‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 161 sur 303 · FEBR · texte numérisé non relu

FEBR

' Monumenta CaroUna, édit. JaHé, p. 40. CI. Léop. Clary et Aldringen, Tentamen historkum de titulo imperatoris Romani, qui Caroîo Magno etiam c.v pacto cum Grœcis impera- Inribas accessisse vulgo creditur, in-4°, Vindobonœ, 1753; E.Venediger,T'er5Hc/i einerDarlegung der Beziehungen KarVs des Grossen zum byzantinischen Reiclie, in-S°, Halle, 1S78; A.Gasquet,G/iar/em«(;/ïe et l' impératrice Irène, dans Annales de la^Fac. des Icllres de Bordeaux. 1SS4, p. 1-11; IJempire bijzantin et la moiuinhie /ranque.in-S", Paris, lS88,p.276-Z19.

— ' Einhard, Vila Karoli, c. xxxi, dans Scripl. antiq., t. ii, p. 459, lign. 23, 28. Mabillon, De re diplomatica, I. IV, p. 259.

— ^ C/ironicon Moissiac, ad ann. 813, dans Scrip/. a/i/., t. ii, p. 259, ligne 40. — * Reginon, Chronicon, ad ann. 813, dans Script. ont., t. i,p.566. — 'ErmoldusNigellus, Carm., lib. II, vs. 85-88, dans Script, anl.. t. ii, p. 480. — » PlancUis de obilu Caroli, 13-14, dans Poelœ latini, ëdit. Diimniler, t. i, p. 434-436. — ^ Annal. Fuldenses, ad ann. 881, dans 5crip/., t. I, p. 394, ligne 34; même attestation dans Hermann de Reichenau, Chronicon, et dans Liutprand, Antapod., m, 47. Cf. Dùnamler, Gesc/iic/i/e des ost/rdnkischen Reiches, in-8**, Leipzig, 1887, t. il, p. 157. — ' D. Arendt, Monographie des recherches /ailes dans la cathédrale d'Aix-la-Chapelle pour retrouver le tombeau de Cluu-lemagne, iu-S^, Bruxelles, 1S62; Le tombeau de Charlemagne, dans le Journal des beaux-arts, de Belgique. Cf. Bull, monumental, 1867, IV' série, t. ni, p. 819-822; Bock, Karl's des Grossen Urabmat, in-8», Aachen, 1837; H. Grauert, Zu den Nachricitten iiber die Bestaltung KfU'ls des Grossen, dans Hisiorisches Jidirbuch, 1893, t. XIV, p. 302-319; "', Die Légende der begrafenis van Kurel den Groolc, dans Welens-chap. blad., 1873, t. m, p. 450; Th. Lindner, Cie Sage von der Beslattung Karts des Grossen, dans Pretissisches Jalwb. ,1S73, t. .\xxi; Zur Sage von der Bcstatlung Karls des Grossen, dans Forscliungen zur deutschen Geschichte, 1S79, t. .xix,p. 181-186; Die Fabel von der Beslattung Karls des Grossen, dans Zeiischrifl des Aachener Gescliichtsvereins, 1892, t. xiv, p. 131- 212; Zur Fabel von der Beslattung Karls des Grossen, dans même revue, 18U6, t. xviii, p. 65-76 ; Zur Frage.., Nachirag, d;uis même revue, 1897, t. xix, part. 2, p. 93-96; Cl. Michaux, Note sur le tombeau de Cluu^lemagne, dans Vlnvestigateur, 1873, t. xxxix, p. 220-237 ; E. Pauls, Zur Bcstatlung Karls des Grossen, dans Zcilschrifl des Aachener Geschichtsucreins, 1894, t. xvi, p. 86-111 ;£)cr Proserpina-Sarkophag in Aachen nnd die Sage von der Bcstatlung Karls des Grossen, dtms même revue, 1899, t. xxi, p. 259-262; Quast und Cremer, Der angcbliche Grabslcin Karls des Grossen, dans Jalirb. des Vcrcins .Allerlh. im Rhcinlande, 1867, t. XLii, p. 143-167; Air. \on Reumont, Dclla chiesa e del sepolcro

Les contemporains ne nous apprennent rien de plus précis : In illo anno obiil bealœ memorix Karolus imperator, magnus, paei ficus, et sepelierunt eum in Aquisgrani palatio, seniore in ecclesia quam ipse fabricare jusseral '. — ...et Aquis in basitica sancti Salvatoris et sanctse Dei genitricis Maria: Iwnorifice seputlus est quam basilicani ipse mirifico opère a fundamento œdificare fecit '.

Tempore non mutto senio nudurus et annis

Visitât antiquos funere Cœsar avos.

Funere digna parant, mandantur membra seputcro

Basilica in propria, quam sibi lecil Aquis '.

Et enfin :

Quando augustum facundumque Karotum In Aquisgrani glebis terrée tradidi.

Heu mihi misera '.

Ceci se passait en 814 et, en 881, les Normands envahissaient la capitale de Charlemagne. sous les ordres d'un certain Ordvig : vastaverunt et Aquense palatium, ubi in capella régis equis suis stabulum fecerunt '. L'arc doré qui, au dire d'Einhard, marquait le lieu de la sépulture, disparut dans cette dévastation, et quand, plus tard, dans le courant du x^ siècle, on restaura la cathédrale, on ne releva pas cet insigne funéraire; il arriva ainsi que le lieu précis où reposait le grand empereur fut ignoré, ce qui provoqua dans la suite des fouilles, des légendes et des travaux historiques dont il nous reste à parler *.

