CHARRON — CHARRUE
guerre, chars de course formaient de simples spécialités qu'embrassait toutes le terme générique sous lequel s'abritaient carpcnlarii, cisiarii, essedarii, rhcdarii, etc.
Parmi ces fabricants de véhicules qui, dès le temps de Pompéi, formaient une corporation, nous signalerons un chrétien' :
HIC REQVIESCET IN PAGE lOVINVS DE SCOLA CARRVCA RVWI QVI VIXSIT 5 ANNVS PLVS MINV S XXXV ET MENSIS VI S ET DIES Vllll i
Un sarcophage romain nous montre un plauslrum chargé de bois = ( fig. 2664) ; c'est peut-être à des travaux de ce genre que s'est occupé le chrétien dont on' vient de lire l'épitaphe. Le sarcophage fait partie de la collection de l'École française à Rome. La scène représentée est toute pastorale et n'a guère besoin de commentaire. Nous sommes évidemment à la campagne, avec ce lourd plauslrum monté sur rondelles pleines, chargé de bois et traîné par des bœufs. Le sarcophage païen de l'x^nnius Octavius Valerianus, au musée pro-
Nous ne connaissons pas d'autres monuments épigraphiques chrétiens représentant la charrue. Quant aux divers types de fabrication de cet ustensile aratoire, nous n'avons pas à nous en occuper '.
Il nous reste à parler d'un monument palcographique, le manuscrit d'Ashburnam ^ dont le fol. 6 a offre une série de scènes relatives à l'existence pastorale d'Adam et d'Eve après leur expulsion de l'Éden. La miniature remplit une page entière du manuscrit, divisée en trois registres; l'angle droit supérieur a seul un peu souffert, la conservation de tout le reste est excellente (fig. 2666, hors texte^.
!'■' registre : quatre scènes, a. Adam et Eve, vêtus de peaux de bête de couleur brune, bras et jambes nus, dans une cabane de verdure portée par quatre troncs d'arbre fourchus à la partie supérieure. Quoique Adam et Eve soient vêtus, il semble bien qu'on a voulu représenter ici la tentation d'Adam à qui sa femme offre le fruit défendu. Par pudibonderie, l'artiste a anticipé sur le moment où les premiers parents couvrent leur nudité. L'inscription qui accompagne la scène dit : Adam cum [uxore] sua cum lunicis pc[l]liclcis]. Adam est imberbe, Eve a une longue chevelure pendante.
b. Eve assise dans une cabane sur une banquette peinte, elle allaite un enfant. Son vêtement est violet
2665. — Epitaplie du musée clirétien du Latran, d'après une photngraphie.
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fane du Latran, nous offre un modèle analoguc.JUn fragment minuscule conservc^,à^Sainte-Callistc montre aussi un chariot et nous avons rencontré un modèle semblable sur les mosa'iques de Sainte-Constance. Le visage de la morte est simplement épannelé. Le sarcophage peut appartenir au plus tôt à la fin du iii^ siècle.
H. Leclercq.
CHARRUE. L'usage de la charrue remonte aux civilisations primitives. La mythologie en a attribué l'invention aux dieux, qui daignèrent en révéler l'emploi aux homn-.es. Le type, depuis ces âges héro'iques, a peu changé. Primitivement, c'est un tronc d'arbre dont une maitresse branche conservée et épointce forme un crochet déchirant la terre. La charrue pouvait être faite d'une seule pièce; un peu de prévoyance suffisait à se procurer cet instrument. Il fallait, pendant la pousse de l'arbre marqué pour être transformé plus tard en charrue, être attentif à diriger deux branches à même hauteur en sens opposés; la plus forte et la plus courte formait le soc, la plus longue le manche. Une épitaphe chrétienne, conservée au musée épigraphique du Latran, représente un laboureur à la charrue; autant qu'on en peut juger malgré l'exigu'ité des dimensions et la grossièreté du travail, cet homme faisait usage (l'une charrue d'une seule pièce' (fig. 2665).
