III. L.\ CONSÉCRATIOX DE L'.\UTEI.. 1. Son pluS
ancien rite : la messe. — Tout naturellement, c'est l'autel qui attira l'attention lorsqu'on songea à dédier d'une façon spéciale les édifices destinés au culte. L'autel est. par le rôle qu'il joue dans la célébration de la liturgie, la partie la plus importante de l'église; c'est vers lui que convergent tous les regards durant le sacrifice même lorsque des voiles le cachent à la vue des fidèles; et, dans l'ancienne basilique surtout, c'est encore à l'autel que se réunissent les lignes architectoniques du temple chrétien. 11 est donc naturel que l'autel reçoive le premier une consécration spéciale, qui, de lui, se communiquera à l'édifice tout entier.
A l'origine, le rite de consécration de l'autel semble s'être réduit à la célébration solennelle de la messe. Dans le récit d'Eusèbe relatif aux égUses de Palestine dédiées au début du iv siècle, il en est fait mention, à l'exclusion de toute autre cérémonie '. Mais il est difficile de dire à quelle époque remontait l'idée de la sanctification de l'autel par le saint sacrifice. Selon plusieurs anciens auteurs, le pape saint Évaristc (97-105) aurait décrété que la messe serait toujours célébrée pour la dédicace des basiliques, omnes basilics: cum missa semper debent consecrari '. Cette décrétalc, que Graticn a insérée dans son Decretum sous le nom du pape saint Hyginus (136-140), est extraite de documents conciUaires et reflète exactement l'usage du ivi: siècle. Mais, dès le m* siècle, saint Cyprien exprime nettement le concept de l'autel consacré et élevé à la dignité d'autel chrétien par la sainte eucharistie; c'est en effet ce qu'implique sa thèse, du reste erronée, sur le baptême reçu dans l'hérésie ; Chez les hérétiques, dit-il, ni baptême ni onction d'huile qui soient valides, car ils n'ont pas l'Eucharistie sans laquelle ne pcul exister l'autel où se consacre le saint-chrême '. C'est l'allusion la plus formelle à un rite qui devait être commun à cette époque. On cite quelquefois à l'appui de ce texte une parole d'Origène qui paraîtrait se rapporter au même usage, mais dont la signification est sans doute beaucoup plus générale ; car il est difficile de restreindre à la cérémonie de la dédicace ce que cet auteur dit du christianisme comparé au culte juif • ; Cum vero videris introire gentcs ad fidem, ccclesias c.xslrui, allaria non cruore pecudum respergi, sed pretioso Chrisli sanguine consecrari; cum videris sacerdoles et levitas non sanguinem hircoram et taurorum, sed verbum Dei pcr Spiritus sancli gratiam ministrantes, tune dicito quia Jésus post Muyscn suscepit cl obtinuil principatum. Il est clair que dans ce passage comme dans î'homéUe tout entière. Origine oppose les deux économies l'une à l'autre et qu'il parle du sacrifice de la nouvelle Loi en opposition avec ceux de l'ancienne; mais il ne paraît pas (|u'il songe spécialement aux cérémonies de la dédicace.
On peut cependant retenir l'expression comme caractérisant bien la pensée de l'époque ; c'est la sainte eucharistie qui sanctifie et consacre l'autel ; c'est l'idée de saint Cyprien, c'est également celle que développe saint Jean Chrysostome quand il dit de
' llisl. eccL, 1. X, 3; cf. V-'i'la Cunstanlini, iv, -la-IG. - ' .Mansi, Concilinrum amplissimu colleelio, t. I, col. 631; décret cUë par Dona, Berum lllurgicarum, 1. I, 20. n. 3. — • Epi.tl. ad Jubalanum, 2, P. L., t, m, col. 10-10- 1011. Ed. Hortcl, cpist. Lxx. f.'orpus scripluranint ecrlesiaslicarum lalinarum, t. ni, p. 768. Cf. D. Sllctcnliofcr, Di'i Gesch. d. Kirchweilie, p. 101. — • llomil. Il in Jesu A'ane, 1 (ou^TaKC conservé en latin sriilcmrnt), P. (/.,t. xii,col. 833. Cf. Stlcfenliofcr, loc. cit.
DÉDICACE DES ÉGLISES
l'autel, simple pierre à le considérer en sa nature, « qu'il est saint du jour où il a reçu le corps du Christ '. »
Cette pensée prévalut longtemps en Occident, ù Rome en particulier; nous verrons cependant plus loin que de bonne heure s'y introduisit l'usage d'ensevelir dans l'autel ou sous l'autel des rehques de saints martyrs. Mais pendant plusieurs siècles elle ne connut en dehors de là - d'autre cérémonie que la célébration solennelle du saint sacrifice, laquelle d'ailleurs suirisait à elle seule si l'on manquait de reliques. C'est précisément ce dernier point qui est clairement spécifié dans une lettre du pape Vigile écrite en 53S à Profuturus de Braga : Consecrationem cujuslibet ccclesiœ, in qua sanctuaria non ponuntur, celebritalem lantum scimus esse missarum; ... cum in ea missaram fueril cetebrata solemnitas, tolius sanclificatio consecralionis implebilar '. La même discipline s'appliquait aux oratoires privés ' et aux églises monastiques ', sauf (|ue la messe de dédicace n'avait pas la même solennité et qu'elle n'était pas une messe publique.
2. Translation et déposition des reliques. — L'usage romain du vi^ siècle, on le voyait à l'instant, distinguait les sanctuaires qui possédaient des corps entiers ou des reliques de martyrs, et ceux qui en étaient dépourvus. Pour ces derniers le rite de la dédicace était des plus simples : la messe solennelle suppléait à tout. Dans les cas, au contraire, où l'on disposait de corps saints, ou au moins de reliques des martyrs, on procédait à leur translation solennelle pour les « déposer » ensuite sous l'autel de la nouvelle basilique. La lettre du pape Vigile mentionnée plus haut ne vise pas directement cette discipline, mais elle la suppose. Car elle prévoit l'obligation où l'on est de procéder de nouveau à la lonsécration d'une église dévastée : dans le cas, ditelle, où les reliques saintes auraient été enlevées, on procédera à leur « reposition » et l'on célébrera la messe : si veru sanctuaria quse habebal (ecclesia) ablata sunt, rursus eoram reposiliona et missarum solemnilale reverentiam sanctificalionis accipiet '.
