CHARLEMAGNE ET LA LITURGIE — CHARLES LE CHAUVE
per, Karls des grossen roinishes Mcssbiich. Ein Beitraij zur Gesch. des Sucrameniarium Gregorianum, Teubner, Leipzig, 1908. — Xetzcr, Introdaclion de la messe romaine en France sous les Carolingiens, in-8», Paris, 1910.
.Sur la copie des manuserits : J. .\. Ketterer, Karl der Grosse und die Kirche, Leipzig, 1898, p. 232 sq. ; Karl, und die kirehliche Literatur u. Kunsl. — Baron Ernouf, Xotice sur un évangéliaire byzantin qui parait avoir appartenu à Charlemagne, dans Mélanges de littérature et d'histoire, publii-s pur la Société des bibliophiles français, Paris, 18.56, p. 163-168.— Ed. Aul)ert, Reliure d'un manuscrit dil évangéliaire de Charlemagne, dans Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France, Paris, 1874, IV" série, t. V, p. 1-17. — H.-E. Gaullieur, Mémoire sur quelques livres caroiins ou de l'époque carolingienne Cl l'occasion d'un manuscrit latin avec couverture d'or provenant du trésor du chapitre de Sion en Valais et désigne sous le nom d' évangéliaire de Charlemagne. Lu à la section de l'Académie des sciences morales et politiques, 30 sept. 18.î3.Cf. A. Darcel, dans la Gazette des beaux-arts, 186.5, t. xix, p. 437, 511. — Piper (Ferd.), Karls des Grossen Kalendarium und Ostertafel aus der Pariser Urschrift.heransgefi.mui crliiutert.etc, Berlin, 1858, in-S" de 168 p. — Jos. v. .\rneth, l'eber das Evangelictrium Karls des Grossen, dans Denksehr. Akadem.' Wissensch.. in-4°, Wien, 1864, t. xiil, l'« part,, p. 85-134, 5 pi.
F. Cahkol.
CHARLES LE CHAUVE (Manuscrits de). — ï. Ms. lat. 1. IL Ms. lat. 2. III. Ms. lat. 1152. IV. Ms. lat. 14 000 Gimel. 55. V. Bible de S.iint-Paul. VI. Le livre de prières à Munich.
Charles le Chauve n'appartient à nos études que par six monuments précieux auxquels son nom demeure attaché et qui sont inséparables de l'histoire de la renaissance artistique inaugurée sous Charlemagne. Nous étudierons d'abord les bibles classées ms. lat. 1 et ms. latin 2 de la Bibliothèque nationale.
Charles le Chauve, dit L. Delisle, accorda de généreux encouragements aux écrivains dont les travaux jetèrent un certain éclat sur son régne. 1 'un d'eux, le moine Héric, s'exprime ainsi dans l'éjjitre dédicatoire mise en tête de sa Vie de saint Germain, évéque d' Auxerre : Illud vel maxime vobis œlernam parai memoriam quod famosissimi cwi vestri Caroli sludium erga immortales disciplinas non modo ex œquo reprœsentcdis, verum etiam incomparabili fervore Iranscendilis. dum quod ille sopitis eduxit eineribus,vos fomenta multiplici lum beneficiorum tum auetorilcdis usquequaque provehilis : immo, ul sublimibus sublimia conferam, ad sydera perurgelis. lia vestra tempestate ingénia hominum duplici nitunlur aminiculo, dum ad sapientiœ abdita persequenda omnes quidem exempta allicitis, quosdam vero etiam prœmiis invitatis '. Parmi les 'auteurs qui ont dédié leurs ouvrages à Charles le Chauve, on peut nommer Ratramne, Jean Scot, Usuard, Mcric et Jonas d'Orléans =. Les manuscrits de ce prince ne le cèdent ni en richesse, ni en élégance à ceux de Charlemagne. C'est à bon droit qu'on a depuis longtemps classé parmi les chefs-d'œuvre de la cjlligraphie du moyen âge les deux bibles de ce roi, son livre de prières et ses évangiles. En 877, Charles le
(Chauve ordonna à ses exécuteurs testamentaires de partager les livres de son trésor entre son lils et les églises de Saint-Denis et de Xotre-Danie de Corapiègne '.
I. M.\NuscRiT L.vTi.v 1. — Volume de 423 feuillets de vélin, mesurant O^ôOxO^SS. Écriture sur deux colonnes, probablement du début du ix« siècle, écriture en lettres d'or. Huit pages sont entièrement couvertes de sujets peints qui seront mentionnés dans la description qui va suivre: on y trouve aussi de belles lettres ornées et de gracieux enjolivements. Outre les tableaux et les morceaux sur fond pourpré, il faut signaler différents passages écrits en lettres onciales : fol. 8 v°, 11, 130, 146, 166 v», 192, 216 y. 233, 297 v», 300 v, 324, 366 v», 377 v», 383 et 416; les initiales dé la plupart des livres de la Bible et les petits sujets qui accompagnent beaucoup de ces initiales.
La dçrnière des miniatures (fol. 423) semble donner la date du volume, mais les auteurs bénédictins du Nouveau trente de diplonudique ont fait cette importante remarque* : « On voit d'abord quatre pages divisées en deux colonnes, renfermées dans des bandes. Le fond est en pourpre et les caractères en or. L'écriture présente un discours en vers adressé au roi. Les premières lettres de chaque vers hexamètre et pentamètre sont plus grandes, mais du même genre que les autres. Voici un échantillon du discours poétique : Jani subeanl menti, fuerint quse noxia culpœ
Per lacrimas, gemitus, pcrque laboris opus. Sic sic cum precibus quœralur gralia Christi,
Muneris est cujus quicquid in orbe boni, Quid volumus, pelimus, facimus,quid scimus,habennis,
Inde datur iwstris utile non meritis Aut uanum aut vaeuum aut nil aut laudabile nusquam '.
« Les autres vers sont sur le même ton. Ensuite on prescrit au prince ses devoirs... [A la fmj il y a une image, où Vivien, abbé de Saint-Martin de Tours, présente l'ouvrage à Charle le Chauve. Cette peinture a fait juger que cette bible a été écrite du tems de cet empereur françois. On ne peut nier que la pièce où l'abbé Vivien ^ est nommé ne soit du milieu du ix= siècle. Mais il s'en trouve deux ou trois toujours adressées au roi Charle, qui semblent micu.x convenir à Charlemagne. Il y est plusieurs fois apostrophé sous le nom de David, et l'on sait qu'il s'étoit donné ce nom. Dans la suposition que cette bible eût d'abord été faite pour Charlemagne par ordre d'Alcuin, abbé de Saint-Martin de Tours, on ne sera pas surpris que Charlemagne soit plusieurs fois apelc David par ce grand homme. Cette bible n'aura point été présentée à Charlemagne, soit à cause de la mort d'Alcuin ou de celle de cet empereur ou pour quelque autre raison. L'abbé Vivien, voyant que le livre ctoit adressé à un Charle, aura voulu l'ofrir à Charle le Chauve. Il auroit dû faire mettre son portr;iit à la tête. Mais comme il le vouloit faire précéder de sa dédicace et qu'il y en avoit une autre au commencement, il se sera vu obligé de le renvoyer à la fm. La pourpre où sont les vers de la dédicace ne répond point au reste du livre. Elle est très-laide et presque détachée : ce qui en fait encore sentir un morceau postiche. En général, l'écriture et surtout la minuscule convient mieux au temps de Charlemagne qu'à celui de Charle le Chauve. Elle
'Bibl. nationale, ms. latin^JJ/'ôr, dans Delisle, Le cabinet des mamiscrits de la Bibliotliéque impériale, in-4'>, Paris, 1868, t. i, p. 5, n. 4. La lettre du moine Héric au roi se trouve publiée dans A. du Chesne, Scriplores, t. il, p. 470; Bouquet, Recueil, t. vu, p. .562; Acta scuict., julii t. VII, p. 221; Dura, Bibl. Iiist. de l'Yonne, t. ii, p. 2. — 'Rivet, Histoire' liltéraire de la Fr(mce,'t. v, passim. — ' Baliize, CapiliilfU-ia rcuuni t''rancoruni, t. ll. col. 264 : Libri nostri qui in tliesaaro nostro sunt ab illis, sicui dis-
positiun habemus, inter Sanclum Dionysium et Sujictani Alariam in Compendio et fllium nostnim disperliantur. — * Souoeau traité de diplomatique, in-S^, Paris, 1757, t. m, p. 133, note 1. — ' Cette pièce a été publiée par Baluze, Capital, reg. Franc, t. il, col. 1568. — • J. Labarte, His/oire des arts industriels, in-4'>, Paris,1873, t. ii, p. 202, fait de ^'ivien un « célèbre guerrier =, mais c'est comme abbé et iitm coninie comte qu'il parait ici; au reste, il était beaucoup plus comte qu'il n'était abbé.
CHARLES LE CHAUVE (MANUSCRITS DE
sent plus la fin du vin'' siècle ou le commencement du suivant que son milieu. » L. Delisle considérait cette conjecture comme « très plausible ' i>: pour faciliter la comparaison avec les autres bibles attribuées h Alcuin, notamment avec celle du British Muséum, voici la description complète du manuscrit. fol. 1. Dédicace : Incipit :
Rex benedicte, iibi hsec placeal biblioteca Carie Teslamenla duo quie relerjenda geril.
Dcsinil :
Qui mare, qui terrain, qui lotuni continel orbem Te conservet, amct.dueat usque ad polum SU tibi bonor, pax, ordo, decus, palienlia, regnum Prosperitas onmis et sine fine vale.
Le morceau complet contient deux cents vers. Parmi les ornements du fol. 1 v", on remarque le dessin de deux médailles d'or, avec ces légendes :
et
DAVID REX IIV1P[ERAT0R] KAROLVS REX FRANC0[RVIV1J
A la suite est une grande miniature qui est la première du livre et consacrée à saint Jérôme.
fol. 3 v. Tableaux représentant des scènes de la vie de saint Jérôme, avec ces légendes - :
Exil Hieronimus Borna condiscere verba Hierusalem hebrœa: legis honorifieœ.
Eustoehio neenon Paulœ divina salutis
Jura dat, altithrono fullus ubique Deo.
Hieronimus translata sui qux transtulil almus Ollis hic tribuil quis ea composuit.
fol. 4. Incipit epislola sancti Hieronymi ad Paulinum presbiterum de omnibus divinis historise libris. Fratcr Ambrosius tua mihi munuscula... On remarquera la belle initiale F, haute de plus de trente-cinq cenlimèlres.
fol. 8. Incipit pre/atio sancti Hieronymi presbiteri. Dcsiderii mei desideratas accepi epistolas... La première majuscule est ornée des images du soleil, de la lune et des signes du zodiaque '.
fol. 9. Capitula libri Geneseos. Tituli in Vêtus Testamentum. sous une arcature dominée par des lustres et surmontée de vents ou de monstres.
fol. 10 y. Tableaux représentant l'histoire d'Adam et d'Eve, avec ces légendes * :
Adam primus uli fingitur istic
Cujus Costa saerœ carpitur Evœ.
Christus Evam ducitAdte. — Quani vocat viraginem.
Ast edant ne poma vilse — Prohibet ipse conditor.
Suadet nuper createe — Anguis dolo pucllœ.
Post hase amoena lustrons — Adam vocat redemptor.
Uterque ab umbris pellitur inde sacris
Et tam labori rura colunt habiti.
fol. 11. Incipit Genesis. L'initiale I à entrelacs; les premiers mots en or sur pourpre. Cadre en couleurs.
fol. 26. Incipiunt capitula in libro Exodî.
fol. 27 V. Tableaux de l'histoire de Mo'ise, avec cette légende :
[j'n/ra Suscipil legem Moyses corusca régis e dexlra superi, sed
Jam docel Christi populuni replelus neclare sancto.
fol. 28. Incipit liber Exodi. L'initiale de l'Exode
> Op. cit., t. m, p. 234. S. Berger, Histoire de la Vulgate, 1893, p. 218, n'en fait aucun cas. — = A. Venturi, Storia deir (o-te ilaliana, in-8», Milano. 1902, t. n, p. 279, fig. plus ancienne, dans les Arts sompluaires, t. ii, p. 43, et pi. du t. I. — ^ A. Michel, Histoire de Fart depuis tes premiers
représente Moise sauvé des eaux; les trois premières lignes en or et en noir sur vert.
fol. 39 v°. Incipiunt capitula libri Levitici.
fol. 40. Incipit liber Leviticum.
fol. 48 v". Incipiunt capitula libri Numeri.
fol. 49. Incipit liber Numeri
fol. 41 V. Incipiunt capitula in libro Deuteronomii.
fol. 62 v°. Incipit liber Deuteronomii.
fol. 73. Incipit prœfatio in libro Jesu Naoe etJudicam . Tandem finilo Pentalheuco...
fol. 73 V". Incipiunt capitula in libro Jesu Nave.
fol. 74. Incipit liber Jesu Kave.
fol. 81. Incipiunt capitula in libro Judicum.
fol. 81 v". Incipit liber Judicum.
fol. 88 V". Incipiunt capitula in libro Ruth... — Incipit liber Put h.
fol. 90. Incipit prefalio sancti Hieronimi in libros Regum.
fol. 90 V. Incipit capitulatio libri Regum.
fol. 91. Incipit Regiim liber primus.
fol. 101 v". Incipit capitulatio Regumlibrt secundi... Incipit Samuhel liber secundus.
fol. 110 v. Incipit capitulatio de libri Regum tertio... Incipit Malachim id est Regum liber tertius.
