VIII. .\NNIVERSAIRK DE LA DÉDICACE. Lc décret
de Félix IV que le Bréviaire fait lire à la fête de la dédicace et qui fait une loi de célébrer le natalis des églises comme on fait celui des évêques, est une pièce composée au :x« siècle ' ; il représente pourtant une discipline antique dont les attestations sont plusieurs fois répétées dans les documents liturgiques. Chez les Juifs la fête de la dédicace, anniversaire de la consécration du Temple,, était célébrée en grande pompe durant sept jours consécutifs. Il est possible qu'elle ait donné l'idée de la fête chrétienne. On sait, en effet, par Sozoméne que l'anniversaire de la dédicace de la basilique constantinienne à Jérusalem était fêté chaque année avec beaucoup de solennité : elle durait également sept jours pendant lesquels, dit l'historien, on accourait de toute part dans la ville sainte pour vénérer les souvenirs de la passion du Sauveur ". De Jérusalem où on le constate pour la première fois, l'usage de célébrer l'anniversaire des dédicaces d'églises s'est répandu partout; peut-être est-ce de Jérusalem qu'il est allé directement s'établir à Rome avec plusieurs autres fêtes du calendrier. Le martyrologe hiéronymien a enregistré plusieurs dédicaces de basiliques romaines °, notamment celles de Saint-Pierre
' Quoique l'usage primitif à Rome ait été d'appeler les liasiliqucs du nom des donateurs. — ' Liber ponti/icalis, éd. Iluchcsne, t. i, p. 214, 230, 255. — • Liber diurnut,, form. x, xr, P. /.., t. cv, col. 00. Même expression dans une lettre du pape saint Gélasc: Thicl, Epistolœ Boman. pond'/., ISruns-
berg, 1867, t. i, p. 448 : S. Gelasii episl. xxxiv « Serm.,
ccLxxiii, 7, P. L., t. XXXVIII, col. 1251. — • ■ On peut consulter à ce sujet Ch. Rohault de Flsury, Lc.i xainis de la messe et leurs monuments, Paris, 1893-1890, 7 vol., liicn (['le les rensel/ncments dans cet ou\Tagc nient souvent besoin d'être contrôlés. Cf. aussi le travail solvant d'un auteur anonyme: Titulaire.i, patrons ries églises, dans Congrès scientiri(li'e de France. 1807, t. xxxill b, p. 365-3G9; H. Cnuderan, .Sur les doubles titulaires ou patrons de nos églises, dans Reu. comm. hist. de Charente- 1 n/érieurc, 1884, p. 354, 365, 387-394; C. Flament-P. HaRhe, Le eulte des .saints en France, 1894; A. Mari jnan. Le culte des saints sous les Mérovingiens, Paris, 1899; F. Arnold Fosler, Studies in churcli dedications, or England's patron .latnLi, in-S", I.ondon, 1899; S. Barini! Gould et J. Flsher, Tl^e Unes ol the brilish saints (whn) hâve dedications in Britain, in-H-, I.ondon, 1907-1913;
au 1«^ août, Sainte-Marie-Majeure an 5 août et de Saint-Laurent au 2 novembre; il mentionne même au 29 juin la dédicace du baptistère de Saint-Jean de Latran. Au cours de sa propagation dans les églises franques, ce même martyrologe s'est accru d'un nombre considérable de notices analogues, qui attestent combien l'usage s'était généralisé.
