CHARLATAN
CHARLEMAGNE
cation tles tliarlalLiiis; ce qui mérite d'être noté, c'est la souplesse avec laquelle ceux-ci renoncent au charabia mythologique et gnostique pour se donner une tournure chrétienne. Un homme vint à Tours, raconte Grégoire de Tours ', proposant à la foule ses fioles d'huiles rapportées, disait-il, des tombes vénérées. " 11 était vêtu d'un cnlobium qu'un sindon recouvrait et portait une croix aux bras de laquelle étaient suspendues de petites fioles contenant, d'après lui, de l'huile sainte. Il prétendait arriver d'Espagne et en rapporter ces reliques des bienheureux Vincent le diacre et Féli.x, martyrs. Comme il arriva sur le soir à la basilique de Saint-Martin de Tours, et pendant que nous étions à table, il nous envoya dire : « Qu'on vienne « au-devant des saintes reliques; » mais l'heure était trop avancée, et nous répondîmes : » Que les saintes ' reliques reposent sur l'autel; et demain nous irons les « recevoir. «Lelendemain.il se leva au point dujour.et, sans nous attendre, il vint avec sa croix, et entra dans notre cellule. Étonné, stupéfait de sa légèreté, je lui demandai ce que cela voulait dire. Il répondit d'un ton superbe et en enfiant sa voix : >c Tu aurais dû nous « préparer un meilleur accueil; mais j'instruirai de « tout ceci le roi Chilpéric,et il vengerale mépris qu'on « fait de moi. » Il entre dans mon oratoire, et, sans s'inquiéter de ma présence, il dit un verset, puis un second, puis un troisième; il commence l'oraison et l'achève; enfin, élevant de nouveau la voix, il s'en va. Il s'exprimait grossièrement; de sa bouche sortaient des termes vils et obscènes, et même on ne l'entendit jamais tenir de discours raisonnables. Il se rendit à Paris; on y célébrait alors les Rogations, qu'on a coutume de faire avant le saint jour de l'Ascension du Seigneur. Pendant que l'évêque Ragneniod s'avançait avec le peuple et faisait le tour des lieux saints, l'imposteur se présente avec sa croix, montrant au peuple un vêtement étrange: et réunissant autour de lui des mauvais sujets et des femmes du peuple, il se forme aussi son cortège, et tente, avec cette multitude, de faire la procession autour des saints lieux. L'évêque voyant cela lui envoya dire par son archidiacre : « Si tu montres des reliques de saints, dé- « pose-les pour quelque temps dans la basilique, et « célèbre avec nous les saints jours; et, la solennité t terminée, tu poursuivras ta route. » Mais tenant peu de compte des paroles de l'archidiacre, il se mit à accabler l'évêque d'injures et de malédictions. L'évêque, voyant qu'il n'était qu'un imposteur, donna l'ordre de l'enfermer dans une cellule. On fit l'examen de tout ce qu'il portait, et on trouva sur lui une grande poche pleine de racines de diverses plantes; il y avait aussi des dents de taupes, des os de souris, des ongles et de la graisse d'ours. L'évêque, ne voyant dans tout cela que des instruments de maléfice, fit tout jeter dans le fieuve; il lui ôta sa croix, et le chassa hors du territoire de Paris. Mais il se fit une autre croix, recommença ses anciennes pratiques; et alors il fut pris par l'archidiacre, chargé de chaînes et mis en garde. Dans le même temps, j'étais venu à Paris, et j'étais logé à la basilique de Saint-Julien, martyr. La nuit suivante, ce malheureux, ayant échappé à ses gardiens, vint, chargé de ses chaînes, dans cette basilique, se précipita sur le pavé à l'endroit où j'avais coutume de me tenir, et s'y endormit accablé par le sommeil et par le vin. J'ignorais ce fait, et, lorsque je me levai au milieu de la nuit pour rendre des actions de grâces au Seigneur, je le trouvai dormant. Il répandnt une puanteur plus infecte que celle de tous les cloaques et de tous les irliro et telle qu'il nous fut impossible d'entrer dans la sainte basi-
' Grégoire de Tours, Hist. Francor., 1. IX; c. vi, P. L,, t. Lxxi, col. 483 S'].
