quipl^- {zark),' tactus
Les hymnes du bréviaire arménien sont distribuées par « canons » répondant aux fêtes principales de l'année ecclésiastique; ces canons portent le nom de la fête ou du mystère qu'ils entreprennent de glorifier. Un canon comprend un nombre variable de cantiques selon l'importance de la solennité qui se prolonge pendant trois ou pendant huit jours. La plupart des cantiques se composent de plusieurs sections, espèces d'antiennes, qui sont destinées aux diverses heures liturgiques du jour. D'ordinaire on compte huit morceaux, dont six pour la matinée à partir de la dernière heure de la nuit, un pour l'heure de midi, un pour le soir. Voici ces huit chants :
lo op'^'iini.piiL.'L (orhnutliiun), « louange, bénédiction »; on l'entonne avant le lever de l'aurore; il correspond au cantique : Canlemus Domino, gloriose enini magniftcaius est (Exod., xv, 1).
2» ■i'^pg'ij (hartzn), a des Pérès », parce qu'il s'adapte au cantique des trois jeunes hommes dans la fournaise: Benedictus Dominas Dcus patrum noslroriwt.
30 Jt5-£uyoi ujt {med/saizustze), chant de l'aube, répond au cantique : Magnificat anima mca Dominiim
— = J. J. Schrôder. Tlxesauriis linguœ armenica; antiquœ et Itodiernœ, in-S°, 1711, p. 243, 248; H. J. Petermann, Ueber die Musik der Armenier, dans Zeitschrift der deuslchen morgenlàndisclien Gesellscha/t. 1851, t. v, p. 365-372.
CHARACxAN
(Luc, 1,46 sq.) psalmodié au même moment à l'omce.
40 iiq^ipJhu, {oghormia), « aie pitié », répond au psaume Miserere met Deus, secundum magnam misericordiam tuam (Ps. l), qui est récité au commencement de la matinée.
50 mt/» jl.pli'i-l;>) (ifr hierknitz) « le Seis^neur du haut des cieux », répond au psaume Laudalc Dominum de cielis (Ps. cxlviii), récité dans Je courant de la matinée.
60 .rui'iiliniJi,^ (maixkunkh), « les enfants », en rapport avec le psaume Laiidate pueri Dominum (Ps.
CXIII)
70 Jf.u^/.i. {dshaschii), « midi » ou « repas » ; ce nom est donné à un chant qui se rattache aux différents psaumes adaptés à la messe du jour. 11 est entonné avant le premier repas qui a lieu vers midi dans les monastères; il se termine par la hénédiction de la table '. On le comparerait à l'heure de sexte.
8» siu.//!u/^i/< (hambartsi), « j'ai élevé », désigne le dernier cantique qui suit dans l'ofTice du soir, le psaume Levari ocnlos meos in montes (Ps. cxx).
Les Arméniens se servh-ent d'abord de différents mots existant dans leur langue, tels que l-r'f {/erg) et <niu<^ (tagh), signifiant chant musical, pour désigner ces textes rythmiques qui furent intercalés dans la récitation des psaumes en vue de rehausser l'éclat des solennités. Mais à mesure que la langue arménienne se forma, elle put suffire à exprimer des notions plus spéciales; toutefois, le nom lui-même de Cliaragan ^uipuil/u/b ^ ne parut qu'assez tard. On le rencontre pour la première fois dans les écrits de Nersès de Klah, au xii" siècle, un des collaborateurs les plus estimés du recueil. On a proposé de taire venir ce mot de .•"■'/• (char), ' fil, cliaine, série », et de '"f'- (agn) « joyau, perle ». Ce qui donnerait le sens de « collier de perles ». D'après F. Nève, cette dénomination serait identique à celle que les Arabes et les Persans ont donnée à une foule de recueils de poésies "■ Cliaragan serait plutôt un adjectif dérivé du mot ehar, chaîne ^, mais employé — le substantif jerli étant sous-entendu — dans le sens de chant librement lié et enchaîné. Ce sont, en effet, des morceaux appropriés au chant, sans mesure de pieds et de syllabes, comme nous l'avons dit, mais dont les périodes sont d'inégale longueur cl dont les stances se succèdent Ubrement '.
