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IV. Le SACRAMENTAIRE DE CHARLEMAGNE. PluS

importante encore est la question du sacramentaire. Question capitale pour l'histoire liturgique, c;ir c'est de 1,^ qu'est sorti notre missel romain actuel. Là est la clef, on peut le dire, de la question grégorienne, et même de la question liturgique en France. Dans une lettre du pape Hadrien à Charlemagne, écrite entre 7R4 et 791, il est dit que le roi avait, quelque temps auparavant, demandé qu'on lui envoyât de Rome le sacramentaire de saint Grégoire et que le pape le lui avait expédié par .lean, abbé de Ravenne. C'est le texte que nous avons cité ci-dessus : de sacramenlario

del reale inslituto Lombardo di scienze e letlere, Milano, 1900, série II, vol. xxxiii, p. 481-489. Dans ce mémoire, l'auteur compare ;\ riioméliaire de Paul Diacre celui d'.Main, «lui s'est servi dans une large mesure de ^ou^■rage de son prédécesseur; et Ludwig Traube, Tcjdgcscliicltle der Régula .S. Benedicti, 2» édit., Hlûnchen, 1910, p. 96, Das Homiliarium des Paulus Diaconus. — '"C'est l'opinion de Varin, qui rétablit sur certaines particul.iri tés chronologjcolilurgiques,.\/émoireci7é, p. 6G1 sq. — "C.t. dom .Morin, dans la Revue bénédictine, nov. 1892, p. 491-497, etj l'article .\LcuiN, t. I, col. 1077, 1078. C'est à tort qu'on a voulu attribuer encore à Alcuin le Cornes dit sancti Hieronymi et l'homéliaire de Pau! Diaore,/oc. «/., p. 1077. — "Cf. Mabillon Prœl. in sœcul. n benedict., pars. Il, u. 173.

CHARLEMAGNE ET LA LITURGIE

vero a sanclo pra'dccessore nostro deifiuo Gregoiio papii, disposilo. etc. '.

Dés qu'il l'eut en sa possession, Oiariemagne le fit recopier et des exemplaires furent envoyés dans les églises. Quelques-unes des copies exécutées sous Charleniagne ou sous ses successeurs immédiats se sont conservées jusqu'à nos jours; malheureusement ces copies que nous connaissons sont des combinaisons plutôt que des copies fidèles, comme nous allons le voir 2.

L'exemplaire envoyé par le pape n'existe plus, et, qui plus est, on n'en a pas encore retrouvé de copie authentique et pure d'additions. La cause en est que l'exemplaire d'Hadrien ne contenait pas certaines fêtes et certains dimanches que l'on était habitué à célébrer en France et qu'on ne voulait pas abandonner. On ajouta donc au sacramentaire romain ces parties absentes, et c'est le résultat de ces combinaisons que nous offrent les sacramentaires dits grégoriens, soit manuscrits, soit imprimés. D'où une confusion à peu près inextricable dans la question grégorienne, confusion dans laquelle les plus savants éditeurs euxmêmes, comme Ménard, Rocca et autres, n'ont pas su voir clair, donnant pour grégoriens des sacramentaires qui sont plutôt des combinaisons francogrégoriennes; les liturgistes postérieurs n'ont guère été plus heureux. Les travaux de Bishop ont enfin porté quelque lumière dans ces ténèbres '. Il semble bien que l'édition de Muralori nous a donné le vrai texte du sacramentaire envoyé par Hadrien ^ Seulement, à cesmesses.un compilateur ena ajouté un certain nombre d'autres, par exemple pour la nativité de la sainte Vierge et pour r.\ssomption, mais il a eu soin de marquer par des obèles toutes ces additions. Puis, comme le recueil ainsi corrigé n'était pas encore complet, au gré de l'éditeur, il y a ajouté une série de messes, empruntées probablement, en partie au moins, au sacramentaire gélasien ou à un grégorien antérieur, et ces messes forment, dans son travail, une sorte d'appendice ou de supplément. Entre l'une et l'autre partie, il a placé une note dont l'unportance, dans la solution de la question grégorienne, est de premier ordre, et que pour cette raison nous devons donner ici dans son intégrité :

Incipit sacramenlorum liber secimdus, a venerabili \ Grimoldo abbate ex oimsLuUs sanctoruni Patrum excerptus.

Praefatio.