fol. 120 v». Incipit capitulatio de libro Regum quarto... Incipit ejusdem liber quartus.
fol. 130. Incipit prologus sancti Hieronimi in Isaia propheta. Nemo cum prophetas...
fol. 130 y. Incipit liber Esaiœ prophetœ.LeX initial figure l'autel embrasé; deux séraphins auprès de Dieu; l'ange touchant les lè\Tes du prophète avec le charbon.
fol. 146. Incipit prologus in Hieremiam prophetam. Hieremias propheta cui hic prologus scribituT... Incipit liber Hieremiee.
fol. 165. Incipit lamentatio Hieremia; prophètes.
fol. 166 v. Incipit oraiio Hieremiee prophetse.
fol. 166 v». Incipit prologus in Hiezechihelem prophetam. IIie:echiel propheta cum Joachim regem...
fol. 167. Incipit liber Hiezechihelis prophetse.
fol. 184 V". Incipit prologus in Danihelem prophetam. Danihelem prophetam iu.rta sepluaginta interprètes...
fol. 185. Incipit liber Danihelis prophetœ.
fol. 192. Incipit prologus in libro XII prophetcwum. Non idem ordo est duodecim.
fol. 192 v". Incipit Osée propheta:
fol. 194 v». Incipit Johel propheta.
fol. 195 V. Incipit Amos propheta.
fol. 197. Incipit Abdias propheta.
fol. 197 V". Incipit Jonas propheta.
fol. 198. Incipit Micha propheta.
fol. 199 v". Incipit Naum propheta.
fol. 200. Incipit Abacuc propheta.
fol. 200 y. Incipit Sophonias propheta.
fol. 201 v°. Incipit Aggeus propheta.
fol. 202. Incipit Zachcwias propheta.
fol. 204 v. Incipit Malachias propheta.
fol. 205 v». Incipit prologus in librum Job.
fol. 206 v°. Incipit liber Job.
fol. 215 v». Tableau représentant le roi David, avec ces légendes explicatives :
Psalmi ficus David resplendet et ordo peritus. E/us opus ccmere musica ab arte bene.
David rex et propheta. — Asaph. — .Eman. — JEthan.
— Idithun. — Cerethi — et Phelethi. — Prudentia.
— Justitia. — Fortiludo. — Tempercmlia '.
fol. 216. Origo prophetiœ David régis psalmorum
temps chrètiens.in-S'; Paris,1905,t. i,p.345, flg. 109. — 'Reproduit dans les Peintures des manuscrits de il. deBastard; cette peinture est remarquable par sessions roses. — » Venturi, Storia delTarle italiana, in-S», Milano, 1902, t. il, p. 281, flg. 211.
CHARLES LE CHAUVE (MANUSCRITS DE
numéro cl. David fitius Jesse cum asel in rcyno suo (jualluor elfijil qui psalmos facercnt, id csl Asaph. .Enmn, JEtlian et Idithun...
fol. 216. Incipit pne/alio sancli Ilicroiujmi presbyteri. Psalterium Romœ dudum posilus...
fol. 216 v». Incipit psalterium de translationc septuaijinta interpictum, emendalum a sanclo Hieronimo prxsbiteiù in no:.-o. L' incipit en onciiile d'or sur pourpre.
fol. 233. Liber Salomonis, id est parabolœ ejus secundum ftebraicam veritulem trcmdatœ ab Eusebio Hieronimo presbytero, petenlc Cliromaiio elHeliodoro. Epistota Hieronimi. Jungat epistota quos jungit sacerdotium...
fol. 233 v". Incipiunt capitula libri Proiierbiorum.
fol. 234. Incipit liber Proverbiorum quem Hebrsei Maslolli appellanl. I.o titre en capitale d'or sur pourpre.
fol. 240 V". Incipiunt capitula in libre Ecclcsiasticum.
fol. 241. Incipit liber Ecctesiastes.
fol. 243 v". Incipiunt Cantica canlicorum, quod hebraice dicitur Syrasirim.
fol. 245. Incipit capitulutio libri Sainentiic... Incipit liber Sapientiie.
fol. 250. Incipit prologus libri Jcsu filii Sirach. Multiirum nobis et magnorum...
fol. 250 v°. Incipiunt capitula libri Ecclesiaslici.
fol. 251. Incipit liber Ecclcsiasticum.
fol. 265. Incipit priefalio scmcti Hieronimi in libro Dabreicimin id est Vcrba dicrum. Si septuayinta interpretum pura...
fol. 265 V. Incipit liber Dabreiamin, id est Verba dierum, quod est Par(dypominon.
fol. 274. Incipit Paralypominon liber II, id csl Verba dierum.
fol. 285. Incipit prœfatio Eusebii Hieronimi in Ezra. Ulrum dijjicilius sit...
fol. 285 V. Incipit liber Ezrœ.
fol. 293. Incipit prœfatio in librum Hester. Librum Hester variis translutoribus... Incipit liber Hester.
fol. 297 V. Incipit pnefatio in libru Tobiœ. Chromatio et Heliodoro ei>iscopis Hieronimus prœsbyter... Incipit liber Tobiœ.
fol. 300 V". Incipit praefcdio libri Judith. Apud Ilebrivos liber Judith inter agiografa...
fol. 301. Incipit liber Judith.
fol. 305 V". Incipiunt capitula libri Machabœorum.
fol. 306. Incipit Machabœorum liber prinuis.
fol. 316 y. Incipiunt capitula Machabœorum libri secundi.
fol. 317. Incipit Machabœorum liber secundus.
fol. 324. Incipit prœ/atio sancli Hieronimi presbyteri in evangelia. Beato papx Damaso, Hieronimus. Xovum opus me facere coqis. L'initiale B(eato) richement ornée et encadrée.
fol. 324 y". Item pnrfaliu. Scicnduin tamcn ne quem igncuum...
fol. 325. Incipit prœfatio sancli Hieronimi. Plures fuisse qui evangelia...
fol. 325 V. Incipit epistota Eusebii. Easebius Carpiano fratri, in Domino salulcm. Ammonius quidcm Alexundrinus magno studio...
fol. 326. Canons des évangiles. Au fol. 327 v, deux éléphants et, à ce sujet, Janitschek et Sam. Berger rappellent l'arrivée à Aix-la-Chapelle, en 802, de l'éléphant envoyé h Charlemagne par Haroun-al-Raschid : mira spcctucula regno Francorum.
fol. 328. Incipit prœfatio in Mattheum... Incipiunt capitula in evangclium Matthei.
fol. 329. Pièce en vers contenant une dédicace des évangiles au roi Charles et commençant par ces mots : Exulta, lœlare ', en capitale rustique alternativement or et rouge.
fol. 329 v". Tableau représentant le Seigneur au milieu des quatre évangélistes et des quatre grands
prophètes. Au haut île la page, se lit ce distique ' :
Rex micat œthereus condigne, sive prophetœ. Hic evangelicœ quattuor cdque tubx.
Chrislus. — Esaius. — Hieremias. — Hiezechiel.
Danihel. — Malth. ~ Marcus. — Lucas. — Johannes.
fol. 330. Incipit evcmgelium Matthei.
fol. 339 y. Incipit argumenlum in evungelio Marci. Incipiunt capitula in euemgetio Mai-ci.
fol. 340. Incipit evangelium secundurn Marcum.
fol. 346. Incipit prologus in Luccmt.
fol. 346 V". Incipiunt capitula in evcmgelium Lucœ.
fol. 347. Incipit evangclium Lucœ.
fol. 358. Incipit in evcmgelium Johaïuiis... Incipiunt prœfatio, capitula in evcmgelium Johcmnis.
fol. 358 v». Incipit evangelium Johannis.
fol. 366 V». Incipit prœfatio sancli Hieronimi in Actus apostolorum. Lucas natione Syrus...
fol. 367. Incipiunt capitula libri Aetuum apostolorum.
fol. 367 V. Incipit liber Aetuum apostolorum.
fol. 377 V». Incipit prologus septeni epislolarum canuniccu-um. Xon ita ordo est apud grœcos... Incipiunt capitula epistolœ scmcti Jacobi.
fol. 378. Incipit epistola scmcti Jacobi.
fol. 379. Incipiunt capitula epistolœ sancli Pétri I... Incipit epistola sancli Pétri prima.
fol. 380. Incipiunt capitula epistolie secundœ... Incipit epistola sancli Pctri secunda.
fol. 381. Incipiunt capitula epistolœ sancli Johannis prima (sic>... Incipit epistola sancli Johannis prima.
fol. 382. Incipiunt capitula epistolœ secundœ... Incipit ejusdem secunda.
fol. 382. Incipiunt capitula epistolœ lertiœ... Inci pit ejusdem tertia.
fol. 382 v". Incipiunt capitula epistolœ sancti Judœ... Incipit epistola sancti Judœ.
fol. 383. Incipit argumenlum sancti Hieronimi in cpistolam ad Romanos. Epistolœ Pauli ad Romanos ccmsa hœc est...
fol. 383 v. Concordia epislolarum Pauli apostoli.
fol. 384 y". Incipit argumenlum primum queeritur quare...
fol. 385. Incipit argumenlum in epistolam ad Romcmos. Romani sunt qui...
fol. 385 v. Incipiunt capitula epistolœ ad Romanos... Incipit argumentun^ in epistola ad Romanos. Romani sunt pcuics Ilaliœ...
fol. 386 V. Tableaux représentant des scènes de la vie de saint Paul avec ces vers pour légendes :
Hic Scmlum Dominus cœcat, hic fundit in imam Terram, post trahilur cœcus ut ire queat.
Alloquilur Sabaoth Annaniam quœrere Saulum. Reddit et en olli lumina adempta sibi.
Qucmi bcne, sancte, doccs vilcdia dogmatu, Paule. Ex série prisca cœlitus cdque nova.
fol. 387. Epistola ad Romcmos.
fol. 391. Incipit argumenlum epistolœ primx ad Corinthios... Incipiunt capitula...
fol. 391 y". Incipit epistola ad Corinthios prima.
fol. 395 y. Incipit argumenlum epistolœ secundœ ad Corinthios.
fol. 396. Incipiunt capitula epistolœ secundœ ad Corinthios... Incipit epistola ad Corinthios secunda.
fol. 399. Incipit argumenlum epistolœ ad Galalhas... Incipiunt capitula...
fol. 399 V. Incipit epistola ad Galathas.
' Baluze, op. cit.. t.
t. II, p. 283, ng. 212.
col. i:>71.
= Ventuii, op. ci(..
CHARLES LE CHAUVE (MANUSCRITS DE
fol. 400 v°. Incipit argumentum epislotœ ad Ephesios.
fol. 401. Incipiiint capitula... Incipit epistola ad Ephcsios.
fol. 402 v». Incipit argumentum epistolœ ad Philippenses. Incipianl capitula...
fol. 403. Incipit epistola ad Philippenses.
fol. 404. Incipit argumentum in epistolum ad Colossenses... Incipiunt capitula.
fol. 404 V". Incipit epistola ad Colossenscs.
fol. 405 V. Incipit epistola ad Laodicenses.
fol. 405 v°. Incipit argumentum epistolœ ad Tessalonicenses... Incipiunt Capitula...
fol. 406. Incipit epistola ad Tessaloniccnses.
fol. 407. Incipit argumentum epistolœ secundœ ad Tessaloniccnses... Incipiunt capitula... Incipit epistola ad Tesscdonicenses secunda.
fol. 407 Y". Incipit argumentum epistolœ ad Timotheum... Incipiunt capitula...
fol. 408. Incipit epistola ad Timolheum prima.
fol. 409. Incipit argumentum epistolœ ad Timolheum secundœ... Incipiunt capitula...
fol. 409 \<'. Incipit efusdem secunda.
fol. 410. Incipit argumentum epistolœ ad Tilum... Incipiunt capitula.
fol. 410 V, Incipit epistola ad Tilum.
fol. 411. Argumentum epistolœ ad Philimonem... Incipiunt capitula... Incipit epistola saneti Pauli ad Philimonem.
fol. 411. Incipit argumentum epistolœ ad Hebrœos.
fol. 411 V. Incipiunt capitula... Incipit epistola ad Hebrœos.
fol. 415 \">. Tableaux de scènes de l'Apocalypse, avec ces légendes :
Septem sigillis agnus innocens modis Signala miris jura disserit patris.
Leges e veteris sinu novellœ.
Almis pectoribus liquantur ecce, Quse lucem populis dedere multis.
fol. 416. Incipit prxfatio saneti Hieronimi in Apncalgpsis (sic). Johannes aposlolus et evangelisla a Domino.
fol. 416 V. Incipiunt capitula libri Apocalypsis... Incipit liber Apocalypsis.
fol. 422. Pièce de vers adressée à l'empereur Charles et commençant par les mots :
O decus,o veneranda salus,o splcndide David, re.KCarole^
elle est écrite en capitales d'or sur fond pourpré, ainsi que la pièce suivante.
fol. 422 V. Autre pièce de vers commençant par les mots > :
Hœc etiam piclura recludit qualiter héros.
Au haut de la page, note du xn'= siècle : Qualiter Vivianus, monachus scmcti Martini, presenlcd Imnc bibliam Karolo imperatori.
fol. 423. Grand tableau représentant Vivien offrant la Bible à Charles le Chauve.
Nous allons maintenant passer aux miniatures.
