V. L.\ FÊrE DE L.^. CH.\IRE ET LES PÈLERI^■.^.GES A
Rome. — Revenons à la fête romaine du 22 féxTier pour en découvrir l'origine, s'il est possible, en tout cas, pour montrer le lien qui la rattache à la relique conservée à Rome, sous le nom de chaire de saint Pierre.
La fête du 22 février se célébrait solennellement à Rome et nous savons qu'elle y attirait souvent des pèlerins illustres. On a publié récemment le texte d'un sermon inédit, prononcé probablement le 22 février 450, en présence de l'empereur N'alcntinien III et de sa cour, et que De Rossi propose d'attribuer à saint Léon. On y lit les passages suivants : Natale calhedrusancti Pétri primi apostoli est. qiwd pia dcvoiione sancla célébrai ccclesia... Uiide dieni, quoa postolalum vel episcopatum ore Christi indeplus est, hune esse, quo ci cathedra conwjissa est, non ineonvenienler accipimus. Cathedra quoque isla non est illa pestilenliœ, sed sanœ doclrinœ... Ex hac cathedra nostra; ecclesiiv, id est c<Ulicilicœ, prolatuni instHulioncm cognoscimus, eongaudemus, credimns et confttcmur.
Après une description des privilèges de Pierre qui se rapproche de celle qu'on lit dans la conlestatio des messes du Bobbicnse et du Missale Gothicum que nous avons citée, il est fait allusion à la présence d'un prince : Eecc in universo orbe urbs prima vel maxima paupercido honiini a Christo specialiter regenda commitlitur. Signa criicis regalia sceplra subduntur, et impériales purpurie Christi et sanclorum marlyrum sangnini subiugantnr. Fulgenli conspicmis diademate, el innumerabili vallatus exercitu princeps piscatoris miiniri se preeibns imstulat, eiusdemque meritis magis qiiam circum/lncntibus grmniis se potiiis ornari deposcit".
Dom Germain Morin qui a publié ce texte, et a le le premier émis l'hypothèse à laquelle s'est ralliée De Rossi, a refusé d'y reconnaître l'œuvre de saint Léon, mais en ajoutant que la date de ce sermon ne devait pas être rabaissée beaucoup au-dessous du %" siècle, et que Valentinien n'est pas le seul prince qui vint à Rome à cette époque; on y vit entre autres l'empereur Anthème, sous le pape Hilaire, en 467 et dans les années suivantes'.
Quant au pèlerinage de Valentinien avec Placidia et Eudoxie en 450, le souvenir nous en a été conservé par les historiens anciens. Us nous racontent que les souverains y célébrèrent la vigile de la fête de la chaire et vinrent le lendemain, 22 février, à la basilique du saint apôtre où ils furent re'çus solennellement par saint Léon et par plusieurs évêques de toute l'Italie K
Ce qui est curieux, c'est que cette fête si romaine par SCS origines et par son objet, el qui parait célébrée au iv" et au v= siècle avec tant de solennité, semble disparaître du calendrier liturgique de Rome pendant plusieurs siècles, du vii^ au x« siècle, au moins, Elle ne se trouve même pas mentionnée dans la recension romaine du Gélasien, ni dans les éditions anciennes du Grégorien. Quant au Léonien, on n'en peut rien dire à cause de l'état fragmentaire dans lequel nous le possédons. Ce n'est que plus tard que reparaîtra dans la liturgie romaine la fête de la chaire du 22 février et même celle de la chaire du 18 janvier.
Cette éclipse d'une fête, pendant plusieurs siècles, n'est pas la moindre singularité de cette histoire. On en est réduit aux conjectures sur les motifs qui ont pu amener cette suppression.
VI. Les homélies pour la fête de la Cathedra. — Nous venons de citer l'homélie inédite donnée par dom .Morin. L'auteur en la publiant faisait cette remarque : les sermons vraiment anciens pour la fête de la chaire sont relativement rares. On ne connaît guère jusqu'ici que les deux petits discours de l'appendice de saint Augustin, et un troisième attribué faussement au pape saint Léon^.
L'une de ces homélies est donnée au bréviaire romain, comme de saint Augustin, pour la fête du 22 février. Il faut en citer quelques passages '.
InstitiiHo solemnitatis hodierme a senioribus noslris Cathedrœ nomen accepil, ideo qaod primas apostolorum Petrus hodie episcopatus Calhcdram siiscepisse refercdiir... La suite contient un développement intéressant sur les privilèges de Pierre. La finale s'exprime ainsi: Ciim solemnitatem hanc Ecclesiis merilo religiosa observatio inlroduxerit, miror car apud quosdam infidèles hodie lam perniciosus error increverit, ni super tumulos dcjunclonim cibos et vina conférant, quasi egressa: de corporibus animœ carnales cibos requinmt que l'on rapprochera du canon du concile de Tours cité au 1°.
Deux autres homélies, données au même appendice, sont également curieuses. La cxci' fait allusion au culte des défunts : Orent quotidic (fidèles) pro charis suis, interpellent dominum voce flebili... paseant esuricntes, vestiant nndos. Adhibeat quoque unusquisque pro charis suis sanclorum preces, sacriftcia offeral, et sucerdolali eos prosecutionc Domino contmendet... Cibi autcm el pocula quœ sepulcris superponuntur, si qua
' M. Tutti Ciceronis oralionum... Fragmenta in'dita, 1S24, Adnolationes, p. 226-228. — ' Cf. Ebner„ Quellen u. Forschungen, etc.. p. •-S2, 209: Kellner, L'anno ecclesiustico e le leste dei santi, 1906, p. 267; dom Quentin, Martyrologes historiques, 1908. p. 49, 419 etc. Pour les calendriers orientaux, voir Nillcs. Kaîendarium ulriusque Ecctesite, 1. 1, p. 377, 391, 471, 487. etc. - 'Reu. bénéd., t. xiii, 1896, p. 343, 344. —, *Cc sermo in Culliedra sancti Pétri, signalé d'abord dans les Anecdota Maredsolunu, IJber eomicus, Maredsoli, 1893,
t. I, p. 409, 410, a été ensuite publié dans la Heviie bénédictine. 1896, t. XIII, p. 343-345, sous ce litre : l'n sermon ancien pour ta fête de saint Pierre. La conférence de De Rossi à laquelle il est fait allusion est du 4 décembre 1892. — 'Tillemont. Ilisl. des empereurs, Bruxelles, 1740, t. vi. p. 101: cf. /'. ;,., t. Liv. col. 857; Grisar, Ge.sc/i. Rnms, t. i. p. 314; Baumstark, Liturgia ramana e lit. del Esarcalu, p. 164, 165. — • Revue bénédictine, 1896, l. xiii, p. 343. — = /'. /-., l. xxxix, col. 2100-2110.
CHAIRE DE SAINT PIERRE A ROME (FÊTE DE LA
suiicrsiitionis istius cura ad dc/unclos pei tincl. tœdi Iiis inayis (juam dcleclari possunl, etc.'
La cxcii'^est tout entière consacrée à la louange de saint Pierre et au miracle de la marche sur les eaux^.
L'autre homélie attribuée quelquefois à saint Léon, célèbre les titres de saint Pierre surtout celui de pasteur'. Du reste, dans tous ces sermons, aucune allusion à une relique de la chaire, mais seulement à l'épiscopat de saint Pierre et à sa primauté.
VIL Les ch.\ires de s.\int Piehhe .\u V.\tic.\n ET AU CIMETIÈRE OsTRiEN. — Il était naturel que l'on cherchât ;\ établir un lien entre la fête de la Cathedra de saint Pierre, et la chaire qui existe encore à Rome, au Vatican. Celle-ci est enfermée dans un monument de bronze, œuvre du Bernin, qui, depuis 1GG3, sous Alexandre VII, décore l'abside de la basilique Vaticane.
En 1867, pour les fêtes du centenaire de saint Pierre, Pie IX la fit sortir du monument, et ox])oser
2425. — Chaire de saint Pierre.
D'après Kraus, Real-Encykiopàdie, t. u, p. I.j7.
à la vénération des fidèles. On put alors l'étudier et la photographier à loisir, et rectifier par là même certaines idées fausses qui s'étaient répandues sur ce monument, celle en particulier qui voulait y voir la chaise curule du consul Pudens '.
C'est une chaise en bois de chêne; la hauteur totale, y compris le tympan, est de 1"31; la largeur 0,89; la hauteur du siège proprement dit, 0, 78: la hauteur des petits pilastres, 0,25; la hauteur des arcatures, 0,56; l'épaisseur du siège, Q,bl.
On voit par notre gravure, cjue la chaire, comme il était naturel, a souffert des atteintes du temps : quelques parties sont rongées; de plus il faut accuser do cette usure l'indiscrétion des pèlerins, qui à l'aide de couteaux, ont tailladé le bois, pour emporter quelque relique ( fig. 2425).
La chaire est munie de chaque côté de deux anneaux qui permettaient de la transporter. Le dossier et les panneaux ont été renouvelés à une époque postérieure, en bois d'acacia de couleur sombre; ce dossier est formé d'arcades à jour, que surmonte un tympan triangulaire de même bois.
Des ornements d'ivoire ont été adaptés au devant et au dossier de la chaire. Ceux qui couvrent le panneau de devant sont surtout intéressants: ils sont di-
' P. I... t. xxxix, col. 210t-2UG. — ' /.oc. cit., col. 2102- 2103. — s P. L., t. LTV. col. .5(I5-.50S. — «Cf. doin Guéranger, Sainte Cécile et la sociclc romaine, éd. 1871, p. 69. ^Doni Guéranger, toc. cit., p. 70; Mgr Barnés, Saint Peter in Rom and Ijis tomb on Ihc Vatican Hitt, Londies, 1900'
visés en trois rangs superposes, contenant chacun six plaques d'ivoire, sur lesquelles ont été gravés divers sujets, entre autres les travaux d'Hercule. Quelquesunesdeces plaques sont posées à faux, et l'onreconnaît aisément que leur emploi a eu lieu dans un but d'ornementation a l'époque où l'on adaptait les restes de l'antiquité aux objets que l'on voulait décorer, aux châsses de reliques, aux missels, etc., dans les vni« et ix« siècles". Les ivoires qui décorent le dossier correspondent à son architecture et semblent fabriqués exprés. Ce sont de longues bandes sculptées en relief, et représentant des combats d'animaux, de centaures et d'hommes. Le centre de la ligne horizontale du tympan est occupé par la figure d'un prince couronné aj'ant le globe dans sa main gauche et le sceptre dans la droite; sous ses traits M. De Rossi croit voir un empereur carolingien, Charlemagne ou l'un de ses successeurs.
Les plaques d'ivoire qui représentent les travaux d'Hercule sont incrustées d'or. Garrucci les croit du XI' siècle, selon De I^.ossi elles seraient plus anciennes *.
De Rossi s'est efi'orcé de suivre l'histoire de cette chaire jusqu'aux origines. (Vest sans doute sous le pontificat de Damase qu'elle fut transportée au Vatican. Mais où était-elle auparavant'? On a cru généralement que c'était dans l'église de Sainte-Pudentienne, mais il est plus probable que c'était dans l'église de Sainte-Prisca sur l'Aventin. qui serait ainsi le Locus ubi secundo sedebal sanctus l'ctrus. Sous le pontificat de Damase, l'importance de cette église était bien diminuée. On ne dut pas s'étonner de voir le pape transporter la chaire qui en faisait l'ornement dans le nouveau baptistère qu'il avait fait construire au Vatican. On a remarqué que la dédicace de l'église de .Sainte-Prisque est au 22 février; il faut rappeler aussi que la fête de sainte Prisque coïncide avec l'autre fête de la chaire au 18 janvier.
En tout cas, au iv" siècle et même avant cette époque, nous avons plusieurs textes qui font allusion à une Cathedra ou chaire de Pierre, et qu'il ne sera pas inutile de citer ici.
Rappelons tout d'abord que le terme même de Catiu'dra fut emprunté aux i)a'iens par les chrétiens pour l'appliquer au siège des èvêques. Il désigne un siège complet avec dossier et appui; c'est une sorte de fauteuil attribué d'ordinaire aux personnes de qualité, rhéteurs, philosophes, personnages consulaires'.
Le mot Cathedra, passé dans l'usage chrétien, emporte donc avec soi une idée mystique et symbolique, qui rappelle l'autorité de l'enseignement chrétien. C'est en ce sens que nous le voyons employé par Tertullien : Percurre ecclesias aposlolicas apnd quas ipsss adhuc cathedra; apostolicœ suis locis président. Si Italiœ adjaces habes Romam", De prœscr., et par saint Cyprien : Primatus Pelro dcdur, ut una Chrisli eeclesia et calliedra una monstrelur... Qui cathedram... Pétri deserit, in eeclesia se esse confidil? et ailleurs : Cum locus Fabiani, id est locus Pétri et gradus Cathedra: sacerdot(dis vacarct^. Cypr., Epist., vers 250.
Dans l'auteur anonyme Advcrsus .l/i/rcioncm, probablement du m'-' siècle, nous lisons : Ilac cathedra, Petrus qua sederat ipse, localam Maxima Homa Linuni primani considère iassit '".
Damase dit de sont côté dans ses inscriptions : una Pctri sedcs, ununi verumque kwacruni. Gruter, Inscr. 1163, 10".
Optât de Milève, à peu près au même temps, pose cette question à propos d'un évêque donatiste :
p. 35, 55, 79-82. — ' Rossi, loc. cit. — ' Cf. Daremberg et Saglio, Dict. des arUiiinilé.s. t. I, p. 970. 971 . — ' De prœscript., c. xxxvi, P. L., t. i. col. 49. — ' Ep., lv, édit. Harlcl. t. I, p. 030. — '•.irfii. Marcion.. I. III, P. L., t. il, C(jI.1U99. — ï'ilini. Danntsi c/)if/ra/ii/ji((/(i,Lipsiîe, 1895, p. 9.
CHAIRE DE SAINT PIERRE A ROME (FÊTE DE LA
Xuuiqiiid piitcsl diirrr in calhnlia l'clri? quam nescio, si vel oculis novit et ad cuius memoriam non accedit, <juasi scliisnuiliciis '.
Saint Jérôme tlit de son côté : Chrislum xeijucns, beatitudini suœ. id est eathedrx Pétri communione, consocior; super illam Pelrtim œdiftcalam ceelesiam fsse scio -.
A la fin du v= siècle, Ennodius de Pavie écrit à son tour : Ecee nunc ad gestatoriam sellani apostolieœ con- Jessionis uda mittunt limina candidates; et uberibiis, gaudio exacto, fletibus collata Dei bénéficia dona geminantiir '.
Tandis que dans le Codex de Verdun, nous trouvons ces vers du iv« ou du v siècle, que l'auteur a lus à l'entrée du baptistère : Auxit apostolicœ geminatunt sedis lionorcm Christus et ad cœlum hanc dédit esse viani.
