RITE DE TRIPOLI
SIDDOUR D 'a m r a n
RITUEL ALT.liMAND
Abraham
Isaac
Jacob
Moïse et.\aron au désert
Pin'has
Josué Elie
Samuel David et Salomon Elie
Elisée
Ezéchias
Trois Hébreux Daniel Mardochée rczra
Tous les justes
Juifs en Egypte
Moïse à la mer
Rouge Au sanctuaire Eléazar
Pin'has Josué
Samuel
David et Salomon
Moïse et Juifs en Egypte
Aaîon
Pin'has Josué
Elie
David et Salomon Elie
Elisée
Eléazar
Pin'has Josué
Samuel
Gédéon
David
Salomon
Elie
Elisée
Jonas
Ezéchias
Daniel Ezra
Juifs dans le désert
Pin'has
Josué Gédéon
Samuel David et Salomon Elie
Elisée
Jonas
Ezéchias Manassé Daniel
Mardochée
Moïse et Juifs à la mer Rouge
Aaron
Pin'has David et Salomon Elie Elie
Ezéchias
Jonas
Les troi> Hébreux
Daniel
Ezra
Josué
EUe
Mardochée- Esther
Touslcsjuslcs
Juifs à la mer Rouge
Moïse
Aaron Pin'has
.Josué Samuel
David
Salomon
Elie
Jonas Elisée Ezéchias Trois Hébreux Daniel
Mardochée--
Esther
Touslesjustes
EUsée
Ezéchias
Jonas
Ezra
Mathatias Hasmonaï Touslesjustes
Ezéchias
Jonas
Trois Hébreux
Ezra
Honi, tourneur de cercles
Touslesjustes
DEFUNTS
Si on écarte quelques noms qui ne se montrent qu'exceptionnellement, tels que ceux de Gédéon, Ezra, Mathatias, Asmonaï et Honi, on atteint un fonds identique et immuable. En faisant la part des variantes que la critique peut introduire dans l'établissement de la nomenclature primitive, il demeure acquis que la liturgie synagoeale possédait un rituel de jeûne comportant l'cnumération des types symboliques de l'Ancien Testament; énumération dont les altérations successives laissent à peu près ressaisir l'ordre originairement chronologique. C'est de cette énumération que se seraient inspirés les premiers artistes et les plus anciens iiturgistes chrétiens.
On l'a soutenu. Cependant la concordance des peintures et celle des documents tels que VOrdo commendationis animœ avec la liturgie juive, telle que nous pouvons la connaître, est incomplète. C'est surtout sur les types symboUqucs : Jonas, Daniel, les trois Hébreux, que porte la difficulté, car ces types ne se rencontrent ensemble dans les pièces juives qu'e:;iceptionneUement. Dans la Commendatio Jonas a disparu, ce qui ne l'a pas empêché de faire une brillante carrière dans la symbolique chrétienne. Il est vrai que le Christ, en l'évoquant comme signe, lui préparait cette popularité. Jonas devient le symbole de la résurrection du Christ comme de celle des fidèles, en même temps que le type d'une assistance extraordinaire et prend, de la sorte, une situation exceptionnelle. Mais parmi les figures fréquentes dans les catacombes nous en rencontrons qui manquent totalement dans les rituels juifs : Adam et Eve, N'oé, Suzanne, Tobie, Job, Gain et Abel. En revanche, Aaron, Phinées (Pin'has), Josué, Samuel, Salomon, Elle, Elisée, Ézéchias sont étrangers, autant que nous pouvons le savoir, aux séries décoratives des catacombes.
C'est une littérature fort embroussaillée que celle des rituels juifs et il est évident qu'on ne peut arriver à des conclusions certaines tant que la critique et l'histoire de ces rituels resteront à faire, dans la mesure où elles peuvent aboutir.