lique. Un clerc survint, qui, s'étant bouché les narines, s'efforça de l'éveiller; mais il ne put y parvenir, tant ce malheureux était engourdi par le vin. Alors, quatre clercs le prirent sur leurs bras, et le jetèrent dans un coin de l'église; puis, apportant de. l'eau, ils lavèrent le pave, répandirent dessus des herbes odorantes, et nous entrâmes pour accomplir nos prières accoutumées. Mais nos chants ne purent jamais interrompre son sommeil, et il ne se réveilla que lorsque le soleil dardait déjà du haut du ciel ses rayons sur la terre. Après avoir obtenu son pardon, je le remis à l'évêque. Cependant, les évêques s'assemblèrent dans la ville de Paris; je leur racontai cette histoire au milieu du repas, et, pour punir le coupable, je le forçai d'être présent. .\mélius, évêque de Tarbes, levant les yeux sur lui, le reconnut pour un de ses serviteurs, qui s'était enfui de sa maison : il lui fit grâce et le ramena dans son pays. »
Et Grégoire de Tours ajoute : « Il y a beaucoup de gens qui, par de semblables impostures, ne cessent d'abuser de l'ignorance du peuple. »
H. Leclercq.
CHARLEMAGNE. — I. Le personnage de Charlemagne. II. La mosaïque du tricUnium du Latran. III. La mosaïque de Sainte-Suzanne. IV. La statuette de Metz. V. Iconographie. VI. Vêtement de Charlemagne. VII. Numismatique. VIII. Charlemagne à Aix-la-Chapelle. IX. Le Talisman ». X. Bibliothèque de Charlemagne. XI. Manuscrits en rapport avec Charlemagne. XII. Evangéliaire de Charlemagne par Gotescalc. XIII. École du palais. XIV. Renaissance des arts sous Charlemagne. XV. Charlemagne et l'Église. XVI. Charlemagne et le chant romain. XVII. Charlemagne législateur. XVIII. Les Capitulaires de Charlemagne. a) Institutions nationales : a. Royauté, fi. Assemblée. ■;. Armée ; b) Institutions administratives : x. Comté, {i. Comtes. -•. Missi; c) Institutions judiciaires : ï. Tribunal royal. ;i. Droit personnel, y. Enquête royale. {.Épreuves; rf) Institutions ecclésiastiques : a. Évêchés, g. Chapitres. ■ • Abbayes. 6. Paroisses rurales ;e; Institutions charitables: a. Législation, {i. Établissements, y. Libéralités. XIX. La livre de Charlemagne. XX. Légende de Charlemagne dans l'art. XXI. Evangéliaire de Charlemagne à Vienne. XXII. Évangéhaire de Charlemagne à Sion. XXIII. La châsse de Charlemagne. XXIV. Épée de Charlemagne. XXV. Vitrail de Charlemagne. XXVI. Couronne de Charlemagne. XXVII. Verre de Charlemagne. XXVIII. Reliquaires de Charlemagne. XXIX. Dalmatique de Charlemagne. XXX. Chape de Charlemagne. XXXI. Grammaire de Charlemagne. XXXII. Vers de Charlemagne. XXXIII. La légende de Charlemagne. 1° Légende hagiographique. 2° Légende poétique. XXXIV. Pèlerinage de Charlemagne. XXXV. Donation de Charlemagne au Saint- Siège. XXXVI. Le titre de patrice. XXXVII. Le titre d'empereur. XXXVIII. Sacre de Charlemagne. XXXIX. L'onction impériale. XL. Le couronnement. XLI. Charlemagne empereur romain. XLII. Charlemagne Bao-i/E-J:. XLIII. Sépulture de Charlemagne. XLIV. L'œuvre de Charlemagne. XLV. Bibliographie.
I. Le personx.^ge de Charlemagne. — Le règne de Charlemagne marque la limite des études du Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, et cette limite n'a rien de conventionnel. Avec ce règne s'ouvre une période nouvelle d'histoire en Occident. En 47(i, Odoacre renvoya à Constantinople les insignes impériaux du titulaire de l'empire romain occidental; en 800, l'évêque et le peuple de Rome i)rocIamaient un nouveau titulaire de cet empire, jadis aboli. Renaissance de l'empire romain dans leur pensée, inauguration dans la pensée du principal bénéficiaire
CHARLE.MAGNE
et ni l'une ni l'autre en réalité, mais création de l'empire du moyen âge.
Le moyen âge tout entier se partage ainsi en deux périodes : depuis l'abolition de l'empire romain et son absorption par l'empire grec jusqu'à la proclamation de l'empire de Charlemagne, et depuis cette proclamation jusqu'à la Renaissance du xvi" siècle.
