DÉCRÉTALES
Paulin : Pcr filium meum, Per ipsiim filium eX le concile tenu sous le pape Damase en 378 se trouvent dans les collections suivantes : ms. de Freisingen, ms. Quesnel, ms. de Saint-Biaise, ms. du Vatican, ms. Colbert, ms. de Wiirzbourg, ms. de Corbie, ms. de Cologne, ms. d'Albi, ms. Pithou, ms. de Saint-Maur, ms. de Diessen, dans VHispana, dans VHudriana augmentée, dans VHadriana, du ms. d'ivrée, dans celle du ms. du Vatican 1337 ; avec les conciles de VHispana de VHadriana augmentée, de VHadriana du ms. de Saint-Gall 671 et du ms. latin de Munich 3S60, des fragments du concile de Clialcédoine du ms. du Vatic. 1322, du ms. latin Saint-Germain 466, du Codex encyclicus, du ms de Novare XXX. Cette lettre se lit dans les collections avec bien des modifications. Dans la collection Quesnel et dans le ms. latin Saint-Germain 466, elle est suivie du concile tenu sous Damase dans lequel furent condamnées les doctrines des Apollinaristes, des Sabelliens, des Eunomiens, des Macédoniens et des Photiniens, el!e est intitulée : Conlessio fidei calholicœ, quam papa Damasiis misit ad Paiilinum Anliochenum. Il en est de même dans les collections des manuscrits de Corbie, de Cologne, d'Albi et Pithou qui omettent la deuxième partie — la plus considérable — de la lettre depuis ces mots : Qiiapropter si supradiclas et le concile vient se souder immédiatement au fragment de la lettre sans la suscription : Conjessio, etc. Le concile suit également la lettre dans VHispana. Mais il y est désigné sous le nom de Epistola ejusdem papce Damasi ad eumdcm Paulinum.
Cette disposition diffère dans les collections des manuscrits de Freisingen, du Vatican, de Diessen, dans VHadriana augmentée et le manuscrit de Novare XXX. Dans la collection du ms. de Freisingen, le concile fait en quelque sorte suite au symbole de Nicée: mais on ne nous donne le concile que jusqu'à ces mots : et finem habiturum esse contendunl.\a partie la plus considérable manque. La lettre pontificale suit les conciles grecs et la lettre de Jérôme à Damase : Quoniam velusto; cette lettre est intitulée : Incipit rescriptum Damasi papa: ad petiliim Hieronimi ad Paulinum episcopum urbis Antioehenœ. Dans la collection du manuscrit du Vatican et dans le manuscrit de Novare XXX, le concile porte cette suscription : Confessio fidei catholiav, quam papa Damasus misit ad Paulinum Antiocliensem episcopum, puis vient la lettre à Paulin. L'Hadriana augmentée donne d'abord le concile sous le même titre, puis la lettre de Jérôme Quoniam vetusto et, pour finir, la lettre de Damase à Paulin, avec le même titre que la collection du ms. de Freisingen. La collection du manuscrit de Diessen donne (d'après la collection du manuscrit de Saint-Biaise) le concile rapproché de celui de Nicée et, après un ensemble de textes (d'après la collection du manuscrit de Freisingen) la lettre de Jérôme et celle de Damase.
Voici les collections qui conlic.inent les deux documents : lettre et concile :
Le concile seul dans le.s collections des manuscrits de Sainl-lilaise, de Wiirzbourg, de Saint-Maur, dans VUadiiana du manuscrit d'ivrée. du manuscrit du Vatican 1337, du ms. de Saint-Gall 671 et de Munich, lai. 3S60 a; enfin dans Vlladriima accrue des conciles lie VHispana. Dans toutes ces collections, le concile se trouve rapproché du concile de Nicée. La même remarque s'applique aux collections des manuscrits de Freisingen et de Diessen, enfin h la collection du manuscrit Pithou lequel donne le concile réuni à celui de Nicée et ensuite la lettre et le concile. Dans la collection du manuscrit de Sainl-Blaise et. d'après la même,
' Baluze, Nova coll. concil., col. 379, note D; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. IV, col. ."iSl, note 2. — 'S. Léon, Opcra, t. III. p. 305, note 1. — 'P. Constant, Epiftolae mmannriim
dans la collection du manuscrit de Diessen, on rencontre d'abord le symbole de Nicée et ensuite le concile de l'année 378 sous le titre : Ineipit [de] synodo Nicœno. scribta pape Damasi ad Paulinum Antioehenœ urbis episcopum. Dans la collection du manuscrit de Saint- Maur, le concile de l'année 378 s'ajoute immédiatement au symbole de Nicée; mais, seul, le concile de Nicée est mentionné dans le titre : Incipit fides apud Niceam conscripta ab episcopis credentibus CCCXVIII. Dans la collection du manuscrit Pithou on renvoie au symbole de Nicée qui se trouve déjà dans la collection. Voici ce qu'on lit avant le concile : Incipit pars fidei de ea, quœ apud Niceam habita est, ab eo loco usquc ibi dicit : hos analhematizat catholica et apostolica ecclesia. Quœ fuies cum sinodo Niccna in hoc libro scripta est. Dans les susdites collections de Sainl-Blaise, Diessen. Saint-Maur et Pithou, le concile de 378 n'est pas réuni aux actes du concile de Nicée; mais dans les collections des manuscrits de Freisingen et de Wiirzbourg le concile, d'ailleurs incomplet, se présente entre le symbole et les canons. Dans VHadriana, aussi bien dans celle dumanuscrit du Vatican 1337 que dans celle accrue des conciles de VHispana et dans celle du manuscrit de Saint-Gall 671. le concile occupe la même place, mais il est incomplet. Il se trouve après les canons dans VHadriana du manuscrit d'ivrée avec le titre: Conventio episcoporum in qenerosa urbe Roma. Dans la collection du manuscrit Vatican 1322 qui contient les fragments du concile de Chalcédoine, le concile de 378 a été ajoute à la Dcfinitio fidei de Chalcédoine. La collection du manuscrit Colbert dont la première partie représente le manuscrit de Saint-Biaise, contient le concile seul, sa deuxième partie donne la lettre et le concile d'après la collection Quesnel.
Baluze ' et les Ballerini - pensent qu'il ne s'agit pas seulement d'une, mais liien de deux lettres de Damase. Le concile de Rome n'a pas été envoyé en même temps que la lettre qui nous est conservée, mais plus tôt. C'est pourquoi Damase parle de l'expédition de ce concile : Fidem misimus, et Célestin l""' distingue deux lettres. En effet, dans un passage d'un discours de Célestin conservé dans les écrits d'Arnobe le Jeune, nous voyons cité un extrait parmi les anathèmes du concile de 378 avec cette remarque : Item priecessor meus Damasus Scribens ad Paulinum Antiochenx ecclesiaepiscopum inter cetera ait :... Et Célestin continue : Item ipsc apostoliciv mcmoriœ vir Damasus in altcra epistola ad Paulinum: Amithematizamus, de.'. Mais cette autre lettre de Célestin dont on cite un passage est celle que nous connaissons. Célestin distingue donc clairement cette lettre d'une autre qui contenait les anatlièmcs du concile. Cependant ce concile, tel que nous le possédons, ne se présente pas sous la forme d'une lettre. Si on admet l'opinion de Baluze et des Ballerini il faudra considérer la lettre d'expédition du concile comme perdue; cette supposition, que les Ballerini ne repoussent pas, n'a rien d'arbitraire.
