CHAPITRE DES CATHÉDRALES
Icment poiirIcc;is où ces malheureux se trouveraient en danger île mort '; sauf ce cas, il réserve l'absolution, et il se plaint vivement de ceux des prêtres et des diacres qui croient ne pas devoir attendre pour cela son retour parmi eux -. Car ce sont les évêques seuls, rappelle-t-il, qui représentent le principe de l'autorité dans les Églises, et cela de droit divin '. Les prêtres et les diacres sont les conseillers de l'évêque, conseillers fort respectés, sans l'avis desquels le saint cvêque ne veut rien décider d'important, comme il désire aussi toujours tout régler avec l'assentiment de son peuple S tout en se croyant en droit de ne pas attendre cet avis pour faire ce qui lui semble convenable '. Mais ils doivent se souvenir aussi, particulièrement les prêtres — plus exposés en cette matière — qu'il ne leur est permis d'exercer un acte de juridiction que par la délégation de l'évêque et dans les limites tracées par lui ». Quelques-uns d'entre eux, contrairement à ses instructions, s'étaient montrés trop faibles envers ceux qui avaient renié leur toi par la crainte des supplices et sollicitaient ensuite la faveur de rentrer dans la communion de l'Église; mais la plupart s'étaient pleinement conformés à la règle de prudente sévérité imposée par leur évêque, et celui-ci les loue d'avoir déployé en cela une vigueur véritablement sacerdotale '.
Cette vigueur de l'autorité sacerdotale, les prêtres et les diacres de Rome en firent preuve aussi, pendant la vacance du siège pontifical, après le martyre de saint Fabien. On en possède un monument remarquable dans la lettre qu'ils écrivirent au clergé de Cartilage, alors lui-même privé de la présence de son évêque, afin de l'exhorter à braver généreusement tous les dangers pour soutenir la foi et le courage des fidèles et à déployer à l'égard de ceux qui étaient tombés dans l'apostasie un sage tempérament de fermelé et de douceur. Ils s'y attribuent la qualité de chefs de l'Église romaine, chargés d'exercer l'tffice de pasteurs, et proposent leur propre exemple pour animer leurs frères de Carthage : Cuin incnmbat nobis, qui videmur propos iti esse et vice pastonint ciislodire gregem, si ncylegei.les inreniamiir, dicclur nobis quod et antecessoiibiis nostris dielum est, qui t(im neglegenles prœpositi erant, quoniam perdilum non requisivimus et erraniem non correxinnis et claudum non colliçia vinius el laeiem eorum edebanms et lanis eorum operiebanmr... Nolunnis ergo, fralres dileclissinii, meree nurios iuveniri, sed bonos pustores, cum scialis tum non minimum iierieuluni ineumbere, si non hortuti fuerilis flaires nostros stare in fuie immobiles, ne prœceps euntes ad idololatrium funditus eradieetur fraternitas. Ncc cnim hoc solum verbis vos hortamur, sed disccrc poteritis a pluiibus a nobis ad vos venienlibus, quoniam ea omnia nos TJco adjuvante et fecimus et facimus cum omni sollicitudine el perieulo sœculari... Videtis ergo, fralres, qiwnicm et vos hoc facerc debeiis, ut etium illi qui ceciderunl, bortatu vestro corrigentes tmimos eorum, si adprehensi fuerint iterato confilecmiur, ut possint priorem errorem corrigere; et alla quee ineum bunt vobis qua' etium tl ipsa subdidimus, ut si lu qui in liane temptutioncm inciderunt cocperint adprehendi infirmitatc et agant pcenitentiam facti sui el desiderenl ecmmunionim, ulique subveniri eis débet... Et pctimus vos qui hahelis zelum Dei, harum litlerarum e.vemplum apuit quoseumque poteritis transmillerc per idoncas
■ S. Cypricn, fpisf., xviii, 1, p. 523. — ' Epist., xv, XVI. XVII, p. 517-523. — ' Episl., xxxiii, 1, p. 566. — ' Epis., XIV, 4, p. 516. — ' Episl., xxxvm, 1, p. 579. — * Epis(., XV, XVI, XVII, p. 517-523. — ' Episl., xx, 2. p. 527. — 'Episl., VIII, 2. p. 486. — ' Episl. .xxx, xxxvi, p. 54<J, 572. — " S. llcnys d'Alexandrie, Episl. adv. Germanum, c. VI, P. G., t. x, col. 132-1. — " Episl. ad Fabiiim Antioch., c. xi, P. G., t. x, col. 1309. — >"- Episl. ad Domil.
occasiones vel veslras faeialis, sive nunlium milleUis, ut slent fortes et immobiles in fide '.
