I. i, p. iin,-;- fj.s
DKCÔHA'llo.X DHS KGLISKS
sur les murailles ce qui est vénéré '. » On a proposé de ce texte nombre d'explications dont la plupart ont le tort de s'écarter du sens naturel des paroles du concile. Les Pères réunis à llliberis reprochent aux images de représenter ce qui est vénéré ou adoré, c'est-à-dire d'être elles-mêmes des objets de dévotion et d'adoration -. En conséquence, ils les proscrivent purement et simplement. Est-ce la théorie ou la pratique du culte des images qu'ils repoussent? A chacun de se faire son opinion sur ce point. Ce qui est absolument indubitable, c'est que ce décret est l'expression d'une discipline « tout accidentelle », « toute locale » '.
II. Aux i\" r.T V" SIÈCLES. — Parmi les répercussions de l'édit de pacification religieuse de 313, l'art ne doit pas être oublié. Le triomphe de l'Église inaugurait non seulement une période et des conditions nouvelles de liberté et d'opulence éminemment favorables à un grand essor artistique, mais encore il allait introduire l'art chrétien dans une voie nouvelle, très différente et très supérieure à la voie où se traînait l'inspiration exclusivement populaire. Jusqu'à ce moment, l'art n'a été trop souvent que du métier, une imagerie touchante par sa naïveté et sa maladresse, une suggestion émouvante par suite des circonstances historiques au sein desquelles vivent les hommes qui s'appliquent à dessiner quand même des bergeries entre deux épisodes de terreur. Désormais, un grave changement se fait. Même dans les catacombes promptement délaisscer,, sauf un retour de vogue passager sous le pontificat de Damase, les fresques prennent un aspect nouveau. Tandis que l'imagerie continue, une conception décorative nouvelle, entièrement différente de ce qui s'est fait jusqu'à ce moment, s'affirme et contredit la conception antérieure. Mais ce n'est pas dans les catacombes que ce courant peut être étudié, les œuvres qu'il y inspire manquent des caractères distinctits des œuvres originales. Elles ne s'y trouvent pas à leur place, elles n'y sont que des pastiches dont les types se trouvent ailleurs, dans les mosaïques basilicales.
Dans les vastes et somptueuses basiliques constanliniennes, l'art nouveau va cesser d'interpréter les épisodes bibliques réduits à leur expression la i)lus simple pour devenir le serviteur du culte officiel. Le; papes et les empereurs, chacun dans leur domaine, bien qu'avec des ressources très inégales, vont s'efforcer de développer l'art nouveau et d'en utiliser les éléments en vue d'un relèvement général du goût. Après l'etïort factice d'où était sorti Vart auguslal, la tradition antique qui, de Trajan aux Antonins, avait fait une chute si prompte et n'avait cessé de déchoir pendant le m" siècle semblait, au début du règne de Constantin, n'avoir plus qu'à achever de disparaître. Nous avons tenté de montrer ailleurs, dans notre Manuel d'archéologie chrcliennr, comment cet art exsangue et appauvri avait été régénéré par l'infusion de la tradition antique conservée par les rudes artisans des peintures catacombales. Pendant le iv» siècle, exactement entre la paix de l'Église et le sac de Rome (313-410), se place une période artistique productive et originale dont le siège fut à Rome. Ce siècle fut, à proprement parler, celui de la Renaissance constantinienne, avec son inspiration et son style nettement romains, bien qu'avec une infiltration déjà sensible du style et des éléments orientaux.
Resserré entre la décadence du iw siècle et l'invasion byzantine du vi", cet art n'a qu'un petit nombre de représentants, mais quelques-uns de premier ordre. Si, au v siècle, l'art de Ravenne se ressent déjà des traditions orienlales et s'en inspire plus que des Iradi-
' Placuil picUtras in eccletia esse non dcbere, ne qiiod colitur et adoraiiir in parielibus depingntur. — • ■ Turmcl, Chronique d'histoire ecclésiastitjue, dans la Heuue du Clergé
lions romaines, il faut admettre qu'au moins, avant le sac de Rome de 410, il y eut une période créatrice d'oeuvres originales et fortes dont nous pouvons encore juger grâce à la mosaï(|ue de l'abside de Saiiitc- Pudentienne et au mausolée de Sainte-Constance. Un autre monument, daté de l'année 317, la basilique érigée par le consul Junius Bassus. est encore un édilice profane et ne recevra une destination liturgique — sous le nom de Saint-.\ndré in Calabarbara — que dans la seconde moitié du v= siècle. Néanmoins cette adaptation permet de croire que l'édifice n'offrait rien qui s'opposât à sa nouvelle destination et la décoration était contemporaine de la construction. Cette décoration nous est suffisamment connue, grâce aux dessins de San Gallo, conservés à Rome, dans la Bibliothèque Barberini, et à deux panneaux représentant des combats d'animaux et conservés au Musée du Capitole, lesquels nous laissent supposer la merveilleuse abondance et la force d'exécution de ce décor par ailleurs très banal. La mosaïque en opus alcxandrinum a une tout autre beauté, un coloris plus riche et plus profond que la mosaïque de marbre. Quant à la peinture, loin de la délaisser, malgré la ressource nouvelle offerte par la mosaïque, on va en faire usage pour décorer de vastes surfaces où elle s'associe aux revêtements de marbre et de stuc, mais où elle reste subordonnée à la mosaïque. Malgré ce rajeunissement éclatant, l'art chrétien de l'âge classique s'est parfaitement conservé dans les mosaïques de la seconde moitié du v= siècle, au baptistère de Latran et à la voûte de l'oratoire de Saint-.Jean l'Évangéliste; et celte conservation n'est due qu'à l'imitation des partis décoratifs empruntés aux cubicules des catacombes.
Le mausolée de Sainte-Constance. — Nous avons déjà étudié et décrit ce monument (voir Dictionn., t. i, col. 946-958; t. m, col. 2609-2622), mais nous l'envisagerons ici à un point de vue différent. Voici un édifice nettement constantinien, à destination liturgique autant que funéraire, puisqu'il servait de baptistère en même temps que de mausolée. La surface interne tout entière est revêtue de marbre ou de cubes d'émail et on n'atteint ce résultat qu'à l'aide d'un rajeunissement et, il faut dire plus, d'un renouvellement complet des procédés les plus variés de l'ancienne technique. Tel qu'il nous est parvenu, avec ses mutilations du xvii" siècle et ses restaurations maladroites du XIX', le mausolée de Sainte-Constance, rétabli en idée dans son état primitif grâce à quelques dessins et descriptions, nous présente le plus précieux, parce qu'unique, exemplaire du décor d'une basilique ou d'un baptistère à l'époque constantinienne et, à cette date, ce décor s'accommode encore de sujets païens, parfaitement anodins d'ailleurs.
Le tambour de la coupole était couvert d'incrustations en marbre et percé de douze fenêtres que reliait une décoration architectonique d'ordre ionien, soutenant une corniche ornée de couples de dauphins enlacés à des tridents. Au-dessus, s'arrondissait la coupole, ornée de mosaïques grattées en 1620 pour être remplacées par un stucage sans intérêt. La composition (voir Dictionn., t. i, fig. 235; t. m, fig. 3225) présentait une nappe d'eau sillonnée de génies, d'oiseaux, de balelets, de canards et de cygnes. Cet artifice permettait d'introduire douze écueils correspondant aux douze travées du tambour et du plan. Sur ces écueils poussaient de larges touffes d'acanthe accostées de deux figures de tigres; du milieu des acanthes surgissaient des cariatides drapées, aux bras étendus pour supporter
/ranfais, 1901), t. xi.v, p. .îO,S. — » Bougnot, Histoire de la destruction du ptifinnismc en Occident. in-S", Paris, lS;i.S, 1. 1,
DÉCORATION DES ÉGLISES
les compartiments de feuillages entrelacés avec des couples de dauphins, puis de nouvelles figures de femmes, de dimension moindre, soutenant douze cartouches au-dessus desquels les feuillages se rejoignaient pour terminer leur volute au centre de la coupole. Dans ces compartiments et ces cartouches se voyaient des scènes chrétiennes : Sacrifice d'Abraham, Tobie et le poisson, Suzanne.
Les mosaïques des absides et de la voûte annulaire étaient conservées, ainsi que le pavement. Dans les onze compartiments de la voûte annulaire, la technique de la mosaïque n'ofl're rien de bien excellent. Les cubes sont de dimension moyenne, la taille a peu de finesse et de précision, en un mot, ce sont de bonnes compositions décoratives, d'un effet harmonieux agréable, d'un art sobre, mais, à tout prendre, très inférieures aux grands ouvrages en mosaïque tels que la bataille d'Arbelles, découverte de Pompci. et les pavements de la maison de Laberii, à Oudna. Une petite coupole, devant l'abside du fond, remplace le douzième compartiment, dont six seulement offrent une composition différente, presque identiquement reproduite par les cinq autres. Le thème décoratif, qui se retrouvait sur le pavement maintenant disparu, et sur le sarcophage de porphyre de Constance transporté au musée du Vatican (voir Didionn., 1. 1, col. 965, fig. 243), c'était la vigne et les vendanges (voir Didionn., t. i, fig. 238). Éros et Psyché, les génies folâtrant dans le feuillage, la vendange avaient joui dès les catacombes dune vogue incontestable. Or, on remarquera que ce n'est pas seulement la même pensée ou le même symboUsme qui reparaît, ce sont les mêmes arrangements de feuilles de rinceaux, d'amours et d'oiseaux. Une lourde charrette emporte le vin au pressoir où des enfants le foulent à grand renfort de gambades. Les archéologues du temps de la Renaissance et jusqu'à nos jours, ne voyaient dans ces scènes qu'une bacchanale décorant un édifice païen; il n'y a plus heu aujourd'lmi de discuter cette opinion définitivement écartée. Deux autres compartiments sont ornés de dessins géométriques, deux autres de médaillons délicats d'où ressortent de petits bustes et des figurines d'Amours et de Psychés parmi les oiseaux au vol et les brebis chargées de la houlette et du vase de lait, ainsi qu'aux catacombes. Le mur circulaire de l'édifice était percé de quinze niches où l'on voyait le monogramme du Christ parmi les étoiles sur un fond blanc (v. Didionn. t. m, fig. 3226). Deux petites absides latérales représentaient des sujets qui vont servir de prototypes aux grandioses compositions absidales de la mosaïque chrétienne. Dans l'une. Dieu le Père, assis sur le globe du monde, donne à Moïse la loi ancienne. Dans l'autre, le Christ, debout sur la montagne mystique d'où jaillissent les fleuves du paradis, donne à saint Pierre la loi nouvelle (voir Didionn., t. i, fig. 239). Des palmiers servent à équilibrer chaque scène et des brebis sortent de petites cabanes représentant Jérusalem et Bethléem, pour aller s'abreuver aux sources de la vie éternelle.
On ne peut hésiter un moment ù admettre que, dès cet ouvrage exécuté, l'art chrétien rajeuni et renouvelé ne soit en possession des nouvelles formules décoratives qui vont lui servir pendant de longs siècles. Il semble que la trouvaille n'ait été précédée d'aucune hésitation, et c'est possible, mais à défaut de tout vestige nous ne pouvons rien affirmer. Scènes majestueuses qui semblent entr'ouvrir le ciel pour nous montrer ce qui s'y passe, assemblées divines où Dieu le Père, le Christ et les saints marchent et' gesticulent avec dignité et gravité, pampres fleuris, combinaisons géométriques, de longtemps l'art décoratif ne s'écartera guère de ces types.
Basilique Vaticane. — Ici, nous ne possédons plus un
édifice intact et une décoration primitive assez bien conservée. Cependant, il n'est pas douteux que la basilique de Saint-Pierre au Vatican ait été l'objet d'une attention particuhère et d'une somptuosité sans pareille parmi toutes les basiliques constantinicnnes. Elle était entièrement décorée de mosaïques et de peintures. La façade de son atrium et sa grande façade, les parois des nefs, l'arc triomphal, l'abside ctincelaient. Sur l'arc triomphal, le Christ avait à sa gauche saint Pierre, à sa droite Constantin qui lui offrait peut-être le modèle du nouvel édifice, comme semble l'insinuer l'inscription conservée dans l'Itinéraire d'Einsiedeln.
Quod duce te mundus surrexit in astra triamplums, Hanc Constantinus vidor tibi condidit aulam.
Un dessin du xvii"^ siècle nous a conservé l'ordonnance de la mosaïque absidale. Au centre, le Christ assis sur un trône entre les princes des apôtres. Des palmiers encadrent la zone supérieure, aux pieds du Christ coulent les quatre fleuves du paradis auxquels des cerfs viennent s'abreuver. Un paysage de goût antique occupait le fond : c'étaient, sur le sol, de petits temples ronds, et, parmi ces temples, des arbres que de petits génies transformés en bûcherons abattaient à grands coups de cognée. Puis, dans une zone inférieure, l'Agneau debout sur la montagne; à droite et à gauche, parmi les palmiers, douze brebis accouraient de Jérusalem et de Bethléem.
