CHAPITRE DES CATHÉDRALES
plus actif de la religion cliréliciine 1 Les iioiiimes de cette contrée ne pouvaient que partager les opinions de leurs contemporains sur les bienfaits de la conception hellénique de l'État. La cité leur offrait l'idéal d'un organisme social qu'ils n'entendaient nullement sacrifier à la théorie cosmopolite qu'ils voyaient appliquer hors de chez eux et que représentaient les judéo-chrétiens. Sur les bases et à laide des linéaments hiérarchiques proposés ou établis par leurs fondateurs venus de Judée ou d'ailleurs, les ,\siates s'employèrent à organiser chez eux la hiérarchie chrétienne de leurs Églises naissantes sur le modèle des institutions qu'ils voyaient fonctionner dans leurs cités et qu'ils prisaient par-dessus tout.
La communauté d'une cité ainsi décorée du titre d'Église, qui est le nom de l'assemblée municipale des Grecs, s'essaie à reproduire, en les épurant encore, les sentiments et les actes caractéristiques de la solidarité civique. Ceci entraîne une administration et une organisation, des règlements et un personnel. Ce personnel se groupe autour de l'évêque dont la présence donne, pour ainsi dire, la personnalité morale à l'assemblée'. C'est ce haut personnel qui se divise en trois degrés -, entre lesquels règne la subordination. Tout ceci ne s'est pas fait d'un seul coup et partout en même temps d'une façon, en quelque sorte, automatique. Certaines cités d'Asie-Mineure, peu de temps auparavant, n'avaient à leur tête qu'un prcsbijterium et point d'évêque; après saint Ignace, la ville de Philippes en est encore à ce stade de l'évolution hiérarchique. Mais ces exceptions ne portent, semblet-il, que sur des retardataires et l'immense majorité des Églises peut dès lors s'appliquer la recommandation faite aux chrétiens de Pliiladelphie de ne faire « qu'un avec l'évêque, ses presbytres et les diacres ^. » Cette hiérarchie concourt aux mêmes travaux. « Peinez ensemble, leur écrit saint Ignace, luttez ensemble, marchez ensemble, souffrez ensemble, reposez ensemble, veillez ensemble comme étant [tous] intendants, assesseurs et ministres de Dieu ■■.» Voilà des hommes bien étroitement cousus les uns aux autres et si étroitement associés qu'on voudrait savoir la nature des épreuves qui les préparent et du lien qui les attache à leurs fonctions, mais nous l'ignorons. Nous ignorons aussi le procédé en usage pour déterminer le choix et l'agrégation de nouveaux dignitaires : il y a quelque lieu de supposer que les habitudes invétérées de la vie municipale donnaient aux fonctions les a])parences d'une désignation populaire, mais que la hiérarchie existante jouait un rôle effectif et prépondérant dans les préliminaires du vote de la communauté '.« Saint Ignace parle à plusieurs reprises « de l'élection d'un diacre pour une mission à accomplir auprès de l'Église d'Antioche. Il ne s'agit expressément que d'une mission temporaire,
' S. Ignace, Episl. ad Smijrn., vm, 2 : î-oj «■/ =«,/; î i;;;»,- »'.-'.; txEÏ Tô r"Af;Oo; ecttu. Une fois groupée autour de l'évêque, l'association forme lui véritable organisme : (Twn«-r=ro-, Sniyrn., XI, 2, et encore i, 2 : ^-n». t/;,- i-n/i.r.-jm;. — ■ • H. de Ginoulhiac, l.'Ètjlisc chrclicnnc au temps de saint Ignace, in-8", Paris, 1907, p. 12S, note 1, remarque quelques ineonséqucncGS dans les relations de subordination entre les trois degrés do la hiérarchie : l'évêque représente le Père, les presbytres sont types des apôtres, les diacres ligorent Jésus-Christ. Ceci est très exact, mais nous croyons pour notre pari (pie saint Ignace prélude ici au genre imprécis qui caractérisera tant de subtiles interprétations des Pérès. La méthode oratoire commence à sévir. Un même objet reçoit les interprétations les plus difïérentes ou même contradictoires. C'est ce qu'Edmond Le Blant a bien montré dans la préiace de son recueil des sarcophages chrétiens. Il ne faut donc \oir là, selon nous, «lu'une façon do dire chez saint Ignace, et ce qui montre assez qu'il n'y faut pas attacher trop d'impor-
