FIDEI MATRONA VIXIT ANNIS N LUI MENSIBVS NV
[DIEBVS TRIBVS
.\ Doxato - une inscription gravée sur une plaque de marbre encastrée aujourd'hui dans le pavage de l'église nous offre un nouveau témoignage de l'infiltration des idées chrétiennes, notamment touchant la destinée de l'homme.
Si dolor in[/]r«([(ii]m poluit conve[ll}ere lp]ectus [H]ercii(lc)iim, ctir me flere lumen pigeai 1 Nain iicliil Jiaci(l[n]e laiidavit corpus A[chillis]
'Hcnschir |Zaâtli. à 18 kil. de Feriâna, dans la Byzacène. Cf. H. Saladin, dans le Bull, épigr. de la Gaule, 1883, t. m, p. 200; R. Gagnât et H. Saladin, Notes (Tarchéol. tunisienne. Tours, 1884, p. 18, et Bull, monumental, 1881, p. 135; Gagnât, Rapport III, n. 81; Corp. inscr. lulin., t. VIII, n. 11294. — = Doxato, bourgade située à deux heures de Boriani, sur la rive droite du torrent, le Ivourou- Déré, qui traverse la [ilaine de Drama, en Macédoine. La paléograpliie de l'inscription ne permet pas de la placer en dehors du m' siècle de notre ère. Les ligatures des lettres
Cîarus Homei-us , item non tua laus similis. Te sortila Paphon pulc[h]ro minus ore notabal. Diva set in loto corlfI]e plicata inerat. Sobria quippe tuo pollcbat pectore virtus Non œtate ntinor, n[e]c minor inde loco. Nec mihi pcr ualidos rapio le morte dolores, Qucmivis a-'quanimo dut puer ut lacrimeni
[cr]uciamus uolnere vicli.
(lacune)
Et reparalus item viuis in Elysiis ^.
.Sic placitum est divis a[l]terna vivere lorma
Qui bene de supero[l]umine sit merilus;
Quœ libi castiflco proinisit munera cursu
Olim jussa deo siniplicitas facilis.
Nunc seu te Bronio signatœ mijstidis aise (?)
Florigero in prato congreg[al] in satyrum;
Sive canistrifcree poscunt sibi Naîdis a[e]qu[um].
Qui ducibus tœdis agmina jesta trahas.
.Sis quo[d]cunque, puer, quo te tua protulit œtas.
Dummodo
« Si la douleur a pu déchirer l'indomptable coeur d'Hercule, pourquoi hésiterai-je à pleurer? Car la louange que l'illustre Homère a donnée au corps de l'Eacide Achille n'est pas celle qui te convient, ô mon enfant 1 La souveraine de Paphos t'avait décoré d'un visage moins beau, mais la déesse habitait dans tons les replis de ton cœur. Dans ton sein florissait une chaste vertu, à laquelle ton âge n'ôtait rien de son mérite ni de son élévation. Mais par la violence de mes douleurs je ne cherche pas à t'arracher à la mort, bien que la perte d'un fils soit pour moi un juste sujet de larmes... Nous sommes accablés par cette cruelle blessure...— ...et toi cependant, renouvelé dans ton être, tu vis dans les Champs-Elysées. Les décrets des dieux ordonnent que celui-là revive sous une autre forme qui a bien mérité de la lumière du jour : c'est une récompense que t'avait acquise, dès le chaste cours de ta vie, cette simplicité docile, conforme aux commandements d'un dieu. Jlaintenant, dans un pré en fleurs, l'initiée marquée du sceau sacré t'agrège au troupeau de Bacchus, sous la forme d'un SatjTe, ou bien les Naïades qui portent les corbeilles sacrées te réclament comme leur coinpagnon pour conduire à la lueur des torches leurs processions solennelles. Qu'importe le rôle qui t'est donné dans la place où t'a promu ton âge, pourvu que... »
Jamais peut-être de tels accents ne s'étaient encore entendus dans le paganisme où, sous l'appareil mythologique obligatoire, la douleur paternelle cherche dans les espérances d'immortalité et de rémunération un motif de consolation. Ce n'est ici ni un poète, ni un philosophe, mais une voix dans la foule, celle d'un père ou d'une mère qui s'élève jusqu'à la foi et à la charité. La pensée du bonheur dont jouit le défunt dépasse l'amertume de sa perte *. Rien ne saurait dépasser la force du mot reparalus qu'il faudrait presque traduire par >: ressuscité ». Et cette rénovation n'est pas une chhnère,mais une réalité, puisque c'est une récompense décernée à celui qui, pendant sa \ie, a bien mérité des dieux (de supcro lumine, ou peutêtre numine). L'enfant auquel s'adressait cet adieu attendri n'allait pas disparaître dans l'obscurité du tombeau, il pénétrait dans la vie future. Une autre particularité notable, c'est la mention de la disgrâce physique du mort. La beauté (voir ce mot) dont les
entraînent quelques diflicultés pour la restitution; de plus, une brisure a emporté la fin de chaque inscription, mais le sens reste très clair et n'est pas interrompu. Cf. L. Heuzey, .■\/i,ssion archéologique en Alacèdoine, in-4'', Paris, 1876, p. 128, n. 01. — ' Voir Champs-Elysées. -^ ' On lit dans le Carmen, xxxi, du pape saint Damase, sur la tombe de sa sœur : « Je n'ai pas redouté la mort pour celle qui, affranchie de ce monde, s'élevait au céleste séjour; mais, je suis affligé, je le confesse, de perdre la compagne de ma vie. •
CHARITE
païens faisaient si grand cas est ici dédaignée comme une vanité et la perfection morale est seule louée. Dans la bouche des parents un semblable aveu ne peut guère s'expliquer que par quelque difformité du défunt. Mais il y a un vers plus surprenant encore, c'est celui d'une inspiration toute chrétienne dans lequel est fait l'éloge de cette simplicité docile jadis érigée en précepte par un dieu :
Olim jussa deo simplicilas jacilis.
Ne croit-on pas trouver ici quelque allusion à l'enfance de Jésus : et erat subdilus illis'.' Mais il n'en est rien assurément, et ce que nous lisons n'est que l'expression de ce changement qui s'insinuait dans toute la société antique subissant le prestige de la charité.
Soyons justes, ne retirons rien au paganisme de ce qui lui appartient légitimement. Une inscription trouvée à Rome sur la voie Appienne S appartenant à l'époque d'Auguste et, selon toute apparence, antérieure à la prédication du christianisme, fait mémoire d'Atilius Evhodus qualifié ' :
HOMINIS-BONIMISERICORDISAMANTIS
PAVPERIS ■
Cette inscription semble donc de beaucoup le plus ancien monument latin où se trouvent exprimées la compassion et la charité envers les pauvTes. L'authenticité du monument étant inattaquable, il faut convenir « que rien n'est difficile comme de dater avec une rigoureuse précision, dans l'histoire des sociétés, l'apparition d'une idée ou d'un sentiment nouveau, surtout quand cette idée ou ce sentmient ont pu exister longtemps, en quelque sorte, isolés, sans action générale sur le monde. Or, c'est précisément ce qu'on peut dire de la bienfaisance purement humaine. Aimer les pauvres, non pas en chrétien, mais simplement en homme, les secourir dans leurs besoins, n'est, après tout, qu'une disposition naturelle de notre cœur. Cet élan de pitié secourable a son expression dès la plus haute antiquité, dans les institutions comme dans les ccu\Tes de l'art '. » Nous pourrions citer divers exemples tirés des auteurs classiques, nous nous bornerons à rappeler un des convertis de la première génération elu-étienne et qui pratiquait dans le paganisme la charité à l'égard du prochain, c'est le centurion Corneille loué pour sa piété, pour sa crainte de Dieu et pour ses aumônes au peuple : Kopvv.to; è7.a70VT2p7r,^ êy. a-stpf,; tr,; y.aAO'jp.ivr,; 'lT?i>.'.y.f,;, £-j{J£- 6r,^ y.aî yOooO[j.£vo; tov bto'j auv TravTi T(ô or/.to a*jToO, •7to:ù)v-3 îAsr.u.O'rjva; TîoX/.à; 7(o ).a(o xa''. Sîô;j.ïvo; toO OsoO ôià -x-i-rji ■■. Voilà bien une de ces âmes comme prédestmées à la foi chrétienne et à la pratique de ses vertus.
Le devoir de l'affection et de l'assistance mutuelle n'ont pas été totalement inconnus ni négligés avant le christianisme. L'école de Socrate proclamait quelques nobles vérités », le stoïcisme en donna une définition plus vive et une force pratique plus efficace ^ Cicéron se sert du mot charité pour exprimer l'amour de l'homme pour le genre humain, carilas generis humani', etce ne sont pas là de vains mots, de simples théories; mais les faits prouvent que les sociétés anciennes ont connu d'autres liens que ceux de l'intérêt politique, les exemples qui nous montrent la famille païenne unie par des sentiments doux et sévères, attentive à certains devoirs de labienfaisance, humaine
' A peu de distance de l'endroit appelé Roma vecchia. — = E. Egger, dans le Jorrnal général de r Instruction publique, 28 février et 13 a\ ril 1853; Études liistoriques et grammaticales sur quelques inscriptions latines, dans Mém. d'histoire ancienne et de philologie, in-S^, Paris, 1863, p. 351- 363. — 'E. Egger, op. cit., p.358.— - «.\ct., x. — * Aristote, Morale à Nicomaque, VIII, 1, i.x, 10, édit. Bekker. — ' P. Ja-
envers les esclaves et les pau\Tes; ces faits sont Irop négliges ou généralement ignorés. Il semble que le Sérapéum deMemphis contenait, dans un de ses temples, une sorte de caisse des pauvres. Ce ne sont là que des vertus individuelles, des tentatives timides, mais leur imperfection même révèle la fermentation sourde de ce besoin de charité dont la foi et l'espérance chrétienne feront la base du renouvellement universel ".
VII. Progrès de la misère .\u iv^ siècle. — Les deux premiers siècles de l'Empire romain, le deuxième surtout, furent une des périodes les plus heureuses de la civilisation. Au m" siècle, tout changea. L'anarchie militaire, l'affaiblissement du pouvoir précipitèrent la décadence. De tout temps l'industrie et le commerce avaient été méprisés; les seules sources de richesses étaient l'agriculture, la conquête et depuis quelque temps l'agiotage. Voir Capitalisme, t. ii, col. 2027. L'ne administration traquée par les exigences ruineuses des princes et les réclamations menaçantes d'une plèbe n'avait pu, après une longue pratique de modération, éviter de recourir aux dispositions oppressives. Le pauvre, dépourN'u de garanties, oscille entre le riche et le fisc également voraces; le riche lui-même n'est pas à l'abri des bouleversements et des emplois ruineux. Pressés de dettes, dévorés par l'usure, les petites gens voient disparaître par lambeaux le lopin de terre qui formait leur héritage et tout leur patrimoine. Rongés p;\r la misère, manquant des moyens de cultiver et de faire prospérer la terre, ils se débarrassaient de celle-ci à vil prix et venaient grossir le nombre des oisifs vivant de distributions dans les villes et ajoutant à cette ressource quelque profession interlope. Ceux-ci n'étaient ni les plus misérables ni les plus à plaindre. La classe aisée, celle qui tenait dans la société du temps la place qu'occupe la bourgeoisie laborieuse de nos jours, avait recherché d'abord les honneurs attachés aux magistratures municipales; par vanité et par attachement pour leur ville, elle avait consenti à supporter la charge assez lourde des plaisirs populaires et des embellissements. Mais voici qu'on avait prétendu les rendre responsables personnellement de la rentrée de l'impôt. Dès le règne de Trajan, les curiales, c'est le titre qu'ils portent, cherchent à se dérober à la ruine. Alors commence une lutte séculaire entre le fisc et les magistrats municipaux à propos d'un enjeu qui est la fortune des humbles. La fuite, l'engagement dans l'armée, l'affiliation dans le clergé, l'émigration parmi les barbares, l'esclavage volontaire, tout est bon pour éviter l'odieuse curie, et on préfère encore lui abandonner les biens qu'on ne peut emporter que lui livTer des membres qui sont exposés à la torture.