La lettre si connue de saint .\mbroise àsa sœur Marcelline a conservé la description la plus circonstanciée de ce rite, tel qu'il s'accompht en 386, à Milan, pour la dédicace de la « basilique ambiosienne » '. La nouvelle église venait d'être achevée et saint Ambroise se disposait à la consacrer, selon l'usage ordinaire, par la célébration des saints mystères. Mais l'assistance demanda aussitôt avec instance que plus de solennité fût donnée à la cérémonie : « Dédiez la basilique nouvelle comme la basilique romaine, sicut romanam basilicam dédiées. » — « Je le ferai volon iers, repartit l'évéque, si je puis trouver des reliques de martyrs. »
— Il serait intéressant de pouvoir traduire, sicul romanam basilicam « comme une basilique romaine », c'està-dire, selon le rit romain, ainsi que les anciens auteurs le faisaient d'ordinaire. On traduit plutôt aujourd'hui : « Faites comme pour la basilique romaine. » Paulin nous apprend en effet dans sa biographie ' que saint Ambroise avait déjà consacré à MUan la basilicam
' In epist. Il ad Cor., homil. xx, 3, P. G., t. Lxi, col. 540 : iyi'jv Ô£ Y''''"*'-' ^'^s S'^i <y'op.x ôi/;-x: XpiTto-j. — 'Et en dehors des lustrations préparatoires qui étaient peut-être en usage à Rome dès le vi° siècle, comme on le verra plus loin. — • 'Vigile. Epist., i, 4, P. L., t. lxix, col. 18. Cl. Duchesne, Orig. du culte chrétien, 2' éd., p. 389. — ' Pelage I" (556-561), Epist. ad Eleullieriiim, P. t.., t. lxix, col. 415. — Les églises monastiques sont assimilées par saint Grégoire le Grand aux oratoires privés, en ce sens c[UO ni î'cvë- 'l'.i? ni les prêtres n'avaient le droit d'y célébrer des messes pidili([ues avec grand concours de peuple : S. Grégoire, Epis. Rcgislr.,]. Il.ep. xv;l. VIll, ep. v; 1. IX, ep. Lviii et cLxxx.
— 'Vigile, Epist., i, 4, P. L., t. lxix, col. 18. — ' P. L., xvi.col. 1066. —' P.L., t. XIV, col. SS. — 'Ibid., col. 32.
— "■ Ibid., col. .37. — " Théodore le Lecteur, Hisl. ceci., II, (i2, P. G., t. Lxxxvi, col. 213. Cité par H. Dclehayc, Les
apostolorum, ubi pridem sancloram apostniorum reliquiee... deposilse fuerant, qu'on appelait aussi basilicam apostolorum, qune est in Romana ', à cause sans doute de sa proximité de la porte romaine. — On sait la suite : la découverte des corps des saints Protais et Gervais, leur transfert à la basilique de Fausta, puis le lendemain à la basilique ambrosienne, et en fin leur « déposition » rolennelle sous l'autel, à droite de l'emplacement que saint Ambroise s'était réservé pour sa sépulture.
Une translation analogue, suivie de la déposition des reliques sous l'autel de la basilique au moment de sa consécration, eut lieu à Bologne en 393 en présence de saint Ambroise '". On connaît aussi de nombreuses attestations de cet usage dans les églises d'Orient, dès le iv=, et surtout aux v» et vi" siècles. Plusieurs concernent les différentes basiliques de Constantinople : les sanctuaireï de Sainte-Euphémie :v -f^ 11^"?? " et de l'Hebdomon ^-, avant 395, l'église de Samuel en 406 ", la Grande église ou Sainte-Sophie en 415 '*; pour la consécration de la basilique de Sainte- Irène, en 551, les deux patriarches de Constantinople et d'Alexandrie assistèrent à la procession et portèrent euxmêmes les reliques '*, scène grandiose dont un célèbre ivoire de Trêves nous a transmis le souvenir (cf. Dict., t. Il, fig. 1762). D'après les récits contemporains, toutes ces translations s'accomplirent de la façon la plus solennelle, avec grand concours de peuple, à la lumière des flambeaux et au chant des psaumes; c'étaient de vraies marches triomphales plutôt que de simples processions : la tradition devait s'en conserver à travers les âges dans les églises d'Occident comme en Orient. Primitivement, au contraire, il ne semble pas qu'à Rome, et dans les contrées influencées par sa discipline, de telles démonstrations aient été connues. Tandis que de bonne licurc en Orient on n'hésita pas à déplacer les corps des martyrs pour enrichir les églises nouvellement bâties, ou du moins à séparer des parties plus ou moins considérables de leurs ossements quand on ne pouvait emporter le corps tout entier, le droit civil romain fit respecter plus longtemps le principe de l'inviolabilité des sépultures. On s'explique ainsi qu'à l'époque de saint Grégoire, à la fin du VI « siècle, on tenait encore pour l'antique discipline qui interdisait lormellement de soustraire des parcelles d'ossements aux corps des martyrs honorés par l'ÉgUse. En 519 le pape Hormisdas opposa cette coutume romaine aux demandes de .lustinien, qui. selon les usages orientaux, désirait obtenir pour une nouvelle basilique des reUques réelles des saints .\pôtres et de saint Laurent '». Saint Grégoire fit la même réjionse à l'impératrice Constantine qui demandait, également pour une église nouvelle, le chef ou quelque relique de l'apôtre saint Paul ". Dans les deux cas, et c'était l'usage courant à Rome, on concéda en fait de reliques ce qu'on appelait des sanctuaria (cf. la lettre du pape Vigile, citée plus haut) ", c'est-à-dire des linges ou des étolTes ayant touché aux corps saints ou à leurs tombeaux ".C'est aussi, vraisemblablement, à ces sortes
origines du culte des marlijrs, iu-S", Bruxelles, l'J12, p. 67. — •" Sozomène, Hisl. eccl., VII, xxi, ibid., p. 68. — "S. Jérôme, Contra Vigiimtium, c. v, P. L., t. xxiii, col. 343. — " Clu-onicon Paschale, ad annum 415. — '* Tliéophane, Chonograpliia, P. C, t. cviii, col. 500. — " Hormisdas, Epist., Lxvi, et la Suggestio tcgatorum, P. L., t. L.xiii, col. 474, 477; éd. Thiel, Epistulx romanorum pontiflcum, Brunsberg, 1867, t. i, p. 873-875 (epist. Lxxvii). Ct. J. I'. Kirsch, Die christt. Ciiltu.-'gel'dtide im Allerliim, p. 63- 64. — " S. Grégoire, Epi-it., Rc<7is(r., I\ , 30. — "C'est le terme qu'emploient les fornndes oflicielles du Liber (fnrrniis romanorum Pontiflcum, P. 1^., t. cv, col. 90 sq. — " Cf. H. Dclehayc, op. cit., p. GO sq; cf. aussi le Liber diiirnus : ...6cncdictiones de sancluariis apostolicis, id est palliola de eorum con/cssionibus tradidimus collocanda. P. L., t. cv, col. U2 a.