di Carlo magno in Acquisgrana, discorso, dîUisGiorn. Arcadico, 1862-1863, II' série, t. xxx. p. 203-221; M. Hasak. Karl der Grosse isl silzend au/ einer Art goldenen Thron begraben worden, dans Zeitschri/l /iir christUche Kunst, Dusseldorf, 1908, t. xxi, p. 75-83, 105-llS et 3 fig.; Fr. Haagen, Karls des Grossen lelzte Tage und Grab. Programm der Realschule zu Aachen. 1866; Le même. Gcsc/iic/i/e Aachens von seinen An/àngen bis zum Ausgange des sdchsischen Kaiserhauses, in-8°, Aachen, 1868, p. 96 sq., 193 sq.; Le même, GeschiclUe Aachens von seinen An/àngen bis zur neuesten Zeil, in-8°, Aachen, 1873, 1. 1, p. 23 sq., 82 sq. ; Th. Lindner, DieSagevon der Bestaltung Karls des Grossen, dans Preussische Jahrbucher, 1873, t. xxxi, p. 431-440: Wattembach, Deutschlands Geschichtsquellen, 3' édit., t. il, p. 166; 4« édit., t. II, p. 182; 5« édit., t. il, p. 213; Giesebrecht, Geschichle der deulsclien Kaiserzeil, 4" édit.. t. i, p. 857; 5» édit., t. I, p. 734, 864; Th. Lindner, Zur .Sage von der Beslattung Karls des Grossen, dans Forschungen zur deulsclien Gesctiichle, 1879, t. xix. p. 181-186; Fr. Berudt, Der Sarg Karls des Grossen- dans Zeitsctwi/t des Aachener Geschichtsvercins, 1881, t. m, p. 97; Simson, Jahrbucher des /rantiischen Reiches unter Ludwig dem Frommen, 1. 1, p. 10; Jcûirbiichcr des /riinkischen Reiches unter Karl dem Grossen, t. ii, p. 538; Mùhlbacher, Die Regesten des Kaiserreiclis unter den Karolingcrn, p. 201 ; Deutsclie Geschichle unter den Karolingcrn, p. 228 sq.; Dahn, UrgeschicMe des germanischen und rômisclten Vôlker, t. m, p. 1165 sq.; Le même, Geschichle der deutschen Urzeit, t. i, part. 2, p. 396; P. Clemen, Die Porlràldarstellungen Karls des Grossen, dans Zcitscliri/t des Aachener Geschichtsvereins, t. XI, p. 200 sq.; t. xii, p. 142 sq.; Hatm, dans Gebhardt, Handbuch der deutschen Geschichle. t. i, p. 203; Richter- Horst, Annalen des /rankischen Reiches im Zeitaller der Karolinger, p. 203; Kautmann, Deutsche Geschichle bis au/ Karl den Grossen, t. il, p. 339; Bros i en, Karl der Grosse, dans Dos Wisscndcr Gegenivart,lSS5,t. XLii,;G. Rauschen, Die Légende Karls des Grossen im m und a// Jahrhunderte, dans les Public, der Gesellscha/l /iir rheinische Geschichtskunde, 1890, t. vu, p. 130; E. aus'm Wecrth, Die Wartburg. Organ des Miinchener Allerthumsvereins, 1880, t. xiil, p. 32; J. Buchkreimer.Dos Grab Karts des Grossen, dans Zeilscliri/t des Aacliener Geschiclitsvereins, 1907, t. x.xi.x, p. 68-210; travail méthodique et complet; on y trouvera indiqué,p. 09, note 2, quelques références bibliographiques dont plusieurs sont déj,^ transcrites ici; quelques autres concernent des journaux locaux dont la coUection est à peu prés introuvable en dehors d'Aix-la-Chapelle; au reste, ce qui concerne les fouilles se trouve généralement recueilli

CHARLEMAGNE

Charlemagnc, dans la prcniit^rc année de son règne, avait manifesté le désir d'être enterré à Saint-Denis en l-'rancc, auprès de son père Pépin ', où, quelques années plus tard, sa mère Bertrade reposerait, elle aussi ^. Plus tard, l'empereur se prit de goût pour sa création d'Aix-la-Chapelle et ne songea plus à Saint- Denis ; quant à son entourage, il ne savait rien d'un projet qui remontait à plus de quarante-cinq ans. On s'explique ainsi l'hésitation qui se produisit après la mort de l'empereur sur le choix du lieu de sépulture, Charlemagne n'ayant rien prescrit à cet égard '. L'incertitude toutefois dura peu, puisque l'inhumation eut lieu le jour même de la mort ^ Nécessairement, aucun préparatif n'avait pu être fait à l'avance; ce fut une sépulture improvisée dont l'arc doré, l'épitaphe et le portrait du mort marquèrent la place.

Nous en serions réduits à ces maigres renseignements, si deux écrivains du xi<^ siècle n'avaient pris soin de nous procurer de copieux détails sur l'inhumation : ce sont l'auteur du Chronicon Xoi'ciliciensc ^ et Adhémar de Chabannes '. Ceci n'est pas fait pour surprendre outre mesure, si on se rappelle qu'après la destruction d'Aix-la-Chapelle par les Normands, on attendit quatre-vingts ans pour entreprendre d'effacer les ruines et les dévastations. La restauration entreprise dans le cours du x<' siècle était sullisamment avancée en 936 pour permettre de célébrer dans le dôme le sacre d'Otton I"'.

Dès la première moitié du xi» siècle, un moine d'Angoulême, Adhémar de Chabannes, transcrivait dans son Histoire le récU suivant : Karolus scpidliis Aquis in basilica Dei gcnilricis, quain ipse conslnixeral. Corpus e/us aromalizalum cl in scdc aurea sedens positus est in curvatura scpulcliri, ensc aureo accinctus, evangcliiun aureum tenens in manibus et genibus, reciinalus liumcris in cathedra ci capile honeste erecto, ligato aiirca catliena ad diadema. Et in diademate lignum crucis positum est. Et replcverunl sepiilcliram ejiis aroma-

dans des périodiques moins inabordables, tels que : Kântzeler. Die neiieslen Aiisgrnbiingen im Aacliener Mûnsler, dans Jahrhiiclier des Vereins von AUertiimsfretmden im Rheinlande, t. x\in, p. 206 sq.; Qiiast und Cremer. même revue, t. xi.irp. 157, 166 (sur l'inscription fausse trouvée le 22 février 1S66) ; t. xi.iii. p. 22,3; Lôrscli, Das Gmb Karts desGrossen, dans Kotner Dombtatt., 1SB7, n. 264; von Reumont, diuis Allgemeine Zeilung, octobre 1866; .J. Ch. Hermans,tiani EclioderGegenwarl, 1866, p. 66, 72; H. Kelleter, dans Korrespoiulenzblall derWesIdeiitschen Zeilschrift, ISQô, t. XIV, p. 6, n. 3; H. Savelsberg, Ueber die mannigfachen Beslrebimgeii :nr Aii/Jindung des Grabes Kca-ls des Grossen, Aaclien, 1903.

