DALLES-BALUSTRADES
à huit rayons porte, dans deux de ses motifs cordiformes, les lettres A CO, qui n'accompagnent que la croix ou le monogramme du Christ et sont toujours caractéristiques des représentations symboliques de Jésus.
< Mais ces roues monogrammatiques d'Assos et de Favaric ne sont pas datées, l.a solution se troiive sur un marbre de Syrie à KoI;anaya, un linteau de porte, daté de 4.S1, est orné de la croix nionocrammatique à P ouvert enferme dans un cercle et d'une roue à huit rayons semblal)les aux nôtres '. 11 en résulte que la roue des plaques de Delphes, du linteau d'Assos, de l'autel de Favaric est bien un monogramme du (Christ, dont la forme très particulière était en usage vers le milieu du v« siècle. Cette conclusion est confirmée par ce fait qu'au v^ siècle l'halntude fut très répandue de marquer les monuments de trois croix ou monogrammes. Le premier exemple que nous en connaissions est à Chaqqa, au i v^ siècle, où l'on voit une simple croix longue entre deux X ', à Delphes sur une imposte (n" 443): à Boulaq, sur une dalle ^, ce sont des croix longues qui encadrent une croix longue monogràmmatique. La même croix monogi-ammatique, répétée trois fois, se trouve en tète d'inscriptions du v= siècle, h Athènes ' et à Milan ^ On a rencontré la croix ou le monogramme entre des croix inscrites dans des cercles à Chaqqa, au v siècle ", à Deir Seman, en 447 ' et quatre fois au Dscholan ^ en Syrie. Deux sarcophages de Ravenne ' portant sur leur couvercle trois monogrammes pour toute décoration, décèlent une exécution si fine et si savante qu'ils ne peuvent guère être postérieurs au v<^ siècle. La roue que nous avons vue à Delphes est sculptée entre deux croix sur un linteau de Deir Sanbil '» qui est de 420. Enfin, le monogramme dans une couronne à lemnisques est accosté, sur des sculptures du Dscholam, une fois de rosaces " et une fois de simples croix '-, et, sur la porte d'Or :; Con.slantinople " dans la partie qui date des dernières années du tv« siècle, de deux croix longues monogrammatiques '*. »
Ces dalles sont donc du v siècle et elles marquent une date de décadence. Si on se reporte aux cancels ajourés dont nous avons Jigiiré et signalé des exemples'-, on voit qne dans les catacombes, les ba.siliques du IV" siècle, la didle ajourée ofi'rc le type en vogue; non seulement on le rencontre partout, mais sur les monuments, c'est lui qu'on figure et nous retrouvons sur les diptyques, les sarcophages, les bas-reliefs, le modèle si ordinaire des écailles. Quand les artisans n'osent plus s'aventurer à percer à jour, c'est encore les écailles qu'ils incisent (voir t. ii, fig. 200{")), la mode des dalles ajourées se prolonge pendant le v siècle, mais sans doute on en fait de moins en moins, car il nous en reste très peu de cette époque; « au vi" siècle, on ne les retrouve C|ue sur les diptyques consulaires, dans lesquels la recherche de rarclia'i'smc était de règle. Les dalles du Vf siècle ont un tout autre caractère. Nous savons déjà qu'elles sont pleines, qu'elles comportent des moulures profondes et qu'il s'y mêle des carrés, des losanges et des croix. On y sculpta aussi, soit la croix longue au-dessus d'un cercle '", soit des rosaces et des losanges reliés les uns aux autres ". Avec le VII" siècle, on voit les quatrc-feuilles remplacer
' De VoRilé, Syrie centrale, pi. xcix, p. 88. — ■ Surie cen- Irale, pi. x, p. 51. — ■ AUminres de VInsliliil /ranrnls nu Caire, t. m, fnsc. .3, pi. xl. — « riôiniselw Qiiarlnhclirlll, 1890, t. IV. p. 0. — •■ ForccUa et Sclettl, Isrri^. crisl. di Milano, p. 22.1. n. 207. — ' .Syrie ccnirale, p. .'il. — ' Ibid., pi. r.xiv. — ' ('.!. Srliuinaclicr, clans '/.eiLschriH des detitsch. Palaxl. uerein.i. 1,S«0. I. ix. p. 290, 3i:i, .115-:ilfi. — " SInria delV arle crisllann, pi. (■r.r.xi.vi, 2; pi. cccxci, .1. — "> Syrie cenirnle, pi. r.i.i. — " ScluiinBclicr, op. cil., p. 338. — '• Ibid., p. 323. — " Sfrj.^gowsld. ilixns Jahrli., 1898, t. viii, p. 231. — ' r, mirent, Delplm chrélien, p. 250-2.'ir). — '* Voir nicllon
les cercles et les monogrammes perdre la hasic infélieure de leur P •'. Puis le champ se couvre de plus en plus de cercles, d'entrelacs, où les plantes, les ani-
[)5. — Dalle-balustnui.' ih- .Miin. ;ui Musée de licrli
IV.nprès O. VViiirf, AIMirisIliclic iind MillelaUerliche Bililwerke, Berlin, 190<.), p. (iO, n. 17.'>-177.
