‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 99 sur 251 · DELOS · texte numérisé non relu

DELOS

DELPHES

Près d'une des maisons voisines du sanctuaire des Posidoniastes, dont les fouilles de 1904 ont schevé le déblaiement, a été trouvée une épitapiie clirétienne.

Dans une chambre des maisons byzantines de l'agora des Compétaliasles, à l'est du monument carré, on a trouvé, le IG septembre 1903, ce fragment d'une table de marbre portant une inscription gravée à la pointe ' :

ai Xo'i (Txà) ^O'.-rfiei)

' a X a>' ^i 'O ©ebç ô Xpi(5)Tb; Tjawv fio(Y|)6(£)'.

(:[<j)vKS.(S<.TO'.<;oLf'(iXoii-cr^{i)ûs.{a)TZOT:{çt.[ij-:'j'JTr,;.

Xoi((7Tà) porfi{s)'. TO?ç rpo^oTi et;

.'. oe(cr)7rOTt'a('.) TOÙTr,; Tvj; tg-/7:£^y,;

Le sens de l'inscription a est suffisamment éclairci par nos études sur a w et Boelhia, cf. Diclionn., t. i, col. 119, t. H, col. 962. Dans l'inscription b. la forme TpOY""' ^^ inexplicable phonétiquement, il faut lui substituer -m-(oj^:. On peut alors traduire : » O Dieu, ô notre Christ, aide avec tous les anges le (= la) propriétaire de cette table. — Christ, aide ceux qui mangent à cette table et le propriétaire de cette table. »

H. LliCLERCQ.

DELPHES. — 11 semble que le sol de la Grèce ait été persévéramment rebelle à l'établissement des communautés chrétiennes. Jusqu'ici Athènes, Corinthe, Délos ne nous ont olTert que de chétifs souvenirs. De phes n'est pas mieux partagée. Les chrétiens paraissent n'avoir pénétré dans cette ville que tardivement, pas avant le v siècle. Il faut attendre cette époque pour y rencontrer un document chrétien -. Dans la seconde moitié du iv= siècle, nous savons que la Pythie se plaignait à Julien d'être délaissée ^, elle existait donc encore. Pour venir à bout de la résistance opposée par des cultes florissants, leur personnel famélique et leurs superstitieu.x adorateurs, tels qu'on les rencontrait à Eleusis et à Olympie, il ne fallait rien moins que l'invasion des barbares et les ruines qu'ils laissaient derrière eux *. Nous ignorons le sort qui échut à Delphes dans cette bousculade générale; si le temple ne fut pas démoli, il n'en valut guère mieux sans doute, en tous cas il n'a pas dû échapper au pillage. Ce fut le dernier coup porté au culte d'.\pollon, et quand l'édit de Théodose II, en 435 S remplaça, dans le Parthénon, la déesse Athéna par la vierge Marie ", le Dieu des chrétiens s'installa en maître dans le sanctuaire de Delphes. C'est à cette époque, en effet, entre 420 et 450, que la présence des fidèles se révèle dans la quantité considérable des marbres ornés destinés aux édifices religieux du nouveau culte.

Celte communauté eut-eUe un évéque ? On n'en saurait douter, malgré l'absence du titulaire dans les listes de souscriptions de conciles et son omiision parmi les signataires de la lettre envoyée, en 458, par les évêques d'Achaie à l'empereur Léon au sujet de l'élection de Timothée Elure sur le siège d'Alexandrie. En effet, la lettre en question passe sous silence trois évêchés dont l'existence, en 458, est rigoureusement avérée par des signatures conciliaires. « D'autre part, sur dix-huit évéchés dont les titulaires ont souscrit à la lettre à l'empereur Léon, si.\, et parmi eux celui de Lacédémone, ne sont connus jusqu'en 458 que par cette lettre; trois, dont celui de Patras, que par elle et par les listes douteuses du concile de Sardique; il n'y a