« Voilà donc très rapidement constitués les principaux types de l'iconographie nouvelle. Un grand effort a été accompli pour fixer le type du Christ, très différent de l'adolescent imberbe que présentent les fresques des catacombes. Il est bien évident que les artistes se sont tenus à l'écart des interminables controverses qui divisèrent les docteurs du m' et du iV siècle, sur la beauté du Christ. Les œuvres des artistes chrétiens s'inspirent du sentiment populaire et toujours vivacc de la beauté des immortels. Le Christ des catacombes avait quelque chose de la grâce d'un .\pollon; celui des mosaïques aura quelque chose de la majesté d'un Jupiter; mais il est bien vrai que le sentiment chrétien, à défaut de traditions orales ou écrites, en l'absence surtout d'un portrait authentique, suffit à marquer la divine figure d'une empreinte originale. » On voit que dans l'art nouveau un effort d'imagination concourt avec un elTort d'adaptation. Le Christ imberbe ne va pas disparaître de sitôt, mais son rôle se réduit de plus en plus et le Christ triomphant avec son Église ne sera plus un pâtre entouré de deux brebis et portant une autre brcliis qu'il a couru chercher, c'est une manière d'empereur, vêtu de la toge ou du pallium, assis sur un trône constellé de pierreries. Les apôtres participent à cette majesté, leur vestiaire se complète rapidement, et autour d'eux, tout un symbolisme inconnu jusque-là se révèle. L'agneau divin debout, couronné sur la montagne mystique d'où les fleuves découlent intarissables, évoque les visions magnifiques du livre de l'Apocalypse. Le livre ouvert ou fermé, l'agneau égorgé, les candélabres, les quatre symboles des évangélistes, les vingt-quatre vieillards tendant leurs couronnes à l'agneau, les brebis sortant des villes de Jérusalem et de Bethléem et symbolisant l'Ancienne et la Nouvelle .Mliance. Autant de types nouveaux qui transfonnent l'ancien décor naïf et terne en un décor imposant et somptueux. Vn parallélisme soutenu et parfois rigoureux va inspirer les compositions chrétiennes,rapprocliaiit l'Ancien et le Nouveau Testament dans un contraste destiné ù toujours mettre en valeur la loi évangélique. Ce parallélisme conduit à la figure dominante du Christ et découle d'elle. « Mieux encore que les symétriques ligures de la Synagogue et de l'Église des Gentils, symbolisées par deux
DECORATION DES EGLISES
femmes, les deux absides de Sainte-Constance avaient incarné en leurs puissantes compositions du don de la Loi ancienne et de la Loi nouvelle la concordance des deux Testaments; mais elles demeurent un monument unique. L"art chrétien ne s'essaiera plus avant longtemps à figurer Dieu le Père autrement que par un signe intelligible : ce sera, au sommet des absides consacrées à la gloire du FiLs, la main divine qui sort des nues, et tient suspendue au-dessus du voile du ciel la couronne des récompenses éternelles, tandis que plane la colombe rayonnante de l'Esprit. Voici, dans les vers où saint Paulin décrit la mosaïque absidale de la basilique de Noie (construite aux premières années du ve siècle), tout un commentaire de ce riche symbolisme : s La Trinité étincelle dans son entier mystère. Le Christ est debout sous forme d'agneau; la voix du Père tonne du haut du ciel, et dans la colombe se répand l'Esprit-Saint. La croix rayonne dans un cercle lumineux; la figure des apôtres est représentée par un chœur de colombes. L'unité divine de la Trinité se résume dans le Christ, la Trinité ayant d'ailleurs S( s emblèmes... La pourpre et les palmes indiquent la royauté et le triomphe. Celui qui est la pierre de l'Église est debout sur la pierre d'où coulent les quatre fleuves sonores, les Évangélistes. vivantes ondes du Christ '. "
Basilique Saintc-Pudentienne. — Petite basilique agrandie et décorée sous le pontificat de Sirice (38!- 399). La décoration intérieure, qu'une inscription attribuait tout entière au prêtre Leopardus, comprenait le revêtement de marbre des murs et la mosaïque absidale. Cette dernière subsiste seule et, bien que réduite au xvi": siècle, garde l'image la plus noble et la plus parfaite de l'idéal de beauté que se proposa le christianisme romain du iv? siècle. Le Christ est assis au centre sur un trône incrusté de pierreries, parmi les coussins de pourpre, il bénit d'une main et, de l'autre, tient un livre ouvert. Les douze apôtres sont assis à ses pieds dans des attitudes variées ', saint Pierre et saint Paul semblent converser avec le Christ. Derrière eux et un peu en arrière, deux femmes debout. vêtues de bleu sous un paUium brun, présentent de. couronnes au triomphateur, ce sont les deux Églises, ancienne et nouvelle. .\ l'arrière-plan, un portique et des édifices; sur un monticule rocheux une grande croix d'or ornée de pierreries domine toute la composition. Au-dessus de la croix devait sortir la main du Père, tenant la couronne; de la zone inférieure il ne subsiste que l'agneau debout sur un rocher devant le voile de pourpre et recevant les rayons qui émanent de la colombe; les brebis sortant des cités mystiques ont disparu.
Baptistère du Vatican. — Ce baptistère, œuvre du IKipe Damase, fut revelu de mosaïques représentant lies scènes champêtres, le Bon Pasteur, au mUieu de sou troupeau, et des scènes maritimes, un vaisseau battu par la tempête.
Baptistère du Lutran. — \'ers le même temps fut décoré le portique du baptistère du Latran que l'on appelle aussi « portique de Saint-Yenance ». Deux mosaïques absidales furent décorées, l'une d'une pastorale dans le goût de celle du Vatican, elle n'existe plus; l'autre, demeurée presque intacte, domine l'autel dédié aux saintes Rufine et Seconde. Sur un fond bleu sombre, de larges et souples volutes d'acanthe, dont la belle verdure est éclairée de touches d'or, jaillissent d'une touffe centrale, et montent en spirales qui se rétrécissent vers une zone fleurie de lis blancs dont les cinq arceaux abritent l'agneau divin et quinze colom-
' S. Paulin, Episl., xxxii, P. L., t. Lxi, col. 330.— » Cette inscription fut délruite en 1588. — ' La mutilation de l'abside au xvi' siècle a emporté les deux figures extrêmes. — • Cette composition inspirera celle du mosaïste de Saint-
bes. De petites croix gemmées paraissent suspendues à la bordure de cette zone supérieure, et ce sont encore des lleurs de lis ou d'arum blanc qui s'ou\Tent sur le fond bleu, parmi le feuillage d'acanthe '.
.Vo/e et Xaplrs. — Les archéologues doivent être reconnaissants aux poètes, car ils leur doivent beaucoup d'utiles renseignements exprimés en vers médiocres, mais peu importe. Damase, Paulin de Noie, Paul le Silenciairc, Prudence, Anne Comnène se sont livrés à la plus ingrate besogne quand ils o;it entrepris la description eu langage poétique de divers édifices ou monuments sur lesquels nous ne saurions rien du tout ou fort peu de chose si, malgré le voile des termes très peu techniques, on ne parvenait à ressaisir quelques traits précis, et il faut leur en garder un peu de reconnaissance.
A Cimitile, quelques débris de mosaïques, de chanccls et d'ambons, représentent tout ce qui subsiste de cette basilique tant célébrée de Saint-Félix de Noie. La basilique de Noie et celle de Fondi ont été décrites par saint Paulin, et « ce qui nous aide le mieux, écrit -M. A. Pératé ^, à comprendre et restituer en imagination ces mosaïques campaniennes où le symbole parait l'emporter sur l'histoire, ce sont les considérables restes de la décoration du baptistère de Naples. Plus de la moitié des mosaïcjues qui en revêtaient la coupole ont péri, mais la composition en est encore intelligible. Dans le médaillon central, sur un fond de ciel étoile, la croix monogrammatique que surmonte la main divine portant une couronne, brille entre l'alpha et l'oméga sur un ciel étoile. Dans la bordure de ce médaillon, des colombes, des paons, le phénix nimbé apparaissent parmi les corbeilles de fruits, les fleurs et les palmes. Au-dessous, la voûte se divise en huit segments, racontant les miracles du Christ. Le seul segment presque entièrement conservé montre le don de l.l Loi avec cette particularité que le Christ imberbe nest pas assis, mais debout, en équilibre sur le globe du monde. Des draperies flottent au sommet de chaque compartiment, devant ces draperies sont des vases de fleurs et des oiseaux. Le tambour octogone où s'appuie la coupole et qui se relie dans des absides au.x quatre parois anciennement revêtues de marbre, montre encore de superbes figures de saints qui présentent leurs couronnes, analogues, semble-t-il, à celles de l'abside de San Prisco de Capua Vetere, que nous ne connaissons que par un dessin du xvii» siècle (voir Diclionn., t. ii, fig. 2050). Dans les absides, au-dessous de petites compositions pastorales, sont les animaux évangéliques, qui se détachent en buste sur les nuages et le ciel étoile (l'homme et le lion seuls presque intacts et de très noble allure). »
III. SÉRIES CHRONOLOGIQUES. — En souimc, il semble ([ue la décoration des églises chrétiennes au i\- siècle et depuis gardait encore quelque chose de la liberté dont avaient joui les artisans décorateurs des catacombes. Point de règle absolument stricte, la décoration d'ensemble importe plus que le choix des sujets. Lue lettre de saint Nil (î 450) à l'éparquc Olympiodore nous apprend que ce dernier ne voulait décorer d'images des saints martyrs que le sanctuaire de l'église construite en leur honneur, tandis que les murs des autres parties du temple devaient être revêtus de peintures représentant des scènes de chasse et de pêche. On ne s'aperçoit pas que saint Nil fut choqué le moins du monde de ce projet : il se borne à conseiller à son correspondant d'élever au-dessus de l'autel la croix, symbole de la rédemption, et de
Clément au xiii' siècle (voir Dictionnaire d'archéologie clirétienne et de lilurgie, t. m, flg. 3030). — ' \. Pératé, dans A. Michel, Histoire de l'art depuis tes premiers temps chrétiens, t. I, p. 47.
DÉCORATION DES ÉGLISES
reliacei' sur les autres murs les principaux épisodes du Nouveau Testament qui serviront à l'instruction des fidèles illettrés '.
Dès lors nous saisissons un retour raisonné à la méthode pratiquée dans les catacombes : utilisation de Tart pour l'instruction des frères qui ne peuvent lire et qui comprennent peu ou mal les explications. Mais tandis que dans les catacombes on a procédé sans beaucoup de méthode — malgré l'existence des prétendus cycles — un peu trop d'une façon péle-mèle, on va ici ordonner méthodiquement l'enchaînement des épisodes suivant la chronologie. Saint Paulin de Noie (353-431), dans sa description déjà rappelée de la basilique de Saint-FéUx, cite, à côté des images symboliques, toute une série de scènes historiques, tirées des livres de la Genèse, de Josaé, de Rulh, de Tobie, de Judith -. Prudence aussi (348-405) parle longuement de l'illustration des épisodes bibliques. Il mentionne les tableaux suivants : le Péché originel, le Sacrifice de Gain et d'Abel, l'Arche de Xoé, divers épisodes de la vie d'Abraham et de iloïse. les Juifs au désert, Josué, les Juges, les Rois, la Captivité de Babylone, l'Annonciation, la Nativité, l'Adoration des mages et celle des bergers, le Massacre des Innocents, le Baptême ou Manifestation du Christ, la Tentation, les Miracles, la Passion, la Déposition de la Croix, la Sépulture, l'Ascension, le Martyre de saint Etienne, la Vision de saint Pierre, etc. '.
Dès le i\'' siècle où avait abordé la représentation des épisodes de martyre, notamment celui d'Hippolyte, celui d'Euphémic (voir Dictionii., t. i. aux mots Actes DES Martyrs, Astère; t. m, aux mots Ch,\lcédoine, {Critique d'art). Assez rapidement ces épisodes et les épisodes historiques et bibliques refoulent les sujets symboliques et finissent par les bannir complètement au ix'= siècle. A cette époque, on ne peut croire qu'il ait existé un temps où la décoration de l'église put être autre qu'iconographique et on n'hésite pas, naturellement, à faire remonter l'usage qui a prévalu jusqu'au règne de Constantin. Saint Jean de Damas assure, sans même paraître garder une hésitation, que ce fut Constantin qui ordonna de peindre dans les éghses de Constantinople la Nativité. l'Adoration des mages, la Purification, l'Epiphanie, les Miracles du Christ, la Résurrection, l'Ascension et les Actes des Apôtres *. Les ambassadeurs du pape Hadrien au VII<: concile œcuménique attribuent également à (Constantin les mosaïques à sujets tirés de l'histoire sainte qui ornent la basihque du Latran '.