L'installation du siège de l'empire à Byzance sous Constantin avait laissé entrevoir l'orientation nouvelle de la politique et de l'administration impériale. Dés la fin du iV siècle, à la mort de Théodose, le partage du monde entre les deux héritiers marquait la scission de plus en plus profonde, et bientôt définitive, entre l'Orient et l'Occident. Sous l'épreuve incessante des guerres, des invasions, l'Occident affaibli, ruiné, délaissé par ses défenseurs ofTiciels, l'Occident se faisait lentement à l'idée d'autonomie dont les papes de Rome furent les ouvriers et les ordonnateurs. L'.Vfrique, l'Espagne, la Gaule, la Bretagne, la Ger manie, la Lombardie étaient définitivement soustraites à la suzeraineté même nominale d.? l'empereur grec. Rome et l'Italie méridionale gardaient à l'égard du basileus une certaine mesure de dépendance que l'éloignement et la faiblesse de celui-ci rendaient à peu près complètement illusoire. Tandis que l'Orient avait été la proie des querelles religieuses : nestorianisme, eutychianisme, monothélisme, monophysisme, iclonoclasme, querelles épuisantes s'il en fut , et qui avaient hâté la séparation de plusieurs provinces, l'Occident avait été le champ clos d'une mêlée tumultueuse des nations barbares se disputant pendant trois siècles les fragments épars de l'empire romain écroulé. Ce n'était donc partout que luttes, violences et épuisement. Mais, tandis que l'hérésie et le schisme isolaient l'Orient de l'Occident, plus complètement et plus durablement que la guerre et la révolte ne l'eussent jamais pu faire, l'orthodoxie intégrale gagnait rapidement et triomphait finalement en Occident, établissant par-dessus les rivalités nationales une unité religieuse supérieure, prenant son inspiration et déférant son obéissance à Rome. L'interruption des rapports, la difiiculté et la rareté des communications, l'inditlèrcnce politique et l'ignorance à peu près complète en tout ce qui touchait le vague empereur de Constantinople, habituait les peuples occidentaux, rajeunis par l'infusion du sang barbare,
' Einhard, Vila Kai-oU, c. iv : De cujus nativitate, ncquc scriptis mtquani (iliquiU dccltirtittun est. On a imaginé de faire naître à Liège Charlemagne; l'empereur doit à ce patriotisme local, une statue médiocre et plusieurs dissertations sentimentales. Cli. Moeller, Histoire du moyen â'je depuis la clinte de l'empire romain jusqu'à la fin de l'époque franque, Louvain, 1910, t. ii, p. 522, note 1, tient a\'cc raison la question comme insoluble, parce que les trois données dont dépend la solution sont trois inconnues, savoir: l^La date ; jour, mois, année, de la naissance est inconnue; l'année même est douteuse. 2° Si avec Mùldbacher, Heqesta Karolina, p. 60, on adopte la date 2 avril 742. il faudrait savoir où se trouvait, à cette date. Pépin, dont l'itinéraire présente bien des lacunes. 3'^ Supposée connue la résidence de Pépin et la date ci-dessus certaine, reslerait à établir que Bertrado suivait si>ii mari dans tous ses déplacements et faisait ses couches au gile d'étape. Cf. .\rend. CharlemaQnc, quand esl-il né? dans le Bulletin de VAciid. de Bruxelles^ lS5ti, t. ii, p. 009; J. Chr. von .Vrctin, jKlIeste Saqen iiher die (iehurl und .lugend Karl's des Grossen, in-S", Miinchen, 1,S13; Th. Garlet, Où est né Clmrlemaqne? dans Comptes rendus mém. de la eomm. archéol. de A'oyon. 1885, t. vu, p. 91 ; Danville, Mémoire pour prouver que Charlemagne est né en France et non en Allemagne, dans les Mémoires de la Soc. nat. des antiq. de France, 1829, série I, t. viii, p. 315-319; .M. llahn, .Sur le lieu de naissance de Cliarlcmagne, dans Ménutires couronnés par l' Académie de Belgique, in-8", 18G1, t. \i; Bruxelles, s. d.; in-S», Berlin, 1861; A. van Hassclt,dans Biogr. belg.,'ii^7'2, t. iii,
mais conscients de leur origine latine, à rendre à Rome son prestige antique et souverain, à faire de ce nom fatidique le symbole du groupement occidental des peuples chrétiens. Inconsciemment, ceux-ci se familiarisaient avec l'idée d'ordre, de force, de subordination, en un mot, de centralisation.
Or, il arriva qu'au sein de cet amalgame de races et de peuples, parmi les guerres, les violences, les révolutions, une dynastie se montra capable et désireuse de présider aux destinées nouvelles de la société. Trois générations providentiellement ménagées suffiront en un demi-siècle à réaUser l'organisation pressentie; Charles- Martel, Pépin et Charlemagne y appliqueront leur ténacité, leur capacité et leur bravoure.
Quand il naquit, en 742 ou 743, les faiseurs d'horoscopes eux-mêmes n'eussent sans doute pas prédit la grandeur future de Charlemagne. Sa naissance passa inaperçue'; fils du puiné d'une maison qui n'était pas encore régnante, Charles était un petit compagnon et on ne put, de longtemps, soupçonner en lui la flamme. Il suivait l'armée; à dix-huit ans, on y trouve sa présence signalée, et alors, ni plus tard, il ne paraissait cultivé ni fait pour l'être. Il n'apprit à écrire que fort tard et attendit la quarantaine pour refaire, avec l'Anglo-Saxon Alcuin, son éducation manquée. Redev^enu écolier, il employa six années à cet âge et parmi beaucoup d'autres occupations, à étudier la grammaire, la dialectique, la rhétorique, le comput, l'astronomie =. On peut penser, malgré les chétives compositions littéraires mises sous son nom, que Charles ne regagna pas dans cette initiation tardive les connaissances qui lui avaient manqué et dont il se passa d'ailleurs admirablement. Sa VTaie capacité était ailleurs.