Dom Constant se range, il est vrai, ù l'opinion opposée *. 11 tient le concile pour un simple appendice de la lettre à Paulin. Son ])rincipal argument est (|ue dans le manuscrit lat. Saint-Germain 466 et dans plusieurs manuscrits semblables du forf('.ri:nci/f/((i(.s cette leltre et les anathèmes ont été groupés sous ce titre : Incipit papw Damasi urbis Homic ad l'aulinum episcopum Antiocliena- civitalis de capilulis fidei contra Maccdonium, Kunomium et Apollinarem hœrcticos.... Explicil conlessio catholica, qiium snbdidil Damasus papa ci>istolœ sux ad Paulinum contra Macedonium, Eunomium et Apollinarem htereticos.
ponlillrmn col. 1097 sq.: Mnnsl, Coiicllloriim ampllssinin C->llectio, t. IV, col. S'il) si|. — 'P. Coiistniit, i:inst. mm. pnniil., p. rM2.
DECHHTALES
Cet aruuinent se Irouve réfuLi3 par le fait que la forme du concile qui nous a clé conservée n'est pas l'original latin, mais une traduction de Théodoret dans sou Ilisloiro. ecclésiastique, 1. V, c. xi. Or, la lettre de Damase à Paulin manque chez Théodoret, d'où il ressort avec clarté que le rapprochement des deux documents tel que nous l'observons dans le manuscrit Saint-Germain et ailleurs n'est pas primitif et qu'il ne prouve rien quant à cet état primitif. Il n'y a d'ailleurs pas lieu d'être surpris de rencontrer les anathèmes du concile romain adressés à Paulin sous la lettre d'expédition. Théodoret est l'unique source grâce à laquelle le concile s'est introduit dans les collections, et comme Théodoret ne donne que le concile sans la lettre, il n'est pas surprenant de n'avoir pas la lettre, pas plus que d'avoir le concile par Théodoret seul.
La préface du concile dans les collections soulève quelques difTicultés. Dans la Quesnclliana on lit : Posi concilium Nicœnum, quod in urbe Roma postea congrerjalum est a catholicis cpiscopis, addiderunl de spiritu sancto. Et quia postea is error inolevit, ut quidam ore sacrilego audcrcnt diccrc spiritum sanctum Inclum esse per fdium, ancdhematizamus, etc. La plupart des collections s'expriment de même, saut quelques variantes. Dans les collections des manuscrits de Freisingen et de \Yiirzbourg, on dit. sans confondre le singulier avec le pluriel : Post hoc (sciL Niceenum) concilium in urbe Roma congregati sunt catholici cpiscopi et addidenint de spiritu sancto. Et quia postea, etc. Dans les différentes rédactions de l'Hadriana, on dit avec une construction meilleure : Post concilium Nicœnum in urbe Roma concilium congregatum est a catholicis episcopis et addidenint de spiritu sancto. Et quia postea, etc. Dans la collection du manuscrit Pithou, la préface manque jusqu'aux paroles in spiritu sancto. t>e même chez Théodoret pour qui le document commence ainsi : 'E-EiSr) '1.1-.X Triv Èv Ntzaiï ajvoôov auTr) }) ^Xocvr] àvÉxuil^EV o'iaTS ToÀuâv T'.va; (îsîriî.o) 7T0;j.aT'. hr.d-) to 7:v£jij.a to âytov ■(■c'i'Evfi'jOa'. O'.à TO'j uioCi, àvaGEii.aTiÇou.=v z.t.X. Constant et les Ballerini supposent la réunion d'un autre concile sous le pontificat de Damase, mais à une date plus ancienne et dans lequel on a fait une addition au symbole de N'icée. Doni Constant objecte que pour désigner le concile romain dont on lit les anathèmes à la suite de la préface, on écrirait addidimus et non, comme on lit, addiderunt: mais, ce disant, il oublie que la source Théodoret n'a même pas cette préface et que celle-ci ne vient pas de Damase, mais qu'elle est une addition introduite postérieurement dans les collections. Le plus vraisemblable c'est que le concile contenant l'addition de spiritu scmcto se trouvait joint au concile de 378 dont le premier anathème rejette la doctrine spiritum sanctum jactum esse per filium.
La lettre de Damase aux évèques Acholius, Eurydicus, Severus : Decursis litteris, se trouve dans la collection de l'Église de Thessalonique.
La lettre à lévêque Achohus de Thessalonique : Ad meritum. se trouve dans la même collection.
Le concile romain De explanatione fldei contenant les trois décrets De spiritu sancto. De canone scripturœ sacrœ. De sedibus j)atriarchalibus'^ se trouve dans les collections : Hadriana augmentée, manuscrits de Frei-
' Cf. A. Thiel, De decretali Gelasii papie de recîpiendis et non recipiendis lihris et Damaxi concilia romano, in-4°, Braunsbergœ, ISfiG, p. 20 sq.; D. P. Coustant, Episiolœ romanorwm ponlificum, t. i, p. 44 sq. — ^ Tabulœ codicum manascriptorum prœtcr Grwcos et Orientales in biblintheca Païatina Vindottonensi a.'iserualurtim, in-8° Vindobonîe, 1861, t. I, p. 2. — » F. Maassen, Bibl. lat. jiiris canonici manuscripti, t. i, p. 426. — ' Sirniond, Conc. Gall. ani., t. i, p. 585 sq. ; Coustant, op. cit., col. 685 sq.; Mansi, Conc. amptiss. coll., t. m, col. 1133; Labat, Conc. Galliœ, t. i.
singen, de Diessen, de Paris 3837 (de la colle(-tion de Denis), manuscrit latin de Munich SSeo de V Hadriana, manuscrit de Vienne ^, manuscrit de Vérone '. Le texte ne semble pur de retouches que dans Vlladriuna augmentée. Dans la collccUon du manuscrit de Freisingen et d'après elle, dans la collection du manuscrit de Diessen, dans le manuscrit de Munich lat. 3830 a, les décrets du pape Gélase sur les conciles œcuméniques rfe/(6ris recipiendis et non recîpiendis sont réunis à ce concile sans autre suscription. Le décret De canone scripturse sacra; se trouve seul dans le ms. lat. de Vienne 16. Dans le manuscrit de Vérone 63 les deux premiers documents font défaut et outre le décret encore existant et qui concerne les sièges patriarcaux, on donne les deux décrets de Gélase comme appartenant au concile de Damase.
