‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 84 sur 251 · VENIT DE GALLIA PER MAN 5 SIGNES L VT COMMEMO · texte numérisé non relu

VENIT DE GALLIA PER MAN 5 SIGNES L VT COMMEMO

RARET MEMORIAM DWlcis

siMI WIARITI

bene QVESCAS DS/LCiaaime

mi mariJE ^

Les jours consacrés à lu lucnioire d'un défunt sont, dans les Consiiluiions apostoliques, 1. VIII, c. xlii, le troisième, le neuvième, le quarantième et l'anniversaire. C'est évidemment de l'anniversaire qu'il est question dans cette dernière inscription puisque le seul voyage demandait cinquante étapes. Ces dates sont conservées dans l'Église grecque ^. Le quarantième jour est encore attesté par saint Ambroise *. Le rituel latin remplace le neuvième et le quarantième jour par le septième et le trentième. L'abandon du neuvième est expliqué par saint Augustin. Les païens célébraient cette date, le novemdiale. et. de fait, les Constitutions apostoliques paraissent se référer à l'usage civil pour jusUlier le choix du neuvième jour : ' EvvaTa v.; j;:o;j.vr,- 3'.v Twv -£c'.ovT'-'jv /.!'. Twv x£zoi;ir,[j.=vtjv. Septimus veto dies, ajoute saint Augustin, auctoritatem in scripturis liabet^...seplenarius numerus propler sabbali sacramentum prœcipue quielis indiciam est ".

L'usage de la commémoraison mérite un peu d'attention. Tous les peuples indo-européens ont eu leur fête des morts. On sait combien l'Église chrétienne lutta contre les usages païens en matière de funérailles : interdiction de l'incinération, des couronnes, des repas funèbres. L'ancienne religion trouvait dans ces usages, qui lui étaient souvent antérieurs, le plus solide terrain de résistance. L'une des fêtes des morts du calendrier païen avait été de bonne heure remplacée à Rome par l'une des fêtes de saint Pierre, celle du 22 février qui effaça la Cara cognatio, fête des défunts de chaque famille. Pendant longtemps les morLs n'eurent pas de jour consacré, ce ne fut que tardivement et après l'initiative monastique quel'Église admit cette fête nouvelle en la combinant avec la fête, également récente, de la Toussaint.

Le premier témoignage formel de l'adoption d'un jour spécialement consacré au souvenir des défunts nous est donné par Amalaire de Metz : « Il importe, dit-il, que tous les fidèles défunts aient une part au saint Sacrifice, et parce que nous ignorons leur sort dans l'autre vie on consacre un jour à leur mémoire; car si notre piété a consacré un jour pour honorer la mémoire des saints, qui ne sont point sans répandre dé nombreux bienfaits sur ceux qui les invoquent, ainsi en doit-il être à l'égard des défunts pour leur soulagement et la satisfaction de notre dévotion '. » Ce n'était pas une institution qu'Amalaire désignait en ces termes, mais un souhait qu'il émettait et dont il désire la réalisation. Il faudra plus d'un siècle encore pour que ce souhait reçoive son accomplissement.

Beaucoup de monastères célébraient à certains jours de l'année la commémoraison des défunts inscrits au martyrologe ou admis à la confraternité de suffrages.

* A 21 kil. au nord de Vicence. — - Mabillon, lier llaîicum litterarium, 1681 , p.206;Corp. inscriptionum lalinarum,t, v, n. 2108, sur ces longs voyages, cf. P. Perdrizet, ï"roi.s inscriptions latines de lioumélie, dans Bull, de corresp. Iiclléniiiui: 1900, t. xxiv, p. 542-544. — 'J. Goar, lij/o- >oi".ov siue Ritiiale Gracorum, in-Jol., Paris, 1647, p. 540. — * S. Ambroise, De obilu T/icodosiï, c. m. — ^ Genèse, i-, 3; Sagesse, xxii, 13. — * S. Augustin, Quasi, in Hep-

laleudntm. î, qiin-st. n.xxn, P. L., t. xxxiv, col. 596

' Amalaire, De enlesiastim n[ficio, I. UI, c. XLiv, lxv.

A Cluny, cette solennité avait lieu le second jour après la fête de la Trinité; à Saint-Germain d'Auxerre, le dix des calendes de février. Un abbé de Cluny, Odilon, achemina son ordre et l'Église vers la discipline nouvelle en prescrivant le choix d'un même jour dans toutes les maisons de l'ordre afin d'appeler la miséricorde divine sur tous les fidèles, connus et inconnus, religieux et séculiers, décédés en tous lieux et dans tous les temps. Il choisit le lendemain de la fête de tous les saints comme un rapprochement destiné à stimuler, par le contraste entre l'Église triomphante et l'Église souffrante, la piété de l'Église miUtanle.