Durant son règne, Charlemagne n'a presque jamais quitté le harnais de guerre. Pendant quarantesept années, on ne compte pas moins de quarante-trois expéditions militaires, conduites par l'empereur en personne ou par ses lieutenants. Pour prendre une idée à peu près juste du problème militaire sous ce règne, il faut se reporter à l'effort organisateur des grands ministres Louvois et Lazare Carnol. Il s'agit d'armer (d'équiper en un certain sens) des troupes nombreuses, de les diriger tantôt sur une frontière, tantôt sur une autre, parfois même de faire face de
p. 436 sq. ; A. van Hasselt et L. Jérotte, Charlemagne et le pays de Liège, in-S», Bruxelles, 1S78; F. Hénaux. Le berceau de Charlemagne, recherches historiques, dans !a Reuue de Liège, 1S17. t. vu; F. Hénaux, Sur la naissance de Charlemagne à Liège, recherches historiques, in-S", Liège, 184S, 1854, 1859. Cf. A. H., dans Bibliothèque de l'École des chartes, IV' série, t. i, p. 185-187. Les traditions liégeoises sur Charlemagne. in-S^.Liége, 1866; Charlemagne. chronique liégeoise, in-S-, Liège, 1871 ; Charlemagne, d'après les traditions liégeoises, in-S°, Liège, 1879; Lloi .lohanneau. Histoire fabuleuse de la naissance de Charlemagne, dans les Mém. de l'Académie celtique, 1809, t. m, p. 467; .\. Z. Maloch, \Vo ist Karl der Grosse geborcn ? Antwort cm der : Cliarlemagru- esl-il né dans la province de Liège? dans .\bhandlungen bôhni. Ces. Wis.tensch.. 1872. série VI, c. v. part. III; Th. Normand, Berceau de Charlemagne, dans la Reuue de Bru.xeUes, 1837;E. Polain, Où cif né Charlemagne? linns le Bull, de l'Acad. de Bruxelles, 1856; Quand est ne Charlemagne? ilans recueil cité. 1856; Encore Charlemagne. dans recueil cité. 1856. Cf. liibl. de l'École des chartes, IV- série, t. m, p. 278-279; Revue des soc. sav.. IS57-185S, i" série, t. II, p. 297-299; t. v. p. 200-264; Tiron, Recherches historiques sur le lieu où est né Charlemagne. iri-8», Bruxelles, 1878; H. E. Rumpel, De Vargula, loco conceptionis seu potins conseptionis Curoli Magni. in-i". Programme. Ertordiie, 1764; Veber Karls des Gr. Gcburisort, dans Oberbaije, risettes Archiv, 1839. t. n, p. 395. — = l-auliard, l'ifa Karoli, c. XXV. Sur la jeunesse de Charlemagne, cf. G. Paris, llisl. poétique de Charlemagne, in-S", Paris, 1865, p. 152-453.
CHARLEMAGXE
plusieurs côtés à la fois, et, pour accomplii' cela, ne disposant pas de levées régulières ni d'arsenaux, ni de trésor de guerre, ni de magasins, mais seulement d'une actmté inlassable, d'une volonté indomptable, du prestige de la victoire et de la popularité du succès. « L'armement de chacun est proportionné à ses ressources personnelles, la quantité de vivres qu'il lui impose, calculée d'après la durée de la campagne, le nombre et le conditionnement des chariots, tout est prévu dans ses ordres de marche jusqu'au moindre détail^. Ainsi, dans ses expéditions militaires comme dans ses institutions civiles, on peutdireque la qualité maîtresse de Charlemagne c'est le génie de l'organisateur ". » Sa méthode de guei-re n'est pas moins remarquable. Déjà, il a pressenti que les résultats les plus grands dépendent des opérations les plus soudaines. Surprendre l'ennemi, l'atteindre, le frapper et l'étourdir par la rapidité des coups. Dans les souvenirs des contemporains, ce qui frappe les imaginations au moins autant que l'éclat des succèS; c'est la célérité des campagnes ^ En effet, avec l'intuition supérieure du stratège, Charles frappe vite et dédaigne les marches et contre-marches, la guerre de chicane. Grâce à cette conduite, une impression terrifiante le précède et l'accompagne; il lui suffit parfois de sa présence à la tête de ses vieilles troupes pour réduire une province, ou bien, s'il faut en venir aux armes, il court droit au principal obstacle :1a conquête de l'ftalie se décide