Sans doute la concordance n'est rigoureuse, il faut le reconnaître, ni entre la nomenclature du rituel synagogal et les types symboliques des catacombes, ni entre cette nomenclature et celle de VOrdo rommendationis anima-: Le fait peut s'expliquer par la destruction d'un grand nombre de fresques, destruction qui a fait disparaître les exemplaires sur lesquels nous eussions rencontré les types qui nous font défaut. Mais une telle explication peut sembler si arbitraire qu'il est nécessaire d'en justifier l'emploi. Que des fresques aient péri en grand nombre et que des types représentés rarement aient ainsi disparu pour toujours sans laisser trace ni souvenir, on ne peut songer à le mettre en doute. La scène de l'Annonciation, celle delà Nativité dans la crèche nous sont connues chacune par un exemplaire unique; qu'on suppose une chance défavorable s'exerçant sur ces deux morceaux et voilà deux lacunes de plus dans la série, deux sujets de plus « n'ayant jamais été représentés. » Il est donc permis et même légitime de suppléer aux lacunes de la série picturale des catacombes romaines, par la mention d'autres monuments non moins anciens et d'interprétation certaine. Nulle ])art les fresques des catacombes ne nous offrent la représentation du martyre de sainte Tliècle, auquel fait allusion VOrdo commendaliunis animœ, nous ne rencontrons non plus nulle part la sortie d'Egypte du peuple d'Israël. Or, ces deux faits se présentent sur les fresques d'un édilice funéraire de la nécropole d'Rl-Bagaouilt, dans la Grande-Oasis (voir Diclionn. t. ii, fig. 1188, col. 4.')-l()). On sait que, dès le temps de la persécution de Dioctétien, des chrétiens furent condamnés à l'exil dans l'Oasis, il n'est donc pas impossible de rapprocher leur présence
du fait de la décoration dont nous parlons dont la date ne saurait être abaissée au-dessous des premières années du iv" siècle. La coupole de la chapelle funéraire d'El-Bagaouàt présente un cycle complet de types symboliques : .A.dam et Eve, Noé dans l'arche. Moïse, Suzanne, le Bon Pasteur, les trois Hébreux dans la fournaise, Daniel, et, parmi d'autres scènes dont rénumération ne nous importe pas ici. une martyre debout sur un brasier, avec son nom : 0EKAA (Thècle); plus loin, des groupes' épars, des fugitifs montés <à âne ou à cheval, et cette légende : ICPAHAEITAI (les Israélites). C'est bien, en effet, le peuple d'Israël fugitif que poursuit l'armée égyptienne commandée par * A PACO et parvenue sur le littoral de la mer Rouge : EPVOPA.
L'existence, l'antiquité, l'origine d'une pensée chrétienne se trouvent ainsi présentées sous nos yeux, non sans doute avec toute la clarté désirable, mais du moins avec la certitude nécessaire. Les premières générations de fidèles se sont préoccupées de requérir et d'obtenir l'assistance divine à l'instant solennel où l'âme paraissait devant son juge. Nous en avons la preuve monumentale que Jacques Spon réclamait et la preuve liturgique que ses contradicteurs étaient hors d'état de lui administrer; nous verrons bientôt que la preuve patristique, s'ils s'en fussent donné la peine, était plus encore sous leur main.
1° La sortie de ce monde figurée par la sortie d'Egypte et le passage de la mer Rouge rencontrée sur une fresque et sur de nombreux sarcophages.
Sacramentaire gélasien, Oratio post scpulluram : Obsequiis rite celebratis... posl Israhelis exitum ex JEyijplo, deprecemiir clemcntiam Dei Patris pro animci cari nosiri, quem Dominas de laqueo hujus mundi liberavit.
2° L'assistance divine se manifestant en faveur du fidèle placé dans un péril grave dont Dieu le tire par une intervention d'apparence miraculeuse. (Pour tous les monuments voir Diclionn., aux mots : Abraham, Daniel, David, etc., etc.)
— Noé : fresques, sarcophages, bas-reliefs, pierres gravées, anneaux. L'allusion au secours donné à Noé est évidente sur les monuments qui offrent simplement une colombe tenant un rameau dans le bec.
Commendatio animée : Libéra, Domine, animam ejiis, sicut liberasli Noe de diliwio.
— Abraham : fresques, sarcophages, bas-reliefs, lampes, médailles, etc.