DÉDICACE DES ÉGLISES
lie reliques que fait allusion le Liber pontificalis quand il dit du pape Bonlface V (j 625) : Hic constiluil ut acohjthiis non pru'sumat reliquas sanclorum nmrtyrum Icvare, nisi presbyier ' ; car l'usage de transférer les corps saints des cimetières suburbains dans l'intérieur de la ville de Rome était encore rare au vii<^ siècle. La première translation de ce genre mentionnée par le Liber pontificalis est celle des saints Primus et Felicianus, sous le pape Théodore (t 649) =; ce n'est que beaucoup plus tard que le pape Paul (757-767) confia aux églises de Rome les corps des martyrs qui gisaient abandonnés dans leurs cimetières ou leurs sanctuaires désormais oubliés et désertés '. Aucune de ces translations ne fut motivée par une dédicace d'église, il faut donc éviter de les mettre en relation avec le rite liturgique qui nous occupe. Il en est une cependant beaucoup plus ancienne que relatent les Actes de saint Marcel comme ayant eu lieu à l'époque de ce pontife (308-309), et, cette fois, en vue d'une dédicace : il s'agit des saints Cyriaque, Largus et Smaragdus et de leur basilique sise au vii= mille sur la voie d'Ostie *. Les actes malheureusement n'ont pas grande autorité, vu qu'ils ne concordent ni avec le Liber pontificalis ni avec l'inscription damasienne du pape saint Marcel '. La dédicace en question a pu avoir lieu à une autre époque, mais sûrement elle était ancienne, car les (•alendriers primitifs de Rome mentionnent la fête de ces martyrs au S août, et dès le début du vn= siècle, le pape Honorius (t 638) était obligé de réédifier ■= leur basilique déjà ruinée. Quoi qu'il en soit d'ailleurs du fait de cette translation de corps saints et de la dédicace qui la suivit, il ne répond pas à une coutume établie : car il reste avéré que les translations de corps saints dans l'intérieur de Rome ne sont fréquentes qu'au viii« siècle.
Toutefois le rite romain de la déposition de reliques (au sens large du mot) dans ou sous les autels nouvellement consacrés est attesté dès le vi= siècle, comme on l'a vu plus haut. 11 était né, sans aucun doute, de l'usage plus ancien d'élever des oratoires, et plus tard de grandes basiliques, au-dessus des tombes des martyrs les plus illustres de Rome. Pour ceux qui n'avaient pas de basiliques, mais dont l'anniversaire était fêté, il semble que l'usage était de célébrer les saints mystères, le jour de leur natale, sur des autels dressés près de leurs tombeaux, ou peut-être sur les pierres tombales elles-mêmes, comme semblerait l'indiquer une notice du Liber puntificalis : Hic {Félix) constiluil supra mcmorias marlijrum missas cclebrare ~. Déjà le traité anonyme De aleatoribus {iw siècle) indiciue la relation étroite entre les corps des mart>rs et l'autel du sacrifice : pccuniam tuam... spectantibus Anyelis il Martijribus prœscntibus, super meiisani dominicant sparge '; et TcrtuUien avait dit avant lui : scd et intérim sub allari marltjruni aninuc placidum quicscunl », eL ses paroles rappellent presque il la lettre le passage de l'Apocalypse, qui a peut-être donné naissance à l'usage chrétien, si même il ne l'atteste pas déjà : Vidi sub-
^ Liber ponliftealis, édit. Duchesue, t. i, p. :)21, note 2.
— " Lib. pont., édit. Duchesnc, t. I, p. 3.3'2, 334, noie 9. — ' De Rossi, Roma solterranea, t. i, p. 220. Liber ponti/., iilW. Duchesnc, t. i, p. 4R6, not? 7. — * Acta sanct., jan., t. il, p. 369. — » Lib. pont., édil. D.:chcsne, t. i, p. xci.\-c. IGG.
— * Et non pas • construire >, comme le dit II. DcMchaye, 1a:s origines du culte des marliirs, p. 328: dans Lib. pont., t. I, p. 326, note 12, Duchesnc rcionnait que le culte des martyrs Cyriaque, Larmis, etc., et leur basiliciue sur la voie d'Ostie étaient bien antérieurs à I lonoriiis. — ' Lib. pont., édit. Duchesnc, t. i, p. 158. — ' De alcaloribus, xi, P. L., t. IV, col. 835. — • .Scorpiace, c. xii, P. L., t. il, col. 147. — " Apoc, VI, 9. — "Vigile, pape, Episi., i, 4, ad Prolulurum, P. L., t. Lxix, col. 18. — " Le Liber diurnus romanoruni ponlificum qui est de cette époque fait souvent allusion ù la demande et à la concession de sancluaria pour la consé-
tus allare animas intcrieclorum propter Vcrbuni Dei '".