' Doublet, Histoire de l'abbaye de Saini-Dengs, in-4'', Paris, 1625, p. 704, donne la cliarte dans laquelle le roi assigne sa future sépulture à Saint-Denis : Quidgiiid enim ad illa loea ecelesiarum Dei benevota devotione eoncedimus, hoc nobis ad salulem animée nostrœ profteere credimus, maxime ad illa toca, ubi parentes nostri requiescere videnlur, lioc adimplere sludemus. Quapropier notum sit omnibas fidelibns noslris pr.vsenlibus et /uluris,eo quod nos. ob amorcm Dei et mercedis nostrœ argumentum, donamas ad casa saneti domini Diongsii martgris, ubi ipse dominas preeiosus cum sanctis sociis suis in corpore quiescit, et domnus et gcnilor noster Pippinus rex quiescerc vidctur et NOS, SI Deo placuerit, sepelihe {sic) cupiMus. donatumque ibidem ab ipso sancto toco esse votamus... Cf. Simson, Jahrbùclier des frànkiscljen Reiches anler Kart dcm Grossen. t. II, p. 535. — = Einhard, Vita Kuroli, c. xviii : Dcccssit {Berlrada) tandem post niorlem Ilitdegardœ, eam jiun très nepotes suos totidemque neptes in filii domo vidisset : quam itle in eadem basilica, qua pater sitas esl, apud sanctum Dionysiam. magno cum honore, /ecil hamari. — ■■ Einliard. Vita Karoli, c. xxxi : Dubitutum est primo, ubi reponi deberet, eo quod ipse viuus de hoc nihil prœcepisset. — ' Ibid.,c.-s.xKi: Tandemomnium animis sedit, nusquamcum honestius tumalari passe, quam in ea basilica, quam ipse propter antorem Dei et Domini nostri Jesu Christi et ob lionorem sanctœ et leternœ Virginis.genitricis ejus,proprio sumplu

tibus pigmenlis, balsamoct miiscoettliesauris. Vestituni esl corpus ejus indumentis imperialibus et sudario sub diademate faciès cjns operta est. .Sceptrum aureum et scutum aureum, quod Léo papa consecravcral,anie eam posita et sigillatwn est sepulelirum ejus. Le manuscrit lat. 5926 de la Bibliothèque nationale ajoute ce détail : ciliciuni ad carncm ejus posilum est, quod secreto semper inducbatur, cl super vestimentis imperialibus per peregrinalis aurea posilum est, quam Romam porlare solitus eral.

Ce récit est-il en contradiction avec les assertions citées plus haut d'Einhard et de Thégan relativement à l'inhumation'? Cela ne paraît pas. h'arcus supra lumulum deauralus s'accorde sans trop de peine avec la curvalura scpuichri, à supposer (ju'il faille à tout prix réduire ces deux textes à un unique monument funéraire. Il faut se rappeler qu'au moment de la mort de l'empereur, son fils et successeur jetait en Aquitaine, d'où il se rendit à Aix-la-Chapelle, et le biographe de Louis nous apprend que le nouvel empereur s'empressa de suppléer à ce qui manquait aux devoirs à remplir envers les restes de Charles». Ne s'agit-il alors que de cérémonies liturgiques ou d'inhumation définitive ? Nous l'ignorons. Mais, comme nous l'avons dit, entre les violences des Normands et la restauration sous Otton l<", la sépulture de Charlemagne disparut. Si on combine Einhard et Adhémar, on peut admettre que cette sépulture consistait en un caveau où reposait le mort, et, par-dessus, dans l'église même, une arcade dorée avec statue assise ou couchée et inscription (fig. '2(i3S) ». Au cours des restaurations, la partie monumentale (l'arcade et ses décorations) ne fut pas rétablie. Le délaissement, l'incurie, l'indifférence étaient tels qu'on perdait peu à peu le souvenir de l'emplacement du caveau et lorsque, en l'an 1000, l'empereur Otton III voulut voir Charlemagne dans sa tombe, personne ne savait plus où elle se trouvait et l'empereur dut faire ouvrir clandestinementle pavé

in eodem vico construxit. — "• Chron. Xovaliciense, III, xx.xii, dans .Monumenla Germanise histor., Scriptores, t. vil, p. 106. — " Mon. Germ. hist.. Script., t. iv, p. 118, D'après Monod.dans la Revue historique, t. xxviii. p. 261, Adliémar serait mort en 1035, au cours d'un pèlerinage à Jérusalem. Sur la vie, les ouvrages et les sources d' Adhémar, cf. Adliènmr de Chabannes. Clironique publiée cTaprés tes manuscrits, par .J. Cliavanon, in-S", Paris, 1897, préf., p. XV : o On ne saurait dire où Adtiémar a trouvé la matière des additions faites par lui aux Gesta regum, aux Continuations de Frédégaire et aux .\nnales Laurisscnses, dans les deux premiers livres et au début du troisième. » L'autorité historique d' Adhémar n'a fait que gagner depuis l'étude et la publication critique de ses ou^•rages. — ' Widukind, Res geslœ Saxon., II, 1, p. 2, dans Mon. Germ. hist.. Script., t.iii,p.437,438. — ' \'ila IIludowici,c.xKU, dans Mon.Germ. hist.. Script., t. n, p. 61S:.Serf quod et décrut inferiis genitoris, promptissima suppleuil. Sithard, Histor.. dans .1/on. Germ. dist.. Script., t. il, p. 651 : Inilio quidem imperii suscepti pecuniam ingenti numéro a putre relictam. trifarianidividere jussit et luiam partem causa funeris expendit. — *Le croquis de JI. J. Buchkremer, d'aprèsDusGrafcA'nr/s des Grossen, dans Zeitschrijl des .Auclicncr Gescliiclitsuereins, 1907, t. xxix, p. 171, fig. 3, n'est qu'une restitution conjecturale. Si on la compare à l'ancienne représentation du tombeau de Louis le Débonnaire à Saint-.\rnoul de Metz, on verra combien cette conjecture est vraisemblable. Pour Louis, on utilisera un sarcophage représentant le passage de la mer Rouge, mais la statue était couchée. Faut-il croire que Charlemagne était assis dans le caveau et assis sous l'arc doré? J'y suis fort disposé. Le siège, l'habillement, la posture, les insignes et jusqu'à la llcur de lis, alors ù ses débuts, tout cela peut être défendu pour de bonnes raisons. Il n'a manqué au dessinateur archéologique et érudit que le crayon de ViolIet-le-Duc. Ce serait, a coup siir, la meilleure fortune qui pût arrivera l'antiquité pré-médiévale que la rencontre d'un séduisant et consciencieux artiste évocateur du passé qu'il nous faut décrire sans relâche et qu'il serait si préférable de iigurer.