Commendatio anima; : Libéra, Domine, animam ejus, sicut libtrasli Isaac de hostia et de manu palris suie Abrahse.
— Élie : sarcophages.
Commendatio anima; : Libéra, Domine, animam ejus, sicut liberasli Enoch et Eliam de communi morte mundi. Constilul. apost., 1. VIII, c. xi.i : Oratiu pro mortuis.
— Hébreux passant la mer Rouge : fresques, sarcophages.
Commendatio anima; : Libéra, Domine, animam ejus, sicut liberasli Moi/sen de manu l'Iiaraonis.
— Job : sarcophages, fresques.
Commendatio animîe : Libéra, Domine, nnimam ejus,
sicut liberasli Job de passionibus suis.
— David et Goliath : sarcophages.
Commendatio anima; : Libéra, Domine, animam ejus,
sieul liberasli David de manu régis Saul et de manu Goliath.
— Daniel, Suzanne, les trois Hébreux, Jonas peuvent tous recevoir semblable vérilication. On voit que les exemples ne sonl ni rares ni douteux et appartiennent â la véritable antiquité. Ils nous prouvent ciue les lidèles n'hésitaient pas â cm|)loyer en faveur dfcs mourants le recours â la prière pour leur obtenir la pr.'ice <le l'intervention miséricordieuse de Dieu.
DÉFUNTS
Mais ce n'était pas seulement en faveur des agonisants dont le sort éternel n'était pas encore fixé qu'intervenait la supplication des fidèles, c'était aussi en faveur des défunts, afin de leur procurer le soulagement et de hâter leur entrée dans la gloire.
Le i''' siècle ne nous offre litière de témoignages relatifs à la prière pour les tréiiassés. l'a seul passage du Nouveau Testament peut s'entendre d'une allusion à ce souvenir. C'est dans la II" à Timothée : A'^ir, a Jtoj (ru) 'Ovrii'.çfipo)) o K-iv.o; £jç.£iv k'/îo; -afi Kupio-j iv ixii'/Tj Tr, f,a£ç,a'; ici, le contexte donne à entendre que la lettre fut écrite après le décès d'Onésiphore. Après ce témoignage nous restons longtemps sans rien rencontrer; même la longue invocation contenue dans la lettre du pape saint Clément aux Corinthiens ne nous offre rien; elle intercède pour les seuls vivants, chrétiens ou non, et ne fait aucune allusion aux défunts. Rien non plus dans la Didachè. Ht ce silence se poursuit dans les écrits de saint Ignace d'Antioche, de saint Justin, de saint Irénée.
Le texte le plus ancien vraiment caractérisé nous est donné par le récit du martyre de saint Polycarpe. Dans la lettre écrite par l'Église de Smyrne à cette occasion nous lisons ces mots : « Nous plaçâmes ses ossements dans un lieu convenable. C'est là que nous nous réunirons, dès que nous le pourrons, dans la joie, et Dieu nous fera la grâce de célébrer le jour anniversaire de son martyre, tant pour honorer la mémoire de celui qui a combattu que pour exercer les générations futures à l'imiter -. . Ce texte formel nous reporte à une date certaine, en l'année l.")5; il présente d'autant plus d'intérêt qu'il renferme des expressions — àvaXÀ'îts!; et Xaoi — qui invitent à penser que celte commémoraison était accompagnée d'une agape eucharistique. (Voir Dictionn., t. i, col. 792-797.)
Prière, repas et communion sont de bonne heure en pratique en Orient pour le soulagement des défunts. Dans les Acta Pauli et Theclie, il est dit que la reine Tryphène entend, dans un songe, sa fille morte lui demander de recourir aux prières de Thècle pour obtenir « d'être placée parmi les justes » : ï/a 'i.i-%xî'ur> £•; tov Sizaiov -l'j-o'i '. Tryphène s'en acquitte et formule sa demande en ces termes : « Prie pour mon enfant afin qu'elle vive dans l'éternité. » .\utre témoignage non moins caractérisé dans les Acta Joannis; nous y voyons cet apôtre priant sur une tombe le troisième jour après la mort et célébrant « la fraction du pain » qui est, sans contestation possible, l'eucharistie *. Enfin, au seuil du iii« siècle, la célèbre l'assio Pcrpetuœ nous montre la martyre implorant pour son petit frère Dinocrate, mort d'un lupus à la figure dans l'âge de la première jeunesse, la grâce de passer du lieu de misère où il était retenu « dans un lieu de rafraîchissement, de rassasiement et de joie ' » : Dinocralen {video) mundo corde, bene vestitum, rcjrigeranlem... et satiatas excessif de aqua tudere more inlanlium gaudens.