Ces épisodes historiques prennent définitivement place dans la décoration basilicale à partir du v siècle, comme on le voit à Saint-Apollinaire-Neuf de Ravenne et dans la description par Choricius le Sophiste d'une des églises de Gaza. Nous apprenons qu'on y voyait l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Purification. Puis venait la série des miracles du Christ : noces de Cana, guérison de la belle-mère de saint Pierre, du paralyticiue. du fils de la veuve de Naim, le repentir de la pécheresse, Jésus marchant sur les Ilots, la guérison du possédé, celle de l'hémorroïsse, la résurrection de Lazare. La décoration se terminait par les épisodes douloureux des derniers jours du Christ, la Cène, le baiser de Judas, la Passion, Pilate se lavant les mains, la Crucifixion, les soldats endormis au seuil du tombeau, l'Ascension.
Évidemment, toutes ces scènes étaient disposées suivant un ordre chronologique, mais il serait téméraire de soutenir qu'elles constituassent toute la décoration, à l'exclusion de toute image symbolique.
' P. G., tome i,x.\i.\, colonne 578. — ' P. /.., tome xi, poème XXV. — • P. 1,., lome lx, colonne 80-112. — ' /'. G., tome xcv, colonne 343. — ' L. Bayet, Reclierches pourseruir
Au v« siècle, la magnificence décorative a déjà perdu beaucoup par rapport à ce qu'elle était sous Constantin, néanmoins à Rome les papes font effort pour garder aux sanctuaires une sorte de somptuosité. Le pape Célestin (422-432). sous qui est fondée la basilique Sainte-Sabine, peut avoir l'illusion que les mauvais jours de la victoire d'Attila sont à jamais éloignés, la décoration intérieure est entièrement faite d'incrustations de marbre et de mosaïques d'émail. Sur l'arc triomphal, le buste du Christ entouré de colombes domine quatorze médaillons de saints, accostés des images de Jérusalem et de Bethléem: sur la paroi d'entrée, les symboles des évangélistes ont disparu, mais une grande et belle inscription en lettres d'or sur fond bleu rappelle la fondation de l'édifice et, de chaque côté de l'inscription, se dresse une femme drapée de blanc, dans une attitude classique, une fois encore ce sont les deux Églises : Ecclesia de gcntibus, Ecch'sia ex eirciimeisione.
Sixte III (432-440) s'emploie à la décoration de Sainte-Marie-Majeure. C'est désormais vers l'arc triomphal que la décoration en mosaïque porte son principal effort. Ici, cette décoration est particulièrement somptueuse. L'arc est di\Tsé par zones superposées dans lesquelles se succèdent des compositions retraçant l'histoire du Christ d'après les évangiles canoniques et les évangiles apocryphes. Cet ensemble sera étudié et décrit le moment venu, mais ici nous devons noter simplement la coïncidence sur ce que nous avons dit de l'apparition des séries épisodiques sur les parois des basiliques et leur apparition sur un arc triomphal jusqu'alors réservé à des compositions d'aspect plus théâtral. Quant à la mosaïque absidale elle s'est étroitement inspirée de celle du baptistère du Latran, mais avec plus de richesse encore. Ce sont les mêmes volutes d'acanthe avec, dans la zone inférieure, le fleuve où s'ébattent les poissons, les oiseaux, les petits amours, comme nous l'avons rencontré au mausolée de Sainte- Constance.
La dédicace en vers que l'on pouvait lire autrefois sur un large cartouche en mosaïque placé, comme à Sainte-Sabine, au-dessus du seuil intérieur de la basilique, expliquait la conception d'ensemble (|ui avait présidé à la décoration; les deux derniers distiques faisaient allusion à des figures de martyrs s'avançanl vers le trône de la Vierge, avec les instruments de leur supplice à leurs pieds. Ces figures, sans doute placées dans la partie haute de la nef, entre les fenêtres, selon une ordonnance dont le décor de la basilique Saint- Apollinaire-Neuf, à Ravenne, donne bien l'idée, ont disparu lors du remaniement général qui a respecté, fort heureusement, malgré de nombreuses mutilations, le revêtement du bas de ces parois, .\u-dessus de l'architrave, posée à plat sur la colonnade en marbre de Paros, court une étroite frise de feuillages, qui supporte toute une longue suite de petits tableaux bibUques. C'était en quarante tableaux l'histoire des Israélites depuis la rencontre d'Abraham et de .Mclchisédcc jusqu'aux guerres des Hébreux sous la conduite de Josué. Ces tableautins traités avec peu de talent semblent inspirés par les miniaUires de cpielquc bible illustrée. Certains sujets rappellent de trop prés, pour qu'on puisse écarter la suggestion d'un original commun, telles miniatures de la Genèse de Vienne cl du Rouleau de Josué. Ces sujets, sur lesquels nous reviendrons au ])oint de vue artistique et historique, offrent, au point de vue décoratif, le seul que nous retenions ici, un véritable intérêt. Les mosaïstes qui ont exécuté cet ouvrage ont, somme toute, et malgré les
<i l'IiislDirc (le la peinture et île la sciilplarr cliréllennes cit Orient avant la querelle tles Iconoclastes, In-S", rnris, I87'J,
I)KC()1{A I li)\ l)l':S KGLISliS
maladresses trop visibles, heureusement adapté un élément décoratif encore peu ou point utilisé de la sorte; les dimensions adoptées, la place choisie, la tonalité sont assez bien en rapport avec l'édifice et la destination de cette frise.
Mais ces bibles historiées destinées à atteindre ceux que l'ignorance ou le défaut de culture soustrayait à la lecture et à l'enseignement oral n'étaient pas sans doute si familières, que beaucoup d'admirateurs de bonne foi ne fussent hors d'état de faire l'appUcation des personnages représentés à tel épisode biblique. C'est pour aider l'intelligence des sujets que certains composèrent et firent graver ou peindre des inscriptions qui expliquaient et commentaient la scène: saint Ambroise, saint Paulin, Prudence n'avaient pas dédaigné la composition de distiques servant de commentaire aux compositions figurées, à Milan, à Noie et en Espagne. Il n'en faudrait pas conclure que les fidèles, même capables de lire, étaient tellement obtus que le sens des tableaux leur eût échappé sans les deux lignes d'expUcation, car à nos contemporains qui sont, comme chacun sait, fort supérieurs aux rustres du v siècle, on manifeste une attention toute semblable en écrivant sous chaque tableau du chemin de croix le sujet qui s'y trouve figuré.
La concordance des deux Testaments esquissés dans les absidioles du mausolée de Sainte-Constance, poursuivie, étendue et précisée, arrive ainsi au v= siècle à une exposition systématique. C'est elle peut-être qui inspirait, dès le v» siècle, les décorateurs de la nef de l'ancienne basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome, disparue dans l'incendie de 1823. Alors, sans doute, fut commencée la série des portraits des papes, dont quelques médaillons ont survécu. Autre motif important de l'art décoratif évidemment emprunté à l'imago cUjpcaia des ancêtres dont les portraits ornaient les a/il- prolongeant le tablinum de la maison romaine. Nous ne voulons ici rien tenter de plus que d'indiquer la progression de l'art décoratif basilical, c'est pourquoi nous ne relevons pas de nombreux détails qu'on s'étonnera peut-être de voir passer sous silence. Il serait aisé de mentionner tel ou tel ouvrage qui s'écarte de la progression indiquée parce qu'il s'attarde à un type déjà en partie négligé. Ainsi, dans la décoration du baptistère du Latran sous le pape Hilaire (461-41)8), nous retrouvons une mosaïque de plafond dans l'oratoire Saint- Jean-1'Évangéhste, qui rappelle la disposition des plafonds des catacombes, de même dans l'oratoire Saint- Jean-Baptiste. Ce sont là des ouvrages de transition qui, malgré leur mérite et leur intérêt, constituent des particularités et se maintiennent en dehors du courant artistique contemporain sans l'influencer.
IV. Rome et Ravenne. — Ce qui ajoute beaucoup à l'intérêt des mosaïques romaines, c'est, en même temps que leur succession presque ininterrompue pendant près d'un millier d'années, leur inspiration toujours identique malgré son expression multiforme, .^u vi= siècle, sous le pontificat de Félix IV (5'2C)-5:jO), on transforma et aménagea diverses constructions dont l'ensemble prit le nom de basilique des Saints-Cômeet-Damien (voir Dictionn., t. m, à ce mot). La conque absidale de cette basilique offre une composition majestueuse vers laquelle les artistes chrétiens tendaient en tâtonnant depuis deux siècles, qui, cette fois, se trouvait magnifiquement équiUbrée et devait désormais inspirer la plupart des compositions analogues des siècles suivants. A la diflérence des mosaïques absidales comme celle de Sainte-Pudentienne et de plusieurs fresques catacombales où le Christ et les apùtres sont assis et s'entretiennent, la tendance est désormais de les figurer tous debout, inunobiles. dans une altilude hiératique. .\u heu de la roclu' mystique
avec les quatre fleuves bouillonnants, une sorte de percée lumineuse s'entr'ouvre sur la voùle céleste très sombre et, par cette brèche des nuages embrasés, on voit le Christ s'avancer. Ses vêtements éclatent de blancheur, son auréole d'or ajoute encore à l'illumination centrale. De chaque côté, sur le fond obscur du ciel bleu des personnages en nombre variable, apôtres, martyrs, donateurs, s'approchent et acclament le (Christ. Tel est le thème qui ira se développant à mesure que son exécution serait plus grossière. Mais peu nous importe ici, l'effet décoratif est presque constant, soit qu'on considère la mosaïque des Saints-Côme-et- Damien, ou celle de Sainte-.\gnès, sur la voie Nomentane et celles de Saint-Étienne-le-Rond et quelques autres ouvrages sur lesquels la décadence s'accuse de plus en plus. Presque partout la conque absidale est décorée en vue de soutenir le voisinage de l'arc triomphal. Dans cette même basiUque des Saints-Cômc-et- Damien on a recouru au rutilant éclat des visions de l'Apocalypse. Sur un fond d'or se détachait, dans un médaillon central, l'image de l'.\gneau immolé, étendu sur un autel surmonté d'une croix avec le livre aux sept sceaux ouvert à ses pieds. Les sept candélabres mystiques sont répartis à droite et à gauche, puis quatre anges debout sur les nues, enfin les symboles des évangélistes dont il ne reste que deux figures; plus bas, les vingt-quatre vieillards portant leurs couronnes ; on n'aperçoit plus à l'extrémité de chaque paroi que deux couronnes présentées par des mains voilées.
Le reste de la décoration des basiliques nous est peu connue. La plupart sinon tous ces édifices ont été l'objet de dégradations systématiques sous le nom de restaurations, les colonnes de marbre ont été piquées et recouvertes de plâtre, les murs ont été grattés, les voûtes repeintes, les toits détruits et refaits. Tout au plus pouvons-nous affirmer avec une quasi-certitude que toute basilique comportait une décoration d'exécution probablement moins dispendieuse que le sanctuaire pour lequel on réservait les principales ressources. Incrustations de marbre, stuc, et probablement peintures figurant le marbre ont dû être les ressources les plus fréquemment employées par l'art décoratif de ce temps.
D'ailleurs, l'intérêt ne se concentre plus dans Rome: car si, jusqu'au milieu du vi<: siècle, l'ItaUe demeure sous la domination gothique, c'est à Ravenne que les barbares portent leur eflort de civilisation : Ravenne va devenir une merveille artistique et, ce qui importe beaucoup plus, va servir de porte à l'Orient pour répandre sur l'Occident ses vues, ses plans, ses méthodes. Les églises de Ravenne nous offrent les exemples des décorations les plus complètes et les mieux caractérisées. Par une rencontre singulière et qui est sans prix, Ravenne nous oll're deux baplistères, l'un orthodoxe, l'autre arien : San-Giovanni in Ponte et Santa-Maria in Cosmedin. Leur décoration ne dilïère que par des détails. Dans la voûte de la coupole, juste au-dessus de la piscine, tous deux figurent la manifestation du Christ dans le .Jourdain. Tout autour, une théorie d'apôtres venant déposer devant le Christ leur couronne de gloire ou devant un trône richement orné. La scène se passe dans le paradis, parmi les arbres et les fleurs. Le tombeau de Galla Placidia est un monument funéraire adapté au culte dont on ne peut tirer beaucoup d'éclaircissements à raison de cette destination particuUère. Les basiliques de Ravenne sont d'un intérêt tout autre à cause de leurs dimensions et de leur destination.