CHARLEMACxNE

(le l;i l)nsiliqin; et opérer des fouilles à l'endroit où Viiii supposait être le tombc;ui. L'empereur, deux évêques et le comte Otton de I.oiuello ' étaient là seuls. I.omello a laissé le récit conservé dans la Chronirjue de Novalèse. Le voici : Posl milita ilaque annorum curriciila ierlius Otto impcraior vcniens in reyioncm, ubi Caroli caro jure lumiilala qiiiesccbal,

ream eral coronatiis, sceptnim ciim manlonibtis indulis tenens in manibus,a quibus jam ipseunyuli perforandn processerant -. Eral aulem supra se luguriuni ex calée et marmoribiis imlde compositum. Quod ubi ad eum venimus, prolinus in eum foramen frangendo feeimus. At ubi ad eum ingressi sumus odorcm permaximum sentivimus. Adoravinuis ergo eum statinj poplililms ftexis a

Varcus deauratus eum imagine et titulo. D'après une reconstitution conjecturale de J. Buchkremer, dans Zeitschrift des Aaeliener Gesehicittsvereins, 1907, t. xxix, fig. 3.

declinavil utiqne ad loeum scpullurœ illius eum duobus episcnpis et Ottone comité I.aumellcnsi ; ipse vero imperalor fuil quartus. Narrabat autem idem comes Iwc modo dieens : Intravimus ergo ad Carolum. Xon enim jaccbut ut mos est aliorum dejunciorum corpora, scd in quandam eaihedram ceu rivus residebal. Coronam an-

jenua; slatimque Otto imperalor albis runi vcstimentis iîuiuil ungulosque incidil, et omnia defteicnlia circa eum reparai'it. Nil vero ex artibus suis putreseendo adhuc defece;al,sed de summitatenasui suiparum miiniseiat^, quam ex auro ilico fecit reslilui,abstra!iensque ex illius ore dentem unum, reiKdificato tuguriolo abiit.

* Il est quiilifié protospatharins et comes ticri palulii. Cf. Ficker, l-'orschunqen ziir licichs und Rechlsgeschiclile Italiens, t. I. p. .314; Jahrbiichcr des deitiscben Heiehes unicr Jieinrich II, I. ii, p. 307, i;U ; t. m, p. 2V.K — » F. Co-

(\iierci\u. Souvenirs du voijage de Sainte-llèlène, in-S'\Vi\iiii lS41,a constaté lin fait identique pour Napoléon. Les onj^les (les pieds avaient percé les bottes. — ^ A'oir la relatidn citée dans la note précédente:" Lenez seul avait sonlTeil. •

CHARLEMAGNE

Le silence des conlciiiporains a, aux yeux de certains critiques. pai"u infirmer les deux récits, qu'on a proposé de rejeter au rang des fables '. Ce silence des sources est d'autant plus complet qu'on ne prête guère attention ;\ une source qui s'exprime assez clai- . renient. La Chronique de Thietmar ne laisse, comme précision, rien à désirer : Karoli csesaris ossa, ubi requiescerent cum dubilarcl, rupto clam pavimenio — l'ouverture clandestine dont nous avons parlé — ubi ea esse putavit, fodere, quo usque hsec in soi.io inventa sunt REGio, jussit. Crucern auream quse in collo cjus pependil, cum veslimenlorum parte adhuc impiUribiliiim sunicns, cœlera cum magna veneratione reposuil '. L'autorité de Thietmar est grande; ici, elle garantit le fait en lui-même et les circonstances relatées dans la Chronique de Novalèse n'y contredisent en rien. La visite d'Otton se trouve encore attestée, indépendamment du récit de Thietmar, dans différentes annales contemporaines. Les Annales d'Hildesheim ' : Penlecoslcs auiem celebrilatem digna devolione Aquisgrani fcriavil; quo tune ammiralionis causa magni imp. Karoli ossa contra divinse religionis eccle-

pas de même au moyen âge, et il est difRcile d'admettre que l'expression de solium regium de Thietmar soit autre chose que le trône royal '. »

On objecte encore qu'il n'y a dans l'histoire aucun exemple certain du mode d'inhumation assis. Or, c'est le contraire qui est vrai, à tel point qu'on a pu . réunir un grand nombre de faits prouvant l'usage d'ensevelir les morts de distinction dans la position assise dès l'antiquité, en Orient, et jusque dans l'Europe du moyen âge ". De nos jours, cet usage persiste pour le patriarche de Constantinople, pour celui des maronites et même pour les prêtres de ce dernier rite. Bien que les anciens textes soient muets sur ce point, il n'est pas improbable que le même cérémonial était employé pour les empereurs de Byzance, cérémonial dont le nouvel empire d'Occident, un peu novice en pareille matière, s'inspirait volontiers.

Nous ne discutons pas des fantaisies comme celle qu'on présente sur l'attitude peu majestueuse d'un cadavre assis, encore moins l'argument prétendu qu'on tire de la non-attestation de l'usage des sépultures assises au ix^^ siècle ".

•2039. — Sarcophage deCiiarlemagne. Enlèvement de Proserpine. Dans Zeitsclwift des Aacheîier Gesc)iichtsverems, 1881, t. m.

siastica effodere priccepit; qua tune in abdilo seputturamirificas rerum varielales invenit ^ Les Annales de Nieder-Altaich disent simplement : \Otlo] Aquisgrani magni imperatoris Caroli ossa a pluribus insciia quiesivil ^, et celles de Lambert de Hersfeld: Imperator ossa Kaioli magni imperatoris a pluribus eo usque ignorala, invenit '.

Le fait d'une inhumation dont le lieu oublié fut retrouvé par Otton III ne semble pas pouvoir être révoqué en doute; dès lors, la tombe ainsi retrouvée nous est décrite par trois sources qui s'accordent dans l'affirmation d'un point caractéristique : l'empereur défunt était assis sur son trône, et revêtu de ses insignes impériaux. Ces trois chroniqueurs sont des comtemporains de l'ouverture du caveau, l'un des trois est même témoin oculaire. A cela on objecte que Thietmar emploie le mot solium lequel s'employait plusieurs siècles auparavant, en pleine période classique et puriste, pour désigner un sarcophage '. « Cela est vrai, et dans les classiques ', solium se rencontre avec la signification de sarcophage. Mais il n'en est

' Th. Lindner, Die Fabel uon der Bestaliung Karls des Grossen, dans Zeitschri/l des Aachcner Geschichtsvereins. 1892, t. XIV, p. 131-212. — » Thietmar de Merseburg, Chronicon, I. IV, c. XLVH, édit. Fricd. Kurze, 1889, p. 102. — ' Sur leur relation avec les Annales Hild. maj., ct.Fr. Kurze. Die Herslelder und die grôsseren II ildesheimer Jahrbiicher his 984, dans Programm des Gymnasiiims zu Stralsund, 1S^2, p. G19. — « Annal. Hildesheim, édit. Waitz, 187S, dans Mon.Gerni. hist.. Script., t. m, p. 92. — ' Annnl. AU., ad ann. 1000. — 'Annal. Lamb. Hersjeld, ad ann. 1000. — ' Th. Lindner, dans Zeitschri/t des Aacliener Geschichlsvereins, 1892, t. .XIV, p. 152-161 ; Th. Lindner, même revue, 1897, t. xvii, p. 93-96. — • Suétone, Nero, cl; Pline, Hisï. na(.,l. XXXV, c. XII, etc. — ' Analecta bollimdiana, 1897, t. xvi, p. 526.