Ce texte nous a amenés à Carthage et c'est là que nous voyons pour la première fois les prières et les ofi'randes pour les défunts prendre place otriciellement dins le service liturgique. TertuUien, dans son traité intitulé : De anima, nous dit, à propos d'un défunt que, dans l'intervalle écoulé entre sa mort et sa sépulture, i!
* II Tim. 1, 18. — ' Marlyrium Polycarpi, xviii. —
• Acta Pauli et Tliechc, dans Acia a/jostolurum apocrgpha, édit. Lipsius et Bonnet, t. ii, 2'^ part. p. 86. — * Acta Joannis, dans Acta apost. apocr., édit. Lipsius-Bonnet, t. i, p. 255. —
* Passio S. Perpeluœ, vii-viii, édit. Arm. Robinson, dans Texls and studies, t. i, fasc. 2, p. 72. — ' Tcrtulllen, De anima, c. li. A la date où ce traité fut composé, Tertullien avait déjà donné dans le niont;uiisme. — ' Tertullien, De exhorlalionc caslitatis, c. Li : DtiiB uxores euindeni circunistant maritum, una spirilu, alla in carne; neqiie enim pristinam poteris adisse, cui etiam religiosiorem reseruas a/fecium
fut accompagné de la prière du prêtre : Cum in pace (hrmisset et morante adhuc sepuUara, intérim oralione ]>rcsbijteri componerclur ". Que faut-il entendre à cette date, en Afrique, par une uralio prcsbijteri'.' Faute de pouvoir citer un monument technique ou rappeler un texte parallèle, nous ne pouvons le dire. -Mais n'est-ce pas quelque chose de pouvoir se poser la question et la ([uestion n'est-elle pas, en un sens, plus suggestive que toute réponse qu'on y pourrait faire. Si, comme on peut le supposer en tenant compte de ce qui se passait pour l'oraison eucharistique, cette oralio n'a encore rien de fixe, du moins elle a son rang marqué et son sens déterminé. A défaut d'autre chose, on peut comparer la mention qui nous en est faite avec celle de; oratioiies post obilum [h\ ominis du sacramentaire dit gélasien et les oraliones in agenda mortuorum du sacramentaire grégorien. Dans un autre traité, TertuUien tire argument, contre les secondes noces, de l'embarras où se trouverait un veut remarié et tenu par l'usage à faire les prières et les oblations annuelles pour l'âme de sa femme défunte '. Même embarras pour la veuve remariée qui prie pour l'âme de son mari, demande pour lui le rafraîchissement et la réunion dans la première résurrection et fait des offrandes au jour anniversaire de sa mort '.
