III
CHARLEMAGNE
la livre romaine avait persisté au temps de Charlemagne '. Un poids dont Gruter a donné l'image °! et qui faisait partie de la collection Maffei, semble corroborer l'affirmation de San Quintino, à savoir que les poids à la légende PONDVS CAROLI rentraient dans le système romain. En effet, ce poids était égal à 3 onces et 20 scrupules de la livre usitée à Rome au XVI'' siècle et qui devait être la même qui a persisté jusqu'au xviii'^ siècle, à savoir une livre correspondant à 3339 gr. 0728; le pondus Caroli de Gruter aurait donc pesé lÛS gr. 34; ce serait un poids représentant 4 onces de la li\Te romaine, avec un léger affaiblissement de moins d'un gramme '. Lupi * a cité, eu 1734, un pondus Caroli dont le poids correspondait, dit-il, à une demi-livre, moins une demionce, soit 155 gr. 40S4; c'était donc à peu prés le poids de l'antique demi-livre romaine (163 gr. 726). On trouve dans le même auteur' le dessin d'un globule de cuivre portant l'inscription IVSTA LIBRA et qui pesait 11 onces et demie de la li\Te romaine du xvin'^ siècle, soit 324 gr. 944; évidemment, c'est un équivalent de l'antique livre romaine de 327 gr. 453. H existe au musée civique de Bologne un pondus Caroli; c'est un disque rond sur lequel on lit en légende circulaire POI^DVS CAROLI ; son épaisseur est de 17 millimètres. Il pèse 273 grammes, c'est-à-dire qu'il représente à peu près dix onces de la livre romaine. Mais 11 est évident que l'inscription gravée sur ce monument ne remonte pas à l'époque carolingienne. J'en dii'ai autant du pondus Caroli conservé au musée Kircher; son poids est de 185 gi'ammes, soit un peu moins de 7 onces de la livre romaine '. Peut-être serait-il plus sage de ne tenir aucun compte de tous ces prétendus poids de Charlemagne '; » leur authenticité à tous est au moins sujette à caution. Un fait parait certain, c'est que la li\Te employée dans l'empire franc au temps de Charlemagne se divisait en 12 onces. Un capitulaire des envii-ons de l'année 780 réglemente les prières et les jeûnes prescrits par le roi pour apaiser la colère de Dieu; on voit que la dispense du jeûne coûtera aux comtes du premier rang trois onces, à ceux du second rang, une once et demie ou 30 deniers, à ceux du troisième rang, un sou '. Or, dans ce capitulaire, chaque classe de personnes est divisée en trois catégories dont chacune est taxée à une somme double de la somme miposèe à la catégorie qui vient immédiatement au-dessous; d'où il suit que 60 deniers valent 3 onces et que, par conséquent, il y a 12 onces à la livre, car un autre paragraphe établit qu'il y avait 12 deniers au sou et
'G. di San Quintino, Osservazioni ciiliche inlorno aW origine ed antichilà délia moneta Venezianay dans Memorie délia reale Accad. délie scienze di Torino, série II«, t. x, Sienze mor.iZi, p. 3S1. — "Gruter, Corpus inscript., p.ccxxii. n. 9. — ' Si l'on admet que le p5ids de la livre romaine correspondait à 327 gr. 453, l'once correspondait à 27 gr. 28S et quatre onces, à 109 gr. 152. — * .\. Lupi, Dissertatio et anintaduersiones ad nttper inuentum Severœ niartijris epitaphium, in-4^, Panormi, 1734, p. 74. — ^ A. Lupi, op. cit.. pi. IX, n. 5. Lupi indique ce monument comme étant au musée Kircher, d'où il a disparu. — ' L. Blancard, La livre de Charlemagne d'après le Caroli pondus du musée Kircher, dans Annuaire de la Société française de niiniismaïiçuc, 1SS9, t. XIII, p. 169. Cf . V. Capobianchi, Les CoroZi pondus conservés en Italie, dans yiél. d'arch. et d'hist., 1900, t. XX, p. 43-77; Pesi proporzionali desunti dai documenti delta libra roniLUia merovingiva edi Carlo Magno, dansRivistn ilaliadinumismalica. Milan, 1892, t. v.tasc. 1. — 'M. Prou, dans Mém. de la Soc. des luiliq., 1893, p. 250-252. — ' Capital, reg. Francor., t. i, p. 52, édit. Boretius; cf. Capititl. reg. Francor., t. i, col. 1223. — * Mêmes équivalences dans le De mcnsuris, publié dans Gœsius, Rei agraria: auctres, p. 320. — " M. Prou, op. cit., p. 257, tait cette excellente remarque qu'il y avait certainement un poids déterminé par la loi et qui ne pouvait être intérieur que de très peu
1 20 sous à la Uvre, c'est-à-dire 240 deniers à la livre '. A quel nombre de nos grammes correspondent ces 12 onces '"■? Et tout d'abord la livre-poids ne différait pas de la livre-monnaie ; les mots solidus et denarius sont souvent employés indistinctement pour désigner des fractions de la livre. Comme il n'y a pas lieu de distinguer, à ce point de vue, entre les monnaies de Charlemagne et celles de ses successeurs, et qu'il faut tenir compte de la déperdition de poids amenée par l'usage de l'argent fin, déperdition pouvant être portée jusqu'au dixième du poids total et même davantage, comme par ailleurs les deniers les plus pesants du ix' siècle oscillent entre 1 gr. 70, 1 gr. 79,
I gr. 87, 1 gr. 91, 1 gr. 92, 1 gr. 94 et 2 gr. 03, nous pouvons tenir ce dernier chiffre comme représentant à peu prés le poids légal du denier du ix"= siècle, ce qui donne pour la Uvre 487 gr. 20 et même un peu plus.
II II n'est pas déraisonnable de penser que Charlemagne a voulu faire du système des poids et mesures un tout bien coordonné. Nous avons dit qu'il avait cherché à unifier les mesures et qu'il avait choisi pour étalon un muid plus fort que le muid ancien de la moitié, puisque deux muids nouveaux valaient trois muids anciens. S'il a établi la même relation entre la livre qu'il adopta et la livre romaine évaluée à 327 gr. 453, la livre nouvelle aurait dû peser 491 gr. 179. Nous obtenons ainsi un chiffre singulièrement voisin du chiffre auquel nous a amené le poids du denier qui, nécessairement, a dû perdre de son poids et qui, dès lors, représente un peu moins que la 240' partie d'une livre. Comme l'hypothèse d'un lien étroit entre les poids et les mesures nous a amené à une Vivre de 491 gr. 179, quj, de plus, il exista une livre de 489 gr. 50 qui a pu subir une légère diminution à travers les siècles, c'est au chiffre de 491 gr. 179 que nous fixerons le poids de la Uvre dite de Charlemagne". »