Les gens de métier subissent un régime analogue. Leur travail est escompté par l'administration qui les embrigade et leur impose bon gré mal gré la pratique de leur profession dont leurs enfants seront les héritiers et les contmuateurs obligés. Les riches sont à peine moins misérables. Vivant à la cour du prince ou le représentant dans les provinces, la coutume leur impose des prodigalités folles auxquelles nulle fortune ne peut résister et c'est à force d'expédients, d'abus de pouvoir, de dons extorqués, de pensions exorbitantes qu'ils parviennent à soutenir un luxe dont ils sont les premières victimes.
Cette situation est le résultat de principes écono-
net. Histoire de la philosophie morale et politique dans Tantiquité et les temps modernes, in-8'', Paris, 1858, 1. I, c.v, — ' Cicéron, Be /iniiiuSjV, 23; Partitiones oratoriee, c. xvi et XXIV. — ' J. J. Esser, De pauperum cura apud Romanos, in-S», Kempen, 1902, ouvrage consciencieusement élaboré autour d'un dessin systématique. Cf. A. Grenier^ dans Revue de philologie, 1903, t. xxvii, p. 3"6-30S.
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niiciues vicieux appliqués par une administration corrompue :elle semble avoirportéau comble la misère, mais celle-ci va s'aggraver encore avec les invasions dont il ne faut pas sans doute prendre à la lettre les descriptions horrifiques, mais qui furent néanmoins un désastre immense par-dessus tant d'infortunes séculaires. Les bandes franchissent la partie de la frontière qui se trouve sans défense, évitent les légions, se dispersent très vite, ne songeant d'ailleurs qu'à piller. Elles fondent de prélùence sur les populations paisibles, chcrclicnt à surprendre les villes réputées opulentes. Si l'entreprise échoue, les envahisseurs se rabattent sur la campagne, font du butin, brûlent ce qu'ils ne peuvent emporter, emmènent des prisonniers et des bestiaux. L'insécurité est générale, la vénalité est sans bornes, les opprimés sont sans nombre.
Pour améliorer, dans la mesure des choses possibles, cette situation, entrer en lutte contre les barbares, contre les empereurs, contre le fisc et contre les riches, pénétrer partout où la misère ravageait, il fallait désormais recourir à la charité chrétienne et à l'initiative de l'évêque. La lutte va viser deux plaies qui comprennent tous les maux dont souffre la société : l'inhumanité et la misère. Nous avons pu constater l'infiltration d'un sentiment d'humanité dans la législation. Cependant, l'adoucissement des codes demeure trop souvent lettre morte; par une sorte de reflux, les mœurs reprennent le terrain que les lois leur ont fait perdre. Le christianisme prétend ne laisser remettre en question rien de ce qu'il a conquis, cl dans ce but il lui faut régénérer la famille et restaurer la pureté du foyer domestique.
VIII. Reconstitution de la f.\5iille. — La constitution primitive de Rome plaçait la femme, même majeure, sous la tutelle perpétuelle de ses agnats ou parents par les mâles. Réduite au rôle d'un bel animal féminin, la femme s'était livrée sans contrainte au luxe effréné, au plaisir voluptueux. Le législateur avait abouti à un résultat de licence et de corruption, et Auguste ne trouvait plus dans les lois de la famille les garanties qu'il était contraint de demander aux lois politiques. Mais peu à peu la tutelle des femmes ébréchée par une législation d'exception, faussée par des subtilités de jurisprudence, s'en allait en débris. Constantin l'abolit en 321 et reconnut aux femmes majeures des droits égaux à ceux des hommes : in omnibus eonlraclibiis jus liilc habeani qualc viros. En cette même année, les mères obtinrent le droit général de prendre part à la succession de leurs enfants, ce qui rendait à la nature une de ses prérogatives les plus sacrées. Le mouvement entrepris et poussé d'une façon un peu cahotique et incohérente sous les empereurs païens, se régularisa et s'acheva sous les empereurs chrétiens. A l'inertie qui était son lot réservé, la femme faisait succéder une activité un peu fébrile parfois, mal réglée par la prédominance de l'imagination sur la raison, mais néanmoins eflicacc. Le christianisme n'obligeait pas des ingrates et les femmes de tout rang, de toute condition se montreront zélées à propager, à servir, à ennoblir leur religion. Un dévouement à toute épreuve, un élan irrésistible de passion, une résistance intrépide seront les qualités essentielles de ces alliées précieuses dans la révolution morale qui s'accomplit. Constantin, ses conseillers et ses successeurs ont bien su ce qu'ils faisaient lorsqu'ils ont doté les femmes d'une sage émancipation. Et qu'on ne dise pas que c'était là l'esprit du temps Les adversaires, les détracteurs, les polémistes acharnés à combattre le christianisme ne trouvent pas contre lui de plus grave reproche que sou caractère subversif des vieilles mœurs, que l'appui qu'il cherclie dans les femmes.
Oui, sans doute, car dans le système du christianisme la femme a une mission à remplir; elle doit travailler comme l'homme pour le service du Seigneur; elle a la même dignité morale que l'homme; son inférieure par la force physique et la raison raisonnante, elle lui est supérieure par la vivacité de la foi et l'ardeur de l'amour. Il faut donc la tirer de cette inutilité à laquelle on l'avait réduite; la doctrine nouvelle lui fait un devoir d'agir, d'exhorter, d'user de son ascendant communicatif, de son charme triomphant pour confesser la foi commune et se montrer l'égale des martjTS. Désormais, la femme parle et discute ,au forum et au prétoire, elle tient tête au magistrat, réfute l'argumentation du juge et brave la justice. Jetée dans la vie militante, elle marchera parmi les héros ou s'avancera aussi loin que les plus hardis missionnaires. Esclave chaste, épouse pudique et fidèle, mère honorée et autoritaire, elle attendrira l'exercice de son pouvoir nouveau de charité, mais son pouvoir n'en sera que plus fort et sa dignité mieux établie.
Voici une des innovations les plus graves et les plus radicales de l'Église, c'est un système complet d'émancipation et d'égalité morale. Celle qui bénéficie de cette situation, pénétrée du devoir qui en résulte pour elle, se hausse sans peine aux obligations nouvelles. Le mariage chrétien devient l'antithèse frappante de l'union païenne toujours placée sous la menace du divorce. La virginité devient un état social officiellement reconnu. Xombre de constitutions impériales protègent les femmes et même, souvent, la sanction est trop sévère pour être applicable : le but est dépassé. Néanmoins, on peut montrer l'étiage de la moralité dans les interdictions, 1" de mêler les deux sexes dans les prisons; 2= d'incarcérer une mère de famille pour dettes; dans la dispense de comparaître devant le Conseil impérial; dans la reconnaissance du droit au célibat. La loi emploie aussi tous ses efforts à déraciner l'antique institution du " concubiuat » et à lui substiluerun mariagelégal; afin d'y pai-venir, elle accorde la légitimité aux enfants déjà nés; par contre, si l'union n'est pas régularisée, les enfants ni leur mère ne sont pas aptes à hériter. Le législateur entreprit non d'abolir mais de restreindre le divorce. Le divorce par consentement mutuel ne disparait même que momentanément. Ici, le vieux droit l'emporte sur le nouveau et la civilisation fait un pas rétrogra'lc.
Pour arriver à ces résultats importants, biin que partiels, il faut des siècles de persévérance de la part de l'Église dont on retrouve toujours le plan arrêté et suivi. Les constitutions impériales n'ont pas, en cft'et, de meilleur commentaire que les écrits des Pères. Il n'est guère de réforme législative, réalisée par Constantin ou ses successeurs,dont les Pères n'aient par avance signalé le besoin et en quelque sorte formulé le projet.
IX. Protection de l'enf.\nce. — Au début du m'' siècle voici ce qu'écrit Tertullien : « Les lois vous défendent l'infanticide, mais de toutes les lois il n'en est pas une qui soit plus facilement et plus impunément éludée. » Un siècle plus tard la situation n'est guère améliorée; de nombreux scandales se produisent, beaucoup de parents recourent à l'avortement, à la vente, à l'abandon de leurs enfants. L'exposition des enfants conciliait une certaine répugnance à verser le sang avec l'intérêt à se débarrasser des petits êtres. Voir Alumni, t. i, col. 12SS. L'avortemcnt, réprouvé hautement par les Pères, commence enfin à n'être plus distingué de l'homicide. La vente reste un commerce très actif, car les guerres ne fournissent plus le marché de beaux esclaves adultes ; force est donc de se rabattre sur des adolescents et des fillettes qu'on nourrit par troupeaux comme des
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bestiaux. L'État touche un droit que le fisc réclame elTrontément sur la vente des enfants.
Les conciles donnent le branle. Le concile d'Elvire jette l'anathème sur le père meurtrier de son fils ' et Constantin lui inflige le supplice des parricides '^ et Valentinien ratifie cette sanction '. Constantin s'occupe aussi des enfants abandonnés, lorsqu'il écrit au vice-préfet du prétoire Ablavius : « Veillez avec soin à ce que si un père apporte son enfant en disant qu'il ne peut le nourrir, on lui fournisse sans délai la nourriture et le vêtement. » Quelques années plus tard, en 329, Constantin revient en arrière et permet aux parents dans un état de misère absolue de vendre leurs nouveau-nés, le rachat pouvant toujours être opéré par le vendeur ou toute autre personne moyennant le prix reçu ou l'échange d'un esclave de même valeur. On reviendra à une mesure plus clémente, puis nouveau retour en arrière. Dans ces fluctuations dont l'humanité porte la peine, il faut, non pour en atténuer l'horreur mais la responsabilité, se rappeler les maux inouïs qui accablent l'empire et réduisent parfois un père affectueux à ces extrémités que nous avons peine à comprendre '. Saint Basile représente un homme poursuivi par le fisc et cherchant des ressources : Il De l'or? Il n'en a pas. Un mobilier qu'il puisse vendre? Son mobilier est celui des pau\Tes. Il n'a à vendre que ses enfants. Voyez la lutte entre la faim et l'amour paternel. Il se décide, puis recule, puis succombe enfin. Mais lequel vendra-t-il le premier? Quel est celui qui lui assurera mieux un morceau de pain? L'ainé? Mais l'âge a ses droits. Le dernier? Mais la pitié le prend pour ce pauvre enfant qui ne comprend même pas son malheur. Celui-ci a tous les traits de ses parents; cet autre montre une si heureuse intelhgence 1 Funeste hésitation 1 Les garder tous, c'est les condamner tous à mourir de faim. En vendre un? De quel oeil me verront les autres, toujours suspect de méditer une trahison nouvelle? Comment habiter cette maison que moi-même j'aurai rendue vide? Comment m'asseoir à cette table dont l'abondance aura coûté si cher... »
Constantin encourage les personnes disposées à recueillir les enfants abandonnés. En 331, il décide que le père est déchu, par le fait de l'abandon, de la puissance paternelle; nul ne peut réclamer l'enfant; le nuUitoT a droit de le garder ii titre de fils ou d'esclave, à son choix '; en 374, Valentinien ajoute la punition à la privation des droits"; en 412, Honorius et Théodose admettent le droit définitif de l'adoptant, s'il a fait constater sa prise de possession par acte dressé en présence de l'évêque '; en 442, le concile de Vaison prescrit que « tous ceux qui trouveront des enfants exposés en feront la déclaration à l'église le dimanche suivant; il y aura proclamation publique; les parents auront alors dix jours pour réclamer; passé ce délai, leur droit est périmé et la personne qui se charge de l'enfant ne saurait être inquiétée à cet égard '. »
Enfin, Justinien déclare que, nonobstant les droits antérieurs, les titres acquis par un acte de pitié, quelle que fût son origine, l'enfant exposé, soit à l'église, soit sur la place publique, est devenu par cela
' Concil. Etiberilaniim, vers 300, can. 63; Conc. Ani-yranum, en 314, can. 21. — ■ ' Cod. jiist., IX, xvii : De Ms qui parenlib. vel liber, occid., en 319. — ' Cod. theod., IX, xiv, Ad leg. Corn, de sicariis.i. — ' S. Basile, Homil. in Liicam, xi.i. 4, P. G., t. XXXI, col. 267-268; S. Ambroise.Dc Nabiitlw, V, 21-21; De Tobia, viii. D. L..t. xiv, col. 736-737, 769-770. — '■Cod.lheod., V, vu, De exposilis, 1. — 'Cod. fiislin., \IU, iu,De inlcnt. expos.,2. — ' Cod. lheod.,\ ,vn. De expo.'^itis, 2. — ' Conc. Vasense (422), can. .9, 10, dans Mansi, Conc. ampliss. coll., t. vi, col. 455; cf. Conc. Agathense (506), can. 21, dans Jlansi, op cit., t. viii, col. 329. — » Cod. jus-
seul un homme libre '. Il a fallu deux siècles de christianisme officiel pour amender la loi jusqu'à la rendre humaine. Désormais, de nombreux asiles, orphanotrophia, s'ouvrenl pour recueillir les petits abandonnés et rendre applicable une jurisprudence libérale placée sous la sauvegarde des autorités civiles et des évêques.