C'est encore à Tertullien que nous devons un précieux renseignement sur la coutume d'offrir l'eucharistie pour les morts le jour de leur enterrement et le jour anniversaire de leur mort ; Oblationes pro de/unctis, pro nataliciis, annaa die facimus '. Saint Cyprien, moins d'un demi-siècle plus tard, parle du sacrifice pour les défunts comme d'une pratique réglée et dont il n'avait fait que recueiUir l'usage dans la succession de ses prédécesseurs : Quod cpiscopi anteccssores nostri religiose considérantes... censueruni ne quis fraler excedens ad tutelam vel curam clericum nominaret ac si quis hoc fecisscl, non olferretur pro eo ncc sacriflcium pro dormitione ejas celebraretar ■". Défense était faite de l'olïrir pour quiconque aurait violé telle ou telle loi ecclésiastique. Être nommé au Mémento de la Uturgie eucharistique était évidemment, au temps de saint Cyprien, un privilège hautement apprécié, et la discipline qui privait de cette faveur certains coupables devint une arme redoutable aux mains des évêques et des prêtres. Des phrases comme celles-ci : offerre pro aliquo, sacrificio pro aliquo (ou pro dormitione ejas), cclebrare apad allure Dei, nominare in prece, deprecalionem alicujus in ecclesia /requenlarc sont familières aux lecteurs de saint Cyprien. « Et par là on peut se faire quelque idée de la vie religieuse de Carthage au miUeu du in° siècle. Nous voyons le clergé et le peuple entourant l'autel de forme primitive; nous entendons le nom des défunts lu par le diacre et la prière d'intercession adressée pour eux à l'évêque; nous voyons les chrétiens en larmes retourner chez eux réconfortés par la pensée que leur frère repose dans l'unité de l'Église et dans la paix du Christ. Et quand revient Vannivcrsaria commemoralio d'un martyr, nous saisissons la note de joie triomphante qui accompagne le sacrifice offert sur son tombeau ". »
Il est vraisemblable que l'ÉgUse de Carthage n'a pas été isolée dans sa pratique de prier pour les trépassés.
ut j'am receptœ apad Dominum, procnjus spiritii postulas, pro quu oblationes anniias rt'dtiis. .S'ïa/'is ergo ad Dominum cum tôt uxoribus quoi in orationr coniinenioras, et offerres pro duabus et commendabis illas duas per sacerdotem. — ■ * Tertullien, De monogamia, c. x : Pro anima ejas oral et rc/ri' gerium intérim postulat ei cl in prima resurrectione consor^ tium, et allers annuis diebiis dormitionis cjus. P. L., t. il, col. 1)12. — ' Tertullien, De corona, c. m, P. L., t. n, col. 78. — '".Saint Cyprien, Hpist., i, 2, P. I,., col. iv, col. 197. — " Vacaiidard, dans Beu. du Clergé Irançais, 1907, t. Ul, p. 131.
DÉFUNTS
Un passage de la traduction latine du commentaire d'Origène sur l'épître aux Romains ' semble fournir la preuve qu'une semblable commémoration des martyrs avait lieu dans l'Église de Ccsarée vers le milieu du ni« siècle : Memini in latinis cxcmplaribus mugis haberi: memobiis sanctorum communicantes. Rufm laisse entendre qu'Origène hésite entre la leçon /pe'.a'.; et la leçon [r/v.Ti::, au verset 13 du chap. xii de l'épître =, et il ajoute que « commémorer les saints soit dans les collectes solennelles, soit pour mettre à profit leur souvenir, parait être une chose convenable et bonne. » Mais les critiques se demandent si c'est Origène qui parle ou Rufin, et la question ne comporte pas de réponse certaine. Si l'on considère le caractère spéculatif des écrits d'Origène, son silence au sujet de la prière des vivants pour les morts est d'autant plus remarquable qu'à plusieurs reprises il fait allusion à la croyance que )es morts prient pour les vivants ^ Mais ce silence est commun aux autres auteurs du iw siècle, exception faite des écrivains du nord de l'Afrique.
C'est encore un Africain, .\rnobe, mais qui ne s'était pas cantonne dans sa patrie provinciale, qui nous présente, aux environs de l'an 300, un curieux témoignage. Il proteste contre la destruction des églises des fidèles, parce que, dit-il, dans ces églises on prie à la fois pour les vivants et pour les morts : Ciir immaniter convcnticLila dirui ? in qaibus summas oratar Dcus, pax cunctis et venia postiilalur, magistratibus, exercitibus, regibus, familiaribus, inimicis, adhuc vitam degentibus et rcsolulis corporum vindione *.