Au fol. 3, consacré à saint Jérôme (fig. 2640), traducteur des Écritures. Le champ est divisé en trois registres représentant : !■> saint Jérôme quitte la ville de Rome pour aller en Orient recueillir des copies fidèles des saintes Écritures; il s'y met à l'école d'un juif converti habitant Jérusalem et qui lui enseigne l'hébreu; — 2» saint Jérôme commente les Écritures; il a pour auditeurs le prêtre Évagre, accompagné de deux scribes traducteurs, et quatre pieuses dames, Eustochium et Paula; — 3° saint Jérôme distribue
^Baluze, op. cit., t. ii, col. 157
Ibid., t. II, col. 1572.
sa traduction des livres saints à des moines qui les emportent dans leurs monastères. Ces trois sujets sont composés sobrement et avec une correction louable, il y a du mouvement et de l'expression dans les figures. Au fol. lu v, en regard du début de la Genèse, trois miniatures qui représentent : 1» la création de l'homme et de la femme; Dieu conduisant Adam et Eve dans le paradis terrestre et leur faisant défense de toucher au fruit de l'arbre de la science; — 2" Eve écoute le serpent, reçoit de lui et présente à Adam le fruit défendu; le péché commis, tous deux tremblent en entendant l'appel de Dieu; — 3" Adam et Eve, chassés par un ange du paradis terrestre, sont condamnés aux labeurs de la vie : l'homme se courbe sur la terre qu'il lui faut cultiver: la femme assise garde son enfant, s'abritant sous un voile blanc contre l'ardeur du soleil. Ici, dit Labarte, l'artiste, ayant à reproduire les nus, a montré toute son ignorance des formes du corps humain, et n'a fourni qu'un dessin détestable; mais il s'est montré plus habile que les Grecs, ses maîtres, par la hardiesse de sa composition. Une main sortant d'un nuage, un rayon qui descendait du ciel étaient les seuls emblèmes que ceux-ci eussent osé employer jusqu'alors pour signaler la présence d'un Dieu. Le peintre français — comme celui de la bible de Cotton — a représenté quatre fois Dieu sous la forme humaine dans les scènes tirées de la Genèse et il cherche à exprimer la beauté immortelle du Créateur en lui donnant l'aspect d'un jeune homme imberbe, qu'il a rendu aussi beau que son inexpérience le lui a permis.
Au fol. 27 v", en regard du début de l'Exode, une miniature divisée en deux tableaux: 1° Moïse, sur le Sinaï, reçoit de la main de .Dieu les tables de la Loi; — 2» Moïse apporte ces tables au peuple assemblé et lui en donne lecture en présence d'Aaron. L'ensemble de ces compositions dénote plus de bonne volonté que d'habileté technique; quant à donner des corps à la foule, on n'y a pas songé : il y a des têtes, rien que des têtes, rien au-dessous.
Au fol. 215 V, en tête des psaumes de David, une grande miniature à peine enfermée dans un encadrement ovale (fig. 2641). Le roi-prophète occupe le centre tenant à la main un instrument à cordes qui peut figurer un psaltérion; il est entièrement nu sous une chlamyde étriquée qui lui donne un aspect grelottant. Sa tète porte une couronne semblable à celle que nous verrons sur la tête de Charles le Chauve dans la peinture du fol. 243. .\uprès de David sont deux compagnons d'armes, Cerethi et Phelethi; les quatre musiciens du Temple sont aussi court vêtus que leur maître, autour duquel ils sont assis et qu'ils accompagnent, formant un quintette. Asaph souffle dans un cornet et tient une cymbale. Éman a des cymbales dans chaque main, Éthan joue de la lyre et Idithun de la flûte. Dans les angles du cadre sont des figures de femmes en buste qui personnifient la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance. Toute cette composition, remarque justement Labarte, est empreinte du style de l'antiquité et se ressent de l'influence des artistes grecs; les carnations sont d'une couleur rouge très prononcée. Cette miniature offre beaucoup d'analogie avec quelques-unes de celles qu'on voit en tète du ms. grec n. 139 de la Bibliothèque nationale Au fol. 329 v, s'ouvre le Nouveau Testament. L'usage déjà répandu alors était de faire précéder chaque évangile du portrait de son auteur; l'artiste franc s'est affranchi de la coutume, il a réuni tous les évangélistes dans une grande composition à pleine page. Le Christ est assis au centre, dans une auréole inscrite par un losange; il tient dans la main droite une boule d'or et dans la main gauche un livre. .\ux angles, la brisure s'épanouit en un médaillon contenant les
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Xous aurion'i voulu donner une repioduction en couleurs de cette miniature, mais nous nous sommes heurtes à un refus du .Nlinistère de 1 Instruction Publique, sur un rapport tendancieux du Conservateur des Manuscrits, sous prétexte que le « but n'avait rien de scientifique ».
CHARLES LE CHAUVE (MANUSCRITS DE
figures en buste des prophètes Isaïe, Jéréniic, Ezéchiel et Daniel. Dans les angles du tableau, au-dessus et au-dessous du losange, sont placés les cvangélistes, représentés assis et écrivant. Si la composition est originale dans son ensemble, le style dénote un élève des byzantins (fig. 2642).
Au fol. 3Sf) vo.marquant le début des épitres de saint Paul, une grande miniature ofire trois compositions : 1° Saul se rend à Damas pour y rechercher les chrétiens; sur la route, une lumière l'aveugle, le renverse, et une voix l'interpelle. Un des hommes de sa suite le conduit, aveugle, à Damas; — 2°.\nanias, couché et endormi, reçoit du Seigneur l'ordre d'aller vers Saul; il lui impose les mains, lui rend la vue et le baptise; — 3" saint Paul enseigne la loi nouvelle.
Au fol. 415 V, en regard du début de l'Apocalypse^ une peinture à pleine page ollre deux sujets : 1° vision de saint Jean : un trône dans le ciel et sur ce trône le livre scellé; le lion de Juda et l'agneau se dirigent vers le trône et les symboles des évangélisles occupent les angles et chantent leur cantique; 2° la peinture intérieure représente saint Jean vêtu de blanc, en symbole de sa pureté; il est assis. Les anniiaux des évangélisles sont groupés autour de lui, se reliant l'un à l'autre et se rattachant à lui par un voile blanc que l'apôtre soulève eu le tenant des deux mains et qui forme une sorte de nimbe sous le souille du vent.
Au fol. 423 se trouve la miniature capitale de ce beau manuscrit; un petit poème qui l'accompagne ne permet de conserver sur la signification aucune espèce de doute :
Hsec eliiim piclura recliidil qualiliT hcms
Offert Virianus ciim (/rer/c nunc hoc opus. Antc iibi posl pcilrem primilcs, mundus Amanthis.
Sigriildus /iistux, sunwnis Aregarius, Qnis tribus est probilas, pietas, rerumque fidesque.
Cetera honcsla qunque consoeiata simul.
Quarliis his janctus liaret, sanetissimc David,
Qui le vi tola mentis amore eolil.
Ht proni tibiniel domini de parte betdi
Martini ac fralrum eccc librum Iribuunt.
L. Delisle a fait remarquer que le nom d' « Haregarius » figure sur la liste des fratres de Tarants, dans le Liber confraternitatuni de Saint-Gall, et ce même religieux est connu pour le scribe d'une notice rédigée en 857, dont le texte se lit dans la « Pancarte noire de Saint-Martin de Tours ». I-'eut-ctre fut-il le copiste de notre manuscrit avec .\mandus et Sigvaldus, le peintre et le décorateur. Le quatrième personnage de ce groupe monacal ne nous a pas légué son nom : sa modestie, dit Sam. Berger, n'était que trop justifiée. C'était probablement l'auteur des vers détestables qui composent les dédicaces de notre bible.
IjC comte Vivien était abbé commendataire de Saint- .Alartin de Tours; il est fait mention de lui en cette qualité dans deux cartulaires des années 850 et 851 et dans plusieurs chartes de Charles le Chauve; il mourut en 851 '. Il trouva probablement dans son abbaye le somptueux manuscrit et, en bon courtisan, estima qu'avec une dédicace rajeunie on pouvait le présenter à Charles le Chauve comme un don magnifique. Celuici connut-il cette petite habileté, nous n'en savons rien. Voici la description de la miniature (fig. 2043).
it Charles est assis sur un trône à dossier; il est vêtu d'une tunique et, par-dessus, d'une ample chlamydc qui enveloppe tout le corps. La couronne se compose d'un cercle fermé au-dessus de la tête par un arceau d'où s'élèvent deux feuillages en forme de panache;
' Abbé coinmentiataire de Tours et de Marmouliers, tué en 851, dans une campagne contre les Bretons. Audradus Modicus, Liber reuelaliontini, vs. 853, le liouspiUe au
DICT. D'ARCU. CMRÉT.
il est orné de chaque côté, auprès des oreilles, de deux demi-cereles qui s'y rattachent par un fleuron. Une couronne à peu près semblable ceint la tête de l'empereur Lothaire dans une miniature dont nous parlerons. Les rois francs avaient sans doute voulu adopter cette singulière couronne; mais bientôt ils en revinrent au s^emnia des empereurs grecs, ainsi qu'on le voit dans deux autres portraits de Charles le Chauve, qu'on trouve dans les bibles de Saint-Ennneran et de Saint- Paul. A droite du trône, se tient le comte Vivien, qui indique de la main le livre que portent trois chanoines. A la gauche, est un autre seigneur, puis de chaque côté de la eataphracte antique et d'un casque singulier sans visière; l'un porte l'épée du roi dans son fourreau, l'autre, la lance et le bouclier. Onze chanoines de Saint-Martin, tous revêtus de la chasuble et, au-dessous, du rochet qui tombe jusqu'à mi-jambes et couvre en partie une longue tunique talaire, sont rangés circulairemcnt en face du trône. Celui qui occupe le centre, et qui, sans doute, est le prieur, adresse à Charles un discours en lui présentant le précieux livre. Une main bénissante, d'où s'échappent des rayons, se fait voir au-dessus de l'empereur pour représenter l'Éternel qui le protège. Deux figures de femmes à mi-corps, qui tiennent des couronnes, occupent le haut du tableau. L'artiste a voulu, sans doute, personnifier en elles la France et l'Aquitaine. L'ordonnance de cette grande composition est remarquable; il y a beaucoup de mouvement dans les figures, dont chacune exprime très bien la part qu'elle prend à l'action. Peu de peintures byzantines l'emportent sur celle-ci sous ce rapport; mais le dessin laisse beaucoup à désirer. Dans cet ouvrage plein d'actualité, où l'artiste avait à représenter les personnages qu'il avait sous les yeux avec leurs costumes occidentaux, il a dû tirer tout de son propre fonds, et l'influence byzantine ne se fait sentir que dans le coloris, qui est bien empâté et vigoureux ^. >
Dans toutes ces miniatures, les couleurs sont vives, leur opposition dénote le goût et une véritable entente de la coloration; on trouve dans la plupart des vêtements des rehauts d'or pour rendre les lumières. Quant à l'ornementation proprement dite du manuscrit, elle est somptueuse. Les peintres de l'école carolingienne, abandonnant les lettres onciales de forme bizarre de l'écriture anglo-saxonne, en revinrent pour les têtes de chapitres aux belles capitales romaines, ou tout au moins aux majuscules onciales régulières. Ils les décorèrent à la base et au sommet d'entrelacs compliqués, dans les vides, de sujets, et dans les pleins, de cordelières, de figures et d'ornements très divers et toujours élégants. L'or et les couleurs les plus brillantes entrent dans la composition de ces ornements. Les lettres sont souvent d'une très grande dimension. Ils ne reculent pas devant des monogrammes où plusieurs lettres assemblées, enlacées, combinées, aboutissent à ne former qu'une mystification calligraphique. Cependant, il faut se garder d'une trop grande sévérité eu jugeant ces tours de force qu'on ne peut guère estimer que sur l'original ou la reproduction en couleurs; aucune reproduction en noir ne peut donner l'impression chatoyante et débrouiller ce chaos de lignes comme le fait du premier coup d'œil la miniature multicolore. Notre manuscrit offre de beaux spécimens de grandes'capitales, des bordures de pages d'un goût sobre. Le titre de répître''.de saint Jérôme est écrit en grandes capitales romaines sur fond pourprejet encadré dans une bordure qui est un parfait modèle d'arabesque. L'F,
passage. Cf. S. Berger, Ilisloire delà \'iilgatc, lS93.'"p. 217- 218. — =J. Labartc, Histoire des arls industriels, Paris, 1873, t. II, p. 203.
CHARLES LE CHAUVE (MANUSCRITS DE
initiale du mot Frater, qui commence le titre, mesure un peu plus de trente-cinq centfmètres de hauteur. Au centre de la haste est une main étendue, symbole de la Divinité, et aux quatre extrémités les animaux symboliques des cvangélistes; des feuillages d'or d'un goût simple remplissent le surplus des massifs de la lettre et en terminent les membres. La page est enrichie d'une bordure composée de feuillage d'or se détachant sur une bande rouge, qui est décorée d'entrelacs aux angles. La lettre initiale D (fig. 264-)) présente une ornementation du plus beau style antique. Le Soleil, vêtu en empereur romain et monté sur un bige, occupe le vide de la lettre avec Diane ou la Lune, traînée dans un char attelé de bœufs et accosté de Poissons; les autres signes du zodiaque sont répartis sur la haste et la courbure. On pourrait choisir plusieurs autres lettres capitales, dignes de celle-ci et d'une inspiration Vlassique évidente. Les canons
ih "^
■2iii. — LeUre iniliale du man. lat. 1, fol. 8.
d'Eusèbe sont transcrits sous des arcades; dans les angles des pages, sont de jolies figures de génies tenant des cercles où l'on voit des paons, et, dans le haut, de petits animaux en camaïeu d'or.