Le mérite littéraire et l'autorité théologique des «'charagans » ont été proclamés par les rares érudits dont les études se sont tournées vers les rîtes anciens de l'Église arménienne. Les manuscrits du Cliaragan conservés dans les bibliotliéques de l'Europe, notamment ù la Bibliothèque nationale à Paris, sont des exemplaires copiés avec le plus grand soin, il y a plusieurs siècles, par des monastères de l'Arménie ou des pays voisins '. Le P. Avédîkhîan a pu signaler un manuscrit de l'an 1118 joignant aux textes les noms des divers auteurs. Au xvm" siècle, G. de Villefroy, abbé de Blasimont, eut l'occasion de décrire les manuscrits arméniens récemment acquis à Constantinople avec les manuscrits orientaux de la bibliotliéque du roi *; une note manuscrite ajoutée par lui en tête du
ms. 3i de la bibliothèque relève la date de 1319 de cet exemplaire et signale les noms des auteurs d'hymnes reçus comme autlicnti([ues à cette époque. De plus, Villefroy traduisît (piclques canons ' et s'efforça d'attirer l'attention sur cette littérature inexplorée : « Je ne prétends pas, écrivait-îl, que la beauté de la poésie et la réputation des illustres et sçavants auteurs de ces pièces fasse l'unique mérite de leurs cantiques. Ils doivent nous paraître infiniment plus estimables, dès que nous les envisagerons comme le précieux dépôt de la foi de cette grande Église et le trésor, où malgré les fureurs du schisme, elle a conservé jusque à présent les vérités les plus importantes du dogme catholique "... C'est dans le goût des Cantiques de l'Écriture sainte qu'ont été composés les cantiques des Arméniens, qui se chantent aux fêtes de la nativité de saint Jean et de la Présentation de Jésus-Christ au Temple. Mais l'auteur du premier cantique de la nativité de ce saint Précurseur, non content d'avoir saisi l'esprit et le goût de l'ancienne poésie des Hébreux, en a voulu imiter aussi la forme extérieure. Car, premièrement, cette pièce est composée de strophes, ou, si j'ose m'exprîmer ainsi, de périodes poétiques telles que sont celles qui composent le i<" et le 11" chapitre des lamentations de Jérémîe, dans lesquels le Poète divin a observé un certain nombre et une certaine cadence qui élèvent ces sortes d'ouvrages fort audessus de la prose ordinaire. Secondement, le même auteur a observé dans ce premier cantique de faire en sorte que la première strophe commençât par un A, la seconde, par un B et ainsi des autres, en suivant l'ordre que tiennent entre elles les lettres de l'alphabet arménien ; ornement que l'Esprit-Saint n'a point dédaigné d'admettre dans plusieurs psaumes. Il en est de même du refrain dans le psaume ISô", où on en volt un qui se répète à la fin de chaque verset : et dans le 106", deux refrains différents qui, revenant d'intervalles en intervalles, donnent à cette pièce tout l'agrément imaginable. Les premiers poètes sacrés de l'Arménie, n'ont eu garde de négliger une si heureuse ressource; ils s'en sont servis avec beaucoup de succès dans tous les cantiques adoptés par cette sçavante et nombreuse Église.
« Les Arméniens après avoir essayé d'imiter en entier les grands modèles de poésie qu'ils ont trouvés dans l'Écriture, ont cru qu'il faloit aussi profiter d'un avantage singulier que leur fournissoit le génie de leur propre langue, c'est ce que je vais expliquer. L'ancienne poésie de l'Arménie chrétienne se trouve à la vérité destituée des grâces de l'harmonie que produit une certaine combinaison de voyelles longues ou brèves, si connue chez les Grecs et chez les Latins : mais elle n'est pas dénuée d'une sorte de cadence nombreuse, dont l'usage est propre à la langue du pais. Le poète forme, quand il lui plait, une espèce de nombre qui remplit l'oreille et une certaine harmonie qui ôte aux dictions arméniennes la rudesse et la dureté qu'elles conservent quand on écrit simplement en prose. Cette espèce de nombre et d'harmonie se forme par le secours de la voyelle auxiliaire i qu'il a soin de placer en diflérens endroits pour donner du corps aux mots et pour en rendre la prononciation plus agréable. De là vient aux poètes d'Arménie la facilité de faire
' Dulauricr, dans le Journal iisiutique. V° série, t. xvi, p. 577, note. — = G. Avédikhian, Expliciilion des canliques, préface, p. vii-viii. — 'II. J. Petermann, V cher die Musik der Armenier, p. 367. — * .1/useon, 1SS5, p. 3Gô; L'Arménie chrétienne, p. 53 : dans les temps nuKierncs on a rais en usage le nom de chamgnnlz, mot nouveau qui a passe des manuscrits en lëto des éditions imprimées. — » Explication des hymnes, préf., p. viii. — ' Cutalogus manitscriptorum Bibliotliecw regiic, in-fol., l'aiisiis, 1739, t. I, p. 7S-80; Villefroy rédigea en iiutre un catalogue
français du fonds arménien avec avertissements et rem.irques; on le trouvera dans .Mouttaucon. Bibliotheca Inhliothecarum manuscriptunini noini, in-tul., Parisiis. 1739, t. II, p. 1015-1B29. — ■ Lettre de M. f<tblK ••• au Révérend Père *•*, en lui envoyant iir.e traduction /rançaise des cantiques arméniens, composés dans le v" ou vi " siècle, pour la /ctc de la nativité de S. .Ican-Baptistc, et du mystère de la présentation de Jésus-Christ au Temple, dans les Mémoires pour rhistoire des sciences et des beaux- arts (de Trévoux), août 1735, p. 1511-15S1. — ' Il'id., p. 1517.
