne et que Vaddictio avait survécu ù toutes les révolutions du régime des dettes. — • S. Aml)roise, De Tobia, c. viii, n. 2!»-30; cf. C. Lécrivain, Études sur le Bas-Empire. II. Textes de saint Ambroise, de saint Jean Cliry.'instome, du pape Gélase sur la servitude pour dettes, le délit d'adultère et la composition, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1890, t. x, p. 258. Cf. H. DanieI-Lacoinl)e, Le droit funéraire à Home, in-8. Paris, 1880, cil. i. — "Code Juslinien, l.IV, tit. x, I. 12 : Ob œs alienum servire libéras crediloribus fura cornpelli non patiuntur. Le pape Grégoire le Grand comprenant mal ce texte l'a combiné avec lu Novclle CXXXIV, c. 7, et en a tiré les régies suivantes dont une partie ligure aux Déerétales : lex liabel ut homo liber pro debtio nuHatcnus tcneatur si res de/uerint quw possini eidem debilo addicl... quia (lllum eius quem tenerc dicuntur secundum leges lenere non possunl.

DÉBITEURS — DÈCE

les louer à des étrangers, ce qui est précisément l'abus interdit par la Novelle CXXXIV, c. 7, de Justinien. Mais le texte de saint Ambroisc est con firme par un texte de saint Basile qui dit formellement que les créanciers amènent au marché les enfants des débiteurs ou les retiennent en prison i.

En ce qui concerne la vente par les parents, elle est attestée par quantité de textes, nous y reviendrons (voir ExposiTio).

H. Leclercq.

DÈCE (Persécution de). — I. Dèce. II. Sa conception politique.III. Son édit de persécution. IV. Dispositions. V. Certificats. VI. Le texte de l'édit. VII. Le texte des libelU. VIII. Répartition topographique. IX. Scribes. X. Pétitionnaires. XL Formulaire. XII. La date. XIII. Le contrôle d'appel XIV. La commission. XV. La pétition. XVI. La comparution. XVII. La déclaration. XVIII. Le sacrifice. XIX. La Ubation. XX. La manducation. XXI. La répudiation.

I. DÈCE. — ' Dèce était un homme des anciens âges attardé dans les souvenirs glorieux d'un passé évanoui '; » c'était, affirment ses biographes, un héros de Plutarque, « mais un héros de Plutarque au milieu du m' siècle était nécessairement un anachronisme, et s'U prenait au sérieux son rôle, U s'exposait à commettre des contresens '. » Il n'y manqua pas. Son coup d'essai fut une maladresse. Dèce rétablit la censure, croyant restaurer les bonnes mœurs par mesure d'administration et Valérien reçut, de sa part, l'ordre de réformer tous les abus. A l'égard du christianisme, Dèce régla sa conduite d'après une semblable illusion. Il se faisait du christianisme l'idée qu'en pouvaient avoir fonctionnaires et magistrats romains. Cn culte étranger ayant son heure de vogue, point malfaisant mais encombrant et dont les adeptes étaient d'incorrigibles fanatiques. Leur intransigeance I Simple ruse d'un parti d'opposition, puisque les dieux étrangers étaient, sous des vocables différents, les mêmes dieux que ceux de Rome *; comment soutenir de bonne foi qu'une différence nominale empêchât de rendre aux divinités nationales le culte prescrit par les lois ? n fallait donc savoir reconnaître dans le christianisme un prétexte religieux liabilcment choisi pour dissimuler un dessein politique révolutionnaire.

II. Sa conception politique. — A ces idées, Dèce joignait la con\'iction que le mépris affecté à l'égard des dieux, la négligence à s'acquitter des obligations du culte national expUquaient le décUn trop \isible de la puissance romaine; le remède tout indiqué était de ramener les habitants de l'empire à la pratique des cérémonies religieuses qui avaient assuré aux ancêtres la protection des dieux et procuré la grandeur de Rome. Du mal qu'il se donnait mission de réparer, Dèce rendait le christianisme responsable et, à son point de \uc, il voyait juste, car s pour ce qui est du gouvernement de l'État, on peut dire que le christianisme l'a transformé dans son essence, précisément parce qu'U ne s'en est pas occupé. Dans les vieux âges, la reUgion et l'État ne faisaient qu'un; chaque peuple adorait son dieu et le dieu gouvernait son peuple; le même code réglait les relations entre les hommes et les devoirs envers les dieux de la cité. La religion commandait alors à l'État, et lui désignait ses chefs par la voie du sort ou par celle des auspices; l'État, à son tour, intervenait dans le domaine de la conscience et punissait

'S. Basile, Homil. in psalm. v/l , c. iv, P. G., t. xxix, col. 257. — • P. Foucart, Les certificats de sacrifice pendant la persécution de Decius(3S0), dans Journal des savants, 1908, nouv. série, t. vi, p. 177. ^ ' P. AUard, Histoire des persécutions pendant la première moitié du ni' siècle, 3« édit., in-S", Paris, 1906, p. 278. — • Voir dans les Acta Pionii les eflorts du proconsul Proculus pour démontrer à Pionius que le Dieu créateur du ciel et de la terre est le même per-

toute infraction aux rites et au culte de la cité. Au lieu de cela, Jésus-Christ enseigne que son empire n'est pas de ce monde. Il sépare la religion du gouvernement. La religion, n'étant plus terrestre, ne se mêle plus que le moins qu'elle peut aux choses de la terre, Jésus-Christ ajoute;» Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » C'est la première fois que l'on distinguait si nettement Dieu de l'État. Car César, à cette époque, était encore le grand pontife, le chef et le principal organe de la religion romaine; il était le gardien et l'interprète des croyances, il tenait dans sa main le culte et le dogme. Sa personne même était sacrée et divine; car c'était précisément un des traits de la poUtique des empereurs, que, voulant reprendre les attributs de la royauté antique, ils ii'avaient garde d'oublier ce caractère di\in que l'antiquité avait attaché aux rois-pontifes et aux prêtres- Tondateurs. Mais voici que Jésus-Christ brise cette alliance que le paganisme et l'empire voulaient renouer '. » Dèce eut la notion très claire du pérU et ' déclara la guerre, non avec l'emportement d'un dévot, mais avec le fanatisme froid d'un théoricien. Peut-être la di\lnité de Jupiter, de Vénus, de Minerve touchaitelle peu son cœur; mais l'antique religion de Rome se confondait à ses yeux avec la di\'inité de l'État romain, et se séparer de l'une lui paraissait la même chose que se révolter contre l'autre. La distinction chaque jour mieux marquée, grâce à la diffusion des doctrines chrétiennes, entre l'ordre civil et l'ordre religieux, entre le patriotisme et la croyance échappait à son esprit étroit [ou plutôt lui apparaissait tout ensemble blasphématoire et révolutionnaire]. Il ne comprenait pas que l'on pût servir Rome en adorant un autre Dieu que les dieux de Rome. Voyant crouler le vieux paganisme, c'est-à-dire le culte du dieu État, il s'imaginait assister à la ruine de l'État lui-même. Le seul moyen de la conjurer, c'était, selon lui, de faire cesser toute dissidence et de ramener de force tous les hommes au pied des anciens autels. Probablement quelque ressentiment personnel se mêlait à cette passion abstraite : les écrivains chrétiens s'accordent à voir dans la persécution déchaînée par Dèce une réaction contre la politique de Phihppe, une revanche du parti païen contre le règne d'un prince favorable aux disciples de l'Évangile. Vainement prétendait-on que Dèce était au-dessus des mesquines rancunes et n'avait d'ailleurs aucune raison d'en vouloir à celui qu'il avait supplanté : le vieil axiome odisse quem lœscris était sans doute vrai en 249 comme il l'est dans tous les temps. Le sentiment attribué à Dèce par Eusèbe ", saint Jérôme ", Rufin ', Orose ', concorde d'ailleurs avec les préjugés dont s'inspirait la poUtique du nouvel empereur : l'animosité contre le chrétien PhiUppe, contempteur secret de la religion officielle, était encore une des formes du culte qu'il professait pour l'État '"; • enfin la simple pensée du péril que cet État venait de courir et dans lequel il pouvait retomber en passant aux mains d'un clirétien devait donner à l'avènement de Dèce et à ses actes le caractère non seulement d'une réaction, mais encore d'une revanche ".