Dans la correspondance des papes, représentée jusqu'à la fm du v^ siècle par plus de sept cents lettres, les décrétales, c'est-à-dire les lettres qui abordent des points de législation ecclésiastique, ne représentent qu'une infime minorité; dix-neuf seulement oflrent ce caractère et encore est-ce à condition de compter dans ce nombre trois conciles suburbicaires.
La plus ancienne décrétale s'est conservée en entier dans la collection canonique dite de Saint-Maur et, en partie, dans la collection d'Hérouval, dérivée de la précédente. La collection de Saint-Maur nous la présente sous le titre de Canones sijnodi Romanorum ad Gallos cpiscopos '. C'est évidemment une lettre d'un pape en réponse à une consultation sur divers points de discipline ecclésiastique. Coustant et Maassen en font les actes d'un concile tenu sous Sirice. Sirmond la retarde jusqu'au règne d'Innocent I". Nous avons dit ailleurs, après M. C. Babut, qu'il faut remonter plus haut et attribuer la pièce au pape Damase'; en tous cas, les arguments apportés en faveur de cette attribution sont très sérieux, notamment en ce qui concerne le renforcement de la sévérité, depuis Sirice, touchant la bigamie successive considérée comme empêchement aux ordres, et les Canones n'ont rien à voir avec le concile romain de 402 •.
Dès le temps de saint Léon nous pouvons relever des traces sérieuses d'une collection de décrétales formée avant le milieu du v« siècle. En 443, saint Léon écrit aux évèques de Campante, Picenum, Tuscie et autres provinces. Après leur avoir signale certains abus à réprimer, il les menace, en cas de contravention nouvelle, de les déposer et de les excommunier, et il ajoute ; Omnia decrelalia constiluta, tam beatx memoriœ Innocenta qiiam omnium decessornm noslroruni quœ de ecclesiasticis ordinationibus et canonum promulgatn sunt disciplinis, ita vestram dilectionem custodire debere mandamus, ut si quis illa contempseril veniam sibi deinceps noverit denegari '. « La sévérité du châtiment donne lieu de croire que la loi était facile à connaître et. par suite, que les décrétales d'Innocent et des autres papes étaient des textes fort répandus. On est donc porté à soupçonner qu'il en avait été fait une publication spéciale, un recueil où elles se trouvaient réunies. Imaginons ce que pouvait être, en 143, c'est-à-dire au début du pontificit de saint Léon, un recueil de décrétales romaines '. >.
Plaçons en première ligne la lettre' qu'on peut attri-
col. 279 sq. — ' Ch. E. Babut, La plus ancienne décrétale, in-S», Paris, 1904; cf. L. Duchesne, Mélanges et documents. Le concile de Tiinn.dans la Revue bislnrique, 1905, t.Lxxxvii, p. 278; Tunnel, Chronique d'Iiistotre ccclésiasliqiw, dans la Revne du Clergé français, 1" décembre 1907, p. 538. — ' Hefcle-Leclercq, Histoire des Conciles, t. m, part. 12, p. 1374. — 'JafTé, Reg. pontif. rom., n. 402. — • !.. Duchesne, La première collection romaine des Décrétâtes, dans .-llli dcl 11' congresso inlernazionale di archeidogia crisliana, in-S», Roma, 1902, p. 159. — • Jatte, op. cit., n. 31 1.
DECRETAMES
buer avec vraisemblance à Damase. Ensuite la letLre du pape Sirice à Himérius, évêque de Tarragone, écrite en 385. Puis, Anastase auquel on n'attribue aucune décrétale. Innocent I'^^' qui en a cinq; Zosimc, une seule; Boniface I", aucune; Célestin. deux; Sixte III, aucune. Il y avait donc dix pièces utilisables dont la moitié provenait du pape Innocent.
» Or nous rencontrons, dans une douzaine de collections canoniques échelonnées chronologiquement entre le temps de Gélase et celui de saint Grégoire, un groupe de huit décrétales, une de Sirice, cfuatre d'Innocent, une de Zosime, deux de Célestin. L'ordre n'est pas toujours le même. Certains collecteurs, qui se piquent de chronologie, rangent leurs décrétales suivant l'ordre des papes, Sirice, Innocent, etc. Je doute que telle ait été la forme primitive du recueil, et tout à l'heure, je dirai pourquoi. Plusieurs des collections omettent une des lettres d'Innocent, la célèbre lettre à Decentius, évcque de Gubbio. On voit bien pourquoi. Cette lettre est consacrée, pour une très grande partie, à la critique des usages gallicans sur certains points de liturgie et de discipline. Or nos collections proviennent toutes de pays où ces usages étaient en vigueur. L'omission a été faite à dessein. D'autre part, étant donné le peu de soin que les collecteurs apportaient à disposer les documents de leurs recueils, on peut s'attendre à ce que le groupe des décrétales soi! çà et là interrompu par l'intercalation d'autres documents. C'est ce qui se constate, en effet, mais assez rarement. Enfin, parmi les lettres du pape Innocent, auxquelles on doit reconnaître la qualité de décrétales, une est omise dans le groupe dont nous parlons, c'est la lettre adressée à Félix, évcque de Nocera '. sur les conditions requises pour l'ordination. ;\Iais cette omission s'explique aisément. Le sujet traité dans cette pièce l'est avec plus d'abondance et de précisions dans les autres. Elle n'eût tait qu'encombrer inutilement. :>
Sur dix décrétales. celle de Damase étant négligée et celle d'Innocent à Decentius étant écartée, on s'explique dès lors le nombre de huit documents qu'on retrouve dans les collections canoniques les plus anciennes. Ces huit pièces ont formé de très bonne heure un noyau destiné à recevoir de larges accroissements, mais, au milieu du v siècle, leur petit groupe déjà constitué faisait fonction de recueil ofTiciel — ou du moins usuel — et saint Léon n'avait pas besoin de plus ample explication pour le désigner quand il y renvoyait les évêques suburbicaires.