A mesure que le récit de la visite d'Otton III circulait de bouche en bouche, les circonstances s'amplifiaient et le merveilleux s'en emparait. Nous saisissons la légende en flagrant délit de déformation dans le manuscrit Bibl. nationale, ms. lat. 5926 ". Voici ce que le récit primitif est devenu : Quibus diebus Otto imperator per somnum monitus est ut levaret corpus Caroli Magni imperatoris quod Aquis humatum erat, sed vetustate oblitérante ignorabatur locus certus, ubi quiescebat. Et peraeto triduano jejunio, inventus\esl co loco quem per visumcognoverat imperator, sedens in aurea cathedra, intra arcuatam spcluncam infra basilicam Mai iœ, coroiiatus coror.a ex auro cl gemmis, tenens sceplrum elenscm ex auro purissimo et ipsum corpus ineorruplum invenlum est. Quod elevatum populis demonstratum. Quidam vero canonieorum ejusdem loci, Adalbertus, cum enormi et proeero corpore esset, coronam Caroli quasi pro mensura capiti suo circumponens, inventus est strictiori vertice, coronam amplitudine sua vincentem eirculum capitis. Crus proprium etiam ad cruris mcnsuram régis dimcticns, inventus est brevior et

Cf. M. Hasak, dans Zeitschrifl fUr christliche KunsI, 1908. t. XXI, p. 112. — '" Grauert, Zn den yachrichten ùber die Bestattung Karls des Grossen, dans Historisches JaJvbuch, 1893, t. XIV, p. 302-319. — ■> Que ne dirait-on pas sur la disparition de cet usage au xi.V siècle en France? Cependant, je me souviens de l'inhumation d'Auguste Fourès, poète painassien, enterré debout à Carcassomie ou à Castelnaudary, en 1890. Dans les Mémoires du duc de Luynes, (dit. Dussieux et Soulié. in-8», Paris, 1860, t. i, p. 180, février 1737, on lit, à propos d'un chanoine d'Arras, qu'il fut " enterré comme l'on enterre lus huguenots dans le payï. c'est-à-dire debout, la tête eu bas. ■ — " Adhémar de Chabannes, Chronique, édit. Chavanon, 1897, prél.,

p. XX-XXI.

CHARLEMAGNE

ipsum e/us nus proiiniis diiùiui virtiilc cuii/raclum rsl. Qui supen'irens annis xi. scnipcr dcbilis permansil. Corpus vcro Caroli comlitum in dexlio membro basilicse ipsius, relro altare S. Johannis Baptislie et crypta aurca super illiid mirifice est fabricala. Il n'y a d'important dans ce fatras que le renseignement touchant la place du tombeau.

On s'est demanda si Otton III avait laissé le corps sur le trône impérial ou s'il l'avait couché dans un sarcophage. Le récit de Thietmar est capital : Crucem auream quse in collo ejus pepcndit, cuni vestimcntorum partea dhuc iwputribilium sumens, cœlcra cum magna venerationc rcposuil. Otton a donc détaché une partie des vêtements, et Otton de Lomello nous dit qu'il substitua des vêtements blancs albis cum veslimentis induit; en outre, il coupa les ongles, arracha une dent, aurifia le nez. Il est clair que, pour accomplir cette besogne macabre, principalement l'enlèvonicnt des habits et la mise de nouveaux vêtements, le corps a dû être détaché du siège. L'y a-t-on replacé assis ou bien l'a-t-on déposé dans un sarcophage? Ce sarcophage, une cuve de marbre antique, existe encore, représente l'enlèvement de Proserpine, d'après Claudius (fig. 2639), et mesure 2'"15 en longueur, 0"" 64 en largeur, O^SS en hauteur'.

La réponse .-'i cette question se trouve dans la translation du corps en 116.T, le 29 décembre. La grande Chronique de Cologne nous apprend que l'empereur Frédéric Barberoussc cxtulil de sarcophago ossa Ka~ roli M. impcratoris, ubi sepullus quieverut CCCLII annis ^ Sigebert, dans la continuation de la Clironique d'.\nchin, s'exprime ainsi : De tumulo marmoreo levantes in locelln ligneo reposucrunt'; enfin, le Magnum Chronicon Bclgii dit que : prœsente Friderico imperatore et multis prœlatis Aquisgrani, ossa Caroli Magni impcratoris e loco ubi quievcrant annis CCCLII, cum magna reverentia sunl elcvata et Iionorifice collocata in jeretro argenleo per Reinaldum, archiepiscopum Coloniensem, et Alexandrum, Leodiensem episcopum, in multis oblationibus quas impcraior et impcratrix obtulerunt '.U'après ces textes qu'on tiraille, qu'on exalte ou qu'on dénigre de son mieux et qu'il faut prendre tels qu'ils sont, nous voyons que le corps embaumé de Charlemagne demeura dans le caveau primitif de 814 à 116ô; assis sur le trône impérial de <S14 à l'an 1000, couché dans une cuve de marbre de 1000 à 1165, enfin retiré de cette cuve et déposé dans un cercueil de bois renforcé d'argent en 1165. En 1215, l'empereur Frédéric II fit placer le corps dans une magnifique châsse. Voir § xxiii, col. 748. Voici comment un contemporain, Renier de Liège, raconte cette translation : Feria seeunda. missœ solemnitcUe c.elebrnta, idem rex corpus Curlomiumi quod avus suus Fridiricus imperator de terra ki'avernl in sarcofagum