Nous avons vu comment au vi« siècle, à Rome, le rite de la déposition des reliques faisait partie de la dédicace des églises qui pouvaient se procurer des sancluaria. Si ces églises devaient être réconciliées et reconsacrées, leurs sancluaria étaient de nouveau reposés dans leur sépulcre sous l'autel. Dans le cas où l'on n'avait pas de sancluaria ou reliques, on se contentait de la messe solennelle '°. Mais ce cas dut devenir de plus en plus rare aux vi« et vii'-' siècles, vu la facilité d'obtenir des objets ayant touché aux tombes des martyrs ", si bien que le rite de la déposition des reliques est consigné dans les plus anciens recueils romains comme constituant à lui tout seul l'ordo de la dédicace. Dans le sacramentaire grégorien du pape Hadrien, viii" siècle, il porte le titre Oratio quando levantur reliquiœ '-. La prière qui l'accompagne montre qu'il s'agit du moment où les reliques sont apportées l)rocessionnellement à l'église : Aufcr a nobis, quœsumus Domine, iniquitates nostras ul adsancla sanclorum... niereamur introirc. C'est du reste ce que confirment les anciens ordincs romani dont le titre primitif s'est maintenu en dépit des ajoutes gallicanes introduites dans leur rituel : Ad reliquias levandas, sive deducendas seu condendas "; ordo quomodo in sancla Romana ccclcsia reliquix conduntur ". Le terme levare reliquias est celui-là même que nous avons signalé plus haut, au Liber pontificalis, en la notice du pape Boniface V (t 625) : le décret devait se rapporter à notre rite; il défendait aux simples acolytes de porter les reliquis:, honneur qu'il réservait aux prêtres, d'accord avec la prescription des Ordines. C'était comme le premier acte de la cérémonie : le second comprenait l'ensevelissement des reliques dans l'aulel ou sous l'auLel, ce qu'on appelait conderc reliquias. comme le dit encore le Pontifical romain à la suite de tous les Ordines, ou ponere, deponere reliquias : ainsi s'exprimait Vigile : ccclesia in qua sancluaria non ponuntur; le terme était emprunté aux usages primitifs de la dcpositio miirlyrum; on le trouvait encore dans son sens antique au sacramentaire gélasien, dans la denuntiatio quum reliquix ponendœ sunl martiirum ", dont les manuscrits du VIII» siècle ont fait l'introduction au rituel de la dédicace '" : elle était ainsi conçue : ... commonemus dilectioncm vestram quoniam illa Jeria illo loco reliquiw sunl saneti illius marttjris conlocandx; quœsumns ut vestram prœsentiam nobis admoncnlibus non negctis.
En dehors de Rome, l'Occident latin a connu très anciennement l'usage des reliques à la dédicace des églises. Une inscription datée de l'année 359 et retrouvée à Tixter, près d'Alger, énumère les reliques, memori.i; nomina. réunies pour une consécration de basilique.
/K -1/cnionn sancla. Viclorinus, Migyin "...,</c ligna cruels, de terra promissionis ubi natus est Christus, apostoli Pclri cl Pauli, nomina martgrum, Datiani, Donatiani, Cijpriani, Semcsiani, Citini et Victorias '".
cration des églises, P. L., t. cv, col. 90, 93. — " Cad. Val., 3.17 et Oltob., 3i:i, édit. Muratori, Liturqia romana iietus, Venise, 1748, col. 241. — '« Ordo de St-.\maiid, éd. Duchesnc, dans Oriijines du eulle cUrHien, app., 2' éd., p. 461. — ■' Ordn de Vérone, éd. Bianchini, .Xnaslasius. Vitie Ponlilicum, t. m, p. XLviii. — "II. .\. Wilson, Tbc Gclasian sacrnm<Ti(firH,in-8«, Oxford, 1891, p. 101. — " Sacrameitlairr deUcllonc, Paris, B. N., cod. lai. 120iS, l" 199 v»; Sacra menlairc d'Angoidêmc, ibid., cod. SIO, I" 140 v». — "Cf. H. Delchayc, Le.t origines du culte des Miu-li/rs, p. 429. — • " Aux Aiidnllent, Mi.isinn ipiqrapbique ru .ilfiérir, dans Mélanges d'archéologie cl d'histoire, t. x, 1890, p. 410-1(18: P. Monceaux, Fwiufte sur l'ipigrnphie de l'Alriiuc cbrtticnnc, Paris, 1908, iv, dans Mémoires présentés par divers suMutts à V. académie des Inscripliniis et liellest étires, t. XII, p. 317. Voir Diclionn. 1. 1, col., 828 ng. 178.
DÉDICACE DES ÉGLISES
Une inscription de Calama (Guelma) donne des détails analogues.
-j- Sub hoc s([cro sanclo velamine altaris sunt memoriœ sanctorum Massie Candidiv, sancii Hesidori, scmclorum trium pucrorum, sancii Martini, sancii Romani '.
L'évèque Gaudcnce de Brescia (f vers 410) est resté célèbre pour le zèle qu'il témoignait à se procurer des reliques authentiques : dans le désù- d'en obtenir pour sa nouvelle basilique, il dut faire tout exprès un voyage en Orient, d'où il rapporta en effet des parcelles importantes d'ossements des 40 Martyrs, des saints Jean- Baptiste, André et Luc, etc. -. Grégoire de Tours mentionne souvent les reliques déposées dans les autels au moment de leur consécration '. L'usage était donc universellement répandu en Gaule à son époque. Au VII' siècle, la vie de saint Vincentianus nous fait assister à la dédicace de l'église d'Avolca (aujourd'hui Saint-Viance, Corrèze) célébrée le 18 août 672, in honore sanctœ Dci gcnetricis Marix, cuius reliquiœ illic sunl allalœ vcl rcposilœ, necnon el sanclorum aposlo-
dans les dillérents Ordines de la dédicace. Nous avons à signaler préalablement l'introduction ancienne d'autres cérémonies pour la consécration de l'autel.
3. Onclions de l'aulel. — Selon la conception primitive, l'autel était sanctifié parla célébration solennelle de la messe. On eut ensuite l'idée d'en rehausser la dignité en unissant le souvenir des martyrs et de leur sacrifice sanglant à celui du sacrifice eucharistique. De bonne heure, en Orient, une autre idée se fait jour sous l'influence des anciens rites juifs. Avant la célébration de la messe, l'autel lui-même devra être sanctifié, afin d'être rendu digne de recevoir le corps et le sang du Christ. C'est le but des onctions, ainsi que le Teslamenlum Domini en fait foi (ce document, syrien d'origine, date du v^ siècle environ) : Okum... Iribuit nllaribus unclionem, ul portent sacrificium noslrum ». Saint Denis atteste aussi l'emploi des onctions en Syrie vers le début du vi<^ siècle '.
