CHARPENTE — CHARPENTIER
bâtisse par plates-bandes : système essentiellement simple mais d'application restreinte, dont la figure ci-contre permettra d'apprécier le caractère et les ressources (fig. 2(3G2). L'exemple auquel a trait cette figure est un portique à double étage, tel qu'il s'en rencontre actuellement dans toute l'Asie-Mineure, et dont l'exécution est si bien traditionnelle en ces contrées que les moindres détails en sont figurés, à plus de deux mille ans de nous, dans les sculptures des nécropoles lyciennes. Les charpentes actuelles de l'Asie-Mineure n'admettent, non plus que les charpentes antiques de la Lycie. aucune pièce inclinée, aucun de ces •■ liens » à l'aide desquels nous décomposons les nôtres en triangles indéformables. A peine quelques goussets, la fixité des angles; et, lorsqu'il s'agit de renforcer une poutre lourdement chargée.
2662. — Chai'pente en Asie-Mineure.
D'après Choisy. L'arf de bâtir chez les Bi/za>}tins,
1883, p. 144, fig. 166.
on se contente de la doubler par des sous-poutres entaillées à mi-bois '. »
Chez les Byzantins, la charpente des combles se compose d'autant de fermes indépendantes qu'il y a de couples de chevTons; ces fermes transmettent directement aux murs le poids de la portion de toiture qu'elles soutiennent. Les couples d'une coque de navire renversée donneraient une idée fort exacte de cette disposition et de ces assemblages. C'est d'ordinaire aux charpentiers de marine que les Grecs confient re.xccution des combles : rien d'étonnant à leur voir appliquer les combinaisons qui leur sont familières et les procédés courants de leur pratique habituelle. «C'est apparemment sous une influence grecque que s'éleva le dôme en bois qui abrite à Jérusalem la rotonde de Sakhra. Or, ici encore, tout est conçu d'après les principes de la charpenterie navale : des couples, rendus solidaires par des licrnes horizontales, forment toute la partie agissante de l'œuvre; et ce mode de construction, qui n'exige que des pièces de très petite dimension, s'appropriait à merveille aux convenances d'un pays où les bois à bâtir font défaut et doivent être à grands frais apportés de fort loin. La coupole de la Sakhra est double : deux charpentes
' A. Choisy, I.'arl de bâtir chez les Byzanlins, in-fol., Paris, 1883, p. 143-144. — ' Saint-Georges de Salonique ne fait pas, je crois, exception t cette règle : la charpente qui
indépendantes s'emboîtent et représentent, l'une la voûte intérieure de la rotonde, l'autre le comble qui l'abrite. Cette addition d'un comble à une voûte ne s'étend que très exceptionnellement aux cas où la voûte est un ouvrage de maçonnerie : je n'en connais d'exemple qu'à Kavenne, dans une école de construction dont les méthodes ont d'ailleurs les plus frappantes ressemblances avec celles de l'architecture syTienne. Saint-Vital et le Baptistère ont leurs coupoles surmontées de combles; mais l'extrême légèreté de leur structure n'eût guère permis de les laisser sans abri, et fournit l'exiilication de ce double emploi qui revient en somme à donner deux toitures à un même édifice. Partout ailleurs, les Byzantins prennent leur parti ou pour une voûte ou pour un comble '; s'ils admettent la voûte, ils lui font porter directement les tuiles, les feuilles métalliques ou l'enduit protecteur; mais ils se gardent d'associer une voûte et une charpente en les étageant l'une sur l'autre. Cette suppression des combles était consacrée par la pratique des constructeurs romains : la simplification qu'elle amène aurait pu entraîner, dans des climats pluvieux comme les nôtres, la ruine rapide des maçonneries; elle était à peu près sans danger sous le ciel de Constantinople ou de Smyrne.
" Un mot, en terminant, sur les charpentes de cintres, sorte d'ouvrage dont les Byzantins usaient peu, mais dont l'exécution, si l'on en juge par la tradition actuelle, était d'une simplicité vraiment rudimentaire. De nos jours, en Syrie, les cintres d'une voûte se composent de perches horizontales relices par des harts à des montants fourchus; le tout est recouvert de fascinages, et un enduit en terre grasse rachète tant bien que mal les inégalités de la surface. Ainsi s'obtient pour la voûte un support économique, mais en même temps flexible et déformable, qui serait inadmissible si l'on tenait à la pureté du profil, et sur lequel on ne peut même bâtir qu'avec de singulières précautions. Les mortiers se briseraient par suite des flexions du cintre, si ces mortiers avaient fait prise avant l'entier achèvement du travail. On pare à ce danger en terminant la voûte dans une seule journée : les maçons se rassemblent aussi nombreux que le permet l'étendue du chantier; on se met à l'oeuvTe avant le jour, et l'on continue, s'il le faut, une partie de la nuit. De cette sorte, les mouvements du cintre n'agissent que sur des maçonneries encore fraîches : ces maçonneries se déforment sans se gercer; et, quand elles commencent à durcir, la voûte, fermée à la clef, n'a plus besoin de ses supports auxiliaires. Ainsi procède-t-on actuellement ; ainsi procédaient, à l'époque byzantine, les ouvriers de Syrie : les voûtes qu'ils nous ont laissées présentent de tous points les irrégularités significatives des constructions actuelles. Rien ne change chez les Orientaux : et ces procédés primitifs de charpente, que nous voyons appliqués aujourd'hui dans les villages de Syrie, ne sont pas seulement ceux des Byzantins ou des Romains, mais remontent sans nul doute aux vieilles architectures de l'Asie '. »
H. Leclercq.
CHARPENTIER. Nous avons décrit le coche de voyage des Romains, le carpenttim. 'Voir Ch.vriot, col. 576. De ce nom a été formé celui de carpentariiis qui se rencontre tantôt seul, tantôt uni aux mots faber ou arlifex, et qui signifiait charron, carrossier. Ce n'est qu'à l'époque du Bas-Empire et au début du moyen âge que ce mot a pris la signification nouvelle de charpentier. On le rencontre alors joint au mot magister et appliqué comme synonyme d'architecte.
surmonte le dôme a été visiblement exécutée après coup. — 'A. Choisy, L'arl de bâtir chez les Byzanlins, Paris, 1883, p. 148-149.