CHARAGAN
des vers qui soient d'une prononciation douce, tendre et nombreuse en ajoutant la plus délicate de toutes les voyelles qui est ( ( I), au lieu que s'ils veulent peindre des objets tristes, eflrayans et terribles, ils laissent leurs mots dans la rudesse et l'âpreté qui leur est naturelle '. »
Au commencement du xix", un des plus savants mékhitaristes de Venise, le P. G. Avédikhian ', forma le projet de donner une édition commentée du Charagan s'adressant aux Arméniens et aux fidèles d'autres Églises. « Ce docteur a vanté avec raison l'excellence du Gharagan, comme œuvre littéraire, comparé à toutes les autres productions de littérature ecclésiastique dont sa nation est fière. Il a montré l'élévation de l'art, non seulement dans leur style, mais encore dans leur accompagnement musical. Il a pu affirmer la sublimité des pensées et des expressions, attestant de continuels emprunts au langage des Livres saints dont les hymnes reflètent et résument l'enseignement. Les exemples abondent en faveur du témoignage juridique qu'elles ont rendu à toutes les vérités de la foi et en faveur des beautés de style qui le rehaussent '. »
On trouvera une étude très complète de l'hymnologie arménienne à propos de quelques sujets principaux choisis dans le Charagan par Félix Xève '. Nous ne nous occuperons que des hymnes funèbres contenus dans ce recueil; elles datent du xi" siècle et sont au nombre de huit avec des modes particuliers d'exécution; à ces pièces se rattache une hymne de saint Nersès le Gracieux, considérée comme partie intégrante de l'office des morts.
Le « Canon de tous les trépassés • a pour auteur un katholicos renommé par sa vertu et son orthodoxie, Bedros ou Pierre I»' ' (1019-1058). Le style en est cultivé et poétique, mais sans grand éclat. Les hymnes funèbres du Charagan sont partagées en quatre sections principales d'après les tons divers qui sont consacrés à leur exécution musicale, et chaque section se compose elle-même de deux parties qui ont chacune une intonation particulière. — L'hymne de saint Nersès Schnorhali est plus poétique d'intention et de fait que les compositions de Bédros. Elle se compose de trente-six stances dont les huit vers, chacun de huit syllabes, riment deux à deux, suivant les lois rigoureuses de la versification arménienne; un même distique qui renferme une formule de prière ou de supplication termine chaque stance dans les quatre sections entre lesquelles l'hymne même a été partagée par son auteur. L'hymne est acrostiche alphabétique; elle est tenue par les Arméniens pour un morceau remarquable de la poésie religieuse. Puis vient un second cantique, enfin une lamentation en prose exprimant, dans le langage des Livres saints, les plaintes de l'âme qui comparaîtra devant Dieu au sortir de cette vie: curieuse composition dont l'idée et l'exécution rappellent certains passages du Songe de Gerontius :
' Ibid., p. 1553-1555, 1556. — 'Explication des hymnes qui sonl en usage dans les offices de TÊglise arménienne, composée par le P. Gabriel Avédikhian, de Conslantinople, uartabied de la congrégation des mékhitaristes ( en armé- Qien), in-4°, Venise, 1814, p. xiv, 807. Le travail fut approuvé dès 1800, par des cardinaux venus au Conclave, commencé en 1803, imprimé en 1814. Cette édition contient un nombre considérable de variantes et de corrections. II existait jusqu'alors une édition due à Osgan, évêque d'Érivan : Charagnotz, Cantiques spirituels accompagnés de musique, ouvrages des excellents et saints docteurs et interprètes arméniens, illustrant les offices de VÉglise, 1 vol. in-S°, -Amsterdam, 1664, p. 779 (en arménien), et une seconde édition dont le titre arménien est identique à celui qu'on vient de lire; mais elle porte les noms du kaOïolicos d'Echmiadzin et des patriarches arméniens de Jérusalem