' Kantzelcr, Der liaub der Proscrpina, Surkophag in lier Miinslerkirclie :u Aaclien, dans Jalirbiicher des Vereins von AHertluunsIrciinden im Rheinlande, 1861, Bonn, t. XXIX, XXX ; t'rlichs, Der Ruiih der Proserpina, Sarl<opliag der Donikirchc zii Aaclien, dans même revue, 1844, t. v, vi; Fr. Berndl. Der Sarg liiiris des Grossen, dans Zeilschrifi des Aachencr Gcschiclilsiiereins, 1881, t. m, p. 97-118; H. Grauert, dans llislurisches Jahrbuclt, 1893, t. xiv, p. 302-319; Th. I.indner, dans Zeischrift des Aaclwner desclùchlsvercins. 189G, t. xviii, p. 69; M. Hasak. Karl der Grosse isl sUzerut au/ eiticr Arl goldcnem Throtl begrahen iimrden, tlans Zeilschrifi jïir christliclte Kiinsl, 1908, t. xxi, p. 113;Kânl/.cler, Kiiris des Grossen Gru/t und der Sland- ■ort seincr Uberresle nach .semer zweimaligen Ertiebung, dans Aacfiener Zeiliing, 20 mars 1858; Th. Lindner, Der Proserpina Siirliophag. dans Zeils. des Aacli. Gescli., 1892, t. XIV, p. 192-198; (.linicn. Die Pi>rlr<ddurstclhmg. dans même revue, 1889, t. xi, p. 201 ; Fôrstcr, Der Hinib und die Rùckkehr der Persepliomi, in-8°, SUitlgart. 1874. p. 173 ■sq.; C. Robert, Eine aile Zeiclmung des Aaeltener Perse-

nobilissimuni quod Aqueuses /eceranl, aura argentoque contextum, reponi fecil et accepta mariello,depositoque pallio, cum artifice macliinam ascendit et videntibus cunctis cum magistro clai'os inftxos vasi firmiter claiisit'.

La châsse fut placée sur l'autel du chœur et y demeura plus de cinq siècles. Elle fut ouverte en 1482, maiS; chose aussi étrange que certaine, le souvenir du précieux dépôt qu'elle contenait se perdit complètement. On en vint à croire que la châsse en question renfermait les reliques du martyr saint Léopard, dont le corps avait été apporté à Aix sous le règne d'Otton III et déposé dans la basilique*. En 1780, par suite de la démolition de l'ancien autel, la châsse fut reléguée dans une sacristie attenante à l'église et où on conserve le trésor de la basilique. Le monument qui était censé marquer, encore au xvi'' siècle, la place du tombeau, aj^ant depuis longtemps déjà disparu, personne ne connaissait plus, d'une manière précise, l'emplacement des restes de l'empereur. Une « tradition » assignait cette sépulture au centre même de l'octogone et sous la grande dalle qui reçut, au début du xix« siècle, sous l'épiscopat de M. Berdolet ', le nom de Charlemagne.

Dès 1837, Fr. Bock s'occupa de la recherche méthodique du tombeau; en 1843, le roi de Prusse ordonna des fouilles en vue de retrouver le caveau sépulcral primitif; leur résultat, d'ailleurs intéressant, fut, au point de vue principal, négatif. Cependant, on avait découvert la tombe de saint Léopard; il s'ensuivait que celui-ci ne se trouvait pas dans la châsse de l'ancien autel. On décida d'ouvrir celle-ci, ce qui fut fait le 7 août 1847, en présence d'une députation du chapitre et de deux médecins. Le couvercle enlevé, on trouva dans l'intérieur un parchemin portant la déclaration suivante :

Ad futuram rei memoriam : noverir.t Christi fidèles, quod anno millesimo quadringentesimo primo, die duodecima mensis octobris, malura deliheratione et capituli Ini/us venerabilis ccclesia' prœvia, pnesens feretrum reliquiarum per nos decanum, canlorem, viceprœpositum.presbyleros et duoscanonicos presbyteros aperlum fuit et ex eo recepta tantummodo pars supcrior bracbii dextri sancti Caroli Magni, ad devotam supplicationem cliristianissimi Ludovici Francorun^ régis, qui ad hono rem gloriosissimœ Virginis et efusdem Caroli Magni his diebus misit brachium anreum ponderis viginli octo et dimidine marcarum auri, in quo parshracliii prœdicta inelusa est, ad ipsins Domini régis petitionem. Pontificatu siuictissimi Domini Sixli quarli papœ, imperanle Friderico tertio Romanonim imperatore, Ludovico de Borbon episcopo Leodiensi ac Ilermanno archiepiscopo Coloniensi, Ijujus ecelesiie prœposito '.

.Sous le parchemin se trouvait un tissu de soie pourpre d'une grande beauté, qui entourait une en-

phona Sarkoplmgs, dans V>'csldeutsche Zeilschrifi, 1885, t. IV, p. 273 sq. ; J. Buchkrcmer, Das Grab Karls des Grossen, dans Zeilschrifi des Aachener Geschichlsvercins, 1907, t. xxi.x, p. 75, 121-125. — = Monuni. Germ. hisl.. Script., t. XVII, p. 779. — ' Monum. Germ. Iiisl., Scripl., t. vi, p. 411. — ' Magn. Cliron. Belg., dans Pistorius rer. Germanicar., Script., t. m, p. 208. Cf. MiraculaS. Heinrici, dans .Mon. Germ. hisl.. Script., t. iv, p. 815; Gesla episc. Camcrac., dans Bouquet, /{erucii, t. xiii, p. 521; Godefr. de Viterbo, dans Scripl.. I. xxii, p. 150, 220; Godefr. Vosicnsis. dans Labbe, Bihl. noua, t. II. p. 314. — * Renier, Coitlin. C/jron, t.amberli Puri'i, ad ann. 1215, dans Marténe. \'eteruni Scriploruni el Monumenlorum ecclesiast. cl dogmal. AmpUss. colI.,i. v, eol. 59. — 'H. .1. Floss, Geschichllielte Kachrichten iiber die Aachener Heiligthiimer, in-S", Bonn, 1855, p. 355 sq. — ' Carolo M.\gno, cf. J. BiiehUrenier, dans Zeitsehrijl des Aachener Geschichlsvereins, 1900. t. .KXii, p. 228 sq.; F.-X. Kraus, Die allchristl. Insehriflen des Rlicintandes, ia4°, Fribourg. 1890, p. 220, n. 471; p. 222, n. 475, 476. — * .\achener .\nzciger, 15 févr. 1851.

CIIARLEMAGXE

veloppe rciifennant des ossements ', qui sont ainsi bien authentiquemcnt la dépouille mortelle de Charlemagne. L'examen des restes donna un squelette complet, à l'exception du crâne, du bras droit supérieur et d'un tibia, qui sont conserves parmi les reliques du trésor de la basilique.