III. Son édit de persécution. — Dèce devint maître absolu de l'Empire en octobre 249. Jamais les circonstances n'avaient été moins favorables pour entamer la guerre religieuse contre ses propres sujets. Sur toutes les frontières, les barbares remuaient et

sonnage que Jupiter. — ' Fustel de Coulanges, La cité antique, in-12, Paris, 1895, p. 461. — • Eusèbe, Hist. eccles., 1. VI, c. XXXIX. — ' S. Jérôme, Chronicon, ad ann. 253. — • • Rufm, Hist. eccles., 1. VI, c. xxx. — • Orose, Hist., 1. VII, c. XXI. — '"P. Allard, op. cit., p. 27S-2S0. — • " On trouvera sur les origines de Décc, avant son élévation à l'empire et sur ses débuts, les renseignements désirables dans J. Gregg, The Decian persécution, in-12, Edinburgli, 1897, p. 1-59.

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menaçaient ', le plus élémentaire bon sens commandait de surseoir à une enquête qui ne pouvait manquer de troubler et d'affaiblir l'État; mais Dèce avait plus encore que l'esprit politique l'ardeur fanatique et l'un de ses premiers soins fut d'inaugurer la persécution. L'édit contre le christianisme doit être postérieur de très peu de temps à la reconnaissance officielle de l'empereur par le Sénat, on peut le rapporter avec vraisemblance au mois de décembre 249 -. A la date du 20 janvier 250 on rencontre déjà deux martyrs : le pape saint Fabien, passus xni kat. febr., et le martyr Polyeucte dont le supplice est probablement antérieur de dix jours ^ L'édit portait probablement une date, mais il semble irrémédiablement perdu ♦.

IV. Dispositions. — L'édit de 249 ne visait pas directement les chrétiens, en apparence du moins. Il convoquait tous les habitants de l'Empire à faire un acte solennel d'adliésion à la religion des ancêtres '. La forme même en fut empruntée aux plus anciennes pratiques de Rome. Maintes lois, depuis la fondation de la ville, le Sénat ou les grands magistrats, pour remercier les dieux d'une victoire, plus souvent pour conjurer un fléau ou les suites d'un prodige menaçant, avaient ordonné une supplicalio, procession solennelle qui durait un ou plusieurs jours, suivant le cas, et qui se terminait par un sacrifice. Dèce n'innovait donc rien lorsqu'il prescrivait à tous les habitants, sans distinction d'âge ni de sexe °, de se rendre aux temples à un jour fixé et d'y immoler les victimes. 11 aurait été puéril de s'imaginer que beaucoup de ceux que leurs croyances avaient écartés des sanctuaires païens n'essaieraient pas, d'une façon ou d'une autre, de se soustraire à l'acte de piété qu'on exigeait d'eux : quelques-uns même pourraient aller jusqu'à refuser ouvertement d'obéir. Contre ces rebelles, l'édit prescrivait une série de peines qui devaient vaincre leur obstination ' ; quelques exemples intimideraient les plus audacieux. L'empereur comptait qu'en n'imposant pas une renonciation formelle au Christ, et en se bornant à exiger le sacrifice comme un acte de loyalisme, la plupart des chrétiens, surpris, intimidés, entraînés par l'exemple et les instances de leurs amis restés païens, se soumettraient à ses ordres ». Tel fut le plan tracé par Dèce aux agents du pouvoir. Ceux-ci qui étaient assez sceptiques, dont un certain nombre avait l'esprit libre de tout préjugé défavorable à l'égard des chrétiens, se prêtaient sans grand enthousiasme, mais avec la correction administrative, à l'exécution de ses ordres. Ils savaient le souci du maître et comptaient bien en tirer parti pour leur avancement. 0 Les juges s'affligent, écrit Origène, si les tourments sont supportés avec courage, mais leur allégresse est sans bornes lorsqu'ils peuvent triompher

' Uhlhom, Der KampI des Chrislenthnms mil dem Ueidenthum, in-8», Stuttgart, 1874; p. 331. — ' S. Cypricn, Epist., xxxvii,'2, du mois de décembre 250, écrite un an après le début de la persécution. On peut toujours hésiter entre décembre 249 et janvier 250 tant qu'on n'aura pas apporté la date précise. — ' Duchesne, dans Bull, critique, nov. 1882. — ' B. Medon, de Toulouse, prétendit, en 1663, avoir retrouvé le texte de l'édit; il l'avait retrouvé, en efTet, non dans les manuscrits, mais dans son imagination, ce qui ne relève pas des mêmes études; cf. B. Aube, L'Église el l'Élal dans la seconde moilié du III' siècle, p. 16, 17. — 'Le caractère est suffisamment indiqué, c'est unédil: to 'fiaiù.iv.m npôuTaYUa. Easèbe, Ilisl. eccles., 1. VI, c. xli; tô Ttpd'iTafp.a, ibid.; ôiàTayija, Mari. Pionii, c. m; nporîTa-fp:», Grégoire de Nysse, Vila S. Gregorli, P. G., t. xlvi, col. 944. Aussitôt parvenu dans les provinces, l'édit impérial y lut promulgué, c'est de cette façon que saint Augustin emploie le pluriel; Episl., LV, 9 : edicla leralia: Epist, xxx, .3 : qui vult vidcri proposais ad'jersus euangelium uel ediclis vel legihus satlslecisse ; de même Paul Orosc, llist, VII, xxi, 2 ; leralia dispersit edicta. — * Tous, citadins et iiu-aux; cf. J. Gregg, op. cit., p. 71 ;

d'un chrétien '. » Et les chrétiens eux-mêmes en vinrent parfois à excuser des malheureux auxquels la mort avait été cent fois offerte et refusée, qui l'avaient affrontée avec courage, désirée, demandée vainement, et lassés, à bout de résistance, ahuris, hébétés, tombaient presque malgré eux dans les pièges savamment tendus par des magistrats qui avaient pour mot d'ordre, nous apprend saint Cyprien : « Chercher à faire non des martyrs, mais des apostats '". » L'événement parut leur donner raison. Ce fut, dès les premiers jours, une défaillance générale qu'attestent les témoignages douloureux de Cyprien de Carthage et de Denys d'Alexandrie ".

Dèce estimait que la vigilance et la ténacité étaient surtout nécessaires pour le succès de son entreprise. Aussi prit-il ses précautions pour que la participation au culte des dieux fût complète et indubitable. Il n'était pas besoin, aux temps de la Rome païenne, de spécifier les cérémonies de la supplicalio; de son plein gré, la foule se rendait aux temples et s'associait aux sacrifices. Cette fois, l'édit précisait les trois actes que chacun devait accomplir : offrande de l'encens, libation et surtout participation aux chairs des victimes; il y astreignait non seulement les hommes, mais les femmes et même les enfants à la mamelle. La préoccupation paraît avoir été de ne laisser échapper personne. A cet elf et, Dèce avait institué des commissions rituelles qui fonctionnèrent dès le début, mais qui devaient siéger en permanence jusqu'au jour cù il ne resterait plus dans tout l'empire un seul habitant qui n'eût pas sacrifié conformément aux prescriptions de l'édit. La délivrance de certificats devait, de plus, fournir aux autorités un moyen de contrôle. Par cette permanence et cette régularité de l'action administrative, l'empereur comptait arriver à une soumission complète et universelle.

V. Certificats. — Les effets de l'édit furent lamentables, le nombre des apostats dépassa toute prévision. Jamais l'Église n'avait eu à pleurer sur tant de défections. La volonté impériale s'accomplissait avec une inflexible régularité et avec une impitoyable rigueur '-. En présence de la commission officiellement instituée pour surveiller les sacrifices, tous comparaissaient et s'ils s'acquittaient du rite prescrit pouvaient réclamer un certificat destiné à les garantir contre toute poursuite attestant leur parfaite orthodoxie. On affublait les gens ainsi pourvus du nom de Ihurificati.sacrificati^' Certains parmi les fidèles essayèrent, au moyen d'une transaction, de se faire passer comme ayant obéi à l'édit impérial, tout en s'abslenant en réalité du sacrifice commandé. Soit par faveur, soit à prix d'argent, ils obtenaient leur inscription sur la liste de ceux qui avaient sacrifié et recevaient en échange un

P. Foucart, op. cil., p. 172. — ' Désoler la patience d'un chrétien, déprimer son courage par un emprisonnement sans terme; soigner ses membres endoloris par la torture et lui laisser la perspective d'une nouvelle épreuve semblable, amollir sa constance par les menaces et les supplications de ses proclics, alarmer sa conscience par la perspective de l'cnlèvcnienl de ses entants élevés de force dans le paganisme. — ' P. Foucart, dans le Journal des savants, lOO.t, p. 172. — • Origène, Contra Ceisum, 1. VIII. — "S. Cyprien, Epist., xxxv. — "S. Cyprien, Epist., i-iii; Dcnys, dans Kusèbc, Ilist. eccles., I. VU, c. .\l-xlii; 1. Vil, c. xi-xx. — " • Partout, écrit saint Grégoire de Nysse, on traînait les chrétiens, hommes, femmes et entants; on les emmenait A la ville, les prisons étaient pleines de ceux dont le seul rrimc fut leur piété; on maltraita les croyants de toute manière, a dessein ou de propos délibéré. • — '• Le mot thuriflcati est employé une seule fols par saint Cyprien, Epist., Lii. Nous croyons qu'il désigne ici ceux qui, n'étant pas assez riches pour oITrir oux Idoles Vhostia ou la uictima, faisaient acte de paganisme en brûlant de l'encens sur l'autel, mode de sacrifice A la portée de toutes les bourseii.