Hucusquo prœcedens sacramentorum libellas, a B. papa Gregorio constat esse éditas, exceptis his quie in eodeni in nativitate vel adsumptione B. Mariae, priecipue vero in quadragesima, virgulis antepasitis, lectoris invenerit iugulata solertia. Xam sicut quorumdam relata didicimus, domnus apostolicus in eisdem diebus a stationibus penitus vacat, eo quod cieteris septimanae feriis statio-

nibas vacando fatigatus, eisdem requiescat diebus, ob id seilicet ut tumultualione populari carens et eleemosynas paaperibus distribuere, et négocia exteriora liberius valeat disponere. Missam veropraetitulatam innatali ejasdem Beat! Gregorii, virgulisque antepositis iugulatam, a successoribus eius tsic), caussa amoris, immo venerationis suae, eidem suc operi non dabium esse interpositam. Praefatus sane sacramentorum libellas, Ucet a plerisque, scriptorum vitio dépravante, non ut ab aathore sao est éditas haberetur, pro capta tamen ingenii ob multorum atilitatem, studii nostri tait enim artis stylo corrigere. Quem cum pnidens lector stadiose perlegerit, verum nos dicere ilico comprobabit, nisi iterum scriptorum vitio depravetur. Sed quia sont et alla qasedam, quibus necessario sancla atitar Eoclesia.quae idem pater ab aliis jam édita esse inspiciens, piîetermisit; idcirco operœ prelium duximus, ea velut flores pratorum vemantes carpere. et in anum congererc, atqae corrccta et emendata saisque capttalis prœnotata, in liuius corpore codicis seorsam ponere, ut in hoc opère cuncta inveniret lectoris industria, quœcumqae nostris temporibus necessaria esse perspeximus qaanqaam plara et iam in aliis sacramentorum libellis invenissemus inserla. Hac vero discretionis gratia priefatiunculam in medio collocavimus, ut altcrius finis, alterias quoque exordium csset libelli; ita videlicet, ut hinc inde (ormabiliter eisdem positis libellis noverit quisque, quse a B. Gregorio. quseve sint ab aliis édita patribus; et quoniam excladendos tantarum qaaesitores diversaramque institutionuin sanctarum neqaaquam dignum vel possibile esse censuimus, saltim eonim omniam condignis desideriis in évident! huius operis copia satis facereraas. Si cuiautem placent ea.quaesinefastuarrogantiae sammo studio pioque collegimus amore, sascipere, precamar ut non ingratas nostro existât labori, sed potius ana nobiscum gratias agat oniniunî bonorum largitori. Si vero superflua vel non necessaria sibi illa iudicaverit, utatur tantum praifati patris opusculo, quod minime respuere, sine sui discrimine potest; et ea quierentibas, hisqae pio animi affecta ati volentibus, utenda admittat. Non igitur ingratis, fastidiosis, sed potius stadiosis et devotis, illa collegimus, in quibus, cui animo sedent, potest reperire, unde et débita vota sua, et ofiicium divini cultus digne ac placabiliter Domino valeat extiibere. Noverit itaque nos perspicacitas lectoris non alia haie inseruisse operi, nisi ea qua; a probatissimis et eruditissimis magna diligentia exarata sunt viris. Ex multis ergo multa collegimus, ut multorum utilitati prospiceremus. Prsefationes porro, quas in fine liujus posuimus codicis, fiagitamus ut ab his qaibus placent, cum caritate suscipiantur, et canantur. .\b his vero, qui cas intelligunt, nec tamen deleetantur, necnon et ab his qui cas volant, nec tamen intelligunt, poscimus ut nec assumantar. nec canantur. .\ddimus etiam et benedictiones ab episcopo super populum dicendas, necnon et illud quod in prtefato eodice B. Gregorii, ad gradus inferiores in Ecclesia constituendos.nonhabelur. Obsecramus itaque vos, quicunque hune codicem ad legendum sive transeribendum sumpseritis, ut pro me preces ad Dominum fundatis. qui ob utilitatem plurimorum illa colligere atqae corrigere studuimus. Precamurque ut eum ita diligenter transcribatis, quatenas eius textus, ea eraditorum aures demulceat. et simphciores quosque errare non sinat. Nihil enim, ut ait B. Hieronjinus, proderit emendasse librum, nisi emendatio librariorum diligentia conservetur 5.