A ce rite d'origine orientale — il est à noter que l'usage des onctions aux ordinations parut aussi pour
Autel de \ ouneuil-sous-Biard. D'après Rohault de Fleury, La messe, t. i, pi. xliv.
orum, martirum, con/essorum et virginum '. Les vies de l'époque abondent en détails analogues. On sait du reste, par le décret d'un synode franc du viii^ siècle, que la discipline des églises des Gaules exigeait des reliques pour qu'un autel put être consacré '. Déjà le concile de Carthage de 401 avait ordonné de détruire les autels, in quibiis nuUum corpus aut reliquias martyrum condita probantar ^, et le djoit oriental proclamé au second concile de Xicée de 787 réclamait également pour tout autel consacré la présence de reliques de saints '.
Le rite de la déposition des reliques s'est partout conservé à travers les âges, nous le retrouvons plus loin
• P. Monceaux, op. cit., p. 261; II. ûelehaye, op. cit., p. 4.18. Voir d'autres exemples dans Kirsch, D. christl. Ciiltusgeb., p. (15 sq., et AudoUent, dans Mélanges d'arcMologie cl à'hislo:rp de C/ioIe /r. de Rome, 1S90, p. 448, 525 sq.
— 'S. Gaudcnce, Serm., xvii. In dedical. basilic., P. L., t. XX, col. 'JôO. — ' De gloria martynim, c. Li; De passione, virtulibus et glnria sancii Juliani, c. xxxiv; Lib. vit. palruni, c. vm;P. L., t.Lxxi, col. 753, 820, 1049. — • Vi(a Vincentianiconl., éd. Krusch-Levison, Mon. Cerm. hist., Passiones viticque sanct. icvi merov., t. v., Hanovre, 1910, p. 126.
— • Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. m, p. 255.
DICT. d'aUCH. CIlnKT.
la première fois en Orient — la fiturgie romaine n'ouvrit qu'assez tardivement l'accès de ses recueils liturgiques. Les églises gallicanes, au contraire, prirent les devants comme sur beaucoup d'autres points, et dès 506 la coutume faisait loi : Altaria placuit, dit le concile d'.'^gde, non solum unctione chrismatis, sed ctiam saccrdotali benedictione sacrari '".
L'auteur gallican des fausses Décrétâtes a fabriqué maladroitement un prétendu décret du pape Évariste *', où il reproduit à la lettre cette prescription du concile d'Agde. La soi-disant défense portée par le pape Damase contre les chorévèques de consacrer les autels avec le chrême " n'a pas plus d'authenticité; il
— ' Conc. Cartli., can. 14, MansI, Concil. ampl. coll., t. m, col. 971. — 'Conc. \ic. II, can.'; .Mansi, ifci</.,t..\iii,coI. 751.
— 'Rahmani, Teslamenlum Domini, J^loguniix, 1899, p. 156.
— 'De hierarchia ecclesiastica, c. iv, § 12, P. G., t. m, col. 484. — "Conc. Agath., can. 14; Mansi, Concil. ampl. coll., t. vin, col. 327. En 517, le concile d'Épaone prescrivit de réserver Tonclion de saint-clu-ème aux seuls autels de pierre : Conc. Epaon., can. 26; Mansi, ibid., col. 562, — " Mansi, op. cit., t. i, col. 631, reproduit dans le Corpus juris, dist. I, De eonsecralione, c. 32. — "P. L., t. xiii, col. 435.
DEDICACE DES EGLISES
faut en dire autant d'une prétendue lettre de saint Léon ' et du décret qui porte le nom de Félix IV ' auquel le Bréviaire a emprunté ses leçons du n« nocturne pour l'octave de la Dédicace : ce sont tous documents composés au ix« siècle. D'autre part, saint Césaire d'Arles est \Taisemblal)lement, de l'avis des bénédictins, l'auteur des sermons attribués à saint Augustin qui fournissent encore des leçons à roffice de la Dédicace \ L'usage pallican des onctions à la dédicace des églises est abondamment prouvé par tous ces textes, anciens autels conservent encore les cinq croix où s'étaient faites les onctions de chrême : tel celui de Vouneuil-sous-Biard que l'on date du vi" siècle * (fig. 3635). Cette disposition des cinq croix, que l'on rencontre sur nombre de monuments anciens, est attestée par la vie de saint Vulframnus évèque de Sens (vu" siècle) : altare quoque, consecratum in qualluor angulorum locis et in medio, reliquias contincns sancloram, in modum clipci... « L'autel de Tarascon (vii<: siècle) porte également des croix de consécralion sur le devant et sur les deux colonnes soutenant la pierre ' (llg. 363(3).
3636 — \ Il 1 1 I ^c D'.Tprès RoIiaïUt de rieury, la messe, t. i, pi. i,iv.
Si l'usage des onctions fui très répandu en Gaule dès le VI' siècle, ce n'est au contraire que dans les Ordines influencés déjà parles rites gallicans que nous les trouvons adaptées au cérémonial romain. Ni le pape Vigile ilans sa lettre déjà mentionnée, ni saint Grégoire, ni le sacramentaire d'Hadrien n'en font la moindre mention.