De ces textes. De Rossi rapproche ceux des itinéraires, des martyrologes, des anciens calendriers et même des documents apocryphes, Gestn Liberii, Passio Marcelli. etc.. et en même temps le témoignage des catacombes et des monuments romains. Il rappelle que le martyrologe hiéronymien contient deux fêtes de la chaire de saint Pierre, celle du 18 janvier, Dedicalio S. Pétri apostoli, qua primo Romœ Petrus apostolus sedit (Cod. Luc), et celle du 22 février, Natalis S. Pétri aposloli catliedra: quant resedit apud Antiochiam.
Il ne lui est pas dilTicile de démontrer que cette désignation de la chaire d'Antioche n'a pas de base historique. Selon lui. la première mention, celle du 18 janvier, désigne une autre chaire, celle du cimetière Ostrien, et le 22 février, celle de la chaire du Vatican.
Le cimetière Ostrien sur la voie Nomentane est mentionné dans plusieurs documents anciens, sous divers titres ad Xymphas, ubi Petrus baplizaverat, ubi Petrus baptizabat, in co'meteriuni fontis sancti Pelri, ad nympltas sancti Pétri. Là se trouvait une chaire dilïérente de celle vénérée au Vatican. Sur la fameuse liste des huiles saintes envoyée par le pape saint Grégoire le Grand à la reine Théodelinde, on lit cette mention très curieuse : Oleum de sede ubi prius sedit sanctiis Petrus, qui désigne un monument du cimetière Ostrien. Ce cpU prouve qu'au moins à cette époc]ue la chaire du cimetière Ostrien était vénérée par les lidéles et on allumait, par honneur devant elle, des lampes, dont l'huile était considérée comme une relique. Le cimetière Ostrien et ses monuments archéologiques ont été étudiés, avec beaucoup de soin, par De Hossi et par ses successeurs*.
On ne sait où était cette chaire. Celle cjue l'on voit dans la crypte de Sainte-Émérentienne, et que l'on a donnée comme celle de Pierre, n'est certainement pas celle de l'apôtre, dit M. Alarucchi. Cette chaire, si on l'eût possédée, aurait occupé une place d'honneur; du reste, il est vraisemblable que ce cimetière n'existait pas au temps de saint Pierre '.
On trouve du reste dans cette catacombe plusieurs chaires du même genre, qui étaient sans doute destinées à un usage liturgique. De Waal croit que la chaire de VOstrianuni périt dès le vi* ou le vii« siècle, lors des invasions barbares qui désolèrent Rome et ses environs. De Waal. loc. cit., p. 553.
Mgr Duchesne qui a rejeté la plupart des conclusions exposées par M. De Rossi dans son Bulletin', se refuse à admettre qu'il y ait eu avant le bas moyen
^AdParm., 1. II, c. iv,P. L., t. xi, col. 951. — '-Epist., XV, ad Damasiim, P. L., t. xxii, col. 355. — » Apolog. pro synodo, P. L., t. i.xiii, col. 20fi. — ' De "Rossi, Ronia sotler., I. III. c. I.; et un rèsiimè des derniers travaux dans H. Xlarucchi. Eléments d'archéologie chrétienne, Paris, 1900, t. il, p., 272-286, et dom Leclercq, Maniicld'arcluologie ctirélienne, Paris, 1907, t. i, p. 276, 291. 297. Cf. J. Rinieri, le cala-
âge, un lien entre le Xalale Cathedra' .5. Pelri et le culte de la relique vénérée à Rome sous le nom de chaire de saint Pierre. Les textes allégués pour démontrer que cette chaire se trouvait, dès le iV siècle, dans le baptistère du Vatican, n'ont pas, selon lui, le sens qu'on leur attribue. Ils ne parlent c|ue de la sedes Pelri. de la scdes aposlolica, dans un sens métaphorique '. Olui d'Iinnodius, où il est question d'une sella geslatoria. a rapport à la sella sur laquelle les consuls étaient portés le jour de la procession consulaire. Cf. Revue de philologie, t. vu, 1883, p. 81). En réalité, toujours d'a])rès Mgr Duchesne, la plus ancienne mention d'une relique de ce nom se trouve dans le catalogue de Monza du temps de saint Grégoire et de la reine Théodelinde (De Hossi, Roma soit., t. i, p. 170), que nous avons cité. Cette huile avait été recueillie loin du Vatican, sur la voie Salaria ou la voie Nomentane. De ce côté se trouvait un cimetière appelé quelquefois Ad nijmphas S. Pelri, où l'on croyait que saint Pierre avait baptisé. Cette tradition est attestée dés le commencement du vi<^ siècle, par les Gesta Liberii papœ, et la Passio Marcelli. Il y avait sans doute là un siège mobile ou plutôt taillé dans le tuf, que l'on considérait comme une sedes Pelri. Quant à celle du Vatican, dont la forme et les dimensions ne se prêtent guère à l'hypothèse d'un séjour dans les catacombes, je ne relève aucune trace de vénération spéciale antérieurement à l'année 1217. Xerini, De templo S. Alexii, p. 209. Pierre Mallius, qui décrivit la basilique de Saint-Pierre au temps d'.\lexandre III (1159-1181), n'en dit pas le moindre mot; ce qui, eu égard à sa préoccupation constante de faire valoir les reliques de la basilique vaticane, signilie que, de son temps, on n'y vénérait aucune chaire de saint Pierre. Les origines du culte chrétien, p. 286).
VIII. Conclusions. — Tel est aujourd'hui l'état de la question. Si quelques points restent encore obscurs, il paraît du moins certain qu'il n'y eut à l'origine qu'une seule fête de la Cathedra Pelri, celle du 22 février; cette fête est d'origine romaine et remonte jusqu'au iv" siècle; elle rappelait l'épiscopat de saint Pierre à Rome plutôt que la vénération d'une chaire matérielle de l'apôtre.
Rien de plus curieux au point de vue liturgique que les destinées de cette fête. Rome, après en avoir léaué d'assez bonne heure, probablement au yi" siècle, peut-être dès le commencement du v, l'usage aux églises des Gaules et d'Espagne, la raye de son calendrier pour plusieurs siècles. Puis, par une sorte de /us postliininii, elle emprunte à la revision franque du livre gélasien, la fête de la chaire et même les deux chaires, qui prendront place, dès lors, ofTiciellement sur son calendrier jusqu'au jour où Paul IV décrétera pour l'Église universelle la célébration des deux fêtes.
Il est ])lus dilTicile d'établir le rapport qui existe entre la question liturgique et la question archéologique. Il est incontestable que l'on connut à Rome dans l'antiquité, deux chaires de Saint-Pierre, l'une au Vatican, l'autre visitée par les pèlerins, au cimetière Ostrien. Mais le lien entre ces chaires et les deux fêtes du 18 janvier et du 22 février n'est pas établi, au moins pour l'époque primitive.
Les calendriers et les martyrologes du moyen âge portent les traces de cette diversité d'usage. C'est pour la faire cesser que Paul IV, en 1558, admit sépa-, rément deux fêtes de la chaire de Pierre, à Rome et
comlie S. Pietro e ciniitero oslriano, dans Ciniltà cattoUca, 1 903, t. Liv, p. 332-349 ; voir aussi plus loin la bibliographie. — * Marrucchi, loc. cit.. t. ii, p. 278. — ' Bullettino di archenlogia cristicuta, 1867, p. 38. Cf. Duchesne, Les origines [du culte chrétien,i' édit., p. 286. — 'Onsc rappelle que nous avons signalé une exception, celle de la Contestatio de la messe gallicane.
GIIAIF.E m SAINT l'IKF.RE A HOME (FÊTE DE LA) - CIJALCÉDOINE
à Anlioche, comme elles existenl encore aujourd'hui, l Dans les discussions sur la réforme <lu bréviaire, celte anomalie devait frapper les reviseurs, et l'on proposa, mais sans succès, la suppression de la fête du 18 janvier'. Avec les documents et faits nouveaux apportés au débat, la question ne peut manquer de se représenter aux reviseurs futurs du bréviaire et du calendrier romain. ''• IX. BiHLiOGRAPHiK. — Bclctli, J{ationale~diiiinorum officionim, c. Lxxxiii, P. L., t. ccii, col. 87. — Durand de Mende, Ralional, trad. Barthélémy, Paris, 1851, t. I, p. 47. — Thomasi-Vczzosi, Opéra, t. iv. p. 3; t. VI, p. 267. — Thomassin, Traité des /estes de V Église. Paris, 1697. p. 279-290. — Baillct, Les vies des saints. 1704, Paris, t. i, p. 230. 287. — Benoit XIV, .Suite Fesle detla Catliedra di saii Pielrn due dissertazioni inédite,Rome, 1828. — Mabillon,Dc lilurgia yallicana, u. 23, P. L., t. L.xxii,col.lS2,472. — Cancellieri, i>c seere- ] tariis basilicie Valicanœ, Rome, 1788. — Foggini. De romano beati Pétri itinere, Florence, 1741. — Zaccaria. De saneti Pétri aposl. prine. primatu, Rome. 1776. — Cenni, De romana Cathedra, dans t. iv d'.\nastasii, p. 150. — Tillemont. Mémoires, 1701, t. i, p. 546.
— Kellner, Die Fesle Cathedra Pétri and des Antiorlirnisehen Episkopals dièses Aposlels, dans Zeilsch. f. Aruthol. Theol, 1889, t. .xiii, p. 566-576. — Marucclii. Le memorie dei SS. Apostoli Pietro e Paolo nella cilla di lioma, ib. 1894. — C. Erbes: Die Todestage der Apostel Paulus ii. Petriis u. ihre riimisehen Denkmâler, Leipzig, 1899. Cf. Lejay, Ancienne philologie chrétienne, dans la R. d'hist. et de lillcralurc religieuses. 1902, t. VII, p. 362-364. — Dom G. Morin. Notes d\wcienne littérature eeelésiaslique, un sermon ancien [mur la fêle de la chaire de Sainl-Pierre, dan^ la Revue bénédictine, 1896, t. XIII, p. 343-340. Cf. Aneedota Maredsokma, 1893, t. i, p. 409, sermo in calhcdra saneti Pétri.
— Stevenson, Chair of Peter, dans Kraus, Realcncijclopàdie d. ehristl. Alterlhiinicr, 1886, t. ii, p. 156-161.
— Recdencijklopàdie. Stuhlteie'- Pelri. — De Waa!. Chair of Peler, dans The catholic Encyelopedia, t. m. p. 551-554, ne parait pas connaître les conclusions de Mgr Duchesne. — Kirehenlcricon. art. Ctdhedm. t. II, p. 2060. — De Rossi, La CcUhcdra di S. Pietro nel Vaticemo e quella del cemctcrio oslriano, dans Bull, di areheol. crisliana, 1867, p. 33 sq. — Quentin, Les marUjrologes historiques, Paris, 1908. — Armellini. Scoperla delta cripla di S. Emerenziuna e di una inrinoria relaliva alla cathedra di S. Pietro, Roma; 1877, Onviggio catlwlieo di principi degli apos loti nel XVIII cenlenario, Roma, 1867, p. 160, 161. — S. Sanguinetti, De sede romana beati Pelri conmientarius historico-crilicus, Roma, 1867, p. 192 sq. — RampoUa, ZJc cathedra romana beati Pelri, Rome, 1868.
— Barncs (.AIii'). SI Peler in Rome cmd lus tomb on Ihe Vaticcm Ilill, London, 1900, p. 35, 55, 79-82. —
" Kellner, Dr K. A. H.,L'anno ccclcsiastico e le fesle dei santi, Roma. 1906, p. 262-268. — Saintyves, Les saints successeurs des dieu.v, Paris, 1907, p. 79, 80. — Paléographie musicale, t. v, p. 161. — A. Ashpitel et A. Nesbitt, Tu>o memoirs of saint Peler's Chair preserved in Rome,in-to\., London, 1870. — .Surla pre-
'Baûmer-Biron, Histoire dubréviaire, t. n. p. 372 sq. —
— Si la mort n'a\'ait été phis prompte que nous et n'avait enlevé le V. .1. Pargoire, cette étude sur Chalcédoine lui appartenait de droit. lËtabli sur cette terre même de l'ancienne ville bilhynienne. il en avait à plusieurs reprises exposé la topographie dans divers tra\'aux un peu dispersés et dont certains sont peu accessibles. C'est pour cette raison, d'abord, que je les ai cités assez longuement, mais plus encore dans une pensée d'hommage à l'égard tle leur auteur et d'utilité pour la science archéologique. — ' Thucydide, iv, 75. — ' Pline, Ilist. nul., v, 32; ix, 15. — ' Polybc, IV, 39. — ' Zosime, i, 34. — ' Bihliotheca liaijiixjr. grwca, 189.5, p. 42-13; Bibliotli. Iiagiogr. lalina, l.S'.Mi,
mière chaire de saint l'ierre au cimetière ostrien : Giuseppe Bonavenia, La sylloge de Verdune il Papirodi Mon-a. .Se reramcnte abbiamo tal vcdore lopografieo qucde si dû loro nella opinione che dcdla via Nomentana trasferisee alla S(daria nova una insigne memoria di S. Pielro. in-8», Roma, 1903. — O. Marucchi, La récente coniroversia sut cimilero Oslriano c sulla sede primitiva di S. Pietro in Roma, dans Nuovo bull. di areheol. crisl., 1903, p. 199 sq.; El valore topograflco délia sillage di Verdun e del papiro di Mon:a, ibidem, 1903, p. 321 sq. — Dom Leclcrcq, Mimuel d'arehéol. chrél., Paris, 1907, t. i, p. 74, 292, 297, etc. — Marchi, / monumenli dette arli cristiane primitive, Roma, 1844, pi. XXV. xxviii. etc.
F. Cabrol.
CHALCÉDOINE'. — I. Chalcédoine. IL La basilique de Sainte-Kuphémic. III. Église de Saint- Christophe. IV. Église de Sainte-Bassa. V. .Mont Saint-.\uxence. VI. .\utour du mont Saint-.\uxence. VIII. Hiéria. VIII. Ruflnianes. IX. Le Polyaticon et le monastère de Satyre. X. La liste épiscopale. XL Épigraphie. XII. Bibliographie.
L Chalcédoine. — Chalcédoine (.\a'//./-,îwv), ville de Bithynie, à l'entrée du Pont, sur la côte, en face de Byzancc. C'était une colonie de Mégare', dont on railla doucement les fondateurs après les accroissements merveilleux de Byzance. de qui le promontoire et ses avantages étaient restés comme inaperçus; l'oracle de Delphes, en un jour d'heureuse boutade, avait donc qualifié Chalcédoine : la ville des aveugles. Entre Byzancc et Chalcédoine on mesurait, à vol d'oiseau, sept stades environ ou un mille romain ', d'autres parlaient de quatorze stades ^ le tout serait de savoir de quel point à quel point.. \u reste, cela importe assez peu, car l'emplacement de l'ancienne ville est certain, c'est celui que les Turcs désignent aujourd'hui sous le nom de Kadi-Keui (lig. 2426).