■• Bull, de corresp. hellén., 1905, t. xxix, p. 254-255. — ' Pour l'inscription de Delphes relative ;\ la chronologie de saint I^aul, cf. Diclionn., t. m, col. 29G1, fig. 3312; on peut ajoutera la bibliographie, col. 2961, note 1 : .\. Brassai', Une inscription de Delphes et la cttronologie de saint Paul, dans Reuue biblique, 1913, nouv. série, t. x, p. 36-53,

d'évêque d'Athènes ni à Constantinople en 381, ni a Éphèse en 431, ni à Chalcédoine en 451. A Éphèse comme à Chalcédoine il ne se trouvait du reste que sept évoques d'Achaie. En lin, il n'y a ni dans les listes des conciles, ni dans la lettre à Léon, aucun évéque des sièges de Cenchrées et de Porthmos, qui existaient pourtant. Si donc l'évêché de Delphes a été créé dans la première moitié du v siècle, au moment où les chrétiens s'installèrent dans cette ville, il n'y a rien d'étonnant à ce que le soin de son diocèse en ait retenu le titulaire loin de Chalcédoine, où se rendirent seulement sept évêques de sa province. Il peut aussi avoir été empêché, comme les évêques de Tégée, de Xaupacte et d'Oréos, de signer en 458 la lettre à l'empereur Léon '. ■ La présence d'un évéque à Delphes est en elfet à peu près certaine, grâce au témoignage d'une inscription ';

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369U. — Kpitaplie de la diaconesse .\thaua!>i;i. D'après Bulletin de corresp. hellénique, 1899, t. xxui, p. 273.

', 1 eVAABETATH AIAKIONICCA AOANACIA AMCNniON BION ZHCACA '■lOCZWlIGOC KATACTAOICA 5 AE AIAKONICA HAPA TOY

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15 TON TCOlv zara toOtJON TON KEPON eYPICKlo;Ji£vtuv /.jAHPIKCON KE CYNXCO PHCANTLwv. . . .-eÛJHNe THC nPOlPHME

NHCl'j'.a/.ovia(j7|ç(?) ] YTH MCPIAI YRO

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207-217 ' Cédrenus, cdlt. Paris, t. I, p. 304 a. — • E. Chastcl.

Histoire de la dcilructlon du payiinismc en Orient, in-S", Paris, 1850, p. 215-216. — ' Co,(c Tlimdosien, 1. S.VI, tit. x. loi 25. — ' .Ulwnische ^titlheilungen, 1S.S9, t. xiv, p 273. — ' J. Laurent, Delphes chrétien, dans Bulletin decorrespondance hellénique, 1899 t. xxiii, p. 272-273. — 'Il<id.,p. 273 sq.

DELPHES

Siaxôvica Trapoc toù kyiuyri-zou è-'.uxo^lOU navT[a]u.!avou, ÈTrtiYjCcv TÔ ij.[v]7|[j.df tov toGto Êv6a [to tij/îc/v Àt][jLdavov X!T£' EÎ r['.ç S'érefOç t&À] u//, cy| avùçe xô avf|[u.oc'.ov toù]to, ïv9a V] ô'.sxovt'ca ziTExiÉOTi, "syoi t]T|V |ji.£pL'5a ToO EïouSî xoû[-:tçoooTC/u] toù oestiotou ïjpitôv 'J[y,co3 XpicT]où"oùSàv 5È DiaxTOv toi[v xcr.TV. toOt]c>v tov xîgov E'jG;5x[o|i.âvo>v x]X"f|p[X(ùv /.à (7uv-

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X£ yc (0 TY,v £XÀY,[(j'.av.... x).]y,gou.

« Athanasia. établie dans l'office du diaconat par l'évêque Pantamianos (le nom est nouveau), sans aucune indication de lieu, ne peut l'avoir été qu'à Delphes, par l'évêque qui avait juridiction à Delphes, puisque c'est là que, sous les déblais accumulés par le temps, la pierre a été retrouvée. Or Delphes était encore une cité au commencement du vi<; siècle, et nous savons qu'aux premiers siècles chrétiens, quand on fondait une église dans une cité on y installait en même temps un évcque; une loi de Zenon (474-491), qui ordonne de donner un évêque indépendant aux cités nouvelles ou restaurées, ne laisse aucun doute sur la généralité de cet usage '. Des exceptions ont sans doute été possibles: mais quand on trouve dans une ville, où le christianisme s'établit dès le v siècle et qui fut une cité jusqu'au vi^, une inscription où l'on voit un évêque y exercer les prérogatives de sa charge, il n'y a pas à douter que cet évêque ne soit celui de cette cité ^ »

