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II. Les édifices. III. L'épigraphie. IV. Bibliographie

I. La découverte. — La Chapelle-Saint-Éloi est le nom moderne d'un ancien prieuré de l'abbaye du Bec, désigné jadis sous le nom de Saint-Lambert de Nassandre ou de Malassis et situé dans la commune de Fontaine-la- Sorel, canton de Beauraont-le- Roger, arrondissement de Bernay, département de l'Eure.

Le 25 octobre 1854, Charles Lenormant vint lire à la séance publique annuelle des cinq académies de l'Institut de France le récit des '■■ vacances d'un antiquaire: — c'était lui-même — vacances passées dans sa maison de campagne de Chapelle-Saint-Eloi''. On apprit ainsi la découverte d'un cimetière mérovingien, et subsidiaircment : une cdonne votive surmontée d'une statue de Caracalla déifié, et l'exédre environnant ; une inscription constatant qu'en ce lieu était l'antique Gisacus, et non sur l'emplacement improprement appelé le vieil Évreux; cette inscription spécifiant de plus que c'était là que saint Taurin avait été fouetté; un baptistère avec sa cuve et son enceinte à ciel ouvert; le passage conduisant de cet édicule à l'abside d'une chapelle mérovingienne placée en avant; les murs de cette chapelle; une crypte ou confession placée au-dessous de son sanctuaire; un squelette dans cette crypte; l'épitaphe de la mère de saint Taurin: celle de Suron, son disciple; celle d'un certain Ingomer qui vivait sous le règne de C.lovis. avec la mention que Clovis était consul; le nom de saint Germain inscrit par< lui-même sur les murs du baptistère avec l'année de sa visite; le monogramme de Childebert ; le nom de Clodoald écrit en lettres runiques.

Tous ces débris, tous ces monuments, toutes ces inscriptions écrites sur la pierre ou sur des tuiles à rebords auraient fait partie du baptistère ou auraient été trouvés dans les champs environnant le point central de la découverte, point situé non loin de la maison de campagne de Ch. Lenormant.

Une si brillante découverte provoqua plus d'incrédulité que d'admiration. On s'étonna, on douta, on examina cet exposé présenté sur un ton lyrique. L'examen se fit attendre, mais ses conclusions sem-

2 Ch. Lenormant, Découverte d'un cimetière mérovingien à la Chapelle-Saint-Êloi, dans Séance publique annuelle des cinq Académies, 25 cet. 1854, p. 13 sq., reproduit dans Le correspondant, 1854. t. xxxv, p. 116-137 et forme le début, p. 1-21, d'une brochure : Découverte d'un cimetière mérovingien à la Chapell''-Sainl-Éloi, In-S", Paris, 1S54, contenant la reproduction des inscriptions, p. 63 sq. Voir la bibliographie, col. 438.

CIIAPELLE-SAINT-ËLOI

blèrent accablantes'. La découverte était si complète, se prêtait de si bonne grâce à tout ce qu'on demandait d'elle, décidait d'une l'açon si catégoritiue les questions qu'elle soulevait ,qu'on ne pouvait pas s'interdire la défiance. En définitive, elle n'aboutissait à rien moins qu'à réformer toutes les parties de l'érudition en ce qui concerne les premiers siècles chrétiens de notre histoire. Dans l'espace le plus resserré, on se trouvait en présence des ruines d'un bourg gallo-romain, d'une villa, d'un cimetière mérovingien, d'un baptistère, d'une basilique <t de soixantequatorze inscriptions expliquant de la manière la plus heureuse, l'origine, la destination, les vicissitudes de tous ces établissements. La conséquence était que le lieu illustré par le martyre de saint Taurin devait être transporté des environs d'ÉvTeux aux environs de Bernay ; qu'on a construit dans l'antiquité chrétienne des baptistères hypéthres; que les conquérants germains de la Neustrie faisaient usage, au vi'î siècle, des caractères runiques; que ces mêmes conquérants ont daté leurs monuments du consulat de Clovis; enfln que, lorsque les fouilles faites sur tous les points du sol delà Gaule franque ont fourni comme indices constants des sépultures de cet âge la présence d'armes, de bijoux, d'ustensiles, et l'absence totale d'inscriptions, il y aurait au contraire de ces sépultures qui sont constatées par des inscriptions et rien que par des inscriptions -.

Émerveillée de ces résultats, la Société scientifique de l'Eure nomma une commission ' qui ne vit dans le baptistère qu'un four à chaux; dans la crypte qu'un second four à chaux postérieur au premier, ne trouva point de cimetière, et récusa l'authenticité des inscriptions qu'elle ne put voir; mais elle n'expliqua ni la présence d'ossements, ni celle de fragments antiques découverts. François Lenormant, alors âgé de dix-huit ans, prit la défense de son père dont le savoir et la loyauté demeuraient, d'un avis unanime, au-dessus de tout soupçon '. Il s'attacha à mettre les adver- ; saires en contradiction avec les traditions, l'histoire j et les faits, et entra dans les plus minutieux détails sur les circonstances de la découverte et l'aspect des monuments dont il publia la coupe et le plan, avec le cadastre des terrains environnants ^ La .Société de l'Eure répondit, persista dans son opinion première, reprit la discussion des faits. Son Mémoire demeura sans réponse °. Le diapason de cette polémique s'était élevé peu à peu; l'Académie des inscriptions et belles-lettres, qui n'avait rien prévu d'aussi vif, laissa tomber cette aiTaire qui fut résumée avec modération et clarté par A. Darcel '. Il ne fut plus question désormais des édifices de la Chapelle-