La \ille elle-même présente, au point de vue de l'antiquité chrétienne, moins d'intérêt que ses faubourgs : Hiéria, Rulinianes; n'était le IV» concile œcuménique qui a marque pour jamais dans l'histoire de l'Église le nom de Chalcédoine. celle-ci suivit les lluctuations ordinaires des villes de cette région dans l'antiquité. Très commerçante et riche, elle renfermait des temples et des édifices en grand nombre; peu de temps avant l'ère chrétienne (75 av. J.-C), Chalcédoine fut léguée aux Romains par le testament du dernier roi de Bithynie, Nicomédes. Sous l'empire, la ville, très éprouvée par un siège, fut atïranehie et se releva de ses ruines, mais sa situation géographique l'exposait aux premières attaques dés qu'on menaçait l'empire. D'après Zosime, Chalcédoine fut prise par les Scythes sous le règne de Valérien et Gallien «. Le transfert du siège de l'empire à Byzance devait apporter quelque sécurité et un accroissement de richesse aux cités voisines, mais à condition pour elles de s'effacer devant leur ancienne rivale. Chalcédoine ne pouvait songer à lutter d'illustration et de richesse, cependant, il lui échut un avantage qui l'empêcha d'être entièrement éclipsée : elle posséda le sanctuaire célèbre de Sainte-Euphémie '.
p. 407-408, 1343; Diclionanj of Christian biography. au mot Euphemia; Fabricius, IHNioth. grwca. 1719. t. ix. p. 76; 2' édit., Harlcs, t. x, p. 221-225; Monbritius, .Sim- 1 /unrium. 1749. t. i, p. r.cLV-cci.viii ; G. Pcrdicaro, Vila di S. Eiifeniia, vergine e martirc. cillaJina di Calcedoniu, cmmin da marlirologi et aniichissimi (iiilori, in-4'>, Palermc, 1675 ; Ruinarl, Acla sincera, 1689, p. 541-513; Stilting. dans .■1cm sanclonwi, 1755, sept. t. v, p. 252-266; Tillemont. Mémoires pour servir à Vltisloire ecclésiastique. Paris, 1698. t. v, p. 405-412, 746-748; La vila , (/ marlirio e il ciillo dellàvcrgine Calcedoncse S. Eiilemia, in-8», Hovigno, 1891; Bibliuteca Isiriitna, 1864, p. 1704; Isiria, 1849, t. iv, p. 185-187.
CHALCÉDOINE
II. La basilique de Sainte-Euphémie. — « A cent cinquante pas du Bosphore, en dehors des portes de Chalccdoine, s'élevait sur un monticule la basilique dédiée à la martyre sainte Euphémie, une des saintes les plus vénérées de l'Orient. On y montait par une pente insensible: mais lorsqu'on avait atteint le sommet du coteau, on voyait se déployer un spectacle merveilleux; d'un côté, la mer, ici tranquille, là plus ou moins agitée et jetant son écume sur les rochers de la rive; de l'autre, de hautes montagnes couvertes d'antiques forêts; au fond de la vallée, des prairies à perte de vue, des moissons jaunissantes, des vergers couronnés des plus beaux fruits; en face, la ville de Constantinople, s'étageant sur la côte européenne du
l'empereur, et l'on se rendait processionnellement à l'oratoire, l'empereur et l'impératrice en tête, puis les magistrats, le clergé et le peuple de Constantinople. Entré seul dans le sanctuaire, l'archevêque s'approchait du tombeau, et. par une ouverture pra- ' tiquée du côté gauche du monument, il introduisait une tige de fer portant une éponge qu'il retirait pleine de sang, et ce sang, considéré comme un préservatif contre tous les maux, était ensuite distribué par gouttes et envoyé dans des fioles jusqu'aux extrémités de l'empire '.
Sous un portique couvert attenant à l'oratoire, se trouvait un grand tableau peint sur toile, dû au pinceau d'un peintre célèbre et représentant la vie et la
Echelle
2426.. — Carte des environs de Chalcédoine.
Bosphore, servait de fond à ce magnifique tableau. La basilique elle-même était digne de cet encadrement par son architecture. On y entrait par une vaste cour rectangulaire, garnie d'une colonnade, et formant péristyle à un ensemble d'édifices. L'église, de la même dimension, et d'une ordonnance pareille, conduisait à un oratoire circulaire surmonté d'une coupole qu'entourait une galerie d'où l'on pouvait entendre l'office ^. » Ainsi, la grande église de Chalcédoine possétlait un sanctuaire placé en dehors du bâtiment principal et construit sur le tombeau même de sainte Euphémie. Dans les actes du IV« concile général *, ce sanctuaire est appelé s-J7.Tr,i'.ov xo-j à";o'j aïprjpiov, mais c'est l'église elle-même, la basilique, qui porte le nom de aipToplov '. Le corps de la sainte était enfermé dans une châsse d'argent.
La croyance générale était qu'il s'opérait dans ce lieu beaucoup de miracles. Dans les temps de désastres ou de dangers publics, l'archevêque de Constantinople, averti par certains signes, prévenait à son tour
" Am. Thierry, Xes(oriijs el Eutgchès, ln-S°, Paris, 1878, p. 295. — * Mansi, Concil., ampUss. coll., t. vu, col. 101, 108. — ' L. Duchesne, Inscription chrétienne de Bithtjnie,
mort d'Euphémie, martyrisée sous Dioclctien. Il nous en reste une description qui est, en son genre, une rareté de la littérature chrétienne; la voici :
« Le juge est assis sur son siège; il regarde la vierge d'un air farouche et cruel. L'art sait, en effet, quand il veut, peindre la colère, même sur une matière inanimée. "Tout près sont les satellites, la foule des soldats; les grefliers ont leurs tablettes et leurs stylets; l'un d'eux suspend sa tâche et se tourne vivement vers la vierge, comme s'il lui ordonnait de répondre plus haut, craignant d'entendre mal et de commettre quelque erreur dans le procès-verbal. Euphémie porte des vêtements sombres, et le pallium, signe de la philosophie. Le peintre lui a donné une physionomie aimable; pour moi, son âme me parait embellie par ses vertus. Deux soldats la conduisent au juge; l'un marche en avant et la traîne, l'autre est derrière et la pousse. La pudeur se mêle au courage de la vierge. Elle baisse la tête comme si elle rougissait d'être regardée par des hommes, mais elle se tient sans crainte et
dans le Bull, de corresp. hellénique, 1S7.S. t. ir, p. 292. — ' Evagrius, Hist. eccles., 1. II, c. m, P. G., t. Lxxxvi col. 2492 sq.
CIIALCÉDOIXE
ne souffre point de montrer la moindre terreur dans le combat. Autrefois, j'admirais comment certains peintres ont rendu l'histoire de Mcdce; comment, lorsqu'elle est sur le point d'égorger ses enfants, la pitié et la colère se mêlent sur son visage; un œil exprime la fureur, l'autre trahit la mère prête à épargner et prenant en horreur un tel crime. Maintenant, j'ai reporté mon admiration sur la peinture dont je parle; je suis étonné du talent de l'artiste qui, mélangeant mieux encore les sentiments que les couleurs, a tempéré l'un par l'autre la pudeur et le courage, vertus qui semblent contraires par leur nature. Plus loin, dans la suite de cette peinture, les bourreaux, vêtus seulement d'une tunique, accomplissent leur tâche : l'un d'eux a saisi la tête de la vierge et la renverse en arrière, il la maintient ainsi immobile, exposée aux tortures, l'autre lui arrache les dents. On voit les instruments du supplice, un maillet et un foret. Mais ici je fonds en larmes et la douleur me coupe la parole. Car le peintre a si distinctement rendu les gouttes de sang, qu'il semble qu'on les voit réellement couler, et qu'on s'éloigne en sanglotant. Puis, on aperçoit la vierge en prison; elle est assise seule, dans ses vêtements de deuil; elle tend les mains vers le ciel; elle Invoque Dieu au milieu de ses souffrances. Pendant qu'elle prie apparaît, au-dessus de sa tête, le signe que les chrétiens ont l'habitude d'adorer et de représenter; c'est, je pense, le symbole du martyre qu'elle va subir. Tout près, en elfet, le peintre a placé un bûcher embrasé qui répand, çà et là, ses flammes rougeâtres et épaisses. Euphémie est au milieu, les mains vers le ciel; son visage ne trahit aucune tristesse; il montre plutôt la joie de fuir vers la vie immatérielle et bienheureuse '. »
D'après cette description, on voit que l'artiste avait fait cinq tableaux. Aussi, grâce àEvasrius et à saint .\stére, nous pouvons nous figurer quelque chose de la célèbre basilique dans laquelle les Pères du VI= concile tinrent leurs sessions. Baronius - a cru à tort que les Pères se réunissaient dans le prcsbytcrium; induit en erreur par une variante incorrecte de son exemplaire du Breviarium de Liberatus ^, il a lu : adveniens Marcianus impcralor ad secretarium ciim judicibus, etc. Baronius se souvenait que le secrclarium est un bâtiment annexe de l'église et que beaucoup de conciles se sont tenus dans ces secreiaria-, mais les actes du concile de Chalcédoine disant explicitement que les évêques se sont assis près de l'autel. Baronius a identifié secretarium avec sanctuarium et il a cru y voir le presbi/leriiini. Le texte correct de Liberatus résout la dilliculté.il porte: sexto aiitcm secretario adveniens, Marcianus impcralor ad concilium cum fudicibus, etc. c'est-à-dire «lors de la sixième session, Marcicn assista au concile. » Comme le nombre des Pères présents s'élevait à six cents environ, il est probable qu'une si grande assemblée n'aura pu trouver place que dans la nef de l'église et non dans le presbyten'iim*. Tillemout avait déjà vu la nécessité d'adopter cette disposition ; aussi écrit-il « que le concile s'est tenu dans la net de l'église plutôt que dans le chœur'. »
La cinquième session se tint dans rejxtripiov,
' S. Astère, Homilia a/ in laudem S. Eiiphcmia', dans P. G., t. XL, col. ."iSG sq. : De Rossi, BatlcUino di arclieologia crisliana, 1871, p. 61-62; Ch. Bayct, Reclierclics pour seruir à Vliistoire de la peinture et de la sculpture en Orient^ auanl la querelle des iconoclastes, in-S", Paris, 1879, p. 63-64; E. Le Blant, / es persécuteurs et les martyrs, in-S", Paris, 1893, p. 2; Ed. Bertrand, Étude sur la peinture et la critique d'art dans l'anliquilé. in-S», Paris, 1893, p. 420-423. — ' Baronius, Annales, ad ann. 451, n. 60. — ' Liberatus, Breiùarium causx Seslorianorum et Eutychianorum, c. xiii. — ' Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, in-S», Paris, 1908, t. II, part. 2, p. 657-658. — » Tillemont, Mém. Iiist. ecclés., t. XV, note XLiv,sur saint Léon. Le te.vte des .\ctes
autour du tombeau de la martyre: les incidents qui s'y passèrent ne nous apprennent rien de nouveau sur les conditions architectoniques de l'édifice ■=.
La description de la basilique est bien loin de nous apprendre tout ce que nous souhaiterions connaître, et d'abord le donateur et l'époque de la construction et de la dédicace. Nous savons, toutefois, qu'elle existait avant l'année 399, ce que nous apprend la rencontre d'Arcadius et de Gainas le Goth, qui eut lieu cette année-là ' dans la basilique '. 11 est assez peu probable que la basilique élevée primitivement sur la tombe de la jeune martyre de l'année 305 soit le même édifice dont les vastes dimensions suffirent à abriter six cents évêques environ et le personnel indispensable à une pareille assemblée.
Au dire de certains auteurs modernes ', il existait jadis, proche de Chalcédoine, à Fener-Bagtché, un temple de Vénus " — outre que rien n'est plus douteux que l'existence de ce temple — celui-ci serait devenu avec Constantin la basilique de Sainte-Euphémie. « Cette opinion, pour si répandue qu'elle soit, reste douteuse. Ceux-là même chez qui on la trouve se permettent parfois d'hésiter et parfois aussi de se contredire. Skarlatos Byzantios hésite; le patriarche Constantios se contredit; Hammer identifie le sanctuaire de Vénus avec l'église de Sainte-Euphémie et fixe l'emplacement de cet édifice unique au faubourg du Chêne. N'y a-t-il rien à redire à cela'? On peut y reprendre et beaucoup. Tout d'abord, comment se fait-il que le temple de Vénus soit en même temps au 7iprjic;T£iov du Chêne et sur le promontoire de Fener-Bagtché? Fener-Bagtché remplacerait-il le Chêne'? S'il en est ainsi dans la topographie de Hammer, il en va tout autrement dans la topographie véritable. Celle-ci, basée sur les textes, nous montre avec la dernière évidence que le faubourg du Chêne, plus connu sous le nom de Rufinianes (voir plus loin), occupait le site du moderne Djadi-Bostan. » Si on identifie le temple avec la basilique qui lui succéda, il faut donc situer celle-ci à Djadi-Bostan, ce qui est impossible, parce que l» la distance de trois milles, intermédiaire entre Kadi-Keui et Djadi-Bostan, est de beaucoup supérieure à celle que tous les textes font supposer entre Chalcédoine et l'église de Sainte- Euphémie. — 2" Djadi-Bostan est assez éloigné du Bosphore, même en étendant cette dénomination au bras de mer qui baigne Chalcédoine; or, nous dit
Evagrius, Sainte-Euphémie ii^aiziiTa; toj Bo<t-o-
poj iTTaôioc; oj -),EioTt ôJo ". — 3» De Djadi-Bostan la vue ne s'étend que sur la mer de Marmara et que sur des côtes parfaitement semblables entre elles. Or, ajoute Évagre, de Sainte-Euphémie. le regard embrassait iTc/iyr, ôiiiopi '". — 4» Djadi-Bostan n'est pas en face de Constantinople et n'a pas vue sur elle. Or, le même Evagrius écrit à propos de Sainte-Euphémie : 'AvTtxp'j Ik TYi; Ktov-jTa-^Tt'vo'j ro T^jj-ïvor, MGTâ y.ai rr, Ôia Tr,; ro<raÛT/]ç 7:ô).iw; tôv v£(ov wpati^SfTOa:. — 5° -\u milieu du v= siècle, l'emplacement du moderne Djadi- Bostan ne portait, comme édifice religieux, que Yaposlolœum des saints Pierre et Paul et le monastère de l'higoumène Hypace; il ne portait pas la bas!-.
du concile nous apprend d'ailleurs que « les oITicicrs étaient devant le balustre de l'autel. • — ' Hetclc-Leclercq, Histoire des conciles, t. ii. part. 2, p. 720, 731, note 2. — ' Acta sancl., sept. t. iv, p. 535. ^ ' Socrates, Hist. eccles., I, VI, c. vi; Sozomène. Hist. eccles., I. VIII, c. iv, P. G., t. Lxvii, col. 609, 1521. — • I. von Hammer, Umblick auf einer Reise von Constantinopel nach Brassa und dem Olympos, in-8», Buda-Pesth, 1818, p. 165-166; Constanlinopolis und der Bosporos. in-8°. Pesth, 1822. t. il, p. 349. — "■ J. Pargoire. Hiéria, dans Izviéstia russkarjo arkheologitctwsI;ago Instiluta, 1899, t. iv, p. 21 sq., montre que cela est loin d'être démontré. — " Evagrius, Hisl. eccl., 1. II, c. m, P. G., L Lxxxvi, col. 2492. — " Ibid., col. 2493.