L'inscription d'Athanasia n'est pas postérieure au vi"= siècle. « Pai- la forme des lettres, fait observer son premier éditeur, elle se rapproche de trente-deux inscriptions datées, dont huit du iv^ siècle ^ neuf du vi''* et quinze du v^". Les inscriptions qui lui ressemblent le plus complètement sont deux inscriptions de Syrie, de 3G9" et de 431 ' et deux de Rome de 408' et de 431 ', si bien qu'elle doit être antérieure au mUieu du v<: siècle '". : Les formules de l'épitaphe d'Athanasia se retrouvent presque toutes sur d'autres inscriptions de la même époque et de régions même fort éloignées. Nous voyons que comme tant de ses contemporains la diaconesse se préoccup;iit de reposer dans sa tombe à l'aliri des violateurs de sépultures qu'elle menaçait du sort de Judas.

A celte inscription il faut joindre une riche collection de morceaux architectoniques dont aucun n'est entier, mais « dont le nombre et la variété sont tels que nulle part ailleurs, même en Italie, il ne nous est resté, en un seul endroit, un pareil ensemble de marbres chrétiens, dalles et chapiteaux ". »

Nous avons déjà montré tout le parti qu'une étude pénétrante avait pu tirer de ces débris pour l'histoire de la clironologie des chapiteaux (voir ce mol). Le type auquel se rattache un certain nombre de ces chapiteaux est celui du » chapiteau théodosien qui se rapporte au v" siècle tout entier, mais qui fait son apparition sous le règne de Théodose II entre 108 et 450 cl fut particulièrement en usage entre 4'2r) et 475. C'est à cette période qu'on peut approximativement rapporter les cliapiteaux de Delphes, dont les fragments réunis se rapportent au moins à dix chapiteaux du même type, en sorte qu'on doit induire qu'à Dclplies comme à Eski-Djouma de Salonique ce chapiteau fut employé

' Code Juxtinien, 1. I, lit. m, loi 35. — » J. Laurent, op. cit., p. 274-275. — ' De Constantinople, Cnrp. inscr. arœc, t. IV, n. 8G12; de Syrie, Waddinizton. Syrie, n. 2088 (de 324): 2704 (de 331): 2081 (de 309): 2082 (do 378); 2124 (de 3.'")4): UI45 (de 389): 2402 (de 397). — ' A Vérone en 511, Kail)cl, Corp. inscr. {jr., n. 2310 a; en Syrie, op. cit., n. 2039 (en 539): 2058 (en 5G0); 1915 (en 512); 2498 (en 515); 1906 (en 538); 2261 (en 574): 2110 (en .577): 2294 (en 583). — «En Syrie, op. cil, n. 2045 (en 417): 2057 (en 430);

pour la décoration de colonnades entières dans un grand édifice. Ce qui nous amène à cette constatation que la basilique chrétienne de Delphes fut élevée entre 425 et 47.5.

Ces chapiteaux étaient surmontés par des impostes (voir ce mot). On donnait ce nom à une pierre en forme de pyramide quadrangulaire tronquée, dont la petite base reposait sur le tailloir du chapiteau, sans en dépasser les arêtes. Deux de ses faces avaient une pente assez raide, les deux autres une pente très douce, en sorte que la grande base était beaucoup plus large que la petite et pouvait recevoir un massif de maçonnerie qui aurait notablement dépassé les arêtes du chapiteau '-. Les débris d'impostes ont été retrouvés auprès des débris de chapiteaux, au nombre de vingt-cinq, présentant une grande variété d'aspects et de dimensions. II en résulte que ces impostes, sans unité ni dans leurs profds, ni dans leurs dimensions, n'ont pas eu toutes le même rôle et que, si elles ont pu appartenir à un même monument, elles ont été dispersées dans cet édifice, au lieu de composer un ensemble dans sa décoration architectonique. La date de ces impostes ne peut guère être déterminée que par un détail caractéristique, la présence sur une face de demi-feuille d'acanthe moUe, de deux feuilles d'eau et dune croix longue monogrammatique dont la boucle du P est oiivertc. Nous avons étudié ce tN^pe de chrisme (voir ce mot) et constaté qu'il est d'origine grecque (.fig. 3G'J1). Ceux

D'après

3091. — Imposte.