'La « Société d'agriculture, arts et belles-lettres de l'Eure • nomma, sur la proposition du marquis de Blosseville, une commission composée de sept membres parmi lesquels M. Lobeurrier, archiviste du département, rapporteur, fut l'auteur des Bapporls sur la découverte d'un prétendu cimetière méroi'ingicn à la Chapelle-Saint- f^Ioi par i\î. Charles Lenormant, parus dans lo Recueil des travaux de la Société... de l'Eure, 18."),") et 1S56, et dans une publication spéciale à Évreux, 1850; 2» édition, 1858. — = J. Quicherat. dans la Revue arcliéologique, avril 1858, p. 63. — 'La commission fit deux visites sur le terrain des découvertes à plusieurs mois d'interviUIe. Elle jugea que les prétendus décombres du bourg gallo-romain sont le résidu de matériaux apportés de divers endroits pour alimenter les fours à chaux; que le cimetière se réduit à un squelette de femme inhumé vers la fin duxvii^ siècle; que les inscriptions étaient l'ouvrage d'un nommé Rouillon, d'Évreux, connu pour avoir cmisjadis l'une des thèses historiques que venaient merveilleusement confirmer les textes retrouvés. Lebeurricr, Rapports, ISôii, p. 37 sq. — ■ * J. Quicherat, dans la Revue archéologique, avril 1858, p. 61 : « On regrette que les faussaires aient pris pour leur victime un homme dont tout le monde reconnaît le mérite, quoique généralement

Saint-Éloi, l'affaire était « classée »; quant aux inscriptions et aux gr.iffites, Fr. Lenormant entreprit pour leur justification une dernière défense qui demeura sans écho *.

II. Les édifices. — Au mois de juin de l'année 185-1, un sieur Boutcl, paysan du plus proche voisinage de la maison de campagne de Ch. Lenormant, s'avisa de rebâtir sa maison délabrée et, à cet effet, traça le plan d'une nouvelle construction, en dégageant le terrain jugé nécessaire dans le versant de la colline et les éboulements. Cette opération lui fit mettre au jour les assises d'un ancien édifice dont il arr.acha jusqu'au dernier moellon en vue de construire avec ces matériau.x de remploi la maison projetée. En attendant le moment propice, il fit de tous ces matériaux un tas contre le sentier qui conduisait à l'habitation de Ch. Lenormant et reboucha l'excavation.

Le 8 septembre 1854, par grand hasard, Fr. Lenormant jeta les yeux sur ces décombres parmi lesquels il aperçut quelques débris antiques. Ce fut alors que l'antiquaire et son fils dégagèrent « la tête et les fragments d'une statue antique, les débris d'une colonne monumentale qui servait â supporter la statue, les pierres chargées d'inscriptions d'un baptistère bâti avec les ruines du monument romain qu'il avait remplacé, et, sur le terrain d'un cimetière attenant, de nombreuses épita])hes presque toutes tracées sur des tuiles à rebord '. >

Voici les conséquenees que Ch. Lenormant tira de ces débris et des inscriptions qu'il avait recueillies :

Serquinius, un Romain de la seconde Lyonnaise, peut-être un soldat de Marc-Auréle, fonda la villa qui a laissé son nom au village de Serquigny '°. A deux liilométrcs du centre de son habitation, au pied de la colline, sur les bords d'une belle source", il avait élevé la colonnade monumentale dont un fragment venait d'être retrouvé. Sur cette colonne, placée sans doute au milieu d'un exèdre, dont le baptistère postérieur aura reproduit la forme, se détacliait en relief une tablette avec cette inscription : licrciiU Merciirio. Cette divinité, qui semble appartenir à l'Olympe gaulois, n'avait point les attributs ordinaires d'Hercule, étant chaussée de bottines et vêtue d'une draperie légère. Mais elle offrait les traits « idéalisés » de Caracalla encore jeune, que de nombreux monuments assimilent perpétuellement à Hercule. « 11 est donc hors de doute, écrivait Lenormant, que Serquinius éleva son monument à Hercule-Mercure, lorsque le jeune empereur avait atteint l'âge de la puberté, ce qui place l'époque présumée de cette dédicace aux environs de l'année 210 de notre ère. »

on lui trouve un peu trop d'imagination. — ' Fr. Lenormant, De l'authenticité des monuments découverts à la Chapelle-Saint-ÈIoi, dans Le correspondant, 1855, t. xxxvi, p. 893-920. — "Fr. Lenormant, Lettre à M. Alf. Darcel sur les inscriptions de la Chapelle-Saint- Éloi et les graffiti de la Gaule, dans la Revue des sociétés savantes, 1858, t. IV, p. 332 : " Les auteurs de cet opuscule ont transporté la question sur le terrain de la personnalité et ont fait perdre à la discussion tout caractère scientifique. Sur ce nouveau terrain, il ne me convenait pas de suivre mes contradicteurs. Je suis donc sorti de la discussion.» — 'A. Darcel, Histoire d'une guerre d'érudition, dans la Revue des sociétés savantes, 1857, t. m, p. 385-399. — 'Fr. Lenormant, Lettre à M. Alf. Dcucel sur les inscriptions de la Chapetle-Saint-£loi, dans la Revue des soc. sav., 1858, t. IV, p. 332-342, 462-477. — ' A. Darcel, loc. cit., p. 3SS: nous suivons et citons une partie de sa dissertation dans les pages qui suivent. — ^' .Sarquigniacum, dans une charte de 1231. A. Le Prévost, Dictionnaire des anciens noms de lieudu département de l'Eure, in-12, Évreux, 1839, p. 252. Le Serquinius ainsi exhumé devait rexistence à un fragment donnant les mots : hercv(Oi mercurio (s)er- QviNi(iis) v(o<imi) s(o;i)i() L(ifcens merilo). — "La Rille.

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