CHALCEDOINE
lique de Sainte-Euphémie. La biographie d'Hypace, composée à Rufinianes même, quelques mois à peine avant le concile de 451, tenu à Sainte-Euphémie, ne permet de conserver aucun doute sur ce point. Si on ncslige la question du site du temple de Venus
— qui, au témoignage de Dcnys de Byzance.se trouvait entre Ciirysopolis et Chalcédoine — et son identification avec la basilique de Sainte Euphcmic, la place de ce dernier édifice ne peut être fixée ailleurs qu'au moderne Haïdar-Paclia, au sommet de hi petite colline aujourd'hui couronnée de maisons. Cela résulte : 1° du fait que le sanctuaire euphémien se trouvait en dehors de Chalcédoine; — 2» de la description que nous en fait Evagrius à qui seul nous devons les indications topographiques positives suivantes : l'église était à deux stades du rivage, sur une hauteur qu'on gravissait en pente douce; du sommet on voyait la campagne verdoyante et, au loin, Byzance éblouissante '.
III. Église DE Saint-Ciihistopiie. — Sur une pierre longue de 2 mètres, large de 1 mètre, trouvée proche de H)ida--Pacha ^ on lit l'inscription suivante^;
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ligne 4, au lieu de T il faut f. laniue 4.30 indiquée par la date consulaire ayant l'indiction troisième;
— ligne 9, il faut y.-i:,s.-x\; — lignes 11, lî-jjr.u.i'o-j; — ligne 12, il faut ivo., au lieu de eÎ/ô; — lignes 7 et 14 : Aiti-pN ; 'j-N, dans les deux cas, la lettre N serait un signe abréviatif.
Xpio-rosôso-J ivô(iy.T'.<ôvo;) ).' y.{r,'i\) Mafco tiï-i tv; -j«a- TEt'av llprùTOYô'vo'J? xat 'Airo'jptO'j ztày ).aa7:p(oTâTo)v) ETt'i 0âooo<y:'o*j êaffO.édj; [xa]*. EjÀx>.io*j e7;i*7y.ô[7rov] XaÀy.r.ôôvo;. Kt:Cîtî oz itïpà t/,; (7£iivo;:p(îUï:a;j xo'jSi/.ou. ).ap:[o'j] E-J3ïj;iio-j, v.xl èvivîTO r, xari^Eciç àv c'.vô(!zx'.wv!) e' ;L).ir)po-./iJi{=vr,) a(r|vl) ï;!;ktîuioç;[:«)] vê' ■J;i[oc-e'ï S^ïopayj.o'j xa"; 'Kpx]o'j).av['jO T(".>v ).a;j.TrpOTiT(ov.
L'inscription relate la fondation et la consécration d'une église, en l'honneur de saint Cliristophe : les fondements furent creusés au mois de mai de l'année 450, la dédicace eut lieu le 22 septembre 452. Dans l'intervalle avait eu lieu le IV* concile œcuménique réuni dans la basilique Sainte-Euphémie. Tous les personnages sont connus. Eulalius, l'évêque trembleur, que nous signalerons dans la liste épiscopale ■•; Protogène est le consul de 449, Sporacius, autre consul, qualifié dans le préambule des Actes du concile de « Comte des domestiques >. L'empereur Théodose II mourut le 28 juillet 450. Quant au per-
• J. Pargoirc, op. ci/., p. 22-24 et n. 2 de la page 24. — ' Haïdar-Pacha, petit village situe ;> environ 1 kilom. au N.-E. de Kadi-Kcuï. — ' .M. Paranikas, dans 'a,»-.,/,; (de Constantinople), n. du 7 avril 1S77; L. Duchesne, Inscription clirélienne de Bithijnie, dans le Bntletin de correspondance hellénique, 1S7.S, t. ii, p. 289-299. — ' J. Pargoirc, Les premiers évêqnes de Chalcédoine, dans les Échos d'Orient, 1900, t. iv, p. 104-107. lui a consacré une excellente notice. — =• Cette promotion serait évidemment pos-
sonnage désigné sous le nom d'E\,z.r,o.iô',-j, ce serait peut-être \'.'jz.r,o.ir,-j qu'il faudrait lire, et il s'agirait d'un chambellan, cubicularius, qui fit une belle carrière, devint magister officiorum S conseiller écouté de l'empereur Marcien.
L'église dédiée à saint Christophe, personnage fort exploité par les légendaires, était un marlijrium. Ce n'est pas à dire qu'elle s'élevait sur la tombe d'un martyr, car, dés le iv siècle et surtout au v^, on commença à se relâcher de l'usage qui voulait que le titre de ij-aptOp;'./ fût réservé aux seules églises abritant les corps saints ou commémorant l'emplacement du supplice ou de la tombe d'un martyr. .\u sud de Chalcédoine, à Rufinianes, se voyait un i-oaro'/Eîov bien qu'aucun apôtre n'y eût souffert ou reposé. Par une fiction généralement admise, on se procurait des reliques d'un martyr', brandea (voir ce mot), huileéclats du sarcophage, linges, étoupes cnsanglan, tées, etc., et ces reliques, au sens très large du mot, étaient déposées solennellement dans l'église que l'on voulait consacrer au culte. Ce transfert de reliques était assimilé à la translation du corps saint lui-même, on l'appelait zaToiOsat; chez les grecs, et chez les latins : depositio.
L'inscription de Chalcédoine est le plus ancien monument daté du culte de saint Christophe, dont le nom se trouve dans les martyrologes les plus reculés, notamment dans Vhieronymianum où la mention du saint appartient à la rédaction primitive et ne peut, pour cette raison, être postérieure au v siècle.
IV. Eglise de Saixte-B.'vss.^. — Sainte Bassa fut. s'il faut en croire ses actes, martyrisée sous Maximien, dans l'île d'Haloné, prés de Cyzique '. Cette sainte fut. à Chalcédoine, l'objet d'un culte et y posséda une église dédiée sous son vocable. Théodore le Lecteur nous apprend qu'en 464 le prêtre chargé de cette église -pE-rêJTepo; toO iv Ka/./.TÔovt vaoj liïTçrr: T?,: jj.ïpr-jpo:, était le futur patriarche intrus d'.\ntioche destiné à une si bruyante carrière. Pierre le Foulon ". .\ cette date nous ignorons si l'église dédiée à sainte Bassa appartenait ou non à un monastère; mais en 538, nous savons qu'elle était conventuelle, comme nous l'apprend la vingt-quatrième signature d'une lettre adressée au patriarche Menas par quarante supérieurs religieux soumis à l'évêque de (Chalcédoine : Toj>.iavo5 (ou ToJ/.irjç) é'/.éto Weo'j TipETo-J-îpo; xai r.yo^- (j-Evo: uovï^ç TT,; â-j'îx; Bi(r(7'/;î Èv 7(j> 'IjA^pw Onô 4>(oteivÔv TÔv È-rtîTzo-ov 'j-É-j'pa^î/a'.
Maintenant, où faut-il en chercher l'emplacement"? L'Himéros indiqué dans la souscription ci-dessus était-il un quartier urbain de Chalcédoine ou un quartier suburbain'? Ici, nous pouvons affirmer, et pour ' 464 et pour toute autre date, quel'Himérosne se trouvait point au dedans de la ville, mais constituait un de ses faubourgs, et même un faubourg maritime. Tel hagiographe lui donne, en effet, le titre d'cmporion, et ce mot, lorsqu'il s'agit de la capitale et de ses environs, les auteurs ne l'emploient que pour les petites échelles, que pour les petits ports de banlieue situés sur le Bosphore ou la Propontide. .Au point où se trouvait l'cmporion de Chalcédoine, aujourd'hui la baie de Haidar-Pacha. se trouve encore de nos jours un insignifiant ruisseau boueux qui avait nom dans l'antiquité : Himéros. Ce renseignement tout à la
térieure ù la dédicace du 22 septembre 4."i2, laquelle ne connait encore que le cubiculaire. — ' Lebas et Waddingt.)n, Ins'cripl., n. 2498 iZorava en Traclionite). — ' .4c/rt sanct.. aug, L iv, p. 419-421. Cf. J. Pargoirc, Saintc-Bassa de C/udcérfoinc, dans les Échos d'Orient. 190:5. t. vi.p. 315- 317. — 'Hist. eccles..i,P. G., t. Lxxxvi.col. 17(1. I.e fait est confirmé par Thcophane, C/jronoj;rap/u'«, annoDOoG, et par Nicéphore, Hist. eccles., 1. XV, c. xxviii, I'. G., t. rxi.vii, col. 81. — > Mansi. Conc. ampliss. coll.. t. viii. col. 1015.
CllALGÉDOINE
fois pri'cis et jiri'cieux nous a été conservé par Deny, de Byzaiice'; les moindres circonstances topograpliiques relevées par le P. J. Pargoire ne laissent pas l'ombre d'un doute sur l'identification. Et ce fait, ajoutait-il, impose des conclusions. Comme rivières et localités riveraines se passent réciproquement leurs noms, il faut dire que le quartier "l[j.epor, signalé par l'higoumène Julien, doit être cherché aux mêmes parages que le cours d'eau "luspo;, mentionné par le géographe Denys. Hn outre, comme l'embouchure de ce cours d'eau est placée à souhait pour être un emporion chalcédonicn en relation directe avec Constantinople, il faut dire que le quartier "\]i--.y'j:, OÙ s'élevait l'église de Sainte-Bassa, doit être identifié avec le faubourg 'll]a.£po:, où les visiteurs du mont Skopa s'embarquaient pour la capitale. \~A\ conséquence, l'Himéros ou Héméros, cours d'eau ou faubourg, correspond au ruisseau de Haïdar- Pacha et aux quelques mètres carrés de plaine qu'il arrose en se jetant dans la mer ^
Un texte est venu confirmer cette localisation ; il est tiré de la vie de saint Alype le Stylite, d'Andrinople en Paphlagonie '. On y voit que le saint, forcé d'accompagner son évêque jusqu'àConstantinople, s'était arrêté à Chalcédoine et passait la nuit dans l'église de Sainte-Bassa : propler pontifuis lamcii revercntiam Chalcedonem usqiie est conseculus. Illic cum clam se subduxisset, dum esset episcopas mare Iransmissnrus Conslantinopolim, ubi juxla mare est positam martyriiim Bassœ martyris, id ingressus, sub iino ex scamnis, quœ illic erant, dormicns latebat '. Le texte est clair. L'église Sainte-Bassa s'élevait prés de la mers jiixta mare '.
Resterait à déterminer l'emplacement exact de l'église. A plusieurs reprises, des travaux de construction ou de terrassement entrepris dans l'enceinte de la gare de Ha'idar-Pacha ont mis à jour des ruines manifestement chrétiennes, malgré la présence de matériaux plus antiques. Des topographes amateurs afiirment que ces restes appartiennent à la basilique de Sainte-Kuphémie, ce qui est absolument incompatible avec la description qu'Évagrius nous a laissée de ce monument ". Xe seraient-ils pas mieux inspirés d'y chercher les fondements de Sainte-Bassa'? Peut-être '.
Si on ne peut encore déterminer le point précis de la basilique qui s'élevait dans le faubourg d'Himéros, il y a lieu de penser, cependant, que ce point était assez rapproché de l'emplacement de la gare actuelle '. Quoi qu'il en soit, c'est un nouveau point de repère pour l'étude de la ville de Chalcédoine à l'époque chrétienne.
V. Mont S.\int-Auxen'ce. — Aux environs de Chalcédoine se trouve une colline illustrée par un solitaire fameux qui lui laissa le nom sous lequel elle fut désormais désignée : Mont Saint-Auxence. Le personnage nous est bien connu grâce h trois vies publiées in exiensn et deux vies analysées à grands traits et peu dillérentes des précédentes ». Xé en Syrie et venu chercher fortune à Constantinople, Auxence y fut enrôlé dans les sclwlaircs; mais désireu.x de soli-
' Mûller, J>aj;men(n hisloricoriim grmcorum, t. v, p. 190'
— ' J. Pargoire. dans les Échos d' Orient, 1903, t. vi, p. 317.
— 'Surius, Devais sanctorum, in-fol., Venetiis, 1581, t.vi, p. 187-190; le texte grec, encore inédit, se trouve dans le ms. de la Bibliothèque nationale, fonds grec, n. 25J5, toi. ISS-non. — • Surius, op. cil., t. vi, p. 1S8, col. 2. ^ ' S. Vailiiè, Sainte-Bassa de Clialcidoine, dans Ici Échos d'Orient. 1908, t. xi, p. 227. — • J. Pargoire, Topographie byzantine, dans le Seruet du 11 juillet 1900. — ' J. Pargoire, dans les Échos d'Orient, 1903, t. vi, p. 317. . — ' S. Vailhé, dans la même revue, 1908, t. xi, p. 227. — •J. Pargoire, Mon/ Sainl-Auxence, Élude historique et lopo-
DICT. D'ARCH. CHRÉT
tude, il démissionna, passa dans la Bithynie, courut à une dizaine de milles de Chalcédoine et s'y établit sur un rocher, au liane du mont Oxia. Il s'y trouvait encore à l'époque où se tint le concile de Chalcédoine et le bruit s'étant répandu que l'ermite était eutychien, l'empereur Marcien l'en arracha et le fit venir par Rufinianes '° (avril-mai J52). Après un séjour de quelques semaines, coupé par un voyage à l'Hebdomon " et un autre à Constantinople ", les instances de l'empereur Marcien " et les communications du patriarche Anatole " l'amenèrent à se déclarer formellement contre l'hérésie d'Eutychès '=. Dès lors, on ne le retint plus, et lui s'en alla, en toute hâte, chercher au mont Scopa le calme que Rufinianes lui refusait. Mais il ne retourna pas sur le mont Oxia, lui préférant une hauteur plus voisine ".Là, sa vie ne différa point de ce qu'elle avait été sur la première col- Une; quelques chrétiens imitèrent son exemple, reçurent de lui l'habit éréiuitique et vécurent dispersés dans les environs. Des fennues reçurent de l'anachorète ce même habit et fondèrent un monastère au pied de la montagne. Cette maison, dite des Trikhinaires, reçut la dépouille mortelle du saint, peut-être en 473 "; ce ne fut pas sans contestations ".