Avant de quitter ce splendide travail de l'éco'.c calligraphique de Tours, il faut lui assigner son rang aussi exactement que possible. Nous avons vu que les bénédictins, auteurs du Xouvcau traité de diplomatique, croyaient pouvoir attribuer à .\lcuin le corps même du manuscrit. ■■ Cette hypothèse, au jugement de .Samuel Berger, pourrait se soutenir. En effet, tous les feuillets où se trouvent des vers dédicatoires et ceux où se voient des images peintes sont en dehors des cahiers du manuscrit proprement dit. Le parchemin de ces feuillets est plus grossier que celui du texte, et le genre de la peinture est autre que celui des initiales et des ornements. La bible forme donc un manuscrit complet en dehors des appendices artistiques et poétiques qui l'accompagnent. Les derniers mots de l'épitre aux Hébreux, copiés d'une écriture différente, avec une rcglure grossière, au dos de la peinture de l'.Apocalypse, semblent, en outre, indiquer que le manuscrit a été remanié. On pourrait pourtant faire observer que le manuscrit parait avoir été primitivement composé pour recevoir ces mêmes additions et qu'il a été destiné, dès l'origine, à une ornementation exceptionnelle. D'abord, il est, en général, plus riche et plus beau que tous les autres manuscrits
de la Bible sortis de l'école de Tours; en outre, et surtout, la disposition même des cahiers semble attendre le complément qu'il a reçu. Le premier cahier (fol. 4-9), tel qu'on le trouve après les feuillets détachés du commencement, n'a que six feuillets, et il n'est pas précédé, ainsi qu'on le remarque dans presque toutes les • bibles de Tours, d'un feuillet ou plutôt d'un recto en blanc destiné à le protéger. Le premier cahier des Psaumes, qui vient après limage de David, parait composé de quatre feuillets seulement. Enfin, le dernier cahier de saint Paul, après lequel on voit la peinture de r.\pocalypse, n'a que six feuillets (f. 416- 421 ). La seule explication possible de cette inégalité est celle-ci : le manuscrit a toujours été destiné à être complété par les mêmes peintures et par les mêmes appendices. Le fait que les derniers mots de l'épitre aux Hébreux sont dune'autre main ne s'explique pas davantage dans l'hypothèse d'un manuscrit retouché, car il n'y a pas là de quoi remplir même un feuillet, et d'ailleurs l'écriture de ces derniers versets est de la même école que celle du manuscrit. Quoi qu'il en soit, si même la bible du comte Vivien (ce qui ne semble pas prouvé) n'a pas été écrite pour être ornée de peintures et des appendices qui la décorent, elle n'est pas beaucoup plus ancienne que l'époque du comte Vivien (845-851). Selon toute apparence, elle est la dernière comme la plus riche de celles qui sont sorties de l'atelier de Tours. La bible de Monza parait signée d'Amabricus, qui était moine de Saint-Martin en 841 et écolâtre en 846, et celle du comte Borigon paraît de peu postérieure à 840. C'est sous Frédégise (807- •S34) qu'.Adalbaldus parait avoir fondé l'école calligraphique de Tours et les beaux monuments de l'art des moines de Saint-Martin, que nous avons conservés en si grand nombre, paraissent s'être succédé rapidement '. a
Ce manuscrit témoigne d'une étroite parenté avec la bible de Grandval, aujourd'hui British Muscum, add. 10546. Trois peintures sur quatre sont identiques, seule l'image du Christ a fait place à la vie de saint Paul; en outre, les seules inscriptions qui soient en distiques ne se trouvent que dans la bible de Charles le Chauve, la dédicace et la légende de la peinture votive sont écrites dans la même mesure. L'exécution plus grossière de la bible de Grandval n'indique pas une mauvaise copie mais un coup d'essai.
Les auteurs disent que la bible fut donnée à l'église de Metz par Charles le Chauve. L'assertion n'a rien que de vraisemblable si l'on se rappelle que ce prince fut couronné le 9 septembre 869 dans l'église Saint- Éticnne de Metz; elle est néanmoins sans preuves. Pendant tout le moyen âge, ce manuscrit fut la propriété du chapitre de .Metz, et il passait communément pour avoir appartenu à Charlcmagne. Cette ville était toute remplie du souvenir du grand empereur : La « chape » de Charlemagne, les « tours de Charlcmagne », la ■ bible », la« statuette", tout cela établissait une origine apparente dont on se tenait pour satisfait.
Un corrcctorium du xiii' siècle, qui est l'oeuvre d'un homme de grande science et d'une excellente critique, d'un élève de Boger Bacon ', cite formellement « la bible de Charlemagne à Metz. Nous donnons le texte qui selit dans les manuscrits deToulouse, t<02, Venise, /, 50 et 51 :
Gen., ru, H : Quod in antiquioribus non habetur in novioribus siibjiingitur : « Universaque jumenta in génère sua. ■> Sed et qusedam Karoli bibliet liabct ciim hebreo '.
' S. Berger, op. cil., p. 218-219. — = Le P. Dcninc nouuiic Guillaume de la Mare, Archiv., t. iv, 75, p. 265. — ' Telle est en cflet la leçon de notre manuscrit.
CHARLES LE CHAUVE iMANUSCRITS DE]
Exod., Ml, 16 : Dies prima erit sancta et sallempnis, et dies VII' ' eadem festivitale vcneriibilis... Biblia Karoli Metensis habet: « dies VII'^ » et plana est litlcra '.
Ibid., XVI, 36 : Antiqiiiorcs et Strabus et Karohis : 1 deeima pars est cphe '. »
Ibid., xxvin, 42 : Anliquiores : • a renibus iisfjuc ad fcminalia. » Novi : « usqiie ad fenwra. j Ouldericus, qui ditjicilia vcrba Biblie exponil, lutbet : « femina »... Strabus et Karolus habcnt hic : ■■ fcminalia *. »
Joh., xviil, 28 : 'I In pretorium. Adducunt autem Jhesum ad Caypha. » Grecus habet. Glosa : « ad Caypham, » sed primum habent biblia Caroti et grecus '.
Ainsi notre bible passait au xiir siècle pour avoir appartenu à Charlemagne, et elle jouissait d'assez de célébrité pour qu'un savant franciscain, membre de l'Université de Paris, crût nécessaire d'aller à Metz la consulter ".
Sur la feuille de garde du livre, Baluze, bibliothécaire de J.-B. Colbert, a écrit cette note : Hune codicem sacrorum bibliorum, diu in cathedrati Ecclesise Melensi scrvatum, canonici Mclcnses hibliothccœ Colbertinœdo narunl anno Cbrisli MDCLXX V. Puis : Hune ipsum codiccm Vivianus cornes rcclor ecclesiœ S. Martini Turonensis, et ejusdein monachi undccim, obtulerant Carolo Calvo Francoruni nnno SôO, dum Turonis in dicta ecclcsia versalur.
Reliure en maroquin rouge, aux armes de Colbert. Après avoir fait partie du musée des Souverains », ce manuscrit a été réintégré, en 1872, à la Bibliothèque nationale.
Nouvecm traité de diplonudiquc, in-8°, Paris, 1757, t. III, p. 133-134; Montfaucon, Les monuments de la monarchie française, in-fol., Paris, 1729, t. i, p. 303, pi. XXVI ; Eckhart, Commenlarii de rébus Franciie orientalis, in-fol., Wirccburgi, 1729, t. ii, p. 410; Gh. Louandre, Les arts son^ptuaires. Histoire du costume, de l'ameublement cl des arts... qui s'y rtdlaehent, in-S", Paris, 1852-1858, t. ii, p. 38-43, planches, t. i, pi. xv-XYiii; de Bastard, Peintures et ornements des manuscrits, in-fol., Paris, 1832-18G9, pi. lxxxiv, Lxxxix; de Bastard, Peintures, ornements, écriture et lettres initiales de la bible de Charles le Chauve, Paris, 1883; J. Labarte, Histoire des arts industriels au moyen âge et à l'époque de la Renaissance, in-4'', Paris, t. III, p. 102-110; 2'"édit., 1873, t. ii, p.202-206; H. Barbet de Jouy, Xotice des antiquités... composant le musée des Souverains, in-12, Paris, 1806, p. 21-32, n. 25; L. Delisle, Le cabinet des maiuLscrits de la Bibliothèque nationale, in-4», Paris, 1881, t. m, p. 234- 239, pi. XX, n. 3, 5, 6; A. Venturi, Sloria delV arle italiana, 111-8°, Milano, 1902, t. ii, p. 277, 279, 281, 283, 304, 306, 318, 664, fig. 209-212; P. Leprieur, L'art de l'époque mérovingienne et carolingienne, dans A. Michel, Histoire de l'arl depuis les premiers temps chrétiens, in-8°, Paris, 1905, t. i, part. 1, p. 333, 344- 360, fig. 169, 173; Ch. .\bel, Letlre de Colbert relative à la bible de Charles le Chauve, dans le Bulletin de la société d'archéol. et d'hist. de la .Moselle, 1859, t. ii, p. 210 (cette lettre est datée du 11 septembre 1676); sur les dons du chapitre de Metz à Colbert, on trouvera tout l'essentiel dans L. Dclislc, Le cabinet des manuscrits, t. i, p. 448-451; S. Berger, Histoire de la Vulgalc pcnilant les premiers siècles du moyen âge, in-8'', Paris, 1893, p. 215-220, 399; \i:\\uj.e , Capilularia
' Ainsi les deux manuscrits de Venise. Toulouse : die vu'.
— 'Dies \ii\ c'est la leçon de luilrc manuscrit. — 'Notre ms. : cp/ia", 2' main : oephi. — < Cf. S. Berger, op. cit., p. 199.
— ' Notre ms. : adducani crqo .Jhesum ad Caypliu. — •S. Berger, op. cit.. p. 219-2:2(1. — ' Ces restitutions représentent une partie des méfaits d'un triste personnage, nommé Jean .\ymon. qui avait volé ces feuillets en 1707. Ce n'étaient pas les seuls. Sur ce coquin, cf. I.ii France proleslcaUe, 2' édit., 1877, t. i, p. lil,'); à eettc notice de
regum Franeorum, t. ii, col. 1278, 1568; G. F. Waagen, Kunslwerke, 1839, t. m, p. 246; L. Delisle, Mémoire sur l'école calligraphique de Tours, in-4°, Paris, 1885, p. 7-15, dans Mcm. de l'Acad. des inscript., t. xxxn, part. 1 ; P. Corssen, Epistola ad Galatas, iii-8°, Berlin, 1885, p. 9; Die Trierer Ada-Handschrift, bearbeitet und herausgegeben, von K. .Menzel, P. Corssen, H. Janitschek, .A. Sehniitgen, F. Hettner, K. Lamprecht, in-fol., Leipzig, 1889, p. 80; F. F. Leitschuh, Der Bilderkreis der karolingischen Malerei, in-S", Bamberg, 1889, p. 84; F.-X. Kraus, Kunst und Alierlhum in Elsass-Lothringen, in-S", 1888, t. ii, p. 570; H. Deniflc, Die Handschriften der Bibel- Correctorien des xiii Jahrhunderts, dans Archiv fiir Literalur und Kirchcngcschichtc. 1888, t. iv, p. 263, 471, cf. p. 481 ; Meurissc, Histoire des evesques de Meiz, in-4<', Metz, 1634, p. 27; du Gange, Glossar. med. cl inf. Icdin., au mot Armigcr.
II. Manuscrit LATIN 2. — Ce manuscrit est généralement désigné sous le nom de • deuxième bible de Charles le Chauve ». Parchemin. 444 feuillets, mesurant 0'"43 X 0'°335. Écriture sur deux colonnes, du milieu du ix« siècle et dont on trouve des reproductions avec les principales miniatures dans quekxues publications qui seront mentionnées plus loin. — Cette bible a été longtemps conservée dans l'abbaye de Saint-Denis, et on la désigne parfois sous ce vocable. Elle en sortit en 1595. .-Vu fol. 1, on peut lire la cote de Saint-Denis marquée au xiii" et au xv siècle et, en outre, cette note : « Ce jour d'hui, 23 octobre 1595, j'ai (sic) soubsigné Eme de Veelu, religieux de l'abbaie Saiiict Denis en France et garde des chartes de la dicte abbaie, ai mis ceste présente bible entre les mains de Monsieur le président de Thou, garde de la bibliothèque du roi, suivant larrest de la cour du 20 du dict mois la dicte année. Eme de Veelu. »
Ce volume, auquel il manque les dernières pages, a été, en outre, mutilé d'une autre manière. Une note inscrite au fol. 407 nous dit que treize feuillets de ce manuscrit, portant les numéros 408 à 420, après avoir fait partie du manuscrit Harleian 7551. ont été réintégrés dans le présent volume, le 6 mai 1878; un quatorzième feuillet, renvoyé de Hollande par le baron de Stosch, avait été rendu à la Bibliothèque du roi en mars 1720 '.
Voici le contenu du volume :
fol. 1 v°. Pièce de vers commençant ainsi :
Biblorum seriem Karolus rex inclitus islam '.
il y en a quatre pages, en lettres capitales, or sur fond pourpré.
fol. 4. v°. Pra'latio bibliolhecœ exametris ae penlametris versibus composila.