DÈCE

certificat; à ceux-ci s'appliquait le sobriquet de libellatici. Ordinairement ils comparaissaient en personne devant le magistrat, qui se contentait de leur déclaration, sans les contraindre à un acte formel d'idolâtrie; quelquefois même l'inscription était faite et le billet leur était remis sur leur demande, sans qu'ils eussent besoin de comparaître. Dans une lettre adressée à saint Cyprien le clergé de Rome appréciait cette habileté en termes sévères : ...senlenliam noslram dilucida expositione protulimus adversus eos qui se ipsos infidèles inlicita nejariorum libellorum professione prodiderant, quasi hoc evaswi inrelientes illos diaboli laqueos viderenlar, quo non minus quam si ad ne/arias aras accesxissent hoc ipso quod ipsum conleslati fuerant tenerenlur. sed eliam adversus illos qui accepta /ecissent, licel présentes cum fièrent non adfuissent, cum prœsentiam suam utique ul sic scriberenlur mandando fecissent, non est enim immunis a scelere, qui ut fteret impetravif, nec est alienus a criminc cujus consensus licet non admissum crimen lamen publiée legitur et cum tolum fidei sacramentum in conjessione Christi nominis inlellegatur esse digestum, qui Jallaces in excusationeni prxsligias quserit negavit, et qui vult videri proposais adversus evangelicum vel edictis vel legibus salisfecisse, hoc ipso jeun paruit quo videri paruisse se voluit '. « Cependant les libellatici étaient moins coupables que les apostats proprement dits : avec la précision habituelle de son esprit, saint Cyprien savait distinguer entre les uns et les autres. Entre les apostats eux-mêmes, sa charité reconnaissait des nuances : il jugeait diffcremmenl « celui qui, à la première injonction, vola au-devant d'un sacrifice impie, et celui qui n'accomplit un acte si funeste que par contrainte et après une longue résistance; celui qui obUgea sa famille, ses amis, ses colons à sacrifier et celui qui sacrifia seul pour en dispenser les siens '. » A plus forte raison, mettait-il les libellatiques dans une catégorie à part. « Puis donc que l'on doit distinguer entre ceux-là mêmes qui ont sacrifié il y aurait une dureté et une injustice révoltantes à confondre les libellatiques avec ces derniers. J'avais lu, vous dira celui qui a reçu l'un de ces billets, les Instructions de l'évêque, elles m'avaient appris qu'il est défendu de sacrifier aux idoles et qu'un serviteur de Dieu ne doit pas adorer des simulacres. Voilà pourquoi, afin de m'épargner un crime, et profitant d'une occasion que je n'aurais jamais cherchée, si elle ne s'était offerte, j'allai trouver le magistrat, et je lui déclarai moi-même ou par un intermédiaire que j'étais chrétien, qu'il ne m'était pas permis de sacrifier, que je ne pouvais pas me présenter devant les autels du démon, et que j'offrais de l'argent pour en être dispensé ^ »

L'invention des libelli, dont il n'est pas question dans les persécutions précédentes, donna des résultats inattendus. Tout d'abord, elle trompa les espérances de l'empereur. Dans ses calculs, les chrétiens, surveillés par des commissions locales, n'auraient plus aucun moyen de se dérober au sacrilège, et ce fut par là précisément qu'un grand nombre échappa. Les haines populaires, sauf en quelques endroits, s'étaient apaisées, les membres des commissions locales avaient, parmi les chrétiens, des parents, des amis; ils leur épargnèrent les peines dont les menaçait l'édit, en leur délivrant des certificats de complaisance. D'autres, et ce fut le plus grand nombre, en obtinrent à prix d'argent; tantôt le marché se déguisait sous la forme de cadeaux, tantôt l'affaire se traitait ouvertement. Bref, la mesure imaginée par Déce pour enlever aux retardataires

' Epistola Cleri romani ad Cyprianum, dans Corpus scriptorum tatinorum, t. ii, édit. Hartel, p. 550, 551. — • S. Cyprien, Epistola LU. — • Ibid, cl. P. Allard, op. cit., p. 346-347. — ' P. Foucart, dans Journal des sa-

tout espoir d'échapper à son édit devint le moyen le plus efFicaceraent employé pour s'y soustraire. Dans les persécutions suivantes, il n'est plus question de libelli. fj'expérience malheureuse de Dèce détourna ses successeurs de recourir à un moyen de contrôle que la complaisance ou la vénalité avait rendu illusoire ♦.

VI. Le texte de l'édit. — Avant d'interroger la série des certificats pour en tirer ce qu'Us contiennent de renseignements au point de vue de l'histoire générale, nous allons mentionner et parcourir quelques autres sources. L'édit de Dèce s'adressait à l'administration impériale et à la population de l'empire; toutefois, il est possible que le texte ait été scindé en deux parts, l'une faisant l'objet d'une communication confidentielle de la chancellerie aux bureaux compétents, l'autre portée à la connaissance du pubUc par les moyens ordinaires, tels qu'afiTichage, proclamation, etc.

C'était, en effet, la population entière de l'empire et non seulement les sectateurs du christianisme qui devait satisfaire aux prescriptions de l'édit. Dès lors, l'opération à entreprendre était apparentée à celle d'un recensement, census, et il est assez probable que les bureaux chargés de l'opération périodique des recensements auront été réquisitionnés et consultés sur les mojens les plus efficaces à employer pour atteindre tous les individus sans exception dans les Umites de l'empire. Chrétiens comme les autres se trouvaient inscrits sur ces matricules, mais il est permis de supposer que celles-ci n'étaient pas tenues au courant dans toutes les locaUtés avec un soin égal et, à l'occasion, les magistrats ne se seraient pas fait faute de se procurer un supplément d'information en consultant d'autres matricules. C'est ainsi que nous entendons un préfet dire à l'évêque Acace : Omnium trade mihi nomina, ne ipse sucumbas. Le préfet prenait mal son temps, il n'obtint rien du tout, l'évêque fut gracié, mais il faut retenir sa demande parce qu'elle montre, qu'au jugement des magistrats, les listes olBcielles ne suffisaient pas à tout. Denys d'Alexandrie nous dit que tous, hommes et femmes, étaient individuellement et nominativement convoqués pour le sacrifice : ivouaTT; /'.À'.ipyojv ir.o ypasT;; izaJTOv àvazaÀouuLÉvtov ; ... ovoaaTTÎ Te /.aXojaévo'., tiî; àvâyyot; /.il avusoî^ Oj^{i:ç -r.yj-jT^iiT/ . Il est peu probable qu'une liste improvisée au moment de la pubUcation de l'édit eût rendu le service qu'on en attendait ; même avec le secours de la délation eUe eût omis beaucoup de noms et c'est bien certainement à une administration qu'on a dû s'adresser. Les bureaux du recensement, s'ils ne possédiiient pas l'état indi\aduel tenu à jour de tous les citoyens, affranchis et esclaves, étaient en mesure de procurer les moyens de dresser rapidement cet état, ce que n'aurait pu faire le bureau des impositions qui n'avait à connaître qu'avec les chefs de famille, les imposés quels qu'ils fussent, sélection qui était bien loin de composer l'universalité des habitants.

Une période était assignée à l'accompUssement des prescriptions de l'édit. A peine est-il besoin de dire qu'il faut entendre largement le terme dies employé par saint Cj'prien : Explorandœ fidei dies prxfiniebatur... Dies negantibus pra-stitulus '. L'ancienne coutume romaine accordait un délai de cinquante jours à ceux qui devaient s'acquitter d'un sacrifice •; il est \Taisemblable que Déce, imbu des institutions et des coutumes anciennes au point de vouloir les faire revivre, avait adopté une disposition analogue. D'ailleurs, dans les grandes villes, on a été dans l'obligation de répartir sur une période assez considérable

vanls, 1908, nouv. série, t. vi, p. 181. — • S. Cyprien, De lapsis, c. u, m, édit. Hartel, p. 238. — • Tite-Live, Hist., I. VII, c. XXVIII, 8 : Ordoque iis, quo quisque dei supplicarent, statutiis.