Ici c'est désormais l'inspiration byzantine qui domine et les éléments grecs qui l'emportent sur les éléments latins. Dans la basilique de Saint-.VpoUinaire-Neuf, construite sous Théodoric. nous trouvons trois séries décoratives appartenant à troii époques
DÉCORATION DES ÉGLISES
différentes. Dans les deux zones supérieures, les plus anciennes, selon toute apparence, nous voyons les miracles du Christ et sa Passion, en tout vingt-six compositions; plus bas, les prophètes qui ont annoncé ces merveilles et les apôtres qui les ont prèchées. Le rang inférieur olïre une procession de saints et de saintes qui apportent leurs couronnes de martyrs à la Vierge et à l'enfant d'une part, au Christ trônant d'autre part. Qu'il existe entre ces registres superposés une suite évidente, on ne peut le nier, et malgré l'effort de virtuosité que réclame toujours plus ou moins l'explication d'un ensemble iconographique, il paraît impossible de s'y soustraire, au moins dans son ensemble. L'enchaînement des idées reste, malgré tout, plus discutable que le charme réel, indiscutable qu'exerce l'harmonie des lignes et des couleurs. Nous avons ici, pour la première fois, un grand parti décoratif exécuté avec une pondération et un goût irréprochables. Ce n'est plus seulement l'abside et l'arc triomphal qui font l'objet de la décoration, c'est la nef elle-même avec une profusion et une richesse probablement exceptionnelles. A San-Vitale, les murs latéraux du sanctuaire nous montrent qu'on n'entend pas sacrifier cette partie; nous y voyons Abel sacrifiant un agneau, JMelchisédech offrant le vin et l'huile, Abraham recevant les trois anges, et le sacrifice d'Isaac. Ces images sont placées dans les lunettes au-dessus de la porte et sur leurs côtés nous avons Isaïe et Jérémie, prophètes du Christ, puis Moïse recevant les commandements, paissant son troupeau, retirant sa chaussure. Audessus, les évangélistes. Ce cjui est remarquable plus que le symbolisme cependant bien précieux à noter, c'est la profusion avec laquelle cet art emploie les ors, les bleus, les rouges, et toute la gamme des tons afin de donner à la décoration une note nouvelle, chatoyante, luxueuse au lieu de l'aspect somptueux mais sévère et froid des grandes dalles incrustées.
S'il faut renoncer à découvrir à Rome rien de comparable parmi les monuments contemporains aux églises de Ravenne, Rome n'est cependant pas absolument déshéritée. Elle nous offre même des ensembles qui nous dispenseront d'entrer dans l'infini détail des fresques et mosaïques isolées. Dans la catacombe de Gencrosa, située sous l'emplacement de l'antique bois des frères Arvales, toute une paroi de cubicule est ornée, au vi'' siècle, d'une imposante image du Christ entouré de saints. Assis sur un trône bas et sans dossier, vêtu d'une robe ample et d'un manteau bleu sombre à bandes d'or, le Christ, portant le nimbe crucifère, tient le livre fermé des Évangiles et bénit à la manière grecque (voir Bénir, manières de). A ses côtés une sainte : Viatrix, et trois saints : Simplicianus, Faustinianus et Rufinianus. Le jaune des manteaux et des auréoles s'efforce d'imiter l'or. Les corps se détachent jusqu'à la ligne des épaules sur un fond brun, au-dessus duquel règne un ciel bleu. Un large cadre rouge entre deux bordures noires.
Au cimetière de Callistc, la crypte de saint Corneille (voir ce mol) fut décorée par les soins de Jean III (5G0- 573); dans la crypte de sainte Cécile, l'image de la sainte (voir ce mot); un peu plus tard, au vir siècle, prennent place les peintures de la basilique cémétériale de Saint-Valentin, sur la voie I-'laminiennc, aujourd'hui presque entièrement ruinées. llUes racontaient la vie de la Vierge et du Christ avec des détails tirés des évangiles apocryphes (voir ce mot). La plus im portante de ces fresques est celle du crucifix (voir ce mol). Jésus s'y montre velu d'une longue tunique sans manches, les pieds cloués séparément. A droite et à gauclic. sur le ciel,le soleil cl la lune sont représentés comme dans les miniatures et les ivoires byzantins ; la Vierge cl saint Jean, debout au pied de la croix, lèvent les mains vers Jésus. Au tond de la scène, le mur crénelé de Jérusalem.
Oratoire de Jean VIL -- U ne subsiste rien de l'oratoire élevé par le pape Jean Vil (705-707) à l'entrée de l'extrême nef de droite de la basilique de Saint- Pierre, pour le dédier à la Vierge. Cet oratoire était entièrement revêtu de mosaïques que nous connaissons grâce aux dessins de Grimaldi. Au-dessus de l'autel, l'abside, appuyée à deux colonnes torses ornées de pampres, montrait la Vierge Mère tenant dans ses bras l'enfant Jésus et, à ses côtés, les apôtres Pierre et Paul. I L'ne des parois se composait à la façon des retables byzantins, avec, au centre, un grand compartiment où l'on voyait la Vierge Reine, nimbée et diadémée, debout dans l'attitude orante sur un piédestal auprès duquel s'avançait le pape, couronné du nimbe carré, et tenant le modèle de sa chapelle. Ce panneau de mosaïque, divisé et restauré, existe encore; l'image de la Vierge est à Florence, dans l'église de Saint- Marc; l'image du pape Jean dans les cryptes valicanes. Autour du tableau central, des tableaux plus petits représentaient la vie du Christ : on y voyait l'Annonciation et la Visitation, la Nativité, le Bain de l'enfant Jésus et la Guérison de Salomé, l'Annonciation aux bergers, l'Adoration des mages, la Présentation au temple et le Baptême du Christ, les Guérisons de l'aveugle et de l'hémorroïsse, la Résurrection de Lazare, l'Entrée à Jérusalem et la Cène, le Crucifiement, la Descente aux limbes et la Visite des saintes femmes au tombeau. Parmi les fragments conservés de ce cycle d'illustrations, un seul a de l'importance : c'est la meilleure partie de la scène de l'adoration des mages, placée dans la sacristie de Sainte-Marie in Cosmedin. La Vierge, en robe violette et manteau bleu, assise sur un trône gemmé derrière lequel saint Joseph est debout, tient sur ses genoux l'enfant Jésus, qui se penche vers la cassette remplie de pièces d'or apportée par un des rois mages (de qui il ne reste que les deux bras); un ange vêtu de blanc, aux ailes bleues cl vertes, fait un geste d'accueil. Sur la seconde paroi étaient racontés, en six comiiartimenls, l'Apostolat et la Passion de saint Pierre et de saint Paul : la Prédication de saint Pierre à .lérusalem. celle de saint Paul ;\ Antioche, de nouveau celle de saint Pierre à Rome, la dispute contre Simon le ^Magicien, la Chute de Simon, le Crucifiement de saint Pierre et la Décollation de saint Paul '. »
Sanla-Maria Anliqua. — Sous Jean Vil et ses successeurs fut décorée à fresques une basilique située au pied du Palatin. 11 suffira ici d'en mentionner l'existence, puisque nous aurons à en donner une description complète sur laquelle nous ne voulons pas entreprendre. La fresepie et la mosaïque concouraient à la décoration que complétait le pavement de marbre. Pendant plus d'un demi-siècle, les papes ont voulu attacher leur nom à la décoration de cette petite basilique. Nulle part les traditions byzantines ne s'enchevêtrent plus intimement aux traditions romaines, en dépit de tout persistantes cl vivaces.
Le pape Hadrien I", à la fin du viii<^ siècle, voulant prouver que l'usage de peindre dans les églises remonte à une haute anliqnilé et n'a été désapprouve ni proscrit par aucun concile, entreprend l'énumération de peintures exécutées daus les églises fondées ou restaurées par les papes contemporains des cinq premiers conciles œcuméniques. Il cite à ce propos : pour le l"^' concile recuméniciue, les églises des papes Silvestre, Marc et Jules; pour le 2'', Sainl-Laurenl il) Damaso; pour le 3°, les peintures dont le pape Céleslin décore son « cimetière ». celles de Xisle III à Sainte-Marie-Majeure, enfin le ciboritiin de Saint- Pieric, exéculé à la demande de ce pape par l'empereur Valcntinien III; pour le •!'■, les mosaïques dt
' A. Pératé, op. cil., p. 77.
DÉCORATION DES ÉGLISES
Léon à Sailli- Paul; puiic le 5", les peintures de IrUIinium de Vigile au palais de Lalran, celles des Saints- Apôtres commandées par les papes Pelage et Jean III; enfin celles dont saint Grégoire fit orner l'oratoire de son monasiére. Hadrien n'indique en aucune façon que les peintures ou mosaïques dont il parle aient eu un rapport quelconque avec les points de dogme réglés aux temps où elles furent exécutées.
A partir du is.'^ siècle, l'art, en Italie, est en pleine décadence, mais l'on continue à faire décorer les basiliques et cela seul nous importe. Conscients, sans doute, de leur maladresse, les mosaïstes reproduisent de leur mieux, avec les modifications indispensables d'anciens modèles. Malgré l'emploi de l'or et des couleurs vives, ces compositions demeurent invariablement laides, mais sans doute les contemporains ne s'en apercevaient pas, eux qui avaient encore tant de cliefsil'œuvre sous les yeux. L'élément romain a presque partout disparu pour faire place au goût byzantin et à ses types si peu flatteurs auxquels la maladresse de l'exécution vient ajouter une disgrâce nouvelle.
V. G.\ULE JIÉBOVINGIENNE. — S'il n'est pas aisé de faire saisir par une description l'aspect d'une basilique romaine ou byzantine, il devient à peu près Impossible d'y réussir pour lui édifice de la période mérovingienne. « L'histoire des origines, des premiers balbutiements de la peinture chrétienne, déjà si compUquée à débrouiller et à suivre, vu la disparition d'innombrables monuments, soit dans ce mystérieux Orient où elle prit naissance, soit en Italie où elle s'installa de bonne heure comme en une seconde patrie, devient pour les pays du nord et de l'ouest de l'Europe, Grande-Bretagne, Scandinavie, .Allemagne, France ou Espagne, une énigme presque indéchiffrable. Comment et à quelle époque le christianisme, entrant chez ces races diverses, a-t-il commencé sa prédication par l'image ? De quelles décorations peintes purent être ornées les primitives basiliques '? En quoi l'esprit local a-t-il déformé çà et là des formules qui, au début, lui arrivèrent toutes faites, comme un article d'importation '.' -Vutant de questions qui restent sans réponse. Toute œuvre manque pour nous guider, pour éclairer ce que de rares textes nous apprennent; et ce n'est pas avec des textes mis bout à bout qu'il est possible de restituer l'infinie complexité de l'histoire '. »
Nous savons que l'empereur Constance Chlore, f|ui fut Auguste à peu près pour l'Occident tout entier, voulant épargner l'effusion du sang chrétien sans faire échec toutefois à l'édit persécuteur, se contenta de frapper les églises des fidèles qu'il fit démolir. On doit penser que la chose fut vite faite, car il ne semble pas que nulle part, en Occident, une communauté en dehors de celles de Rome et de Carthage ait présenté avant la Paix de l'Église une véritable importance et une situalion monumentale fiorissante. Quoi qu'il en soit, à partir de l'année 31,"), tout fut à faire et nous apprenons d'Eusèbe qu'une sorte de fièvre s'empara alors des communautés à peine rendues à l'espérance. Partout surgirent les édifices nouveaux, furent réparés, agrandis et ornés les lieux de réunion encore utilisables. Ce que tut la parure nouvelle, nous l'ignorons; mais il faut se rappeler que c'est vraisemblablement pour une basilique d'Espagne que le poète Prudence compose son Dillochmon (voir ce mot) qui n'est guère autre chose qu'un guide ou programme de décorations murales sur le thème du parallélisme de r.\ncien et du Nouveau Testament. Saint Ambroise s'applique à une composition semblable dans le même but (voir Dictionn. au mot AMBRoiSK.t.i.col. 1347) et quelques années plus tard saint Paulin de Noie envoie à Sulpice-Sévère une inscription métrique destinée à accompagner son image et celle de saint Martin peintes en regard dans le baptistère de Primuliacum. l.c nu'mc Sulpice-Sévèrc Dir.T. d'arcii. ciinÉr.
prend une de ses meilleures distractions à composer des inscriptions honorifiques, explicatives, dédicatoires auxquelles manque, parmi beaucoup d'autres mérites, ( clui de la brièveté. Il les envoie à ses correspondants dans toutes les directions.
A défaut de monuments il faut donc recourir aux textes. L'un d'eux nous montre la femme de l'évêque de Clermont, Namatius, dans la basilique même de Saint-Étienne construite par son ordre dans un des faubourgs de la ville, un livre sur les genoux; elle indique aux peintres les sujets (juils doivent représenter sur les nmrailles (voir Dictionn., t. m, col. 192'2). .\ Tours, en 472, l'évêque Perpétuus fait élever une grande et somptueuse basiUque en l'honneur de son prédécesseur, saint Martin. Nul doute que la célébrité du lieu et les aumônes qu'y laissait la multitude des pèlerins ne missent en mesure de procéder à un vaste ensemble décoratif. Nous savons seulement que les visiteurs s'extasiaient devant une série de peintures consacrées aux miracles du saint patron, ainsi que trois autres motifs peints au-dessus des portes, le Denier de la veuve, le Christ marchant sur les eaux et peut-être une représentation symbolique de l'Église.