IV. Consécration de l'église. — 1. Lustrations et aspersions d'eau bénite. — Dans les temps anciens ce qui attire surtout l'attention dans l'édilice chrétien par excellence, dans la basilique, c'est l'autel. Celte partie essentielle de l'église une fois ollerlc, dédiée et onsacrée à Dieu, l'édifice tout entier est réi)ulé lui
' iipist. Lxxxvin des anciennes collections. P. L., I. i.iv, col. 1238, et t. LV, col. 758. — » Cité par Burcbaril, /JcitWorum lih. 111, 58. P. L., CXL, col. 084. — ' App. oper. .S. ,4u(;i<.s/.,scrm.ccxxix. ccxxx. P.L., t.xxMx.cul. 21l)ti- 2172;cl. sermon ccxLvii,7, il>i(/.,col.2201. M.li lir.liniill
aussi la chose de Dieu. On ne paraît pas songer à des rites spéciaux pour sa consécration, puisqu'elle semble achevée dès que l'autel est dédié. Plus tard les idées se sont modifiées quelque peu. Dans le désir de rendre plus significative la cérémonie de la dédicace et de manifester plus clairement l'appartenance à Dieu de toutes les portions du temple, on est arrivé peu à peu à étendre les rites de dédicace à chacune d'elles, à la porte d'entrée du sanctuaire, aux murs intéiieurs et extérieurs, au pavement, au mobilier et aux ornements. L'emploi de l'eau lustrale destinée aux purilications rituelles était courant chez le peuple juif sous l'ancienne Loi.' Les anciennes religions l'ont également connu : rien de plus explicable, puisque cet usage repose sur un symbolisme naturel accessible à tous et commun aux peuples les plus divers. L'eau bénite fut de bonne heure employée par les chrétiens, en dehors du baptême, en dehors même des fonctions liturgiques. Le Liber ponti/icalis en fait remonter l'institution au pape Alexandre i" (1U5-115) : l'attribution est contestable, mais le décret s'inspire certainement d'un usage établi à Rome dès le v^ ouïe vi« siècle; et le décret porte que l'eau bénite est spécialement destinée aux demeures particulières des fidèles, aqiiam sparsionis.. benedici in habitaeulis hominum ', indication qui est confirmée par les anciens sacramentaires. (Voir Dictionn., t. n, au mot : Bénédictions de l'e.vu.) On s'est demandé souvent si, dès le vi« siècle, le rituel romain de la dédicace des égUses comportait lui aussi l'emploi de l'eau lustrale. Si en effet les fidèles en usaient couramment pour en asperger leurs demeures privées et les garantir ainsi contre les démons, il semble assez naturel de penser qu'elle servait surtout dans la « Domus Dei ■> comme préservatif contre les puissances infernales. Et précisément, le texte déjà cité du pape Vigile (t 561) fait mention de cette aqua exorcizata, mais il demande à être expliqué pour être bien compris. .\u premier abord il paraît exclure l'usage de l'eau lustrale à la consécration des églises; étudié de plus près, il semble au contraire la supposer. Le cas envisagé par le pape Vigile était, non pas celui d'une éghse nouvelle à consacrer, mais d'un édifice tombé en ruines et rebâti. Il suppose que le travail de reconstruction a été tel qu'une seconde consécration s'impose : Si in eo loco, dit-il, eonsecrationis solemnitas debcal ilerari in qao sanctaaria non fuerinl '. Il ne s'agit dans l'hypothèse que d'une consécration à renouveler, iterari, en un endroit où se trouvait déjà une église jadis consacrée. Or dans ce cas, déclare le pape (et probablement dans ce cas seulement) il est supcrHu d'asperger d'eau bénite les murs de l'église relevée de ses ruines : ;ii/ii7 judieamus ofjicere, si pcr etim niininic aqim exorcizata jacletur, quia consecrationem cujuslibel ccclesiie, in qua sanctuaria non I ponunlur, cclebritatem tanlum scimas esse missanini. La raison que donne le jiapc n'a pas toute la clarté désirable. Doil-elle être prise ilaiis son sens absolu ? Il faut alors en conclure que pour toute dédicace la messe, avec ou sans déposition de reliques, formait tout le rite de la consécration. Mais il faut se souvenir que Vigile n'envisage que le fait d'une reconstruction d'église et d'une consécration renouvelée en un lieu déjà sanctifié; et cette considération empêche de donner à la remarque une portée générale. Cujuslibct s'applique seulement sans doute à toute église dépourvue de reliques el reconstruite à la place d'une ancienne église : la portée en est ainsi bien limitée. D'autre part,
de l'ieury, La messe, t. i, pi. .11. — ' \ila'S. Vul/ranmicp. .Sï'noiiici, c. v,éd. Kruscli-Ltvison, Mun. Gcrin., Pass. iiilivquesancl. wvi mcrow., t. v.p.OO.'i. — *Cli. llohaiilt de l'Icury. n;). ri(., I.i, pi. 15. — • ^ Liber pontillcalis,0(M. Duchnsne, I. I, p. 127. - • I'. ;..,!. i.\i\. col. 18.
DÉDICACE DES ÉGLISES
le fait seul que le pape meuUoiine l'eau exorcisée semble prouver que dans son esprit le rite de l'aspersion d'eau était intimement lié au souvenir des dédicaces d'églises ordinaires; et, selon l'explication la plus obvie, la décision déclarerait superflue l'aspersion d'eau dans le seul cas d'églises reconstruites, mais sans l'exclure du rituel ordinaire de la dédicace. On comprendrait du reste que cette aspersion destinée à chasser le démon eût paru inutile dans les endroits déjà consacrés préalablement.
Quoi qu'il en soit de cette explication dont la certitude ne s'impose pas, à peine cinquante ans après le pape Vigile, les aspersions purificatrices sont prescrites par saint Grégoire ' pour la consécration des temples païens adaptés au culte chrétien : il fallait les asperger d'eau bénite, y ériger un autel et y déposer des reUques. Ici encore il s'agit d'un cas spécial, mais on ne voit pas que l'usage général de l'eau « grégorienne n '^ soit nécessairement exclu. Le silence de l'ordo du sacramentaire grégorien à son endroit peut d'ailleurs s'expliquer par le fait que la bénédiction, dont on se servait pour préparer cette eau lustrale, était, les anciens ordines en font toi, la formule ordinaire de la bénédiction de l'eau connue déjà à Rome au vi« siècle.
La vie de saint Gall nous montre à la même époque l'aspersion pratiquée en Germanie. Elle raconte la consécration par saint Colomban de l'oratoire de sainte Aurélia : Bealas Columbanus jussil aquam afjerri, cl, benedicens illam, aspersil ea templum, et dum circuirenl psallentes dedicavil ecclesiam. Deinde invocalo nomine Dei, unxii allare el beatee Aureliœ reliquias in co coUocavit, vestiloque allari missas légitime compleverunt '.
2. U inscription de l'alphabet sur le pavé. — Dans deux sermons prononcés à l'occasion de dédicaces d'églises *, saint Césaire d'Arles a montré les analogies qui existent entre l'âme baptisée et l'église consacrée. ■Yves de Chartres est allé plus loin : pour lui le parallèle existe également entre le rite de la dédicace et les cérémonies du baptême '. De part et d'autre, en effet, on rencontre les ablutions, les onctions, les vêtements blancs dont l'autel est paré après sa consécration comme le néophyte après son baptême; et le symbolisme présente des deux côtés de grandes alfinités. U est possible que cette idée de l'analogie des deux rites ait déterminé l'introduction dans l'ordo de la dédicace de certaines cérémonies inconnues auparavant.