DECE

la foule impatiente de satisfaire à l'édit et nous verrons que dans une localité sans grande importance, à Théadelphie, les certificats s'échelonnent sur une période d'au moins trente-deux jours (12 juin-14 juillet). Sous peine d'encombrement, de cohue et des désordres qui peuvent s'ensuivre, il a fallu établir un règlement pour fixer l'ordre suivant lequel les Irihns et les jamiliee se succéderaient. Une fois écoulé le premier flot des timides qui s'étaient rués vers le tribunal dès la première nouvelle de l'édit afin de satisfaire à toutes ses exigences, afin surtout de se garantir contre toute poursuite, il y a Ueu de croire que la commission procéda avec plus de calme. Les noms de ceux qui avaient sacrifié en public furent probablement rayés sur le rôle d'appel au fur et à mesure de leur comparution, ce qui rendait superflu pour eux l'obtention d'un certificat. Seuls, ceux qui ne pouvaient justifier ni de leur radiation ni d'un libellas tombèrent sous le coup de l'édit.

Les chrétiens n'étaient pas seuls dans ce cas, nous le verrons bientôt, mais il n'était pas douteux que parmi ceux qui seraient dans ce cas, se trouveraient beaucoup de chrétiens. Ceux-ci devenaient dès cet instant coupables non seulement d'insoumission a la loi, mais encore d'hérésie ou de lèse-religion et de lèsemajesté puisqu'ils se dérobaient à l'obligation faite de s'y soumettre. Decretum ut omnes christiani relicla superflua superstitione cognoscanl verum principem cui omnia subjacent, et ejus deos adorent ». Est-ce une réminiscence du texte de l'édit, il est malaisé de le dire d'après ce passage isolé. Il faudrait admettre que l'édit mentionnait spécialement les chrétiens, ce qui n'est pas invraisemblable et s'accorde même assez bien avec ce que nous voyons de la conduite tenue à l'égard des chefs de l'Église chrétienne, Dèce ne s'est pas contenté d'édicter une disposition générale susceptible d'atteindre au même degré tous les récalcitrants; saint Cyprien affirme clairement que la persécution visa en particulier les chefs des Églises : tyrannus intestas sacerdotibus Dci ■ et nous savons aussi que le pape Fabien, à Rome, fut un des premiers frappés, après lui le siège pontifical resta vacant seize mois, tellement il paraissait évident que lui nommer un titulaire c'était envoyer celui-ci à la mort. Mais comme tous ceux qui avaient esquivé la sanction de l'édit ne laissaient pas d'être nombreux, c'est donc que pendant ces seize mois on leur accorda une certaine tolérance dont le chef de l'Église était exclu. Cette persécution dirigée contre le haut clergé est encore indiquée ou attestée par des sources d'autorité diverses: Actes de Calocerus et Parthenius qui affirment que Dèce comptait venir à bout de l'institution en la privant de ses chefs ', récils de Cyprien de Carlhage et de Denys d'Alexandrie d'où il ressort que tous deux furent obligés de fuir pour n'être pas appréhendés.

L'édit a pu être promulgué sous les deux noms de Dèce empereur et de Valérien censeur. On s'explique dès lors connuent saint Jérôme * aura pu écrire que saint Sixte cl son diacre saint Laurent ont souffert sous Dèce et Valérien. Rapprochement qui se lit aussi dans les Acta Polyeucti. Baronius s'est donné beaucoup de soins » pour établir une distinction entre les deux persécutions ordonnées par Dèce et par Valérien; il

• Acta Maximi, 3, dans Rulnart, Acta primorum martypum sincera et selecta, in-4», Parisiis, 1689, p. 144. — 'S. Cyprien, Epist., lv,9, édit. Hartel, p. «i30, cf. Beii.sori, Cyprian; his life, his timc, liis work, in-8°, London. 1894, p. 05. ■ — • Acta sanct., 4 mai. — ' S. Jérôme, De uir. illiisir.. n. i.xxxiii. — * Baronius, Murlyrnh>i]Uim Unmaniint, 10 août. — 'Acta Tcrcntii; Acta Votyriirli. ilaiis Acta sanclorum. 10 janv.; Acta Curpi et l'uinili. — 'Eus#bc, ne martyrib. Palœstin., I, 1, Acta Kuluiiiplœ. — 'Eusébc, De iiuirlyr. PnlKstin., IV, 8; ix, 2. — • Au

recourt à la Vita Valeriani de Trebellius Pollion pour montrer que les lois et édits promulgués par Dèce furent mis sous le nom de l'empereur et du censeur et que l'édit de Dèce, promulgué sous ces deux noms, garda force de loi jusqu'à ce qu'il fut retiré par l'édit de Gallien en 260, ayant reçu un supplément de précision, en 257, de Valérien. On peut, à titre de curiosité, rappeler le texte de l'édit de Dèce inséré par le Métaphraste dans la vie d'un martyr assigné au 24 novembre, Imperatores, iriumphatores, viclores, Aagusti, pii, Decius et Valerianus •.

La rédaction était en latin. Nous lisons, en effet, dans les Acta Pionii, lorsque le proconsul de Smyrne rend son jugement : zal à-o -ivccxloo; àvE-^yiiaUr^ P(.j;j.aVc!T'., et un renseignement contenu dans l'édit de GalUen aboutit à la même conclusion : -aùTa xa-à ttjv

Sjvïtov |j.£TaôXri9£VTa) toStov 't'yei xov -fo-ov. Adressé aux gouverneurs des provinces, c'était à ceux-ci qu'incombait le soin de faire parvenir le document officiel aux autorités locales qui prenaient leurs dispositions pour le faire connaître du peuple, par voie d'affichage ' ou par voie de proclamation ' ou encore par une lecture au forum.

A défaut d'un texte certain, nous pouvons rappeler celui que donne le Métaphraste ', lequel peut avoir quelque ressemblance avec l'original.

Imperatores, triamphatores, viclores, Aatiusti, pii, Decias et Valerianas, simulcuni senata hœc conwiuni consilio. Cam deorum bénéficia et munera didiccrimas, et simul eliam jruamur Victoria, quœ nobis ab ipsis data est adversus inimicos, gain etiam «ris temperalione cl omne j ractaam abandantia. Cum eos ergo didicerimus esse benefactores et ea sappedilare qaœ in coirununc utilia; ea de causa uno décréta decernimus [stato die] omnis condicio liberorum cl servoram, militum et privaloTum, dits expiantia ofjerant sacrificia, procidentes et supplicanles. Si guis autem volaerit divinam nostrum jussum violare, qui communi sententia est a nobis exposilas, eam jabemas conjici in vincula, dcinde variis lormentis sabjiei... Prxcipae vcro si fucrint invenii (diqui ex religione Chrislianoram [decernimus, ut relicla superflua superstitione cognoscanl veram principem cUi omnia subfacent, cl cfus deos adorent] '"... Valete fclicissimi.

Une partie de l'édit de 250 peut être rétablie d'après les dispositions prescrites dans le cinquième édit de Maximin Daia, promulgué en 306 ", lequel paraît reproduire texluellemenl l'édit de Dècc'^ tel que nous le feront connaître les manuscrits des libclli : wi (ôvo- ^aa-i) ^àvTa; ocvSpaç â^a ^uvaiÇt /.a! olxhaiç /.où auTOÏî 6;;op.aÇioi; -ai^l OÙE'.v zai a7:£v8£iv aùxûv te à)t(Ji6(ô; Tûv O'jaiwv àzoYÉuEoOai. oiaTe TtâvTaç-où; y piuriavoù; âjtiO'jE'.v toi; Oeoî; /.al àTioXûeaOai, toÙ; 5s àvTiXsYOVTOi; TOÎç rpoai -i-l^cai: ii£T'atZ'.a|Atj)V zal ["jagivov Tzo{y.O.<i>v Çiçei y.a<. T.\>pàvatpsîîOai ".

Enfin, deux extraits tirés des Acta Abdonis cl Sennis '*. Decius est censé écrire à Valérien, préfet du prétoire : Admonenus urgeides ut, si quos Chrislianos inveneris in urbe, prolinus ad lornienla trahi non digéras, qui nolunt dits noslris humiliari et sacrificia cis ofjcrre, ut possimus eos placalos habcre et viclores ubique consisterc et possil liomana libertas augeri.

24 novembre, /lc(a Tercnlll. — "Tiré des Acta Maximi, dans Kuinart, o;). cit., 11)89, p. 144. — " Eusèbe, Hisl. eccles. 1. IX, c. II. — "Tout ceci correspond avec le récit donné dans S. Cyprien, De lapsis, c. xxv et les actes décrits dans les papyrus. — " lîusébc. De martyrib. Palœst., c. ix, P. G., t. XX, col. 1402; cf. A. llnrnacU, dans Tlicnlogisclw l.lleralurzeittmy, 1894, p. 41; P. I-'oucart, clans Journal des savants, 1908, nouv. série, t. vi, p. 172-175; G. Milllgan, Ccrli/lcale 0/ imyan sncnTîrc. dnns The cxposilor, 1909, t. XX, p. 184- 185.— " lillilldtli. [iiitionnlc, fond» Intln, n'SSSJ, fiil, I59r°,

DÈCE

Cum Decius Romani regni apicem Dco invisus lenerel, jussit omnes a propria secta abstrahi et invocantes nomen Domini Jesu Chrisli ad immunda sacrificia provocari. Si qui aalem coniradixissent judici ofjerri et pœnis validis necari '.