Jusqu'ici la httérature canonique ne nous a rien appris touchant la prière pour les trépassés. Ni la Didachc, ni les Cunons d'Hippolyte ne nous en disent rien, sauf cette rapide indication contenue dans les canons et qui a son prix : Si fil anamnesis pro iis qui dvjundi siint, primum anicquam consideanl mysteria sumant nequc (amen die prima.... Post oblalionrm distribualur eis punis È?of./.'.3;j.oj antequam consideant *. L'ancienne version latine de la Didascalic contenue dans le palimpseste de Vérone, s'exprime ainsi : Dans les commémoraisons, réunissez-vous, lisez les saintes Écritures et offrez des prières à Dieu; offrez aussi la royale eucharistie qui est à l'image du corps royal du Christ, tant dans vos collectes que dans le cimetière; et le pain pur que le feu a purifié et que l'invocation sanctifie, oflrez-le en priant pour les morts °,
A partir du w" siècle, les liturgies des Églises se fixent et font une place à la commémoraison des défunts dont elles témoignent parallèlement aux textes historiques. Tandis qu'Husèbe nous rapporte qu'en 337 le corps de Constantin le Grand fut déposé devant l'autel oCi prêtres et fidèles offrirent à Dieu des prières pour le mort ", en 348, Cyrille de Jérusalem nous apprend que dans son Église « après la commémoraison (les saints on offre le sacrifice pour les pères, les 6vèques et tous ceux qui reposent parmi nous, persuadés que cela doit être grandement utile aux âmes de ceux pour qui est faite cette prière '. » Vers le même temps, Sérapion de Tlimuis compilait un recueil liturgique dans lequel nous trouvons la formule d'intercession pour les morts : « Pour tous les défunts dont on fait la mémoire, nous prions ainsi : Sanctifie ces âmes, car tu
' Origène, Opcra, édit. Lommatzsch, vu, p. 314. — ' Ilomil. in Num., xxvi, 6; Ilomil. in Jnsue, xvi, ,5; De nralione, xiv, /'. /,., t. xii, col. 778. — • Vacandard, op. cit., p. 152. — ' Arnob., Adversus nalioncf, 1. IV, c. xxvi, I'. /,., t. LVii, col. 225. — ' Canones Uippolyti, dans Cabrol et Leclercq, Monum. Ecdci. lilurg., t. i, 2' partie. — • Oidascalie, fragm. de Vérone, dans même recueil, t. i, 2' part., p. 238. — ' Eusébc, De vita Conslanlini, 1. IV, c. Lxxi, P. G., t. XX, col. 1225. — ■ Cyrille de Jérusalem, Calfclii.sc m//s/nj70(7.,v, 9. P. G., l. xxxiii, col. 1116. — • Journal 0/ tlimtogical .'liidies, t. i, p. 100. — " Jbid., l. i, p. '2(18,
les connais toutes; sanctifie toutes celles qui dorment dans le Seigneur et mets-les au rang de toutes tes saintes puissances et donne-leur place et séjour dans ton royaume '. » Le même Sérapion nous a conservé une prière pour l'inhumation dans laquelle on lit : " ... nous te prions pour le repos de l'ànie de ton serviteur (ou de ta servante); donne le repos à son esprit dans un lieu verdoyant et paisible, et ressuscite son corps au jour que tu auras marqué '". » Dans la liturgie du livre %'IIP des Constitutions apostoliques ", nous rencontrons cette observation : « Prions pour le repos de tel (ou telle), afin que le Dieu bon, recevant son âme, lui remette toutes ses fautes volontaires et involontaires et que, dans sa miséricorde, il la place dans le lieu des âmes saintes. »
A partir du iv= siècle on n'a que le choix entre les témoignages. Saint Jean Chrysostome recommande aux fidèles les oblations et les prières pour les défunts : " Portons-leur secours et faisons leur commémoraison. Si les fils de Job ont été purifiés par le sacrifice de leur père, pourquoi douter que nos offrandes pour les morts leur apportent quelque consolation ? N'hésitons donc pas à porter secours à ceux qui sont partis et à offrir nos prières pour eux '^. » Ailleurs il affirme]» que les apôtres ont établi la prière pour les morts, que cela leur est d'un grand secours et d'une réelle utilité ''. » Malgré leur imprécision, qui tient au mode oratoire, ces afTirmations comptent du moins pour l'époque â laquelle elles appartiennent. Saint Épiphane nous garde un détail plus positif, il remarque que de son temps on faisait mémoire des défunts en les nommant par leurs noms : :-'. o": Tôjv T;/.£'JTr|3ivT'-ov. s? ovc!jj.aTO; Ta; ijLviriaa; -oioOv- Tn, ::oo3£j/à; tîXoû'vtî; zal XaTpïia; za! oixovoaia; ". h' Histoire Lausiaque mentionne l'usage de l'Agape eucharistique dans les monaslêrcs égyptiens, non seulement à l'occasion des obsèques d'un frère, mais encore le troisième jour et le quarantième jour après sa mort''. Ces services commémoratifs sont interdits pour deux nonnes qui se sont suicidées '°. L'n intéressant passage des Réponses canoniques attribué à Timotliée d'Alexandrie règle sur ce point la pratique de l'Église égyptienne : il est décidé que le sacrifice sera célébré dans le cas où le suicide pourra être mis avec certitude au compte de la folie >'.
