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IV. Le sacramentaire grégorien de Charlemagne

V. Influence de Charlemagne sur la composition des manuscrits liturgiques et sur l'école liturgique.

VI. Œuvres liturgiques de Charlemagne. VII. Conclusion. VIII. Bibliographie.

I. Influence de Pépin et de Charlem.\gxe. — L'influence de Charlemagne sur la liturgie a été déjà bien souvent reconnue '; il ne sera pas inutile, cependant, de mettre une fois de plus cette vérité en lumière, de préciser mieux qu'on n'a fait jusqu'ici la portée de son action, et d'apporter à la démonstration de cette thèse des témoignages trop négligés.

Il est juste de remarquer d'abord que l'honneur de cette initiative revient à Pépin qui, déjà en relations étroites avec Rome, avait résolu de substituer au.\ liturgies gallicanes, qui présentaient trop de divergences et dont les livres étaient corrompus, la liturgie romaine, comme plus propre à resserrer l'union dogmatique entre Rome et les Gaules, et à rétablir dans les églises de ces pays le culte et la liturgie tombés en décadence sous le règne de Charles-Martel '. Cela rentrait dans le plan de restauration et de réforme que Pépin s'était imposé, et que Cliarlemagne reprit avec plus de suite, d'énergie et d'intelligence. Il reconnaît.

du reste, même dans les capitulaires et dans les Livres earolins, ce qu'il doit à son père ^

Du reste, cette tendance à introduire la liturgie romaine en Gaule, ou du moins quelques-uns de ses usages, se révèle déjà plus d'une fois avant Pépin, soit par l'étude des conciles, soit par l'examen des livres liturgiques gallicans qui, de bonne heure, admettent le canon romain ou d'autres prières romaines (en fait, tous les livres gallicans, sauf les messes de Mone, sont saturés de rites et de formules romaines), soit surtout par le fait de la diffusion extraordinaire en Gaule du sacramentaire gélasien au viii'= siècle. Ce dernier point a été mis en lumière d'une façon indiscutable par les travaux de B.ïunier et de Bishop «.

Nous voyons d'abord les conciles et les papes, dès le vr' siècle, chercher à ramener les Églises des Gaules aux usages romains.

Le concile de Vaison, en 529, recommande de chanter, selon la pratique de Rome, de l'Orient et de toute l'Italie, le Kyrie eleison, à matines, à la messe et à vêpres. De même à toutes les messes, même aux messes de carême et au.\ messes des morts, on dira trois fois le Sanetus. On ajoutera, comme à Rome, en Orient, dans toute l'Afrique et en Italie, après le Gloria {Patri et Filio), etc., ces mots : sicul cral in principio '.

Le pape Jean III (560-573) prescrit à Edaldus, archevêque de Vienne, de suivre l'usage romain pour son diocèse *.

Saint Boniface s'était fait aussi, avant Pépin, un des grands propagateurs de cette liturgie aussi bien dans les pays germains que dans les contrées limitrophes où son influence se fit sentir '. Carloman le chargea notamment de la réforme des églises de son royaume, et un capitulaire du temps qui se rapporte à cette affaire s'exprime ainsi : Deerevinius quoqiie secundam canones ul unusquisque presbyter in parrochia habilans, episcopo subjectus sil illi in cujus parroehia habitat, et semper in quadragesima rcUionem et ordineni ministerii sui, sive de baptismo, sive de fide cathoiica, sive de precibus et ordine missarnm episcopo reddat et ostendat '.

Xu! doute que ce capitulaire, écrit sous la direction de Boniface, ne vise la liturgie romaine.

L'examen, même sommaire, des livres gallicans, à une seule exception près, témoigne dans le même sens et révèle des infiltrations romaines dans les rites gallicans '. On a remarqué justement aussi que l'ordre bénédictin, déjà répandu dans les Gaules, propageait la liturgie romaine, dont.il avait adopté le sacramentaire ".