VII. Le texte des libetli. — Une autre source d'information se trouve dans les libelli ou certificats de sacrifice païcMi. Leur teneur restait mystérieuse, quand un premier libellas fut retrouvé et décliiflré en 1893. Depuis lors, une série de vingt-cinq exemplaires sur papyrus a pu être constituée '. Si tout laisse prévoir que cette série recevra des accroissements, il paraît peu probable que de nouveau.x textes ajoutent ou modifient notablement les résultats acquis, car il semble évident que la formule des certificats de sacrifice fut établie dans l'empire entier d'après un modèle uniforme; on s'est même demandé, non sans raisons, si cette formule n'était pas annexée à l'édit impérial. Nous allons transcrire les principaux libelli et étudier leurs particularités, sans négliger celles des fragments dont il suffira de faire mention sans en donner le texte. Les lettres douteuses sont en caractères italiques.

N. 1. — Libellas d'Aurelius Diogenes, 26 juin 250.

Musée de Berlin. Papyrus brun clair, hauteur 20""5, largeur 8""9; le papyrus avait été plié verticalement; les parties pliées ont une largeur de 1 '"1, l'"6, l'»2, 1"°2, 1°"3. La marge supérieure est de 1'", l'inférieure 2"°2, à gauche \'"°2.

1'^ main Toï; ÈtiI [t]cùv OuuuJiiv 'fjO'f^-

UÉVOI; Xh>(A(Tiî) 'AÀE|(âv3cOIj) XY|(70U

Traoi. AùoTiX(tO'j) \ioyivo<J<Zç^ GaTaêoÙTo; 7.710 X(Û|jl(ïii;) 'AX£;xvo(oo'j) o N'i^TO'j côç (ÈToiv) o6 oùXlr,) èippÛ! oe;|iî). Ka: ist

6Û<J)V TO?; ÔSOÏÇ 5lcT£-

Àeux x.'û v5v inl Tta- Doùctv ÛU.EÎV xara

10 TX 7rpOl7T£[T]xTa[Yju[£]-

va 'ÉOuda [za]; ^^[TrecTa] [y.]ai Twv i[£]pEC(ov [Éyeu]ci|j.T|V jcaï a;![<5] 'Ju.[àçl û:ro5Ti|J.toj(7aiT6xi.

Ij A'.EUTUy^îLTai.

AùirjX(!Oç) [At]oYÉvY|Ç é7tio[£(Scoxa)].

£<" muin AùpT|[À('.oç)] Cûpoç iâ[6v a]

OùovTa 'ifia. [....].

2" main K. . rcoi-oç 5f(rr)jLt(£itou.ai).

1'^ main 2U ["E(touç)] a AÙTOxpiTopo[ç] K3L;[(7apoi;j [raji'ou Mesclou K[u)!v(t&i)] |ToJaia[voii AôJ/.t'ou Eû(7[cÇoCi;] [E]ùt[uxo3ç] G=f?]a[c] rou E':t[s'r^] 6^.

Var. — 2 /.eu;* 2/.=; Pap. — 3 ajpr/* S'.oy^voj Pap. — 4 xoi' a/.£;ivS Pap. — 5 T-oj* Pap. — 6 5e:' Pap. — 10-11 lire r.çios-:i-3.-^ij.é'ia. — 11 'É!i[-='.aa] Harnack, Wessely — 12-13 [i-(vj]'7i[i.r\v Harnack, W'essely

' Biblioth. nationale, fonds latin n» 17626, fol. 22 v°. — ' lAbetlus de Berlin : Krebs, dans Silzungsb. der Akad. d. Wissenscli. zu Berlin, 1893, p. 1007; Libellus de Vienne : K. Wessely, dans Sitziin^sb. d. Akad. d. Wissenst-h. zu Wien, 1894, p. 5: Libellas d'Alexandrie : Brcccia, dans Bull, de la Soc. arch. d'Alexandrie, t. i.\, p. 88 sq. ; Libellus d'Oxyrhinque : Grenfellet Hunt, Oxyrynchus papyri, t. iv, p. 49; Libellus de Manchester : A. Hunt, Catalogue uj greek papyri, m-A", Mancliester, 1911, n. 12; vingt libelli de Hambourg; P. Meyer, Die libelli aus der decianischen Christenuer/olgung, dans .Abhandl. d. kônigl,-pr€uss. Akad. d. Wissenseli. zu

— 16 ajçi)^ — t-iàlt' Fap. — 17 a.-j^r,['i Fap. iljpo; V ilcken; i3[dv ci] Wilcken; At[oY£vr,] Wessely. — IS àua Wessely, Meyer; ^l'oi:) \\ ilcken; — 19 /.oivwvoç c:7(Ti[j.et'.);/a'.) Wessely; roiro; Krebs; x..rfa)>-oç aearifi (:!'o(iai) Meyer. — 21 •/.[■j]'v["'^'-i1 Meyer.

Trad. — A la commission du village d'Alexandrou- Xesos ', élue pour surveiller les sacrifices. Mémoire tl'AureUus Diogenes, fils de Satabous *, du village dAlexandrou-Nesos, âgé de 72 ans, cicatrice au sourcil droit '■'. J'ai, de tout temps, ofi'ert des sacrifices aux dieux, et maintenant encore, en votre présence, j'ai, selon l'édit, fait des sacrifices et des Ubations, et mangé des offrandes sacrées. Je vous prie de m'en donner acte ci-dessous.

Portez-vous bien.

Moi, Aurelius Diogenes j'ai fait cette requête.

Moi, AureUus Syrius, je t'ai vu sacrifier avec...

Moi, K..nônos, j'ai paraphé.

Année 1 de l'empereur César Gaïus Messius Quintus Trajanus Decius Plus Félix Augustus, le 2 d'Epiphi.

BibL — Fr. Krebs, dans Silzangsbericlile der Kùniglich preussischcn Akadcmie zu Berlin, phil.-hist. Klasse, 1893, t. .xtvin, p. 1007-1014, pi. vu = ^gyptische Urkunden aus den Kôniglichen Museen zu Berlin, herausgegeben von der Generalverwaltung, griechische Urkunden ', n. 287 ; Matthaï, Vier Dokamenle aus der Zeit der Chrislenverfolgungen, dans Preuss. Jahrb., 1894, part. II; A. Harnack, dans Theologische Literalurzeitung, 1894, p. 38 sq. ; F. Franchi de Cavalieri, Due libelli originali di libellalici, dans Nuovo bullellino di arclicol. crisL, 1895, t. i, p. 68-73 ; E. W. Benson, Cyprian, Itis li/e, his limes, his work, in-S", London, 1894, p. 541-544; J. Gregg, The Decian persécution, in-12, London, 1897, p. 153-159; O. von Gebhardt, Ausgewàhlle Màrlyreracten, in-12, Berlin, 1902, p. 183; P. Allard, Le christianisme et l'empire romain, 5» édit., in-12, Paris, 1903, p. 293-297; G. Wessely, Les plus anciens monuments du christianisme écrits sur papyrus, dans Palrologia orientalis, 1907, t. iv, part. 2, p. 115, n. 2, pi. i, n. 3; Bludau, Die Libelli aus der Verjolgung des Decius, dans Der Katholik, 1908, t. -xxxviii, p. 173 sq. ; Foucart, dans le Journal des savants, 1908, p. 169 A; Wilcken, dans Archiv fur Papyrusiorschung, 1909, t. v, p. 277 sq. (cf. B G U, 1. 1, p. 358); G. Scliœnaich, Die Libelli und ihre Bedeulung ]ûr die Chrislenver/olgung des Kaisers Decius, Glogau, 1910, p. 30; P. Meyer, Die Libelli aus der Decianischen Christenverjolgung, in-8°, Beriin, 1910, p. 30, n. 21; G. Milligan, Sélections from the grcck papyri edited with translations und notes, in-12, Cambridge, 1912, p. 114, n. 48; U. WUcken, Grundzûge und Clircstomathie der Papyruskunde, in-S", Leipzig, 1912, t. ii, p. 151, n. 124; H. Leclercq, Les certificats de sacrifice païen sous Dèce, en 250, dans Bulletin d'ancienne littérature et d'arcliéologie chrétiennes, 1914, tirage à part, p. 6, n. 1.