par le siège de deux villes. Dans la guerre de Saxe, qui demanda tant de campagnes et trente années d'efforts, il n'y eut, en réalité, que deux grandes batailles*. Une des premières expéditions de Charlemagne, celle de 773-774, présente un mtérêt particulier. Le roi franc, partant de Genève, allait envahir l'Italie; il divisa son armée en deux corps qui devaient contourner le massif du Mont-Blanc, l'un sous sa conduite, par le passage récent du Mont-Cenis, à l'ouest, l'avitre, par l'ancien passage du grand Saint-Bernard, à l'est, celui-ci sous la conduite de Bernard, frère de Pépin. Cette stratégie nouvelle eut un effet foudroyant. Les
' Prenzel, Kriegsuerjassimg unter tien KaroUngern, in-8°, Leipzig, 1887, p. 38-66. Le recueil des capitulaires nous a conservé un ordre de marche. Capitiil., n. 75; Regesta Karolinor., n. 418. — = Ch. Mœller, op. cit., t. ii, p. 521. — ' Einhard, Vita Kwoli, e. xi : Boaricum bellum céleri fine completum est: Id., c. xiii: Bœmtmicum et Linonicum bellum iitrumque céleri fine completum est. — ' Einhard, Vita Kctroli, c. viii; Hoc bello (saxonico) ipse non amplius cum hoste quant bis acie conflixit. — ^ A. B. Coolidge, Cfiarles the Greafs Passage of ttie .Ups in 773, dans English bistorical review, 1906, t. xxi, p. 493-505, cette dissertation excellente pourrait servir de modèle à l'étude méthodique des opérations stratégiques de Charlemagne. Ce sujet, fort obscur encore, a été simplement effleuré dans rou\Tage cité de Prenzel et dans plusieurs dissertations. Outre la néï^ssité d'établir d'abord les itinéraires aussi minutieusement que possible, à l'aide de S. .\bel, Jahrbiicher des frànkischen Reiches unter Karl dem Grossen, in-8°, Berlin, 1866, et 2' édit. par B. Siméjn, Leipzig, 1888, il faudrait utiliser d'utiles indications contenues dans des notices locales dont les déterminations topographiques sont fondamentales : W. von Bippen, Die Hinrichtung der Sachsen durch Kar den Grossen, dans Deutsche Zeitschrift Gesch. wiss-, 1889, 1. 1, p. 75-96 ; Ueber die Unterwerjung der Sachsen Jurch Karl den Grossen, dans Archiv fiir Gesch. und Litt., Francfort, 1833, t. iv, p. 293. J. David, De Krijgen non Karcl den Groote tegen de Saksers. dans Volks-Aln. Nederl. Kalh., 1852 ; A. Deppe, Karls des Grossen fiin/ter Kriegs zug gegen die Sachsen im Jahre 7 70, dans Zeitsclu-i/t /ùr Gesch. Altcrt. Westd., 1892, t. L, part. 2, p. 159-166;Gautsch- Wie weit erstreckte sich dus Reich Jvor/'s des Grossen iiber die Elbe? dans Neue Lausilz. Mag., 1859, t. xxxv, p. 319-329; C. R. Hausen et Chr. G. Meisnerus, Disputalio continens notitiam Saxoniœ sub Carolo Magno, in-4'', Lipsiae, 1761; L. von Ledebur, Kritische Beleuchtung einiger Punkie in den Feldziigen KarVs des Grossen gegen die Sachsen und Slauen, in-8», Berlin,1829; W. G. Beyer, Der Limss Sa.vo-
Lombards barraient la route suivie par Charlemagne, retranchés aux Cluses, dans une forte position défensive, qu'ils croyaient inexpugnable, lorsqu'ils apprirent l'arrivée du deuxième corps qui menaçait de les envelopper; ils se crurent tournés, la panique les prit, ils abandonnèrent la position ^ Didier s'enferma dans Pavie, Adelchis dans Vérone qui se rendit. Charles commença le blocus de Pavie.
La légende, en s'emparant de Charlemagne, l'a hiératisé dans une sorte d'attitude épique. Les vétérans du grand soldat, ses conseillers, ses courtisans, sa propre famille ne l'ont pas vu sous cet aspect et ses contemporains, on peut l'affirmer, l'ont vu très différent du vieillard encore formidable, mais déjà branlant, très majestueux et un peu bénisseur qu'ont imaginé les chansons de geste. Comme tous les grands conducteurs de peuples, celui-ci résumait en sa personne les qualités et les défauts, les aptitudes et les répulsions de sa race et de la nation qui se reconnaissaient en lui «.