Quicquid ab hebrœo stilus cUticus aique lalinus Sumpsit, in hoc lotum codiec, leclor, habcs.
et le reste. Cette préface est de la façon de Théodulfe; elle se termine ici par le distique suivant :
Semine sic messor proviso plurima parvo Grana vehit voto ferliliore chiens.
fol. 5 V. Hieronymus ad Paulinum presbyterum de omnibus divinie hislorix libris. Frater Ambrosius tua mihi munuscula...
H. Bordier, on joindra utilement Jourdain, Minioire historique, 1739; B. Hauréau, Siiinuliirilés historiques et lilléraires, in-12, Paris, 1861, p. 291"); L. Delisle, Le cabinet des manuscrits, t. i, p. T29; t. m. p. 3G9; et le détail des négociations entreprises pour réciqiérer les feuillets en question. L. Delisle, Mêlanyes de pidéojiraphie et de bibliographie, in-8», Paris, 1880, p. 3.">1 : S. Berger, Histoire de la l'iWî/a/c, 1893, p. 287-288. — « Baluze, Capital, reg. Franc., t. II, col. 15G6.
CHARLES LE CHAUVE (MANUSCRITS DE
fol. 8. Jncipil prologus Ilieronimi prcsbitcri. Desiderii mei desideratas accepi epislolas... Suivent les différents livres de la Bible, presque toujours précédés d'une table des chapitres et d'une préface de saint Jérôme.
fol. 10 v°. Incipil liber Gcneseos. Ce titre occupe en entier le feuillet.
fol. 11. In principio sur le feuillet entier.
fol. 11 V. Les versets transcrits sur ce feuillet sont en onciales d'or.
fol. 12 v°. Comme le précédent.
fol. 28 v". Liber Exodi.
Voici l'ordre dans lequel les livres se suivent, avec le numéro du feuillet :
Lévitique (43 V), Nombres (53 v"), Dcutéronome (67), Josué (79), Juges (88). Ruth (96), Livres des Rois I (97), Il (111), III (121), IV (133 v"), Isaïe (144 V), Jéréniie (161 V), Lamentations (181), Ezéchiel (183), Daniel (201) ', les douze petits prophètes (207 v°). Job (223), Psaumes (233 V), Proverbes (253), Ecclésiaste (261), Cantique des cantiques (264), Sagesse (265 v°). Ecclésiastique (271), Paralipomènes I (285), II (293 v). Esdras (305 V), Tobie (314 V), Judith (318), Esther (322 V), Macchabées I (327 V), II (339 V).
fol. 349 v°. Début du Nouveau Testament, par les préfaces : Bcalissimo papa; Daniaso, Hicronimus. \ovum opus me facere... Item prologus Ilieronimi presbiteri in qiiattuor evangclistis. Plures fuisse... Eusebius, Carpiano fratri, in Domino salutem. Ammonius quideni Alexandrinus... Hieronimus, Damaso papse. Sciendum etiam...
fol. 351 v. Canons des évangiles : saint .Matthieu (354 V), saint Jlarc (366 v°), saint Luc (374 V), saint Jean (386 v"). Actes des apôtres (395 V), épîtres canoniques (407 v), épîtres de saint Paul (414), Apocalypse (444) dont il ne reste que la préface et la table des chapitres.
Ce manuscrit peut être considéré comme le chefd'œuvre de l'école franco-saxonne. « La distinction, la simplicité et le bon goût unis à la richesse en sont les caractères les plus remarquables. C'est, avec moins de science géométrique, mais avec plus de convenance et de sévérité, l'art irlandais dans toute sa beauté. »
Un premier point à relever dès le début de ce manuscrit dont on ne peut mettre en doute la destination à Charles le Chauve, c'est l'attribution à ce prince de l'épithète de David, laquelle n'était donc pas exclusivement réservée à Charlemagne, comme l'ont pensé les auteurs du Nouveau traité de diplomatique. A ce titre, le début du poème servant de dédicace mérite d'être cité :
Bibloruni seriem Karolus rex inriitus istam Contexit chryso, eorde colens catharo...
Diblorum série de multis multa feruntur, Correetis aliis reprobatis dcniijue multis... Fortis namijue David per te reynavit et egil... Quid de cvangelico texlu replieabo colendo '.' En ipsos apices gcmmis cireumdat et auro... Amisit David regnum rursusque recepit, Morte tamen geniti tristalus valde dolebat. Tuque tuo Karolo reparasii régna paterna, Xee dolor aeeessil, sed amor fraternus adliœsit... ^Equivoco Karolo /rustratus germine digno. Induisit pro te sœvo scœvoque tyranno, Omnibus atque suis regno privantibus ipsum, Tam bow'tate proba, tanta piclate pepereit,
' Outro la mutilation finale du manuscrit, il manque un icuillet entre Daniel i, 1, et ii, 44. — 'Baluze, Capilul, rcrj. Franc, t. II, col. 264. — ' GuUia diristiana, t. m, col. 491 : Minislerialis noslcr [el] libmrius. — ' A. duChesnc. Script, rcr. Franc., t. iii, p. 448, continuation des miracles
Quin pervalde suis inimicis maxima rursus Prasdia resliluit, donans ac plura quibusdam...
Ce poème fait allusion à un événement récent, la mort du fils de Charles le Chauve, Charles, roi d'Aquitainc,décédé le 29 septembre 865. Cela nousfournit une. date.
" Bien que les dernières pages de notre bible soient perdues, il ne parait pas qu'elle ait été accompagnée d'aucune dédicace, et par conséquent, elle semble n'être pas autre chose que la bible personnelle du monarque. Comment est-elle parvenue à Saint-Denis? La chose paraît s'expliquer assez naturellement. Par son testament, rédigé avant le voyage en Italie, au retour duquel il mourut, Charles le Chauve avait légué sa bibliothèque par tiers à son fils Louis le Bègue, à Saint-Denis et à Saint-Marc de Compiègne ^. C'est probablement ainsi que l'abbaye de Saint-Denis est entrée en possession de ce chef-d'œuvre de calligraphie (fig. 2645-2648). Nous savons que Charles le Chauve avait une riche bibliothèque, car il entretenait un bibliothécaire ; cette charge était occupée en 864, peu avant le moment où a été écrite la deuxième bible de Charles le Chauve, par Hllduin, qui fut plus tard abbé de Sithiu '. Comme ses prédécesseurs, Charles le Chauve disposait volontiers de ses livres à l'intention des églises. On montrait à FIcury un beau volume d'évangiles, qui avait été donné par lui à l'abbaye de Saint-Benoît •, et nous avons vu que la bible qui lui avait été offerte par le comte Vivien a été donnée, probablement par lui-même, à la cathédrale de Metz ^ Quant au lieu d'origine du manuscrit, la question n'est pas des plus simples à résoudre. Janitschek désigne Saint-Denis; c'est une conjecture qui n'est appuyée sur aucun fait positif. La présence de la bible à Saint-Denis par voie d'héritage ne nous apprend rien. Le texte n'est pas beaucoup plus instructif. L'ordre des livres suivi est exactement celui du Codex Vallicellianus; les sommaires des divers livres sont presque partout également ceux du Vcdlieellianus,saat quelques différences importantes. Pour les grands prophètes, la division et les sommaires sont ceux du Codex Amiatinus et de la bible de Sainl-Paul-hors-les-Murs. Pour Job, le sommaire est celui de l' Amiatinus et de Théodulfe. Pour les évangiles, notre manuscrit se sépare de tous les manuscrits qu'il suit d'ordinaire, en particulier du Vcdlieellicmus, du Paulinus et des manuscrits de Tours, pour emprunter les sommaires des manuscrits en lettres d'or, qui sont aussi ceux des évangiles d'Ebbon, du manuscrit de Beauvals et des évangiles franco-saxons. Pour les épîtres de saint Paul, les sommaires ordinaires sont divisés en un nombre moins élevé de chapitres, comme dans le ms. de la Bibl. nat., lat. 11533, du ix" siècle, copié à Corbie. La « deuxième bible de Charles le Chauve » a été compilée d'après plusieurs modèles. Sa principale autorité était un manuscrit semblable au Vallicellianus (dont le texte fut introduit à Reims par Hincmar), il recourait parfois à VAmiatinus, aux manuscrits chrysographiques (implantés à Reims par Ebbon), enfin aux manuscritsécritsdanslaprovince de Reims et qui sont un rejeton des manuscrits chrysographiques. Ces remarques de détail nous écartent de Saint-Denis et nous rapprochent de Reims; c'est là aussi que nous ramènent les évangiles ' dont le texte forme famille avec celui des manuscrits francosaxons. Si l'on considère la position excentrique de Saint-Denis par rapport au cercle de propagation de
(le saint Benoit par Adelerius : cum evajigeliorum textu, sublili operia diuersitale fabricalo. — * S. Berger, Ilist. de ta Vulgale, 1893, p. 289: on trouvera à la suite de cette citation l'étude du texte biblique, étrangère à nos lecherclies. — ' Ibid., p. 2Q1.
rwi<iïï?''c^'
2645 à 2648. — Initiales du manuscrit latin n. 2 (Bible de Charles le Cliauve).
CHARLES LE CHAUVE (MANUSCRITS DE
l'art franco-saxon et si Ion admet l'existence des liens qui rattachent ce texte à la province de Reims, c'est là qu'on sera disposé à assigner son origine, sous réserve des droits possibles d'une autre région. Nous savons, en effet, qu'à Saint-Vaast, au commencement du ix"^ siècle, on copiait la Bible ', et la paléographie de notre manuscrit, qui parait être celle du nord de la France ainsi que les sommaires des épîtres de saint Paul, qui concordent avec ceux d'un important ms. de Corbie cité déjà, doivent également diriger nos recherches du côté de laPicardie. C'est à l'école francosaxonne, distincte de celle de Corbie, que M.Lepricur affecte la bible de Charles le Chauve '. «
Reliure en maroquin rouge aux armes d'Henri IV.
Baluz;, Capiiul. reg. Fruncor., t. ii, col. 1566 ; Jorand, Grammalo graphie du ;.\« siècle, types calligraphiques tires de la bible de Charles le Chauve, in-4°, Paris. 1837. donne la plupart des initiales et grandes lettres ornées; de Bastard, Peintures et ornements des manuscrits, pi. c-civ incl.; de Bastard, Peintures, ornements, écritures et lettres initiales de la bible de Charles le Chauve, in-fol., Paris, 1883. L. Delisle a consacré une notice descriptive très détaillée à la publication intitulée : Peintures, ornements, écritures et lettres initiales de la bible de Charles le Chauve conservée à Paris ; cette notice se trouve dans la Bibliothèque de l'École des chartes, 1883, t. xLiv, p. 340- 345; à la suite, p. 345-352, il ajoute quelques détails relatifs à l'œuvre paléographique du comte de Bastard, voir Dictionn., t. ii, col. 614, cette collection dans laquelle on ne sait qu'admirer le plus ; la splendeur des planches, l'incommodité du format, le désordre de la publication et le prix inabordable de ses exemplaires, tous incomplets, sauf un ou deux, qui font de ce recueil Uii enserablp de reproductions plus coûteux à acquérir que beaucoup d'originaux. M. D. Wyatt, The art oj illunùnating ; what is was; what it should be and how il may bc practised. An cssay, in-S", London, 1860, pi. XX ; J. Silvestre, Paléographie universelle. Collection de fac-similés, in-fol., Paris, 1841, pi. clxxi; L. Delisle, Le cabinet des manuscrits, in-4°, Paris, 1878, t. III, p. 259-260, pi. xxviii, n. 1, 4; L. Delisle, Mémoire sur d'anciens sacrcunentaires, in-4", Paris, 1886, pi. y.i;L. Delisle, L'évangéliaire de Saint-Vaast d'Arras et la calligraphie franco-saxonne, in-fol., Paris, 1888, p. 12; P. Corssen, Epistola ad Galatas, in-8<', Beriin, 1885, p. 7; F. F. Leitschuh, Der Bilderkreis der karolingischen Malerei, in-S", Baniberg, 1889, p. 85; Die Trierer Ada-Hcmdschrift, in-fol., Leipzig, 1889, p. 69; S. Berger, Histoire de la Vulgate, 1893. "p. 288-291; P. Leprieur. L'cu-t de l'époque mérovingieiuie et carolingienne, dans Hist. de l'art depuis les premiers temps chrétiens, 1905, t. i, part. 1, p. 366-370.
III. >L\NUSCRIT LATIN 1152, conuu SOUS le nom de ' Psautier de Charles le Chauve ». — Parchemin, 173 feuillets mesurant 0°'24 x 0"188. En voici la description ;
fol. 2. Origo psalmorum David prophétie. David filius Jesse, cum esset in regno suo, quattuor elegit gui psalmos facerent, id est Asaph, Eman, Ethan et Idithun...
fol. 4 V. Incipit liber psalmorum et Beatus vir qui non abat couvrent en entier fol. 4 v° et fol. 52 v.
fol. 155 v». Canticiun Isaia: prophétie.
fol. 155 v». Scriptura Ezechise régis.
fol. 156 v°. Canlicum Annœ.