N. 2. — Libellus d'Aurelius Syrus et d'Aurelius Pasbes... 250.

Collection de l'archiduc Rainer, à Vienne. Papyrus très mutilé, reconstitué en cinq fragments; la partie reconstruite mesure 9"" de largeur, 10°"'4 de hauteur. Le papyrus avait été plié dans les distances de 2, 2,3,

Berlin, 1910, Phil.-hist. Classe, p. 19 sq. — • Village du Faioum, dans le district de Themistou iféris, au sud-ouest du nome Arslnoîte; cf. Wessely, Topographie des Faijûm, dans Denkschri/ten der phil.-hist. Klasse d. kaiser/. A/iadcmic,Wicn, 1U04, 1. 1., part. 1, p. 33. — 'Nom très répandu à cette époque dons les environs de ce village, cf. Wessely, dans Denkschriften, Wien, 1902, t. XLViii, part. 4, p. 136-139. — ' Digeste, 1. XI, Ut. iv. I. 8 : notœ autem verbo etiam cicatrices continentur, cf. Letronne, dans Notices et extraits des manuscrits, t. xviil, part. 2. p. 185. — ' Abrégé désormais en BGU.

DÈCE

2,5, 1,8, 1,8 centimètres à partir de la marge supérieure, horizontalement. A gauche, un espace non écrit de 2 centimètres, au commencement autre espace non écrit de 1 centimètre.

1"^ main ToTç Èttî twv Ouniùjv •/jpY|[/.Évoi;

Ttapi AijpV|Xi'cov Cupou xat riaffêeiou Toij àiZel'foù xat ATjjAïixpiaç xai CapaTrtâSo; b yuvatxàjv )J[Aùlv è^toTruXeiTcov 'Aeè ôuovr^ç xoîç ôeoïç BiereXésajJLSv xai vOv km. Ttapovrcov ûjAÙJv xotxa xa TTOOdxayOÉvxa xat è(ntt(îay.£v xat [xcljjv tTepetcov] l)-f«(rà/(fra ^rai 10 [açtoij;/£v ûu-aç Û7rO(jY|i7.i(û]-

nacSat '^[irv. Ateuxu[/£ÎX£].

2" main Aùpr|X(tot)Cûpoçxaina(j6-î)i;ÈTrtS£5wx(ajj.£v) I(Tt'5(opoi: £Ypa(i]<a) Û7r(àp) aùx((jjv) aypa- [(jj-aâttov.)

[La /în manque]

Var. — 8 iOûaajAïv — 12 aupTjX — £j:iSeôii)« Fap. — 13 eypç — y, — «ux, — a-cp; Fap.

Trarf. — A la commission du bourg de Philadelphie 1, élue pour surveiller les sacrifices. Mémoire d'Aurelius Syrus et d['Aurelius] Pasbès son frère ^, et de Demetria et Sarapias, nos femmes, demeurant hors de la porte (de la ville) '. Nous avons, de tout temps, ofTert des sacrifices aux dieux, et, maintenant encore, en votre présence, nous avons, selon l'édit, fait des libations et mangé des offrandes sacrées. Nous vous prions de nous en donner acte ci-dessous.

Portez-vous bien.

Nous, Aurelius Syrus et [Aurelius] Pasbès, nous avons fait cette requête.

Moi, Isidore, j'ai écrit pour eux, car ils ne savent pas écrire ♦.

Bibl. — K. Wessely, dans Anzeiger der Wiener Akademie. Pbil.-hist. Klasse; 3 Jsenner 1894, n. 1, p. 3; A. Harnack, dans Theol. Lileralurzeitung, 1894, p. 162; J. Gregg, The Decian ^persécution, 1897, p. 154 sq. ;0. von Gebhardt, AusgewàhUe Martyrerakten, 1902, p. 182; Wessely, Les plus anciens monuments, 1907, p. 119, n. 4, pi. ii, n. 7; G. Schônaich, Die Libelli, 1910, p. 29-30; P. Meyer, Die Lihelli, p. 31, n. 22; P. Foucart, dans le Journal des savants, 1908, p. 170, B; H. Leclercq, Lis ecrtifuats, 191 1, p. 8. n. 2.

N. 3. — Libcllus d' Aurélia Ammonous... 250.

' Philadelphie, village dans l'Hérakleidon Méris du nome Arsinoïte, cf. Wessely. Topographie dei Faijum, dans Denkschri/len d. kais. Akad. d. Wissens. Phil.-hist. Klasse, Wien, 1904, t. l, p. 153-154. Ce village situé au nordouest du Faioum, dans le voisinage de Er-Roubnyyat, a donné des papyrus depuis l'époque ptolémaïquc jusqu'au IV» siècle de notre ère et des peintures encaustiques, portraits de momies. — ' Aurelius sert de prénom aux deux frères, 11 existe de nombreux cas de celte abréviation, p. ex. : A-jfr,ViO[ i^epfivrj; /.ai 'Ef [;.»;. — * ■ Hors de la porte • on « devant la porte ». Des quittances relatives à l'impôt et A l'exportation mentionnent aussi la 7tù),T| de Philadelphie, cf. Wessely, Topogr. d. Faijum, p. 154; même expression dans Grenfell, Greek papyri, série II, 72, 5 : Aijpr,).ùii Wfnf'j['j]Ti IlevTçi.)TO\j â?i>)7t\j/.iTr, AioiT7tdl/(Ewç); 74, 4: è5tj)Tfj'/é[Tjr| àTtb ■/.wixr,; x'jirio; toû ''Iê(Tou[v|o(j.oO ; 78.2,6, 33 : è$o)iT'j>!tTT| ^TTÔ TOTiap/ia; X'jT£(i); Tf,c 'létuov Tifii/ew;], ces actes sont daté» respectivement de 308, 302 et 307; BGU, 34, II, 21 ; III, 7, 16 ; IV, 13 ; V, 17. — • Les requérants étant Illettrés ont dû recourir ù un écrivain qui emploie

Musée gréco-romain d'Alexandrie. Papyrus, IT" hauteur, 7, 8'" largeur.

2' main vJy.

1'' main [tJo?? Ètii xojv 6u<7i(uv

■A|P'fjU.ÉvOtÇ

Ttaoà AùoTiXtaç 'Ajaixco- ■j v&Oxoi; MvaTOit i£[j3£]-

p£ta(; Uexs.oo'J/ou Oedî

[ueyiX'ju ^LtyiXou aEtÇuJou

xa\ xojv £[v M]&"/îp£t 6£(ÔV

[àJTTÔ à[;L[cpdBo]u Mo'r|p£(oç. Ai£t 10 [[Ji.]£v 6iJ<Co5> U(7[a] xotç Geoïç 3t-

[£]x£)>£'7a xôi- 6tov, £:tt5"fi [sic)

[x]al vùv xaxà xà xeXeuuôe-

[vx]a xat £7ti Ttapovxwv

['j|j.](ôv "ÉOuca xttt £(jitt<7a l'i [x]at xàir i£p[£]iVov ÈY£U!Ja-

[|j.-f)]v xat [a;t](ù i'TTOCï,-

[pi.iw](7a'70a['.].

[La fin manque]

Var. — l.-Y Wessely; uXj- Wilcken, Meyer; — 5 c: c0acé; — 10 Oujr![a] Fap.; — 11 Ixt Se Messely. Trad. — 433 ^

A la commission élue pour surveiller les sacrifices. Mémoire d'Aurelia Ammonous, fille de Mystès, du quartier Mœris, prêtresse de Pétésouchos ", le dieu très grand, éternel, et des dieux du quartier Mœris '. J'ai tout le temps de ma vie, offert des sacrifices aux dieux, et, maintenant encore, en votre présence, j'ai, selon l'édit, fait des sacrifices et des libations, et mangé des offrandes sacrées. Je vous prie de m'en donner acte ci-dessous.