De Grégoire de Tours ou de Fortunat, il serait possible d'extraire de nombreux passages, prouvant qu'en plein tumulte des invasions, jamais la tradition ne fut interrompue. La mosaïque surtout semble avoir été en faveur auprès des races nouvelles. L'exemple donné par Rome ou Byzance fut partout suivi. A Cologne, une égUse était baptisée par le peuple à cause d'une décoration de ce genre, l'égUse aux Saints d'or, ad sanclos aureos. Le sanctuaire de la Daurade, à Toulouse, ne dut pas son nom à une autre origine. La basilique des Saints-.\pôtres Pierre et Paul, à Paris, fondée par Clovis en 508, et qui devint plus tard l'église Sainte- Geneviève, était ornée intérieurement et même extérieurement de mosaïques '.
On peut parler de luxe à propos de ces basiUques, le mot n'est pas trop disproportionné à la chose. La charpente du toit était ordinairement cachée sous un plafond de bois, prétexte à une décoration brillante. .V Tours, celui de la basiUquc de Saint-Eutrope était sculpté, mais le plus souvent on préférait la peinture en couleurs vives et formant contraste. Lorsque l'évêque de Tours, Perpétuus, fit rebâtir la basiUque de Saint-Martin, il fit transporter dans l'église de Saint- Pierre-et-Saint-Paul l'élégant plafond peint de l'ancienne basiUque. Celui de Sainte-Croix et de Saint- Vincent à Paris était doré.
La fresque et la mosaïque ornaient les parois. 11 semble que l'idée générale d'une décoration d'ensemble telle qu'on la rencontre à Saint-ApolUnaire de Ravennc est aussi celle que les évèques francs adoptent pour leurs basiliques. Dans l'abside, vers laquelle se portent les regards dès l'entrée, les images les plus brillantes, les plus respectables et les plus majestueuses : le Christ, la Vierge, les apôtres, les aUégories tirées de l'Apocalypse, les quatre Fleuves, les vingt-quatre VieiUards, l'Agneau divin. Dans la nef, des théories de saints et de saintes ou des scènes de martyres. Les scènes tirées de r.\ncien Testament étaient généralement réservées à l'atrium. Toutefois, il est peu probable qu'on rencontrât en Gaule aucune basilique offrant une décoration comparable dans son ensemble et sa technique à la décoration de Saint-ApolUnaire-Ncut ou de Saint- VitaU La fresque a dû être en Gaule d'un usage plus fréquent que la mosaïque très coûteuse et qui n'a guère laissé de traces prouvant l'existence d'ateliers bien organisés à l'époque dont nous parlons. Exceptionnellement, des basiUqucs furent décorées de mosaïques, comme Sainte-
' P. Leprieur, L'art de l'époque mérovingienne et carolin. gienne, dans .\. Michel, op. cit., t. i, p. 303. — ' Ibid., p. 304
DÉCORATION DES ÉGLISES
Geneviève de Paris, mais nous ignorons dans quelle mesure par rapport aux surfaces peintes ou plâtrées.
La mosaïque a du être d'un usage plus fréquent pour les pavements; ce procédé était beaucoup plus ancien et constituait un art industriel, tandis que la mosaïque des parois et coupoles n'était pas sortie du domaine artistique. Les pavements en mosaïque étaient nombreux à l'époque romaine et les constructeurs étaient outillés pour ce genre de travail. On a trouvé des restes de pavements d'époque mérovingienne à Saint-Quentin (rinceaux), à Tliiers (lion — peut-être d'époque romane — ), à Saintes, à Sainte-Colombe près de Vienne, à Sens, à Nevers.
Les revêtements de marbre, gi'avés et sculptés, n'ont pas dû être rares, nous savons qu'ils existaient dans le sanctuaire de Clermont.
Le pourtour inférieur des niurs était fréquemment évidé d'arcatures, nous en avons des exemples au baptistère de Poitiers, dans l'abside de la cathédrale de Vaison, dans les bas-côtés de Saint-Pierre de Vienne; sous ces arcalures sont ménagés des bancs, on y logeait aussi des sarcophages. Au baptistère de Poitiers, d'autres arcatures régnent dans le haut des murs, entre les fenêtres, alternant l'angle et la courbe par une réminiscence des procédés décoratifs de l'archilecture romaine classique.
La partie véritablement décorative consiste dans les belles colonnes de marbre poli de diverses couleurs, surmontées de chapiteaux en marbre blanc. Fortunat les admire à Saint- Vincent de Paris et Grégoire de Tours nous dit que la basihque de Saint-Martin comptait cent vingt de ces colonnes; aujourd'hui encore ou conserve celles des cryptes de Jouarre et de Grenoble, des baptistères de Poitiers, de Riez, du Puy-en-Velay, d'Aix-en-Provence, de l'église d'Ainay à Lyon, et de Saint-Sernin de Toulouse, etc. Ces matériaux sont parfois d'autant plus magnifiques qu'ils ont été enlevés à des édifices romains de la belle époque, longtemps épargnés et mis en exploitation pour fournir le gros œuvre d'une construction d'époque barbare.
« Déjà, à l'époque romaine, les artistes n'hésitaient pas à adapter à leurs constructions voûtées et cintrées une décoration empruntée à l'architecture à platesbandes des Grecs, ou à renouveler les tètes des statues au moment d'un changement de règne : ils avaient lUX-mêmes donné l'exemple du dépouillement des édi- I ces de la Grèce au profit des leurs. Le mal était devenu tel qu'il avait fallu y remédier par des lois : il fut interdit de transporter les ornamenla publica d'une ville dans une autre. Lorsque le christianisme eut amené l'abandon des temples, les invasions, la ruine des édifices pubUcs et de l'autorité, le nombre des riches morceaux d'architecture abandonnés fut considérable, et rien ne s'opposa plus à leur dépècement. On les rechercha pour les exploiter : les colonnes, les portes de bronze et autres morceaux précieux des temples de Rome iiassèrent dans les basiliques; à Lyon, par exemple, les ruines du temple d'Auguste furent données à l'église d'.Vinay qui en a recueilli et conservé les colonnes.
« La Gaule était pauvre en artistes autant qu'en carrières de marbre. 11 est certain (jue les beaux sarcophages chrétiens du midi de la l-'rance ont été travaillés en Italie et importés; il est certain ([ue l'Italie et l'Afrique ont reçu par mer des chapiteaux tout travaillés dans les carrières de marbre de l'empire d'Orient: des chapiteaux et même des fûts étaient aussi transportables que des sarcophages; lorsque des chapiteaux, comme ceux de la crypte de .louarrc, semblent dénoter I une habileté supérieure ù celle des artistes des pa> s où j ils se trouvent, et se rapprochent, par leurs formes, des chapiteaux des basiliques orientales du vi° siècle plus (|Uc des œuvres gallo-romaines ou mérovingiennes; |
lorsque des plaques de marbre ouvragé répandues en France et en ItaUe, un peu partout, présentent les mêmes dessins et sont taillées dans des marbres qui se trouvent dans un nombre restreint de carrières; lorsqu'on se rappelle enfin que les Romains transportaient dans tout l'empire les marbres d'Afrique, de Grèce et de Carrare, il semble absolument certain que les sculptures mérovingiennes en marbre, chapiteaux et plaques ornées, furent exportés par mer et par les rivières plus ou moins loin de leur lieu d'exécution, et parfois d'Orient en Occident, ce qui explique à merveille l'unité de style et la présence de tant de dessins orientaux. La solution de cette question est dans l'identilication des provenances des marbres.
« De ces matériaux de démolition ou de ces ornements tout faits, l'architecte mérovingien formait des agencements plus ou moins maladroits. Les raccords n'avaient rien de délicat : une colonne était-elle trop longue, on enterrait la base ou bien on sciait un morceau; trop courte, au contraire, on l'allongeait soit par un tronçon de fût ou par un socle, ou bien en surmontant le chapiteau d'une pierre taillée en forme de pyramide tronquée renversée '. »
L'ornementation de la basilique ne pouvait négliger les fenêtres. Larges et nombreuses, elles pouvaient être fermées, soit de toile tendue sur un châssis de bois, soit d'un treillis de bronze, soit d'une dalle de marbre ou de pierre ajourée. Dès le vi" siècle, les vitraux étaient très répandus. On les fixait dans un cadre de bois, et par la juxtaposition de verres teints en différentes couleurs on pouvait obtenir un effet agréable. Fortunat nous dit que les vitraux d'une église de Lyon avaient des dessins de couleurs {versicoloribus figuris). Ce ne pouvait être qu'une mosaïque de carreaux coloriés; il mentionne aussi les vitraux de la cathédrale de Paris, mais il n'indique pas qu'ils aient été coloriés; cette ornementation, déjà répandue, était assez nouveUe pour étonner le petit peuple et donner le branle à son imagination. Grégoire de Tours parle d'un voleur sacrilège qui crut trouver de l'or dans les vitraux de l'égUsc d'Issoire.
Les portes n'étaient pas dépourvues d'ornement. Outre les vantaux de bronze incrustés d'argent retirés des temples el transférés au seuil des basiliques, il y eut des portes sculptées. Nous n'en trouvons aucun , exemple en Gaule, mais on peut rappeler les vautours de bois sculptés de Sainte-Sabine à Rome et de Saint-Ambroise à Milan.
VL Gauliî cAUOLiNuiENNE. — Ou ne saurait dire que Charlemagne fût, en matière d'art, un connais seur, pas plus sans doute que Louis XIV; cependant ces grands hommes ont déterminé un mouvement artistique par le seul résultat de l'application obstinée qu'ils apportèrent à protéger et à agrandir l'importance des lettres et des arts que leur haute capacité politique leur faisait envisager surtout au point de vue social. L'épisode si intéressant de l'iconoclasme en Occident - et l'étude des Libri citrolini nous ont valu quelques indications utiles sur la décoration des édifices du culte. Les Libii carolitti protestaient avec véhémence contre le culle idolàtrique des images, mais ne proscrivaient pas leur existence et les manifestations de respect qui leur sont dues; loin de là, ils en recommandaient l'usage, soit pour orner les nmrs des basiU<iues, soit pour rappeler le souvenir des événements passés. L'empereur ne poussait ni à l'idolâtrie ni à la destruction : nec /rangimas, iicc mbimmus; bien plus, il veillait à l'entretien et à la multiplication des décorations peintes dans les églises. Il avait organisé un véritable
' C. lîiilart, Manuel irurcMolugic /rançaise, ln-8°, Paris, 1902, t. I, p. l.'Î.S-134. ' H.LecIerc<|, dans Hefcle-Lccicrcq, Il ht. dos Caiicilcs, l'.lld, t. m, piirt. ii, p. 1001-1091.
DÉCORATION DES ÉGLISES
service de surveillance et d'inspection des monuments, et donné à ses envoyés l'ordre de veiller non seulement à la solidité matérielle des églises, murailles, toitures, pavements, mais aussi à l'état des peintures » qui en revêtent les parois : quomodo struclœ aut destruclœ sinl, in teclis, in maceriis... necnon in pictara. Dans les constructions neuves, la peinture et l'incrustation ont leur place marquée. Colonnes, plaques de marbre sont apportées d'Italie, de Rome, de Ravenne et ornent tant bien que mal les édifices nouveau.x; mais il ne reste, malheureusement, aucune œuvre qui nous permette de juger de l'état de la peinture murale ou de la mosaïque à cette date. Les tableaux qui purcnl exister alors, soit sous forme d'antcpendium. soil autrement — les Libri carolini en parlent fréquemment [labiiUv. tubcllie, pidura in tabula sive in pariele, etc.) — ont, à plus forte raison, disparu. C'est par les textes seuls qu'on peut se faire une idée de l'abondante production décorative de ce temps. Des créations mêmes de Charlemagne, on ne saurait parler qu'avec la plus infinie prudence. La mosaïque de la coupole du dôme d'Aix-la-Chapelle, partie d'un vaste ensemble détruit au cours du xviii» siècle, ne nous est connue que par la reproduction tout à fait médiocre et insulTisante de Cianipini '. Inspirée du grand thème apocalyptique des visions de saint Jean, si familier aux mosaïstes romains depuis l'arc triomphal de Saint- Paul-hors-les-Murs, elle eût été pour nous d'une valeur considérable, si l'origine carolingienne en pouvait être plus nettement prouvée. La moderne critique allemande tendrait à la croire contemporaine d'Othon III (x" siècle), en se basant sur ce témoignage d'un moine de Saint-Jacques de Liège qui, parlant des importants travaux commandés alors par l'empereur, dit qu'aucune décoration peinte n'ornait encore la basilique : necdum enim color alicujus piciurse eandem decorabat.