X. Lutte contre l'escl.wage. — Saint Paul disait : Dam hœres parvulus est nihil difjert a servo. La condition de l'entant avait en effet de frappantes analogies avec la condition de l'esclave. Cette ressemblance concernait surtout le statut personnel de l'individu, car il va de soi que son statut social, politique, était très différent. Dans la famille, le nombre des enfants est forcément restreint et ce nombre ne peut en aucun cas, sauf pour quelques exceptions hors de la nature, être considéré comme une richesse pécuniaire; en outre, un jour viendra où l'enfant aura des droits reconnus et garantis par la société et par la loi. La situation de l'esclave diffère en cela que l'esclave a une valeur marchande courante, qu'il n'a et n'aura jamais par lui-même d'autre statut personnel que celui que la bienveillance ou la faiblesse du maître lui concédera, sauf à le lui retirer. Ce à quoi l'Église va tendre sur cette question de l'esclavage, c'est à procurer la hberté quand c'est possible, et à son défaut un traitement humain. A l'esclave on recommande la patience, la résignation et la dignité, en un mot le relèvement moral; au maître on suggère l'affranchissement, la bonté, la moralité. Quant au principe lui-même d'une différence fondamentale entre deux portions de l'humanité, il est condamné. Dès le début du iv= siècle, Lactance, précepteur du fils de Constantin, s'exprime ainsi : « Dieu, qui met les hommes au monde, veut qu'ils soient égaux; il soumet leur vie aux mêmes conditions, il les appelle à la même sagesse, il leur promet la même immortalité. Comme il leur donne à tous le soleil qui les éclaire, les eaux qui les abreuvent, le pain qui les nourrit, le sommeil qui les repose, il leur donne aussi à tous les principes de la justice et de la vertu. Devant lui nul n'est esclave, nul n'est maître. Si nous avons tous un même père, nous sommes tous libres au même titre. Ni les Romains, ni les Grecs n'ont su observer la justice, car ils ont multiplié ces degrés qui séparent les hommes des hommes, les pau\Tes des riches, les faibles des puissants, les sujets des rois. Li\ où tous ne sont pas égaux, il n'y a pas d'équité; l'inégalité exclut la justice... Mais on me dira : N'y a-t-il donc pas parmi vous des maîtres et des esclaves? N'y a-t-il pas entre eux quelques différences? Je réponds : aucune 1 et ceci, parce que nous nous savons tous égaux, parce que nous nous appelons tous frères. Ne jugeons pas l'homme d'après son corps, mais d'après son âme; quelle que soit la condition diverse du corps, ceux qui nous servent ne sont pas nos esclaves, ils sont et nous les appelons : nos frères selon l'esprit, nos compagnons dans le service du Christ. L'esclave parmi nous est l'égal de l'homme libre, le pau\Te du riche : la vertu seule fait devant Dieu toute la différence '°. »
En même temps que l'Église flétrit et condamne l'origine de l'esclavage, elle en respecte le fait; elle dénie le droit, elle maintient la possession, elle pré-
(l'n., VIII, LU, De inlnnt. exposil.,3(en 529); I,iv, De episc. aud., 24 (en 530);Ai(i.co;;., IX, xxxvi; Novell., ct.ui,De infant, expos, (en 541). — i» Lactance, Div. inslil., I. V, c. xvi-xvii, P. L., t. VI, col. 599-603. Ce texte est assez formel pour nous dispenser d'en citer d'autres; au reste, le ton ne varie pas. Cf. S. Jean Chrysostome, Comment. in cpist. ad Ephes., hom. xxii. 2, P. G., t. LXii, col. 157; S. Augustin, In psalm., cxxi\-, 7, P. L., t. .xxxvii, col. 1653; S. Ambroise, Exhortalio virginitatis, i, 2-4, P. L., t. XVI, col. 337; S. Jean Chrysostome, Comm. in epist. ad Ephes., hom. xv, 3, P. L., t. LXii, col. 109-110.
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pare une réforme, elle repousse une révolution. Par quel moyen est-elle arrivée à l'accomplissement de ce but, (Je ce rêve, pouvait on croire alors? Attaquer directement l'esclavage, nier le droit de propriété, l'Église n'y songea pas, semble-t-il, un seul instant. Elle n'a pas aboli l'esclavage, elle l'a usé '. Elle l'a usé, d'abord en l'adoucissant, puis en affranchissant; c'est cette double lime qui, pendant quatre cents ans, a usé la chaîne qu'il était impossible de rompre d'un seul coup. Il est recommandé aux nuiitres de traiter avec douceur, de ne pas enchaîner et fouetter ' ces serviteurs que de légères corrections et de justes réprimandes suffisent à an'.ender '. Qu'on renonce donc i\ ces fustigations qui meurtrissent de tout jeunes gens, des jeunes filles ^ : quelques-unes sont mortes sous les coups ^. Qu'on renonce aussi à cette multitude de serviteurs oisifs dont le nombre est une vanité pour le maître à qui ils seraient empêchés les uns par *les autres de rendre quelque utile service ". Que le chrétien achète des esclaves, non pour en faire parade, mais afin de les instruire et de les mettre en état de se suffire à eux-mêmes ', et qu'il les affranchisse ensuite. Ces exhortations sont écoutées; de saintes fenunes, des matrones sont les véritables sœurs de leurs propres servantes; elles affranchissent par milliers les esclaves de leurs domaines '. Les clercs suivent ces exemples»; les évêques s'emploient auprès des maîtres pour obtenir un traitement plus doux, l'abandon d'une réclamation ".
Néanmoins, le principe de la propriété restait intact.
Le concile de Gangres " jette l'anathème sur ceux qui poussent les esclaves à fuir sous de faux prétextes de piété, et saint Basile interdit aux monastères qui suivent sa règle d'admettre des esclaves non pourvus du consentement de leurs maîtres >^ Mais ces efforts et cette instance n'ont pas tous les résultats attendus. Cependant, ils ne laissent pas d'avoir une influence marquée sur la législation. Constantin, dès l'année 312, rappelle au maître qu'il doit user avec modération du droit de correction sur ses serviteurs. « Le maître, dit-il, est réputé coupable d'homicide lorsqxie, intentionnellement, il tue son esclave avec un bâton ou une pierre; le blesse mortellement à coups de flèches; le fait pendre ou précipiter d'un lieu élevé; l'empoisonne; déchire sa chair avec les ongles de fer; brûle ses membres; l'abandonne couvert de plaies, sans soins. » Telle est encore la férocité qui se rencontre à cette date. Peu après, l'empereur abolit le supplice de la croix; en 315, il interdît la marque au fer rouge sur le front.
On protège la vie de l'esclave, on protège aussi sa conscience. Mimes et acteurs, contraints pir l'esclavage à une profession dont l'ignominie se conçoit à
' F. de Charapagny, op. cit., p. 206. — ' S. .lean Chrysostoine, Comm. in I cpist. ad Corintli., hoin. xl, 5, P. G., t. Lxi, col. 353-354. — ' S. Augustin, De ciuil. Dei, 1. XIX, c. XVI, P. L., t. XLI, col. 644; In psalm., eu, 14, P. L., t. XXXVII, col. 1328. — ' S. Jean Chrysostonic, Comm. in epist. ad Eplies., hoin. xv, 3, P. G., t. LXii, col. 109-110 : Connu, in episl. ad PItcm., homil. il, 3, /*. G., t. Lxii, col. 711. — 'Cojic. IUit}eritanum, can. 5, dans Mansi, op. cit., t. ïi, col. 6. — 'S. Jean Ghrysostome, Comment, in 1 epist. ad Corintli., honi. xl, 5, P. G., t. Lxi, col. 353; S. Jérôme, Epist.. lxxix,8,P. L., t. xxii, col. 730. ' — ' S. Ambroise. Episl.. xxxvii, 9, P. I.., l. xvi, col. 1086 : ' Ce n'est pas raffranchissement, c'est l'éducation qui j transforme l'esclave en homme libre. » — ^ S. .Jérôme, ! Epist., cviii, ad Euslocliium, Epitapliinm Paulœ. P. L.^ 1 t. XXII, col. 878-906; Epis(., Lxxvii, ad Oceaniim de morte Fabiolie, P. L., t. xxii, col. 690-698; Epist.. xxiii, ad Marcellam. De cxitii Lea'. P. L., t. xxii, col. 425-426. — ' S. Augustin, Serm., ccclvi. De vita et morib. cleric. snor., n. 6, i P. L., t. xxxix, col. 1576. — "S. Basile, Epist., Lxxii,
peine de nos jours, voient leur situation s'améUorer Gratien exempte toute jeune fille chrétienne de figurer dans les jeux publics "; un recul encore : Honorius déclare que les mimœ de Carthage libérées par rescrit impérial de leurs obligations y seront ramenées malgré elles, ut voluplalibiis populi ac festis diebus solitis ornatus déesse non possif'.'EnCm, en iëS, Lion II abolit la servitude de la scène et charge les magistrats, les évêques, de veiller à ce qu'une feinme,libre ou esclave, ne soit jamais contrainte de faire partie d'une troupe de mimes ou de choristes ". — Constantin déclare libre l'esclave chrétienne prostituée par ses maîtres '''et punît de mort le maître qui inflige à son esclave la mutilation ".
L'affranchissement est facilité, les émancipations ne sont pas arrêtées par la suspension des affaires durant la quinzaine de Pâques'^, le nombre des affranchis par testament peut être illimité". Les cas se multiplient; on sent qu'une inspiration différente de celle d'autrefois régit l'institution. Toutefois, la législation reste rigoureuse à l'égard des esclaves fugitifs qui sont considérés comme volant leur maître ". Constantin ordonne l'amputation d'un pied et l'envoi aux mines des fu.gitifs arrêtes se réfugiant chez les barbares. Mais, sur d'autres points, il se montre digne de l'esprit de mansuétude qui se révèle dans plusieurs de ses lois; c'est ainsi qu'il proclame la parenté entre esclaves. « En partageant les biens entre divers possesseurs, veillez à ce que chaque famille de serviteurs demeure indivisée sous le même maître. Qui permettrait que les fils fussent séparés de leurs pères, les frères de leurs sœurs, le mari de sa femme? Faites cesser toute séparation qui aurait rompu des liens de cette nature, et, désormais, veillez à ce que les esclaves ne soient plus troubles dans leurs légitimes afi'ections. »
Lorsque le cœur d'un maître demeure insensible aux objurgations, on s'efforce de racheter ses esclaves. Des épargnes, des collectes, parfois même, dit-on, d'héroïques dévouements substituent aux chrétiens maltraités celui-là même qui achète leur liberté par sa propre servitude.