,!^ette fixation lit l'objet d'un acte authentique que voici : « Il a été décrété par Odilon, à la prière et du consentement de tous les frères [du chapitre de Cluny], que de même que dans toutes les églises de la chrétienté on célèbre au l''' novembre la fête de tous les saints, de même on célébrera, dans nos maisons, la fête commémorative de tous les fidèles défunts depuis le commencement du monde jusqu'à la fin, de la manière suivante : le jour susdit, après le chapitre, le doyen et le ceUérier feront à tous les pauvres qui se présenteront une aumône de pain et de vin, ainsi qu'on a coutume de le faire le jeudi saint. Tout ce qui restera du diner des frères, à l'exception du pain et du vin, qui seront mis en réserve pour le souper, sera donné à l'aumonier. Le soir, toutes les cloches sonneront, et on chantera les vêpres pour les défunts. Le lendemain, après matines, toutes les cloches sonneront de nouveau, et l'on dira l'office pour eux. La messe du matin sera célébrée d'une manière solennelle; toutes les cloches sonneront, le trait sera chanté par deux frères. Tous les frères doivent offrir en particulier et célébrer pubUquement la messe pour le repos de l'àme de tous les fidèles. On donnera la réfection à douze pauvres. .\fin que ce décret reste perpétuellement en vigueur, nous voulons et ordonnons qu'il soit observé, tant dans ce heu que dans tous ceux qui lui appartiennent ; et si quelque autre prend exemple sur notre pieuse institution, qu'il devienne par là même participant à tous les suffrages. De même que la mémohe de tous les chrétiens sera rappelée une fois l'an, de même nous ordonnons et tenons pour convenable de prier pour tous nos frères qui militent au service de Dieu, sous la règle de saint Benoît, afin que par la miséricorde de Dieu nous fassions chaque jour de nouveaux progrès. •

La fête fut célébrée pour la première fois en 99S, époque donnée par Sigcbcrt de Gembloux comme date de l'institution. Ceci concorde avec le témoignage d'André d'Anchin qui fixe la première célébration à la troisième année du règne du roi Robert monté sur le trône de France en 'JOG. Cette année-là ou l'année suivante, elle fut introduite an monastère de Farfa, en Italie. Vers la fin de sa vie, l'évêque de Liège, Notker, la fit célébrer. Bientôt elle se répandit partout et la consécration que lui donnèrent divers papes, Silvestre II, Jean XVIII, Léon IX, etc., aida encore à sa diffusion.

i La commémoraison des défunts est devenue autant que Noël et Pâques une des solennités qui ont conquis le cœur des foules. On a vu qu'elle a ses racines dans la plus haute antiquité et, n'en déplaise à Jacques Spon, l'Église cathoUque, loin d'innover, n'avait fait que

P. L., t. cv, col. 1164, 1306. Martigny, Dïdïumi., au mot Ffles, IX, fait remonter la Commémoraison des dé/unis à saint Augustin d'après le texte du De cura pro mortuis gerenda, n. vi, mais dans ce passage la commémoraison t-sl celle qu'on lait à la nicssc pour tous les ïidèlcs catlioliqucs; c'est ce que dit saint Cyrille de Jérusalem, Caiécli., xxiii, tnystagog., v. a Ensuite nous prions pour les pères et les ovcqucs défunts et A la fois (iit)'.);) pnur tous ceux d'entre nous qui ont (luilté cette vie. » ^'oi^ encore Kcnaudot, I.itiirg. orient., l. ii, p. 17, 38.

DEFUNTS

DEHHES

conserver pieusement et développer intelligemment le germe que devait étouffer le protestantisme. L'épigraphie chrétienne ignorée par l'assaillant, dédaignée par les défenseurs, les eût remis dans le chemin de la vérité, s'ils eussent pu Ure le graffite égralignc à la pointe du couteau sur le plâtras d'une crypte de la catacombe de Prétextât dès le in« siècle; il est ainsi conçu • :

SVCVRITE VT

VINCAM IN DIE IVDICII

Bibliographie. — F. Cabrol, La prière pour les morts, dans Revue pratique d'apologétique, 1909, septembre, p. SS1-S93; La fête des morts et la Toussaint, dans Revue du clergé français, 1909, t. LX, p. 257-274.