La pénurie des débris antiques d'une part, les maladresses et l'ignorance des ouvriers d'autre part, mettaient les architectes carolingiens « dans l'alternative soit de produire des édifices entièrement nus. décorés de simples peintures, comme dut l'être la Basse-Œuvre de Beauvais, et quelquefois ornés de mosaïque,soit d'imiter eux-mêmes les modèles de sculpture, romains ou orientaux; mais les modèles étaient si rares, les traditions si lointaines et si altérées, les artistes si peu liabiles et si peu nombreu.x que les œuvres sont plus originales qu'elles ne veulent l'être. On continuait cependant l'esprit de la décoration romaine en ne liant pas la décoration à l'architecture : on la faisait consister dans des marbres souvent appliqués ou réservés à des accessoires comme des chancels et des ambons, dans des stucs plaqués, dans des mosaïques et plus souvent dans des peintures : toute cette décoration était de nature à disparaître facilement et c'est l'explication de la nudité et de la pauvreté qui nous étonnent aujourd'hui dans des édifices lels ([ue la Basse-llùivre de Beauvais '.
La mosaïque d'abside de la petite église de Gerinigny-les-Prés, dans le Loiret — fondée et consacrée en 806 par Théodulte, abbé ilc .Saint-Benoît-sur-Loire, depuis évêque d'Orléans nous est un précieux
témoin de cette époque. La nudité est complète à l'extérieur; à l'intérieur, au contraire, la décoration s'est conservée presque complète, riche et inspirée par les traditions anciennes. Malgré de malencon- I reuses restaurations modernes on retrouve la coupole centrale couverte de stucs gaufres; il en est de même de l'ébrasement des fenêtres de la lanterne et de l'abside de l'Est où des colonnes sont simulées en stuc sur les angles. Le procédé et le style r.ont le-.
' Voir Einhart. Vila CitruU, le nioiiiu de Saint-Gall, I, 30 ; Capitidaircs de SU7, SO'J, SU. — = Cianipini.
mêmes à Cividale (voir ce mot, t. m, col. 1840). Sous le cul de four de l'abside orientale, règne une frise en stuc portée sur dix arcatures que soutiennent des colonnettes à fûts de marbre. La conque est couverte d'une riche mosaïque de style purement byzantin. On y voit l'arche d'alliance sur la<iuelle sont debout deux anges, tandis qu'à droite et à gauche, deux autres anges plus grands la gardent et que du ciel sort la main de Dieu. Enfin, des colonnettes adossées aux pieds-droits reçoivent les retombées de l'arc triomphal de l'Est et celle des doubleau.x du collatéral; sur leurs chapiteaux reposent des tailloirs mal proportionnés.
Dès le début du règne de Louis le Débonnaire, entre 814 et 826, se place la décoration picturale de la chapelle du palais d'Ingelheim, sur le Rhin, près de Mayence; nous n'en savons rien de plus que ce que nous en dit la description versifiée d'Ermold le Noir. Dans l'égUse, à gauche, étaient figurées les scènes de l'Ancien Testament — Adam et Eve dans i'Eden, La tentation, La chute. Le meurtre d'.\bel. Le déluge. Noé dans l'arche. Histoire d'.\braham, de Joseph, de Moïse, des Juges, des Rois, de David, de Salomon — à droite : Annonciation, Nativité, Adoration des bergers et des mages. Massacre des innocents. Fuite en Égjpte, Baptême et tentation du Christ, Miracles du Christ, Trahison de Judas, Résurrection, Ascension. C'est à peu près le cycle des bibles développé en parallélisme.
A partir de cette époque les renseignements nous parviennent plus nombreux sur les églises. Les mentions des chroniqueurs et les recueils de tiluli servant de commentaires aux peintures permettent d'entrevoir la suite et l'ordonnance des œuvres disparues. Alcuin, Raban Maur, Florus de Lyon, Sédulius Scott ont laissé des vers destinés à des absides sur lesquelles était représenté le Christ ■ en majesté ». Brunn, moine de Fulda, raconte dans sa vie métrique de l'abbé Eigil (817-82'2) qu'il décora de peintures l'abside ouest de l'église Saint-Boniface. A Flavigny, l'ancien chef des travaux d'Aix-la-Chapelle, Anségise, profita de son passage comme abbé, avant 807, pour faire entièrement peindre l'église. Nous aurons à revenir plus tard sur la décoration de l'église de Saint-Gall.
■VIL Afrique. — L'Afrique a possédé un nombre considérable d'églises, des fouilles persévérantes et méthodiques en ont fait connaître beaucoup en grand détail, cependant nous sommes mal renseignés sur la partie décorative des édifices et nous ne pouvons faire plus ici que d'effleurer cette question. La décoration en Afrique traverse trois périodes distinctes : des origines à l'invasion vandale, de cette invasion à l'occupation byzantine, de ce moment à la ruine définitive par les Arabes. La période intermédiaire est entièrement remplie par des persécutions, des destructions, des ruines; elle ne compte que pour ce qu'elle voit disparaître de la première période. la(|uelle est franchement romaine, tandis (pie la dernière période est non moins franchement byzantine.
Pendant la première période, la décoration parait sobre et peu portée vers l'emploi des tons vifs ou des contrastes criards. On taille chapiteaux, plaques de marbre, linteaux, cintres, pilastres, clôtures de cha'ur, tranche et pieds de la table d'autel, arcs de ciborium, de tabernacle, d'abside, de bases de colonnes, de coussinets - impostes, de consoles. Ces découpures eussent iiu servir de prétexte à des badigeonnages ardents limités par le cloisoiuiage, juais il semble qu'un système différent ait prévalu. Dalles gravées et carreaux estampés ne sortent pas de la tonalité grisâtre de la pierre, rougeàtre de la terre cuite.
Vi-lmi Mdiii t. I, p. 183.
ailii, t.
pi. xu. — ' linlart, op. cit..
DÉCORATION DES ÉGLISES
Les pavements de mosaïques sont nombreux, c"est principalement à l'abside qu'on réserve cet honneur, bien qu'en certaines localités, le pavement s'étende sur tout le sol de l'église ou seulement sur la nef principale (voir Dictionn., t. i, col. 722). Parfois le sol est simplement en terre battue ou recouvert d'une sorte de béton, parfois aussi c'est un pavement en briques ou un dallage. Ces pavements de mosaïques ont des tonalités assez adoucies, néanmoins ils meublent l'édilice surtout quand, sur un fond clair, ils multiplient les épisodes, comme à Cherchel, à Djemila, à Henchir- Guesseria. à l\.herbet-Guidra, à Matifou, à Orléansville, à Tébessa, à Tigzirt, à Tipasa (annexes de la grande basilique et chapelle d'Alexandre, voir£)idio;in., t. I, col. 722-723). Ces pavements étaient interrompus et repris chaque fois qu'un bienfaiteur ou qu'une souscription permettait d'ajouter un ou plusieurs panneaux à l'ou\Tage commencé; l'ensemble, on peut le croire, n'y gagnait rien.
A Tigzirt et à Tébessa des mosaïques en cubes de verre tapissaient soit des parois verticales, soit des culs de four d'absides. On n'en a retrouvé que de misérables débris jonchant le sol. Les absides des deux basiliques de Morsott étaient revêtues de plâtres sculptés. Les carreaux estampés et moulés ont pu servir à la décoration de certaines basiliques et chapelles (voir Dictionn., t. n. col. 2178-2189). A Carthage, une basilique byzantine (voir Dictionn., t. m, col. 2274-2275) avait une petite abside pavée de mosaïque; à Damousel-Karita, des sculptures, une mosaïque, une orante, etc., etc., en somme rien de décisif pour la reconstruction de l'ensemble décoratif (ibid., col. 2292-2298).
En fait de fresques et de peintures on est réduit à signaler des monuments sans conséquence pour notre point de vue, comme la fresque de la chapelle souterraine de la colline Saint-Louis à Carthage {ibid., t. ii. col. 725), ou bien, à Périgotville, l'ancienne Satafis, la présence de fresques sur les parois d'une église en ruines, fresques qui tombèrent en poussière au premier contact de l'air. Elles représentaient de larges feuilles de vigne rouges et brunes sur fond noir et blanc. Saint Augustin parle incidemment, dans son Sermon cccxvi, d'une peinture sans doute murale, représentant la lapidation de saint Etienne. Mais on ignore en quel lieu se trouvait cette peinture, rien ne prouve que le sermon ait été prononce dans la chapelle Saint-Étienne à Hippone. Des peintures relijjieuses sont mentionnées dans plusieurs autres passages de saint Augustin : le Christ et les apôtres, le sacrifice d'Abraham (tôt locis ijivtum), et il en prend occasion pour condamner le culte exagéré de certains pour les peintures '.
VIII. Orient byzanti.s. - La séduction irrésistible du cUnquanl entraîne les Romains eux-mêmes dans les voies tracées par l'art byzantin. A la place des robustes compositions d'un goût sobre et d'une simplicité voulue comme celles de Sainte-Pudcnticnne et des Saints-Côme-et-Damien, voici au vii« siècle l'étrange mosaïque alisidalc de Saijite-Agnés-hors-les- Murs. Ce n'est plus le Christ amplement drape qui siège au centre de l'abside, c'est une mince et fluette figurine nimbée, diadéméc, ruisselante de bijoux, de pendeloques, de perles, de cabochons, sur les cheveux, aux oreilles, sur les épaules; la robe, le manteau en •ont briidés et Imrdés: et cette petite personne se dfcise dans l'éclat du ciel entrouvert comme faisait le peisonnage du Christ un siècle auparavant. Lei apôtres, le» ialnts ont disparu eux aussi faisant place a deux papes debout. Qu'une transformation si importante se soit accomplie dans l'abside, on en pourra conclure que la nef et les bas-côtés ont dÙ n'en être
' Voir Dicliimn., t. i, col. 72.'v72R.
pas préservés; mais il serait malaisé d'en dire plus et surtout de déterminer le caractère de la décoration d'ensemble. Nous ne trouvons nulle part en Occident l'équivalent des basiliques de Ravenne dont la conservation intacte permet de ressaisir le parti décoratif. Ailleurs, nous ne rencontrons que des débris, des fragments dont l'intérêt intrinsèque souvent réel ne nous met pas sur la voie d'une conception générale.
Il faut regarder ailleurs. La décoration polychrome par apphques est un art d'origine orientale que les campagnes, la volonté et le goût d'Alexandre révélèrent et imposèrent aux Grecs. Avant même de songer au décor des appartements, on se préoccupa de diversifier la monotonie de la bâtisse, la brique fut substituée a la pierre, offrant non seulement la combinaison des nuances, mais encore l'éclat des revêtements métalliques et de l'émaillerie. A l'intérieur des édifices, l'ivoire, le verre, le marbre, l'émail furent prodigués, rapprochés, contrastés. Et pour rehausser encore l'éclat de ces incrustations, les Alexandrins semblent avoir imaginé le bas-reUef pittoresque dont nous retrouvons des vestiges au palais du Palatin et dans la basilique de Junius Bassus, au iv^ siècle. Au vi': siècle, la basilique de Parenzo a emprunté une partie de ses incrustations à un édifice antique.
I Les Byzantins héritèrent de ces goûts fastueux ciui fournissaient aux Pères du iv° et du v» siècle, Astère d'Ainasée, Jean Chrysostome, Cyrille d'Alexandrie, Théodoret, la matière d'éloquents réquisitoires contre le luxe de ces demeures décorées de peintures éclatantes, de mosaïques, de marbre et d'or. Les descriptions des palais et des maisons de Constantinople par Constantin Porphyrogénète et Codin conlirment leurs assertions. C'est ainsi que la maison de Lausos, si riche en chefs-d'œuvre antiques, avait ses murs couverts de marbres et de petites colonnes. La mosaïque éclatait partout dans les palais impériaux. L'usage de cette décoration remontait au début même du IV' siècle. Des fragments de mosaïque d'émail ont été retrouvés dans la rotonde de Spalato.
<i Les décorateurs des basiliques, comme autrefois ceux du Sérapeum, prirent modèle sur les palais. C'est qu'en effet, souvent les maisons étaient affectées au culte et l'on se contentait d'y remplacer les images trop païennes, telles que les aventures d'Aphrodite. En tous cas, le goût antique de l'agrément et de la l)eaut6 pénètre dans la demeure sacrée. Aux yeux de Clioricius, le grand mérite des églises de Gaza était la clarté, la fraîcheur de l'édifice, la grâce poétique des vignes, des vergers, des oiseaux ligures par les mosaïques, l'éclat et la richesse des appliques et des incrustations.
>i En Oi'ient,les églises importantes étaient entièrement décorées. Dans la basilique de Saint-Étienne, ù Gaza, Choricius déclare que pas un endroit ne restait sans un revêtement de marbre ou de mosaïque à fond d'or. Souvent aussi faute de ressources, la polychromie fut limitée au sanctuaire, car c'est là seulement que la mosaïque subsiste en un grand nombre d'églises, à moins que des peintures n'aient autrefois décoré les parois aujourd'hui dépouillées.
o Au début, le relief prit place dans le revêtement polychrome. Comme Sainte-Constance et Sainte- Marie-Majeure, le baptistère des orthodoxes â Ravenne rappelle encore, au \" siècle, les véritables procédés alexandrins. Dans la zone des fenêtres, coupant ainsi la mosaïque, des stucs jaunes font saillie sur des fond-rouges, entre les colonncttes et sur les tympans des petites arcades. Ils figurent, sur les tympans, des animaux ou des rinceaux; entre les colonncttes, qui le. encudrent à la façon des lias -reliefs hellénistiques, des personnages en toge, debout sous des édicules que surmontent des animaux allrontés ou de petites scènes.