Les huit décrétales figurent dans la collection canonique, dite Qaesnelliana. considérée comme un des plus anciens recueils de ce genre. Elle paraît avoir été constituée sous le pape Gélase (49'2-196) quelques années avant la collection de Denis le Petit et formée en Gaule, dans l'église d'.Vrles. Cette collection est, de toutes les collections canoniques, celle qui a le mieux conservé le groupement intérieur des apports successifs par lesquels elle s'est constituée. « Son cadre est formé par la combinaison de deux anciens recueils de conciles, le recueil romain, comprenant les canons de Nicée et de Sardique. et un recueil grec, comprenant les canons de Nicée, Ancyre, Néo-Cèsarée, Gangres, Antioche, Laodicée et Constantinople. Naturellement les canons de Nicée qui figuraient dans les deux sources du collecteur n'ont été transcrits qu'une fois. Entre les conciles de Gangres et d'Antioche, c'est-à-dire au
• L. Duchesnc, op. cil., p. 100. — ' .JafTé, Beg. ponlif. rom.,n.293. — ' 7/)id., n. 303. — ' Ibid., n. 311. — ' //)/rf., n. 280. — ' Ibid., n. 255. Après cette lettre on en trouve Ici une autre du même Sirice, la lettre (.lulTé, op. cit., n. 260) adressée aux évêques de la Hautc-ltolic, portant rondamnation de .Jovinien, avec la réponse de saint Ain-
miUeu du recueil grec, nous constatons une énorme interpolation comprenant :
1° l'n dossier relatif au pélagianisme, arrêté en 421;
2° La collection des huit décrétales;
3° L'n recueil de quatre professions de foi, toutes antérieures à 447;
4° L'n dossier relatif au concile de Chalccdoine, arrêté en 4.ÎS;
.T° l'ne décrétale du pape Gélase, de l'année 494.
> Sur ces cinq apports, parfaitement déUmitables, deux ont été l'objet d'interpolations ultérieures; ce sont les n. 2 et 4. Dans le n. 4 a été intercalé unnou- \ eau dossier relatif à l'affaire d'Acace, évêque de Constantinople, en tout treize pièces, qui s'échelonnent jusqu'à l'année 49.T. Dans le n. 2, qui nous intéresse spécialement, on trouve inséré un nouveau dossier, concernant le concile de Chalcèdoine : 8 pièces datées de 451 à 455. Supprimons ce dossier, qui n'a évidemment rien à voir avec les décrétales latines : la collection des huit décrétales s'établit dans l'ordre suivant :
< 1° Innocent à Exupère de Toulouse (405): Consiihnti iibi ^..
: 2° Innocent à Rufus de Thessalonique (414) : Magna me gralulatio '...
« 3" Innocent à Decentius de Gubbio (41 (î) : .Si inslilula'...
« 4" Innocent à Victrice de Rouen (404) : Elsi Iibi j rater ''...
« 5° Sirice à Himérius de Tarragone (385) : Directa iid decessorem "...
« 6° Zosime à Hesychius de S.ilone (418) ; E.xigit di- Icclio '...
« 7° Célestin aux évéques de Viennoise (428) : Cuperemus quidem ■*...
" 8" Célestin aux évêques d'.Apulie (429) : Nitlli saccrdotiim '...
« Comme la collection Quesiiel est la plus ancienne, comme son auteur a, mieux que tout autre, conservé le groupement primitif des pièces qui lui parvenaient, comme il ne témoigne, en particulier, d'aucune préoccupation chronologique ou disciplinaire, il y a lieu de soupçonner que l'ordre dans lequel il a rangé ses décrétâtes est l'ordre même dans lequel elles lui sont parvenues : quatre décrétales d'Innocent, une de Sirice, une de Zosime, deux de Célestin.
« Cette impression se renforce par l'examen de trois recueils gallicans, tous les trois provenant d'Arles, comme la collection Quesnel; je veux parler des recueils contenus dans les manuscrits de Cologne, Lorsch et Albi. Ces manuscrits ne sont pas fidèles à l'ordre de la collection Quesnel; mais ils commencent comme elle par la décrétale d'Innocent à Exupère de Toulouse, et, en tète de cette pièce, ils ont un titre plus général : Canones urbicani. lequel, dans le manuscrit de Cologne, est répété en titre courant, en haut des pages, non seulement tant que dure la première décrétale, mais aussi au-dessus des autres.
« Cette circonstance nous fixe non seulement sur le début du recueil des décrétales, mais encore sur sa formation et sur son titre. Nos huit décrétales ont formé groupe: elles commcnvaient par celles d'Innocent, et, plus ])récisénicnt, par la lettre à Exupère, enfin leur recueil portait le titre de Cononcs urbicani.
11 Ceci n'est évidemment pas un titre romain. La qualification d'urbicanus est de celles que l'on applique, en dehors de Rome; aux documents qui en viennent.
broibc cl de ses sulïnij^ants. Ces deux pièces n'ont rien à voir avec la série des décrétales. — ' ,Jafré, op. cit., t, I, n. 339. Suit une autre lettre, ou plutôt un billet du mCmc Zosime, et une lettre de Boniface A llilairc de Nartinnne, sans rapport, ni l'une ni l'autre, avec la discipline générnic, — ' .JalTé, op. ci'(., p. 309. — • Ibid., n. .371.
DÉCI'. iViALES — \>KÎ)](:.\C.E DES KGF.ISRS
et non, à Rome même, aux documents qui en partent.
« Mais comme le recueil ne peut guère avoir été formé qu'à Home, il peut être intéressant de savoir comment, dans la métropole du monde chrétien, il était intitulé. Cela encore, nous pouvons le savoir. Les manuscrits de Cologne et de Freisinsen, celui-là d'orinine arlésienne, celui-ci de provenance italienne, nous ont conservé, au milieu de la collection qui nous occupe, un titre, évidemment déplacé, puiscjuil est au milieu, au lieu d'être en tète, mais très significatif : Iiiripiunt epistolie decrelalex divcrsorum episcoporuni iirbis Rnmee per diversas provincias missie. C'est tout à fait, pour le fond et pour la forme, l'étiquette qu'un collecteur romain pouvait et devait mettre en tète de notre groupe de décrétales.
« Ce titre correspond à l'étendue sous laquelle notre recueil se présente dans les manuscrits. Il comprend des lettres envoyées en divers lieux, per divcrsas provincias, par divers pontifes, divcrsorum episcoporum iirbis Romœ. Mais y a-t-il toujours eu assez de décrétales pour justifier cette dernière expression ? En <l'autres ternies, ne pourrait-on pas soupçonner un état de la collection où elle se limitait aux quatre décrétales d'Innocent '? Voici les raisons qui justifieraient ce soupçon :
« 1" i'n collecteur opérant au temps de Célestin, de Sixte III ou de Léon, aurait disposé ses décrétales dans l'ordre chronologique et n'aurait pas placé celle de Sirice après celles d'Innocent.
•< 2" La septième décrétale, celle de Célestin aux évèques de la Gaule, a plutôt le caractère d'une admonestation irritée, adressée à des personnes ^ que le pape juge s'être écartées des bonnes règles, que d'une série rie dispositions législatives. On conçoit son adjonction à une collection déjà formée, adjonction opérée par les soins de quelqu'un qui tenait à faire figurer le pape Célestin; on voit moins quelle raison pouvait avoir le premier collecteur de la comprendre parmi les pièces dont il faisait choix. — Cette observation, quelle que puisse être sa valeur dans la question présente, est de nature à fortifier l'idée que la collection a été formée à Rome et non en Gaule. On ne concevrait guère qu'un texte si rempli de critiques contre les évêques d'Arles et de Marseille et contre les monastères de Provence ait été choisi, par les Provençaux eux-mêmes, pour représenter la législation ecclésiastique de Home.