« J'ai dit au déclin de mes jours : où irais-je aujourd'hui? Dans une première demeure que je ne connaissais pas... Viens à mon aide, aujourd'hui, ô Christ, en cette première route ', et à ton second avènement viens aussi à mon secours I — Il est venu le jour de ma fin, et avec lui les pleurs, les gémissements et les lamentations. Mon cœur s'est troublé en moi et mes os se sont desséchés. Viens à mon aide... — Ceux qui cherchaient mon âme m'ont réveillé sur ma couche, ils m'ont transporté par une route lointaine que je ne connaissais pas. Viens à mon aide... — J'ai regardé autour de moi et il n'y avait personne qui me secourût. J'ai mis mon refuge dans le Dieu de mon salut. Mon âme sera ravie de joie dans ton royaume. Viens à mon aide... — J'ai été inscrit dans le livre de vie, et je suis parti pour aller auprès du créateur du ciel et de la terre. Viens à mon aide... — Je me suis éloigné de la lumière incréée et sans ombre ! Par la séduction des ténèbres, j'ai goûté le fruit mortel : l'image du Créateur de toute bonté retourne en poussière. Viens à mon aide... — Dans cette séparation de l'esprit avec la chair, quand ce bel édifice se brise, je frémis d'épouvante devant les menaces du souverain Roi, car il me redemande le talent du précepte[de l'évangilel.Viens à mon aide... — Toi qui es né d'une vierge et qui t'es fait homme, ô mon Dieu, Jésus, ne condamne pas en ce jour redoutable le prix de ton sang. Viens à mon aide... — Il est effroyable le jour de la mort; il est terrible le jour du jugement. En ce jour d'épouvante ne méprise pas le prix de ton sang : car je suis ton image, ô Créateur bienfaisant I Viens à mon aide... — J'ai vu le jugement redoutable du Souverain Juge, et j'ai tremblé d'efiroi : car il m'a surpris, non préparé à tes ordres, ô Roi des siècles. Viens à mon aide,... — Mère de Dieu, Mère immaculée du Seigneur et Vierge sainte, intercède auprès de ton fils unique, afin qu'il nous délivre des peines menaçantes de la Géhenne, qu'il nous donne le royaume des Cieux et qu'il accorde le repos aux âmes de nos défunts. »
Parmi les hymnes arméniennes nous donnons comme exemple l'hymne de l'Annonciation qui a été mise en notes musicales européennes par M. P. Bianchini '.
Hymne de l'An-son'ci.\tion.
Salut, ô Marie! qui par l'heureox message Que Gabriel le premier vous porta Êtes devenue le temple vivant du roi des Cieux. Réjouissez-vous, ô Vierge Marie, réjouissez-vous ! O Vous la plus belle, de cette beauté digne de louange. Vous êtes devenue le temple magnifique du Verbe. O incompar;d)le Vierge Marie !
Vous, sage flUe de la mère Eve.
Vous êtes devenue la porte du paradis de la vie étemelle. O Vierge Marie, mère de lumière !
Salut à Vous qui avez été appelée Épouse immaculée de l'Esprit de Dieu.
Réjouissez-vous.vous que toutes les générations proclament O Viergî ornée de Sainteté. [bienheureuse.)
H. Leclercq.
et de Conslantinople, in-S°, Constantinople, 1815, p. 834; autre édition, Constantinople, 1853. Le P. Avédikhian consulta trente-deux manuscrits; il a discuté les leçons dans le commentaire même et réimprimé au bas des pages les stances les plus dignes d'attention pour le fond et offrant matière à discussion. — 'F. Nève, L'Arménie clirétienne, 1886, p. 54. — « Ibid., p. 59-247. — » Tchamich, Histoire d'Arménie, 1789, t. m, p. 896 fen arménien) ; Soukias Somiel, Quadro délia storia littercu-ia d'Armenia, p. 72-73. — ' Dans l'édition du Rituel des Arméniens, Venise, 1840, p. 572, une note explique ainsi ce dernier terme : « Dans le jugement particulier, ou dans le Purgatoire."— 'Les chants liturgiques de C Église arménienne traduits en notes musicales européennes par P. Bianchini, et publiés par la congrégation des pères mékhitaristes, in-S", Venise, 1877, p. 175, 177-179.