CHAPITRE DES CATHÉDRALES
ce chapiteau cubique, si fréquent au moyen âge. que les premiers monuments byzantins montrent seulement à l'état ti'cbauchc. Et les chapiteaux cubiques d'Aurona ofTrcnt d'autant plus d'intérêt qu'ils peuvent passer pour les plus anciens de leur espèce.
ilais, malgré la vogue du chapiteau cubique, la décoration byzantine à relief plat, la représentation des figures zoomorpliiqucs, malgré ces manifestations multiples d'un art exotique, tandis que les artisans perdaient de jour m jour la tradition des notions essentielk'S de leur métier, ils avaient conservé du moins les principes du style grec et c'est ce qui explique connnent la série des chapiteaux des viii", IX' et X'' siècles qu'on rencontre dans les églises de Cividale, de Pola, de Triestc, de Trévisc, de "TorccUo, de Milan, si elle offre dos types grecs profondément dénaturés, laisse néanmoins sous leur grossier aspect ressaisir une configuration plus ou moins rcconnaissable du chapiteau corinthien. On peut en dire autant des chapiteaux conservés au musée de Breseia, de l'ambon de Saint-Ambroisc à Milan, et du ciborium de Saint-Ékucadius à Saint-Apollinaire in classe à Ravcnue. Le musée de Breseia possède des œu\TCs de sculpture fort remarquables, ayant pour la plupart appartenu à l'église Saint-Sauveur, con:truite par Didi.r avec des matériaux de remploi venus de l'église Saint-Michcl-ct-Saint-Picrrc qui, déjà au vi" siècle, s'élevait sur les lieux mêmes où s'élèverait au VIII'' Saint- Sauveur. Parmi ces sculptures, on remarque ceux des chapiteaux qui doivent avoir servi à l'église préexistante et qui accusent le style de la première moitié du vi<: siècle : quelques-uns ressemblent aux corinthiens sculptés dans les basiliques élevées à Ravcnne par Tliéodoric; d'autres, plus ornés, dénotent l'influence de la plus riche manière byzantine. Si l'on voit dans le chapiteau de Valpolicella un souvenir malheureux du corinthien, dans ceux de Saint-Sauveur l'idée s'en dégage clairement; aussi les feuilles en sont dures et unies, les tigettes maigres, l'abaque raide. Dans quelques-uns de ces chapiteaux, la feuille centrale supérieure de chaque face a été supprimée pour faire place à une croix.
H. Leclercq.
CHAPI-TRE DES CATHÉDRALES. — I. En 107. II. Eu 257. III. .\ux IV' et v siècles. IV. Jusqu'au viiis siècle. V. Bibliographie.
I. En CVII. — Ce n'est qu'au xiii« siècle qxie les chapitres des églises cathédrales prennent une situation canonique considérable. A partir de cette époque, les membres du chapitre sont en possession du droit de choisir et de désigner l'cvêque diocésain, sans recourir au concours de la consultation populaire ^. Il semble donc que ce sujet doive, pour raison de chronologie, être tenu en dehors de nos recherches; cependant nous l'y avons accueilli parce que l'institution a existé longtemps, bien que modestement, avant d'être en possession exclusive du droit que nous venons de dire. Au cours de cette période, l'institution capitulaire se présente à nous successivement sous les noms de presbyteriiim et de capilulum ; le presbylerium fera l'objet d'une étude plus approfondie (voir ce mot) qu'on s'étonnerait à bon droit de rencontrer ici, mais nous lui accorderons néanmoins l'attention nécessaire afin de montrer les origines et le développement du rôle attribué au conseil épiscopal.