Bulletin de corresp. hellénique, 1899 p. 215, fig. 3.

qui sont connus, malgré la diversité des lieux dans lesquels ils ont été rencontrés, forment une série chronologique bien cohérente. Il en existe : à Constantinople, de 388-391 (Porte d'Or), et de 421 (colonne d'Arcadius); en Syrie, de 417 (El Baralv), de 120 (Deir- Sanbil) et de 431 (Kolianaya); en Afrique, de 454 (Sétif): en Italie, à Naples, des environs de 411. Le seul qui soit franchement postérieur se trouve au palais de Théodoric, à Raveniic; mais est-il certain qu'il soit de 504 ? il a peut-être été réemployé dans la construction du p;dais et, n'en serait-il pas :unsi, par son isolement clironologique et par son éloigncment de la Grèce propre, il ne saurait prévaloir contre les autres exemples et empêcher de considérer la croix longue monogrammatique à P ouvert, comme caractérisant, sauf exception motivée, les monuments de la première moitié du

2083 (en 431): 2091 (en 479); 2101 (en 468); 2250 (en 426); 2020 (en 406): 2056 (en 468): 2235 (en 492): 1995 (en 497); à Milan, en 444, Forcelln el Seictti, Iscriz. di Mitano, n. 19; à Home, De Hossi, Inscr. christ, urh. liomn; n. 583 (on 408); 008 (en 431); 803 (on 4.58); 861 (en 474). — • WnddinKton, op. cit., n. 2081. — ' WaddinBton, op. cit., n. 2083. — • /n.scr. christ, urh. Rom., n. 583. — • Ihic'., n. 008. - ".I. Laurent, op. cil., p. 275. -- ".I. LnuronI, (.;.. rir., p. 207. — " Voir J)ictionn., I. i. col. 3095, Oit. 110.5.

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vo siècle. 1,'imposte, de même que les chapiteaux théodosiens. doit donc cire rapportée aux environs de 450 et plutôt avant qu'après, (^ette conclusion est conlirmée par la iirùsence de l'acanthe molle sur cette imposte, telle qu'on la retrouve, en demi-feuilles encadrant un symbole clirétien, sur les impostes des églises San Giovanni in Fonte, San Giovanni Evangelisla et Sanl' Agala, à Ravenne, qui ont été construites entre 417 et 430. Preuve nouvelle que l'imposte de Delphes est un peu antérieure à 450. Enlin, les autres impostes de Delphes ornées seulement de feuilles d'eau sans monogramme doivent être léfiitimement rapportées, à Delphes, à la première moitié du v» siècle. De même, pour deux fragments sur lesquels on voit des feuilles d'acanthe et un cercle enfermant deux rosaces, semblables à celles qu'on a rencontrées sur un monogramme de Kokanaya en Syrie, de 431, et sur un autre de la colonne d'Arcadius, de 421. La présence des rosaces sur ces deux impostes nous est donc une nouvelle raison de les rapporter à la première moitié du v^ siècle.

« Comme c'est à cette même époque que nous avons cru pouvoir attribuer les autres impostes de Delphes, on voit qu'elles sont toutes contemporaines et qu'elles datent, d'après les rapprochements qui précèdent, des années comprises entre 420 et 450. Se rapporlent-eUes au même édilice '? il est dilTicile de l'établir, mais fort raisonnable de le croire, car il y a unité de style dans leur ornementation et les différences de dimensions n'indiquent pas que, si elles jouaient des rôles diiïérents, ce ne fût pas dans le même monument. Il est probable en tous cas que bon nombre d'entre elles ont appartenu à la basiUque dont les chapiteaux théodosiens nous ont démontré l'existence et que, d'après eux, nous avions attribuée aux années comprises entre 425 et 475 : nous voyons maintenant qu'elle doit avoir été terminée pour 450 ■. »