.\près Auxence, son petit ermitage ne fut pas abandonné et les disciples contiimèrent à se grouper à l'entour de la demeure sanctifiée. Ils vécurent sous la direction de quatre moines, principalement Serge, Bendidianos, Grégoire et Jean. Lorsque Auxence avait quitté Rufinianes, les moines de cette maison l'avaient accompagné au chant des hymnes et des psaumes jusqu'au mont Scopa où ils lui avaient bâti une maisonnette. Mais cette bicoque avait fini par tomber de vétusté, et Auxence s'était probablement réfugié dans une grotte, c'est du moins ce que laisse supposer le biographe d'Etienne le Jeune qui montre Serge, premier successeur d'Auxence, établi dans la grotte du père ^'. Il est possible qu'avec le temps on agrandit un peu cette anfractuosité, on l'aménagea, et la postérité, ignorante de cette légère transformation, attacha le souvenir du saint à la petite grotte où elle voyait les anachorètes se succéder derrière quelques planches. Qu'il y ait eu ce petit déplacement, cela parait certain. Déjà, au début du ix" siècle, le diacre Etienne faisait observer que la position de la grotte ne répondait point tout à fait à la position indiquée par la cellule (</o-jgo:) d'Auxence dans la vie de ce dernier -°.
Après Serge, ce fut Bendidianos qui gouverna quarante-deux ans et se trouva enfin à la tête d'une légion de disciples dispersés de droite et de gauche, comme au temps d'Auxence. En vinrent-ils dans la suite à former une conununauté'? La présence parmi eux d'un ecclésiastique, la mention d'une église conventuelle et d'un monastère terniraient à le prouver. Par contre, les documents relatifs à saint Etienne le Jeune nous défendent, en ce qui regarde les hommes, d'introduire la vie cénobitique au mont Saint .\uxence, avant le milieu du viii'-" siècle ".
Puis ce fut Grégoire, puis ce fut Jean à qui succéda Etienne le Jeune; mais, dans l'intervalle, des
graphique, in-8°, Paris, 1904, p.16-17. — '"Sur cet itinéraire, ibid.. p. 23; Bijzant. Zeits., t. vin, p. 452; t. xi, p. 341. — "Sim. Métaphr., Vila S. .Auxentii, c. xxxvm, P. G., t. cxiv, col. 1405. — •••Ihid., c. xi., col. 1408. — "Ibid-, c. xxxvm, xL, col. 1405, 1408. — "Ibid., c. XL, col. 1409. — '- Ibid.,c. xi,, col. 1412; J. Pargoire, .MoiU Sainl-.Auxence, p. 25. — '* ^--^■'•-«, i/o-v, ii-t'.-ù;. — " l.'n 14 février, la date de l'année est douteuse. J. Pargoire, Mont Saint-AiLvcnce, p. 29. — " Pargoire, op. cit., p. 30. — "Ibid., p. 33. — =» Etienne, Vita S. Stephani junioris, dans P. G., t. c, col. 1101. — ■' J. Pargoire, op. cit., p. 35.
CHAI.CÉDOIXE
inconnus s'étaient succédé depuis le v" jusqu'au viiie siècle, leur réputation à quelques-uns avait été grande mais non pas au po'nt d'éclipser le souvenir d'Auxence dont le nom était désormais associé par tous à ces lieux; on disait to opo; toj à-ioj A-jli-ni'j-^. Implantée dès la fin du V siècle, cette dénomination devait rester en usage durant toute la période byzantine. La célébrité de saint Etienne le Jeune n'y fit pas de tort et servit plutôt à la consacrer. Ce fut lui qui construisit un premier monastère qui prit le nom de monastère de Saint-Auxencc, auquel il préposa un supérieur afin de se reléguer lui-même dans une retraite plus étroite et plus élevée que celle où avaient vécu ses devanciers, en un point qu'on croyait être l'emplacement du y./.o-jëoc primitif.
Il nous faut maintenant identifier les lieux que nous avons nommés. : Chalcédoine, écrivait le P. J. Pargoire, est comme le pivot autour duquel roule toute la vie de saint Auxence -, » et » la position du mont Saint-Auxence au nord-ouest de la Bithynie ne saurait donc faire le moindre doute '. Entre Chalcédoine et Chrysopolis les monticules ne manquent pas. lequel choisir'? Les textes des divers biographes d'.^u.xence, de celui de Bendidianos. du premier historien d'Etienne le Jeune sont tous d'accord pour nous donner cette triple détermination : à savoir que le Skopa se dressait à l'est de Chrysopolis et. par conséquent, de Chalcédoine, qu'il était 1° le point culminant de la région, 2" plus élevé que l'O.xia, plus rapproché de Chalcédoine que l'Oxia. « Si l'on ajoute à ces données que le mont Oxia, plus éloigné que le mont Skopa, s'élevait à dix milles environ de Chalcédoine, on n'aura pas de peine à trouver une indication précise. Dix milles, cela équivaut à quinze petits kilomètres. Quel est, à l'est de Scutari, moins de quinze kilomètres à l'est de Kadi-Kcuï, le seul sommet qui dépasse tous les sommets environnants et réponde aux descriptions? C'est le Kaich Dagh *, qu'il faut se garder de confondre avec l'Oxia ^ lequel, après le premier séjour d'Auxence, n'est jamais plus mentionné ni dans l'hagiographie, ni dans l'histoire '.
0 Le Kaïch-Dagh est une hauteur bien caractérisée. Il se détache sur l'horizon, conique et noir, terminant au nord la petite chaîne dont la colline de Maltépé. sur le rivage de la mer. et les iles des Princes, au milieu des flots, sont comme les anneaux extrêmes. Il s'appuie à cette chaîne par son flanc méridional. Isolé des trois autres côtés, son isolement le grandit. Avec ses 430 mètres d'altitude, il en impose plus que l'Alem-Dagh. qui en compte 445, plus même que r.\ïdos-Dagh. qui en mesure 528 '.
Mont .Saint-Auxence porta plusieurs monastères. Le plus ancien de tous, que nous avons déjà nommé, le couvent des Trikhinaires, fondé au troisième quart du V siècle ', par une certaine Stéphanie, ancienne
cubiculaire de l'impératrice Pulcluric, à un mille de l'ermitage d'.\uxence, en un lieu dit Gyréta. En peu de temps on compta soixante-dix postulantes; il fallut bâtir. On commença par l'oratoire, ensuite on passa au couvent dont l'inauguration fut très solennelle *. A ses religieuses, .\uxence donna un costume de même apparence que le sien. Connue les hommes, ses disciples, qui vivaient en ermites dans les environs, il les revêtit d'habits grossiers connus souslenomdeTpiyiva. (^es habits, ainsi que le mot l'indique, étaient faits de poils, j'ajouterai même, en généralisant un témoignage byzantin '°, faits de poil de chèvre. Leur usage en Orient, dans le monde monastique et surtout anachorètique, est attesté des centaines de fois et les saints de l'Église grecque ne sont pas très rares qui leur doivent le surnom de Tpi-/i'/î: ". Mais le public du v siècle n'avait pas encore eu le temps de se familiariser avec cet accoutrement austère. Il en fut surpris, il en parla, et bientôt, comme l'écrit un de ses biographes, les filles spirituelles d'Auxence n'eurent d'autre dénomination que celle de religieuses Trikhinaires ^-. Dès leur installation au pied de la colline, avant la construction des cellules qui devaient les abriter d'une façon définitive, Stéphanie, Kosmia et 1 nirs compagnes ne manquèrent pas de mettre à profit la présence du saint anachorète. Deux fois par semaine, le dimanche et le vendredi, elles montaient auprès de son ermitage, et lui, sage directeur, leur donnait une conférence ou une instruction. Les paroles qu'il leur adressa dans une circonstance plus solennelle nous sont parvenues par la voie du Métaphraste ". Jusqu'à quel point sont-elles conformes au texte de l'orateur, dans qu 11' m sure la néfaste facilité de Syméon les a-t-el!e cmbcllies,je ne saurais 1,' dire. Mais elles ont cela de remarquable, ces paroles sur la grandeur et les avantages de la virginité, qu'on peut les regarder comme le testament spirituel de l'anachorète à ses filles. Auxence. en elTet, les prononça dans son ermitage, le jour même où fut inauguré le couvent. Trois jours plus tard il tombait malade et dix jours de maladie le conduisaient au tombeau. La chapelle des Trikhinaires avait dû, à peine construite, recevoir les saintes reliques dont Stéphanie s'était défaite en faveur de son père spirituel.. \ la mort de ce dernier, cette même chapelle s'enrichit de son corps et cette relique y fut plus précieuse à elle seule que toutes les autres, et plus vénérée. Endormi là, Auxence attira la dépouille mortelle de ses successeurs dans le voisinage. Ainsi fut créé, tout contre le couvent, le cimetière que l'on trouve plusieurs fois mentionné par les biographes de saint Etienne le Jeune.
« Ce que fit la pieuse communauté du dernier quart du v« siècle au premier quart du vin'' nous est inconnu. Serons-nous téméraires, pourtant, si nous supposons que chacun des nouveaux anachorètes
' Ihid., p. 40; T'i7(t S. Siephani /iinioris, dans P. G., t. c col. 1101. Pour la substitution de ---o; ou Soj.i; ou /.ij-.; -l'j ivt'.u AOïi.Tl'.j à l'ancien nom, cj. J. Pargoire, op. ci(., p. 69. — 'J. Pargoire,op.oi(..p. 59, et les textes qui abondent toujours entre les mains du savant auteur. — = J. Pargoire a refaite péremptoirement quelques identirications malheureuses, op. cit., p. 60-61 ; il n'y a plus à s'y attarder.
* J. Pargoire, op. cit., p. 63-64. Cette ideatification avait été ïnitedéjà par .\. Paspati, r» à,siT','/i»i 7:-,oi^i-.« t'.; lSj''i,z;<,j, dans l''t<.)n->"; ■!•!)...;-,;.«.; ^ly/.».-,-.'.;, t. xii, p. 49; là iZoï-,-::.,, àiir-'.y.', p. 153, n. 3; J. Miliopoulos, Itoj.ô; Aj;i,T-foj, dans Bfj-:iintiiusche Zeitschri/I. lUOO, t. ix, p. 63-71; J. Pargoire. Autour de Clialcédnine, dans Biizanlinisclie Zeitsclirill, 1902, t. xi, p. 344. — > Comme l'a tait W. Tomaschek, Zur historicheri Topographie uon Kleinasien Im Mittelalter, in-S», Wicn, 1891, p. 4-3; plusieurs ont
pris l'un pour l'autre, cl. .1. Pargoire. op. cit., p. 64-05.
' J. Pargoire, I^s monastères de saint Ignace et les cinq plus pelils ilôts de Carchipel des Princes, dans I:viéslia russkago
arrheologitclicskagolnstituta v. Konstantinopoliè.1901 , t. vil, p. 88. — ' J. Pargoire, Mont Saint-.Auience, p. 66. Kaïch- Dagh est l'abréviation courante de Kaîch-Bounar-Dagh. — ' J. Pargoire, op. cit., p. 71-78. — • Sim. Jtétaphr., op. cit., c. i.xii. Lxv. dans P. G., t. cxiv, col. 1432, 1436: Psellos. dans M. Gédoon, ii.:,.t .-,. .:.jT-..r;. -, ,p. 2S3. — ^'Vita S. Basilii junioris. Lv et lvi. dans .4c(a sanct.. mart. t. m, p. xxxi. — " Le bollandiste V. de lîuck cite jusqu'à trois Etienne décorés de ce surnom, parmi lesquels notre Etienne le Jeune, .icta sanct., oct. t. xii, p. 673; le saint Théodore Trikhinas, fêté le 20 avril, vécut dans un monastère également surnommé 'Trikhinas, cf. Ménologe de Basile, dans P. G., t. cxvii. col. 413. — " De là, sans doute aucun, l'origine du nom donné au lieu qu'elles habitaient. Oui, si
le monastère s'appela ti/i. '.<;:>; OUt---/---»!-:» 0Ut.^>, ■:f;/^,a;a•:w■,,
ou n'importe quoi d'approchant, il dut ce nom à ses pieuses T3!/!-.asoîa:, Ti;/---.aj'.c; OU -?v."'»?^'-- nullement à l'aspérité, t^ Tia/i, de son emplacement. — " Sim. Mélaphr., op. cit. c. LXII-LXIV, P. G., t. cxiv. col. 1432-1436.
CHALCIlDOINE
établis sur la montagne fut (jour elle un nouvel Auxence c'est-à-dire un père et un guide? Très probable pour Serge, pour Bendidianos et pour Grégoire, la chose paraît à peu près certaine pour Jean et pour Etienne le Jeune. Au temps de ces deux derniers, les rapports entre l'ermitage et le couvent sont de toutes les heures. .\vant de prendre rang parmi les Trikhinaiics. déclare le diacre de Sainte-Sophie ', Anne et Thcodote, mère et sœur d'Etienne le Jeune, vinrent recevoir la bénédiction et les conseils de Jean. Celui-ci envoyait chercher chez les Trikhinaires tout ce dont il avait besoin. Et comment ne pas mentionner ici le petit chien dont il employait le ministère'? Etienne, disciple de l'ermite, avait la charge de monter leau ainsi ([ue toutes les autres provisions prévues, et il s'en acquittait chaque jour, par le soleil d'août comme par les neiges de janvier, avec une régularité parfaite. Mais parfois, tandis qu'il était en course ou occupé à d'autres soins, arrivaient soudain des visiteurs inattendus. Le moyen, avec la pénurie de l'ermitage, de subvenir à leurs nécessités? C'est alors que Jean recourait à son petit chien. Il écrivait un billet et, le lui attachant au cou : « Descends au monastère, lui disait-il, porte ce billet à la supérieure et reviens au plus vite. » Quelques minutes plus tard le lidèle animal se trouvait devant la cellule de la supérieure, aboyant de toutes ses forces jusqu'au moment où les gens du monastère lui prenaient le billet |)our le passer à qui de droit et faire ensuite selon son contenu '. A lire ces dernières lignes, à voir comment la destinataire du billet ne le prend point ellemême, il paraîtrait assez naturel de croire que la supérieure était une recluse. Cette opinion semblerait confirmée jjar le fait que les soldats de Constantin Copronyine envahissant l'église conventuelle à l'heure de l'ofTice trouvèrent toutes les religieuses au chœur, mais point l'higouménesse. 'Ev xs) >.;<■> yàp y-|'7'jyaîiv,dit le biographe *, ', tiJ.ia YpaO; /.a'i tt]; p.ù'^r,; 7:^oiG-ûi'j'x. Il est vrai que le biographe ajoute : -lixr,; tv' !j.iapiv k'yoôov Y'/oj^x... 'i cit; -po; a-JToJ;. Mais que conclure? Cette sortie au-devant des soldats peut s'expliquer chez une recluse parla gravité de la circonstance, comme aussi cette absence du chœur peut s'expliquer chez une cénobite par tout autre motif que la réclusion. Auxence avait vécu de la sorte, ses successeurs aussi. Ce genre de vie était si ancré dans les traditions de la montagne, qu'il n'y a rien d'invraisemblable à ce qu'il fût pratiqué par la supérieure des Trikhinaires. D'autant que, nous le constatons par plusieurs exemples, diriger une communauté de cénobites et vivre soi-même en reclus ne s'excluaient point sur notre colline, pas plus d'ailleurs qu'en bien d'autres endroits '. •
Pendant la persécution iconoclaste du Copronyme, une des nonnes trikhinaires, .\nne, subit In (lueition': mais on ignore si elle mourut des mauvais traitements qu'elle eut à subir. Le monastère subsistait encore et prospérait au début du ix" siècle. Peutêtre exista-t-il plusieurs siècles encore: nous n'avons pas à poursuivre l'histoire de sa destinée, mais il nous reste à savoir le lieu exact de son emplacement.