On ne peut préciser au juste en quoi consista l'œuvre de Pépin. Se borna-t-il à Introduire en Gaule l'antiphonaire romain, comme pensent Tommasi,

■" ' Voir notamment dom Guéranger dans ses Institutions lilurgiques, a'édit., 1880, t. i. p. 233 sq. Tout récemment, le sujet a été repris plus en détail dans une dissertation intéressante par il.Xctzer, Introduction de la messe romaine en France sous les Carolingiens, in-S", Paris, 1910, qui ignore malheureusement plusieurs des travaux parus avant lui sur le même sujet, entre autres: Varin, .A/émoire sur les altéraiions de la liturgie grégorienne en France, avcuit le xui" siècle, dans les Mém. de VAcad. des inscriptions et belles-lettres, l" série, t. ii, p. 665 sq. ; D' R. Stapper, Kiwls des Grossen Romisches Messbueb, ein Beitrag zur Geschichte des SacramentariumGregorianum, Leipzig, 1908; l'article Alcuin dans ce Dictionnaire, t. i, col. 1072, et d'autres ouNTages que nous citons à la Bibliographie. — ' Le texte suivant de saint Boniface suffira, entre autres témoignages, à en doimer une preuve : Et promisit (Carlomanus) se de ecclesiastica religione quîe jam longo, id est non minus quam per sexaginta vel septuaginta annos, calcata et dissipala luit, atiquid corrigere vel emendare velle. Jaflé, Monumenla Moguntina : S. Boniface, epist. .VLii. —

^ Les textes sont cités plus loin. Cf. aussi dom Guéranger, loc. cil., t. I, p. 276; Netzer, op. cit., p. 32, 33. — ' S.Baumer, L'eber dus sogenannte Sacramentarium Gelasianum. dans Histor. Ja}u-b.. 1893, t. xiv, p. 2il sq.; Ed. Bishop, Tlie earliest Roman mass-book, extrait de la Dublin reaiew, octobre 1894. — 'Mansi, Conc. ampliss. coll., t. viii, col. 725; Maassen, Concilia œvi merouingici, 1893, p. 55-58; Hetele- Leclercq, Hisl. des conciles, t. il, p. 1114. — 'De ofpciis missarum de quibus in litleris vestris requisiisiis, sciai caritas ocstra quia varie apud diversas ecclesias jîunt : aliter enim Alcxundrina ecclesia, aliter Hierosoltjmitttna, aliter Epliesina, aliter Romana facit ; cujus moreni et instilula débet servare ecclesia tua. Mansi, loc. cit., t. ix. col. 760. Il est vrai dédire que l'authenticité en est contestée. Ct..^/on. Genii., Epis/., t,i, p. 92. — 'Cf. P. L.,t. Lxxxix, col. 495. — ' Monum.Germ. hist., Capit. reg. Franc, t. i, p. 25. — • Cela est reconnu par yU' Duchesne, Les origines du culte, p. 152 sq. — ^"Cf. dom Guéranger, Institutions lilurgiques. 18SD, t. i.p. 206 sq.; Bâumer-Biron, Hist. du bréviaire, 1905, 1. 1, p.lS2 sq. ; Xetzer, L'introduction de la messe romaine en France, p. 28.

CHARLEMAGNE ET LA LITURGIE

Mabillon, etVarin après eux, qui veulent que le fait d'avoir introduit le sacramentaire revienne à Charleniagne seul '? C'est une question sur laquelle nous reviendrons, mais nous devons d'abord citer les textes dans lesquels est décrite l'œuvre de Pépin.

C'est sous son régne et avec son approbation, que Chrodegand, son oncle, qui était évcque de Metz et qui fut chargé de négocier à Home pour le compte du roi franc, introduisit le chant et la liturgie romaine dans son église, qui devint le centre d'une école désormais célèbre de chant romain -.

Walafrid Strabon témoigne aussi que le pape Etienne II, venant en I-"rance pour demander la protection de Pépin contre les Lombards, yintroduisit les usages romains et le chant : Canlilcnœ vcro perfectiorem scicnliam quam pêne Iota Francia diligil, Slephanus papa..., per siios elericos, petenle eodem Pippino, invcxit, indeque usus ejas loiir/e laleque conraluit'. L'auteur des Livres carotins, qui écrit sous l'inspiration de Charleniagnc, a reconnu aussi le fait d.ans le texte que nous avons cilé plus haut '.