Dès l'époque apostolique nous voyons groupés
' Le fait capital de l'histoire des chapitres, c'est la transformation que subit au moyen âge le clergé de la cathédrale; au XI* siècle, quand il s'agit de décisions importantes, et notamment du choix d'un évêque. les textes mentionnent encore le clergé et le peuple: par exemple, en 1002, Richer, archevêque de Sens, est déclaré ah omni
autour de l'évêque ses principaux collaborateurs, nous disons groupés, non pas confondus, car dans toutes les jiarties du monde chrétien nous constatons la distinction des trois ordres du clergé supérieur : cvêqucs, prêtres et diacres. Distinction d'ordres et de fonctions qui laisse, en dernière analyse, toute l'autorité essentielle entre les mains de l'évêque. Celui-ci gouverne absolument, décide en dernier ressort sur le temporel, mais c'est surtout l'autorité spirituelle qu'il exerce. Les diacres s'acquittent de leurs fonctions principalement temporelles sous le contrôle et la responsabilité de l'évêque. Les prêtres forment un corps auxiliaire attaché à la personne de l'évêque dont il est le conseil; un ce nseil pourvu, senible-t-il, de voix active e! passive. Les modes particuliers suivant lesquels s'exerce l'activité de chacun des ces groupes ne nous importent pas ici ; c'est l'association que nous avons en vue. Association bien déterminée et dans laquelle ne peuvent faire irruption les ordres inférieurs du clergé. Il faut toutefois se garder contre la tentation de décou\Tir une institution complète fonctionnant avec une parfaite régularité. Les origines du conseil épiscopal ne sont rien moins qu'incertaines.
Pendant la période des prédications apostoliques, les communautés se multiplient dans certaines provinces presque à vue d'ceil et forment une vaste fédération de très bonne heure centralisée. Autour de l'Église, institution du Christ, les multiples sociétés de frères s'intitulent également : Églises: non en esprit d'opposition ni par tendance à la sécession, mais simplement par application d'un terme employé très tôt pour qualifier la société des frères -. L'idée d'unité posée dés la première génération clu-étienne n'est ni combattue ni contredite, ni approuvée; elle semble admise tacitement comme une vérité théologique fondée sur le privilège concédé par Jésus à Pierre. Mais, pour autant que nous pouvons découvrir le tour des préoccupations de ce temps, cette vérité incontestée sommeille doucement. A Rome cependant, on la tient pour si bien établie qu'on se conduit en conséquence : saint Pierre s'adresse aux Églises d'.\sie-Mineure, saint Clément gourmande l'Église de Corinthe. Si du terrain théologique on avait voulu passer sur le terrain administratif on eut probablement provoqué dans la plupart des communautés une réelle surprise. En effet, au temps de saint Ignace d'Antioche, on en est encore à considérer chaque Église locale comme une véritable personne morale, bien originale et bien distincte. La vie municipale, si intense en .\sie à cette époque, loin d'abdiquer et de s'absorber dans la notion d'Église universelle, entend appliquer ses forces au développement de l'Église civique. Tout cela, qu'on le remarque bien, sans l'ombre d'une pensée séparatiste dont aucun texte ne nous offre l'indice, mais par la persistance et l'application des qualités qu'à développé pendant des siècles l'autonomie municipale.
Dépositaires et représentants officiels de cette autonomie, les magistrats municipaux avaient su imposer le maintien des formes traditionnelles de la cité grecque à l'administration romaine; à l'époque de Trajan cette autonomie n'est nullement atteinte, l'esprit municipal est intact, son fonctionnement régulier. Comment s'étonner dès lors si l'esprit et le zèle municipal marquent leur empreinte sur les communautés d'Asie-Mineure où fut transporté, dès le premier siècle de notre ère, le centre d'expansion le
clero el populo electus, et des expressions de ce genre se trouvent même jusque dans les lettres de Sugcr. .\ la fin du XII' siècle et plus tard, il n'est plus question que du chapitre; c'est en lui que se concentre alors la représentât ion de l'Église. P. Fournier. dans le B»He/in cri/igiie, 1 SS6. t. vil, p. 410". — = Jlatth., xviii. 17.