DÉCORATION DES ÉGLISES
De même à Aladja, en Lycie, Texier décrit ainsi une curieuse église qu'il attribue au vi" siècle. « De nombreux médaillons et des cartouches sont remplis de bas-reliefs représentant des symboles religieux; les emblèmes des quatre évangélistes sont sculptés dans des pendentifs : des anges aux six ailes, comme ceux de Sainte-Sophie, soutiennent l'image du Christ; et les chapiteaux des colonnes portent aussi des sigles et des emblèmes. La figure de Saint-Michel est représentée foulant aux pieds de nombreux vaincus. » Le musée de Tchnili-Kiosk possède un buste de Saint-Marc visiblement détaché d'un pendentif. A Inkerman, une basilique voûtée, creusée dans le rocher, du v° au vi^ siècle, offre dans son abside la croix gemmée sculptée en relief. L'Egypte pourrait nous fournir d'autres exemples.
« De telles sculptures devinrent rares par la suite, car le goût oriental fit exclure le relief. Au vr siècle le relief ne se mêle plus qu'avec une réserve et une timidité croissantes aux mosaïques et aux incrustations; c'est encore une fine acanthe de marbre aux tympans des arcades inférieures à Sainte-Sophie de Constantinople, ce sont de déUcats ornements de stuc sous les arcades ou les voûtes de Parenzo et de Saint- Vital. Mais ensuite la mosaïque recouvre toutes les surfaces courbes et partage avec l'incrustation les parois verticales.
« Suivant quel principe ?Dans la grande nef des basiliques, la corniche couronnant les arcades marquait la limite. Aussi les tribunes réduisirent-elles singulièrement le champ de la mosaïque, à moins qu'il ne pût se déployer, comme à Sainte-Sophie de Constantinople. sous de larges et hauts formerets. Au contraire, lorsque la tribune manque, comme à Saint-Apollinaire-Neuf, la mosaïque se développe sur un large espace, en trois zones. Pour les absides, pour les églises à voûtes et à coupoles, Sainte-Sophie nous montre clairement le principe de la répartition : le domaine de la mosaïque commence au niveau de la naissance des arcs et des voûtes. A Saint-Luc, à Daphni, ce niveau est marqué par un bandeau à fond de cire.
« C'était là une répartition rationnelle, d'un large et juste effet, car ainsi les parois revêtues de marbre gardaient aux yeux toute leur solidité, tandis qu'audessus les images semblaient planer dans l'azur ou dans l'or du ciel. Mais avec le temps ces images se multipUèrent comme dans les vieux temples d'Egypte, et il fallut au xi= siècle, à Daphni, au xiv» siècle, à Kahrié-Djami et à Mistra, échancrer les appliques par des arcades pour leur faire place. Ainsi le ciel trop plein déborda vers la terre, jusqu'à la toucher presque, au xv° siècle, lorsque à la mosaïque, à « la peinture pour l'éternité » se substitua la fresque moins coûleuse.
« La fresque, s'accordant mal avec le brillant des appliques, finit aussi par les écarter en les copiant, comme à Pompéi, en trompe-l'œil. Au reste, cette tradition ne fut pas interrompue, car, dans les peintures d'Egypte, au vi» siècle, l'ornement occupe la place des marbres que parfois il imite. Les colonnes mêmes sont coloriées à l'imitation des temples égyptiens, et l'on voit parfois le cheval d'un saint guerrier les contourner de sa croupe flexible. A Byzance, nous ne pouvons apprécier le rôle de la fresque qu'au temps des Paléologues. C'est le marbre et la mosaïque qui caractérisent vraiment à nos yeux la polychromie byzantine.
« La décoration de Sainte-Sophie formait un ensemble harmonieux exactement combiné dans les moindres détails. C'est ainsi que l'acanthe des chapiteaux et des écoinçons refouillée dans le marbre blanc de Proconnèse et s'enlevant en vive lumière sur un champ d'ombre soutenait la vigueur de la mosaïque. Le marbre de Proconnêse, qui pavait aussi le sol, ne prêtait
pas à tous les membres d'architecture son éclat trop uniforme. Les grandes colonnes de la nef sont en vert antique, celles des cxèdres en porphyre d'Egypte, les unes et les autres prises directement aux carrières. Mais c'est aux incrustations que l'on avait réservé les marbres rares et précieux, porphyre vert de Sparte, marbre vert clair de Carystos, rose veiné de Synnada, jaune antique (niimidicum), noir veiné de blanc (cellicum), onychite. La phiale était en marbre blanc et rouge d'iasos. Le revêtement ordinaire se composait, dans des cadres dentelés, de panneaux quelquefois à veines symétriques, et de tons foncés ou clairs alternant. Ceux de l'abside sont d'une composition très complexe : au centre, brille un carré, un ovale, ou un cercle d'un marbre précieux, porphyre rouge ou vert, ou onychite; et, dans le champ, l'opposition du rouge et du vert, rehaussée par lignes de jaune clair, se traduit soit par des figures géométriques, en particulier le losange, soit par des rinceaux et des volutes, ou même des motifs plus recherchés : dauphins affrontés, porte de sanctuaire. Enfin, dans les écoinçons de la colonnade supérieure, l'acanthe sort d'une large feuille entre deux petites cigognes, et, comme au-dessous, déroule ses blancs rinceaux sur un champ noir, autour d'un rond de porphyre ou de vert antique.
« Cette décoration n'était point spéciale à la grande église. Choricius, à Gaza, vante la variété et le prix des marbres qui revêtaient Saint-Serge, la beauté des colonnes de porphyre à Saint-Étienne. Dans les écoinçons de Saint-Démétrius, à Salonique, au milieu des plaques claires, les combinaisons géométriques les plus variées se détachent aussi en jaune sur un carré vert ou rouge autour d'une pièce rare. Au baptistère des orthodoxes à Ravenne, une baguette blanche eu saillie trace un dessin sur un fond de porphyre ou de vert antique. A Parenzo, les marbres les plus rares, la nacre, les pâtes d'émail se combinent avec beaucoup de fantaisie, d'imprévu et de charme. Les appliques, suivant la tradition métaUique et l'exemple du Sérapeum, furent parfois métalliques. A Sainte-Sophie, des plaques d'argent révélaient le pourtour du sanctuaire au-dessous des incrustations; d'ailleurs, aux endroits les plus vénérés de cette somptueuse église, le métal tenait lieu de marbre : l'autel reposait sur quatre colonnes d'or où s'enchâssaient des pierres précieuses; le ciborium, l'architrave et les barrières de l'iconostase étaient d'argent; dans la balustrade de l'ambon, l'argent se combinait avec l'ivoire. Constantin avait donné l'exemple, en prodiguant dans un oratoire d'Antioche, l'or, le bronze et tous les autres métaux précieux. C'est un usage constant de dorer les chapiteaux, les caissons des plafonds, qui formaient ainsi comme un ciel lumineux, où l'on attachait parfois des tableaux et qu'imitait ailleurs la mosaïque à fond d'or répandue dans les niches, les absides et les coupoles.
« A la polychromie alexandrine, à ce large emploi de la toreutique se rattache ainsi la tonalité des fonds dans les mosaïques. Ils sont quelquefois d'argent, au Sinaï, à Gaza, à Sainte-Sophie, ou gris, le plus souvent bleu foncé ou clairs et d'or. L'ornement se détache aussi sur du noir, du bleu ou du rouge. Les fonds bleus qui dominent au v= siècle dans le mausolée de Galla Placidia et le baptistère des orthodoxes deviennent plus rares au vi=, et l'on finit par les évincer tout à fait. Déjà Constantin les avait employés dans l'abside du martyriiim. M. Ajnalov a observé la même qualité et la même diversité de fonds dans les manuscrits de provenance égyptienne, le Dioscoride, le Cosmas, l'Évangile de Rossano et sur des tissus coptes. Le fond bleu vient directement, par la peinture alexandrine, de l'Assyrie et de l'ancienne Egypte. 11 était choisi pour rehausser l'éclat de l'or, aussi bien dans
DÉCOlîATlON DES KCLFSES — DÉCKÉTALES
l'ensemble de rodificé que dans les détails, sur les caissons des plafonds à Nysse, sur les arcs et les voûtes à Saint-Georges de Gaza,, sur la poutre sculptée qui couronnait l'enceinte de l'ambon à Sainte-Sophie.
0 Les fonds puissants, substitués aux fonds clairs des peintures pompéiennes, dés mosaïques de pavements, des catacombes, et que l'on retrouve encore à Sainte-Constance ou bien dans les peintures d'Égyplc, semés de fleurs comme en certaines sépultures antiques, constituent une des innovations capitales de l'art byzantin et montrent, ainsi que l'emploi des métaux, que, s'il peut avoir reçu, par l'intermédiaire de Rome, la tradition de la polychromie alexandrine, il en a rajeuni et complété les procédés en puisant aux sources mêmes, en Orient '. »
IX. Égyptk. — Nous avons déjà eu l'occasion de faire connaître quelques-uns des principaux ensembles décoratifs conservés dans les édifices du culte. Toutefois, il importe d'en faire la remarque, nous ne rencontrerons pas en Egypte une ordonnance méthodique et savante telle que nous l'oftre l'art byzantin où chaque partie concourt h l'effet général. L'art copte s'empare des surfaces d'une chapelle, les couvre de ligures et d'arabesques plus chatoyantes les unes que les autres, mais chaque morceau semble avoir été conçu et exécuté isolément des morceaux qui lui font voisinage. Les dimensions diffèrent, les couleurs ont des tons différents, les proportions varient d'un morceau au morceau voisin au point de choquer, et cependant il y a lit une décoration totale qui surprend et qui charme, peut-être par sa naïveté, sa maladresse et son absence même de tout souci de plaire. Les édifices décorés ne sont plus des basiliques de vastes dimensions comme celle de Sainte-Sophie ou les églises de Ravenne. ce sont pour la plupart des chapelles funéraires rectangulaires ou carrées couvertes, dans le premier cas, d'une voûte en berceau, dans l'autre d'une coupole hémisphérique. Ces monuments sont pourvus à l'intérieur d'un nombre variable de niches dont la plus importante est ménagée dans le mur Est, et généralement placée au centre. Cette niche ou abside n'est guère plus qu'un demi-cylindre terminé par une coupole hémisphérique, ou plus simplement la niche est à fond plat rectangulaire surmontée d'un arc en pleindntre. C'est dans l'abside que se voit toujours le sujet principal de la décoration: dans quelques cas, assez rares, les niches concourent ;\ l'ornementation générale, par exemple à Raouït, chapelles XXVllI. XXXIf, XLIII. La décoration figurée occupe généralement la partie inférieure de la coupole ou de la voûte en berceau, les tympans et l'abside Hst; le soubassement est toujours réservé à la décoration ornementale. Les trompes et les pendentifs supportent quelquefois des représentations de la figure humaine, mais dans tous ces monuments c'est le décor ornemental qui tient la plus grande place. Les motifs empruntés à l'antiquité païenne ne sont pas rares, mais ils sont combinés avec des figures de saints ou des tableaux tirés de l'Ancien ou du Nouveau Testament; on aime ;\ figurer prophètes, martyrs, solitaires d'une façon un peu monotone, mais la dignité et le calme des figures ne laisse pas d'être très décorative.
L'ensemble de peintures le plus complet, réuni jusqu'à ce jour, est celui de Baouït (voir ce mot) dont on ne peut guère séparer Uagaouat (voir ce mot) et Chaqqara (voir ce mot). Deux dos chapelles funéraires d'Kl Bagaouat sont au nombre dos édifices chrétiens les plus intéressants. L'une d'elles reproduit sur sa coupole une série de petites scènes symboliques jetées comme au^hnsard sur un fond laiteux parmi des rin-
■ G. Millet, L'art byzantin, dans A. Michel, Histoire de l'art depuis les premiers temps chrétiens. 1905, t. i, p. 156-100.
ceaux où les oiseaux chantent et picorent. Cette décoration semble appartenir au milieu du iv^ siècle au plus tard, nous en avons parlé longuement déjà, il nous suffira ici d'y adresser le lecteur (voir Dictionn.. t. II, col. 43-49), mais remarquons seulement le concept décoratif. La coupole est criblée de figures, c'est là que doit se porter l'attention et afin que rien ne puisse en distraire, les arcades, les murs et l'abside portent de simples ornements, guirlandes, architectures et figures géométriques enchevêtrées. L'autre coupole, autour (le deux cercles ornés de rinceaux et de lauriers. déploie une longue suite de figures monumentales: personnifications morales, personnages bibliques s'y trouvent côte à côte et ici encore la coupole concentre tout l'effort décoratif, les murs de la chapelle sont à peine ornés (voir DicUoniK, t. ii, col. lS-.'ï!t).