Enfin, dans sa lettre au concile d'Aix-la-Chapelle, du 23 mars 789, Charlemagne dit lui-même : Ut eantum rumanum pleniler discaiit et ordonabiliter per noeluriiale l'el gradale o/Jieinm peragatur seciindiim qiiod beatee mernoriie genitor no.'ster l'ippiniis rcx deerctavit ut ftcrel quando gallicaïuim tulit ob unaitiniitateni aposlolieœ .Sedis et sancta- Dei Ecelcsiœ pueificam coneordiam '.

Dans le synode de Francfort, il peut affirmer quelques années après, en 79 1, que les usages romains sont déjà adoptés parlout, aeeensi prœlerca venerandie memoriiv Pippini genitoris iw.ftri exemplis qui totas Galliarum ecclesias roinanœ traditionis sua studio cantibus deeoravit '.

Enfin, Charles le Chauve constate aussi que l'introduction de la liturgie romaine est due à Pépin : Nam et usque ad tempera abai'i nostri Pippini Gallicanœ et Hispanse ccclesiie aliter quam romanœ vel mediolanensis ceclesiœ divina o'iicia eelebrabant '.

On a vu ailleurs (voir Chant, t. m. col. '250, et Anti- PHONAiRE, 1. 1, col. '2 140) comment Pépin obtint à plusieurs reprises que des maîtres romains fussent envoyés en Gaule, ou que des élèves francs allassent se former au chant dans les écoles romaines; il demanda aussi et obtint des livres de chant romain, antiphonaires et responsoriaux '.

Dans tous ces textes, il est surtout question du chant romain de l'antiphonaire et du responsorial; aucun témoignage formel ne nous prouve que cette réforme s'étendit jusqu'au sacramentaire. Cependant, certains auteurs pensent qu'il n'est pas vraisemblable que Pépin n'eût pas adopté le texte de la messe romaine, en même temps qu'il adoptait le chant romain '. En tout cas, le gélasicn, nous l'avons dit, avait été adopté déjà dans plusieurs églises des Gaules, et des exemplaires du grégorien étaient aussi connus dans ce pays.

' Mabillon.Dc Uiurijia GuUicana, Ï6SÔ, p. 16; Tommasi, Opéra, 1747, t. vi, prsel., p. xnv; Varin, toc. cit., p. 260. ('F. aussi les textes des capitulaircs cités ci-dossus. et aussi Ctiidl. de Bataze. 1077. t. i, col. 203. — - Ipsuntque cterum toge diuinn romantique imbutum cantilena, niorem atque oi-- {linciit romanœ Ecctesiœ servare prœcepit qiiod usque ad id tem/ius in Mellensi Eeclesia faclitm minime fuit, l'aul Diacre, P. L., t. xcv, col. 709. La dernière partie du texte est sans doute une boutade. D'autres témoignages prouvent que Metz resta une école célèbre de chant à l'époque carolingienne. — ^Walafrid Slrabon.De rébus ecclesiast.. I'. L., t. cxiv, col. 057. — ' Cf. aussi dom (luérangcr, Inslitulions liUirgiques, 1880, t. i, p. 2.35; Gastoué, Histoire du clianl lilurr/ique, 1004, p. 51, et ci-dessus article C.uant, col. 2.56. — ' Monuin. Gernt., I.eqes, sectio II, l. i, p. 61. — ^Loc. cit., sectio II, t. 1, p. 80. — 'MiUisi.Conc. ampl. coll., t. xvin bis, col. 730. Contre, Drews et d'autres qui atlribuent cet èvéne-

Charlemagne s'efforça donc de continuer l'œuvre de réforme liturgique et de faire prévaloir partout les rites romains, non plus seulement pour le chant et l'antiphonaire, mais encore pour la messe et l'administration des sacrements. Il ne sera pas inutile de citer à l'appui les textes des conciles, tenus sous l'Impulsion et parfois sous la présidence de l'empereur, et les capitulaircs ou les Livres carolins, rédigés aussi sous son inspiration.