mais cette indication est un précieux renseignement, sur les procédés d'accès aux fonctions au temps des premières générations chrétiennes. Dans les trois passages indiqués, le mot signifiant la façon de désigner est le verbe ysipoTovf.aai, « élire à mains levées», mais il semble bien avoir perdu alors sa signification étymologique et ne nous indique rien de bien spécial. Le mot î'jij.go'j/.iov au contraire semble fournir un renseignement précis : il y avait assemblée '. «
Une fois constitué le personnel des dignitaires, " l'évêque préside et tient la place de Dieu le Père, les presbytres ont remplacé le cercle des apôtres et les diacres exercent la fonction même du Christ °. » L'institution existe partout, nous l'avons dit', et elle fonctionne normalement. LTn seul évêque par ville assisté d'un collège, gouvernant tme communauté dont les membres — même ceux dispersés dans la banlieue et au delà — sont rattachés à l'église de la même manière dont les choses se pratiquent pour le municipe '°. Évêque et membre du collège gouvernent et rayonnent. Nous venons de voir procéder à l'élection d'un diacre qui aura à remplir une mission à Antioche; le cas n'est pas sans exemple, il peut même s'agir parfois de renforcer un collège par plusieurs délégations ", et cela dans des circonstances que nous ignorons. On a conjecturé non sans vraisemblance que ces délégués aient eu à exercer un rôle dans le choix ou la consécration d'un évêque '-, rôle qu'il resterait à combiner avec celui de l'élection par la communauté principalement intéressée : presbytres, diacres et peuple.
L'ne fois élu et intronisé, l'évêque se trouve en possession d'une autorité indépendante et monarchique; il est entouré d'un conseil, a-jviôpiov toû IticcjxotioO. On se représente assez volontiers, un peu d'après l'ètymologie de leur titre, un peu d'après la nature des choses, une partie des membres de ce conseil comme des vieilhu'ds, TipeTg-j-Epoi » anciens ». En vérité, si on leur décernait le titre d'anciens ce n'était pas apparemment parce qu'ils débutaient; entrés au conseil épiscopal avec l'expérience de la vie et la maturité des charges et des années, ils s'y éternisaient vraisemblablement, ciu- rien n'indique que leur mandat fû'î. temporaire, et ainsi ils méritaient de plus en plus leur titre honorifique. Si leur rang conférait des prérogatives et une autorité réelle, la tendance se manifesta de bonne heure de rendre l'autorité, l'initiative et l'indépendance illusoirea. Le presbytérat fut, à tous ces points de vue, un canonicat anticipé. Saint Ignace s'attache à bien inculquer aux presbytres l'idée de leur subordination à l'égard de l'évêque; sans doute ils doivent représenter le collège apostolique, mais avec une certaine turbulence en moins. Disposés à se décerner la maturité un peu conventionnelle de l'âge à défaut de tout autre mérite et à
tanco c'est, suivant la propre remarque de M. de Ginoulhiac, que « pour l'évêque saint Ignace crée la typologie du Père qui n'est pas encore arrêtée dans ses lettres et souffre des exceptions: pour les diacres, ses idées sont indécises. ' — 'S. Ignace, Epist. ad Plïilad., inscr. — * S. Ignace, Episl. ad Pol., vi, 1, 2. — 'H. de Ginoulhiac, op. cil., p. i:n. — «PoZ., vu, 2;Phil.,K. 1; 6'mym., xi, 2. — ' H. de Ginjulhiac, op. cil., p. 131. — 'S. Ignace, Episl. ad Magn.. vi. 1, Ce qui revient à dire que les diacres exécutent les volontés de l'évêque-Pére de même que .lésus a exécuté celles de son Père céleste. — " Pait:>ut. ou il s'en faut de très peu en Asie Mineure, -.\illeiirs les exceptions no manquaient pas, mais leur nombre allait se réduire rapidement. — " Th. Zahn. Ignatius von Aniiocliien, in-S», Gotha, 1S73, p. 306-307. — " Et ceci ressemble à une sorte de concile. On lit dans la lettre aux Philippicns ; » Quelques églises voisines ont envoyé leur évêque [chacune le sien], quelques-unes des presbytres ou des diacres [chacune un]. » — " H. de Ginoulhiac, op. cit. , p. 45, 131 ,149.