En Occident, vers 387, nous trouvons cette lettre de saint Ambroise à un ami qui pleure la mort d'une soeur : « Il ne faut pas tant la pleurer que l'assister de vos prières; ne l'attristez pas par vos larmes, mais recommandez plutôt son âme à Dieu par des olilalions ". » Si on'se rappelle les liens qui unirent saint Ambroise avec saint Augustin et sa mère, on ne s'étonne plus d'entendre sainte Monique réclamer uniquement au Ut de la mort qu'on « fît mémoire d'elle à l'autel '".» lille eut lieu d'être satisfaite, car son fils et les amis de celui-ci « prièrent pour elle avec ferveur pendant (|u'on offrait à son intention le sacrifice de notre rédemption ="; 11 et tout n'est jias fini par ces prières imnié- <liates, elles peuvent se succéder indéfiniment -'. Saint .\ugustin s'est exprimé très clairement sur ces suffrages accordés aux défunts : « Lorsqu'on offre, dit-il, pour tous les défunts baptisés le sacrifice de l'autel ou celui de l'aumône, tous n'en profitent pas également; pour
275. — " Nous avons analysé lu caractère de celle lilur^^ic, voir Diclionn., t. m, col. 2718. — " S. Jean Chrysosloine, Ilomil. in 1 Corinth., XLi, 5. P. G., t. 01, col. .301. — '"S. .loan Chrysostome, Ilomil. in Plnlipp., m, iv. P. G., l. 02, col. 197. — " S. Épiphane, Panari'oji, III, ii, 21. — " Palladlus, tlisl. limsiaca, édit. Huiler, sccl. xvi, .xxii, p. 193. — " Ibid., scct. XXXIII. — " Jiesponsacunonica, n.l4. — " S. Ambroise, Episl. 1, Lix, 4; et. De obilu Valentiniani, n. 78. P. L., t. XVI, col. 138. — "S. Augustin, Con/cssioni», I. IX.c.xxxii, P. L., l. .32, col. 777. — '» Ibid.. 1. IX. c. xxxvi. P. L..t. 32, col. 778. — " Ibid., I. IX, c. xxwii. P. /.., l. 32, col. 779.