XL IV. Œuvre de Charlemagne. — A des intervalles inégaux, des hommes s'élèvent, dont la destinée parait être d'accabler leurs contemporains sous le poids d'entreprises surhumaines. De tels hommes ne se montrent qu'aux époques troublées, leur capacité ne pouvant se mesurer qu'à la tempête. Pour lutter contre elle, ils ont reçu le don universel; ils sont supérieurs, parce qu'ils sont complets. Et, complets, ils se font de leur temps et de l'avenir une conception absolue et exclusive, à l'accomplissement de laquelle ils appliquent toute force dont ils s'arrogent, de par la hauteur de leur vue. la propriété et la direction; dèslors, toute résistance, la simple opposition, une attitude de réserve leur semblent un attentat. Ayant la force entre les mains, ils s'en servent et en abusent souvent. Ils lui doivent un éclat, des erreurs et des triomphes qui sont la portion caduque de leur oeuvre. Parrdelà les actions de guerres retentissantes, les entrées triomphales, les parades grandioses, il y a autre chose; il y a l'empreinte mise par le grand homme, au titre et au moyen de sa toutepuissance, sur ses contemporains et, par eux, la déviation imprimée à la société, la direction nouvelle unposée et suivie pour une période plus ou moins prolongée, féconde ou stérile.à la postérité. Cette voie, dans laquelle ils engagent l'humanité, c'est le prestige du victorieux qui l'ouvre, comme c'est la sagesse du génie qui la découvre.

Constantin, Charlemagne, Xapoléon ont, de leur regard pénétrant et lucide, perçu et indique la route de l'avenir à travers le tumulte des faits contemporains. Nous rencontrerons bientôt Constantin, nous n'avons à étudier ici que Charlemagne, de qui on a pu dire, avec une haute raison, que « l'époque et les peuples sur lesquels il put agir lui étaient tellement inférieurs et si rebelles à ses grandes vues, que son œuvre ne fut jamais qu'un plan grandiose et s'écroula dès qu'il ne fut plus; mais ce triste dénouement, qui l'a dépouillé pour un coup d'œil superficiel de la consécration du succès, est peut-être ce qui doit le mieux établir sa gloire, en nous faisant mesurer la hauteur dont il dépassait son époque. L'homme qui a conçu et presque exécuté, dans un tel milieu, un tel rêve, est de la race des dieux. D'ailleurs, comme toutes les grandes pensées, la sienne n'est pas demeurée stérile; en périssant, elle a été féconde, et le monde moderne tout entier retrouverait encore dans ses fondations les débris de son édifice écroulé. »

L'empire franc, qui succède à l'empire romain et qui hérite de lui, emprunte des formes éprouvées, mais n'emprunte que cela; car, il s'inspire d'un esprit différent. L'unité européenne sera désormais politique et religieuse sur la base du christianisme. L'Église gouvernera les âmes et l'Empire se chargera du reste; ce seront deux autorités internationales qui conduiront le moyen âge à ses destinées, souvent rivales, mais toujours, et malgré elles, complémentaires. Charlemagne, s'il a prévu les conflits futurs que son expérience ne pouvait guère lui laisser ignorer, ne s'y est pas arrêté, comprenant qu'ils ne devaient être que nécessaires et transitoires. Ce qu'il a vu, ce qu'il a voulu et ce qu'il a, vaille que vaille, mis sur pied, a duré et produit, en partie du moins, ce qu'il en attendait.

* Fr. Bock, Die Eroffnung des Karîsschreines, dans Aachener Zeilung, 2 mars 1S61.

Pour donner une base solide à l'empire international, l'empereur commença par faire place nette sur le |)lus grand espace possible; ici, repoussant les envahisseurs barbares; là, convertissant coûte que coûte les Germains sauvages: partout, détruisant les despotismes locaux nés de la conquête barbare et soigneusement entretenus depuis lors. Celle qu'il appelait à collaborer à cette œuvre de civilisation et d'agrégation, l'Église, il lui imposa la réforme dans ses membres, purifiant le clergé des tares d'inconduite et d'ignorance, replaçant le sacerdoce au niveau d'honneur et de respectabilité, qui sont les conditions essentielles de toute action elhcace de sa part.

L'empereur aurait à remplir désormais le rôle de défenseur officiel et armé de l'Église civilisatrice et pacifique. A elle l'enseignement, à lui la police. Dans le cas où un prince chrétien manquerait à ses engagements, il lui en ferait souvenir, l'èpée haute au besoin; et, jusque dans les États païens, à lui appartiendrait la protection des fidèles disséminés et inquiétés. La conception est belle, elle ne requiert, pour être réalisable, que l'hérédité du génie. Charlemagne a escompté l'avenir avec raison, il a entrevu des Otton, des Henri II, des Frédéric I«%mais il a oublié qu'une seule lacune dans cette mâle dynastie suffirait à tout brouiller et à compromettre l'œuvre irrévocablement.

Le règne de son propre fils ménageait un solennel démenti à son plan à la fois grandiose et simple, lequel, à force d'être grandiose, devenait chimérique. Cependant l'idée était lancée, et ce qui montre à quel point elle était viable, c'est qu'elle fut périodiquement reprise, comme ce qui montre à quel point elle était caduque, c'est la nécessité où l'on se trouva de la remettre sans cesse sur pied.

Car Charlemagne ne pouvait détruire les passions belliqueuses d'une société barbare que le temps n'avait pas suffisamment macérée pour la civilisation majestueuse qu'il lui destinait; ainsi, son œuvre se présente avec le caractère inachevé et provisoire de tout ce qui appartient aux périodes de formation. De nouvelles invasions allaient faire reculer la civilisation à peine renaissante; un bouleversement, sans exemple peut-être jusque-là, allait ruiner et faire disparaître la classe des petits propriétaires, véritable assise de la société franque, et plonger l'Occident dans l'anarchie de la société féodale. Les partages d'États entre les membres de la dynastie achèveraient ce que les inv.asions ne seraient pas venues à bout de détruire.