Robuste, accueillant, très simple (avec un brin d'affectation) dans sa mise, il se montrait national dans ces puériUtés extérieures, telles que l'attachement aux vieilles modes, qui sont comprises de la foule parce qu'elles sont à la portée de l'intelligence populaire. Moitié soldat, moitié campagnard, il gardait les mœurs traditionnelles, voyageait de domaine en domaine avec un cortège de princes et de princesses, quelque chose comme une cour jeune, pétulante et gaie. Entre deux campagnes, on menait grande et large existence dans les villas, remplissant les journées par des chasses, des courses, des luttes, de somptueuses réceptions. Une fantaisie coûteuse, les bâtiments, ne semble pas avoir dépassé les ressources de ce prince qui préférait commencer une maison que de l'achever. Les jardins, les pièces d'eaux, les parcs étaient ces dépenses de magnificence qu'entraîne un grand état, mais quelque part dans le parc un terrain était réservé au potager dont l'empereur réglait l'administration • qu'il entendait être fructueuse *.
niœ Karls des Grossen, in-l^Schwerin, 1877. Cf. K. Jansen, dansZei/scJu-i/f/ùrGes.Sc/i/esioig. Gesc7!.,18S6,t. XVI, p.353- 372; Dorr. De bellis francorum cum Arabicis gestis usque ad obitum Karoli Magni, 1861; J. D. Meijer, Oordeelkundige beschouiving van den oorlog van Karcl den Grooten tegen te Saksers, dans Vesl. openb. Ncderl. Inst., 1826, A. Peez, Die Reisen Karls des Grossen, dans Jalirb. fiir Gesetzgeb., 1891, série II, t. xv; D. Schaefer, Die Hiru-ichtung der Sachsen durch Karl den Grossen, dans Historiche Zeitschrift, 1897. t. XLii; B. von Simson, Zum Itinerar Karls des Grossen, dans ZeitschriflGesch. Oberrheins, 1894, II« sér., t. IX, p. 516. Pour l'expédition d'Espagne, cf. Basset, dans la Revue historique, 1904. t. Lxxxiv, p. 285-295; pour ce qui a trait à la marine, Ch. de la Roncière, Charlemagne et la civilisation maritime au /,i« siècle, dans le Mrjzn âge, 1897, II« sér e, t. i.p.201-223. — ■ E. Van Drivai, Histoire de Charlemagne, in-8», Arras, 1886; L. Gautier, Epopées françaises, 2' édit., t. i, p. 54-60: t. m, p. 1-795; B. Hauréau, Charlemagne et sa cour (742-SH).in-lQ. Paris, 1854, 1866, 1868, 1880; Haurcau, dans Nouvelle biogr. générale, 1854, t. IX, p. 745-766. Pour mémoire Erp. Lindenbruch, Neue vcrmehrte Chronica von den grossmachtigsten ersten Deutschen Kagser Carolo Magno, seinem innerticlien Wandel und Privât Leben, oder.... in-4°, Hamburg, 1533; Lopens, yjei//esse de Charlemagne, dans la Revue de Bruxelles, janv. 1838, p. 106; Fr. Lorentz, Karls des Grossen Privatund Hofteben, dans Hislorisches Taschenbuch, 1832, t. m; G. llailhard de la Couture, Charlemagne dans Vhisloire et dans la légende, in-S", Bruges, 1887; Roux, Transformation épique du Charlemagne de. l'histoire, dans le Rec. des actes de rAcad. de Bordeaux, 1865, t. xxviiZ p. 73: Dahn, Der Kaiser Karl und seine PaladinclSS"!. — ' B. Gucrard, Explicalion du capilulaire de Villis, dans la Bibl. de V École des chartes, 1853, série III. t. iv, p. 291-247, 313-350, 546-572. — » K. Gareis, Die Landgiiterordnung Kaiser Karls des Grossen (Capitulare de villis vel curtis imperii), in-8°, Berlin, 1895.
CHARLEMAGNE
Beau parleur, aimant à se faire écouter et quelquefois intarissable, il s'exprimait dans le francique qui était sa langue natale et le latin, qu'un homme de son rang devait savoir parler'. Il entendait le grec, peut-être jargonnait-il un peu dans cette langue ^ Sur le tard, à quarante ans, Charlemagne se prit de goût pour la littérature et se composa un entourage de beaux esprits — de beaux esprits à la mode du ix" siècle. Tous ensemble dissertaient, composaient, s'encourageaient et cette petite chambrée stimulait les goûts studieux du maître'. Celui-ci, qui avait fait ses preuves comme général et comme homme d'État, sentait les lacunes de son éducation et voulait acquérir ce qu'il estimait indispensable au complément de la réforme commencée par lui. Une passion l'avait saisi de s'instruire, il se faisait lire jusque pendant ses repas, soit un historien, soit la Cilé de Dieu de saint Augustin; même au lit, il emportait ses tablettes et les tenait à portée de la main, employant les heures d'insomnie à s'exercer à l'écriture.