Le concile de Neuching (vers 771) prescrit à l'évêque de s'assurer que ses prêtres lisent et comprennent la sainte Écriture, qu'ils prêchent d'après les traditions de l'Église romaine, qu'ils disent la messe conformément à la tradition romaine. On doit administrer deux fois par an le baptême solennel, à Pâques et à la Pentecôte, d'après les règles de la tradition romaine. Chacun aura un livre pT)ur les sacrements, l'évêque devra examiner s'il est conforme aux règles. Chaque évêquc devra organiser dans sa ville une école, conliée à un maitre sage qui instruira d'après les traditions des Romains, qui pourra enseigner le chant des heures canoniques selon les époques et les fêtes d'obligation '°. La ville de Neuching était, à la vérité, dans les États du duc Tassilon; mais les rapports de ce dernier avec Charlemagne étaient alors étroits. En tout cas, il nous a paru intéressant de citer ces prescriptions où s'affirme aussi l'influence de la liturgie romaine.

Sur le concile de Francfort, en 794, l'influence de Charlemagne fut plus directe. Deux des canons visent la liturgie de la messe et prouvent que quelques-unes des pratiques gallicanes subsistaient encore. En rappelant que les noms (inscrits dans les diptyques) ne doivent jnis être lus avant l'offrande (canon 51) et que la paix doit être donnée après la confection des mystères (canon 50), le concile montrait qu'il entendait interdire toule pratique opposée à la liturgie romaine ".

Les deux capitulaircs d'Aix-la-Chapelle, en 809, appartiennent au concile qui se tint alors en cette ville au sujet des discussions avec les grecs. Il contient ce canon intéressant sur les fêtes : les principales fêtes sont Xoël, saint Etienne, saint Jean l'Évangéliste, les saints Innocents, l'octave de Noël, l'Epiphanie, son octave, la Purification, les huit jours de Pâques, la Litania major, l'Ascension, la Pentecôte, saint Jean- Baptiste, saint Pierre et saint Paul, saint Martin, saint André. Au sujet de l'Assomption, la question reste indécise (canon 19 '^).

Les conciles réformateurs de S 13, qui se tinrent à la demande de Charlemagne. contiennent aussi quelques édits sur la liturgie. Celui d '.Arles insiste pour que tous les clercs disent des messes et des litanies pour l'empereur et sa famille; il demande que, dans toutes les églises épiscopales et dans les autres paroisses des diocèses, on prie tous les jours pour l'empereur et pour sa famille"; celui de Reims prescrit les règles à suivre

ment à Charlemagne, iîeatencyctopuJic, 1890-1909, art. A/csse, t. xii,p. 697-723. Cf. aussi Netzer,toc. ci(., p.34.— «Cf.Netzcr, Zoc. ci/., p. 35. — - Notamment Net zer, toc. cit.. p. 36. Reste alors cette difTicullé : pourquoi Charlemagne eût-il demandé à Hadrien im exemplaire du sacramentaire romain, si le livre était déjà introduit par Pépin en Gaule? — "> Sur ce concile, cf. Vermingliorf, Concilia eevi Karolini. p. 98-105: NeuesArcliiv, 1899, t. x.xiv, p. 471 ; Hefele-Leclercq. Histoire des conciles. 1910, t. ni, p. 972. — " Mansi, Concilia, t. xin, col. 861; Pertz, Monum. Gcrman. hisi., Leges. t. m, p. 71; Vcnninghofr,Coiu-i(ii<a'tiiA'i<ro!ùii. 1900, p. 110-171; Ilefeie- Leclereq, op. cit., t. m, p. 1000. — •= Mansi. Concilia, t. xiv, col. 13; P. G., t. CXLII, col. 180-182; MonumentaGerm. hisl., Leges, t. i, p. 160 sq.;Hefele-Leclcrcq, op. ri/., t. m, p.ll31. — " Sirmond, Concida Galliœ, t. ii, col. 200; Mansi, Conc. anjpliss.coll., t. xiv, col. 55; Ilefele-Lcclercq, op. ci(., t. m, p. 1135.