Voilà, certes, parler en hommes qui se regardent comme revêtus de l'autorité administrative dans une Église. Je crois pouvoir ajouter que le ton de cette lettre, qui convient à des supérieurs plutôt qu'à des égaux, et la recommandation par laquelle elle se termine, de communiquer cet avis aux autres Églises, manifeste dans le collège presbytéral de Rome la conscience de la prééminence de son Église particulière et du devoir de sollicitude qui lui incombe par rapport à toutes celles du monde chrétien. Le même caractère de fermeté et d'autorité se retrouve dans deux autres lettres adressées dans le même temps par les prêtres et les diacres romains à saint Cj'prien lui-même '.
Pour ce qui regarde l'Orient, nous savons, par une lettre de saint Denys d'Alexandrie, que les assemblées ordinaires des fidèles pour le service divin continuaient à se réunir aussi régulièrement que possible à Alexandrie, malgré l'absence de l'évêque'". Dans une autre lettre, il est raconté qu'un prêtre, ne pouvant aller lui-même réconcilier un apostat pénitent qui se trouvait à l'article de la mort, lui envoya par un enfant une parcelle de la sainte eucharistie -'. Mais les termes mêmes de ce double témoignage montrent que ces choses se faisaient en vertu d'une délégation et suivant les instructions formelles de l'évêque absent. Ce fut encore ainsi, sans doute, qu'agirent les prêtres et les diacres qui demeurèrent cachés à Alexandrie pour visiter les malades en secret, lorsque saint Denys eut été arraché à son troupeau pour être conduit en exil 12.
t^'ne fois de plus nous voyons le collège presbytéral exercer non seulement les fonctions sacrées, mais encore des actes de juridiction réservés aux évêques. C'est là une situation anormale et transitoire et qui exige pour être légitime et ses actes valides une délégation authentique de l'évêque, mais ce que ncus devons en retenir c'est l'existence et le rôle dépaiii aux prêtres et aux diacres dès ce temps dans le gouvernement et l'administration du diocèse. Car les diacres aussi, acquièrent alors plus d'importance. La correspondance de saint Cyprien nous les montre intimement associés aux prêtres pour le gouvernement spirituel des Églises. Or, d'un côté, la distance qui séparait leur dignité de celle des prêtres étant bien moindre que celle qui les séparait des évêques, et, de l'autre, les décisions devant être prises à la suite de délibérations communes, et aucun des prêtres n'ayai.î individuellement une autorité indépendante, conin e l'était celle de l'évêque, l'ascendant des diacres dans le corps presbytéral pouvait aisément, du moir.s pour quelques-uns d'entre eux et grâce à leur valeur personnelle, l'emporter souvent sur celui des prêtres. De plus, leurs fonctions spéciales dans l'administration temporelle des Églises les mettaient plus fréquemment en rapport avec les confesseurs de la foi détenus dans les prisons ou réduits à l'indigence par la confiscation ou l'abandon forcé de leurs biens, comme aussi avec les chrétiens moins éprouvés par les vexations des persécuteurs et à qui leur fortune plus considérable imposait le devoir de secourir leurs frères indigents. Mais tout cela, comme on le voit, n'emportait par de changement substantiel dans le
et Didym., c. m, P. G., t. x, col. 1293. Xous avons voulu emprunter littéralement ces passages relatifs à saint CMJrien el aux Églises de Rome et d'Alexandrie au P. Ch. deSmcdt. L'organisation des Eglises chrcliennes au m' siècle, dans la Hevue desqncsi. hislor., octobre 1S91, afin de ne pas céder î\ la tentation de tirer des textes — que l'auteur utilise à un autre point de vue — plus que ce qu'ils apportent de luraièie à notre étude.