Le premier acte de l'initiation chrétienne dans l'ancienne liturgie gaUicane consistait en la consignatio ou signe de croix imprimé sur le front de l'infidèle qui désirait se convertir : c'était la première marque de prise de possession au nom du Seigneur, par elle l'infidèle était admis au nombre des catéchumènes. Un rite semblable parait dans la dédicace des églises à une époque où l'on devait déjà avoir conscience de l'analogic signalée plus liaut. C'est également une consignatio, un grand signe de croix inscrit sur le pavé de l'édifice, au moment même où le pontife entrant dans l'église pour la première fois vient en prendre possession au nom de Dieu.
' Episl. ad Menituiu (du 18 juillet 601), Rcijisli-.. XI, 50.
— ' C'est le nom que l'eau bénite employée à la consécration des églises a conservé en souvenir de la prescription de saint Grégoire. — " Viia S. Galli, i, 6, éd. Ivruscli, Mon. Germ., Pass. vitasque sancl. cevi merou., t. iv, p. 289. — * App. opcr. S.Augustini,Serm., ccxxix, P. L., t. xxxix, col. 2166; Marténe, De anl. Eccl. rit., 1. 11, c. xiii, ad finem. — ' Sermo de sacramenlis dcdicationis, P. L., t. CLXII, col. 527-.S35.
— • Bull, di arch. crû/., 1881, p. 129-146. — ' Duchesne.Ontj. du culte chr., 2« éd., p. 402-403 ; voir Diction., 1. 1, col. 55-,'J8.
— ' R. Lemaire, L'origine de la basilique latine, Bruxelles, 1911, p. 10S. — *II. Grisar, Histoire de Rome cl des papes
La forme de X donnée à cette consignatio a intrigué les anciens. On reconnaît aujourd'hui que l'explication proposée par iM. De Rossi ' a pour elle toutes les vraisemblances '. Cette inscription de X sur le pavement de la nouvelle église correspond aux deux lignes transversales que les agrimensorcs romains, nous dirions aujourd'hui les arpenteurs, traçaient sur les terrains qu'ils voulaient mesurer. Transporté dans la cérémonie de la dédicace, cet usage était appelé à symboliser la prise de possession de l'édifice au nom du Christ, dont l'X est l'initiale, comme les lettres de l'alpliabet inscrites sur les deux lignes sont le développement de son emblème A<2.
Ce rite de l'inscription des deux alphabets en forme de croix obUque est inconnu en Orient, et il ne paraît pas dans les rituels occidentaux avant le viii« siècle : mais, vu l'idée qui lui a donné naissance, il devait être antérieur à cette époque où un pareil emprunt à une institution disparue ne serait guère expUcable.
D'autre part, on est quelquefois tenté de le vieillir outre mesure. Ainsi a-t-on cru pouvoir tirer de ce rite et de son antiquité un argument intéressant pour établir que, dans la basilique romaine primitive, « la nef centrale fut d'abord un préau rectangulaire à ciel ouvert et sans pavement. » Car, dit-on, la croix tracée sur le sol et <■■ reliant les quatre angles de l'édifice... suppose un espace rectangulaire et un sol non pavé sur lequel pouvaient être tracées des lettres; plus tard, lorsque la nouvelle disposition tut adoptée, on dut, pour accomplir ce rite, répandre sur le pavement de la cendre ou de la sciure de bois *. » La double remarque est exacte, mais c'est sans doute une hypothèse bien risquée, que de faire remonter ce rite aux origines mêmes de la basilique latine.
Actuellement le pontife consécrateur inscrit les deux alphabets, le grec d'abord et le latin ensuite; mais les documents anciens prescrivent très généralement l'emploi du seul alphabet latin. Aussi ne peuton guère, semble-t-il, voir dans l'usage du double alpliabet grec et latin une trace des influences byzantines à Rome, et en conclure que le rite devait y être connu dès le vii^ siècle '.
On a émis récemment une autre opinion relativement à son origine : l'Occident latin en serait redevable aux anciennes Uturgies celtiques; l'usage antique des arpenteurs romains n'aurait rien à voir avec le rite chrétien, dont la signification se réduirait à la prise de possession au nom du Christ '». La question, comme on le voit, est loin d'être définitivement résolue.
V. Ordre des cérémonies et des prières. — 1. Le rite romain ancien. — Le formulaire de la dédicace est l'un des plus développés et des plus compliqués de ceux qui composent le Pontifical romain actuel. Dans les premiers documents d'origine romaine il est au contraire d'une extrême simplicité. Deux recueils différents qui se complètent l'un l'autre le font connaître tel qu'il était en usage au viii" siècle au moins : ce sont le sacramentaire grégorien, envoyé par le pape Hadrien à Charlemagnc", et l'orrfo romain représenté par trois manuscrits de Vérone, de Zurich et de Londres "; un ordo de la Rililiothèquc nationale,
au moijen ûge, trad. E.-G. Ledos, Paris, 1906, t. Il, p. 190. — '"H. Tliurston, The alphabet o/ the consécration o/ cliurclws, dans The month, 1910, t. cxv, p. 621-631. — " Muratori, Liturgia Rornana velus, in-foK, Vcnetiis, 1748, t. Il, col. 241-243. — " iMs. de Vérone antérieur à l'an 8.'>6, publié par Biancliini : .\nastasii l'il.f Pond/iciini, t. m, p. XI.VIII sq. Ms. de Zurich, ix' siècle, dans Gcrbert, Mon. vel. lit. alem., t. ir, p. 49, renroduit dans P. I ., t. rxxxvni, col. 1020. .Ms. de Londres, nr. Mus. add. Ii223, dans \V. II. l'rére. Pontifical scruiccs wiUi dcicriptive notes and a liturgind introduclion. I. The consécration o/ a clmrch, London, 1901 {Mcuin Club collections, t. m), p. 1-G.
DÉDICACE DES EGLISES
à Paris ', complète encore ces trois manuscrits pour la partie des chants. L'orrfo romain décrit dans ces manuscrits est déjà un peu plus développé que le sacramentaire grégorien, car il admet les onctions de l'autel que le rite romain, nous l'avons vu, ignorait encore au vi"' siècle.