CHARLEMAGNE ET LA LITURGIE

pour la messe, le baptême, la pénitence (liturgie romaine)'; celui de Mayence (canon 4) veut qu'au sujet du baptèmecn seconforme en tout à la coutume romaine; on observera le scrutin ^ et les deux époques réservées à cette cérémonie, Pâques et la Pentecôte, sans toutefois qu'il soit interdit, en cas de danger, de baptiser hors de ces époques.

En 798, le concile de Rispah demande àl'évêque de veiller à ce que ses prêtres soient capables d'enseigner la vraie foi catholique et de célébrer la messe selon la tradition de l'Église romaine '.

On demande aux prêtres s'ils savent chanter l'office divin selon le rite des romains'.

On enjoint aux évêques de s'enquérir avec soin si les prêtres de leur diocèse enseignent une foi orthodoxe, observent les rites du baptême, comprennent les prières de la messe et chantent les psaumes suivant le rythme des versets '.

Les Livres cctrolins, écrits sous l'inspiration de Charlemagne et probablement par Alcuin ', contiennent aussi des témoignages du même genre. Nous y voyons que le pape Hadrien poussa Charlemagne par ses exhortations à faire adopter la liturgie romaine dans tous ses États, sci/ice/ ut pliires iltius partis ecclesiœ qiise qiwndam apostolicse Sedis traditionem in psallendo susciperc recusabanl, nnnc eam cum omni diligentia ampleclanlur et cui adhœsercmt fidei munere, adhssreanl quoque psallendi ordine^.

Il nous faut encore citer dans les Livres carolins les passages suivants qui mettent la question au point:

Quœ (se. Ecclesia partis iiostra?) dum a primis fidei temporibus cum ea (scil. romana Ecclesia) perstaret in sacrae religionis unione, et ab ea paulo distaret, quod tamen contra fidem non est, in offlcionini celebratione, venerandse memoriœ genitricis nostri illustrissimi atque excellentissimi viri Pippini régis cura, et industria sive adventum ia Gallias revercndissimi et sanctissimi viri Stephani romande urbis antistitis, est ei etiam in psallendi ordine copulata, ut non esset dispar ordo psallendi quibus erat corapar ardor credendi; et quse imitEe erant unius sanctîe legis sacra lectione, essent etiani unitîe iinius modulationis (al. modulaminis) veneranda traditione, nec sejuugeret offlciorum varia cclebratio quas conjunxerat unicae fidei pia devotio. Quod quidem et nos, collato nohis a Deo Italise regno fecinius, sanctfe roraanae Ecclesîœ îastigium sublimare cupientes, et revercndissimi papx Adriani salutaribus exhortationibus parère nitentes ; scilicet ut plures illlus partis Ecclesia? (se. Gallicanae), quse quondani apostolicîe sedis traditionem in psallendo suscipere recusabant, nunc eam cum omni diligentia amplectantur et cui adhseserant fidei munere. adiitereant quoque psallendi ordine : quod non solum omnium Galliaruni provinciÊC, et Germania, sive Italia, sed etiam Saxones et quœdam Aquilonaris plagse gentesper nos,Deoannuente,ad verse fidei rudimenta conversse, facere noscuntur, etita beati Pétri sedem in omnibus sequi curant, etc. '.

Les témoignages suivants portent plus spécialement sur la récitation, à la messe, du mémento des morts et sur l'anamnèse :

Saluberrimus namque a sanctis Patribus Ecclesiis traditus usus est pro defunctorum spiritibus Dominum deprecari, quem nos cum sancta omni catholica et universali Ecclesia aniplectentes non solum pro nostrorum parentum, verum etiani pro amicorum fideiiiun qui nos in pace dominica prsecessenmt spiritibus, clementissimam Domini pie-