— L. Delisle, Des monuments paléographiques concernant l'usage de prier pour les morts, dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1847, 11° série, t. m, p. 301-411. — H. FormeviUe, Rouleaux des morts, dans Mémoires de la Soc. des anliq. de Normandie, 1847, II« série, t. v, 1" part., p. 221-284; in-8", Caen, 1848. — Al. Frantz, Das Cehet lilr die Todten in seinem Zasammenhange mit Cullus und Lehre nach des Schriften des heiligen Augustins. Eine patristische Sludie, in-8<', Nordhausen, 1857. — D. Kaufmaini, "■;■:: >= und der Ordo commendationis animœ, dans Œsterreichische Monatschrift far den Orient, 1886, p. 80; Revue des études juives, 1887, t. XIV, p. 246. — J. P. Kirsch, Les acclamations des épitaphes chrétiennes de l'antiquité et les prières liturgiques pour les défunts, dans Compte rendu du IV'^ congr. scient, intern. des cathol., Fribourg, 1898, p. 113-122. — E. Le Blant, Les sarcophages chrétiens de la ville d'Arles, in-Iol., Paris, 1878, p. xxi-xxxix. — H. Leclercq, Dictionn., art. ame, t. i, col. 1529-1542 ; Manuel d'archéologie chrétienne, 1907, t. i, p. 110-115.

— Isr. Lcvi, La commémoration des âmes dans le judaïsme, dans Revue des études juives, 1894, p. 43 sq.

— A. Loth, La prière pour les morts dans l'antiquité chrétienne, dans Revue anglo-romaine, 1895, 1. 1, p. 241- 254. — E. Lucius, Die Anfange des Ilciligenkults in der christlichen Kirchc, in-8», Tul)ingen, 1904. — K. Michel, Gebet und Bild in fruhclmstlicher Zeit, in-8°, Leipzig, 1902, p. 1-33, 48 sq. — [H. Morin], De l'usage de la prière pour les morts parmi les païens, dans Histoire de l'Académie royale des inscr. et b.-L, avec les mémoires de littérature tirés des registres de cette Académie depuis l'armée 1711 jusques et compris l'année 1717, t. m, p. 84-89. — P..., Le IX" centenaire de l'institution de la conunémoraison des défunts, dans Revue bénédictine, 1898, t. XV, p. 467-471. — N. Paulus, Der Ablass fur die Verstorbencn am Ausgangc des Mittelallers, dans Zeitschrift fur kathol. Théologie, 1900, t. XXIV. — ***, l'rcajers for the dead, dans The church quartcrly revicw, 1903, t. lvi, p. 368-394. — P. Perdrizet. Du culte des morts en Macédoine, dans Bull, de correspond, hellénique, 1900, t. xxiv, p. 542-552.

— F. Plaine, La piété envers les morts pendant les cinq premiers siècles de l'Église, dans Revue du clergé français, 1895, t. iv, p. 365-376; La fête des morts du 2 novembre, dates et circonstances de son institution à Clunij et de son extension à l'Église universelle, dans même revue, 1898, t vui, p. 432-446; La messe des morts, dans même revue, 1898, t. xvi, p. 196-218. — G. Rabeau, Le culte des saints dans l'Afrique chrétienne, d'après les inscriptions et les monuments figurés, in-8», Paris, 1903. — S. Reinach, De ht prière pour ks morts, dans .SVrc;i« lldbigiana, sextcnario oblulcrunt amici, in-4°, Lipsiœ, 1900, p. 245-247. L'origine des prières pour les morts, dans Cultes, mythes et religions, Paris,

' De Rossi, Bull, di arclieol. crisl.. 187'J, p. 46. — ' De Vo- Kùé, Syrie centrale. Inscriptions sémitiques, pi. xxxviii, iiiscr. S, p. KVJ. — » Siicliau, (luns MonatsbiriclUdei /.'. Aliad.,

1985, t. I, p. 316-331. — V. et E. RéviUout, Textes égyptiens et chaldéens relatifs à l'intercession des vivants en faveur des morts, dans Revue égijptologiquc, 1896, t. VII, p. 164-182; Les prières pour les morts dans l'épigraphie égyptienne, dans même revue, 1885, p. 1-54. — .Seymour de Ricci, Lettres d'Egypte, dans Comptes rendus de l'Acad. des inseripL, 1909, p. 153-161. — A. Springer, dans Berichte der Konigl. sàchsischen Gesellschaft der Wissenschaften zu Leipzig; phil.-hisl. Classe, 1879, t. xxxi, p. 40. — H. B. Swete, Frayer for the departed in the first four centuries, dans Journal of theological studies, 1906-1907, t. viii, p. 500-514. — Tourret, Étude épigraphique sur un traité de saint Augustin, dans Revue archéologique, 1878, t. i, p. 140- 155, 281-298. — Vacandard, La prière pour les trépassés dans les quatre premiers siècles, dans Revue du clergé français, 1907, t. lu, p. 146-161. — J. Wilpert, Le pitture délie catacombe romane, in-fol., Rome, 1903, p. 456; Ein Cyklus christologischer Gemalde aus der Katacombc der heit. Petrus und Mareellinus, in-S", Freiburg, 1891, p. 30-50.

Page 1