'Proviont, suivant G. Marini, Inscript. christ., p. 38.3. n. 5. du cimelièie de Prétextât; suivant Cardinal!, Iscriz. Veliterne. p. 1!>S, n. cxxxii, du cimetière de Saint-Sébastien; Orelli, Inscript, lat. sel., n. 4131, 4924; L. Perret. Les catacombes rie Rome, t. v, pi. Lxvi; t. vi, p. 180. — 'R. Grousset, L'n sarcophage clirétien inédit, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1883, p. .376. pi. m. — ' Nous aTons reproduit cette épitaphe dans Dictionnaire, t. i, col. 1026, fig. 245, cf. col. 1034, mais l'agrandissement
sombre pour la jupe, rouge et blanc pour le corsage, la chevelure est relevée. Son enfant est complètement nu, c'est probablement Abel, puisque C;.ïii est représenté plus bas; l'inscription est en partie indéchiffrable : hic aiia sub casa...
c. d. Deux scènes réunies en une seule et qui doit s'interpréter de droitt ;\ gauche. D'abord Ci 'in et Abel offrent à Dieu leurs dons, ensuite Dieu manifeste sa présence en perçant le nuage et en faisant apparaître une main.C; 'in présente un pain rond: .Abel. un agneau blanc et un gol;elct qu'il tient de la moin droite'. Abel porte une blouse blanche et des chausses vert foncé, Caïri a une blouse couleur bois et des chausses blanches. L'ne longue inscription est en grande partie perdue, mais le sujet représenté est si clair qu'il ne peut faire l'objet d'un doute. On lit encore sans trop de peine : hic cain ubi fe..., hic abel ubi offcret.
2« registre : trois scènes, a. Eve assise dans sa maison avec son premier-né : hic aua sub casa ferel cain fdium suum. L'enfant est entièrement nu, Eve porte un vêtement carmin avec une sorte de châle très ample, retenu sur la poitrine par une agrafe et qui tombe jusqu'à terre.
ft. Adam, vêtu d'une blouse blanche et de chausses violettes, brandissant un long fouet, stimule deux jeunes taureaux attelés à une charrue, le sol est vert
a empêché de donner l'ensemble : cette figure 245 est donc à rapprocher de la figure 2663. — ' On trouvera tous les détails dans Darcmberg. Saglio, Dictionnaire des anti- (laités grecques et romaines d'après les textes et les montiinenls, t. i. p. 353-356 : Aratrttm. — ' Dictionn.. t. i, col. 2971-2973; O. von Gebhardt, The miniatures o/ the Ashburnam Pentateuch, in-tol., London, 1883. — ' Ce récipient est aujourd'hui de teinte rosée, mais il se pourrait que primitivement il fût d'or.
CHARRUE
CHARTES
et déjà plusieurs sillons sont tracés, on lit : hic adam colel terram suam.
c. Un arbre dont l'essence est douteuse et un palmier déjà chargé de ses fruits séparent la scène précédente de celle-ci. C;,ïn, portant le même vêtement que pour le sacrifice, manifeste, par son attitude, ses bras levés, une extrême surprise: en efiet, la main de Dieu perce la nuée et on lit : hic cain inlerrogatur a dno de a bel.
3« registre : trois scènes, a. Abel, portant par-dessus ses vêtements une large cape brune, est assis et garde ses troupeaux au pâturage; ce sont principalement des brebis qui composent ce troupeau, les unes blanches, les autres brun foncé; deux béliers se précipitent l'un sur l'autre pour se battre; inscription : hic abel ubi pascet gregem suum.
b. En regard de la scène précédente, Ct.ïn laboure la terre avec deux jeunes taureaux, l'un brun, l'autre rouge. La charrue est un type très différent de celle dont Adam faisait usage; au premier plan, un magnifique champ de blé; inscription : hic cain colel terram suam.
c. Dans un lieu planté d'arbres, peut-être avec l'intention de figurer une forêt, Caïii, ayant renversé son frère, le tient par les cheveux et s'apprête à l'assommer d'un coup de hache : hic cain ubi occidii abel fratrem suum. A côté de la victime, ce simple mot : abel.
H. Leclercq.
CHARTARIUS. Malgré les apparences, ceux auxquels on doimait le titre de chartopola, chartoprates, chartarius. ccwtarius n'avaient qu'un rôle tout à fait secondaire dans l'antiquité; il faut se garder d'en faire des copistes ou des gardiens d'archives, ce sont de simples papetiers.
.\ \Tai dire, ces expressions elles-mêmes ne remontent pas à la véritable antiquité. Pour rencontrer ces divers vocables, il faut descendre jusqu'à une époque parfois assez basse, .\insi, chartopola ne se trouve que chez un ancien scoliaste de Juvénal, à propos de ce vers • :
Succintus patria quondanu Crispine-, papgro.
Chartoprates, qui désigne également un marchand de papier, se lit dans le code Justinien -.
Quant à chartarius, le grammairien Diomède est probablement le seul chez lequel on le rencontre comme le nom d'une profession '; il signifie tout ensemble, et suivant le cas, chez les auteurs qui en ont fait usage dans la suite : fabricant de papier et marchand-débitant de papier. Ce mot se lit dans un nombre plutôt restreint d'inscriptions, par exemple à Nîmes ' :
1,1,1 VIR • AVG