Après avoir ainsi usé l'esclavage, quand arrive le règne, réparateur îi tant d'égards, de Justinien, des mesures radicales et générales sont enfin prises qui expulseront définitivement le principe de l'esclavage et rendront son application souvent onéreuse. Ce que Lactance disait au iv= siècle, Justinien le répète deux siècles plus tard avec cette gravité que prend sa parole de législateur : « Il est certain, écrit-il, que la grâce divine considère également tous les hommes, qu'elle ne fait pour son culte aucune différence entre l'homme et la femme, le libre et l'esclave, et que tous reçoivent la même récompense en Jésus-Christ ". » Tout ce qui
P. G., t. xxxii, col. 439; S. Grégoire de Nazianze, Episl., Lxxix, P.G., t. xxvii, col. 149-154. — " Conc. Gangrense, can. 3, dans Mansi, Cône, ampliss. coll., t. il, col. 1102. — " S. Basile, Reg., xi, P. G., t. xxxi, col. 947. Le Conc. Illiber., eau. 80, dans Mansi, op. cit., t. ii, col. 19, interdit l'ordination des alTrancIiis dont les patrons sont païens in sœcttlo, à raison du droit du patronage au nom duquel on pourrait exiger des services en opposition avec la sainteté du sacerdoce. — " Cad. theod., XV, vii,X)e scœnicis,4 (en 380). — "Cod. (hcod., XV.vii, De scœnicis, 13 (en 413). — "Cod. fastin., I, IV, De episcopor. audientia, 14. — ^^ Cod. theod., XV, VIII, De lenonibus (en 343). Mêmes dispositions sous Théodose et Valentinien, Cod. theod.. XV, viii, 2 (en 428); Cod. Justin., I, iv. De episc. aud.. 12 (en 428); XI, xi. De speclac.a (en 428). — " Cod. Justin.. IV, xlii, De eunucliis, 1. — " Cod. /us/in., III, XII, De /enis,8 (en 392). — "Cod. l'uslin., VII, III, De lege Fufta Caninia tollenda; VII, v. De dcdilicia libertale tollenda; VII, vi. De latina libertate tollenda. — -» Cod. juslin., VI, i. De servis /ugitivis. — -'S'ovclli, V, c. II. .
CHARITE
restait d'entraves aux affranchissements disparaît. Aïrprétoire comme à l'église, dès l'âge de dix-sept ans, et même de quatorze ans, le maître peut aflranchir '. Un doute, une irrégularité, un vice de forme, tout est résolu en faveur de la liberté ^ Les modes d'affranchissement indirect se multiplient, le droit personnel de l'esclave est maintenant chose reconnue, admise. Tout le droit civil de l'esclavage est ou bouleversé ou aboh; la police féroce d'autrefois est supprimée, plus d'ergastules. Il y a plus : l'aflranchi quitte son état d'infériorité, il se rapproche de l'ingénu. Le colonat (voir ce mot) marque une transition vers la pleine liberté ; nous l'étudierons bientôt '.
XI. L'.\ssisTAN-CE OFFICIELLE. — Depuîs qu'au iv<î siècle, Constantin avait quitté Rome pour Byzance, l'empire avait deux capitales à nourrir. Le soin des approvisionnements et des distributions gratuites préoccupe par-dessus tout les empereurs et les magistrats ; car il ne faut pas s'y tromper, s'il est une institution qui, sous couleur de bienfaisance, cache des préoccupations politiques, c'est celle de l'annone et des distributions de blé. Prudence nous montre les petites gens gravissant.- selon l'usage, les degrés des estrades que possède chacune des quatorze régions de Rome afin de recevoir leur part d'aliments *. Il s'agit tantôt de blé offert au-dessous du cours, tantôt de pains cuits. Valentinien substitue à la vente de vingt pains bis (sardidi) de deux onces et demie chacun, l'attribution gratuite de six pains blancs en forme de couronne, du poids de six onces ^ Honorius revient à l'ancien usage : vente à bas prix du pain confectionné avec le blé des greniers d'Ostie '; mais au heu de 75 000 boisseaux de froment qu'on distribuait journellement vers l'an 200, on n'en distribue que 1 1000 boisseaux après l'année 410. Honorius fait également distribuer l'huile et la viande de porc, fixant les parts journalières à 4 000 '. Constantin ajoute des rations de vin *.
Des distributions analogues ont lieu à Constantinople ': elles présentent ce caractère particulier de n'être pas consacrées exclusivement aux nécessiteux. Dans sa hâte maladive de voir achever la capitale nouvelle, Constantin assigne des portions frumentaires aux immeubles, attachées à la maison et vendues avec elle". Voilà à quels abus aboutit une institution qui n'a de charitable que l'apparence. « Théodose et ses fils maintinrent le double principe de la nécessité d'avoir une maison pour obtenir une part des contributions gratuites, et de l'indivisibilité du bénéfice et de la maison: en sorte que, pour recevoir les dons de la munificence publique, on devait être en état de s'en passer, et que le gouvernement refusait la subsistance gratuite à quiconque était trop pau\Te pour posséder une maison ". » L'institution de Constantin ne fut supprimée qu'en 616 par un édit d'Héraclius.
Quant aux autres annones, elles étaient attribuées
'Les dispositions limitant, sous ce rapport, la capacité des mineurs, se trouvent abrogées. — * Pour valider un testament et accomplir les affranchissements, on instituera un esclave héritier, afin que celui-là soit affranchi et donne la liberté qui ne lui avait pas été léguée.
— " Dans le régime du colonal, le colon appartient à la terre, la terre appartient au colon. Elle est son pécule sur les fruits duquel il donnera une redevance au propriétaire.
— * Prudence, Cnnir. Symmach., i, vs 583; ir. vs 948- 949, 952-953, P. L., t. LX, col. 2.Ï5-257; Cod. iheod., XIV, XVII. Dp amt.ciuicis, 3, 4 (en 31ÎS): Cod. Justin., XI, xxiv, De ann. civil. — ' Cod. iheod., XIV, xvii, De ann. civic., 5 (année 369). — • Cod. Iheod., XH', xi.\. De prelio panis Ostiensis (en 398). Cf. H. Wallon, Hist. de resclamge, t. m, p. 508-509. — ' Cod. Ihcod., XIV, iv, De suariis, 4 (en 419).
— ' Cod. Iheod., XI, i. De imnona et tribut. — » A Constantinopîe on ne distribue pas de viande de porc. —
moins à la dignité officielle qu'à raison du mérile personnel ^'. Les auteurs ne s'entendent pas sur l'importance de ces allocations qui se complètent par des ventes de pain à prix réduit ". Des distributions avaient lieu également, mais sur une moindre échelle, à Alexandrie, à Carthage, à Athènes.
Le peuple des grandes villes s'était fait une si douce habitude des distributions gratuites que le christianisme songea non à les supprimer mais à ennoblir la générosité qui donne et la pauvreté qui reçoit. Paulin de Noie parle des tables installées par Pammachius « près de la basilique, devant les portes de l'atrium et les escahers de la place » pour y nourrir les pau\Tes auxquels il faisait ensuite de larges distributions d'argent et de vêtements. Ceci se passait à Saint-Pierre du Vatican à l'occasion de la mort de la femme de Pammachius '*. Mais de telles aumônes ne devaient pas avoir un caractère exceptionnel puisque Paulin excite son amiAlethius à la bienfaisance et lui ' rappelle à ce propos « les tables dans l'atrium de la maison du Seigneur ''. »
En Orient, l'atrium des basiliques était aussi le rendez-vous de la misère et de la bienfaisance. Saint Jean Chrysostome, dans une homélie, rappelle à ses auditeurs les bandes de mendiants que l'on voit aux portes des églises et il recommande de leur faire l'aumône >'.
L'assistance olTicielle se manifestait sous la forme d'une deuxième plaie. Après les distributions gratuites, la médecine gratuite. Ce qu'est la médecine de ce temps-là, on le devine sans peine; il suffit de se rappeler Diafoirus et le licencié Sangrado pour s'en faire une juste idée. Charlatans, empiriques, astrologues, nécromans qui, au dire de Sidoine Apollinaire : « peu habiles bien que fort empressés, tuent de la manière la plus obligeante un grand nombre de malades ". » Constantin les pourchasse. •• On doit infliger les peines les plus sévères à ceux qui, au moyen d'arts magiques, détruisent la santé des hommes ''. » Par contre, les médecins municipaux sont confirmés dans leurs privilèges : exemption de tutelle, de fonctions publiques onéreuses, garanties spéciales devant les tribunaux, protection contre les injures, etc. Ces exemptions s'étendent aux femmes et aux enfants de ces praticiens ".
Ces privilèges et la protection donnée à la corporation en général ont pour but de faciliter l'exercice de la profession, d'employer les loisirs qu'elle comporte à donner des soins non rétribués aux indigents. C'est ce que disent clairement Valentinien et Valens lorsqu'ils recommandent à ces médecins subventionnés par la commune de ne point refuser leurs soins aux pau^Tes : honesle obsequi temiioribus. Il leur est permis d'accepter les honoraires des malades une fois guéris, mais non ce que peuvent promettre, pour prix de leur salut, des patients en danger : Qiws ctiam ea patimur accipre, qiiœ sani ofjenini pro obsegiiiis, non ea, quai
" Cod. Ilieod., XIV, xvi. De frument. Urb. Const.: xvii, De ann. civicis, 1, 2, 13 (en 364-396). — " Naudet, Des seeours publics chez les Romains, dans les Mém. de T-tcad. des inscr. et bell.-leltr., t. xiii. p. 50. — >= Cod. Iheod., XIV, xvn. De annis civicis, 7 (en 372). — " Cod. theod., XIV, xvi. De jrum. urb. Const., t-2 (en 409-416); Cod. Justin., XI, xxiu.De /rum. urb. Consf., 2 (en 434); xxrv-, 2 (en 392). — — " Paulin, Episl., xiii, ad Pammachium, P. L., t. LXi, col. 213. — " Paulin, Epis'.., xxxiv, ad Alethium, P. L., t. Lxi, col. 344. — » S.Jean C^hrysostome, De ptenit. homil. m, 2, P. G., t. XLix, col. 294. — " Sidoine Apollinaire, Epistular., 1. II, cpist. xii, P. L., t. Lviii, col. 1S1-1S2. — " Cod. Justin., IX, xviii, De maleflcis et malhematicis, 4 (en 321),5-G(en 357), 7 (en 358). — " Cod. theod., XIII, m, De mcdicis et prof., 1 (en 321). 2, 3 (en 326, 333). Cf. .J. Jacqucy, Étude historique et juridique sur la eondilion des médecins et archiàtres dans le droit romain, in-8°, Paris, 1878,
(iil
CHARITE
jicriclitanifs pro sainte promiltant. Lcs'mêmes empereurs dotent, en 368, Rome ctConslantinoplede médecins publics. Le rescrit de Valentinicn et Valens marque un progrès dans le sens de la charité et un progrès sur le paganisme. En effet, le serment d'Hippocrate ne s'élevait pas au-dessus de l'idée de justice. Il n'y est pas fait mention des pauvres '.
XII. Prédication de l'.wmôxe aux iv» et v= SIÈCLES. — Malgré les efforts tentés et les progrès réalisés, le paupérisme demeurait irréductible. On avait pu atténuer quelques-uns des maux qui l'accompagnent, on n'avait pas détruit la pauvreté ellemême. Une langueur générale produite par l'absence presque totale du commerce et de l'industrie et par le déclin de l'agriculture, une insécurité toujours angoissante sous la menace des guerres et des invasions, une tyrannie fiscale par l'efTet d'exigences croissantes ne permettaient pas de rien entreprendre de plus efficace que des secours immédiats en vue de soulager des maux qu'il n'était au pouvoir d'aucune initiative privée et d'aucun dévoucuu^nt de prévenir ou d'empêcher.
La bienfaisance n'aura plus guère désormais et pendant longtemps de moyen d'action plus efficace que l'aumône; celle-ci va prendre dans la hiérarchie des devoirs chrétiens une place émincnte et toute nouvelle. Non seulement les évêques du iv= siècle défendent de trafiquer de la misère du peuple^ de prêter au peuple à un taux usuraire ', d'accaparer les subsistances ^ de s'accorder les raffinements d'un luxe insensé'; mais ne pas faire l'aumône est se rendre coupable de vol. Les richesses appartiennent à Dieu et le riche n'en a ici-bas que l'intendance; il est comptable des trésors qu'il doit distribuer, car son patrimoine n'est pas à lui seul, mais à tous '. L'aumône est, pour celui qui donne, un prêt, non une dépense; c'est l'échange du pain matériel contre la vie éternelle ', c'est elle qui efface le péché ' à condition d'être désintéressée '. En ce cas, la récompense est certaine. Dieu lui-même engage sa parole, il se fait caution '.