'S. Berger, op. ci(.. p. lOS sq. — ' Hist. de l'art depuis les premiers temps chréliens, in-S», Paris, 1905, t. i, part. 1. p. 366-370. — ' Sur Liuthard et son collègue Bérenger. cf. Rivet. Ilist.Ullér. de la France, t. iv, p. 282; t. v. p. 128. 398. ^ * Louandre, Arts somptuaires, p. xxi; Labarte. Arts indusfrieJs, pi. L;Venturi,S(oWa. t. il, p. 315.ng.229. — 'C'est
fol. 157 V. Canlicum Muysi. Cantemus Domino...
fol. 159. Canlicum Abbacuc prophetse.
fol. 16(1 v". Canlicum Moysi. Audite cseli qase loquor...
fol. 163 v". Canlicum Irium puerorum.
fol. 164 v". Zachariœ, ad matutinas.
fol. 165 v. Canlicum sanctœ Miu-iie.
fol. 166. Canlicum sancti Simeonis.
fol. 166. Hynmus ad matutinas in diebus dominicis. Te Deum laudamus...
fol. 167. Oraiio dominica.
fol. 167. CYMBOAON. Credo in Deum patrem...
fol. 167 v. Hynmus angelicus. Gloria in excelsis...
fol. 168. Fides sancti Athanasii. Quicumque vult...
fol. 170. Incipit lœtania. On y remarque ces deux articles (fol. 171 v et 172) : Vt mihi Karolo a le régi coronato, vitam et prosperilatem algue victoriam doues, te rogo, audi me. Ut Hirmindrudim, conjugem noslram, conservcwe digneris, te rogamus, audi nos. Ces deux articles montrent que le livre a été fait pour le roi Charles le Chauve du vivant de la reine Hermentrude (842-869).
fol. 106. .\ la fin du psaume c, le copiste a tracé ce vers ;
Rex regum Karolo pacem tribuaique salutem.
fol. 173. Signature du copiste Liuthard, un des deux auteurs de l'évangéliaire de Saint-Enimeran ' :
Hic calamus facto Liulhardi fuie quievit.
Le livre est écrit en onciales d'or; quelques pages seulement (fol. 41, 56, 69 v», 87 et 87 v", 103 et 103 v°, 121 et 121 v°) sont en minuscules. Plusieurs pages et beaucoup de morceaux de pages sont sur fond pourpré.
fol. 1 v». Le roi David dansant avec quatre compagnons • (flg. 2649) :
Quattuor hoc socii comitanlur in ordine Dcwid Asaph, Emcm, Ethan atque Idithun.
Le même sujet est reproduit dans la bible de Vivien, mais avec une composition entièrement différente. Ici, les cinq compagnons dansent, sautent et, sauf un seul arme du cornet à bouquin, ne paraissent pas faire grand bruit. L'imitation de l'antique est ici évidente, au moins autant que pour les danseuses du Cosinas Indicopleustes. C'est, en somme, un excellent morceau.
fol. 3 V. Le roi Charles le Chauve assis sur le trône, portant la couronne, le sceptre et le globe ^ (flg. 2650).
Cum sedeat Karolus. magno coronutus honore. Est Josiœ similis parque Theodosio.
fol. 4. Saint Jérôme assis, trempant sa plume pour écrire ' (flg. 2651) :
Nobilis interpres Hieronimus atque sacerdos Nobiliter pollens transscripsit jura Davidis.
Si l'on parcourt le manuscrit, on trouve des pages ornées ou des lettres majuscules d'un dessin hardi et original, aux feuillets 27, 42, 53, 55, 70. 88, 104, 107; l'écriture du livre entier est très nette, élégante; des marges et des bandes transversales, peintes en couleur violette, tranchent sur la blancheur du vélin et donnent par leur diversité un repos à l'œil.
fol. 173. Ce feuillet de garde de la fin du volume con-
celte miniature que M. Buchkremcr a interprétée pour la statue de Charlcmagno dans son essai de restitution de Varciis deunraUis d'.\ix-la-ChapeUe. Voir Dictionn., t. m, col. 794. flg. 2639: Louandre, op. cit., pi. xx; Venturi, op. cit.. t. II, p. 316, flg. 230. — • Louandre, op. cit., pi. xx; Venturi, op. cit.. t. il, p. 317, fig. 231 : Labarte, op. cil.. pl.L.
Du T. ii'Aiii iiÉfiiocn:
LeTOIZEV et AnÉ, ÉDIT.
•JdlU. |)A\ l|i HANSK AVI-:c (.MATK'!': (OMI'AGXONS .Miriiiiiiiri' ilii Ms. hii. ll.VJ. loi. 1 BiMi(itlir(|uc Xati(iii:ik'(.
2652. - C.ouverlure du psautier de Chiries le Chauve, d'après loriginal.
CHARLES LE CHAUVE (MANUSCRITS DE
tient un fragment du mystère des rois mages écrit au XI* siècle. Inc. : Stella /ulgore nimio rulilal... '.
Les plats du volume sont formes de deux ivoires, avec encadrements d'orfèvrerie. Il n'y a aucune raison de douter que cette magnifique reliure soit contemporaine du manuscrit, la première et la seule qu'il ait jamais eue. Les encadrements d'orfèvrerie ont nettement le caractère décoratif et présentent la technique des bijoux de l'époque carolingienne. Quant aux ivoires, ils pourraient être du ix"^ siècle. Ces deux petits bas-reliefs ont paru longtemps cnigmatiques. En voici la description :
1° L'âme de David protégée par le Tout-Puissant. Voir Diclionn., 1. 1, col. 1479, fig. 338. Dimensions : 0'°140xO'"iJ95.
2" Dialogue du roi David avec le prophète Nathan (II Reg.). David s'indigne au récit que lui fait Nathan d'un homme qui vole la brebis du pauvre pour donner à dîner à ses amis, et cethomme, c'est luiqui adétournè de ses devoirs la femme d'Urie, que les chances de la guerre ont fait disparaître à point nommé. L'homme qu'on voit au milieu du bas-relief, c'est L'rie tué par les Ammonites; en arrière, Betsabèe portant un panier et un échevcau de laine. Dimensions : 0"140>', O^OSô (fig. 2652).
Les encadrements d'orfèvrerie offrent deux dispositions différentes. L'effet de l'un est produit par l'accumulation des cabochons presque juxtaposés, les pierres sont transparentes et de couleur variée, tandis que. dans l'autre encadrement, tontes les pièces ont la nuance du grenat et forment de place en place une flemr à quatre lobes dont une perle marque le cœur;Ies grands espaces qui s'étendent entre les fleurs sont rehaussés par une broderie de cordelettes et de graines d'un travail solide et élégant. Dans les deux cadres, l'orfèvrerie est un simple placage d'argent doré appliqué sur des panneaux de bois.
Le dos du livre est fait d'une étoffe ancienne, contemporaine probablement de la couverture et dont les nuances, uniformisées par le temps, ne sont plus distinctes.
Sur le fol. 1U3 v. est fixé un bout d'ancien galon, mêlé d'or et de soie, qui a dû servir de signet. Donné à Colbert en 1674 par le chapitre de Metz: Baluze fit exécuter un coffret recouvert de maroquin rouge, aux armes et au chiffre de Colbert. pour renfermer ce volume.
H. Barbet de .Jouy, Le musée des Souverains, 1866, p. 15-21, n. 21 ; L. Delisle, Le cabinet des manuserits, t. I, p. 6, n. 3: t. m, p. 320-321; Labarte, Histoire des arts industriels, 2" édit., t. i, p. 434-437 et pi. xxx- XXXI pour les ivoires; t. ii, p. 210-211, pi. L pour les peintures; Silveslre, Paléof/raphie universelle, p\. cxxv, fac-similé du début du psautier; Louandre, Arts somptuaires, t. i, p. 45-48, pi. xix-xxi; Venturi, Storia delV arte ituliana. t. ii, p. 177, 178, 216, 218, 219, fig. 146, 147 pour la couverture; t. ii, p. 315, 316, 317, 320, 664, fig. 229-231 ; S. Berger, Hist. de la Vulgate, 1893, p. 297; P. Leprieur, L'art de l'époque mérovingienne et carolingienne, dans A. .Michel, Histoire de l'art depuis les premiers temps chrétiens, 1905, t. I, part. 1, p. 363, mentionne les ivoires de la couverture « qu'on a tout lieu de croire originaires de la région de Reims. ■
IV. M.iNUsCRiT LATIN 1-1000 1 Cimelie 55 », .\ Munich. — Sous ces désignations savoureuses se cache un manuscrit célèbre que nous nous obstinerons à mentionner sous son vieux vocable : les
< Évangiles de Saint-Einmeran -. Parchemin pourpré, mesurant 0"'42x0'"32; 126 feuillets sur deux colonnes de 40 lignes (42 lignes dans les prélimi^ naires). Écriture onciale d'or. Daté de 870 ou 871 et signé de deux copistes : Beringarius et Liulhardus.
Ce manuscrit est aussi célèbre par la reliure en or dont il est revêtu que par sa riche illustration. « On croit qu'ils furent d'abord mis à l'abbaye de Saint- Denys, d'où ils passèrent dans le trésor de Saint- Emnieran de I^alisbonne -, » où on leur avait donné le surnom de livre d'or' i. Ce manuscrit est peutêtre, de tous les manuscrits des Évangiles qui sont conservés, le plus luxueusement décoré. Il est écrit en entier en lettres d'or. Copié en 870 pour Charles le Chauve, le manuscrit aura dû faire partie du lot attribué dans sa bibliothèque à l'abbaye de Saint-Denis par les exécuteurs testamentaires. En effet, l'empereur Arnoul (si c'est de lui qu'émane la pièce que nous citons) dit, en parlant de Charles le Chauve : Hoc opus mirandum prœdecessor meus Ludowieus S. Dionysio contulit*. Il s'agit certainement ici de Louis le Bègue, auquel ne peut s'appliquer l'épithète de prœdecessor, décernée par .\rnoul. puisqu'il n'a pas été empereur; à moins que prœdecessor ne veuille tout bonnement dire
« ancêtre ». Dans quelles circonstances le manuscrit est-il sorti de Saint-Denis, nous l'ignorons. L'empereur Arnoul, d'après les uns, Arnoul de Bavière ou Otton I""', d'après les autres, en aurait fait don à Saint- Emmcran. Le chroniqueur de cette abbaye, .\rnold, ordinairement bien informé, mais qui écrivait au XI" siècle seulement, raconte que le Codex aureus fut échangé, vers 893, par l'abbè de Saint-Denis Ébulon, contre la moitié du corps de saint Denis, qui avait été dérobée par la ruse du chapelain de l'empereur.
On trouve dans ce manuscrit six miniatures seulement, contemporaines de la transcription du manuscrit. En tête du manuscrit, on voit l'image de Ramvold, qui fut abbé de Saint-Emmeran de 975 environ à 1001; elle est accompagnée de ces deux vers :
Hanc librum Karolus quondam perfeeil honorus, Quem nunc Hemrammo Ramvold renovaverat almo.
C'est ce Ramvold qui a fait mettre la couverture dont nous parlerons plus loin. Le personnage est barbu et tonsuré, vêtu d'une tunique bleue tombant jusqu'aux pieds et d'un vêtement de dessus plus court, de teinte violacée. Il tient des deux mains un livre ouvert.
fol. 1 V». Hwipit prœfalio S. Hieronijmi presbyteri. L'initiale I occupe toute la hauteur de la page.
fol. 2. Beatissimo papas Damaso Hieronymus. Novum opus me faccre cogis.
fol. 3. Rcperies et loca, in quibus vel eadcm vel vicina dixcrunl. Opta, ut in Christo vcdeas, et memineris mei, papa beatissime. Cf. S. Jérôme, Opéra, édit. Martianay, t. i, col. 1225; édit. Vallarsi, t. x, col. 659.
fol. 3 V. Incipil prologus quatuor cvangeliorum. Plures fuisse, qui...
fol. 4 v». Eusebius Carpiano fratri in Domino scdutem. Ammonius quidem Alexandrinus magno...
fol. 5. Damaso papœ Hieronymus. Scienduni etiam ne quem ignarum..., édit. Mart., t. i, col. 1427; éd. Vall., t. X, col. 665.
fol. 5 V. Miniature représentant Charles le Chauve assis sur un trône byzantin (fig. 2653), décoré de pierreries et placé sous ciborium; il porte le même costume que le prince représenté sur la miniature de la
' Cf. Bibliothèque de T École des chartes, 1S73, t. xxxr\\ p. 657. — = L. Delisle, Le cabinet des manuscrits, p. 6, n. 4. Ce serait l'empereur Arnoul qui en aurait fait présent à Saint-Emmeran, d'après Labarte. — ' S. Berger, Hisl.
de la Vitltjale. p. 295. — 'Ce texte est cité dans une lettre d'un prêtre du xi" siècle à l'abbé Reginward, conservée par J.-B. Kraus dans sa dissertation sur la translation de saint Denis.
Htc Residet K aroLm5 'Dmii^o MuNE R.E fq^Tgs
ORNTVT OLjF^ PI£TA5 Ej BONlTATlS Aa-XOT^ H LMDOVIX^IC UjSTMS ERAT Q.MaR.LXNONlQSTioRALT£R Q.M! G ENM'T PR<^>^^-^ HaTMC IRIBUEINTE DeO
AL/v\M)iRoPE.rERTT U)DiTH De SaNgmînl cLAR-O
CvjA\ QE-NlTOR. REGN15 " 1 M RA DaB\T ProPRUS HlC NOrAEN MaGNI KaROII de NOMINE. 5t!A\P-SlT
NON\EN ET INDICU]A\ • 5cePTRaT£NE.NDO SqA HlC D^MID U ARIO. FmLGESGIT Ste/v\M.ATE P.E61S
XJCmtSxlpJ^ONicx IuraDûclntis Habeit ISTiLis Lmperio Hic codlx RespUndit et^a^iro
Oljl BONA CONSTR^XIT MI^LTA TAUtNlEDb
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2C53. — Charles le Chauve sur son trône. Évangéliaire de Saint-Emmeran à Munich. D'après C. Cahier, Nouv. mélanges d'archéologie, 1874, t. i, pi. vi.