^ Cod, caroh, éd. Jaffé, p. 274. — = On trouvera ces exemplaires décrits dans Dclisle, litém. de l'Acad. des inscript., t. xxxn. 1'= partie. -"Mémoire sur d'anciens sacramentaires, Paris. 1SS6. Cf. sur tout cela, JI' Duchesne, Les origines du cuUe, 1908. p. 120; Netzer, L'introduction, etc., p. 72 sq. Cf. aussi les travaux d'Edmond Bishop cités plus loin. — ' M. Edmond Bishop a exposé ses \-ues dans deux articles d'une importance capitale : The earliest Roman mass-book, extrait de Dublin revicw, octobre 1894, et On sonie earlg manuscripls o/ Ihe Gregorianum, dans Journal o/ Iheological studies, a\Til 1903, p. 411-42G. Ce qui est curieux, et ce que nous avons déjà fait remarquer ailleurs, c'est que, plusieurs années avant Bishop, un savant français, Varin, dont le mémoire a passé presque inaperçu, étaitaiTivé,par une autre voie, à peu prés aux mêmes conclusions Mém. c(7é, col. 807. — «Varin accorde à l'édition de Pamélius une valeur égale à celle de Muratori. Cette opinion ne serait pas admise aujourd'hui sans conteste par les liturgistes. C'est dans Muratori qu'il faut chercher le sacramentaire envové à Charle-

magne. Jlai s, pour comble de malheur, une erreur de pagination dans cette édition a contribué encore à la confusion et explique les erreurs des critiques les plus avertis d'ordinaire. C'est encore à M. Edmond Bishop que revient le mérite de la rectification. Ainsi les pages 241-272 (Muratori, op. cit.. t. Il) devraient être p. 139-170, tandis que 139-240 devraient être 171-272. Cela modifie sensiblement l'aspect et la nature du sacramentaire. Ainsi le sacramentaire dit d'Hadrien comprend, dans Muratori. col. 1-138, 241- 272 et 357-361;le supplément carolingiencomprend col. 139- 240. Cf. The book o/ Cerne, Cambridge, 1902, p. 237, 2.38. — ' Cette note a été éditée par Pamélius, Lilurgicon Ecclesiœ lalinœ, t. Ti. p. 388-390; par Muratori, Lilurgia romana velus, t. IT, p. 271 ; par Gerbert. Velus lilurgia Alemanica, Saint-Biaise, 1776, t. i, p. 89-90; par Dùmmler. dans Forselmngen zur deutschen Gesehichte, 1866, t. vi. p. 124. Il serait utile d'en donner une édition critique. On trouve encore la note liucusque dans les sacramentaires dont la liste suit : sacramentaire de MarmoutiersadaptépourrÉglised'Autun,

CIIARLEMAGNE ET LA LITURGIE

Bien des questions se posent au sujet de cette note, et de l'édition même de ce sacramentaire. Quel en est l'auteur? Il faut chercher dans l'entourage de Charlemagne un homme à qui la faveur dont il jouissait auprès de l'empereur, son autorité, ses connaissances liturgiques, donnaient le droit de retoucher ainsi un ouvrage ofliciel, comme le sacramentaire envoyé par le pape. M. Bishop n'hésite pas à y voir Alcuin '. Longtemps avant lui, Varin, dont nous avons déjà cité le mémoire, que M. Bishop n'a pas connu, et qui a passé à peu près inaperçu en France, était arrivé sur ce point comme sur d'autres, et par des méthodes très différentes, aux mêmes conclusions que M. Bishop 2. Il nous semble que, de plus en plus, les critiques se rallient à cette hypothèse si vraisemblable. On ne saurait, du reste, trop exagérer l'influence de Charlemagne sur cette édition. Xul doute qu'elle n'ait été entreprise sous ses yeux, et que la préface Ihiciisque ne revête ainsi un caractère odiciel. Elle devient une sorte de capitulairc liturgique et le sacramentaire d'Hadrien ne fut adopté dans l'empire de Charlemagne que sous la forme que lui donna .\lcuin.

La seconde question est celle-ci : la partie du sacramentaire avant la préface Hucusquc représentet-elle le texte authentique du sacramentaire de saint Grégoire? Malgré l'opinion de certains critiques (Muratori, Duchesne), nous croyons qu'il faut répondre affirmativement, au moins pour la substance '. La question sera traitée dans tout son développement aux mots : Grégoriens. Gélasiexs (Sacramentaires), mais, dès maintenant, il semble clair, d'après la note Hucusque, que l'exemplaire envoyé ne i pouvait être que le grégorien. !