^ Sirmond, loc. cit., t. ii, col. 287; Mansi, op. cit., t. xiv, ol. 76; HeJele-LecIercq, op. cit., t. m, p. 1137. — = Sur le sens de ce mot ici, cf. J. Mayer, Gesch. des Katecliumenats und der Katectiesc in den erslen sechs Jahrh., in-S'*, Kempten, 1868, et plus haut, art. G\téchvmén.\t, t. il, col. 2579. — ' .Moniim. Genn., Leijes, sectio III, t. il, p. 198. — * Monum.-Germ., Leges, seclio II, cap. i (capitulaire de 802). . — ^ Monum. Germ.,Cap. reg. Franc, 1. 1, p.l03; Jlansi, op. cit., t. XVII bis, col. 517. — * Reaîencijlctopddie fur protest. Theol. und Kiretie, i' édit., 1901, t. x, p. 90; Hurtcr,

tatem exposcimus... Nos nostris (parentibus) quieleni exposcimus per missarum solenmia, illi suis ingerunl convicia per inordinata concilia... Nos nostrorum spiiitus requie potiri oramus in sinu Abrahse, illi suorum optant damnari animas cum Ario, Sabellio, Dioscoro, N'estorio et Eutychete. Nos nostros collocari postulamus parentes inter agmina beatorum, illi suos inter obstinâtes turbas ! haereticorum •.

Cum scilicet corporis et sanguinis Dominici sacranicn- ^ tum ad cormneraorationem suse passionis et nostrfe salutis nobis concessum ab eodem mediatore Dei et hominum, per manum sacerdotis et invocationem divini nominis conficiautur imagines vero nullius manus irapositionis vel consecrationis mysterio indigentes... Est nimirum adnorum (? sic) consecrationem sacerdos injulatus, circumstantis popuJi deprecationes suis precibus miscens, cum intemo rugitu memoriam taciat Dominicœ passionis, et ab inleris resurrectionis, necnon et in cœlos gloriosissimae ascensionis, et liœc perlerri per manus angeli in sublime altare Dei et in conspectum niajestatis deposcat, pictor vero... Nam Alelchisedcch rex Salem, sacerdos Dei sumrai, in typo Dominici corporis et sanguinis, non imaginem quamdam sed panem et vinum legitur obtulisse ".

Sur l'ordination et sur la consécration des temples, voici comment s'expriment les livres :

Quoniam qusecumque in Ecclesia sacrantur, sive ecclesiastici ordines, sive sacrandorum templorum dedicationes, sive cîEterae liujuscemodi constitutiones, per sacerdotales ecclesiastico more consecrationes fiunt, quippe cum ad ipsam christianîe fidei nobilitatem per quam ad cœteros gradus acceditur, in ipsis infantiœ rudiment is per sacerdotum manus impositiones et ad Deum orationes veniatur. Si vero de locis sive vasis vel quibuslibet ustensilibus divinis cultibus mancipatis dicere voluit, in hoc ejus dictio tiustrari potest, quoniam pêne nihil est in his quœ enumeravimus, quod non per sacerdotum orationes et consecrationes consecretur, sed et exorcismis et salis et aquas aspersione uti consuevit Ecclesia, quonmi omnium consecrationes vel institutiones ab ipsis Ecciesise rudimentis ab Ecclesiarum prîesulibus traditai fuisse noscimtur, et in libris sacerdotalibus exaratœ habentur, etc. ".

D'autres témoignages prouvent encore que Charlemagne s'appliqua même aux détails de cette réforme. Il faut citer le texte important par lequel Hadrien rappelle qu'il a envoyé, à la prière de l'empereur, un exemplaire du sacramentaire grégorien : De saeramentario vero a sanclo preedecessore noslro dei/luo Gregorio disposito jampridem Puuliis Grammaticus a nobis eam pro vobis petiit et sccundumnoslra! Ecciesise traditionem per Joannem monachiim atque abbatem Ravcnnatiuni vcslra: regali emisimus Excellentix ".

Plusieurs capitulaires rappellent vers cette époque que Charlemagne attache la plus grande importance à ce que les livres liturgiques soient copiés par des hommes dont l'âge et la prudence sont une garantie de fidélité, et si opus est evangelium, vel psallerium et missale scribere, pcrfeclœ œtatis homines scribanl cum omni diligentia ". Il charge les évêques de veiller à ce que ces livres soient irréprochables, ut operam dei (episcopus) quatenus presbijteri missalem et lectionarium sive cxteros libellas sibi necessarios bene correctos habcant ".