Diverses petites incidentes des hagiographes peuvent nous aider à déterminer exactement sa position. D'abord il était au pied de la montagne, mais non pas en plaine; au liane même de la colline, ayant dans son enceinte ou bien touchant cUe-ci une source à laquelle le disciple de l'ermite .Ican allait remplir
' Etienne, Vila s'itn-ti Stephani jiniiuris, /'. G., t. c, col. 1093. — ' Ibid., col. 1092, 109,3. — ' Ibid., col. 1 128. — * J. Pargoirc, Mont Saint- Auxence, p. 7;i-75. — * Etienne, op.ci/., P. a., t. c. col. 1128-11,32. — • J. .Miliopoulos, Uov.i; a'jU,-''j', diim Hyzdîilinisihe Zeilschri/I, 1900, t. ix, p. 66.
ses outies. L'existence de cette source au midi de la colline et à un quart d'heure de chemin du sommet permet de ne conserver aucun doute sur l'emplacement et de vérifier les quatre indices fournis par les textes. Complétés et corrigés les uns par les autres, ces quatre renseignements nous conduisent tout droit au large col par où le Kaïch-Dagh soude son flanc méridional aux autres sommets de la chaîne qui descend vers Maltépé. Là se trouve encore, entouré de larges murs en pierres sèches, un vaste emplacement qui répond à toutes les conditions requises, assez plat pour être dit ■Axbo-j.xiv', assez en pente pour être qualilié de Ttpavi». Là se distinguent par endroits, au milieu des buissons et des ruines, les arasements des murs extérieurs d'une modeste église. Là, coule silencieusement, à trois mètres environ de profondeur, l'hagiasma que les orthodoxes de Benyuk-Bakal- Keuï visitent à l'Ascension et qu'ils appellent à-, iairua To'j iyirj-j .\C;ivTioj d'après tel crudit ', ou bien encore i/iîcTiiï xr,; ',\va).r, •!/£(.■; d'après tel autre '. Tels sont les souvenirs et les vestiges de l'humble monastère qui fut, pendant plusieurs siècles ', un* des curiosités monastiques des environs de Chalcédoînc.
Ce qu'on appelle « Monastère de Saint-Auxence » eut une destinée bien différente. Auxence, ermite consultant, ne fonda jamais un monastère d'hommes et ne fut de sa vie higoumène. Il y a bien lieu de tenir en suspicion ce qu'on lit touchant l'existence d'un monastère dans la vie très retouchée de saint Bendidianos, suspicion d'autant plus légitime que la liste de 53G dont nous avons déjà parlé, où figurent quarante monastères d'hommes appartenant au diocèse de Chalcédoînc °, ne présente aucune maison qui soit, connue il faudrait s'y attendre, si la donnée biographique était juste, désignée par le nom de Skopa, d'Auxence ou de Bendidianos. Et vers 807, Etienne de Sainte-Sophie ne soupçonne même pas qu'il ait pu exister au mont Saint-Auxence un monastère d'hommes contemporain de saint Bendidi.aiios. Pour lui, exception faite en faveur des Trikhinaires, le cénobitisme ne s'introduisit sur la colline qu'au milieu du viir' siècle '°.
Etienne le Jeune habitait l'ermitage depuis 743 ou 746, lorsque cédant, après bien des refus, aux instances de quelques disciples, il consentit à l'établissement d'un petit monastère dont les constructions s'élevèrent tout à côté de l'ermitage, au sommet de la colline, non point sur la plate-forme supérieure, mais un peu en contre-bas, sur une petite terrasse méridionale, inférieure de cinq ou six mètres comme niveau et protégée contre le vent du nord par un mur de rochers. L'ensemble fut placé sous le patronage de saint .\uxence". De douze membres qu'elle comptait au début, la communauté passa bientôt à vingt, vers 754-7Ô7. Etienne conserva le titre d'higouméne. mais délégua au gouvernement des religieux le premier reçu dans la conmiunauté. l'économe Marin'-. En "ïdO. au printenqjs, Etienne qui avait refusé de souscrire à l'iconoclasme vit le patrice Calliste assiéger les moines six jours et ne lever le siège que pour revenir pendant l'automne ou l'hiver suivant, ruiner et mettre à sac le monastère qui, fondé vers 7.50, disparut en 763 ou 764 ". « Mais disparut-il pour toujours? Ce serait peu connaître la ténacité des moines byzantins et leur esprit traditionaliste que de le penser. Un lieu sanctifié par un ascète comme .auxence et par un nuirtyr connue Etienne était sacré pour eux et l'abandonner
— ' J. Pargoire, Mont Saint-Auxence, p. TS. — ' Il existait peut-être encore en 1192. — • Mansi, Conc. amptiss, coll., t. VIII. col. 1014-1018. — • " J. Pargoirc, op. ci(.,p. 79.
— " Ibid., p. 80. — '- ï^tienne, V'i'/a .Stephani junioris^P. G., t.ccol. 1097-1104. - " J. Pargoirc, op. ci(.,p.82.
CHALCEDOIXE
sans retour leur eût paru un sacrilège. Aussi, la persécution du Copronyme passée, ermites et cénobites revinrent-ils au poste '. » Pendant la persécution, l'accès de leur colline leur avait été interdit. Le Coprononyme, laïcisateur à outrance, avait retiré le mot â-fioi au monticule ' et décrété que < Quiconque sera surpris allant à la colline d'Auxence le paiera de sa tète'. » Dès lors, les cénobites n'eurent qu'une pensée : rejoindre Etienne le Jeune au lieu de son exil. Tandis que le mont .Saint-Auxence était désert et quelques semaines seulement après la dispersion, ils se réunirent en Proconnése, à Kissouda.
A l'avènement de l'impératrice Irène, dont la régence signala une restauration générale des images et du nionacliisme. il est possible que le monastère ruiné du mont Saint-Auxence ait reçu de nouveaux liabitants. Rien ne prouve, cependant, que la restauration n'ait pas un jieu tardé. Vers 807. Etienne, diacre de Sainte- .Sophie et biographe d'Étieitne le Jeune, dédie son ouvrage à un certain Épiphane, émule et successeur d'.\uxence, de Serge, de Bendidianosct occupant sur la colline l'ermitage d'Etienne le Jeune. Était-il reclus ou bien gouvernait-il un monastère de cénobites, nous l'ignorons. La vie religieuse avait repris pied sur le Kaïch-Dagh pour les hommes.
VL AVTOLR DU MONT S.\INT-Al XENCE. « DaUS
les environs de la colline les maisons religieuses s'étaient multipliées à profusion bien avant le viii" siècle. Elles y fleurissaient en grand nombre dès le v siècle. Dans sa biographie de l'higoumène saint Hypace. que nous verrons mourir à Rufinianes, le 10 juin 446, Callinique nous montre que la ville de Ghalcédoine et ses faubourgs avaient toute une armée de moines dès 434 ou 435 '. II cite en particulier le petit couvent dirigé par le pieux higoumène Eumathios à trois milles du proaslcion rufinien '. En 45'2. entre le mont Oxia et le cloitre de saint Hypace à Rufinianes. .\uxence rencontrait un monastère dédié à saint Jean-Baptiste iv rr, '!>•.> ■■.i ou T>.: 'l':a\r,; OU encore toC '.\v-iil/,o-j. La quantité vraiment considérable d'ermites à qui l'exemple de saint .\uxence et de ses successeurs suggéra de s'établir au.x alentours ne manqua certainement point d'y provoquer une sensible augmentation de monastères, car on sait le peu de peine des ermitages à se transformer en couvents. Plusieurs d'entre eux durent subir cette métamorpliose auprès de notre colline. De fait, au \iu' siècle, les hauteurs voisines se trouvaient couvertes de maisons religieuses. Aussi passionné pour la chasse qu'il l'était contre les moines. Constantin Copronyme fit détruire ces asiles de l'iconopliilie, afin de rendre la contrée plus giboyeuse «. »
Nous allons passer maintenant du nord de Ghalcédoine au sud de cette ville.
VII. HiÉRiA. — .-Ku sud-est de Kadi-Keuï une presqu'ile aujourd'liui désignée sous les noms de Phaniiraki (petit phare) et de Féner-Baijlché (jardin du phare) a porté dès l'antiquité et à l'époque byzantine des appellations variées dont la plus retentis-
' J. Pargoire, op. cit., p. 83. — = IbiJ., p. 09. — "Etienne, op. cil., col. 1139. — 'Callinique. De vita S. Hypatii liber. Mil. Teubner. Lipsi«;, 1S'J5, p. 70, 71. — ^ Op. cit., p. 57-59. — • .1. Pargoire, op. cil., p. 79-80. — ' Sous le titre d'Hiéria. la presqu'ile des empereurs, fut donné un récit d'allure romanesque dans l?s Échos d'Orient, t. III; je ne le signale ici que pour l'écarter de la bibliographie et déblayer le terrain d'autant; la présence d'un tel titre dans une revue scientifique étant de nature ;i prêter a'.i quiproquo. Tout s'explique si on observe que cette historiette appartient, par sa date, à une époque 011 scvissaien' encore dans les liclios d'Orient les complaintes poétiques; années antérieures à la parfaite bonne tenue qui
santé est celle de Presqu'île des Empereurs '. Ce qui pour les anciens était 'llpaia i'/.ça reçut des Byzantins le nom de lipE'-x. Cette identification basée sur des indications précises et sur des te.xtcs formels est hors de doute. Le site appelé llpai-j- et ensuite 'lif'.ix répondait également aux noms de ll/iov, Hpix, "Hif/i'a, etc., et ces noms divers s'appliquent au TipojijTE'.ov de Hiéria si fameux dans les .\nnales byzantines.
Nombre de textes nous apprennent que Hiéria était située au bord de la mer, et Proco])e nous dit que Justinien y fit construire un port », tandis que Théodora y possédait son palais maritime le plus fréquenté '. Hiéria, par rapport à Constantinople, se trouvait de l'autre côté de la Corne d'Or, du Bosphore ou de la Propontide '", sur la rive orientale. L'historiographe de Constantin Porphyrogéntte représente Hiéria comme le vieux cimetière des Chalcédoniens : -TipÔTccov rj-jrjx-i ToT; Xa/./.r,oovio;; EÎç Ta:^r,v ^* ; un fragment de manuscrit cité par Lambecius l'appelle
également ■zxz.iXryi " -r,: -o/ew; .\ï)y.T?ovoç '». Les
villes d'autrefois n'établissaient jamais leurs nécropoles bien loin des murs : il est donc impossible , de chercher notre Trp-.àrrtEiov ailleurs que dans les alentours immédiats de l'antique cité, ailleurs par conséquent que dans le voisinage du Kadi-Keuï moderne. Les Patria mentionnent Hiéria entre l'église Saint-Georges qui s'élevait à Ghalcédoine et le palais de Bryas qui s'étalait sur la côte bithynienne, en face des iles des Princes''. Cette place intermédiaire assignée à Hiéria serait une preuve absolument péremptoire de sa position à l'est de Ghalcédoine, si l'Anonyme suivait toujours dans ses énumcrations l'ordre topographique, mais nous savons par ailleurs et nous verrons dans la suite des paragraphes de cette dissertation qu'il existait toute une série de r.pii<7:z\.x maritimes échelonnés le long de la côte septentrionale de Nicomédie; c'étaient, en venant de cette dernière ville : Kartalimèn ( = Kartal), Bryas (= Maltépé), Satyre, Poleat.kon, Rufinianes {=Djudilioslan) et Hiéria '= qui se trouvait donc entre Kadi- Keuï et Djadi-Bostan. La configuration géographique apporte une nouvelle garantie à l'identification, Hiéria formait, en efiet, un promontoire en face de Ghalcédoine. Etienne de Byzance le dit formellement : 'lioxix. a/.pa o'jtoî ).e"o[j.£v/., xaTavrtxp'J XaÀ- /.r,5o/.; et il emprunte à Démosthène le Bithynien sept vers qui débutent ainsi :
"Etti ce t:; 'pi— âsoi^E y.y.-jTr,; Xa'','/.rj^v/o; xy.pr^ ^Wpx'.x
Dès lors, pas à pas, d'étape en étape, nous en sommes arrivés à circonscrire notre -poi^Tsiov en des limites fort étroites. Localité maritime, faisant face à Constantinople, sur la rive asiatique, au sud du Bosphore, p es de Ghalcédoine, à l'orient de cette ville, sur un cap. Hiéria n'a guère le choix entre plusieurs emplacements, un seul promontoire lui convient, qui se trouve jeté entre Kadi-Keuï et Djadi- Bostan. celui de Féner-Bagtché. Nous avons parlé
a suivi. I^e seul travail d'allure et de portée scientifique est celui du P. J. Pargoire, Ilicriu, dans Izviéstia russkaao arkheologitcltcskago Institut:!. 1S99, t. iv, fasc. 2, p. 9-78. C'est son travail que je résume et cite constamment. — •Procope.Dea'di/îciis, I. I, c. xi. édit. Bonn. p. 207, lig. 11.
— ' Procope. Ilist. arcnnu, 1. XV, édit. lionn, p. 95, n. 22.
— ^^ Nous ne faisons qu'indiquer ici l'enchainement de propositions topographiques développées et démontrées par J. Pargoire. — " Théopli., Continuai., I. VI, c. .\.\i, édit. Bonn, p. 451. — '-Notes à Codinus, P. G., t. CLVii, col. 451. — » Notes à Codinus, P. G., t. clvii, col. G06. — " P. G., t. cxxii, co\. 1080. — ■' De cœrimoniis, I. I, .\ppcndix, édit. Bonn, p. 197, lig. G.
CIIALCEDOINE
lOG
d'un port creusé sous Justinien ' et ce port tl'Eutrope se laisse aisément retrouver; mentionné par Tliéupliylicte Simocattas, par la Chronique paschalc et par Zonaras -, ces trois auteurs nous obligent à le placer au nord, dans la baie de Haïdar-Paclia ou à l'est dans le petit golfe de Calamieh. Entre les deux, l'hésitation n'est pas possible, puisque l'église grecque de Calamieh conserve la pierre tumulaire de l'éponyme Eutropios ^ Voir col. 123, lig. 2426. Le port créé par Justinien âv T'n; EOrpoTico-j ÈTtwvJaoi; occupait donc une partie de la baie de Calamieh '. Le site de Hiéria est ainsi détenniné sans hésitation possible.