Toute la cérémonie, dans Vordo comme au sacramentaire, se groupe autour de la procession des reliques et de leur déposition dans l'autel. Les litanies au dél)ut, les antiennes et les psaumes précèdent le transfert des reliques, et une oraison marque le moment où on les « élève », quando levantur, ad reliquias levandas, pour les transporter au lieu de leur sépulture; le second acte de la fonction est marqué dans l'ordo, ad reliquias ... deducendas : c'est la procession triomphale. Le cortège fait cependant station à la porte de l'église, car, d'après l'ordo, l'évêque doit entrer seul et purifier l'autel en y répandant l'eau exorcisée, puis sortir de nouveau pour asperger de la même eau bénite la foule des fidèles, et peut-être les murs de l'église (certains exemplaires renvoient ce détail à la fin de la cérémonie; nous avons vu plus haut que cette histratio se pratiquait proljablement à Rome dès le vi» siècle). La procession reprend son cours, cette préparation une fois aclievée, et tous entrent dans le sanctuaire pour le troisième acte du drame liturgique, la déposition des reliques dans l'autel, ad reliquias... condcndas - : elle comprend, d'après Vordo, l'ensevelissement, l'onction du sépulcre, quatre onctions aux angles de la table d'autel et enfin le revêtement de l'autel, rite final dont le sacramentaire a consigné la formule, encore en usage aujourd'hui, Oralio posl vclalum allare : Dcsccndal quxsumus, Dom. D. n., Spirilus sandus tuus super hoc allare, qui et populi lui dona sarxctificel et credenlium corda dignanter cmundet. Per Dominum. C'est là ce qui constituait à Rome toute la consécration de l'autel ainsi que le dit Vordo en parlant de cette formule : dat ipse oraiionem ad consecrandum allare; la messe solennelle, avec le formulaire prescrit dans le sacramentaire, achevait la cérémonie.
2. Le rile romain en France au vy;/e siècle. — L'ancien sacramentaire gélasien, en usage à Rome au vi= siècle, avait passé en Gaule dès le \n<^, et s'y était propagé parallèlement aux vieux missels gallicans, si bien que durant tout le vni= siècle il représenta, sous une forme un peu modifiée, la liturgie ofTicielle. Il conservait les lignes essentielles du document romain, mais beaucoup de traits particuliers étaient venus s'y ajouter, sous des infiuences diverses et spécialement gallicanes. Ainsi son onlo in dedicatiune basilicœ novie est-il plus développé c|ue celui du sacramentaire grégorien. Il représente l'usage « romain » tel qu'il était accompli en France à la fin du viii" siècle et dans le courant du viir. On le trouve consigné dans l'unique manuscrit du vii« siècle qui ait conservé le gélasien réparti en trois livres, Cod. Val. Hcijin. 316 ', et dans plusieurs manuscrits qui en ofirent une seconde rédaction composée en France au viiii^ siècle; ces derniers sont en grande partie inédits : les extraits qu'a
' Urdo de Saint- AmanI, Uibl. nat., lai. 974, dans Ducliesnc, Oriq. du culte clw.,'!' édit., app., p. 461. M. Hitchcock prépare une collection de tous tes ordincs pour ta consécration des églises, cf. J. Mercati, dans liaasegwi gregoriana, 1911, p. 389, note. — " Ce sont tes trots titres de VOrdo de Saint-Amand (Duclicsne, Orig. du culte chr., 2' éd., p. IGl), donnant l'exacte description de ta cérémonie: lncii>it ad reliquias levandas sive (— et) deducendas seu condendas. — • Tommasi, I.iber sacramcntontni Jinin. iJcc/cs te, dans ses Opéra, éd. Vczzosi, t. vi,p.l07; H. A.Wtt- »on, The Gelasian sacrumenlarg, Oxford, 1894, p. 133. — 'Bibl. nat., Cod. tat. 12048, 1° 199 v - 205 r»; Martènc, De ont. Eccl. rit., 1. 11, c. xni, ordo i. — ' 1,. Duchcsne a piit)Ilé, dans Origines du culte chrftien, app., 2' éd., p. I(i7,
donnés dom Marténe du sacramentaire de Gellone * sont cependant sullisants pour faire connaître cette seconde tradition gélasienne (ou mieux romano-gallicane), qui suit du reste de très près celle du vii^ siècle ^. A cette tradition gélasienne se rattache encore,au moins par son rituel de la dédicace, le Missalc Francorum °.
Ce qui, au premier coup d'œil, distingue essentiellement ces formulaires de l'ordo romain ancien, c'est l'absence de translation des reliques; aussi l'aspect en est-il absolument distinct pour une raison qui se comprend aisément, puisque la translation des reliques formait comme le centre de la cérémonie de la dédicace à Rome. Mais cette distinction qui serait essentielle n'est qu'apparente : car le formulaire gélasien ne contient à peu près que les prières, ce n'est pas un ordo muni de toutes ses notes expUcatives qui indiquent l'ordre des cérémonies. Cet ordo se tiouve en abrégé dans l'un des sacramentaircs gélasiens du vin» siècle, celui d'Angoulème ', et plus détaillé dans deux manuscrits de Vérone et de Zurich ^ qui avaient déjà fourni à Bianchini et à Gerbert le plus ancien ordo romain, ainsi qu'il a été dit plus haut.
La cérémonie ainsi constituée, qui passe en France au viii» siècle pour être vraiment romaine comme le sacramentaire et l'ordo qui la décrivent, donne un long développement aux rites de préparation : car pour la première fois paraissent les deux alphabets inscrits sur le pavement; puis ce sont les lustrations d'eau bénite qui s'accomplissent à l'intérieur du temple et s'étendent à l'autel et à son pourtour, aux murailles intérieures et au pavement lui-même : c'est une préparation minutieuse en vue d'une consécration i)lus complète et plus détaillée qu'elle ne l'a été jusqu'ici.
Avant de passer outre il est bon de signaler deux points intéressants de ces cérémonies préparatoires. Pour la seconde lustration le gélasien prescrit comme aujourd'hui une eau spécialement bénite avec mélange de vin ad consecralionem altaris. Cette particularité n'est pas romaine, par contre elle est connue en Orient chez les chrétiens de rite byzantin et cliez les Arméniens qui la leur ont empruntée. D'autre part, les rites qui accompagnent l'aspersion de l'autel reproduisent à la lettre les prescriptions du sacrifice juif telles que nous les trouvons dans l'Exode et le Lévitique : la dépendance est indéniable, il suffit de comparer le texte de la Vulgate et la rubrique gélasienne.
K\"ni-, XXIX, 12-1S. Sacu. Giclasien Wilson, p. 133.