Pieux, soucieux de ce qui touchait au culte, il gouvernait sa chapelle avec une bonne volonté qui dépassait notablement sa compétence en ces matières. Catliolique sincère et orthodo.xe, cela va sans dire, malgré les Libri Carolini'. Il eut neuf épouses et concubines connues; ses entants légitimes et ses bâtards lui font- peu d'honneur. Il divorça au moins deux fois ' et ne se piquait pas de sévérité dans ses mœurs. Cependant, il était sobre et simple, d'un abord facile, ennemi du cérémonial, ce piédestal des médiocrités. Francs et étrangers pouvaient l'aborder, l'entretenir de leurs affaires, et, par une adroite délicatesse, il avait choisi les fonctionnaires du palais dans les diverses parties de son vaste empire, afin que tout visiteur y rencontrât im homme de son pays pour l'introduire. Il s'entretenait familièrement avec ses hôtes, s'intéressait à leurs affaires, les questionnait et trouvait pour chacun une parole gracieuse ".
L'iiomme ne fait pas oubUer l'empereur; lui-même sait s'en souvenir, et cela encore chatouille l'orgueil national qui aiirte à voir son chef prendre rang parmi les plus puissants princes de l'histoire. A IngeUieim, sur les murs du palais, Charles a fait peindre de grandes scènes historiques qui représentent : les guerres de David, la Gloire de Salomon, Constantin quittant Rome pour Constantinople, Charles-.Martel vainqueur des Frisons, Pépin soumettant les Aquitains, Charlemagne triomphateur des Saxons'. C'était la dynastie nouvelle et ses ancêtres d'élection.
II. La mosaïque du thicli^'IUM du L.\tran. — .•\u xv!!!" siècle fut « sacrifié avec la plus coupable
! légèreté » l'original d'une représentation célèbre qui
1 ornait l'abside d'un des Iriclinia construits par le
pape Léon III, dans le palais pontifical du Latran.
A l'original on substitua une reproduction défectueuse
qui « n'a fait que piquer la curiosité et provoquer une
recrudescence d'investigations. »
I Léon III (795-816) fit, au témoignage du Liber pon-
j tificalis, construire deux iriclinia au Latran : Fecit
(Léon III) auiem et in pntriarcliio Laleranensi tricli-
nium maiorem super omnia Iriclinca, nomini suo mire
magniiiidinis decoraiam; ponens in eo fundamenta
ftrmissima et in circuitu taminis marmoreis ornavil.
Clique marmoribus in cxemplis stravit et diuersis colum-
'■■ nis tam porfyreticis quam albis et sculptis cum basibus
et liliis simul postibus decoravit. Et caméra cum ab-
! sida de musivo seu alias duas absidas, diversas istorias
\ pingens super mcu-morum constructionem pariler in
j circuitu decoravit. — Fccit (Léon III) in patriarchio
\ Lateranensi triclinium mirx njagnitudinis, decoratum
cum absida de musii'o; seu et alias absidas X, dextra
levaque diversis historiis depictas [habcntes] apostolos
gentibus pnedicantes ; cohérentes basilicœ Constanti-
nianie : in qua loco et accubita collocavit, et in medio
concam porphyreticani aquam fundentem. Necnon et
pavimentum ipsius marmoribus diversis stravit '.
Voici deux iriclinia au sujet desquels Onofrio Panvinio n'est pas d'accord avec lui-même : tantôt il donne le nom de basilica minor ' au triclinium détruit, dont provient la mosaïque que nous devons étudier, tantôt il lui donne le nom de basilica major^". Ce qui est hors I de doute, c'est que les deux iriclinia tiraient leur principal ornement de mosaïques. Voici la description j que Panvmio donne du premier des deux : De aula I quam nunc salam concilii " vacant. Sinistra Basilicx Lateranensis parte est porta, qua per aliquot marmoreos gradus ascenditur ad aulam amplam et spaciosam, quas concilii scda hodie nominatur. Quse prxler absidam majorem ab utroque lalcre habet absiduU.s decem... Absida major ineptissimi ariiftcis musivo picta est, Christi scilicet, beatœ Virginis, sanctorum Aposlolorum Pétri et Pauli, et aliquot aliorum sanctorum. Extra absidam in pariete e musivo quoque picti sunt XXIIII seniores (t cûiquol ex CXLIIII mill. signatis Apocalypsis cum quatuor Angelis ab imperito artifice. In absida' fornice est hoc signum
id est Léo Papa. Absidœ minores in medio omnes fenestratœ sunt '-.