Bibl. — Botti, dans Alti del seconda congresso di archeologia cristiana, Rome, 1902, p. 398, a présente ce papyrus et en a donné la description sans le texte, II probablement à cause de la difficulté du déchifTrcment » (Foucart, p. 171), cf. Conmicnlarius authenlicus du Convcntus aller de archeologia christiana liomœ habendus, in-S», Roma, 1900, ]). 806; Bessarione, 1900, t. vu ; Rivista délie rivisle, p. xxvi; Seymour de Ricci, Bulletin papyrologiquc, dans lievue des études grecques, 1901, t. xiv, p. 203; IJ. Wilcken, dans Archio fur Fapyrusiorschung, 1900, t. i, p. 174, note 1. Édition par Breccia, Libellas libellaliei, dans le Bulletin de la Société archéologique d' Alexandrie, nouv. série, 1907, t. n, fasc. 1, n. 9, p. 88-91 et pi.; K. Wessely, dans Anzeiger der kaiscri. Akademie der Wissen- 'schajten, Philos.-hist. Klasse, Wien, 4 décembre 1907; Wilcken, dans Archiv, t. v, p. 279 sq. ; G. Schônaich, Die Libelli, 1910, p. 33; Bludau, Die Libelli, p. 5; P. Meyer, Die Libelli, 1910, p. 32, n. 23; U. Wilcken,

l'abréviation usuelle £-,p;; dans des cas analogues on Ht les formules : k'^pa-^^a •jtzïç) aùxo-j yoiL\i.y.OL-:x [lT^ ètSÔTo;, ou bien i-;pa.[i.\ii-o-j o'vTo:. ou encore çiaxovTo; (ir, eiSévai ypày.ixita. — ' C'est un numéro de classement, ainsi que Wessely, Anzeiger Wien AlMd., J907, et Wilcken, Arcliiu /. Pap., tome v, page 280, l'ont reconnu et établi; soit d'après les opérations de la commission, soit d'après l'enregistrement de l'acte. — • Le <licu Pctcsouclios était ime divinité locale du Faioum; cf. Papyrus cle Berlin, f/rtiindeii 124, de l'an 187-188: XaipÉou p/.dpo;) f-)ac]irapiou TT,; x«i Hîavr'n UpE'J; IUtetov/o-j 6îoO [iiyHoM y.EyiÀOiU) à£is("OU, jEgyplischc Zeilsclirijl, 1883, p. 164; 1884, p. 130-139. Sur le temple de Petcsouclio» dans le quartier Mœris d'Arsinoë, cf. Wessely, Die SladI Arsinoe, dans Silximgsbcrlclile der U'iincr .Ikudeniie, Pliilos.-hisl. Klasse, 1902, t. cxi.v, 4. — ' Voir la note précédente. Arsinoe = Crocodilopolis = Medinel-el-Faioum, a donc eu son temple spécialement consacré au • très grand dieu éternel • avec un persimm-l de prClres et (!c prétresses.

DÈCE

Gmndzùçie und Chrcslomatie, 1912, p. 152, n. 125; H. Leclercq, op. cil., p. 9, n. 3.

N. 4. — ■ Libellas d' Aurélia Demôs, 14 juin 250.

Manchester, John Kylands Libranj. Hauteur 22"°; larp. 12""1. Papyrus venant d'Arslnoe.

1" main [To]?; £-'; Tojv ô'jiiojv y|pY,u.Évoi;

Trasx AùpT|)iîot(; A"r|y.(ÛTOç aTtïTOpoç aY|Tpôç'EXIv'^i; Yiiv-rj AùpY|À''ou Eip-^vaio'j 'xm Ôlu.o6oo<j 'EXXy,v£!oii. xï.; àe;6ûo'j(7aTo;; ■j OcOÎç 3!£T£)>£!7H '/.'ïi vOv £■;:! -'jiOO'Jc'. ûu.;v kaxà -i 7tp5T£T[a] yu-éva y.a'i ËO'jffa jcxt £(;-'.n-x xai Toûv ;£p£!iov £Y£'J!JX[X£v y.ï; a;£i(Ju •jy.ïç ÛTtoufiy-KÛ^acÔai |ao'.. SL£'jTu/£ÏTat. 2- main A'jp-/i/,;'a A-rnJ.ôJ; ÈTi'.oÉooJxa. ALipY|À(toç)

10 E[t]pY|Vaï'&; Hypï'ia ûiiÈp aÙT?,; 7.Ypa(y.u.-y.-

[tou).

3« main A'jfprJÀi'.o:) SïoeTvoç ■^ptJT(av'.ç) £[!]o[o]v

[nt Oûouuav 1'^ main fEroj; z' AJtoxd7.to:o; Kaicrasov Faiou

Ki)iVTO'jTsa'.v.voj Aexî'oj E'IcTEcioô; E'JT'J/oOç S[£]Ç3:(:T'r-. ria^v. z

Ver. — 3 1. -fjva'./'.'J:.

Trad. — A la commission élue pour surveiller les sacrifices. Mémoire d'Aurelia Demùs, qui n'a pas de père, fille d'Hélène et femme d'Aurelius IrenEeus, du quartier grec [à Arsinoë]. J'ai, de tout temps, oflert des sacrifices aux dieux, et maintenant encore, en votre présence, j'ai, selon l'édit, fait des sacrifices et des libations, et mangé des offrandes sacrées et je vous prie de m'en donner acte ci-dessous.

Portez-vous bien.

Moi, .\urelia Demôs, j'ai fait cette requête '.

Moi, Aurelius IreniEus, j'ai écrit pour elle, illettrée.

-Moi, Aurelius Sabinus, prytane ', je t'ai vue sacrifier.

Année l"" de l'empereur César, Gaïus Messius Quintus Trajanus Decius Plus Félix Augustus, le 20 de Payni.

Bibl. — A. Hunt, Catalogue o/ Ihe ijreek papyri in the John Rylands Libranj Manchester, vol. i. Lilerary Texts, n. 1-Gl, in-4°, Manchester, 1911, p. 20-21, n. 12, pi. ii; P. Meyer, Die Libelli. 1910, p. 34, n. 25; G. Gallophylax, Les Orientalia de la bibliothèque John Rylands, dans Échos d'Orient, 1911, t. xiv, p. 361 (plusieurs mots oubliés); H. Leclercq, op. cit., p. 10, n.4.

N. 5. — Libellus d'Aurelius L[...]thion, Ji juin 250.

Papyrus, lô^'S hauteur, 7 centimètres largeur.

i'= main To;; £7:1 tojv J£p<£;>>c.iv [;-.7.'c] Ou(7'.wv :rôX[£co;]

~ao' AijOY|À!OU A[ J

O:(j)vo; ©îooojGO'J y.Y|[Tpi;]

S nïVT(OV'JU.!00Ç 0.110 TY,[;]

aÙTYjÇ to),£io;. 'A£"; ixàv Oû(ov x.7.\ cttÉvSwv [toi];

OeOÏÇ [o]t£T£À[£(7a, £]t1 0£

y.x\ vùv Èvwz'.ov ûaôjv

' Sur cette requête présentée au nom de l'épouse seule, voir la notice générale. — '-ojt '»■/■; ou -ijt (ï/iCtï; . A Naiicratis et ù Ptolemaîs on rencontre des prytancs. ■ D'après une inscription du ni» siècle, c'était un collège annuel de six membres. Un autre texte de la même épotiiie pîirle pourtant d'un prytane à vie et des grafïitl du début tle l'époque romaine d'un arcliiprytane à vie. «Cf. sur le rapport à établir entre ces témoignages et sur les fonctions du prytane, P. Jouguet, La vie municipale dans V Egypte romaine, in-8', Paris, 1911, page 37-38. — ' La ville en question est Ox\Th>Tichos ; sa population était composée de Grecs et d'indigènes. — • ic'iijikv est écrit sur un passage IJICT. d'.vrch. ciirkt.

10 /.aT7. TV. /.£/.£J70[£]/[Ta]

éuTTSisa /.-û 'ÉO'jija y.a['.] TÙJv !£p<;;£i>(jL)v ÈyîU'îâaY/v) a|J.a T(o uîw ;/.0'j A'jaTj- ),■'(!) Aïoçy-opo) y.'û tîj

lii 6uY0CTO! 0.0'J AÙpY|X''a

Aafoc. 'Aç'.ôj 'jj/ïç ÔTTo- (JYijX'.oj^a^jOa! rjLO'..

("Eto'jç) a' A'jTO/.s'/.TO0oc Kï.'.5ï;o:

raîo'j Mettîo'j K'jivTO'j 20 Toai'avoù A£y.!Ou E^c7£Sor;[; Eùlt^oO; [CESa<7]T05 [n^O]-/'. /..

20 main [ ]vi' ) [

[La fin manque]

Yar. — 1 ïss'jjv Fap. — 12 t=pnjv EfEJ^aji^ Fap. — IG -JT.". — 23 [ô] Fap.

Trad. ■ — A la commission de la ville ' pour surveiller les offrandes sacrées et*les sacrifices. Mémoire d'Aurelius L[ ]thion, fils de Théodore et de la dame Panto-

nymis, de la même ville. J'ai, de tout temps *, offert aux dieu.x des sacrifices et des libations, et, maintenant encore, en votre présence ', j'ai, selon l'édit, fait des Ubations et des sacrifices, et mangé des offrandes sacrées, avec mon fils Aurelius Dloskoros et ma fille Aurélia La'is '. Je vous prie de m'en donner acte ci-dessous '.