Autre question. Ce livre envoyé par Hadrien représente-t-il, non pas un sacramentaire à l'usage des églises, mais un missel strictement à l'usage du pape et de la cour romaine? Cette dernière hypothèse est celle de My Duchesne : ■ En sonuue, dit-il, nous j avons ici un livre disposé, non pas pour l'usage romain en général, tel qu'il peut être appliqué en un pays'j quelconque, mais pour l'usage romain tel qu'on ! l'observe à Rome. De plus, c'est un sacramentaire ! essentiellement stational, qui ne peut servir que les j jours de fête ou d'asse?nblées solennelles. Sauf ces jours consacrés, il n'a de messes que pour le jour de la dédicace, pour l'ordination du pape, ou du prêtre cardinal, pour le mariage, pour les funérailles du pape. Aucun rituel n'est indiqué pour la dédicace, aucune messe n'est assignée pour les dimanches et jours ordinaires, pour les funérailles des clercs ou des fidèles, : aucune pour les nécessités particulières, guerre, peste, tempêtes et autres fléaux, pour les malades, les pé- j cheurs, les voyageurs et ainsi de suite. On n'y trouve même pas les formules de la velalio t'irgiiiiwi et de la réconciliation des pénitents. J'hésiterais donc, continue le savant critique, à considérer ce recueil comme ( un livre complet, pouvant suiïire à hmtes les nécessités liturgiques, même pour le temps du pape Hadrien, f Peut-être était-ce un exemplaire spécial à l'usage du pape ... peut-être était-ce un livre d'usage moins restreint, mais alors il faudra admettre qu'il était

supplémenté par d'autres textes... La meilleure preuve de son insullJsance, c'est que, une fois passé en France, il fut reconnu impropre à l'usage et qu'on se vit obligé de le supplémenter largement ■•. »

Toutes ces distinctions et hésitations du savant critique sur la nature de ce livre sont parfaitement justifiées. Il semble cependant que, grâce à l'interversion et à la reconstitution proposée par M. Bishop, et à la découverte de dom Wilmart, on arrivera à cette conclusion, que ce sacramentaire n'était pas un livre exclusivement à l'usage du pape^ Comment croire j qu'Hadrien, à la réquisition de Charlemagne, eût en- ) voyé un sacramentaire impropre à l'usage général, un livre qui ne pouvait servir qu'au pape?

L"n dernier point :\ traiter est celui-ci : de quoi se compose le fameux supplément qui suit la préface Ilucuxquc? Avec quels éléments .\lcuin, ou l'auteur quel qu'il soit de cette compilation, a-t-il complété le sacramentaire envoyé par Hadrien? Quoique nous ne soyons pas encore très exactement renseignés sur ce point, il faut répondre que quelques-uns de ses matériaux ont été puisés dans le gélasien tel qu'il était connu en Gaule, à l'époque d'Alcuin, et on sait que ce type liturgique était très répandu dans ce pays au viii" siècle, l'ne autre source à laquelle l'auteur ne se fit pas scrupule d'emprunter des prières, ce sont les livres de la liturgie gallicane. Enfin, dom Wilmart nous assure qu'il dut puiser aussi dans un sacramentaire grégorien d'un autre type que celui envoyé par Hadrien ; en effet, le supplément cadre, autant qu'on peut en juger, avec le grégorien conservé au Mont-Cassin et que dom 'Wilmarl a si heureusement mis en lumière ».

IMais, dès maintenant, nous pouvons tenir comme acquis les résultats auxquels sont arrivés, indépendamment, Varin et Bishop : l'exemplaire envojé par Hadrien représente un sacramentaire usité dans les églises romaines à cette époque, et qui était, en substance, le grégorien. Remis à Alcuin, cet exemplaire fut par lui, et sans nul doute par ordre de Charlemagne, supplémenté et complété. «^

Seulement, ce qu'on aurait pu facilement prévoir arriva. La combinaison adoptée par Alcuin, qui avait voulu conserver dans son intégrité le type envoyé par Hadrien, présentait des complications que la Iiratique tendrait fatalement à faire disparaître. Les obèles, qui marquaient les messes étrangères au grégorien d'Hadrien, tombèrent vite en désuétude; le souci d'exactitude, qui avait fait mettre en supplément les autres additions, fit bientôt place au désir de simplification, et les deux parties furent fondues en un tout. C'est le nouveau type liturgique qui prévalut et dont on trouve plusieurs exemplaires à l'époque qui suit celle d'Alcuin. Les missels ainsi combinés étaient d'usage plus commode, mais les éléments étrangers étaient désormais fondus avec les éléments purement romains.