Il veut que les chantres chantent à la manière romaine, témoin l'incident raconte par Paul Diacre"; il envoie à Rome deux de ses clercs pour s'y former au chant romain. Ceux-ci, de retour, firent école".

?\'omenclator liter-, CEniponte, 1903, t. i, col. 708; P. Berthault, Alcuin et les Libri Carolini, in-8», Montauban, 1889. — ' Mansi,ioc. ci/., t. xvin fcis, col. 711. — 'P.I,.,t. xcvin, col. 1021, 1022. — ' P. L., t. xcviu, col. 1110. — '» P. /.., t. xcviii. col. 1093. 1094. —"P. /,., t. xcviii, col. 1217, 1218. Pour le baptême, l'onction et le signe de la croix, voir loc. cit., col. 1056, 1081. — '= Rec. des /lis/. desGaules, 1869, t. V, p. 587. — " Mansi, op. cit., t. xvii bis, col. 237, 992. — " //)i(7., t. xvn bis, col. 868. — " Rec. des hist. des Gitides, t. V, p. 445.— " Ibid., t. v, p. 376.

CHARLEMAGNE ET LA LITURCxIE

Il dcni;incle au pape des chanlres pour ramener les siens aux vrais principes du chant romain '.

D'autres capitulaires recommandent aux clercs d'exécuter convenablement le chant romain et de célébrer la messe selon le rite romain'.

Les évoques sont chargés d'avoir la main à l'exécution de ces décrets et les missi de l'empereur eurent l'ordre de visiter les villes et les monastères et de voir si tout s'y passait régulièrement, en particulier en ce qui concerne le chant et la lecture, ni missi pcr singtiltis ciuitatcs cl mnnaslerin prœvideanl... quomodo emcndalum habcaiit qiiod fiissimiis de eoram Icclione el canin cœlerisqne disciplinis ad ordinem ecclesiasticœ rcgulic perlinentibns '.

Mandcwil {Carolus) etiam ul unnsquisqne episcopus in omni rcgno, id csl imperio suo, ipsi cum presbiileris suis ofpcium sicul psallil romana Ecclesia facerent*.

II. L'homéliaire de Paul Di.\cre. — Charlemagne ne se contenta pas d'imposer la liturgie romaine. Il ne se fit pas scrupule de la corriger et de la modifier sur certains points. Les leçons que l'on lisait à l'office de nuit lui ayant paru pleines de fautes de grammaire et mal choisies, il chargea l'un de ses conseillers les plus estimés, Paul Diacre, d'en faire un recueil. Il devait, dit le texte du capitulaire, parcourir avec soin les ouvrages des Pères catholiques et choisir dans ces prés con)me un bouquet des fleurs les plus belles. Paul Diacre, après un long travail dans les traités et les sermons des Pères, fut en mesure d'offrir à Charles deux volumes où l'on trouvait des lectures pour tout le cours de l'année, adaptées aux fêtes. Il en envoya des copies aux évéques avec ordre de les lire désormais dans leurs Églises ^.

Cet homéliaire de Paul Diacre sera étudié à sa place. Voir HoMÉLiAiRES et Paul Diacre. Nous dirons simplement ici que l'édition donnée dans la Palrologie latine est très incomplète et insuffisante'; la contribution de Ranke est utile, mais insullisante aussi'. L'étude plus récente de Wiegand n'est que la promesse d'une édition complète; cependant elle rendra de grands services, car il a fait connaître et classé les manuscrits d'après lesquels on pourra reconstituer la collection honiilétique de Paul Diacre, il a donné les incipil des homélies en s'cfforçant de les identifier*. Ce travail a été complété par un article de dom Morin ». On peut se rendre compte dès maintenant par ces études que le travail du collaborateur de Charlemagne ne fut pas une simple compilation. Il mit à faire son recueil un goût et une érudition remarquables pour son temps et, au jugement de dom Morin, '( il fit mieux que l'on ne pourrait espérer en ce genre, après onze cents ans, de ceux auxquels on recourrait présentement pour un tel travail. ■

m. Le lectionnaire et l'homéli.aire d'Alcvin. — L'influence de Charlemagne sur le lectionnaire d'Alcuin ne tut pas moindre. Cette question ayant été étudiée à propos d'Alcuin (cf. Alcuin, t. i, col. 1073-1078), il nous suffira d'en résumer ici les conclusions. Le lectionnaire d'Alcuin nous a été conservé dans une copie assez fidèle. Cet ouvrage avait été