» 3" Il semble bien qu'on se soit occupé à Rome, au lemps d'Innocent, de classer les textes de législation ecclésiastique. Plusieurs collections canoniques gallicanes joignent aux canons de N'icée-Sardique une note comme celle-ci : Expliciunl canones cccxviii Patrum Niccni, transcripli in urbe Roma, de exemplaribus sancli Innocenta episcopi. En fait, le texte des véritables canons de Nicée n'est jamais, dans les recueils gallicans, celui qui était d'usage à Rome. Mais ces recueils dérivent des livres romains pour les canons de Sardiquc et ceux-ci, à Home, se trouvaient toujours rangés à la suite de ceux de Nicée et encadrés dans les mêmes rubriques.
0 .\ la fin de l'épiscopat d'Innocent, Patrode, évêque d'Arles, se trouvait à Rome; il assista à l'installation de son successeur Zosime. 11 est fort possible que ce soit lui qui ait rapporté à Arles une coi)ie du
' La polémique y semble bien viser Lérins et l'usage où l'on était de recruter les évêques dans ce célèl)re monastère, alors lort mal vu de Prosper et des personnes qu'il pouvait inspirer. — ' L. Ducliosne, op. cil., p. 1(50-126.
— 'Pline, Hist. nal., 1. XXXIII, 7.— ' Orelli, Jnscripl. lat.,n. 31.Î5, 3150. 3877, 380!); Suélone, Octavius, xxxii.
— ' J. Marquardt, Rômische Slaiilsuerwaltimg, 2' édit., 1873. t. I, p. 467 »q. — • Orelli, n. 108, 3448, 3706. 3737-3749, 4046 ; P. Willem», Le droit public romain.
liber ninontim romain, lequel ne comprenait alors que les conciles de Nicée et de Sardique.
" Quant au recueil des huit décrétales, dont le noyau primitif remonte peut-être au temps d'Innocent, il n'a pu passer de Rome en Gaule avant l'année 429, date de la plus récente des pièces dont il est formé -. »
H. Lrcci.F.RCQ.
DÉCURIONS. — La division en dfcnries était une de celles que les Romains semblaient préférer. On la rencontre dès le temps de la Royauté et sous la République, non seulement dans l'administration civile, mais encore dans l'organisation militaire des légions. .\u point de vue judiciaire. Us citoyens de Home, portés sur V Album des jurés, furent divisés par la loi .\urelia, en 70 avant .lésus-Christ, en trois décuries portant des noms différents. Leur nombre fut élevé à cpiatre par Auguste et à cinq par Caligula '. Les corporations, corpora, collcgia, univcrsilates, se divisaient souvent en décuries. Enfin, dans les villes municipales, les citoyens se divisaient souvent en curies pour le vote "'; en outre, le sénat de chaque municipe se composait ordinairement d'un nombre déterminé de membres, généralement cent ", appelés scnalorcs, decuriones ou conscripti, plus tard curiales '. Mais ces sénateurs municipaux qui se divisaient en plusieurs catégories d'après leur rang ou leurs emplois antérieurs, n'étaient plus partagés, au moins du temps de l'empire, en décuries d'un nombre égal de membres.
Le chef d'une decnria portait le titre de decurio. lequel s'appliquait à plusieurs catégories d'individus. La seule dont nous ayons à nous occuper est celle des magistrats municipaux. Ceux-ci virent leur situation s'aggraver rapidement sous l'empire. Il y avait des décurions non seulement dans les colonies, nninicipes et préfectures ', mais encore dans les petites communes appelées concitiahula et fora ', les décurions mentionnés auraient été en même temps conseillers de la cité dont ces localités faisaient partie '°. En outre, les vici ". les pagi '- et même les castella possédaient un conseil local, bien que subordonnés à la cité dont ils dépendaient. Enfin, en province, outre les colonies et les municipes ", les oppida Lcdio donala, les villes sujettes ou stipendariœ avaient leur sénat comme les villes libres ou alliées, sous le nom de curia ou ,'5oj/.ri, etc. Il en fut de même sous l'empire, surtout après le rescril qui confia la cité romaine à tous les sujets ingénus de l'empire. Mais, à l'époque du Bas-Empire, l'autonomie municipale s'amoindrit de plus en plus: en revanche, le décurionat se convertit en une aristocratie héréditaire et les décurions furent en cette qualité assujettis à une foule de charges gratuites et onéreuses, non seulement dans l'intérêt de la cité, mais encore dans l'intérêt de l'État. La condition des curiales devint insupportable et le despotisme impérial causa la ruine des municipes et de la classe moyenne ".
H. LECLERcy.
DEDICACE DES ÉGLISES. — I. Premières attestalions. Les églises constantiniennes de Palestine. — II. Les lemps primitifs. 1. Dédicaces d'églises. 2. Dédicaces d'autels. — III. La consécration dr l'autel. 1. Son plus ancien rite : la messe solennelle. 2. Translation et déposition des reliques. 3. Onctions de l'autel. — IV. La consécration de l'église. 1. Lustrationr et asperfions. 2. Inscription de l'ai ihabet sur le pavé. —
1' édition, in-8". I.ouv.iin, 1010, p. .'■>2I. — ' Cicéron, Pro Cluentio, n. 14; Pro Roscio, n. 9; Ail /amiliares, xiii, 6; César, De bello ciuili, 1. I, c. x.xiii. — ' Lex Julia municipaux ou Tabula Heraclea. — ' Paul, Sentent., IV, vi, 2.
— " J. Marquardt, Rôinisclw Staaisverivaltung, Leipzig, 1873, t. I. p. 7, 10. — " Voigt. Jus naturale, p. 227-232.
— "Voigt, ./lis naturale, p. 193-201. — " Orelli. op. cit., n. 4980. — " Saglio-Potticr, Dictionn. des antiq. gr. et rom., t. II, p. 40-41.
DÉDICACE DES ÉGLISES
X. Ordre (les cérémonies cl des prières. 1. Le rit romain ancien. 2. Le lit romain en France au vin'^ siècle. 3. Fusions diverses des rituels gclasiens et grégoriens au ix" siècle. 4. Pontifical de Durand de Mende. — 5. La dédicace au rit ambrosien. fi. Autres rites latins. 7. Influences orientales.- — VI. Inseriplions de dédicaees. — VII. Titulaires et patrons d'églises consacrées. — VIII. Anniversaires de dédicaces. — IX. Bibliographie.
