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CHAPITRE DES CATHÉDRALES

en revendiquer jusqu'aux moindres privilèges, les presbytrcs, s'ils n'étaient contenus et même un peu comprimés, risquaient de former un noyau d'opposition au pouvoir épiscopal. D'où la précaution prise de les combler d'honneur en les sevrant d'autorité. » Il est sûr que, non seulement chacun des presbytres était suljordonné à l'évèque, mais encore que le conseil même des anciens ou prcsbijtcrion ne devait avoir comme tel qu'un rôle presque honorifique et laissant intégre l'indépendance d'action de révêcpie. La formule même de Polycarpe semble exprimer parfaitement la situation des presbytres : noX-Jv.apTtoc xal oi ct-jv aOnri TtpEngùtspoi. Autour de l'évèque, il y avait donc un petit groui)e de collaborateurs, attendant de lui le mot d'ordre, et ne paraissant aucunement tentés de faire preuve d'indépendance '. » Pris isolément le presbytre semble n'exister pas; l'idée ne vient pas de le considérer autrement qu'en corps et collectivement : les presbytres, le presbijlerion; et ce simple détail laisse entrevoir quelque chose de l'insignifiance sénile anticipée qui devait être l'apanage du presbytre pris à part et représentatif de son ordre. 11 ne semble pas qu'on réclame grande activité de la part de ce conseil d'administration. 11 entoure l'évèque dont il observe les évolutions liturgiques dans la paix d'une banquette qui entoure le sanctuaire. Parfois cependant l'un d'eux pourra être appelé à célébrer l'eucharistie, peut-être aussi l'agape et le baptême. Inoffensifs et partiellement irresponsables puisque c'est l'évèque qui décide et qui gouverne, la communauté pourrait être exposée à traiter les presbytres avec quelque négligence : saint Ignace recommande donc et souvent aux fidèles de leur être soumis comme à l'évèque^. Un bon esprit semble avoir généralement régné parmi les presbytres; on citait parmi les plus édifiant s ceux de Magnésie qui oubliaient leur âge et celui de leur jeune évèque'; à quelques années de là on devait proposer volontiers les presbytres pour modèles lorsqu'ils se conformaient à leur devoir : pitoyables et miséricordieux envers chacun, bienfaisants aux pau\Tes, aux œuvres, aux malades, ce qui suppose des hommes encore ingambes, car maturité n'est pas • nonyme de décrépitude.

L'élément jeune, pétillant, c'étaient les diacres qui le représentaient. Leur âge se fût malaisément accom'i mode d'une situation trop dépendante, et tout en appartenant à la hiérarchie il n'étiut pas superflu de leur rappeler parfois qu'ils y occupaient le troisième rang. En conséquence, ils jouissaient d'une autorité proportionnée à leur charge et du respect auquel cette autorité leur donnait droit. Plus alertes que leurs collègues du presbytèrat, les diacres sont eussentiellenient les agents, les collaborateurs de l'évèque, ils transmettent ses ordres, servent d'intermédiaire entre les fidèles et l'évèque, sont chargés de l'administration matérielle, ce que nous appellerions «les œuvres », parfois de missions d'Église à Église.

Évêque, presbytres et diacres ne nous intéressent ici que sous l'aspect très spécial et assez restreint de leur collaboration. Sans doute nous ignorons tout sur la fréquence de leurs réunions, les matières tratées, les discussions soutenues et les argliments développés; mais c'est déjà beaucoup d'avoir pu reconnaître l'existence du rouage. Suivant les Églises et le tempérament des évêques, la convocation "du conseil devait être plus ou moins régulière et la consultation

' H. de Ginoulhiac op. cil., p. 157. — = S. Ignace, Epis ad Trall.. xm. 2; Eplws., ii, 2, Maan.,u, 1; Tru!!.,in. l.' — 'IMagn.. i, 3. Le presbytre Valons de Philippe est tioilvc en faute, mais ce n'est pas l'insoumission. — • La date des lettres de saint Ignace est tantôt réclaméepour l'an 107, tantôt pour l'an 117. — ' On raisonnerait sans fin et sans profit sur ces textes. Quand Ignace tient le Christ pour seul évêque d'Antioche en son absence, il combine la typologie

plus ou moins illusoire. 11 y a eu probablement autant de cas particuliers que d'Églises et d'évêques dans chaque Église. L'importance réelle reparaissait au moment des vacances épiscopales.