» J. H. Bocrisius, Dissertatîo de eruditione Caroli Magni ejtisqiie meritis in rem litlerariam, in-l», Suelevordi, 1716. — " J. Doppert, Programma, Carolus M. princeps grœce et latine doclus, iii-4°, Sneeberg, 1722. — ' G. Pliillipps, Karl der Grosse im Kreise der Getehrten, dans Alnuin. Akad. Wissensclt., 1856, p. 173-221. — • On en a lait un luthérien : C. Nilaiiius, Ostensio liislorico-theologica quod gloriosus imperator Carolus Matjiius in giiam plurimis fulei articulis /ormaliler non Juerit papista, in-S^, Fraucofurti, 1670; réfutation par N. Schaten, Carolus Magnus Romanorum imperator et Francorum rcx, romano-catholicus, libris ÏV explicatus et vindicatus. in-l", Neuhusii, 1674; réponse de Nifanius, Carolus Magnus ueritatis euangcUcœ confessor denuo exhihilus, in-8", Friuicofurti, 1679; autre divertissement, on en fait un calviniste : Heidc;îger, De Carolo Magno teste ueritatis, dans Dissertationes selectse, Turici, 1675, t. il. —
* L. de Mas-Latrie. Note sur les deux espaces de mariages usités chez les Romains et chez les Francs, dans les Mém. de la Soc. nal. des anliq. de France, 1838, 2' édit., t. iv, p. 204- 221 ; J. A. Trager, Idecn zu eincr kiinfligen Rcuision iiber das Aller Kajls des Grosaeti und seincr crsien rechtmdssigen Vermahlung mit liildegard, in-S°, Landshut, 1820. —
• F. liwolf, Ktu-l der Grosse als Wolksivirth, dans Zeitsctirift
ges. Staatswiss., 1891, t. xlvh, p. 413-152. — 'Description par Ermoldus Nigellus, Carmen in lionorem Ludovici, 1. IV, vers 189-283, dans Poelœ laiini «ui coro/ini, édit. Dttmmler, 1884, t. II. — • Lib.pon/., édit. Ducliesne, t. II, p. 3, lign. 30; p. 11, lign. 16; commentaires, p. 35, 40. — • Panvinio, De septem Urbis ecclesiis, Romae, 1570, p. 180. — '• Bibliothèque Barberini, n. XLix, 14, lib. XIV, cap. m, fol. 247 v. Cette deuxième opinion a été contredite par Sevcrano, Memorie sacre dette selle chiese di Roma, in-4». Roma, 1630, t. I, p. 545; Rasponi.De basilica et palriarcliio Laleranensi, Roma, 1656, p. 334; quant à E. Mûntz, Notes sur les mosaïques clirétiennes de l'Italie, viii. Le triclinium du Latran, Charlemagne et Léon III, dans lieuae archéologique, 1884, III» série, t. m, p. 3, il ne se prononce pas. — " • Salle du Concile ». Ct. Rohault de Fleury, Le Latran au moijen âge, allas, pi. m. — " Panvinio, De ss. basilica. baplislerio elpatriarchio Laleranensi, dans \. Mai, Spicilegium Romanum, in-4», Roma;, 1843, t. ix, part. 1. p. 181-191. Martinelli, après avoir analysé ce passage dans son ouvrage si rare : Primo tro/eo délia scmtissima Croce, Roma, 1655, p. 138, ajoute : Le tribune pieeole ave vimo net mezzo una finestra, e Ira le dette tribune, e tra i loro pilaslri, sono due uenti allre finestre rifatle da Giulio II net tempo det concilio Lateranense.
CHARLEiMAGNE
em
Au second triclinium se rapporte le passage suivant du Liber pontificalis dans lequel il est question de réparations exécutées sous Léon IV. Nom et accabiliim, quod dominas Léo bonse memorix III papa a fundamenlis construxerat, et omnia ornamenta, qusc ibi paravcral, prœ nimia vclnsiate et oblivionc anteceasorum pontificum deleta siint : et in die nalalis doinini noslri J. C. sccundum carncm, tam dominas Grc(jorius quam et dominus Serijius sanctœ rccordationis. ibidem minime epulaban:ur. Isdem vero bealissimus et summus prsesul Léo III, eum nimia delectatione et gaiidio omnia ornamenta, quie indc deleta fuerant, noviter reparavit, et ad usum prislinum maijniftce revocavit^. C'est dans l'abside de ce second triclinium que Léon III fit incruster, vers l'an 800 -, la mosaïque célèbre dont il ne reste aujourd'hui que des reproductions plus ou moins imparfaites, plus ou moins douteuses.
Cette mosaïque était, dès le xvi'= siècle, gravement compromise, ainsi que le prouveraient, au besoin, les lacunes de l'inscription. Voici la description qu'en traçait Panvinio ' : Introeuniibus intcriorem Pairiareliii partem, supra aliquot gradus, stalim scse offert aula magna eum tribus Iribunis quam a Leone III condiiore Leonianam aulam veteres vocabant. Ilœe uel musivo (var. musiveo) vel marmorea crustcdione tola exornala erat. Superest adhiie vetustuni e nuisivo emblema eireum absidam tribunœ, in postico aulie, in quo sanctus Petrus sedens pictus est, qui Carolo Magno Imperatori Is'va vexillum, Leoni vero Papse III dextra palliuni ante se genuflexis porrigil, eum hisce inseriptionibus :