Il est vrai que les premiers sacramenlaires romains n'ont pas de messe spéciale pour l'anniversaire de la dédicace; on répétait sans doute celle du jour même de la consécration; mais déjà les sacramenlaires gélasiens du viii'! siècle, celui de Gellone '° et ses congénères, pourvoient au natalis basilicœ anniversarii et lui attribuent des oraisons appropriées qu'on retrou\c dans lesupplément carolingien au grégorien d'Hadrien", dans le « grégorien » de dom H. Ménard '-, et que notre missel romain a recueillies. Mais si les documents les plus anciens ne possèdent pas ce « commun » de la dédicace, en revanche ils ont inséré des formulaires particuliers pour les basiliques romaines dont les patrons n'avaient pas par ailleurs leur natalis solennel. Ainsi le sacramentaire dit léonien, et tous les recueils lomains après lui, ont-ils, au 29 septembre, le Natale basilicx Angeli in So/ar/a "; ainsi la Dedicatio sancii Sicomedis célébrée par Boniface V le \" juin 625 figure-t-elle à cette date dans le sacramentaire du pape Hadrien. Celle de Sainte-Marie-Majeure que les martyrologes mentionnent au 5 août n'avait pas sn fête au sacramentaire, sans doute parce que la Vierge Marie était déjà l'objet d'une mention spéciale au 2 février et au 25 mars; pourtant l'anniversaire a reparu plus tard à cette date sur le calendrier sous le nom de Dedicatio sanctx Maria; ad nives. Par contre, la dédicace du Panthéon qui se célébrait à Rome le 13 mai comme Natale Sanctx Mariss ad Martyres a depuis longtemps disparu du missel romain. En dépit de ces fluctuations, la fête de la Dédicace n'a jamais cessé de marquer sur le calendrier des églises latines le perpétuel souvenir de l'une des fonctions les plus intéressantes du cérémonial chrétien.
IX. Bibliographie. — Dom Martène, De anliquis Ecclesiœ ritibus, 1. II, c. xiii. Recueil précieux d'orrfi'nfs anciens. — ■ J. Bingham, Origines sive antiquitates ecclesiasticie, trad. latine de J. H. Grischovius, 1. VIII, c. IX. — J. Catalani, Pontificale Romamim commentario ornatum, éd. Paris, 1851, t. ii ; textes importants reproduits en appendice. — A. J. Binlerim, Die vorzûglichsten Denkwùrdigkeiten der chrisll-kalholischen Kirche, Mainz, 1827, t. iv. — X. Barbier de Montault, Les inscriptions de dédicace, dans Revue de l'Art chrétien, 18G0, t. xn, p. 430 et t. xiii, p. 157. — V. Thalhofer, Kircliivcilie, dans Kirchcnlciicon fur kalholisclie Tncologie, Frcibmg. 1891, t. vu, p. 726. — L. Studerus,
H. ŒcIisUm, Die KircheniMtrone in der Fr:diôce.se Freiburg, dans Freiburger Diocezanarchiv, t. viii, 1907, p. 162-238; M. l'astlinger. Die Kircheniiatrozinien des hl. Pelrus und des hl. Marlinus in der Erzdiôcese Mtinchen-Freising; D. Iiirclteni>. des lu. Miclmel und d. hl. Stephanus in .Allbaiiern, dans ]\Innalsclirlit d. hist. Vercins oon OberlHiiicrn, t. IV, 1893, p. 10-02; J. P. Kirsch, liie chrisllichcn Kidtiisgcbàude im Alterliim, Kijln, 1893. — • Synaxairc de Constantinople, 20oct... îT.' ovoM-aT! TT,; to-j fJsoO Insia;, éd. II. Delchavp, Proput. oïl .\rt. sanct. novcmb., p. 163. — ' Ilinschius, I)ecrelale.' ps. Isidoriawr, p. 701. — ' So7omêne, lllsl. eccl., I. Il, c. XXVI. — " Il en mentionne encore beaucoup d'autres : particulièrement intéressant est le souvenir qu'il donne :'i la rnnsécratlon, A Milan, de la célèbre Pomann basilica dont parlent saint Ainbroise cl son biogrnpiie. Cf. ci-dessus III, 2; la notice du mnrlyroloRC porto, nu 9 mnl, de ingrcssu rcliquiarum apostolorum .lohannis, Andrew et Thomie in basilica ad pnrtam Romanam. — " BIbl, nnt., Cod. mois, r» '207 v»-208 r°. — " Murntorl. lit. mm. vet.. t. II, col. 1,84; P. L., t. rxxi, col. 821. —"P. I.., ». Lxxviii, col. 101-162. —"P. L.. t. LV, col. 103.