On ne sera pas surpris de l'imprécision des traits que nous venons de rapprocher si on songe qu'ils nous font connaître l'état d'une institution en voie de se fixer et cela vers l'an 107 de notre ère '. Ce qu'on peut relever de contradictions, de tâtonnements n'est souvent cjue le compte de nos incertitudes faute de textes plus nombreux ou plus formels. Ainsi saint Ignace écrivant aux Romains ne dit rien, ne laisse rien entendre de l'organisation hiérarchique de l'Église de la métropole qui avait déjà eu saint Clément dont la lettre ne permet guère de douter de l'existence d'une liiérarchie, sans que nous puissions dire si le pres- In/terion à Home et son président jouissaient d'une moindre autorité qu'en .\sie-Mineure. Danscettemême lettre aux Romains, Ignace dit qu'en son absence Jésus- Christ seul tiendra lieu d'évêaue dans l'Église d'Antioche où nous savons par lui qu'il existait un corps respectable de prêtres, élément essentiel selon lui à toute Église constituée ^

II. En CCLVII. — La persécution de Valérien succédant à celle de Cèce prétendit en éviter les excès et l'échec final. Au lieu de s'attaquer à la multitude des fidèles on prétendit obtenir un résultat plus durable et s'épargner beaucoup d'horreurs en limitant les poursuites aux chefs des Églises et à leur conseil. Évêques, prêtres et diacres furent donc les seuls directement menacés, mais ce furent naturellement les évêques qui se trouvèrent atteints de préférence. Beaucoup d'entre eux soutinrent le martyre, on ne les remplaça pas surle-champ car cette bravade liér( ïque eût décimé sans profit le collè,ge épiscopal; plusieurs durent prendre le chemin de l'exil pour une durée indéterminée, d'autres se cachèrent. Dans tous ces cas, le chef disparu ou absent, il importait de veiller sur les fidèles, de les soutenir et de les diriger principalement en des jours périlleux où les secours spirituels et une forte iliscipline étaient indispensables. On vit alors le corps des prêtres, conjointement avec les diacres prendre en main le gouvernement des Églises. La correspondance de saint Cyprien nous a conservé d'utiles indications sur ce qui tut fait alors à Cartilage et à Rome.

A Cartilage, l'évèque lui-même, avant de s'éloigner, délégua l'administration à son conseil : Quoniam, écrit-il aux prêtres et aux diacres de la ville épiscojiale, mihi interesse nunc non permitlit loci condicio, pcio vos pro fuie et religione vestra, fungamini illie et restris partibus et mets, ut nihil vcl ad diseiplinani vel <id dilij/cntiam desif^; il revient sur ce sujet : Freins ergo et dileetione ei religione vcslra, quam salis nnvi, lus lilteris et hortor et mando ut vos, quorum minime illic invidiosa et non adeo perieulûsa prœsenlia est, vice inca fungamini circa gercnda ea quse administralio religiosa deposcit '. Les prêtres de Carthage exercent donc les droits que leur évêque accorde, nous les voyons offrir le sacrifice eucharistique, non seulement dans les assemblées régulières des fidèles', mais encore chacun en particulier dans les prisons où ils allaient visiter les confesseurs de la foi '. Saint Cyprien leur accorde encore, ainsi qu'aux diacres à défaut de prêtre, de pouvoir réconcilier avec l'Église les apostats pénitents et recommandés par des martjTS, mais seu-

et l'administration. Sans doute, l'évèque représente Dieu le Père, mais les fidèles doivent lui obéir comme au Christ. Trall., ii, 1. Ainsi les fidèles seront unis au Père et au Fils qui sont eux-mêmes inséparables; ce qui n'cnipècliera pas le ciiUége épiscopal de gérer les affaires temporelles et spirituelles, ne souffrant pas de retard. — * S. Cyprien, Epist., V, 1, édit. Hartel, p. 478. — 'Bpi's/., xiv, 2, p. 510. — ' Episl., XVI, 2, p. 519. — • Episl., v, 2, p. 479.

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