L'aumône doit éviter une prodigalité irréfléchie en ce qu'elle pourrait arriver à léser les droits de la famille et provoquer ses murmures '°; elle doit éviter également un choix entre les malheureux, choix qui ne serait pas exempt de toute préoccupation pour le se.xe, la jeunesse et la beauté"; elle doit enfin éviter l'ostentation 1^
'Brian, Mém. sur rassistance médic. chez les Rom., dans ilém. prés, par div. savants A l'Acnd. des inscr., 18H, t.viii, part. 2. — - S.Jean Chrysostome, Connu, in Maltli. ^hom.Lxi, P. G., t. LViii, col. 555-558; Comm. in II epist. ad Corintlu, liomil. xvn, 3, P. G., t. LXI, col. 522; S. Jérôme, Comm. m Ezecltiet, VI, c. xviii, P. l.., t. xxii, col. 176-177. — ' .S. .lean Chrysostome, In epist. I ad Corintli., hom. xxxix, 7, P. G., t. LXI, col. 343; S. Basile, Hom. in diuil.. 6, P. G., t. -xxxi, col. 395; S. Jean Chrysostome, Comm. in Malth., hom. LXI, 3, P. G., t. LViir, col. 591-592; S. Augustin, Epist., CCXLII, P. L., t. xxxiii, col. 1062. — « S. Jean Chrysostome, Comm. in Malth., homil. lx.xxi.x, P. G., t. lviii, col. 707, 786-787; S. Basile, In l.uc. : Destruam horrea mea, 7, /'. G., t. XXXI, col. 275; S. Augustin, Serm.. ccclxxi, c. IV, /'. L., t. xxxix, col. 1671: S. Jean Chrysostome, Comm. in epist. ad Rom., hom. xi, G; In I.azar., homil. ii, 4; Comm. in Joliann., homil. xxvii, 3, P. G., t. LX, col. 492; t. xi.vm, col. 987 ; t. Lix, col. 161-102. — ' S. Jean Chrysostome, In Lazarum, homil. il, 4, P. G., t. lviii, col. 987- 988; Comm. in .Matth., homil. lxxvii, 4, P. G., t. lviii, col. 708. — • S. Jean Chrysostome, Contr. Amonœos, homil. VIII, 2, P. G., t. xlviii, col. 770; S. Jérôme, Epist., cxxx, ad Demetriadem, 14, P. L., t. xxii, col. 1118; S. Ambroise. De Sabuthe Jezrœlila, .\ii, P. /.., t. .xiv, col. 746- 747; S. Augustin. In psalm. XLviir, serm. i, 10, P. L., t. xx.xvi, col. 550; In psalm. > \vr, 11, P. L., t. xxxvii, col. 1664. — ' S. Jean Chrysostome, Homil. in pœnitent., 3, P. G., t. XLix, col. 295-296; In Act. .Iposl., hom. xxn, 3;
mcT. d'arcii. ciiRi:i.
Que donner? « Je suis pauvre, ^dites-vous, c'est d'après la pureté d'intention et non d'après les biens alloués que se mesure l'aumône. Donnez donc selon votre pouvoir; donnez du pain; si vous n'avez pas de pain, donnez une obole; si vous n'avez pas une obole, ne donnez qu'un verre d'eau ". Si vous n'avez même pas cela, compatissez aux misères d'autrui et vous gagnerez la récompense ". ■ La bonne volonté suffit ", « car il est certain que Jésus-Christ nous tient compte de tout quand il voit notre sincère désir de lui plaire ". »
A qui donner'? « En me rendant ici à travers les places et les petites rues qui avoisinent l'église, dit à son auditoire saint Jean Chrysostome, j'ai vu gisant dans les carrefours une foule de malheureux, estropiés, aveugles, les membres couverts d'ulcères et de plaies. Témoin de tant d'infortunes, je me croirais l'être le plus inhumain si je ne vous les exposais, aujourd'hui principalement, et à cette saison de l'année. Car, s'il convient en tout temps de nous rappeler la compassion que nous devons à nos frères, nous qui avons besoin en tout temps de la compassion de Dieu, jamais la prédication de l'aumône n'est plus nécessaire que dans la saison rigoureuse. En été, la douceur de la température apporte aux pau\Tes quelque soulagement. Enveloppés des rayons du soleil, ils peuvent mieux se passer de vêtements, ils peuvent mieux dormir en plein air et sur la terre nue; ils n'ont besoin ni de vin, ni d'aliments fortifiants; de l'eau et quelques végétaux leur suffisent ; c'est aussi la saison où la plupart des ouvriers, les laboureurs, les marins, les maçons trouvent à gagner leur vie; au lieu qu'en hiver, où ils ont besoin de tant de choses, l'ouvrage leur manque qui leur permettrait de se les procurer. Aujourd'hui donc, si nous ne trouvons personne qui puisse les occuper, cherchons du moins des âmes compatissantes qui les soulagent ". »
Le pauvre, dit le même orateur, n'a qu'une seule recommandation, son indigence; fût-il le plus pervers de tous les hommes, s'il n'a pas de pain, nous devons apaiser sa faim ". Qu'il soit vil, méchant, indigne de bienfaits, ne voyez que sa misère présente et le Christ vous tiendra compte comme d'un présent fait à luimême de l'aumône que vous donnerez ". Ainsi, en présence de quelque calamité générale, le devoir est de secourir la misère, sans examen, sans retard. En d'autres temps, saint Augustin accorde que l'on doit
XXV, 3, P. G., t. LX, col. 175, 196. — 'S. .\ugustin. De Script., serm. xxxix, 4. P. L., t. xxxviii, col. 244. — 'S. Jean Chrysostome. In pa-nif., homil. vu, 7; Hom. in illud : Oporicl hœrcses esse, 5, P. G., t. .XLi.x, col. 335; t. Li. col. 260; Homil. in eleemos..l, P. G., t. Li, col. 2G1 ; S. Augustin. In psalm. -\i.it, 8, P. L., t. xxxvi, col. 482; S. Ambroise. De officiis ministror., i, c. xxx, P. L., t. xvi. col. 65 sq. — " S..\ugustin, Epist., ccLXii, P. L., t. .x.kxiii col. 1079. — "S. Jean Chrysostome, De illicit. cœtib., 7, P. G., t. XLVii, col. 504-505. — '= S. Augustin, De serm. Domini in monte, 1. II, 8, P. L., t. .xxxiv, col. 1273; Sermo de decem chordis, c. xii, 9, P. L., t. xxxviii, col. 89. — " S. Augustin, In psalm. < v.tr, 12, P. L., t. xx.xvii, col. 1665. — " S. Jean Chrysostome, Contra Amonœos, hom. viil, 2, P. G., t. XLVIII. col. 770; In eleemos., hom. III, 3, P. G., t. XLIX, col. 295-296; Comment, in epist. ad Hebrœos, hom. i et .x.xxii, P. G., t. LXiii, col. 19-20, 423. — " S. Augustin, In psalm. cxxv, 12, P. L., t. xxxvii, col. 1655. — " S. .lérôme, Epist., CXLV, ad E.rsuperantium, P. L., t. xxii, col. 1192; S. Augustin, In psalm. \i.ii, 8, P. L., t. .x.xxvi, col. 482; S. Jean Chrysostome, Comment, in I epist. ad Corinth., homil. .XLiii, 4, P. G., t. LXI, col. 372-373; S. Augustin, In psalm. rxLvi, 17, P. L., t. .xxxvii, col. 1911. — " S. J^n Chrysostome, De eleemosijna, P. G., t. xlix. — • '' S. Jean Chrysostome, In Lazar., hom. ii, 4, P. G., t. .xlviii, col. 988. — "S.Jean Chrysostome, /n viduas, homil. xvi P. G., t. LI, col. 336.
CHARITÉ
donner quelcjue chose au mendiant, à condition de réserver la meilleure partie de ses libéralités pour les pau\Tes qui en sont dignes, notamment les pau\Tes timides, les pauvres honteux, qui ont le mérite de savoir souffrir en silence '. Ce discernement est parfaitement justifié, à condition qu'il n'entraîne pas une exclusion absolue à l'égard des juifs, gentils et tous autres malheureux souvent aussi indignes qu'excusables K Saint Ambroise trace à l'aumône les règles les plus précises. Il faut, même en fait de libéralités, garder une mesure, surtout pour les prêtres qu'assiège l'avidité continuelle des quémandeurs. L'oreille n'est pas seule juge, l'œil doit vérifier le bien fondé des supplications. Il y a des vagabonds qui ne se feraient pas scrupule de vivre sur le fonds des pau\Tes, des débiteurs vrais ou simulés dont les dettes sont inavouables. On ne peut éviter d'être trompé toujours, mais on doit viser à l'être le moins possible. Que le prêtre et le chrétien emploient leur perspicacité à décou\Tir l'indigent, qu'ils appliquent leurs ressources à le soulager '.
Certaines apostrophes des Pères de l'Église pourraient donner heu de croire qu'ils repoussaient le droit à la propriété. Une fois la part faite à une certaine vivacité d'expression compatible avec le genre oratoire, il faut reconnaître que les Pères, quand ils s'adressent aux riches ont en vue ceux qui, ayant trop, n'usent pas de ce superflu suivant les obligations de la charité. Au reste, les avertissements des Pères s'adressent à une société où les princes et les riches donnent l'exemple, trop suivi, des extorsions vio- ' lentes et des criantes rapines. Les discours qu'on j leur adresse sont des improvisations chaleureuses où l'exagération n'est qu'une déformation tolérée de la vérité. Grand défaut, à coup sûr, mais fort ancien et que nous ne verrons pas disparaître.
Tandis qu'on stimulait la conscience des riches et | des avares, les pauvres étaient eux-mêmes vive- | ment admonestés. ■; J'ai averti les riches, dit saint Augustin, maintenant c'est à vous, pauvres, de m'entendre. Donnez et gardez-vous bien de rien avoù- en propre '. » Étoulïez en vous la convoitise. Vous avez en commun avec le riche le monde entier, mais vous n'avez pas en commun avec lui sa maison et son domaine. Vous possédez en commun avec lui la lumière du jour pour éclairer et féconder vos travaux. Cherchez à gagner ce qui doit suffire à votre nourriture, gardez-vous d'exiger davantage.
Loin d'ébranler la notion de propriété, les Pères en consacrent le principe, seulement ils prétendent en réglementer l'application. La richesse, à leurs yeux, n'est pas plus criminelle en elle-même que la pauvreté n'est sainte. Le superflu du riche, enseigne saint Augustin, est le nécessaire du pau\Te; mais, on te l'accorde, use de ton superflu, donne aux pauvres le nécessaire; use de choses délicates, donnes-en aux pau\Tes de grossières. Et ailleurs il dit encore : Il n'est pas prescrit aux riches de tout donner. Qu'ils conservent le nécessaire et même plus que le nécessaire. Tous proclament l'entière liberté de l'aumône qu'ils veulent aussi large que possible, mais sans rien fixer toutefois. Dieu a créé les biens pour l'usage de tous, mais il les a appropriés à quelques-uns. Consi-
'S. Augustin, In psalm. cm, serm. m, n. 10, P. L., t. xxxvii, col. 1366-1367. — = S. Jérôme, EpisL, cxx, 2, ad Hedibiam, P. L-, t. xxii, col. 9S3. — » S. Ambroise, De ofliciis minislrorum, 1. II.c.xv.P. L., t. xvi, col. 123- 125. — * S. Augustin, In scripl., serm. lxxxv, 5, P. L., t. XXXVIII, col. 522-523. — 'S. Jean Chrysostome, Comm. in Matth., hom. Lxxx, v, 3-4, P. G., t. Lvm, col. 761. — ' S. Augustin, Serm., CCCLV, c. m, iv, 5, P. L., t. xxxix, col. 1571-1572. — ' S. Ambroise, Episl. ad Marcellam, Lxxxii, 9, P. L., t. XVI, col. 127S. — ' S. Jérôme, Epist.,
déré par rapport aux hommes, le riche est le \Tai maître de ses biens, nul n'a le droit de les lui disputer; considéré par rapport à Dieu, il n'est plus que le dépositaire, l'administrateur responsable de ces mêmes biens.