I. Premières attestations. — Les églises constantiniennes de Palestine. — La ville de Tyr en Phénicie doit à une circonstance fortuite une distinction que son importance et sa situation ne suffiraient pas, semblet-il, à expliquer. Elle avait pour évèque au début du ive siècle un certain Paulin, du clergé d'Antioche et ami de cet évèque de Césarée qui devait être le premier historien méthodique de l'antiquité ecclésiastique. C'est à la demande de Paulin qu'Eusèbe écrivit son Histoire et c'est vraisemblablement pour lui en faire hommage, que, en la terminant, il raconta tout au long les fêtes de la Dédicace de la cathédrale de Tyr, sans omettre le discours que Paulin prononça en cette occasion. On était au lendemain de la paix de l'Église: partout, à l'instigation de l'empereur Constantin, c'est Eusèbe lui-même qui nous le dit, « des temples aux proportions magnifiques surgissaient du sol, » étalant au grand jour la richesse de leurs constructions '. Enfin il était donné à tous, continue l'historien, « d'assister au spectacle longtemps attendu des dédicaces d'éghses en chacune des villes récemment pourvues de temples chrétiens, et de prendre part à la consécration des oratoires nouvellement bâtis =. » C'était partout même enthousiasme, même empressement de la part du peuple à s'unir dans la prière et le chant des hymnes; même zèle chez les évèques à se prêter en grand nombre à des solennités qui symbolisaient si parfaitement le triomphe du christianisme. Eusèbe mentionne très spécialement les fêtes qui marquèrent la consécration de l'église de T>t, « la plus belle de toutes celles qui ornent la Phénicie '. » Le récit irialheureusement nous renseigne peu sur les rites précis dont fut accompagnée cette dédicace, et le long « panégjrique » de l'évêque PauMn n'est guère plus Instructif à ce point de vue. Il y eut à Tyr, comme partout ailleurs dans des circonstances semblables ',
• des cérémonies grandioses et la célébration solennelle du saint sacrifice; » mais il faut se résigner à ignorer ce qu'étaient au juste ces « rites augustes » dont parle Eusèbe, s'ils constituaient un cérémonial développé de dédicace, comme le croit Probst '', ou s'ils se rapportaient simplement à la solennité exceptionnelle de la messe, ainsi qu'on le pense généralement '. Vingt ans plus tard, en 335, la même cérémonie réunissait un grand nombre d'évêques d'Orient dans l'église du Saint-Sépulcre ù Jérusalem : Eusèbe, qui nous conte le fait, mentionne avec complaisance les nombreux discours qui furent prononcés; il dit aussi que ceux à qui leurs inlirniités ne permirent lias de prendre la parole, s'unirent au moins activement à la célébration du saint sacrifice et aux prières'; mais rien encore dans son récit ne précise la nature de la cérémonie, h' Ilinerarium Elheriœ ajoute un détail au récit d'Eusèbe, c'est que la consécration des églises conslantiniennes de Jérusalem eut lieu en l'anniversaire de l'invention de la croix : ordinalum est ut quando primum sanctie ecclesiic suprascriptœ consecrnbantur ea dies es.^et qua rrux Domini fucrat inventa '.
' Eusébc, Hist. ecch, I. X, c. ii, éd. E. Schwartz, Leipzig, 1908. p. 860. — " Ibid., c. m. — • Ibid., c. iv, p. 862. —
• Ibid., c. m. — ' Probst, Die allesten rômischen Saliramcnlarien iind Ordines, in-8°, MOnstcr, 1892. p. 24.'<. —
• Cnspari, dans Realencucloi^àJie /. pr. Theot., Leipzig. 1901, p. 500. U. Sllclenholer, Die Gescbiclite d. Kirchweihe, Maocbcn, 1909, p. 83. — ' Eusèbe, De vila Conutanlini,
C'est là cependant ce que nous avons de plus ancien comme attestant d'une façon formelle le rite de la dédicace des églises ; c'est dire que pour toute la période de trois siècles qui va des origines à la paix de l'ÉgUse.notre documentation est excessivement jiauvre. Nous groupons en un paragraphe spécial les différentes indications que fournit la littérature des premiers siècles.
IL Les temps primitifs. — 1. Dédicaces d'églises. — Le rite chrétien de la dédicace est seul ici en cause. Celui que les Juifs connaissaient depuis longtemps, qu'ils avaient souvent renouvelé pour le temple de Jérusalem et dont une fête annuelle leur rappelait constamment le souvenir, n'a pour la question piésente que l'intérêt d'un antécédent. Il a pu influer sur le rite chrétien, comme il était naturel qu'il le fît, mais on n'en a aucune preuve formelle, et il semble en tout cas que son influence ait été assez tardive.
L'usage de consacrer et de dédier à la divinité temples, cités, animaux, personnes, était universellement connu de l'antiquité païenne; et presque toujours il revêtait un caractère religieux et officiel, c'est-à-dire qu'il devait se conformer à un rituel déterminé et supposait l'intervention des prêtres. Chez les Romains en particulier, la Dedicatio des villes ou des temples avait un caractère très solennel que n'avait pas toujours la simple Consecralio ' : processions et aspersion d'eau lustrale, prières et sacrifices en formaient le cérémonial obligé. L'autel lui aussi recevait en la même occasion sa consécration spéciale comprenant des lustrations, des oblations d'encens et des offrandes de victimes : Mcnsa arulœque eodem die quo sedes ipsie dedicari soient ". Cette parole de Macrobe s'entendait également de toutes les fournitures du temple qui de ce jour passaient au service de la divinité. Enfin l'anniversaire de la dédicace, le dies natalis, s'inscrivait sur les calendriers et se célébrait avec solennité.
A lire ces détails on croirait volontiers reconnaître les prototypes authentiques des rites chrétiens. Il ne faut cependant pas se fier trop vite à ce mirage qui donne l'illusion de la réalité. La dédicace des églises n'a sans doute pas plus emprunté directement au cérémonial païen qu'elle n'est redevable au rituel judaïque. Encore verrons-nous qu'elle se rapproche plus de ce dernier que du premier. Ce qu'on doit surtout reconnaître une fois de ])lus, c'est que les rites symboliques, adoptés au cours des âges pour manifester la consécration à Dieu des édifices destinés à la prière liturgique, répondent à des idées communes qui tout naturellement se sont traduites sous des formes analogues et quelquefois identiques. Mais de dépendance directe vis-à-vis du judaïsme ou du paganisme il ne saurait être question : l'histoire en tout cas n'en dit rien.
Du reste la question de la dédicace des églises et de la consécration des autels est intimement liée à une autre question, celle de l'existence même, dès les origines du christianisme, d'autels et d'églises définitivement et exclusivement réservés à la célébration de la liturgie. Sans doute les premiers chrétiens se réunissent pour la prière, le livre des Actes en fait foi, et leurs prêtres renouvellent le sacrifice de l'eucharistie : ils ont donc des lieux de réunion cl ils ont des autels. Mais possèdent-ils des édifices spécialement et uniquement destinés à leurs synaxcs, des autels réservés au saint sacrifice, susceptibles par consé-
I. IV, c. XLV. — • -S. .filiniv Percgrinatio, éd. Ganiurrini, dans Sludi c Dociimrnti di Stnriti r Dirillo, 1888, p. 172, — • Cf. E. l'olller, art. Cnnsecralio et Dcdiadin, tlniis SaRlio, Dictionnaire des aidiquités grecques et ranitùnes, I. i et ii; (;. Wissown, Consecralin cl Dedicatio, dans Healenzicl. der Idass. Alterliimslcnnde de Pauly-Wlssnwn, t. iv, 1900. "Macrobe, Saturnalia, iii, 11,
DEDICACE DES EGLISES
quent de recevoir une consécration indélébile ? Cf. Autel, Église.