DÉFUNTS
ceux qui ont été très bons, ce sont des actions de grâces, pour ceux qui n'étaient pas très mauvais, ce sont des propitiations; pour les très mauvais, si elles ne sont d'aucun secours aux morts, elles sont une consolation pour les vivants; à ceux à qui elles sont utiles, elles le sont pour leur obtenir une pleine rémission de leurs fautes ou du moins pour que leur damnation devienne plus tolérable '. »
Des doutes s'étaient élevés, des négations avaient été propagées sur l'opportunité et l'eflicacité de la prière pour les morts : DéjA, avant l'année ^50, saint Cyrille de Jérusalem prémunissait les catéchumènes contre les objections qu'ils pouvaient rencontrer : « J'en connais plusieurs, dit-il, qui demandent quel profit l'âme qui a quitté ce monde, avec ou sans péchés, peut tirer des prières faites dans la comniémoraison des morts. « Et il répond : « En oITrant ces prières de la litur^-ie, nous oITrons le Christ qui a été sacrifié pour nos péchés et nous rendons ainsi Dieu propice aux morts aussi bien qu'à nous-mêmes '. » Peu de temps après, Aérius du Pont blâma comme déraisonnable et abusive la coutume d'olTrir l'eucharistie pour les morts. « Pourquoi, disait-il, après la mort, nommezvous (au sacrifice) les noms des défunts ? Le vivant prie, en quoi cela peut-il servir le mort ? Que si la prière de ceux-ci sert à ceux-là, ce n'est pas la peine de vivre pieusement et de faire le bien; il sullit de se faire des amis qui prieront Dieu pour nous, qui obtiendront ([uc nous ne souffrions aucun mal après la mort et que nous n'ayons pas à payer la peine de nos forfaits. » Saint Épiphane répondit à Aérius que cette pratique repose sur la conviction que les membres défunts de l'Église existent encore et vivent avec le Christ, prier pour eux n'a rien de plus étrange que de prier pour des amis en voyage. Alors que nos prières ne viendraient pas à bout d'effacer toutes leurs fautes, elles leur rendraient néanmoins service. Dans la liturgie nous nommons justes et pécheurs, invoquant les uns, suppliant pour les autres, nous nommons les saints et le Christ dont la pureté et la sainteté est si différente. Quoi qu'il en soit, telle est la règle admise et imposée par l'ÉgUse, elle ne s'en écartera pas \
Chacun de ces textes était assez clair pour témoigner de l'usage de la prière pour les défunts dans la primi-
tam inuisibilium quam eliam visibiliam et sempcr el tota natura, etc.; qui peciiliarent protoplastis œternss vitie mandiim quemdam paradisum in oriente constiluit, arborem viUc plantavit, scientiie, boni el mali similiter alleram arborem collociwit, nvindalam dédit, sententiiim contra delictum slaiuil; Noe justissimum de diluuii pcriculis prn mcrito innoccnlia: fideiquc scruavit; Enoch translulil; in aniicitix societatem Abratvtni colleijil; Isaac protexil; Jacob auxit; Moysem duccm populo prœlecil *....
Ainsi les types symboliques auront eu pour destinalion de suggérer aux fidèles qui visitaient les catacombes et les cimetières les invocations renfermées dans VOrdo commendalionis animai, et dans d'autres prières plus anciennes encore, de leur rappeler ce que les défunts attendaient des vivants et quels arguments les vivants avaient à faire valoir auprès de Dieu en faveur des défunts. Nous parlons des catacombes parce qu'elles offrent une sorte d'abrégé de toutes les représentations, mais il est fort possible et même probable que les maisons particulières comportaient parfois une décoration analogue ".
L'épigraphie chrétienne étant surtout funéraire nous offrira ([uelques textes particuUèrement significatifs sur la croyance des fidèles.
L'inépuisable inscription d'Abercius, antérieure à l'année 216, nous oITre ce passage " :
TaùO' ô voôjv eù'ÇaiTo GnÈp ' A6sp/.lou :;Sp ô duvwBo?
celle de Pectorius réclame également le souvenir des survivants : 5:o];jivr;3£w Ih/.top'ojo ' et en 268 ou 289, à Flome, au cimetière de CalUste : MARCIANE VIBAS INTER SANCTIS * et, du même temps, au cimetière de Priscille » ;
POSV[« /pc]RECHIVS COIVGI ALBINVLE BENEMERENTI SIC VT SPiRITVM TVVM DE 5 VS REFRIGERE!
Plus explicite encore ce texte antérieur à la paix de l'Église, conservé aujourd'hui au musée de Latran '° :
■ LVCIFERE CO[ilVGI DVLCISSIME OMNEM
DVLCITVDIN[<.']M CVM LVCTVM MAXIME
MARITO RELIlf/VISSET MERVIT TITVLVM
INSCRIBTVS QVI SO[u;5] DE FRATRIBVS LEGERIT ROGET DEV
VT SANCTO ET INNOCENT[( s/'lIRITO AD DEVM SVSCIPIATVR