D'autres membres d'architecture ont été trouvés à Delphes. Huit chapiteaux de diverses tailles offrant des dérivés du composite et de l'imposte dont la destination n'est pas connue, soit qu'ils aient appartenu à un édilice spécial ayant des bases et des colonnes à section elliptique, soit qu'ils aient été répartis dans l'atrium, les galeries ou les fenêtres d'une grande église qui aurait possédé les chapiteaux théodosiens et les impostes dont il vient d'être question. " Les chapiteaux eux-mêmes, toute trace de construction ayant disparu, ne permettent pas de résoudre la question. Retenons seulement qu'ils sont du v« siècle, que le plus beau et le plus gros d'entre eux, qui semble dater des environs de 450, explique en partie l'apparition des chapiteaux du temps de Justinien et qu'ils viennent tous augmenter le nombre des débris attestant l'essor que le christianisme prit à Delphes au v siècle ^. »

Un groupe de neuf chapiteaux-impostes ioniques. D'après les dimensions de l'imposte, on remarque que ces chapiteaux ont soutenu des maçonneries assez épaisses, mais peu lourdes et peu élevées. Us se rapportent au milieu du v^ siècle, sauf deux qui sont du vi« ou du vus et s'ajoutent aux débris déjà mentionnés; la présence dans ce groupe de si.x chapiteau.x identiques permet de penser que nous possédons des parties entières de la décoration d'un des monuments chrétiens de Delphes.

Un groupe de cinq chapiteaux-impostes doriques, (juatre sont dépourvus d'ornement, le cinquième porte la croix longue monogrammatique à P ouvert. C'est donc encore un groupe du v» siècle et qui appartient aux monuments chrétiens de cette époque.

A ces séries diverses il faut joindre celle des dalles

' J. Laïu-ent, o;). cit., p. 221. — » Ibid., p. 233. — ' Fait di^jà signalé par M. Homolle dans Bull, de corresp. hellén., IROfi, t. XX, p. 730.

dercvdtementdontil s'est conservée Delphes soixantetrois fragments. Beaucoup d'entre elles sont ornées de cette croix monogrammatique à P ouvert dont la présence suffit pour qu'on en puisse faire remonter l'origine au v siècle. L'épaisseur de ces fragments atteint O'nlS. Ils n'ont pas pu appartenir à des cancels ou à des parapets, car les dalles employées à cet usage aux ve et vi» siècles sont travaillées à jour ou ornées des deux côtés, et leur épaisseur varie de 0"'03 à O-'OS. Ces dalles n'étaient pas des balustrades, elles n'étaient pas non plus des pierres tumulaires ; une du celles qu'on peut restituer et mesurer avec le plus de probabiUté semble avoir été un carré de O-^'Jô de côté et c'est la plus grande. Ce ne sont pas non plus des plaques de revêtement pour sarcophages, car aucun des soixantetrois fragments n'offre trace de trous de scellement. Ce ne sont pas non plus des débris de pavement, ils eussent contrevenu à la loi de 427 interdisant de sculpter la croix sur les pierres qu'on devait fouler (fig. 'jr,'.)2). Comme il faut leur trouver finalement une destination, la plus vraisemblable est encore que ces plaques étaient appliquées contre un massif de maçonnerie.

3(592. — Fragments de dalles d'ambon.

Ibid., p. 239, fig. 10.

Appartenant à des plaques dont les angles sont tantôt droits, tantôt aigus, elles ont dû faire partie de la décoration d'un ambon, les plaques rectangulaires posées à la base et sur le corps de l'ambon, les autres le long des escaliers d'accès. Beaucoup d'églises possédaient deux ambons et les dimensions parfois assez considérables de cet édicule expUquent sans peine l'emploi des plaques dont les débris ont été retrouvés soit dans le temple, soit dans ses abords immédiats. « Quelquesuns ont été recueilUs dans les dépôts de pierres formés près du musée et le long des voies : le seul renseignement précis recueilU sur eux est qu'ils venaient des premiers déblais enlevés dans l'enceinte sacrée. Mais, ne les eût-on pas ramassés au-dessus du temple, ce qui n'est pas prouvé, il n'en resterait pas moins que ces fragments forment, chose rare à Delphes, une série de marbres chrétiens dont tous les débris étaient massés sur le même point ou à peu près. Il est intéressant de constater en outre que cet endroit privilégié est le temple lui-même. On ne saurait en conclure que les ambons auxquels ont appartenu ces dalles fussent installés sur l'emplacement du temple ou même dans le temple, s'il n'était pas détruit au v^ siècle; car il n'est pas impossible que ces dalles aient été utiUsées au V» siècle comme dalles d'ambons en un autre endroit du sanctuaire et qu'elles aient été apportées depuis sur le temple antique. Le transport et les emplois successifs des mêmes marbres sont chose constante à Delphes et les fragments dont nous nous occupons en sont un exemple précis. Qu'ils aient voyagé depuis leur transformation par les chrétiens à l'occasion de cette opération, c'est ce que nous ne saurons sans doute jamais; il est du moins certain qu'ils n'ont pas toujours été audessus du temple, car treize d'entre eux portent encore leur certificat d'origine ; ils conservent sur la face non chrétienne les oves et les palmettes si caractéristiques qui décorent le larmier du trésor de Cnide ' Au v^ siècle, ce monument était donc détruit et exploité comme carrière au profit d'une église chrétienne. Maintenant, les pierres déroliées par les chrétiens au trésor antique