Année 1" de l'empereur César Gaïus Messius Quintus Trajanus Decius Plus Félix .\ugustus, le 20 de Payni.

Bibl. — Grenfell et Hunt, Oxyrhijnchus Papyri, part. 1\' (Egypt E.vploralion Fund, Grœco-Roman branch), London, 1904, p. 49, n. 658; Wessely, Les plus anciens monuments, p. 117, n. 3; P. Foucart, dans le Journal des savants, 1908, p. 170; C. Bludau, Die Libelli, p. 4; G. Schonaich, Die Christenverfolgung des Kaisers Decius, 1905, p. 35; Die Libelli, 1910, p. 32; P. Meyer, Die Libelli, p. 33, n. 24; cf. U. Wllcken. dans Archiv fur Papyrusjors., t. m, p. 311; G. Vitelli; dans Atene e Roma, 1904, col. 230; P. Franchi de Cavalieri, Un nuovo libella originale di libellfitici nella persecuzione decicmu. dans Miscellanea di storia e cuUura ecclesiastica, 1904, t. m, et dans Rioisla storicocritica délie scienze teologiche, 1905, t. i, p. 209-212; H. Leclercq, op. cit., p. 11, n. 5.

N. 6. — Libellus d'Aurelius Asesis, 12 juin 250.

Hambourg, Stadlbibliotltck, Inv. n. 101. Hauteur 21'"5, largeur 6 centimètres.

i'« main T[oï^; É^ri twv Oug'.ojv v^ir^^bio'.i

-■J.VJ. AÛOY|À['OU A(7-/-(7£0>Ç Cip"/,-

vo'j â^rb xw|j.Y,; ©îaSEAsiaç.

Kï'l àîi y.£v ToTç ÔEoiç Oùcov 'i S'.aTSTsXfixx xa; vtîv tiC'. -apoOdiv 0[a;v XïTa Ti ~po;xayOévxa £<7:ti<ra xi"; ïOucot xa! Tcôv V£p£Îo)v £Y£u7iaY|V xat açuo uaï;

corrigé. — ' Au lieu de èvwTttov ùptôiv on lit dans les autres papyrus : èîtl "apôvTWv Oaotv, £7:1 îiaQO'j^iv -jaiv; sur 1 emploi de ivolTi'.ov, cf. P. Meyer, Die Libelli, p. 34. — • Tous les noms propres de ce libellus sont purement grecs. — ' La formule iEid) ;,!J.â; C-O'rr.ij.KorjaffOai ij.0; a été diversement Interprétée : « .jc vous prié de me donner votre signature • (Wessely); Ich bille, mit dièses hierunler zubeschcinigcn. . Je vous prie de me ccrlincr cela en bas • (Schonaich); I request ijoii ta ccrii/ij my slalemenl. (Grenfell et Hunt): nous avons traduit : ■ Jc vous prie de m'en donner acte ci-dessous; • on pourrait dire de même: • Je vous prie d'apostiller ma déclaration : ■ le sens n'est pas douteux. IV. — 11

DÈCE

10 'J7:oaV|a'â)(xa(i9a! uioi.

A'.îuTU/sÎTai.

'A(7f|7!; (ôç (sTÙiv) Xê iTriirtv/jç.

i» mam AùpY|X'.oi Csp-^voç xxc ' Epixïç

E"Sa|ji.£v COI SûcovTa.

3» mam lo EPMSESHM

/" mam ("Exo'j;) i Aû-oxparopoç Kaicapoç r^t'oii Mecc'ou Kou''vto'j TpaiiivoO Asxioj Eùfreëoîiç EÙtu^oOç CsêadTOÙ rTaùvt tY,.

Var. — 4 peur OJtov Fap. avait d'abord éciit Oeojv, il a corrigé s en u. — 13 AiJpr[Xio; Pap. a corrigé en Aàpv.ioi. — 14 1. 3= eJovTa.

ï"rad. — A la commission élue pour surveiller les sacrifices. Mémoire d'Aurelius Asesis, fils de Serenus, du bourg de Théadelphie '. J'ai, de tout temps, oflert des sacrifices aux dieux, et maintenant encore, en votre présence, j'ai, selon ledit, fait des libations et des sacrifices, et mangé des oiïrandes sacrées. Je vous prie de m'en donner acte ci-dessous.

Portez-vous bien.

Asésis, âgé de 32 ans, invalide -.

Nous, Aurelius Serenus et [Aurelius] Hermas, nous t'avons vu sacrifier.

Moi, Hermas, j'ai paraphé '.

Année 1" de l'empereur César Gaïus Messius Quintus Trajanus Decius Pins Félix Augustus, le 18 de Payni.

Bibl. — P. Meyer, Die Libelli aus der Decianischen Chtisienver/olgang, in-S", Berlin, 1910, p. 4, n. 1 ; H Leclercq, op. cit., p. 13, n. 6.

N. 7. — Libellas d' Aurélia Ammonariou, 14 juin 250.

Hambourg, Sladlbibliolhek. Inv. n. 103. Hauteur 21 centimètres, largeur 8""5.

1'" main ToU âm tiov O-jccôjv Y,s/|a£vo'.; ■7t(asà) AùoYiÀi'ïç 'Aaaojvac'o'j aTrb xa)(y.T|ç) @s.xZelas.{y.ç. Ki'; ài; |jL£v Oùo'jsa y.xi eùffESoûux

.'i Toiç Oeoîç sÙv toïç t£x(vo;ç) A'j;y,i /.io!ç

AlOljjAO'J X.XI NOUÛÎO'J x.-j.\

TaScToç StxTeTsXÉxay.Ev xai vOv ÈttI 7raoovT(i)v ûfAojv xari xi TrpoSTa/OÉv- 10 Ta luTrtffajAev xat éôûua- [isv X3cl T(ôv ÎEOsiajv i-

ÙZOi7Y|[J.i.à)(7a(76ai y.O!.

A'.£UTuy£!Ta;.

S" main i:; AùpYjXiO! C£pY|Vo; xai 'Ep|j.i; £;oa- |/£V ÛlAÎ; Ou(T''a50VT£î.

3' mam EPMSBÏHM

/'■' main ("Eto-j;) a' A'JTOzpiTopo; Ivaîrjapo; Tafou MEsctou K'JivTO'j TpaïavoO 20 A£X!Ou EÙteSoOi; liÙTuyoù; Ce^ïhto j

Ili'Jv; X.

Vcf. — 2 -' Pap. — 3 ■/.'■> Fap — 5 -f oup^ F?)\ — 0 1. A'.ôJm.) /.al Noj^iw. — 7 1. TaiT'.. — 16 1. 'Ijt.x-

' Théadelphie, bourg <Iu Faioum, au sud-ouesl, dans l'ancien district de la Theiniston IMeris <lu nome Arsi noîte; aujourd'hui Harit s'élévc sur rcinplaccnunt de Théadelphie; cf. Wcsscly, Topagraphic îles Faifum, 1904, p. 69,156. — ' eTtiïivTiî, c'est le signalement, de inômc qu'Aurellus Diogenes avait une • cicatrice au sourcil droit •. — ■ ^t<ir,^it:u>\).tt, nous avons discuté le sens de ce terme dans

Trad. — A la commission élue pour surveiller les sacrifices. Mémoire d'Aurelia d'Ammonarion * du bourg de Théadelphie. Nous avons, de tout temps, oITert des sacrifices et témoigné notre piété au.\ dieux, moi et mes entants AureUus Didymus, .\urelius Nouphis et AureUus Taàs, et maintenant encore, en votre présence, nous avons, selon l'édit, fait des libations et des sacrifices, et avons mangé des offrandes sacrées. Je vous prie de m'en donner acte ci-dessous.

Portez-vous bien.

Nous, Aurelius Serenus et [AureUus] Hermas, nous t'avons vue sacrifier.

Moi, Hermas, j'ai paraphé.

Année f de l'empereur César Gaïus Messius Quintus Trajanus Decius Pins Félix Augustus, le 20 de Payni.

Bibl. — P. Meyer, Die Libelli, 1910, p. 5, n. 2; 11. Leclercq, op. cit., p. 14, n. 7.

N. 8. — Libellus de 14 juin 250.

Hambourg, n. 117, fragment comprenant quelques lignes et la date. P. Meyer, op. ciA, p. 5, n. 3;H. Leclercq, op. cit., p. 15, n. 8.

N. 9. — Libellus de 15 juin 250.

Hambourg, n. 114, fragment comprenant la date, P. Mever, op. cit., p. 6, n. 4 ; H. Leclercq, op. cit., p. 15, n. 9.

N. 10. — Libellus d'Aurelius Horion,... juin 250.

Hambourg, Stadtbibliothek, Inv. n. 108. Hauteur. 21 centimètres; largeur G'^ô.

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