A Baouït, nous rencontrons une véritable profusion d'images, le Christ Iriomphant, la Vierge-mère, les apôtres, les mystères de la vie de Jésus, quelques personnages de l'Ancien Testament, les saints moines, les saints cavaliers sont pour ainsi dire innombrables. La richesse du mobilier, des tentures, des draperies et des vêtements ajoute encore à la surprise que causent ces visages pâles, ces yeux dilatés, ces altitudes où l'hiératisme ne se défend pas toujours du naturalisme. Dans l'ensemble et à juger de cette veine artistique par les monuments aujourd'hui connus, on ne peut dénier à l'art copte une véritable tendance décorative et une entente véritable des moyens à employer pour atteindre le résultat. Malgré l'exiguïté des ouvertures donnant passage à la lumière, il semble que ces peintures, si elles avaient été exécutées dans un vaste édifice, eussent dû produire une impression peu favorable, (^es couleurs trop tendres, ces semis trop criards n'eussent-ils pas procuré une espèce de papillotage des yeux, ce qui est le contraire même du sens et du goût décoratif. Moins minutieux, plus traditionneUement artistes, les byzantins évitaient cet écueil par une large conception des masses et l'exécution sommaire des détails, tandis que les coptes s'y appliquaient et, en s'y évei'tuant, faisaient fausse route. •
H. Leclercq.
DÉCRÉTALES. — Les collections canoniques rapprochent, à peu d'exceptions pi'ês, les lettres des papes des canons conciliaires. Cette méthode est déjà en pratique dans les plus anciennes collections. Denis le l'etit fit suivre sa collection de conciles dune collection de décrets, afin que rien ne fut omis de ce (jui concernait la discipline ecclésiasti(iue; voici d'ailleurs en quels termes il révèle son dessein : Sanclilalis l'eslrie piis excilalus siudiis. qiiibas niliil prorsus eonim, (juiv ad ccclesiasticam (lixcipliiwm pertinent, omillil inqiiirere, prieleritoriim sedis aposlolicœ privsiihun ronslitiila... collegi. De la sorte les deux collections se fondent en un recueil unique. La collection canonique contenue dans le manuscrit de Freisingcn et la Quesntiliana. au moins aussi ancienne et même plus ancienne f|ne la collection des décrétales de Denis le l'etit, contiennent de nombreuses lettres de papes. De son côté, le collecteur de VHispana annonce dans la préface de son recueil qu'il fait suivre les conciles des décrets des papes de Rome, in quibus pro culmine sedis aposloliciv non impar cnnriliornm crslat nnclorilns.
Les conciles tenus en Occident à celle époque nous font voir les décrets des papes placés sur le même pied que l'autorité des canons. Far exemple, le concile africain des évêques de Byzacène, tenu à Theleple, en •118, doiuie lecture de la lettre ndrosséc aux évOquos d'Afrique par le pape Slrice, cl le diacre Ferrand. dans sa Brevialio canonum. désigne plusieurs décisions de cette lettre pontificale comme des canons du cou'-ile de Theleple. Le même diacre l-"errand, dans sa Hreoialin. chap. II. cite de même le concile de Sufelula tenu A
nÉr,i>,KTAr>ES
l'occasion d'une Icllie du pape Innocent 1" relative à l'exclusion de l'épiscopat jirononcC'e contre tout clerc n'ayant pas appartenu une année au moins à la liiérarchie. On citerait sans peine des cas analogues en Espagne : I« ' concile de Brasa, en 5»)3 ; I II'" concile de Tolède en 589. can. l^^ien Gaule: le canon 9" du concile d'Agde, en 50fi ; la préface du II"- concile d'Orange, en 529 ; le canon 20« du II' concile de Tours, en 567; en Angleterre : le canon 4'- du concile de Celcliyt. en 787. Beaucoup de collections particulières, notamment celles renfermant les documents des conciles grecs, celles des Églises particulières, contiennent aussi les décrets des papes.
Les Regcsies des papes qui nous ont été conser\-és, par exemple celui de saint Grégoire le Grand, les collections de lettres de saint Léon le Grand, les < Livres CaroUns . le registre de Jean VIII et celui de saint Grégoire V II, n'ont pas le caractère de collections juridiques, mais simplement de recueils historiques. Dès lors, ils n'appartiennent pas à la présente étude, nous pourrons nous en occuper avec les autres lettres des papes.
Les dénominations usuelles servant à désigner ces lettres dans les collections canoniques sont : epislola. epistola decretalis ', constitutio -, aactoritas '. Outre ces dénominations usuelles il existe des dénominations extra usuelles qui. en dehors de responsio et de rescriplum. vont : commonitorium*, epistola Iractaloria ou trartoria^.
Eu égard à leurs di\asions par chapitres et à leurs prescriptions, les lettres pontificales sont encore appelées décréta, decrctalia. conslituta. prœcepta, refiulae. Nous en relevons divers exemples dans Denis le Petit où les rubriques de chapitres sont désignées : titali decretorum. dans la coll. du ms. de Corbie où la lettre du pape Innocent à Decentius de Gubbio porte : decrctalia Innocenta et dans le corps même de la collection : Incipiunl capitula decretalia Innocenta. Les décréta sont aux conciles ce que les décréta sont aux lettres papales. C'est ainsi que le titre de la collection Q)uesnel porte : Canones coniinet codex iste ccclesiasticos et conslituta sedis apostoUcie. Dans la lettre du pape Sirice à Himerius de Tarragone on lit : ad servandos canones et tenenda decretalia conslituta magis ac magis incitamus, et dans la collection de Denis du ms. de Bobbio : Incipit générale decretum papœ Gclasii ad omncs episcopos conslilulum a synodo Sedis apostoUcœ. Ces dénominations sont usitées aussi Ijicn pour désigner les canons des conciles que les chapitres des décrétales, mais le terme decretalia est spécial à ces dernières. On
' Coll. de Denis : Incipit epistola decreialis papœ Sirici. Coll. du ms. de Freisingen : Incipiimt epistoliv décrétâtes diversonim episcoporum wbis Romœ per diversas provincias mi^s3!. Incipit epistola decretalis papx Leonis ad turbiuni Astoriensem. Coll. du ms. du Vatican : Epistola decretalis ad Anastasium episcopum Thessalonicensem. Coll. du ms. de Saint-.Maur : Item epislnl»; decretalis. Coll. du ms. de Cologne : Incipit epislola decreialis sancli Sgricii episcopi urbis Romœ. Coll. du ms. d'.\U)i : Decretalis Leonis papœ ad episcopos per Campaniani. — - Coll. Quesnel ; Cœlestini papœ ad episcopos Viennenses et yarbonenses constittdio. Coll. du ms. d'Albl : Cormtitutio Innocenli papa' universis episcopis in urbe Toleiana consliliilis. — ' Coll. du ms. de Friesingen : Incipit auctorilas Bonifati episcopi urbis Romœ ad episcopum et presbyteros vicarios a papa Zosimo decesores suo ad Africaniim synodum directa. Coll. du ms. de Cologne : Item alla auctorilas Innocenli papa'. Coll. du ms. d'Albi : Incipiunl auctoritates vel canones urbicani. Concile d'Agde, 506, can. 9 : papœ Innocenta ordinalio et Siricii episcopi aucioritas; conc. de Braga, 563 : Relecta est auctorilas sedis apostoUcœ ad quondcun Profuturum directa episcopum. Lettre des évfques de la pro\ince d'Arles au pape Léon I" : prxdecessores beatiludinis vestrœ hoc, quod erga privilégia Arelatensis Ecclesiœ institutio vetusia tradideral, promulgauil (sicut et scrinia apostoUcœ sedis procul dubio continent) auctoritatibus confu-marunt (S. Léon I", Opéra, édit. Ballerini, t. I, p. 995). Pri\iléges de l'Église d'Arles : Incipit lit}er auctoritaium per apostoUcœ sedis episcopos piissimosque Ilnnorium et Theodosium augustos Arelatensi Ècclesiie con-
trouve encore constiluliones dans le sens de canones, par exemple au concile de Paris, en 61 1, can. 1" : Ut eonstiintinncs illœ quœ Parisiis sunt décréta:..., in omnibus conserventur ; dans la coll. du ms. de Corbie : Incij piunt constiluliones ccclesiastic;F Cartagenensium sub j -V die iduum Aguslarum desani et .Attici. ! Beaucoup de lettres pontificales s'appuient sur les I décisions de conciles romains, c'est la raison pour laquelle ces lettres sont désignées sous le nom de synodicx epistolse ' et les décrets des papes sous le nom de canones urbicani '. C'est ce qui explique comment on peut trouver le même document désigné tour à tour sous le nom de Decrétale » et sous celui de • Synode romain . •. Or. comme les décisions des conciles tenus à Rome nous ont été communiquées par le moyen des lettres pontificales, une différence essentielle ne peut guère se présenter entre les unes et les autres. Il faut donc les étudier ensemble.
Félix l'f (269-271). In fragment d'une lettre à l'évéque Maxime d'.Mexandrie est inséré dans les actes du concile d'Éphèse. D'après la version désignée sous le nom de vulgala ', il est contenu dans la collection des actes du concile d'Éphèse des mss. de Tours et de Salzbourg. D'après la version dite de Marius Mcrcator '", il se trouve dans les deux collections du ms. du Vatican et du ms. de Saint-Maur. H se rencontre, en outre, dans la versio vulgata des actes du concile de Chalcédoine " des collections du manuscrit de Notre- Dame, de Rusticus »' et dans le fragment de Vérone.
Jules 1" (337-352). Les mêmes collections donnent un fragment d'après les mêmes versions ". C'est le fragment d'une lettre à Prosdocius écrite en grec et conservée intégralement ".
Libère (352-366). Fragment de lettre à Cécilien, évêque de Spolète. dans YHadriana augmentée. — Lettre aux évèques Eusèbe de Verceil, Denis de Milan, Lucifer de Cagliari : Quamvis sub imagine, même collection. — Lettre aux évèques orientaux : Pro deifico. — Lettre aux évèques Ursace, Valence et Germinius : Quia scio vos, même collection. — Lettre à Vincent, évêque de Capoue : Non doceo, même collection '^.
Damase I''"- (366-384). La lettre aux évèques d'Illyrie : -•■jti Joa-v " se trouve, mais dans un latin différent de celui d'Épiphane le scolastique ^■. avec la suscription : episcopis catholicis per Orientem constitutis, et le début : Confidimus quidem sanctitatem ", dans la collection du diacre Théodose. — La lettre à l'évéque
cessarum. — ' Coll. du ms. de Freisingen : Cœlestinus commonitorium Arcadio et Profeclo... Gelasi commonitorium Fav.'ito magistro. Coll. Quesnel : Commonilorium Zosimi papœ preshylcris et diaconibus suis Bauennœ constitutis. — ^ Lettre de Sirice aux évèques d'.\frique ; Cum in unum fratres est nommée dans la collection : epistola Iractaloria ou tiactoria; cf. P. Constant, Epist. roman, ponlif., in-fol., Parisiis, 1721, p. 649. — • Conc. de Tolède, 589, can. 1 : \Ianeant in suo vigore conciliorum omnium conslituta simul etsynodicœ sanctorum prœsulum Romanorum epistolœ, Conc. de Tolède, 633, can. 17 : multorum conciliorum auctorilas et synodica sanctorum prœsulum Romanorum décréta. — ' Dans les collections des ms. de Cologne, de Lorsch et d'.\lbi. — • Par exemple dans la decrétale du pape Gélase : \ecessaria. — * Mansi, Conc. ampliss. coll., t. v, col. 546. — " Mansi, op. cit., t. VI, col. 690.— " Mansi, op. cil., t.'vi, col. 879. — " Maasscn, Gesciticide der Quellen und der Literalur des canonischen Reclits, 1870, p. 745. — " Mansi, op. ci(., t. v, col. 545, col. 690: t. IV, col. 879. — "P. Coustant. Epist. Roman, ponlif., append.. p. 74. — " JalTé, Reg., n. 210, 216, 217, 218, 219 (= 14. 47, 49, 50, 51). — " Sozoméne, Hist. ecclés.. I. VI, c. xxiii: Théodore!, Hist. ecclés., I. II, c. xxii. — " llistoria tripartila, 1. V, c. xxi.\. — " Éditée pour la première fois par L. Holstcn, Collectio romana, t. i, p. 165, sans indication de source; Valois, notes à Hist. ecclés,. 1. VI. c. xxiii de Sozoméne, y voit l'original latin, mais P. Coustant est d'un avis dilTérent, op. cit., p. 477, 489 et enfin les Ballcrini, De antiq. coll. can., part. II, c. ix, n. 2. Ils ajoutent à l'édition lit Holsten quelques variantes notables du ms. de Vérone.