CHARLES LE CHAUVE (MANUSCRITS DE
bible (le Sainl-Paul et ces deux ligures ofirent une ressembkmce niarqu(^c. Les Annales Fuldenses nous apprennent en effet que Charles le Chauve abandonna cette mise simple et commode que Charlemagne, Louis le Pieux et Lothaire avaient obstinément gardée. Carolus de Iliilia in Galliam redilus, novos et insolitos luibitus assiunpsisse perhihetur. Katn ialari dalnmlicii indutus cl btdteo desuper accinctus, pendenle usque ad pedes, nec non capile invohilo serico velamiiie, ac diadenmte desuper imposito, dominicis et festis diebiis (id ecelesium procedere solebat. Omnem enim consiieludinem legum Francorum conlemnens, yrœcas glorias optinuis orbiirabalur'^. Ici, c'est encore le costume franc; tunique courte de couleur bleue; le manteau blanc tombant jusqu'aux jambes et retenu sur l'épaule par une agrafe. Houseaux lacés et souliers ornés; le tout avec accompagnement de galons brodés et gemmés; les cheveux coupés ras, la couronne qu'on abandonnera bientôt pour une forme moins disgracieuse, le sceptre à la main, .\u-dessus du trône, la main divine bénissant; dans les angles, deux anges. De chaque côté du trône, un homme armé, encadré par deux ligures féminines représentant Francia et Golia.
Voici les vers qui servent de légende :
Pour les hommes d'armes :
Anna tibi faveanl Christi stabilita per xvum. Miiniat et clypeus semper ab hosle sims.
Pour les figures féminines :
Francia gratta tibi. rex inclite, mimera de/crl. CiDlia \te] parilcr cum regnis inchoat cdtis.
Sur le trône du roi :
Hic residet Karolus dii'ino miincre fidlus. Ornât qucm pietas et bonitatis amor.
Hlndoivic jiistus erat, quo rex non jnstior aller. Qui genuit prolem hane Iribuenle Deo.
Sous le trône de Charles :
AUna viro pcperit Judith de sanguine claro :
Cum genilor regnis jura dabat propriis.
Hic nomen magni Karoli de noniinc sumpsit,
Xom II et indieium seeptra t'-nendu sua. Hic Darid vario /ulgescit stemmatt- régis,
Alqw Salonvinica jura doccnlis habet.
Islius impcrio liic codex resplendet et aura.
Qui bona construxit mulla favenle Deo.
fol. tî. .Miniature : le triomphe de l'Agneau, adoré par les vingt-quatre vieillards sous un ciel étoile : en bas, la Terre et l'Océan. Cette scène doit être rapprochée de l'image analogue qu'on voit sur la bible de Bamberg (Bambcrg A. 1. 5.), de même que dans les évangiles de saint Gauzelin (cathédrale de Nancy) : le Christ dans sa gloire est le sujet classique des manuscrits des évangiles copiés à Tours, tel que nous le voyons au :
fol. G v. Le Christ tenant le globe dans la main droite et le livre fermé dans la main gauche. Les vers qui accompagnent cette figure n'ont aucune importance. Le Christ est représenté dans sa gloire au milieu d'un losange; les quatre grands prophètes occupent les médaillons aux quatre coins et, dans les angles, on voit les évangélistes assis et entourés d'un arc-en-ciel en quart de cercle '.
fol. 13. Incipit argumentum evangelii secundum Malthieum occupant une page entière: puis le sommaire.
fol. 16. Ici commencent les figures des évangélistes
' A. du Chesne, .Script., t. ii, p. 569. — = C'est la pi. m de Saiiftl.
exécutées dans le style exagéré et tordu, sous prétexte de mouvement, que les évangiles d'Ebbon (bibl. d'Épcrnay) ont inauguré et mis à la mode. Chacune de ces figures est suivie d'une image symbo lique, qui représente, non pas les emblèmes traditionnels des évangélistes, mais les incarnations delà divinité : le Lion de Juda, le Christ, l'Agneau de Dieu, la Main divine.
fol. 16. Saint Matthieu.
fol. 16 y. Le Lion de Juda :
Hic Ico surgendo portas conjregil averni
Qui nunquum dormit, nusquam dormital in seimm.
fol. 4fi. Saint Marc,
fol. 46 v. Le Christ,
fol. 65. Saint Luc.
fol. 65 v°. L'Agneau de Dieu,
fol. 97. Saint Jean.
fol. 97 V. La Main divine, autour de laquelle on lit ces vers :
Dexlera hœc Patris mundum dicione gubernans Protegat et Karoliim semper ab lioste suiim.
fol. 120 v°. Capitulare evangeliorum.
fol. 126. Bis quadringenti volitanl...
A la fin du manuscrit, les deux copistes qui l'ont exécuté ont inscrit leurs noms et la date de leur travail :
Bis quadringenti rolitant cl sepluaginta
Anni, quo Deiis Virgine nalus tiomo.
Ter dénis annis Karolus regnabal et uno.
Cum codex aelus illius imperio.
Hactenus undosuin ealamo descripsimus œquor,
Littoris ad finem nostra carina manet.
Sanguine nos uno patris malrisque créait
Atque sacerdotis serrai uterque gradum.
En Beringarius. Liutfiardus nomine dicli
Qiiis fucral sudor di'pcilisque nimis...
Notre manuscrit a donc été terminé en 870 ou 871. A cette époque, l'année se comptait à partir de Noël et les années du règne de Charles le Chauve se comptent à partir du 20 juin S40.
Le Christ de majesté du fol. 6 V ne diffère guère comme composition du fol. 3'29 v du nis. latin 1 de laBibl. nationale. Voir col. 832. Le fol. 6 représentant le Triomp/x' </<"/'A;/;!rau (fig. 2654) est beaucoup plus original et vraiment digne d'attention. Le P. Cahier lui a consacré un long commentaire dans lequel, contrairement à son habitude, il n'a pas trop prodigué les gentillesses insipides dont il est coutumier.
Il ne s'agit pas, rcinarque-t-il avec raison, de chercher, dans un évangéliaire exécuté pour Charles le Chauve, une comparaison avec le célèbre triptyque du van Eyck conservé à Gand. Par le fait, le tableau fameux est bien plus miniature que la miniature de l'évangéliaire. - Je me rappelle — et l'anecdote a son prix, elle vaut d'être rappelée — je me rappelle, raconte le P. Cahier, que M. Hippolyte Flandrin me consultant un jour sur le sujet qu'il pourrait choisir pour peindre une coupole qu'on lui offrait à décorer, je lui montrai cette gravure qui lui arracha un cri d'admiration et qui sembla fixer son choix. ^lais les engagements pris et les souffrances qui occupèrent ses dernières années ne lui permirent pas de donner suite à ce projet. Assurément, il eut modifié beaucoup de choses dans cette composition du ix^ siècle pour la traduire en style moderne. Cet agneau se fût rapproché un peu plus de la nature, ces vieillards couronnés n'auraient pas eu des diadèmes assez larges pour dépasser à peu près leurs épaules: l'attitude de ceux qui chevauchent leurs bancs n'aurait pas gardé cet air d'enfants pressés d'enjamber tout pour déserter
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2054. — Le trinmphe de l'Agneau. Lvangéliaire de Saint-Emmeran. à Munich. D'après Cahier. Xouveaux mélanges d'archéologie, t. ii. pi. v.
CHARLES LE CHAUVE (MANUSCRITS DE
la classe en toute hâte. Mais ce mouvement spontané qui entraine les vingt-quatre personnages à bondir sur leurs sièges pour précipiter leurs couronnes aux pieds de l'Agneau divin, est merveilleusement rendu par notre peintre maladroit, et les accessoires dont il accompagne la scène ont une grandeur qu'on ne saurait méconnaître >. «
Le miniaturiste s'est inspiré des chapitres iv et v de l'Apocalypse. « Un trône était dressé dans le ciel et, autour de ce trône, vingt-quatre sièges occupés par vingt-quatre vieillards assis, vêtus de blanc et couronnés d'or. Je regardais, et voici l'Agneau debout, comme immolé. Il vint, reçut le livre de la main de celui qui trônait en haut du ciel et, quand il eut ouvert le livre, les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l'Agneau. > Dans notre miniature, l'artiste a interprété le texte, il a écarté le trône de Dieu de sa composition afin de concentrer toute l'attention sur l'Agneau. Si l'on se reporte aux représentations que nous avons données de ce symbole (voir D/dion;!., t. i, fig. 208), on pourra constater avec quelle souplesse le miniaturiste a dessiné la petite victime qui semble frémissante. Les vieilIarJs sont, sans doute, fort sujets à correction, mais ici encore qu'on compare ce mouvement, cet entrain, avec la raideur cadavérique des personnages de fond dans les absides en mosa'i'que de Rome. La partie la moins heureusement traitée, c'est les astres et les ligures classiques de la Terre et de l'Océan, qui représentent, sans les renouveler, les types connus depuis longtemps.
Cette belle page est d'autant plus remarquable que. si on la compare aux évangélistes, on voit à quel point ceux-ci sont attachés aux errements de l'évangéliaire d'Ebbon. Saint Matthieu semble vouloir faire usage du grattoir, on se demande comment il pourra bien s'y prendre. Saint Marc esquisse un pas, saint Luc fait la dislocation des aisselles; seul, saint Jean est assis et supportable.
Il nous reste à dire quelques mots de la couverture, exécutée, nous l'avons dit, entre 975 et 1001, par deux orfèvres nommés Aripo et Adalpcrt, après 97.5, et réparée en 1608. Cette date de la fin du x" siècle n'a plus aucun rapport avec la renaissance carolingienne dont nous suivions jusque sous Charles le Chauve le courant. Au reste, J. Labarte estime cet ouvrage d'orfèvrerie exécuté en Allemagne, mais par la main d'un artiste grec, dans les dernières années du x' siècle.
Le lieu d'origine de notre manuscrit reste incertain. Janitschek estime que les évangiles de Saint- Emmcran, le psautier de Charles le Chauve et la bible de Saint-Paul dont nous allons parler ont été copiés à l'abbaye de Corbie. « Je ne vois aucune raison à opposer à cette hypothèse, écrivait Sam. Berger, mais ce n'est qu'une hypotliése, assez plausible il est vrai, Depuis Adalard et AVala, Corbie était devenu un grand centre d'études; Odon,abbé de ce monastère, était le conseiller intime de Charles le Chauve. Il parait également que nos trois manuscrits présentent, avec le sacramentaire de Rodrade, abbé de Corbie, une réelle ressemblance (le sacramentaire de Rodrade est de peu postérieur à 853). Mais si, jusqu'à présent, cette origine n'est pas démontrée, il n'en est pas moins à peu près certain que nos manuscrits, comme ceux de l'école franco-saxonne, ont pour patrie les plaines de la Xcustrie et particulièrement les pays que nous appelons aujourd'hui la Picardie, u M. P. Lcprieur note comme « typique et prohante l'invocation (en notes tironiennes) à saint Pierre, patron de Corbie, découverte à la fin • de notre manuscrit; néanmoins, il incline à
' La présentation de la bible de Vivien à Charles le Chauve offre un autre geru-e d'intérêt. La disposition adoptée est celle qu'on retrouve sur le médaillon de la
faire dériver ce groupe vers Soissons à cause de l'imitation des évangiles de Saint-Médard de Soissons nettement marquée dans le codex aiireus, principa- Icme it dans la copie textuelle de plus d'une page des canons (fol. 8 v», 10 v», 11 v», 12 r° par exemple), soit pour les animaux placés à l'extérieur de l'arceau, soit pour l'arrangement ingénieux des sj'mboles évangéliques en concordance animée dans le tympan, ou même dans la reprise agrandie et transformée de ce sujet rare : l'adoration de l'Agneau par les vingtquatre vieillards. Peut-être, sans s'éloigner de Corbie, peut-on accorder ces emprunts avec la circulation des modèles et les voyages de miniaturistes en quête de découvrir les secrets des écoles rivales. Ainsi s'expliqueraient, dans notre manuscrit, d'autres influences, celle de Tours notamment. La grande miniature de présentation du livre au roi, dans la bible de Vivien, inspire au moins cinq autres tableaux, celui de l'évangile de Saint-Hmmeran est du nombre, et la bible de Saint-Paul s'en inspirera à son tour, comme nous le verrons dans un instant.