Le nom de la presqu'île Hiéria a subi un si grand nombre de déformations qu'on a pu dresser un catalogue de trente-huit intonations dont les variantes, portant tour à tour sur les lettres, l'esprit, l'accent, le genre et le nombre, conduisent de 'A^pta à 'l'pi , en passant par toutes les déformations imaginables. Ces trente-huit formes ne sont pour la plupart qu'une collection de cacographies introduites par le parler vulgaire, par l'itacisme, par les copistes, par les éditeurs autour de quatre noms:"lhia, r,fUi-/, ir,o etUpôv, Mais il en est résulté beaucoup de confusion, principalement entre la presqu'île asiatique que nous étudions et plusieurs localités homonymes, notamment Iérion,.dans la banlieue européenne de Constantinople, à Galata.
Nous ne nous occuperons ici que do ']li-^t.ri ()u'\liç,i:x dont l'itacisme lit 'lipuï ^ , et cela d'autant que 'leoilrj-/, Procope nous le prouve', avait déjà pénétré dans l'usage du vi' siècle, léyin finit, en elïet, par s'imposer aux Byzantins. Il apparaît pour la première fois dans r.\nthologic ', en tête d'une épigramnic destinée au palais de .Justinien. Peut-être, sous la forme où nous le possédons, ce titre est-il l'œuvre d'une main plus tardive. 11 semblerait, en effet, que le nom de 'lion-/, destiné à représenter la presqu'île comme une chose sainte et sacrée, ne se généralisa pas avant le vu* siècle. Héraclius l'introduisit le premier dans l'usage, ou, tout au moins, lui donna sa consécration. L'histoire ne dit pas à quelle époque lenom d'Hiéria déserta le promontoire; au xvi" siècle. Pierre Gilles ne l'y trouva plus.
L'histoire d'Hiéria, déblayée des événements qui eurent pour théâtre les localités homonymes, reste assez intéressante. Jusqu'au temps de Justinien les destinées de la presqu'île sont peu et mal connues; peut-être servait-elle dès lors de cimetière, les tombes retrouvées à Phanaraki (voir le para.graphe : Épigraphie), Inviteraient à faire admettre cette destination. La pi-esqu'ile, à raison de sa petitesse, ne pouvait songer à devenir elle-même l'assiette d'un centre important, et elle ne fit que subir le contre-coup des prospérités ou des infortunes réservées aux grandes agglomérations voisines. Son rôle ne counnença que du jour où Byzance et Chalcédoine perdirent leur caractère de villes commerçantes pour s'accorder la vie joyeuse et bruyante des plaisirs coûteux. Ces plaisirs ne pouvaient se satisfaire dans l'intérieur des
' Procope, De œdificiis, 1, I, c, .\i, èdjt. Bonn, p. 208, lig. 3. — = Théophylacle Simocattas, ilisl.A. Vlll, c. xi, édit. Bonn, p. 336, lig 1 ; Cliron. pnsch.. cdit. Bonn, t. i, p. G9G, lig. 10; Zonaras, Epilome hislorianim, I. XIV, c. .xiv, édit. L. Dindorf, t. m, p, 300, lig. 8. — 'G. Jacqucmier et Gcmier-Durand, Ëpilaphes grecques chrétiennes recueillies aux environs de Clialccdoinc, dans Cosmos, 1896, t. xxxiv, p. 211, fig. 2. — *J. Pargoire, op. cit., p. 32. — ' Ceci, bien entendu, au cas où l'on admet que 'il •,;» a vraiment précédé 'i.si--^. Si l'on regarde, au contraire, 'IlifiK comme une simple cacographie de 'I 51», l'apparition de ce dernier nom, tantôt paroxyton et tantôt proparoxyton, devra s'expliquer, semble-t-il, par le pluriel de la forme 'U^eT..., déjà courante au temps de Procope et venue elle-même soit directement de îsfi:, soit, par cor
villes, on s'éprit donc de la campagne '; de ce jour, la presqu'île était promise au plus brillant avenir.
Justinien. sur les conseils de Théodora, l'embellit comme il savait le faire. .\vec un château magnifique, il y construisit une église, des galeries, des places, des bains publics '. L'église reçut pour patronne la Théotokos : Procope se déclare impuissant à décrire sa splendeur". Le reste des édifices ne le cédait en rien aux palais impériaux de la capitale". L'U pli du rivage devint, à grands frais, le débarcadère de l'auguste villa. Deux môks puissaiitsjetés dans la mer au-devant des Ilots y formaient un port merveilleusement abrité contre les vents du large'-. Théodora. sa cour et l'empereur lui-même se transportaient chaque année à Hiéria, à la belle saison, pour un séjour de plusieurs mois. L'.\nthologie nous a conservé un distique dont le texte, gravé sur le marbre, à la porte même du palais, félicitait Justinien d'avoir ajouté en ces lieux à la beauté de la terre et des eaux ''.
ToCtov 'lojTTivtavô; iyx-/.'/.l% OciaXTO yto^ù't "l'SotTi y.'xX vair, -/i/./o; i-'./.'ji\i.h.'7'x:,
Justin II continua à endjellir la presqu'île qui tut, le 27 novembre (iil2, le théâtre d'une de ces tragédies que ménage l'histoire byzantine de siècle en sitcle. Dans la nuit du 23 novendire. l'cmpircur Maurice avait quitté Constantinople en fugitif, emmenant sa femme et ses neuf enfants. Le dromon qui les portait échoua à Pendik; la goutte empêchait Maurice de monter à cheval; il se réfugia donc avec toute sa famille dans l'église voisine de Saint-Autonome. Pendant ce temps. Phocas arrivait devant Byzar.ce. y entrait, s'y faisait proclamer empereur le 2.5 et, le 26. envoyait une troupe arracher l'empereur déchu et les siens de leur lieu d'asile. On prit aussitôt le chemin du port d'Eutrope ou de la baie de Calamieh; seul manquait le prince héritier Théodose que Maurice avait dépêché au shah de Perse, Chosroés, pour lui demander du secours. Le mardi 27 novendjre. au milieu d'une foule nombreuse que contenait une troupe de soldats, probablement sur l'emplacement de la chapelle actuelle dédiée à saint Jean Chrysoslome de Caîamich, on amena l'empereur, cinq de ses fils : Tibère, âgé de seize ans à peine, Pierre, Paul, Justin et Justinien tous plus jeunes, enfin deux généraux, un frère de l'empereur Pierre, et Commentiolos. On commença l'exécution par les enfants. Déjà éclaboussé du sang de quatre d'entre eux, Maurice n'avait su que dire à chaque coup de hache : • N'ous êtes juste. Seigneur, et vos jugements sont équitables. « C'était le tour du cinquième lils. quand Mavirice reconnut qu'on lui avait substitué l'enfant de sa nourrice. L'em|)ereur ne fut pas moins hcro'ique que cette femme, il arrêta le bourreau et réclama son fils, le petit Justinien, blotti prés de sa mère et de ses sœurs; on l'apporta et, après ce dernier enfant, ce fut le tour de l'empereur, de Pierre et de Commentiolos". On jeta les corps tout nus à la mer. L'offi-
ruption, des thèmes 'Uia et *.-,;•... — • Procope dit : -"■ 'Hj'/i.M, i-i? 'l.fir.,. •/oi>,.,i<!i T-i.r,, De wdiftciis, 1. I, c. m, édit. Bonn, p. 185, lig, 11, et ailleurs : -.-. •u»./;,;. ; ,r, ■]£-;.:,, ;,.,. ;i»Xovi ., De œdiftciis, I. I, c. xi, édit. Bonn, p. 207, lig. 4. . — ' L. IV; Banduri, Imper, orient., t. i, p. 118. — ' Echos d'Orient, 1908, p. 15-22. — • Procope, De œdiftciis, I. I, c. xi, édit. Bonn, p. 207. — "Procope, op. ci7.,l. I, c. m, p. 185. — "Procope, op. cit., 1. I, c. xi. p. 208. — "Procope, op. cit., 1. 1, c. XI, p. 207. — " AnIlwliHjia, 1. IV, c. iv. Peut-être deux autres pièces se rapportcnt-clIes à Hiéria, cf. J. Pargoire, op. cit., p. 59, n. 1. — " S. Vailhé, i;j;écu/ion de l'empereur Maurice à Calamieh en 002, dans les Échos d'Orient, 1910, t, XIII, p. 201-208; Lebeau, Histoiredu Bas-Empire, édit. Saint-Martin, Paris, 1829, t. x, p. 150-156; R. Spintler, De l'hoca imperatore Itomanorum, in-S", Icna, 1905.
CHALCKDOINE
cier coiiuiuiiulaiit l'escorte enipoila les huit têtes pour convaincre Pliotius que ses ordres avaient été exécutés. Peu de jours après, le prince héritier Théodosc fut à son tour saisi dans l'église Saint-Antonome, où il s'était réfugié après la mort de son père, et décapité immédiatement. Cinq années plus tard, mais la date exacte n'est pas connue, à Hiéria, aux lieux mêmes où Maurice avait péri avec ses fils, ce fut le tour de Constantine, veuve de l'empereur, de ses trois filles : .\nastasie, Thèoctiste et Cléopâtre, et de sa belle-lille, la jeune veuve du prince Théodose.
Les victimes de Phocas trouvèrent un vengeur dans Hcraclius, et Hiéria, eut en lui un de ses hôtes les plus tldèles. Héraclius y passa l'été de (ill, sa fdle aînée y naquit le 7 juillet et son fils Héraclius le 3 mai 612. .\ cette date, Chalcédoine et la banlieue asiatique de Byzance furent occujjées par les armées persanes pendant plusieurs années; l'empereur renonça pour longtemps aux villégiatures à Hiéria. Un retour d'énergie amena l'empereur à reprendre la lutte, et, en 622, une flotte grecque sortit des ports de Constantinople. Au jour de son départ, la presqu'île répondait encore, semble-t-il, au vieux nom qu'elle tenait de siècles païens. Héraclius profita de la circonstance pour le changer. « Lorsqu'on eut laissé à gauche Chalcédoine, on passa devant le promontoire d'Hcra, où s'élevait autrefois un temple consacré à cette grande divinité de l'Olympe grec. Dominé par un enthousiasme religieux qui n'avait jamais été aussi ardent ni aussi cxpansif, l'empereur supprima ce nom, dernier vestige du paganisme et lui substitua une appellation chrétienne, sans doute celle de la Vierge Marie '. C'est une manière d'entendre les vers de Georges Pisidès ^.
Kx\ cr, -ap£7;/,£i; î-JOÙ; 'Ilpïia; -or.ry^;. O-jrti) fàp aijTriV Mvoaa^ov Èx TiXâvr,; Ttj; Tipiv xpaTo-jT/j; "îcaoo/Tiv 6£5cYtj.£vot, "Ewç 2Tp=4'3c; sOctê^w; [jLtQapixôaa; fo T7); TiXccvr^; afioEov sî; ôOôoHt'av. TpÉuw 6= to-jTtuv p.vyjaovî'jirac Tàjv tÔtîuv
2iy7J TTap£),Q£lv T,V £V CfJToC; EtpvifTtO
"Evav/^o; svaéés'.xv* s'ffTat yàp 'iy^a.
Kai To:; |j.$6' tijjlîi; /j uiMîir, ^ripiix.
Cette interprétation est-elle irréprochable d'un bout à l'autre? Je ne rafrn-mcraî pas : un fait bien avéré, pourtant, c'est que l'ancienne dénomination se trouvait oITîciellement abolie quand le diacre poète composa les trois acroaseis de son El; Tr,v xïri ILpaôr/ EX orparsîav.
Au retour de la campagne glorieuse, Héraclius débarqua à Hiéria, parmi ces manifestations turbulentes, familières aux foules byzantines^. L'empereur attendit l'arrivée de la relique de la Vraie Croix, reconquise sur les Perses; dés qu'elle fut arrivée, on pressa le départ et l'entrée triomphale dans Constantinople^eut lieu le 1-1 septembre 628. Quelques
• L. Drapeyron, L'empereur Héraclius et Tempire byzantin au VII' siècle, in-8", I^aris, 1869, p. 151. — 'De expedi- (lonc persica, acroas, I, vers 157-165, édit. Bonn, p. 9. — ' Chronograph., édit. de Boor, i, p. 328 ; George Hamartolos. Chronic, iv, Regn. Ileraclii, 24. — ' Héraclius, à qui un astrologue avait prédit : « C'est l'eau qui sera cause de ta mort, " refusait de franchir le Bosphore. — 'Si habilement que fût préparé le stratagème, c'est la meilleure preuve de lolie de ne pas s'apercevoir de l'existence du pont, du bruit de la mer, de l'aspect des branchages, etc. Les plus habiles machinistes auraient eu beau se surpasser, un homme sensé aurait découvert à l'instant l'artifice. — 'Théophane, Chronograph., i, p. 427,lig. 31. Sur ce conciliabule iconocla.ste, cl. Hefele-Leclercq, Ilisl. des conti/es, t. m, part. 2, p. 693. — 'Théophane, Chronograph., i, p. 439, lig. 4; Nicéphore de Constantinople, Op. hist., édit. de Boor, p. 74. — 'Chronograph., I, p. 444, lig. 16. -^ » Éphrem, Cœsares,
années plus lard, Hiéria abrita encore une fois Héraclius dont l'intelligence, amoindrie sous le coup de trop d'infortunes, après la désastreuse campagne de Syrie, était assiégée de terreurs folles. Pour l'emmener d'Hiéria et le ramener à Constantinople*, il fallut jeter un pont debateaux sur le moyen Bosphore entre une double haie de branches touffues. Héraclius se crut dans une avenue, parmi quelque forêt ^ Parti d'Asie à cheval, il arriva en Europe quelques heures plus tard, et, contournant la Corne d'Or, entrait le soir dans Constantinople, étant en selle depuis le matin. Cette même folie hydrophobe lui avait fait combler les citernes du palais d'Hiéria : nous en reparlerons.
Pendant plus d'un siècle l'histoire d'Hiéria n'offre plus rien de notable. En 753. Constantin Copronyme rassemble dans sa ville impériale d'Hiéria 338 évêques partisans de sa théologie et prêts à souscrire aux décisions du prince*. C'est là encor,; qu'est exilé le misérable patriarche Constantin, fantoche créé par le Copronyme jusqu'au moment de l'exil à Hiéria, que suivit l'exil à Prinkipo. cnlin le supplice" (76')).