A la question de savoir s'il existait des églises dés les premiers âges du christianisme, les vraisemblances paraissent, au premier abord, fournir une réponse ncpalive, au moins en règle générale; car il semble que dès le principe on ait eu l'idée de conserver au Cénacle sanctifié par la dernière Cène du Sauveur, sa destination liturgique : c'est là que se réunirent les .\pôtres après l'.\scension =•; « to » O-î.stfJovS là aussi que se construisit la première église chrétienne de Jérusalem selon la tradition conservée encore au iv" siècle -. En dehors de ce cas isolé, les Actes des apôtres laissent clairement entendre que les premiers convertis au christianisme « ne disposent point d'édifices propres à leurs assemblées reUgieuses; ils se réunissent où ils peuvent, chez l'un ou l'autre d'entre eux qui a pour les accueillir une salle spacieuse ^ » Dans ces conditions, nul sans doute ne songe à consacrer à Dieu par un rite spécial des appartements privés, soustraits pour quelque temps à leur destination profane, mais qui doivent après la célébration de la liturgie retourner à leur usage ordinaire. On considère généralement que, du moins aux origines du christianisme, tel devait être aussi le cas pour le « mobiUer d'église » dont tenaient Ueu les ustensiles communs de la vie domestique.
Étant donnée la nature des lieux de réunion du culte aux temps de la primitive égUse, il paraît assez peu vraisemblable que l'idée de les consacrer remonte aux origines. 11 ne manque pas, il est vrai, de textes qui le disent et si on devait s'en rapporter à eux, le problème serait tout résolu. Malheureusement les principales de ces attestations que les liturgistes ont trop souvent invoquées pour établir le fait de l'institution apostolique de la dédicace *, sont notoirement apocryphes : aussi bien les lettres de saint Clément à saint Jacques ' et de saint Pie I'^"' à l'évêque Juste de Vienne ', que la décrétale du pape Évariste (t 105) citée par Gratien dans son Decrelam sous le nom du pape Hyginus (t 140) : cette décrétale d'après laquelle, omnes basilicœ cum missa semper debenl consecrari ', est d'accord, nous le verrons, avec la discipline constatée au iv= siècle; mais elle ne peut pas prouver aussi sûrement pour le ii" siècle. Certains actes de raartjTs font également allusion à des consécrations d'églises, mais leur témoignage est souvent sujet à caution.
Pourtant les récentes découvertes ont montré qu'il est prudent de ne pas le rejeter a priori sous prétexte qu'on ne peut en contrôler l'exactitude. 11 faut en dire autant des données du Liber ponlificalis, même quand elles sont inexactes ou incomplètes en quelques points. Ainsi la notice du pape saint Pie l'^ (t 1-40), qui relate la fondation et la « dédicace » de l'église de Sainte- Pudeutienne, et qui repose sur les Acta SS. Pudenlianie et Praxedis, se rapporte à l'un des sanctuaires les plus anciens de Rome : son existence, attestée
• Act., I, 13. Cf. pour ridentification, Saiiday, Sacred sites, p. 83 sq. et pi. XLix, L; H. B. Swete, The Holy spirit in the S'eiv Testament, London, 1909, p. 69-70; Lagrangc, dans la Revue biblique, 1894, p. 454; F. Cabrol, Les églises de Jérusalem, 1895, p. 19-22. — 'S. Épiphane, De mensuris, 14, P. G., t. XLii, col. 261; S. Cyrille, Calèches., xvi, 4, P. G., t. XXXIII, col. 1924; Etherix Peregrinatio, dans Duchesae, Orig. du culte chr., 2*^ éd., 98, p. 496. — ^ Batillol, L'Église naissante et le catholicisme, Paris, 1909, p. 87. On connaît quelques-unes des ■ églises domestiques ■ mises ainsi ù la disposition des fidèles aux temps apostoliques : .\quila et Prisca recevaient chez eux, y. jit ' o'./.'jv iOttov, à Éphèse, I Cor., xvi, 19, et à Rome, Rom., xvi, 5; de même Nympha à Laodicée, Col., iv, 15, et peut-être Philémon à Colosses, Phil., 2. — ■ ' D. Stiefenhofer, Die Geschichte der Kirchweihe vont I bis d. VII Jahrhundert, Mûachcn, 1909, p. 24-35, a résumé et discuté les dilTérents systèmes des litur-
dès 384, remontait à une époque bien antérieure, puisque quelques années après cette date la basilique devait être « renouvelée entièrement '. » La notice de saint Urbain n'a pas relevé dans les .\ctcs de sainte Cécile la mention de la dédicace de la dnmus Valeriani. Le document a été critiqué, comme on sait; mais les fouilles ' ont mis ;i découvert sous l'église actuelle les substructions d'une ancienne maison romaine, dont on a conservé l'antique salle de bains. Le Tiliilus Lucinœ, dont la dédicace est attribuée au pape saint Marcel '», est connu dès 366 par l'élection du pape Daraasc '-. Beaucoup plus i.atéressante encore est la vieille basilique de Saint-Clément, dont parle saint Jérôme'- (l'église actuelle a été rebâtie au-dessus de celle-ci au xii= siècle), qui s'élevait, selon une forte vraisemblance, ■ sur un des plus anciens lieux de réunion des fidèles à Rome, sur la place même d'une salle ayant appaitenu à la demeure de saint Clément ". » Le sol exhaussé recou\Tait en elîet une maison patricienne du i"' siècle transformée en lieu de culte, probablement dès les temps apostoliques, et conservée par les générations suivantes comme l'un des souvenirs les plus précieux de l'Église primitive.