Et cependant l'aumône ainsi développée ne suffit pas; les largesses des fidèles destinées à subvenir à d'absorbantes nécessités sont exposées à faire défaut en partie en cas de calamités publiques, alors qu'elles seraient d'autant plus nécessaires. L'Église, afin d'avoir à sa disposition un trésor dans lequel elle puisse puiser à tout moment, se trouve amenée à organiser un revenu assuré. La constitution et la gestion de cette fortune entraîneront bien des embarras. « Si l'Église possède des terres, des maisons, des chariots, des mulets, c'est à cause de votre avarice. C'est votre manque de générosité qui amène les ministres de Dieu à s'occuper du commerce des choses profanes ^ » Saint Augustin refuse, au nom de son Église, un héritage destiné à frustrer une famille '. Saint Ambroise prend une décision analogue et refuse la nue-propriété d'un bien laissé à l'Église par un évêque au détriment du frère de celui-ci. On lui fait remarquer que sa décision porte préjudice à l'Église : « Elle ne perd jamais, répond-il, quand la charité gagne '. »
En regard de ce désintéressement il faut rappeler des scandales regrettables, une avidité, une cupidité condamnables chez tous ceux qui s'y livrent, plus regrettable dans le clergé qui exploite la bonne fol au nom de la charité. L'abus est porté à tel point que « j'ai honte de le dire, écrit saint Jérôme, les prêtres des idoles, les cochers, les mimes, les gens de la condition la plus vile peuvent recueillir un héritage; seuls les clercs et les moines sont frappés de cette interdiction. Je ne me plains pas de la loi, mais je rougis pour ceux qui l'ont rendue nécessaire '. » Valentinien enlève, en effet, aux clercs et à tous ceux ayant fait vœu de continence, le droit de recevoir quoi que ce soit, par donation ou testament, des diaconesses et des vierges consacrées à Dieu, à moins qu'ils ne soient leurs héritiers ab intestat. Comme pénalité, dévolution au fisc — qui ne s'oublie jamais — des biens légués '. Une constitution de 372 étend cette disposition aux évêques et aux vierges ". Théodose interdit aux diaconesses de laisser leurs biens à l'Église, aux clercs et aux pauNTes, mais il n'y a pas confiscation; la disposition est simplement réputée non écrite ". Marcien lève, en 4.5.5, ces prohibitions " que Théodose avait d'ailleurs atténuées en ce qui concerne les stipulations entre vifs ".
Cependant le domaine ecclésiastique se constituait. En 313, l'édit de Milan restitue les biens confisqués pendant la dernière persécution à la corporation entière; en 321, l'Église reconnue personne morale est autorisée à recevoir les donations testamentaires "; chaque Église peut acquérir à titre onéreux. D'une manière générale, ce qui est acquis ne doit plus être aUéné, disposition qui explique l'immensité des domaines ecclésiastiques. Les conciles condamnent la vente des biens ecclésiastiques ", en dehors des objets de minime importance. Les évêques ne doivent pas user de ces biens comme de leur pro-
Lii.nrf.Vepo/ianiim, 6,P.L.,t. xxii,col. 532.— 'Cod. thcod., XVI, II, De episc.. 20 (en 370). — " Cod. Uieod., XVI, n, 22. — 11 Cod. Ilteod., XVI, ii, 27 ( en 390). — " Cod. fustin.. I, II, 13. — " Cod. Iheod., XVI, ii, 28 (en 390). Cf. A. Rivet, Le régime des biens d'Église avant Juslinien, in-S", Paris, 1891, p. 48, 51 :L. Lallemand, Histoire de la charité, t. u, p. 102, note 40. — " Cod. jusiin., I, il, 1. — " Conc. Anliocli. (341), can. 24-25. dans Mansi.op. cit., t. il, col. 1327-1328; Stalula Eccl. anliq.. can. 31, 32, ibid., t. m, col. 954; Conc. Agath. (505), can. 45, ibid., t. viii, col. 332.
pricté personnelle; cette prescription s'applique principalement aux immeubles et reçoit la sanction des lois impériales '. Il est toutefois permis aux Églises de contracter entre elles des emphytéoses perpétuelles ".
Les propriétés ecclésiastiques sont exemptes de plusieurs impôts ', elles ne peuvent être adjugées au trésor pour retard dans le paiement des tributs. Enfin, les évêques et les prêtres ne pourront pas s'enrichir des biens de l'Église; lorsqu'ils ne laissent pas d'héritiers directs et meurent ab intestat, leurs biens sont dévolus à leur église, réserve faite des droits pouvant appartenir aux patrons, aux maîtres, au fisc, à la curie '.
Constantin, en \Me de l'assistance des pauvres, assigne aux Églises de l'Empire des rations de blé; supprimées par Julien, ces allocations sont rétablies par Jovien, mais réduites au tiers du chiffre primitif en raison des disettes qui affligent les provinces ' : « Parce qu'il est du devoir de notre humanité, disent Valentinien et Marcien, de penser aux indigents et de faire en sorte que les malheureux ne manquent pas de nourriture, nous ordonnons que la fourniture de diverses denrées faites jusqu'ici aux très saintes Églises aux dépens du public, sera continuée et que personne n'ose les diminuer. Salaria elium quœ sacrosanctis ecclesiis in diversis speciebus de publico hactenus ministraîa sunl, jiibemus nunc quoque inconcussa et a nullo prorsus inimunita prœstari '. »
Dans la suite, le développement du patrimoine ecclésiastique et des établissements charitables rend ces libéralités inutiles.
Les orateurs chrétiens sollicitent les fidèles en faveur des pauvres, nous venons de le montrer; des libéralités sans nombre constituent une réserve sacrée destinée aux malades, aux infirmes, aux indigents. En comparaison de ces apostrophes enflammées des Pères ', les éloges de la charité que font par manière d'acquit les philosophes sont des ouwages de rhétorique. « Il y a un abîme entre la charité chrétienne et la bienfaisance païenne, même lorsqu'elles accomplissent les mêmes actes et prononcent les mêmes paroles '; » c'est qu'elles ne procèdent pas du même esprit et ne s'inspirent pas du même motif. Le budget des sommes données à la charité, à supposer que depuis les origines il fût possible, dépasserait les estimations les plus fantastiques en apparence.
XIII. .\dministr.\tiox des fonds. — Dans le budget de la charité, une part considérable, celle des aumônes quotidiennes, indîviduefles, échappe à toute évaluation. Nous ne pouvons douter que cette part ne fût considérable. Pour certaines âmes profondément bonnes, remettre une somme à celui qui en fera une sage répartition ne procure que la satisfaction du devoir accompli; car il est une joie délicate que rien ne remplace, c'est la reconnaissance, l'élan, le sourire, la rougeur légère de l'enfant, de la femme, du malheureux, ce contact soudain qui fait rencontrer les yeux et les âmes. C'est là que certains trouvent la seule récompense humaine qu'ils recherchent et ils ne veulent pas y renoncer. Saint Jean Chrysostome.qui
' Cnd. Justin., I, n. 14 (en 470), applicable A Constantinoplo; Aiil. coll., IV, xxiii, .Non., XLVI, De Ecrl. re immob. alieii. Cf. Rivet, op. cî(., p. 65-70. tout ce qui concerne le décret dit de Basile (483) et les décisions du concile romain de 502. — ^ Aitt. coll., V, ix, Kouel. LX, Prœf. et c. i; IX, m. Xtwel., CXX. — » Cod. tlieod.] X, III, De localiiine, 1 ; XI, xvi. De cxiraurd. siue sordidi's munerib., 10, 15 (en 382); Cod. Justin., I, ii,5, 7, 11 (en 412 423, 445). — • Cod. llteod., V, m. De bon. decurion. et mol naclt.,1 (en 434). — ' Eusèbe, De vita Constantini, 1. IH, c. XXII, P. G., t. XX, col. 1083-1084 ;Tllcodo^et,7Yis^ eectes.
sait ce qu'un pareil sentiment procure â ceux qui sont capables de l'éprouver, loue ceux et celles qui remettent directement et sans intermédiaire leurs aumônes aux pauvres. .Saint Jérôme loue également Fabiola qui se chargeait seule de la distribution de ses bienfaits.
Cependant, la part la plus considérable des ressources fournies par la charité fait l'objet de distributions réguhères déterminées par l'administration ecclésiastique. Dîmes, prémices, oblations faites à l'autel, collectes régulières ou occasionnelles, legs, donations partielles ou totales, mobilières ou immobilières forment autant de départements dans cette administration. L'Église ne distribuait immédiatement que certaines offrandes en nature ou des secours pécuniaires indispensables en telle ou telle occurrence; quant aux autres, surtout aux biens immobiliers, elle les faisait valoir, et employait les revenus soit pour ses propres besoins, soit pour le soulagement de l'indigence.
Depuis la loi de 321 qui constituait l'Église personne morale, les dons et legs s'étaient en certaines provinces rapidement multipliés. Les revenus de l'Église de Césarée de Cappodoce étaient si considérables que, au dire de saint (Grégoire, ce fut la vue d'une partie seulement de ces richesses qui excita contre saint Basile l'envie d'Anthime de Tyane. — Au temps de l'épiscopat de saint Jean Chrysostome, l'Église d'Antîoche secourait 3 000 pauvres sur les revenus d'un seul legs, sans compter l'assistance qu'elle donnait aux prisonniers, aux malades, aux étrangers et les distributions de vi\Tes et de vêtements qui se succédaient de jour en jour '. — A Alexandrie, lorsque saint Jean l'Aumônier fut élevé au patriarcat, le trésor de l'ÉgUse épiscopale se montait à huit mille livres d'or et il en reçut' peu après dix mille de plus. L'Église possédait des vaisseaux pour ses approvisionnements de blé ; une tempête lui en enleva treize d'un coup avec cent trente mille boisseaux de blé. On s'explique sans peine qu'avec de telles ressources saint Jean r.\umônier ait pu nourrir jusqu'à 7 500 pauvres à la fois". — L'Église de Rome avait d'immenses propriétés non seulement en Italie, en Sicile et en Occident, mais jusqu'en Syrie, en Egypte, en Asie IMilieurc ".
Les avantages et les inconvénients de cette situation sautent aux yeux; mais la situation étant admise il faut s'employer à éviter dans la mesure du possible les administrateurs malhabiles ou fripons. Les conciles s'occupent fréquemment des économes '- dont la capacité et la droiture peuvent avoir les plus heureuses conséquences. Ce sont des hommes d'affaires que vont assiéger toutes les tentations dont la meilleure intention ne triomphe pas toujours, que solliciteront des fournisseurs indélicats, que pressentiront des évêques prodigues ou intéressés. Obligés d'acheter, de vendre, d'échanger, de faire rentrer les revenus, de taire travailler les colons, les esclaves, de surveiller les fermiers, de revoir les comptes des gérants, il arrive que l'intégrité même la mieux constatée se laisse surprendre et de temps en temps des soupçons se font jour. » Les pauvres dont les demandes étaient rcpous-
1. I, c. x; I. IV, c. IV, P. G., t. Lxxxii, col. 938, 1130. — ' Co(/. Justin., I, II, 12, n. 2 (en 454). — ' Des Pères...; mais on pourrait dire de tous les temps. Qu'on se rappelle l'apostrophe de S. Vincent de Paul : » Or sus, mesdames... . — * R. Tharain, Sainl Ambroise et la morale chrétienne au IV' siècle, in-8», Paris, 1895, p. 2G7. — • S. Jean Cïirysostome, Comm. in Matth.. hora. Lxvi, 3, P. G., t. Lviii. col. 629-630. — " Acla sanct., jan., 23, p. 51S, 519', 528, 529. — " Cf. Lifter pontiftcalis et I.iber censuum, passim. — '"Hefele-Leclercq, Hist. des conciles, 1908 t. II, part. 2, p. 812, n. 2.