Quoi qu'il en soit, ce sont ces sacranientaires ainsi combinés et altérés qui devinrent le missel ofliciel dans tous les États de Charlemagne. Et, fortune plus extraordinaire encore, ce missel finit par revenir à

manuscrit 19 bis, de l'ancien séminaire d'.\utun; sacramentaire de Coibie, Ms. latin 12060 de la Bibliothèque nationale; sacramentaire de l'Église du Mans, Ms. 77 de la bibliotliéquc du Mans; sacramentaire de l'Église de Senlis, bibliothèque Sainte-Geneviève, Ms. lalin BB 20; sacramentaire de l'Église de Paris, Ms. 313 du fonds Ottoboni au Vatican; sacramentaire de l'Église d*.\rles, Ms. latin 2S12, Bibliothèque nalionale; sacramentaire de l'Église de Beauvais, Ms. lalin 9129 de la Bibliothèque nationale; sacramentaire de Grinioldus, Ms. SS lie la bibliothèque de Cologne. Cf.Delisle, i\iémoirc sur d'anciens sacranientaires, p. 97, 124, etc. Voir aussi dans Ebner, Missalc

romanum im Miltclaller, Freiburg-i.-Br., ISflO, p. 383, la Ii*te des manuscrits qui possèdent le supplément.

' Bishop, loe. cit., p. 15. — = Varin, Mémoire cité. — ' Car, pour le détail, dom Wilmart nous fait constater que, cinquante ans après saint Grégoire. Icgi-ègorien avait déjà subi des additions. Cf. dom Wilmarl, L'n missel grégorien ancien, dans la Revue bénéilicline. juillet 1909, p. 280- 300. — • les origines du culte. 1908. p. 123, 121. — • L'édition de Muratori devait fatalement induire en erreur les lilurgistes, jusqu'au jour où M.Edmond Bishop a proposé la rectification de texte dont nous avons parlé ci-dessus. — • nom Wilmart, art. cité. p. 19.

CHARLEMAGNE ET LA LITURGIE

Rome, pnr y ôlie adopté cl par y supplanter tous les autres types liturgiques. C'est en substance le missel romain actuel, sauf les quelques additions qu'y a apportées le cours des âges. Ainsi, par un étrange revirement, Cliarleniagne, qui voulait introduire en France la liturgie romaine, préparait sans s'en douter une liturgie franco-romaine, qui, par une sorte de fus pos//im(nù', reviendrait un jour à Rome et formerait la liturgie que l'on pourrait appeler néo-romaine. Si nous nous sommes arrêtés sur cette question d'éditions grégoriennes, c'est qu'elle est en plein dans notre sujet. En somme, c'est à Charlemagne que nous devons en grande partie la liturgie qui, du ix<" siècle jusqu'à nos jours, a été celle de l'Occident latin à peu près tout entier, et le missel romain, dont nous nous servons encore aujourd'hui est, substantiellement, celui rédigé sous les yeux et l'inspiration du grand empereur. Ces résultats des derniers travaux de la critique sur la liturgie de la restauration carolingienne devaient être d'autant plus soigneusement notés qu'ils sont encore peu connus, même par les liturgistes de profession, et qu'ils sont de nature à changer à peu près complètement les notions jusqu'ici reçues.

En tout cas, on comprend l'erreur qu'ont commise les éditeurs ou les critiques qui considèrent comme grégoriens des sacranientaires qui ne tiennent plus aucun compte des obèlcs si soigneusement marqués par Alcuin ou le compilateur du sacramentaire,ni des distinctions maintenues par lui entre la partie grégorienne et la seconde partie.

Ces sacranientaires n'ont plus de grégorien que le nom; ce sont des combinaisons plus ou moins heureuses d'éléments grégoriens, gélasiens et gallicans.

Pour en revenir à Charlemagne, il faut constater aussi que, tout en favorisant l'adoption de la liturgie romaine dans ses r-'tats,il ne se faisait pas scrupule d'y introduire des modifications. Nous avons vu qu'il chargea Paul Diacre de faire un recueil de leçons qui remplacerait les lectures romaines à l'ofllcc. De même, il gardait à la messe le chant du Credo qui est d'origine gallicane, et que Rome n'admettra dans la messe que plus tard '. Le supplément au sacmmentaire grégorien était une nouvelle altération apportée à la liturgie romaine.D'autres modifications s'introduisaient encore à la messe. Les prières de l'offertoire, Veni sanctificalor omnipotens et Suscipc sancla Tiinitas, sont d'origine gallicane. L'auteur du Micrologue avait déjà relevé ces particularités : Dicil sncerdos fuxta gallicanumordincm : Ycni sanclificalor, Suscipc sancla Trinitas, non ex aliquo ordinc (scil. romano) sed ex ccclesinslica disciplina. Romanus tamen ordo nullam oralionem instiluil post ofjcrcndam ante sccrelam^. Il fait la même remarque au sujet des prières qui précèdent et qui suivent la communion.

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