DELPHES

ont-elles été d'abord réemployées sur place, puis transportées ailleurs ? Nous savons seulement que c'est sur le temple d'Apollon qu'on les a retrouvées. En résumé, les fragments en question sont les restes des dalles d'un ou de plusieurs ambons, taillés, vers le milieu du v= siècle, dans les marbres du trésor de Cnide. Ils semblent indiquer le temple comme l'endroit où, à cette époque, s'élevèrent, au détriment du reste du sanctuaire, les constructions chrétiennes '. »

précédentes, une certaine analogie. Plus petites, moins épaisses, sculptées dans un marbre de moindre qualité, à peine dégrossies, elles ne sont décorées que sur une seule face. Mais on y voit l'encadrement de moulures plates et le cercle à croi.\ longue qui caractérise le revers des dalles du groupe précédent dont elles sont contemporaines sans qu'on puisse assigner ieur origine. Enfin, il existe une série de dalles dont le revers porte une croix longue dans un cercle, comme les précé-

3693. - — Dalles balustrades. D'après Bull, de correspondance hellénique, 1811!), t. x.viii, p. 240-217, lis. lô, lli, 17

Outre ces dalles d'ambon, des dalles de parapets ou balustrades ont été retrouvées. Ces dalles ont les deux faces ornementées. Sur l'une, une sorte de roue centrale, composée de six motifs en forme de creur réunis vers leurs pointes, est enfermée dans un double ruban, qui, noué vers le bas du cercle, s'y divise en deux. Chacune de ces parties aboutit après quelques sinuosités à une feuille de herrc placée sous une croix longue. Le tout se détache en relief, sauf les cœurs indiques par incision. Au revers, une croix longue est inscrite dans un cercle en relief sur le fond de la dalle. Les deux faces sont entourées de moulures composées de listels, séparés par de minces cavets étages en très faible saillie. Le marbre est bien j)oli, les reliefs nets et précis, la technique simple mais vigoureuse (fig. 3693).

Le type de ces dalles de parapets se rencontre fréquemment -; nous lavons signalé déjà dans la basilique de Saint-Clément à Rome où une dalle porte dans le cercle central le monogramme de Jean Mercurius, prêtre du titre sous le pontificat d'Hormisdas {voir Dictionri., t. m, col. 1596), mais le rapprochement n'est pas concluant. Nous avons vu d'autre part (voir Diclionn., t. IV, au mot : Dalles) que c'est au v» siècle que nous reportent toutes les inductions à tirer de celte ornementation. De ces dalles, nous avons cent six fragments, dont soixante-seize ont été trouves sur les exèdres qui bordent la voie sacrée à son entrée dans le téménos, les autres sur le temple ou dans son entourage immédiat. Du monument auquel ces dalles ont appartenu il ne reste pas trace : on ne saurait donc dire où il était situé; car ces dalles ont été rapportées aux exèdres pour y servir de pierres tumulaires dans un cimetière relativement récent qui se trouvait installé là. Il est impossible, devant la dispersion des débris chrétiens de Delphes et la destruction des monuments qu'ils décoraient, de dire à quel endroit de la \ille ils ont d'abord été établis. Mais une série nouvelle de fragments de ces dalles-balustrades confirme l'existence à Delphes au v« siècle d'une basilique chrétienne ".