CHARITE
sées ou incomplètement satisfaites, étaient portés à regarder comme mal employé l'argent qu'on leur refusait. L'étendue même de ces fonds faisait naître chez eux une attente, sinon des exigences illimitées, et d'un autre côte fournissait mille prétextes àl'égoïsme des riches. Quand l'ÉgUse insistait sur le devoir de l'aumône, on lui opposait ses trésors, ses vastes domaines, et l'on s'étonnait qu'avec son opulence, elle ne pût suffire aux besoins de tous les indigents; ainsi, à mesure que ses ressources fixes augmentaient, elle voyait diminuer ses ressources éventuelles, celles qui provenaient des offrandes et des collectes; en sorte que si, en temps ordinaire, elle savait mieux où puiser, elle avait, en revanche, des charges plus fortes, et, pour peu que les circonstances devinssent difficiles, des moyens moins abondants. L'esprit de bienfaisance, en lin, qui, comme tous les sentiments généreux, ne se développe que par des actes, s'alanguissait de jour en jour ; les riches s'habituaient à renvoyer les pau\Tes à l'assistance de l'Éghse, se réservant de dédommager un jour celle-ci par quelques legs pieux. Ne soyons donc point surpris si, à la vue de ces tristes etîets, les évêques les plus dévoués commençaient à déplorer le jour où les offrandes s'étaient changées en dotations, et où l'Église était devenue propriétaire '. »
Saint Jean Chrysostome souhaitait de promptes et abondantes distributions vidant le trésor, ce qui éviterait des mécomptes comme celui d'un économe obligé, en temps de guerre, de livrer ses réserves en numéraire à un parti ennemi. Le régime en vigueur lui parait un pis-aller; mais les fidèles ne donnant qu'avec parcimonie, il faut que les clercs assument la charge de l'aumône qui devrait demeurer étrangère à leur office. .Saint Augustin, de son côté, désirait que son Église pût liquider toutes ses propriétés foncières entre les fidèles qui se chargeraient désormais du soin des pauvres et du clergé. Désirs sages et louables dont la réalisation eût été désastreuse. Compter sur des aumônes individuelles que l'attiédissement du zèle réduisait de jour en jour et que les calamités tarissaient parfois pour un temps, attendre des ressources que la langueur des affaires rendait moins disponibles chaque année, c'eût été, pour l'avenir, s'exposer à de graves mécomptes; les fonds confiés à l'administration de l'Église étaient plus assurés, plus productifs, plus disponibles aussi. Ils formaient une ressource dont on peut discuter la gestion et l'usage, mais qui, aux heures sombres, soulagea et sauva bien des malheureux poussés aux extrémités.
L'extension considérable prise par les Églises au iv« siècle avait entraîné plusieurs modifications importantes à la discipline antérieurement en vigueur. Jadis, les revenus étaient divisés en trois parts entre le culte, les clercs et les pau\Tes. Depuis, on avait formé une répartition nouvelle dans laquelle l'évêque à lui seul comptait pour une part. Ce faisant, on avait eu en vue la situation de plus en plus pompeuse qui lui appartenait dans une société et une cité où il tenait souvent le principal rôle. D'abord, rien ne détermina rigoureusement le rapport de ces quatre parts entre elles. L'évêque faisait, selon le degré de son désintéressement et de sa charité, celle des pauvres plus ou moins étendue. Tous ne ressemblaient pas à saint Jean Chrysostome, archevêque de Constantinople, se réduisant à manger seul afin de consacrer aux pauvres les économies qu'on réaliserait sur le service de sa bouche. D'autres, comme Théodose
' E. Chastel, Éludes historiques sur rinfluence île la charité durant les premiers siècles chrétiens, in-S'\ Paris, 1853, p. 248-249. — = Socrate, Hist. ceci., 1. VII, c. xxv, P. G.,
d'Alexandrie, fastueux à l'excès, négligeaient les œuvres de charité pour s'engager dans des constructions et des pompes ruineuses. Pour prévenir des excès de ce genre, les papes Simplice et Gélase réglèrent d'une manière fixe la répartition des revenus ecclésiastiques en quatre parts égales; mais en affectant le quart au moins de ces revenus aux pauvres, ils entendirent qu'on leur donnerait de plus tout l'excédent de ce qui serait nécessaire à l'entretien du clergé.
Dans tout cela il faut faire très large part de l'imprévu. A une époque où les désastres se succèdent avec une rapidité déconcertante; où des villes disparaissent pour toujours, où des populations entières sont réduites en esclavage ou bien emmenées en captivité, il ne faut pas s'attendre à un fonctionnement parfaitement régulier d'une administration chargée de secourir de soudaines et immenses infortunes. Car la charité chrétienne, aux heures tragiques des invasions, des guerres, entend bien ne repousser personne. Ce n'est pas seulement aux fidèles qu'elle vient en aide, mais à tous ceux qui souffrent, et ainsi ses ressources et ses prévisions sont insuffisantes. L'extraordinaire devient, grâce au trouble général de l'époque, l'ordinaire. Les mallieureux n'y perdent rien, mais il est clair que l'administration se ressent d'un tel état. Atticus, patriarche de Constantinople, apprenant qu'une disette éprouvait la ville de Nicée, envoie à l'évêque de cette ville trois cents li\Tes d'or pour être distribuées sans distii^clion de croyance, entre les affamés qui rougissaient de mendier -. Sous Théodose le jeune, Acaced'Amida voit arriver un corps de sept mille Perses faits prisonniers par les Romains; il vend les vases sacrés, la vaisselle plate liturgique et s'en sert pour racheter et nourrir ces malheureux qu'il renvoie à leur roi '. Abraham de Carrhes ne se montre pas moins libéral à l'égard des pa'iens de son diocèse.
Au iv" siècle, des rivaUtés sectaires entre catholiques et ariens, entre catholiques et donatistes, entre catholiques et pélagiens entraîneront un autre trouble. On verra, dans la même ville., les fidèles et les hérétiques rivaliser d'aumônes qui ont moins la charité pour but que la vanité pour mobile. Lorsque la période des hérésies fut passée et que l'Église catholique, enfin triomphante, fut religion d'État, l'étendue des charges fut presque sans bornes et les ressources avaient fort diminué. Comment subvenir à la misère croissante avec des moyens de plus en plus bornés'? Voici le remède que propose saint Jean Chrysostome; il est curieux à retenir et n'eût pas déparé dans quelque conciliabule au temps des « saints « de Jérusalem. Après avoir fait une description tout oratoire de cette Église naissante, il ajoute : « Quelle abondance parmi nous, si nous savions agir de même ! Laissez-moi en jouir par la pensée, puisque vous refusez la réalité. Je suppose que tous vendissent leurs biens et les missent en commun. Quel en serait le produit, croyezvous? Peut-être un milUon de livres d'or, peut-être deux ou trois millions. Quelle ressource pour l'entretien des pauvres I Ne pensez-vous pas que pour les frais de la table commune cela serait plus que suffisant *? » Et il continue son rêve impossible.
XfV. RÉp.\nTiTioN DES FONDS. — l" Les Captifs. — Le droit de la force avait jadis fait disparaître des cités, des peuplades entières réduites à l'anonymat de l'esclavage. Lorsque la vanité avait mis à la mode les esclaves étrangers, des razzias ou des achats, parfois quelques expéditions avaient ramené le bétail humain et fourni les marchés de l'empire. A partir du iv= siècle
t. i.xvii, cul. 7it3. — = Socrate, Hist. eccl, 1. VII, c. xxi, P. G., t. Lxvii, col. 781. — ' S. Jean Chrysostome, In Act. Apost., hom. XI, 3, P. G., t. lx, col. 97
CHARITE
de notre ère les coiulitions étaient retournées. On venait de voir un empereur romain réduit à la condition d'esclave chez le roi de Perse et mourant dans cette humiliation. Maintenant des courses hardies de barbares perçaient la frontière et les populations voisines étaient emmenées, la chaîne au cou. S'enhardissant à mesure que l'empire dépérissait, les envahisseurs poussaient leur pointe, entraient dans les grandes villes, occupaient des provinces entières, enfin, en 410, Rome elle-même fut conquise. Dès lors, des troupes de captifs appartenant à toutes les classes de la société sont réduites en servitude et dirigées soit vers le camp des barbares, soit plus loin encore. L'Église leur prodigue ses consolations; offre pour ces malheureux des prières et des rançons. Voir C.\ptifs, t. II, col. 2112.
2° Les indigents. — Le régime économique déplorable de l'empire, entravé par l'accaparement, l'invasion, le fisc, aboutit à un paupérisme plus hideux, semble-t-il, que celui des sociétés contemporaines. f^'État, toujours inquiet à l'endroit d'une populace famélique, imagine un jour à Rome d'ordonner l'expulsion de la ville de tous les étrangers pauvres, à l'e.xception des comédiens, des mimes et des danseuses ; saint Ambroise réussit à empêcher cette infamie. Mais, en cas de famine, en cas de guerre, le sort de la population des grandes villes se trouve aggravé par l'afflux soudain d'une multitude de misérables qui s'engouffrent dans la ville, vivent d'immondices ou de violences, se réchauffent la nuit en marcliant jusqu'à ce qu'ils tombent exténués. Pour secourir citadins et paysans, saint Basile de Césarée convoque chaque matin les miséreux des deux sexes, de tout âge, et leur distribue de ses propres mains des soupes faites au moyen de légumes, d'herbes potagères et de sel et à la préparation desquelles il veille lui-même '. Le nombre de ces déshérités varie d'une ville à l'autre, d'une province à l'autre. .\ Antioche, avant l'heure des grandes calamités, saint Jean Chrysostome estime le nombre des nécessiteux au dixième de la population totale '. A Constantinople, le même Père compte cinquante mille pauvres ^ Tous participent plus ou moins aux distributions publiques ou à l'aumône privée.
3° Secours à domicile. — Ce mode de charité offre un avantage; il permet de s'informer sur place des ressources et des besoins du pauvre, d'apprécier l'usage qu'il fait des secours, l'ordre ou le désordre qui règne dans le ménage; on avait alors l'exemple de veuves ruinant les maisons, troublant les familles, volant, fréquentant les tavernes, en vérité on ne pouvait songer à nourrir de telles femmes et de tels vices '. Les secours à domicile ne comportaient pas seulement l'aumône pécuniaire, mais encore les dons en nature. A partir du v^ siècle, les agapes ou repas en commun sont pratiquement délaissés, mais les Éghses gardent l'habitude de distribuer des vêtements ' et des vivres qu'on accommode chez soi à son gré.