maux et les croix sont semés sur les caprices les plus
variés. L'évolution apparaît complète au ix'' siècle,
dans les constructions des empereurs macédoniens ". »
Les dalles pleines décrites au type de la rosace cl
nu mol C.ANcri., t. ii, col. I.S'il sq. — " liull. di nrclx. crisl., 1877, p. 11, pi. m: monument ruiièrnirc do Félix, consul en 511; SalzenberH Allchristltchc, BaudenhmSIer ron Konslantinnpel, Berlin, 1855, pi. xvii. n. 8: dalles de Sulnfc- Sopliie: Oncasnn, I.a hasillea di San Marco, p. 110-111 : uros pilastres '^ l'angle sud-ouest, de Saint-Marc de \* cuise. — " Balustrades du Pont Sainro, près de Borne, construit par Nurses, Séroux d'.VKliuourt, .•Irc/ii/ccdirr, pi. xix, n. 5, fi; Cattaneo, .-Irr/i/lc/dira. p. 40. — "Tcxicr, •1rdii(i'cJ.,iil. xxii: M Salul-Déniétilus de Snlonlitur. — " Hnzantinlsrlie '/.elts- .chrlfl, 1891, I. m, pi. m.
I) \l,L!:S-li M.IJSTliADI'lS
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(les croix loiifjues apparlicniunl iloiic ;ni v sicH:Ic, saut quelques retardataires (|ui i)i-uvcnt prendre place au wi", mais alors une autre décoration prévaut. Cependant soit pour appareiller des eximplaircs, soit M<iflt des incdélts désuets, on en lit alors des copies (pii n'étaient pas d'une absolue fidélité. Dans les unes, les lemnisques i\'aboutissent pas sous les croix latérales: dans d'autres, il y a des candélabres ou des rosaces dans le contour de ces croix ', modifications qui peuvent remonter au v siècle. Mais, parfois, on voit sous les croix une palme ou un arbre et celles-ci sont pculèlre postérieures. (.)n peut considérer comme plus récentes les dalles où manque une partie de notre motif, soit les Icmnisqucs, conmie c'est le cas à Saint-Marc de Venise et sur une dalle de Monza; soit les croix, comme sur les dalles de la Théotocos à Constantinople et du musée de Ravcnne. Enfin le monogramme du centre fait place à une simple rosace ornementale sur certaines dalles de Venise et sur deux dalles de Saint-Luc en Phocide. Dans ces dernières, cet oubli du sens primitif tlu motif central n'est pas le seul élément nouveau; on y a substitué des serpents aux Icmnisqucs, un torse orné de rinceaux aux listels ordinaires, la pierre a la forme resserrée d'un carré au lieu du large rectangle primitif. Il est probable que ces dalles sont du ix" ou du x° siècle -.
Celte décoration avait un sens symbolique. On ne compte plus les sujets chrétiens sur lesquels on voit le clirisme flanqué de colombes, d'agneaux, de paons, de cerfs, etc. L'analogie est plus frappante quand le chrisme est placé, comme sur nos dalles, dans une couronne i» Icmnisqucs. Le monogramme central figure le Christ et les figures latérales tiennent la place des fidèles. Sur les dalles-balustrades de la série que nous venons d'étudier, les fidèles sont représentés par les deux croix longues, ce qui est nouveau, rare et, à tout le moins, douteux. /
On pourra se faire une idée de la position des dallesbalustrades d'après celle provenant de Milet et conservée au musée de Berlin (fig. 350.")). Hauteur 1"»07, largeur O*"!)?, épaisseur 0'"'20; au centre, un monogranune (pi'on propose d'interpréter ' .K^^/i-'.iy.dr.o'j ■■'.