A ces fragments 11 en faut ajouter vingt-huit autres appartenant à huit dalles au moins qui ont, avec les

' J. Laurent, dans Uull. de corrcs/j. Iiellcn., 1899. t. xxiii p. 242-243. — = Ibid., p. 247-249. — •■ Ibid., p. 26I-2G2.

dentés, mais dont la face principale est ornée dans le goût oriental. L'encadrement est réduit à deux listels légèrement taillés en biseau, d'un ellet simple et sévère et le décor intérieur se compose de cercles liés entre eu.K. Us sont formés de deu.x tores très minces sépares par un filet. A l'intérieur des rosaces, des quatrefeuilles et autres motifs qui rappellent de préférence le vie siècle et montrent l'influence en Grèce d'un motif oriental que nous retrouvons en Syrie, à Thessalonique, à Ravenne (fig. 3094).

» Les marbres delphiques du v" siècle forment un ensemble d'une grande valeur, moins peut-être à cause de leur nombre que par ce fait que, composés de riches séries de chapiteaux et de dalles. Ils nous rendent la décoration d'une basilique du v siècle dans un état plus complet que nulle part ailleurs. 11 est certain qu'à Constantinople. à Salonique, à Ravenne et à Rome, par exemple. Il y a des basiliques du v» siècle encore debout en tout ou en partie et l'on y peut trouver isolés des chapiteaux et des dalles moins endommagés que ceux de Delphes. Mais, par suite des changements qu'ont subis à travers les siècles tous ces édi lices, aucun d'eux n'a conservé entière la série de ses chapiteaux et celle de ses ornements sculptés. Le plus souvent, on ne les y trouve qu'en petit nombre, réemployés au hasard avec les matériaux des époques les plus diverses. Ces! à cause de celle dispersion et de celte rareté ordinaires des matériaux chrétiens du v« siècle que leur réunion à Delphes en très grand nombre est parliculièremcnl importante.

« Malheureusement, des conslrucllons chrétiennes faites à Delphes au v» siècle il n'est rien resté, pas même des traces sur le sol. Les débris de marbre attestent seuls aujourd'hui, par leur nombre, l'importance des édifices auxquels Ils appartenaient; par leur état fragmentaire et par leur dispersion, la puissance et l'acliarnement de la cause qui les a détruits. Cependant comme les soubassements des moimnicnts antiques ont résisté au temps et aux hommes, on ne com;>renil guère comment ceux de la ou des baslll(|ues ilu v" siècle auraient seuls si complètement disparu. 11 est donc vraisemblable que les chrétiens ne bâtirent pas coml)lèlcment leurs églises et qu'ils s'installirenl dais un ou plusieurs édifices païens, appropriés au>i besoins du nouveau culte. C'est ce ((ul fut fuit, précisément an

DELPHES — LJÉ.MOMAQL'E

ve siècle, pour le Parthéiiou à Atliéiies '. Nous pensons que le temple d'Apollon dclphique sul)il le même sort entre 425 et 450 et cela, parce que la plupart des fra>;ments chrétiens de Delphes se rapportent à cette époque; parce que, malgré leur dispersion, le plus Hraiid nombre d'entre eux a été trouvé sur le temple; parce

Delphes est particulièrement pauvre en textes chrétiens et la destruction qu'il a subie a été complète. Taut-il rattril)Uer tout entière aux invasions slaves qui, depuis le vr- siècle, ne cessèrent de piller le pays ? Fut-elle complétée par l'exploitation des monuments chrétiens et païens comme carrière de pierres à bâtir

3694. — D'après Bull, de corres/iondance hellénique, 1S99, t. xxiii, p. 202, 268, lig. 22, 26.

que le sous-sol du temple a été complètement vidé par les chrétiens -, sans doute pour y installer des sépultures, et enfin parce qu'il reste en travers de la cella, k hauteur du pavé antique détruit en cet endroit, un mur relativement récent qui a dû servir à soutenir les balustrades du chœur dans l'égUse chrétienne ^. Cette transformation a été d'autant plus facile que, dès le iv= siècle, le temple avait subi de grands dommages. Les chrétiens n'eurent probablement à utiliser que le soubassement et la partie inférieure de l'édifice. 11 est certain en tous cas qu'on n'a trouvé aucun fi-agment qui puisse être rapporté à un cadre de porte ou de fenêtres d'un édifice du v= siècle; nouvelle preuve que les chrétiens s'installèrent dans un bâtiment encore tlebout '. 11 ne nous est pas possible de dire si d'autres sanctuaires de l'enceinte sacrée fiu'ent abandonnés an v" siècle, à la religion nouvelle '-. •<