J. G. Eckhardt, Commenlarii de rébus Franciœ orientalis, in-So.Wirceburgi, 1729, p. 563 pi.; J.-B. (Kraus|, Ratisbona moncislica, t. i (4= cdit. du Mausoieum S. Emmerani de^I'abbé Coclestinus), in-4'', Ratisbonne, 1752, p. 106; Mabillon, lier Germanicum, dans Vetera analecla, p. 9; C. Sanfit, Disserlalio in aurenm ac pervelusliim SS. ivangeliorum codicem ms. monasterii S. Emmerani Ratisbonie, in-4'', Ratisbona-, 1786; C. Cahier, Miniiiliires impériales, dans Nouveaux mélanges d'arcliéologie, d'histoire et de littérature sur le moyen âge, in-4'>, Paris, 1874, t. i, p. 47-51, pi. vi; Couverture d'un cvangéliaire de Charles le Chauve, dans Nouveaux mélanges, t. ii, p. 78 sq., 1. iii-vi; Silvestre, Paléographie universelle, in-fol., Paris, 1841, pL cxxi-cxxvii; J. Labarte, H/s/o ire des arts industriels, in-4'', Paris, 1872, 2'' cdit., t. i, p. 336, 37.=!. pi. XXIX ; t. II p. 210; J. O. ^Yest^vood, The bible of St. Paul, in-4°, London, 1876, p. 33; Catalogus codicum mss bibliolli. reg. Monacensis, 1876, t. iv, part. 2, p. 115; Die Trierer Ada-Handschrift, in-fol., Leipzig, 1889, p. 98; S. Berger, Histoire de la Vulgate, 1893, p. 396; L. Delisle, Le cabinet des manuscrits, t. I, p. 6, note 4 ; t. m, p. 321-322; A. Venturi, Storia deir arte italiana, t. n, p. 320; G. Swarzenski, Die Regensburger Buchmalcrei des X und X[ Jalvhunderts, in-8^ Leipzig, 1901; Leprieur, dans A. Michel, Histoire de l'art, 1905, t. i, part. 1. p. 371-372. Le P. Cahier parle d' .■ une plaquette allemande, in-4°., imprimée à Tegerasee, sous le titre approximatif : Bible de S. Emmeran à Ratisbonne. » Il ne l'a pas vue et ne sait de quel ms. on y parle. J. \V. Bradlej-, A diclionary 0/ miniaturists, London, 1888, t. i, p. 124-125; t. ii. p. 213-215.
V. Bible de Saint-Pall-hors-les-Mirs. — Ce manuscrit fait partie depuis les temps anciens du trésor de l'abbaye bénédictine de Saint-Paul, sur la voie d'Ostie. Parchemin, mesurant 0°'44 x 0'°36, écriture sur deux colonnes de 59 lignes chacune; 333 feuillets numérotés non sans erreur. Cette bible est parfois désignée sous le nom de « bible de Saint-Calliste», parce qu'elle a été longtemps déposée au couvent de Saint-Calliste, qui dépend de l'église Sainte-Marie du Transtévère. Saint-Calliste était l'ancien vocable de cette église et les bâtiments adjacents servent d'infirmerie ou de maison de convalescence aux religieux éprouvés par les fièvres paludéennes. Comment et par qui cette bible a été donnée à l'abbaye de Saint- Paul, nul ne le sait.
dalnialique dite de Charlemagne, au Vatican, et tiue Fra Angelico a encore dans la pensée, dans son Couronnement de la Vierge.
CHARLES LE CHAUVE (MANUSCRITS DEj
Le manuscrit est, par son ornementation, des plus riches. Séroux d'Agincourt, fixe en Italie au xviii' siècle et qui n'avait guère sans doute rencontré les congénères français de ce volume carolingien, fut cbalii d'admiration et déclara que « de toutes les productions de ce genre la plus admirable, soit par la beauté des caractères, soit par la richesse de l'ensemble, » est la bible de Saint-Paul. Montfaucon, qui connaissait cependant les joyaux de la bibliothèque
représenté au frontispice du volume (fol. 1) (fig. 2655). 1. On voit un roi assis sur le trône, sorte de fauteuil arrondi que surmontent un dossier et un fronton. Le prince tient un globe sur lequel est inscrit un monogramme composé, selon toute apparence, des lettres A, C, E, H et R liés, K, L, M, X, O, R, S, V, X. On peut y lire, à peu près à coup sûr, les mots Karolus rex Cœsar; les six premières lettres du nom A'Hiimen- Inidis paraissent compléter le monogramme. Hermen-
2G55. — Frontispice de la bible de Sainl-Paul-liors-ICi^-.Murs. D'aprC-s une photographie.
Colbert, n'était guère moins enthousiaste : ingenlis molis, pnlchrilutline et deganlia nulli cedil, vere aiigaslam prœferl magniftcenliam. Sam. Berger dit avec plus de justesse et de modération : >■ Le goût et le style des représentations figurées qu'on y contemple ne sont pas à la hauteur de la prétention qu'elles affectent. »
L'attribution de cette bible est discutée; Eckhardt proposait Carloman; depuis, on a généralement admis que le destinataire était Charles le Chauve; comme cette opinion commençait à se répandre et à durer depuis quelque temps, on a proposé un nouveau candidat : Charles le Gros. Nous nous en tenons à Charles le Chauve. C'est lui, croyons-nous, qui est
trude fut reine de 842 à 8fi9. Cette figure est accompagnée de quatre autres, dans lesquelles on doit voir l'épouse du prince avec une suivante, et deux écuycrs; au-dessus du trône, devix anges: et dans le dossier rectangulaire du trône, les quatre vertus cardinales : Prudence, Justice, Force et Tempérance. Le vêtement n'offre guère d'intérêt; la couronne est toujours du type disgracieux que nous avons indiqué déjà. .\u-dessous de la miniature, une notice en capitale rustique d'or :
Rex cxti Dominus solita pielale redtindans Hune Karolum rei/em terrœ dilexil herilem Tanli crgo o/lhii ut compos valuisscl haberi
CHARLES LE CHAUVE (MANUSCRITS DE
Tetrasii implciiit inrtiiliiin (/luilluor cilmo Imminet hic capili de vertice cumia lefundcns Deniquc se primum tune omnia rite gubernat Prudenter, juste, moderate, fortiler utque Hinc indc angelico septus tulaminc saero Hostibus ut cunctis exultct pace repulsus Ad dextram armigeri prœtendunt arma ministii Ecclesiam Christi invictus defensor in œvum Armipotens magnis quis omet sa'pc triumphis Nobilis ad lirvani conjunx de more nenustat Qua insignis proies in regnum rite par[a]tur.
Ces vers sont suivis d'une dédicace, dans laquelle le scribe Ingobert, avec un aplomb superbe, se vante d'égaler et même de surpasser les Italiens :
Ha'c namque inreuies prœsenti pascua libre Quem tibi quemque tuis, rex Carolus, ore serenus Offert, Chrislc, tuusque cliens et corde fidelis Ejus ad imperium devoti pectoris artus Ingobertus eram refcrens et scriha fidelis Graphidas Ausonios eequans superans se tenore Mentis ut auricomum decus illi crescat in œvum Quem fecit priscos Christus Iransirc monarchos Et sibi cognovit duce Chrislo sceptra tenere.
Ingobert est connu dans l'histoire. Il joua un rôle, en 826, dans la translation des reliques de saint Sébastien de Rome à Soissons, translation à laquelle est attaché le don des évangiles deSaint-Médard '.
Quel est le souverain auquel Ingobert a dédié cette bible'? Janitschek, reprenant une opinion émise par Schnase, estime qu'il ne s'agit pas ici de Charles le Chauve. Ce prince, nous dit-il, n'était pas sans héritier lorsqu'il reçut la couronne impériale, et l'espoir d'une descendance illustre, qu'expriment les premiers vers, ne saurait lui convenir. Auricomum dtcus semble être une a'iusion à la chevelure blonde d'un jeune roi. C'est d )m au fils de Louis le Germanique, à Charles le Gros, qu'a été offerte la bible de Saint- Paul. .\ nos yeux, cette conclusion ne s'impose nullement -. Charles le Gros reçut la couronne impériale ■en 881 et fut fait roi des Francs en 885 '. Ingobert devait avoir environ quatre-vingts ans. Un tel chiffre d'années mis en regard du manuscrit de Saint-Paul juge l'hypothèse.
2. Les travaux de saint Jérôme. Le saint quitte Rome et s'embarque pour Jérusalem. Il prend les leçons du rabbin. Discussion entre Jérôme et les moines. Instruction donnée aux nonnes Paule, Eustochium, etc. Transcription de la nouvelle version hiéronymienne. Expédition de manuscrits terminés.
3. La création de l'homme et de la femme. Dieu forme Adam. Il lui donne la vie. Il lui retire une côte. Il crée la femme. Dieu présente Eve à Adam. Dieu surprend Adam et Eve après le pèche et au pied de l'arbre. L'ange chasse nos premiers parents. Adam remue le sol avec la houe pendant qu'Eve allaite son premier fils. Voir£)idio/in., 1. 1, col. 512, fig. 101.
4. Vie de Jlo'ise. La mère de Mo'ise expose le berceau sur le fleuve. Les servantes de la fille du Pharaon le recueillent et on remet l'enfant sauvé aux soins de sa mère. Mo'ise et Aaron changeant leurs verges en serpents devant le Pharaon. Mo'ise au buisson ardent. Le passage de la mer Rouge.
5. Le tabernacle. On dresse la tente qui abrite l'arche d'alliance gardée par les chérubins. Le chan-
' Acta sanctor., 20 janx., p. 2S2; Fabrlcius, Bibliolheca medii eevi, 1735, t. iv, p. SU; édit. Harles, p. 32; Giraudct, Artistes tourangeaux, 1SS5, p. 221; J. \V. Bradley, A Jiclionaru o/ niiniaturists, in-S", London, 18SS, t. ii, p. 136-137; P. Durrieu, Ingobert. Vn grand calli graphe im i\' siècle, dans Mélanges E. Châtelain, in-8°. Paris, lyiO.p. 1-12. — = II n'y a même pas de conclusion. On nage en pleine fantaisie. .4i)n-
delier à sept branches. Mo'ise offrant un sacrifice en présence des Israélites.
6. L'histoire de Balaam. La conspiration de Coré, Dathan et Abiron et le châtiment de leur impiété. Cette miniature est une des plus originales et des mieux composées du manuscrit (fig. 2656).
7. Les tables de la Loi. Mo'ise, au sommet du Sinai, reçoit dans ses mains voilées les tables de la Loi. Il revient parmi les Israélites et leur en donne connaissance.
8. Mo'ise, averti par Dieu, bénit les Israélites assemblés et meurt sur le mont Abarim.
9. Passage du Jourdain: des hommes portent les douze pierres sur leurs épaules. Siège de Jéricho.
10. Prière d'Anne devant le tabernacle. Elle parle au grand-prêtre. Elle vient offrir Samuel au Seigneur. L^n homme annonce ;i Éli la fin de ses deux fils, Éli tombe de son siège et se tue. Samuel donne à Saiil l'onction royale. Combat de David contre Goliath. David coupe la tête du vaincu. L'armée de Saiil est défaite par les Philistins. Saiil se jette sur son épce.
11. David déchire ses vêtements, au récit de la mort de Saiil. Exécution du messager qui apporte la nouvelle de cette mort.
12. Onction de Salomon par Sadoc et par Nathan. Salomon sur son trône et rendant son jugement entre les deux mères.
13. David entre deux écuyers joue de la lyre: quatre musiciens, deux chantres et un personnage dont le rôle semble difficile à déterminer, il escalade un tabouret.
14. La vision d'Isaac. Le Seigneur assis sur un trône parmi les séraphins, le tétramorphe, les animaux mystiques d'Ézéchiel. Seize hommes l'acclament. La prophétie d'Isaie. Achab refusant de demander un signe et le Seigneur annonçant devant la Vierge: iirfc l'irgo cnncipicl. Cette miniature est d'une ordonnance savante et d'une technique vraiment supérieure.
15. Judith, escortée d'une servante, quitte Béthulie dont la population est montée sur les remparts. Judith rentre dans la ville avec sa servante tenant la tête d'Holopherne. Présentation de Judith à Holopherne assis sous un dais, comme un véritable roi carolingien. Judith, sa servante et un personnage qui semble se donner beaucoup de peine pour décider Judith à la visite du sujet précédent dans lequel il remplit les fonctions d'introducteur. Judith brandit une épée, coupe la tête et l'emporte.
16. Entrée d'Antiochus et des Machabées à Jérusalem. Spoliation du Temple. Ordre donné aux Juifs d'adorer les idoles. Les martyrs Machabées. Épisode de Mathatias. Bon travail.
17. Christ de majesté dans un losange entre les quatre grands prophètes et les quatre évangélistes. Composition analogue, sauf d'insignifiants détails, à celle que nous avons rencontrée dans la bible de Vivien et dans les évangiles de Saint-Emmeran.
18. Avec les évangiles nous rencontrons, en tête de chacun d'eux, l'auteur occupé à écrire. Saint Matthieu sous une maison à fronton, saint Marc sous une sorte de portique, saint Luc et saint Jean, chacun sous une façon de ciborium. Saint Luc seul écrit sur sa cuisse et fait usage d'un rouleau, les trois autres écrivent dans un livre posé sur une écritoire. Saint Marc a une armoire à livres assez élégante, saint Luc, plus modeste,
comum decus, c'était une chevelure dorée — autres temps, autres goûts — dont l'héritier du trône se parait sans doute, préférant la poétiser plutôt que de la teindre. Ce sont des travers inoftensifs. Néron se qualifiait lenobarbus.JuUen en était rendu ;i peu prés au même point. Mais faire de cette épithéte uncdésignation chronologique, c'est vraiment passer les bornes. — ' S. Berger, 7/ is/. de la ^'algalc, p. 292-293.
CHARLES LE CHAUVE .MANUSCRITS DE
se contente d'un petit pupitre, S4iint Mattliieu et saint Jean n'ont qu'un coffre, mais ils ont imaginé. pour le mettre à l'abri, de faire construire un petit appendice pourvu d'une porte ferrée et verrouillée, adossé à la maisonnette de l'un et au ciborium de l'autre. Saint Marc est seul à faire usage d'un fauteuil, à large dossier. Le champ de ces quatre miniatures est coupé par une ligne qui forme une sorte d'arc-en-ciel et sur laquelle on lit : t Multhi-us urjcns hominem (jenernliler implel.