' Recueil, t. v, p. 445. — = Décret de 769, capitulaires de 789, 802, 80.5, 806, etc. Cf. Netzer, loc. cil., p. 40-43, et ci-dessus l'cuticlc Chant, col. 246. — ' Jlansi, op. cit., t. xvii bis, col. 726. — 'Recueil des historiens des Gaules, t. V, p. 80. — ' Monum. Germ. hist.. Capilul. rcg. Francor., t. I, p. 80. — «P. / ., l. xc.v. — ' Perikopensi/stem aus den nllesten Vrkunden der rômischen l .ilurgie, 18 17 . — ' Fried. Wiegand, Dos Homiliarium Karls des Crossen auj seine urspriingliche Gestull hin untersuchl. Leipzig, 1897, dans la collection Bonwetsch u. Seebers, Studien u Gcsch. der Theol. und Kirctic. — • les sources non idcnliftées de l'imniéliaire de Paul Diacre, d.nns Rci'uc bcnédiclinc. 1S!1S, l. xv, p. 400. Sur cet homéliaire, cf. aussi A. Hatti. L'omeliarii} di Carlo Magno c l'omeliurio di Alano di Far/u, dans les Rendieonti

enlrcpris sur l'ordre de Charlemagne. Celui-ci, frappé des erreurs de transcription et des autres incohérences qui s'étaient glissées d<ans les livres liturgiques, avait confié un vaste plan de réforme à Alcuin, qui commença par le Cornes. La date de cette revision doit être assez rapprochée de celle de l'hoinéliaire de Paul Diacre. Elle est, en tout cas, antérieure à la revision dont nous parlerons tout à l'heure i".

Le travail d'Alcuin sur le Cornes ne consista pas seulement à écrire les leçons d'une façon plus correcte, avec ponctuation, à corriger les fautes, mais il fallait faire concorder ce lectionnaire avec le système liturgique du temps. Le fond du lectionnaire est romain, au moins en substance. En effet, sur 307 lectures, 242 appartiennent au lectionnaire romain; les 6.5 autres, données en appendrce, sont des additions qui permettent d'avoir des lectures propres à certains jours que l'ancien lectionnaire ne connaissait pas.

On peut même dire que le système du Cornes d'.Alcuin est grégorien et non gélasien. Cf. ci-dessus, t. r, col. 1074. Cependant, nous n'avons pas ici le Coincs grégorien pur, car Alcuin ne s'est pas interdit, même dans le corps du lectionnaire, de donner des lectures pour des fêtes ou des fériés que ne connaît pas le grégorien primitif, comme les trois dimanches de septuagésime, sexagésime, quinquagésime, les jeudis de Carême, les dominica vacat, etc. Cette combinaison liturgique est en harmonie avec la revision du sacramentaire dont il sera question dans le § IV.

Dans son ensemble, ce lectionnaire constitue une œuvre liturgique de grand intérêt, qui nous conserve l'ancien rite romain, avec des additions qui nous permettent de constater les innovations liturgiques introduites entre le vu" et le ix' siècle.

On a aussi restitué récemment, avec beaucoup de vraisemblance, un autre homéliaire à Alcuin, mais ce n'est pas un ouvrage de lectures liturgiques du genre de celui de Paul Diacre, c'est un recueil de sermons à l'usage des prédicateurs; ces homéhes sont tirées des Pères. Il est possible que Charlemagne ait eu aussi une certaine influence sur sa composition ".

On a quelquefois aussi reporté à Charlemagne l'honneur d'avoir inspiré à Usuard la composition de son fameux martyrologe, selon le titre que portent certains manuscrits : fussn Caroli imperatoris conditum, cf. Baronius, ad ann. 778, n. 20, 21. Mais c'est à Charles le Chauve qu'il faut attribuer cette initiative 12.

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