Les chrétiens, en s'installant, se sont-ils rendus coupables de tous les méfaits qu'on leur a reprochés ? Je ne le pense pas, car leurs constructions ont subi le même sort que les édifices antiques; la grande ruine de Delphes a été postérieure au vi» siècle. De cette période chrétienne une seule inscription est arrivée jusqu'à nous, brisée en morceaux et mutilée. Cette pauvTeté de l'épigraphie chrétienne des premiers est sans doute générale dans les pays grecs, partout où l'on n'a pas fait de fouilles ni découvert de catacombes. Mais

ou à faire de la chau.x '? 11 est probable que les deux causes ont agi, car Delphes, abandonné dès le vii« siècle', ne fut plus qu'une misérable bourgade dont le nom se perdit rapidement; il a fallu les fouilles françaises ' et leur succès pour décider les paysans des alentours à rendre à Kittoi son nom de AeÀço:. Le christianisme périt à Delphes, dès que la main impériale ne crut plus nécessaire de l'y maintenir pour empêcher le retour des païens. 11 n'aimait pas, en effet, les grands sanctuaires antiques, toujours suspecLs à ses yeux de rappeler aux populations une époque glorieuse, des spectacles et des dieux disparus. 11 laissa ou fit détruire Eleusis et Olympie; l'évêché qu'il fonda à Dodone ne dura pas. Mais, de tous les dieux supplantés, c'est Apollon qu'il maltraita le plus; car, à Delphes comme à Délos, le christianisme ne sut ou ne voulut pas faire vivre la cité '. •

H. Leclercq.

DÉMON, DÉMONIAQUE. — Les premières générations chrétiennes \ ivant parmi la société païenne sur laquelle s'exerçait presque sans contrainte la puissance des démons, ne pouvaient manquer de se préoccuper des êtres malfaisants dont le pouvoir se faisait sentir aux fidèles par les persécutions oflTicielles, les hostilités brutales de la foule, les cas individuels de possession démoniaque. Ce qu'on a pu dire de la pei-sonnalité et des sévices exercés par le démon, au point de ^•ue théo-

' J. Slrzyfiowski, dans AUienische MiWieilunijen, 1889, t. XIV, p. 271 sq. — = Homolle, dans Btdl. de corresp. hellénique, 1896, t. .XX, p. ~:i(). — ' Sur le plan du BuU. de corresp. hellénique, 1897, t. xxi, p. 17, ce mur est coupé par une ligne droite. — * Les dommages ne sont établis €|ue par un texte de Cédrcnus, édit. Bonn, p. 532, où il Cit dit que.Iulien envoya ' OpiSi^iov ti AeXjoî; ivîYsîpa: Tov /xov -o\, ' X-rj'ijtmrj; — et par un passage des actes de saint Philippe, dans Ruinart, Acta mart., p. 443, dont M. Homolle, dans Bull, de corresp. hellén., 1896, t. xx, a indiqué le véritable sens. Il ne porte pas sur un événement contemporain ; il signiûe que les dieux n'ont pas pu, dans le cours <1ps temps, empêcher leurs images de lirôlcr. Tic plus,

DICT. 1)'.\RCU. tllHKl.

le martyre de saint Philippe est de 301; or, l'auteur ne se contente pas de montrer l'Apollon de Delphes en flanmies, il s'écrie : arsil et armaia Minerva; et l'on sait (Marinus, Vita Procli. 30) que la statue de Minervi- n'a été enlevée Mu Parthénon qu'en 42S. — * J. Laurent, op. cit., p. 270- 271. — «Pas de fragments, dans les ruines, postérieurs à celte époque. L'ne monnaie de Tziniiscés, trouxéc dans la terre qui remplissait le sous-sol du temple, est simplcn-.ent inie preuve qu'il est toujours resté quelques rares habitants sur l'emplacement de la ville détruite. — ' Th. Homolle, I-ouilles de Delphes, 1892-1901, m-tol., Athènes, 1902 sq.; E. Bourguet, Les ruines de Delphes, in-8», Paris, 1914. — • .T. T.aiirent, op. cit., p. 278-279.

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