Cette haute conception politique était si étroitement liée à la conception religieuse et sociale, qu'il est impossible d'isoler entre eux ces aspects divers d'une pensée supérieure et totale. Tout le reste, administration, gouvernement, instruction, etc., n'était que des conséquences logiquement déduites et intelligemment poursuivies. Charlemagne savait qu'on ne tait rien de durable si on n'j' met le temps et l'attention indispensables. Il ne songea pas à innover, encore moins à inventer, mais à réformer et à repétrir. Il avait sous la main une force déchue, le clergé ; il la releva, s'en servit et la fit concourir à son plan général de civilisation. Si ignorants et débauches qu'ils fussent devenus, moines et clercs possédaient seuls alors ces traditions studieuses, ces aptitudes littéraires que l'empereur eût en vain cherchées ou greffées parmi les rudes artisans de ses conquêtes. Ce fut de sa part le trait de génie de voir que, dans son abaissement actuel, l'Église gardait la flamme et contenait le germe du progrès. .Aussitôt, il entreprit de lui faire produire ce qu'elle pouvait donner et de lui faire rendre son maximum d'utUité. L'instruction qu'il protégeait avec ostentation, l'école qu'il abritait dans son palais, les jeux d'esjirit qu'il partageait avec ses confidents et les exécuteurs de ses projets répondaient sans au-

CllARLEMAGNE

cun doute à l'artleiitc curiosilc d'une iuteUigence ouverte à tout, mais surtout consacraient les cflorts tentés pour inculquer les connaissances élémentaires qui, plus efTicacement que les batailles, allaient refouler la barbarie. L'écriture, la lecture, le catéchisme étaient alors les véritables besoins d'une société inculte et foulée; Charleniagne y a pourvu. Attentif à l'avenir, il ne fut pas oublieux ni dédaigneux du passé. Lui qui fondait un monde se retournait volontiers vers les ancêtres et recueillait avec piété l'écho des plus antiques poésies barbares. Car il ne prétendait pas clïacer ni détruire le passé national, ayant le sens de la continuité et considérant le passé comme l'explication du présent et la mesure de l'avenir.

Il n'était pas moins pondéré en matière d'administration, laissant aux autorités locales une part «l'initiative et de responsabilité aussi larges que possible, sous la surveillance des commissaires du pouvoir central, qui entretciiaicnt entre elles et lui un rapport perpétuel sans que la surveillance dégénérât en espionnage et l'immixtion en envahissement.

Malgré ces mérites divers, malgré sa piété, sa sagesse, sa modération, son amour pour le peuple, le Charlemagne qui a frappé l'imagination des peuples, c'est l'empereur guerrier, symbole formidable qui abreuva ses Francs de ce à quoi leur âme généreuse sera toujours plus sensible qu'à tout le reste : la gloire ! Et à travers tant de grandeurs et tant de triomphes dont se compose l'histoire de onze siècles écoulés depuis, c'est l'empereur botté, armé et galopant qui est resté le Charlemagne national. D'autres hommages plus na'ifs et plus intimes lui agréaient mieux peut-être, comme le patronage de la jeunesse des écoles: mais la postérité a prononcé; son Charlemagne à elle s'avance entouré des douze pairs, couvert de gloire, revêtu de force et marqué au front du signe du génie.

On s'est demandé si c'était bien de génie qu'il pouvait être question. Charlemagne ne fut ni un grand homme de guerre, ni un créateur en matière de politique et d'administration, ni un lettré, ni un artiste. Il ne fut rien de tout cela d'une manière éclatante, mais il posséda quelque chose de tout cela dans cette mesure achevée qui révèle la grandeur, car il n'y a pas véritable grandeur pour être à une extrémité, mais bien en touchant les deux à la fois, et remplissant tout l'entre- deux. En lui vivait une extraordinaire énergie mise au service de la modération, jusque dans le triomphe. Aux heures où la tentation des conquêtes, l'ivresse de la gloire menaçaient de l'entraîner, on peut croire que le chrétien commandait â l'empereur et lui interdisait l'excès d'orgueil des surhumaines entreprises. Son grand cœur n'était insatiable que de tendresse et, sur ce point seulement, le chrétien fut vaincu. Mais où il donna sa véritable mesure, c'est dans l'application qu'il apporta à remplir tous les devoirs que lui imposait son « métier d'empereur ». Il fut un indomptable et minutieux travailleur. Son esprit vérifiait, comparait, recueillait les détails les plus humbles

' Montaigne et Watteau, dont SainLe-Bcu\c, P«r/-/îoya/, et les Concourt, Idées cl sensations, ont imaginé le convoi idéal. — • Le rapprochement a été tenté ù une date où il était encore incomplet lorcémcnt Ct. J. G. Stockius, Carolus Mfttjnus rcdiviuus, hoc est Caroti Mtujni, lionuinonun, Germanorum, Galtoruniy Ilaloruni et aliarum tjentium inonareliœ potentiss. cum Uenrico i^Imjno Oïdl. et S'avaiT. cainpuratio utriusqtie régis historiam Itrcviler voniptectens, in-4'*, Tiguri, 1592. — ^ G. Lacour-Gayet, L'éducation politique de Louis XIV, in-S", Paris, 1S9S, p. 195-199, un propose surtout au jeune roi l'imitation deClovis et île t^liarleniagnc. — ' C'est surtout dans ses dissentiments avec la cour de

DICT. D'aRCH. CIIRÉT.

qu'il faisait servir à l'enquête universelle avec laquelle il reconstruisait l'empire. Ceux qui l'ont le plus estimé sont ceux qui ont été doués comme lui de cette puissance efl'rayante de labeur. Sa vraie postérité est celle qui, marchant sur ses traces, a osé se réclamer de lui. J'imagine qu'on pourrait, pour lui comme pour de moins illustres >, peindre le cortège couronné qui mène de siècle en siècle ses solennelles funérailles. Dans le lointain et noyés dans une sorte de brume, le groupe des Otton, Barberousse, les Henri; plus proche et déjà en pleine lumière, Charles-Quint; tout près de nous, celui de tous qui lui ressemble le plus, Henri IV : brave, alerte, rusé, rieur, robuste et vert-galant '. Enfin, fermant la marche, Louis XIV qui s'appliquait à lui ressembler ' et Napoléon qui le tenait pour son « prédécesseur ' ».

XLV. BiBLioGR.^PiiiE. — Chaque point particulier abordé dans la présente dissertation a été accompagné d'une bibliographie, qu'on ne croit pas nécessaire de reproduire ici ; on se bornera donc à quelques indications d'ordre plus géaéral, ou qui n'ont pu trouver place au cours de notre étude.

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Basnagc, Thesaur.

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Rome quo Xapoléjn évoque le souvenii- de Cliarleniagne, Il 82 regarde comme sau h^Titier, il dit de lui : . Notre illustre prédécesseui". » Il y a plus; dans ccrtaiiis moments, il se iionime lui-même Charlemagne et s'imagine l'être ea elîit. Au mois de février ISOU, il écrit au cardinal Fesch : a Dites bien au pape que je suis (Charlemagne. « Peu s'en fallut qu'il ne s'attribuât comme lui le titre d'empereur d'Occident. S'il ne le prit pas, quelques-uns le lui donnèrent; et la secrétairerie d'iîtal impériale contient des lettres avec cette suscriplion : ■ A N'apoléon, empereur d'Occident. » F. Rocquajji, \oles et fragments d'Itisloire, in-S% Paris, 1906, p. 217.

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