Tous ces exemples nous attestent l'usage très ancien à Rome d'adapter des maisons particulières, en tout ou en partie, à la célébration du culte. Nous retrouvons là l'institution constatée ailleurs des églises domestiques, mais nous y voyons de plus comment a dû s'introduire, peut-être en certains endroits de très bonne heure, l'idée de céder définitivement ces a églises domestiques » et privées à l'usage de la communauté chrétienne et d'en faire de véritables égUses publiques. Un écrit ancien, de la fin du ip siècle, les Recogniliones clémentines, citées déjà au début du ui'- siècle par Origène, raconte comme une chose toute naturelle, correspondant par conséquent aux coutumes de l'époque, qu'un certain Théophile légua à saint Pierre sa propre demeure (uO domus suse ingentem basilicam ecdesiœ nomine consecraret >'; un autre lui donne sa maison « qui peut abriter plus de cinq cents personnes ". »
Aussi l'usage, constaté aux origines, des églises domestiques n'exclut pas la vraisemblance dès le II" siècle, probablement même dès le i<", d'édifices voués d'une façon définitive aux exercices du culte •' et susceptibles par conséquent d'une consécration ou dédicace liturgique ". On ne saurait rien dire de plus. Quant au rite lui-même, il va de soi que nous n'en connaissons aucun détail, sauf toutefois la grande solennité dont on devait l'entourer au iii'^ siècle. Car le fait même que, d'après le témoignage d'Eusèbe, on attendait partout avec grande impatience " la consécration des édifices qui surgirent en tous Ueux à la paix de l'ÉgUse, prouve que dès lors une dédicace entraînait avec elle tout un déploiement de fonctions Uturgiques capables de frapper l'attention du peuple chrétien et consacrées déjà par la tradition.
gistes. — - *Ep.ii, dans Mansi, Conci/. anipl. colL,l. i, col. 129; Ecclesias per congrua et utilia /acite loca, qutc diuinis precibus sacrare oportct. Cf. Ep. m, ibid., col. 136. — • P. G., t. v. col. 1125. Ces lettres semblent être postérieures aux fausses décrétales elles-mêmes. Cf. Liber pontiflcalis, édit. Duchesne. 1. 1, p. 123, note S. — • Mansi, op. cit., 1. 1, col. 631. — ' Liber pontiftcalis, édit. Duchesne, t. i, p. 133, note 4. — • Voir Dictionn., t. il, col. 275S et 2771. — "Liber pontiflcalis, notice de S. Marcel. — " Lib. itonti/., édit. Duchesne, t. i. p. 166, note 8. — " De viris illustribas, c. xv, P. L. t.,xxiii, col. 634. — " Voir Dictionn., t. m, col. 1874. — '* Recogniliones, I. X, 71, P. G., t. I, col. 1453. — " Ibid., I. IV, 6, col. 131S. — " Cf. J. P. Kirsch, Die christtichen Cultu.igcbdude im AUertam, Kôln, 1893, p. 1-4. — ■ " L'alTirmation contriiire de D. Stiefenhofer. Die Gesch. der Kirchweihe, p. 31-38, est beaucoup trop catégorique. — " Ilisl. ceci., 1. X, c. m.
DEDICACE DES ÉGLISES
2. Consécrations d'autels. — On a exhumé, il y a une cinquantaine d'années, au septième mille de la voie Xomentane, un fragment d'un autel antique qui s'élevait sur le tombeau du martyr saint Alexandre. Une inscription en partie conservée gardait le souvenir de la consécration de cet autel :
... ET ALEXANDRO DELICATVS VOTO POSVIT DEDI CAN TE tS AE PIS COP VRS".
D'après le Liber ponlificalis, il s'agirait là du pape saint Alexandre, mort en 116 et enseveli via Nomentana... miliario vu avec ses deux saints compagnons Eventius et Théodule. Mais le fait que le martyrologe hiéronymien mentionne au 3 mai ce saint Alexandre après Eventius et sans lui donner le qualificatif de episcopi ordinaire aux notices des papes, avait induit l'hagiologue Fiorentini à penser que cet Alexandre martyr était différent du pape. L'inscription de l'autel qui le nomme en second lieu seulement, et Alexandro. pai-aît confirmer cette opinion. M. L. Duchesne croit, d'autre part, que l'évêque consécrateur, Ursus. est celui qui occupait le siège de Xomenlum au début du V* siècle '. S'il en est ainsi, ce monument antique ne peut évidemment témoigner pour la période antérieure à la paix de l'Eglise.
Pour cette époque ou tout au moins pour les deux premiers siècles, on a suscité contre le rite de la consécration une difficulté historique mentionnée plus haut à propos des égUses : Les premières générations chrétiennes n'auraient connu autre chose, en fait d'autels, que les tables ordinaires qui leur servaient pour leurs repas; en dehors de ces objets enlevés pour le moment du sacrifice à leur usage profane, ils n'auraient eu aucune idée d'autels permanents, destinés exclusivement au sacrifice de la messe ^ Cette théorie nouvelle, basée en grande partie sur une conception spéciale du sacrifice eucharistique, a rencontré bien des contradicteurs. 11 est en effet malaisé d'expliquer autrement que dans le sens traditionnel les textes classiques, I Cor., X, XX, 21 et Hebr., xiii, 10 *, où le terme <1j'j:3.t:t,ç,w/ est employé en relation avec le sacrifice chrétien et ceux de l'ancienne loi; le même terme rituel reparaît constamment dans les chapitres de l'Apocalypse où saint Jean décrit la liturgie céleste, ce qui porte à croire qu'il était dès lors courant dans l'usage chrétien. Saint Ignace d'Antioche l'emploie aussi dès le début du ii' siècle et dans son vrai sens liturgique S bien plus, il révèle déjà son caractère symbolique : c'est la figure de l'unité de l'Église, ce qu'il ne saurait être s'il n'avait dès lors une existence bien déterminée. Ainsi les Grecs ont connu, pour désigner la table eucharistique, autre chose que le terme commun -^..i-iXoL, ils se sont servis de l'apiiellation propre empruntée à la version des Septante de l'Ancien "Testament. TerluUien à la fin du n= siècle nous permet le premier de constater que les Latins ont fait de même. Ils ont usé du terme mensa, mais ils disaient aussi altarc avec les anciennes versions de la Bible, et comme les païens eux-mêmes.
11 est donc infiniment probable que dès la plus haute antiquité on ne s'est pas contenté de mettre au service liturgique les vulgaires tables de repas. On les a souvent utifisées, sans doute, mais leur usage n'excluait ))as nécessairement celui d'autels proprement dits,
'De Rossi, Inscr. c/irisl. urbis Runue, 1. i, |>. vu; \oir Uictionn., t. i, col. 1093. — ' Liber pontiricalis, t. i, |i. .\cixcii. — ■ Fr. Wioland, Mensa unit Confessio. Sliidien uber den Allar der allcIirislUchen Liturgie. I, Der Altar der vnrkonslantini.ichen Kirclie. Mûnchcn, 1900, in-8»; Stlefcnhofer. Die Geach. der Kirduvcilw, p. 36-38. 102-104. — • E. Dorsch, S. J.. Der Oplerluirukter der Eucharistie einsi und jetzl, Inspnick. 1909, in-8», 1" partie. — 'Ad Philadelpli., iv; Ad Magnes., vu. Cf. Uorscli, toc. cil. —
pas plus que le terme -ç,ir.i.Ç3., mensa, n'échpsait dans la pratique l'expression plus appropriée Oj5;iTTr|p'.ov, altare. 11 reste possible, par conséquent, que la consécration des autels ait existé dès une époque assez voisine des origines, quoiqu'on n'en ait pas de preuves positives