Une forme de charité qui est malheureusement bien oubliée et entièrement sortie de nos mœurs c'est l'usage d'un bain hebdomadaire : Consdliiit (Hadriunus) iil per unamquamque cbdomadam, qainta feria die, ciini pstillentio a diacono usqitc ab balneum pergerent, et ibidem dispeiisaiionem per ordinem pauperibus consolari atqiie cleemosina /ieri". Saint Jérôme n'oublie pas de compter la visite aux malades parmi les œuvTes de charité du prêtre ' et la visite aux prisons. « Est-
' A. de Broglie, L'Église et VEmpire romain au iv^ siècle, t. I, p. 340, — " S. Jean Chrysostome, Cornmcrïlarius in Mattlwiim, hom. Lxvi, 3, P. G., t. LViii, col. 629-630. — ' S. Jean Chrysostome, In .Ici. Apost., hom. xi,3, /'. G., t. Lx, ool. 06-98. — * S. Jean Chrysostome, i>esacer(/o/iu, 1. 111, c. XVI, /'. 6'., I. XLViii, col. 654. — ' S. -Augustin,
il rien de plus facile que d'aller voir lesfprisonniers? demande saint Jean Chrysostome à son auditoire Qu'}- a-t-il de plus aisé et de plus doux? Quand vous les verrez les uns dans les fers, les autres sordides, avec de grands cheveux épars, couverts de haillons ; d'autres exténués de faim, accourir à vos pieds comme des chiens; d'autres ayant le dos tout déchiré; d'autres que l'on ramène de la place liés et garrottés, passant le jour à mendier sans pouvoir même gagner le pain qui leur est nécessaire pour subsister, et le soir, contraints par leurs gardiens à des offices si pénibles et si cruels I Lorsque vous verrez tout ce triste spectacle, eussiez-vous le cœur plus dur que les cailloux, vous quitterez ces lieux,pleins de sentiments d'humanité. Alors même, du reste, que nous n'avons pas les moyens de porter à manger aux prisonniers et de soulager leur détresse, nous pouvons au moins les consoler par nos paroles, fortifier leur âme abattue, les assister en miUe choses, soit en parlant pour eux à ceux qui les font mettre en prison, soit en rendant les gardiens plus doux, plus compatissants '. » Le Seigneur commande la compassion et la charité à l'égard de tous. XV. Ét.\blissements hospitaliers. — Au iv« siècle, les conditions nouvelles faites à l'Église l'engagent dans une suite d'innovations très intéressantes à étudier. L'incertitude du régime sous lequel on vivait à l'époque des persécutions n'avait pas empêché la construction d'églises qu'un retour de fortune pouvait, comme en 303, faire raser au niveau du sol. La charité s'exerçait principalement dans la demeure épiscopale, moins exposée que les édifices du culte, à titre de propriété privée. Là, on accueillait tous ceux qui sollicitaient asile ou assistance, sauf probablement, si leur nombre était trop grand, à les répartir parmi quelques demeures de diacres ou de diaconesses. De fondations stables, il ne semble pas être question. A partir de la paix de l'Église, le nombre des convertis s'accroît en telle proportion qu'il devient impossible de satisfaire toutes les demandes d'admission dans le vatetudinarium de l'évêque, même en utilisant les valetudinaria, nous dirions les « infirmeries > que plusieurs praticiens mettent à la disposition de l'Église. Pour ne refuser personne on s'ingénie, on aménage les dépendances de la maison épiscopale, mais bientôt il faut se préoccuper d'une organisation moins sommaire. A partir de l'année 325 environ, commencent à s'élever des bâtiments destinés à rccueilbr différentes catégories d'infortunes; ces constructions sont désormais séparées et indépendantes de la maison épiscopale, elles reçoivent des noms empruntés à leur destination. Cette innovation ne se fait pas brusquement, c'est plutôt une transformation progressive, variable suivant les localités, d'œu'VTes timidement et pauvrement entreprises à une époque antérieure. Longtemps encore la maison épiscopale gardera son caractère hospitalier. Saint Augustin, par exemple, continue de son temps à recevoir à sa table les hôtes qui se présentent. Mais la législation impériale, en s'occupant des établissements hospitaliers, consacre le principe de leur existence et de leur fonctionnement, elle assure leur vitalité et leur développement.
.Au point de vue de la charité, ces fondations sont, en un sens, une garantie prise contre l'amoindrissement de la bienfaisance individuelle,contre les hasards des jours mauvais. L'édifice construit et organisé, pourvu de rentes, pourra faire le bien pendant les
Epist., cxxu, P. L., t. x.K.xiii, col. I7t. — ' Liber pontificalis, cdit. Duchesne, 1S86, t. i, Hadrianus, 772-795, p. 506, 522, note 10. — ' S. Jérôme, Êpist., LX, ad Iletiadortim, 10, P. L., t. XX, col. 505. — "S. Jean Chrysostome, Commenlarius in Joliannem, liom. LX, 4, 5, P. L,, l. I.1X, col. 333-334.
crises, alors qu'il est plus nécessaire et que la difficulté des temps rendrait les aumônes plus rares ou même tout à fait insuffisantes. C'est bien gratuitement qu'on s'applique à dccou\Tir une intention fastueuse là où il ne faut voir qu'une prévoyance généreuse. Lorsque, après quelques essais tentés spontanément sur des points divers, on eût pu constater les bienfaits de l'institution, son utilité économique, on songea à des créations de toutes pièces. A Byzance, dès le temps de Constantin, les hôpitauxsont attribués avec plus ou moins de ^Taisemblance à l'impératrice Hélène ' et au sénateur Eubule ». A Sébaste, un xinodochium existe dès le iv« siècle». A Édesse, t Éphrem, apprenant qu'une foule de malheureux, sans pain et sans abri, gisaient sur la place publique, interpelle vivement les riches qui laissaient sans pitié mourir leurs frères de faim et de misère. Les riches lui dirent : « Ce n'est point l'amour de nos biens qui nous retient, mais nous ne savons par qui les faire distribuer; nous ne sommes entourés que de gens avides qui en feraient l'objet d'un trafic. — Et moi, dit Éphrem, comment me jugez-vous? — Comme un homme digne de toute confiance. — Eh bien, je me charge de l'entreprise. » Aussitôt, grâce aux sommes reçues, il étabUt dans les galeries publiques trois cents lits où il fait soigner et soigne lui-même citadins,paysans réfugiés et étrangers '. « A Porto, Pammachius établit, en 398, un xenodochium dont la réputation se répand partout en peu de mois '. A Rome, Fabiola fonde une villa languenliiim pour y réunir les malades, les soulager, les soigner : prima omnium ■JOTozoïisiov inslttuil, in quo œgrotanlcs colligeret de plaleis, et consiimpta languoribus algue inedia miserorum membra foverel '. La villa languentiiim était plus spécialement une « maison de convalescents ».
Il y eut bientôt des hôpitaux et des hospices dans presque toutes les villes : lobotrophia pour les estropiés, xcnodochia, ptocholrophia, nosocomia, pandocheia, gerocomia ', où s'abritent les voyageurs, les malades, les vieillards, les enfants (voir Alumxi, t. i,'col.l2S8), les lépreux. On en rencontre même en pleine campagne. Naucrate, frère de saint Basile, fonde sur une coUine, près de l'Iris, un hospice pour quelques vieiUards qu'il nourrit du produit de sa chasse ». Nous aurons occasion de traiter ce sujet plus en détail. 'Voir Hôpit-^^ux, Hospices, Hôtelleries, LÉPROSERIES, Orphelinats.
X'VI. Implantation définitive de l.\ ch.\rité. — Nous venons de sui\Te le progrès de la charité depuis son éveil jusqu'à l'heure où les saintes inventions de son zèle sont consacrées par la législation. Au moment où les invasions en Occident, les hérésies en Orient entraînent avec elles d'irréparables mallieurs et des ruines sans nombre, la charité, souvent débordée, continue son œuvre de soulagement moral et physique. Au cours des dissertations du Dictionnaire d'archéologie, nous la rencontrons souvent, aussi ne pouvons-nous, sous peine de redites et de longueurs infinies, énumérer ses œuvres pendant la période troublée qui s'ouvre avec le v« siècle. Aussi bien, la charité est désormais implantée dans la civilisation nouvelle d'une société officiellement et généralement chrétienne.
' Du Cange, Conslanlinopolis christiana, in-JoI., Lutetias Parisior., 1680, 1. IV, c. xxii, p. 166. — = Ibid., 1. IV, c. IX, p. 163. — ' S. Épiphane, Adu. hœres., P. G., t. XLii, col. 503-504. Cf. Théodore!, Hisl. eccl, 1. V, c. xviii, P. G., t. Lxxxii, col. 1238. — • Vila S.EpIirœmi, 7, dans Acia sanct., febr., I, p. 77-78; Sozomène, Hisl. eccl., 1. m, c. XV ; il est peu probable que cet hôpital impro visé n'ait pas survécu à la circonstance qui le fit créer. — ' S. Jérôme, Episl., Lxxvii, ad Oceanum, 10, P. L., t. xxii, col. 6U7; Epist., lxvi, lxvi, de morte Paulinee, 11, P. L.,
L'Église est reconnue, ses moyens d'action sont adoptés par l'État. L'administration impériale avec quelques incohérences, quelques reculades, n'en marche pas moins dans la voie nouvelle vers un adoucissement de l'ancien droit dans le sens de l'humanité et de l'équité. Constantin eut l'honneur d'entreprendre cette réforme des lois, ses successeurs s'attachèrent presque tous à continuer et à compléter ce que le temps ne lui avait pas permis d'achever. Avec Théodose, un progrès nouveau est accompli et, à partir du règne de ce prince, le triomphe du christianisme étant assuré, la transformation du droit s'accompUt rapidement et consacre des acquisitions qui, désormais, ne seront plus discutées. Ni le moyen âge, ni la barbarie ne prévaudront contre les axiomes de la jurisprudence romaine éclairée et attendrie par la foi et la charité clirétiennes.
Ce triomphe de l'esprit nouveau est consacré par Justinien au vi" siècle. A cette date, le paganisme était non seulement abandonné, il était usé et remplacé. Les deux formes dont il avait vécu et sur lesquelles il s'était appuyé, la démocratie hellénique et l'aristocratie romaine, lui manquaient à jamais; dans la société refaite à nouveau il n'y avait plus que l'égalité obéissante de tous sous le pouvoir d'un maître, l'empereur, de qui dépendait la forme nouvelle dans laquelle allaient être coulées les institutions sociales. Cette forme était le christianisme.
C'est lui qui avait désagrégé le droit athée et le pouvoir pa'ien par une résistance intraitable sur tous les points où la conscience, la dignité et la destinée humaines étaient engagées; lui qui avait opposé à des principes fondés sur l'antique possession, des revendications inspirées d'un droit supérieur à toute possession. A l'État, organisme artificiel, et à l'individu, égo'isme stérile, il opposait l'humanité et la famille, double expression d'une pensée d'universelle égalité et de mutuelle affection.
XVII. Bibliographie. — Beugnot, Histoire de la destruction du pagcmisme en Occident, 2 vol. in-S", Paris, 1835. — G. Boissier, Associations ouvrières et charitables dans l'empire romain, dans la Revue des deux mondes, 1S71, t. xcvi, p. 617-G50, réimprimé dans La religion romaine, t. ii. — J. .\. Briegleb, Commentalio de monumentis moralibus religionum Gnecarum et Romanarum, in-4'', Gottingœ, 1799. — A. de Broglie, L'Église et l'Empire romain au i\" siècle, in-8'', Paris, 185G. — F. de Champagny, La charité clwétienne dans les premiers siècles de l'Église, in-12, Paris, 1854. — E. Chaste), Éludes historiques sur l'influence de la charité durant les premiers siècles chrétiens, et considérations sur son rôle dans les sociétés modernes, in-8">, Paris, 1853. — Historische Studien iiber den Einfluss der christlichen Barmherzigkeit in den ersten sechs Jahrhunderten der Kirche, ans dem franzôsischen ubersetzl von***, mit einem Vorivorl von J. H. Michern, in-8°, Hamburg, 1854. — G. Cornil, Contribution à l'étude de la Patria Potestas, in-S", Paris, 1897. — E. Desjardins, De labulis atimcntariis, dispuiatio historica, in-4'', Parisiis, 1854. — E. Egger, Observations sur l'histoire du sentiment moral chez les anciens, dans Mémoires de littércdure ancienne, in-8'>, Paris, 1862, p. 351-363. — L. de Feis, Del precello délia
t. XXII, col. 645. Cf. De Rossi, Bull, di archeol. crisl., 1S66, p. 50, 99, 100. — • S. .Jérôme, Episl., Lxxvii, ad Oceanum, de morte Fabiolte, P. L., t. xxii, col. 694. — ' A Constantinople, signalons le Xenodochium Sampsonis, reconstruit sous Justinien, le Xenodochium Theophili, bien d'autres encore. Du Cange en énumère plus de trente. A Césarée de Cappadoce, la Basiliade aux portes de la ville. Sozomène, Hisl. eccl., 1. VI, c. xxxiv, P. G., t. Lxvii, col. 1398. A Alexandrie, à Antioche, etc., etc. — » P. .\Uard, Saint Basile, in-12, Paris, 1899, p. 20.