DÉLATEURS — DELISLE
marquait l'heure du danger pour les délateurs, mais, bientôt, ils pullulaient de plus belle.
Les chrétiens n'ont pas échappé à la délation. Le plus ancien document qui nous les montre opprimés par cette scandaleuse jurisprudence nous est olïert par la correspondance de Pline et deTrajan, vers l'année 111. Le gouverneur de Bithynie expose à son souverain l'embarras dans lequel il s'est trouvé à l'égard de ceux qui ad me tamquam Chrisliani de/erebanlar. Il venait d'adopter à leur égard une justice qui ne le rassurait qu'à demi, lorsque propositus est libellas sine aiictore multoram nomina continens; et voici le proconsul qui fait interroger les accusés et les somme de sacrifier à l'empereur. Parmi ceux dont les noms se lisaient sur la liste, les uns avouèrent, sauf à abjurer le christianisme sur-le-cliamp, d'autres affirmèrent que depuis trois ans, d'autres depuis vingt ans ils avaient abjuré. — Trajan répondit au proconsul que dans cette allaire des Clirisliani qui ad te delati /aérant il avait sagement agi, mais il déplorait et blâmait le procédé de délation : Sine auctore oero propositi libdli in nallo crimine locum habere debcnt, et il déclarait que la délation n'était plus recevable désormais : Sam et pessimi exempli nec nostri sxculi est '.
C'est moins un cas de délation que de dénonciation par les esclaves que nous lisons dans la lettre de l'Eglise de Lyon aux frères d'Asie et de Phrygie, en l'année 177 : Capti suni etiam qaidam noslroram serui qui gentiles erani, quandoquidem prseses nos omnes requiri palam jusseral. Qui demonis impulsa, cam tormenla reformidarent quse sanctos perpeli oidebunt, militibus ad hos ipsum coi incilantibus, Thyesteas quasdam cœnas et incestes Œdipi concubitus, et alla quie nec proloqui nobis nec cogitare fas est, ac ne credere quidem sastinemus apud homines unquam gesta fuisse, adversus nos emeslili sunl -.
En 305, le concile d'IUiberis (= Grenade) porte le canon suivant : Delator si quis cxtiterit fldclis, et per delalionem eius aliqais fuerit proscriptus, vel inlerjecius, plaçait, eum nec in fine accipere communionem. Si levior causa fuerit, inlra quinqucnnium accipere poterit communionem. Si catechumenas fuerit, post qainquennii tempora admitlatur ad baptismuni =.
En 314, le concile d'Arles édicté des peines contre les traditores qui différent assez peu des delatores puisque non contents de livrer les saintes Écritures, les archives et le mobiUer hturgique des EgUses, ils ont parfois livré les noms des frères (voir Dictionnaire, t. m, col. 2718 au mot Const.wtine et au mot Tra-