En 76SI, nouveau spectacle, Hiéria reçoit la jeune Irène avant son mariage avec le fils du Copronyme '; on ne sait trop si elle y reparut dans la suite. Ajirès elle, Théophile s'y montre au retour d'une campagne victorieuse en Cilicie.Avec la dynastie macédonienne, Hiéria revit les réceptions et les fêtes éclatantes des règnes de Justinien et d'Héraclius ; Basilefit construire une église à Hiéria '. Le biographe du prince ne s'attarde pas à décrire le nouvel édifice annexé à l'ancien édifice de la Théotokos, mais il déclare d'un mot qu'il ne le cédait en rien à aucun autre : o-Jôv/o: tw/ a>).œv èv 7.i).>.îi y.oil (ôpjioT/.Tt y.pivoasvov ce--rîpov'°. Là ne se borna pas l'œuvre de Basile. Nous avons dit qu'Héraclius, dans un jour de folie, avait fait combler de terre et transformer en jardin potager la vaste citerne creusée sous Justinien près de la villa impériale. Depuis lors, on n'avait cessé d'y cultiver les légumes et les arbres fruitiers. Basile fit rendre la citerne à sa destination primitive, le potager redevint réservoir, à gi-ands frais, comme bien on le pense, mais c'était là un simple détail ". Au xvi« siècle, le voyageur Pierre Gilles en admirait encore les vastes dimensions, mais déjà il n'en restait plus que les quatre murs '^. Bâtis à la manière de Justinien, avec un ciment presque indestructible, ces quatre murs existaient naguère encore à peine entamés, à peine veufs de leur revêtement. En 1897, on fut contraint, pour procéder à des constructions modernes de faire sauter à coups de mine ces murs formidables.
Nous nous arrêtons à cette limite chronologique. Hiéria recevra, au ix» et au x^ siècles trois patriarches de Constantinople, tombés en pleine disgrâce. C'est d'abord Ignace, conduit de l'île deTerebinthos =i; tyiv 'lÉpEiav où il fut enfermé dans uncétable à chèvres bU (iivîpav oiiyM', ". C'est ensuite Photius que Léon VI
vers 2580-2583, édit. Bonn, p. 113; ces églises étaient dédiées à Élie le Thcsbite. — '"Théophan. Contin.. Basiliiis Macedo, n. xc.i, édit. Bonn, p. 337. — " Ibid.. p. .338. CI. Cedrenns. Ilislor. compendium. édit. Bonn, t. ii, p. 412, lig. 4. — '^Cependant, il prétendait qu'elle était voûtée; mais .1. I\Trgoire, Hiéria, p. 74-75, montre bien que c'était, au contraire, un réservoir à ciel ouvert. — "Nicetas David, Vila S. Ignalii, d.nns P. G., t. cv, col. 513; Siméon Magister, .4nnn/. : Michael et T/ieodora, 28, édit. Bonn, p. 668, lig. 7. C'est par erreur que G. Schlumberger. [.es iles des Princes, in-8», Paris, 1884. p. 274. fait conduire Ignace « à l'extrémité septentrionale du Bosphore, sur la côte d'Asie, à ce célèbre promontoire d'Iliéréion, si fameux dans les fastes du détroit, au pied duquel était établie la douane impériale pour les régions du Pont et de la mer Noire. • La méprise est considérable. Cf. .1. Pargoire, Hiéria, p. 53-64.
CHALCEDOINE
y relègue pour quelques jours ' it-'piv... toO «iiteo; =•/ toi; xoc>.ouu.jvoiî "Irpi'uç. C'est enfin Nicolas !'='■ qu'une barque dépose sur le promontoire, en plein hiver, et que des séides poussent à pied, malgré la neige, jusqu'à Galaorènes '.
Une dernière indication mérite d'être recueillie sous le règne de Constantin Porphyrogénète qui témoigna un intérêt très vif pour la presqu'île et y entreprit des travaux qui semblent avoir été considérables; par malheur, ils nous sont rapportés dans une phrase incorrecte ou mutilée dont certains membres se laisseraient malaisément traduire. 11 faut relever, toutefois, cette indication : ... npàysov ojaa-/ Xï/y.r,- Sovirji; s'i; Tï?r,v'. Ainsi, jusqu'à cette époque la presqu'île avait continué à servir de cimetière aux habitants de Chalcédoine, voisinage inattendu pour les villas imijériales, mais, somme toute, voisinage original. Serait-ce que la propriété des empereurs occupait la partie libre du terrain et que le reste n'avait pu être exproprié? Quoi qu'il en soit, les débris d'épitaphes rencontrés à Phanaraki, et dont nous parlerons plus loin, ne sont pas faits pour rendre cette h\ jiothése invraisemblable. Quant aux constructions et installations du Porphyrogénète, le plus sage, en l'état du texte qui nous les fait connaître, est de renoncer à en préciser le lieu et la disposition.
Puis passeront encore quelques empereurs, mais on ne saurait indiquer à quelle date les constructions impériales disparurent de la presqu'île. S'y trouvaientelles encore au moment de la conquête musulmane? Avaient-elles succombé quelques années ou quelques siècles plus tôt? .\u début du xvi" siècle, Pierre Gilles trouva le promontoire dans un état de ruine qui témoigne d'un long abandon. Vers le milieu de ce siècle, Soliman le Magnifique fit construire une maison de plaisance qui a disparu depuis. Aujourd'hui la presqu'île porte de pimpantes habitations qui ont puisé parmi les débris qui couvraient le sol, i)our se procurer les matériaux nécessaires. Les puissantes bâtisses de Justinien * ont disparu, la citerne n'est plus représentée que par quelques pans de murailles; une église dont Pierre Gilles vit les murs encore debout était rasée au temps de Skarlatos Byzantîos, aujourd'hui ces restes eux-mêmes ont disparu. Les jetées des ports d'Hutrope et de Héraeon ont à leur tour cédé et les mariniers seuls peuvent reconnaître sous l'eau des bas-fonds artificiels. V'n écucîl dressé devant la presqu'île portait une inscription, il en fut dépouillé par des Européens vers 1816.
' Vila Eulliiimii, c. il, édit. de Boor, p. 5. C. de Boor, op. cit., p. 142 et 209, voit dans ce nom propre le faubourg asiatique;.!. Pargtoire, op. C(7..p. 48, l'admet comme ■ très probable », et p. (i4, ■ à moins toutefois qu'il ne s'agisse de quelque localité homonyme. » — ' Léo Gramniaticus.C/ironof/r., édit. Bonn, p. 279, lig. 22: Theophan. Continuât., vi, Léo Basilii /i/ii(S, xxiv, édit. Bonn, p. 371 ; SymeonMagister,ylnna;.:/.eoBasi;ii/i(iiis, XIX, édit. Bonn, p. 709; Georg. Monach., Vila rec. imperntnrum, Imp. I.eonis fil. Basilii, xxKV, édit. Bonn,p.8G5, lig. 20. — »Theophan. Contin.,vi, Constantin Porphyrofj., xxvi, édit. Bonn, p. 451, lig. 17. — ' Procope, De irdiftciis, 1. I, r. xi. — ' I*al!adius, Dial. de uita S. .Joannis Chnjsostomi, c. viii, P. G., t. XLVii, col. 28. — • Ibid. Dans l'Historia lausiaca, c. XII, P. G., t. xxxiv, col. 1034, on lit : 'l'',j=i-i«,»r;. — ' Socrate. Ilisl. eccles., 1. VI, c. xv, xvii, P. G., t. Lxvii, col. 709, 716. — * Sozomène, Hisl. eccles., 1. VIII, c. xvii, P. G., t. i-xvir, col. 1560. — • Loc. cil. — " Chronographe, anno 5897, édit. de Boor, p. 78. — " Théophane, Histnriie compendiiini, P. G., t. cxxi, col. 629. — " Vita S. Jolmnnis Chnjsostomi, c. xlv, P. G., t. cxiv, col. 1165. — "Hisl. eccles., I. Xni, c. xv. P. G., t. cxlvi. col. 984. — " Papebroch, Acia sanct., jun. t. iv, p. 243, propose Bufinus Proculus, consul en 316, ou Junius Rufinus, consul en 323, l'invraisemblance et l'improbabilité de ces deux noms est suffisamment démontrée par .J. Pargoire, Hiifinianes, dans
VIII. HuFiM AXES. — Au sud-est de Chalcédoine, à une heure de marche environ et sur le bord du rivage s'élevait jadis un chêne, solitaire et fameux, qui avait imposé son nom la localité qui l'environnait (A-,j;). Son souvenir commença à pâlir et à s'effacer lorsqu'en 392, sur cet emplacement s'élevèrent les constructions immenses et somptueuses du fameux préfet FI. Rufin; le peuple les désignait sous le nom de -y. "Po'js'-o-j (/.ri'TiiaTa), mais un autre nom prévalut; ai' Po-j?;!/'.»- •ix: (.■zf>',',(j.ï;). Toutefois, on voit persister l'ancienne appellation quelque temps. Les évêques réuni» en 403 autour de Théophile d'.\lexandrie ' pour achever d'écraser saint .Jean Chrysostome, s'intitulent ;'ll (jjvoôo; ■?, à-{'.x r, èx'i Apiv auva/6:î'7ï, ce qui nécessitait déjà pour quelques-uns une explication, puisque Palladius identifie le lieu aussitôt : totio; 3= éirriv o'j-zbi zaXo-Jfj-svo; Tripav Oa^âTir;:, Pouçsvrj-j TipoctaTeiov*. Les deux noms se conservèrent quelque temps; les uns préféraient l'ancienne appellation dont l'aspect vieillot donnait quelque cachet d'érudition à leur langage, les autres trouvaient le nom moderne plus à leur gré. Socrate ' et Sozomène ' continuent à parler de Apj; qui ne diffère en rien, quoi qu'on en ait dit, de Ruflnianes, ainsi qu'en témoigne Sozomène :
r,"/.£v £•; Ap-jv* Xc("/y.r|ÔÔVOÎ 6è toCto 7,pOCt'7T£'.OV 'Po'JÇï'vOU
Toj -JTtaT'.vtoO vj'/ Itt',')vjij.ov ', corroboré par Palladius cju'on vient de lire il n'y a qu'un instant, par Théophane : £v f^ Apuï Tr, vjv 'Po-j^iviavai; 'iz-i'ip.iv'r^^'',paT Cédrénus", par Métaphraste ", par Nicéphore Calliste ■', et par d'autres.
Rufinîanes fut la création de I-'l. Rulin, consul en 392, préfet du prétoire en juillet-août do cette même année ". La Vie de saint Hypace, abbé de Ruflnianes, par Callinique " a procuré à ce dernier l'occasion de parler du monastère et des constructions élevés par le tout-puissant ministre d'.Vrcadius qui s'était préparé à Ruflnianes un somptueux tombeau" ;
Qui sibi pijramidas, qui non cedentia leniptis Ornalura suos exsiruxit culmina mânes.
Ru fin construisit au Chêne trois monuments principaux : une église, un monastère, un palais.
L'église dédiée aux apôtres Pierre et Paul était un mardjrium, riocpTJpiov ", pour lequel son fondateur avait obtenu de Rome quelques reliques des deux apôtres". On l'appelait souvent aussi V'A-oazo'/.v.'yi", ou même l'âyiov àTioTTo/EÎov ", très souvent aussi o't «Y'oi k-Kdrs-oloi ", OU ol i-6(iTo).oi tout court ", OU encore ô or/.o; twv àyt'wv aTroTTo/wv '^.
Byzanlinische Zeitschrifl, 1899, t. viii, p. 431, dont nous ne faisons que résumer la dissertation. — '^Callinique, De vila S. Hypatii liber, in-16, Lipsi», 1895, et dans Acla sanct., jun. t. iv, p. 247-282. — " Claudien, In Rufinum, i. vers 448. — " Callinique, op. ci7., p. 66, lig. 19; Palladei Hisl. laus., c. XII, P. G., t. xxxiv, col. 1034; Socrate, Hist. eccles., I. VI, c. xvii, P. G., t. lxvii, col. 716. — '• Callinique, op. <?/(., p. 66, lig. 18. — " Ibid., p. 06, Ug. 16; p. 102, lig. 26; p. 107, lig. 1; p. 112, lig. 29; p. 118, lig. 22; Sozomène, loc. cit.; Nicéphore Callistc, op. cit. Papebroch s'est ingénié à découvrir deux édifices dans le nfTjj.o, de Pallade et riuo'TTo/.r.. des auteurs. La distinction est impossible, le texte de Callinique n'autorise rien de semblable : à-<.TToXiro/ xaî ii-v.a-rî/.pîov r.'r.^ai^'
«JToti, a-if iT)xo6ô^r,fTEv ô ^axù^io; PouïTvo; ^tîiava ^etëiov ùr.h 'Piojn^;
lA,,l,^i ^o.zili-'.. Vita, p. 66, lig. 16. Voilà qui est précis: l'église des apôtres et le monastère sont tons deux l'œuvre d'un seul Rufin, qui fait venir les reliques de Rome et, l'église terminée, les y dépose solennellement. — '"Callinique, op. ci(.,p. 73, lig. 19. — " Ibid., p. 73, lig. 18; p. 99. lig. 29; p. 115, lig. 11 ; Siméon Métaphraste, Vita S. Anxcntii, c. V, P. G., t. cxiv, col. 1405. — " Callinique, op. cil., p. Ii7, lig. 22; p. 73, lig. 25; p. 118, lig. 48; Sim. Métaplir., op. cit., P. G., t. cxiv, col. 1405. — " Sim. Métaphr., op. ci(., c. Lxvi, P. G., t. cxiv, col. 1436.
CHALCEDÛIXE
C'est dans cette église que Rufin fut baptise le jour même de la dédicace, en 393, ou mieux en 394'. en présence d'un grand nombre d'évêques; un moine égjTitien, Animon, servit de parrain, rien ne prouve que saint Grégoire de Xyss? ait, dans la circonstance, prononcé une homélie -. La mort soudaine et rapprochée de Rufln (27 novembre 395) ne compromit pas l'édifice qui se trouvait achevé.
Près de l'église dédiée aux apôtres, et pour la desser- \ir, Rufin établit un monastère. Le témoignage de Sozomène est formel sur ce point : Ti/r.iiov ôà [iova/o-^; ('Poviiv';;) nriw/.-.m; et celui de Callinique ne l'est guère moins : TÔ cÈ [lovaiTTiÇtov •/.T:'7â: ('Po*.*çîvo;) pova- ;ovTa; A-j-;-.,:;T:t>-j; v.aTwy.i^sv '. Mais les moines égv'ptiens ne s'étaient pas attardés à Rufinianes après la mort de Rufln; dès le mois de décembre 395 ou le début de l'année suivante, au plus tard, la colonie avait regagné sa terre natale ; ce qui n'était, peut-être, de sa part que l'effet d'une sage prudence *. Le monastère se trouva donc abandonné, puisque ce n'est que vers l'année 400 que saint Hypace entreprit de le restaurer. Pendant cet intervalle de cinq années, plusieurs tentatives avaient été faites d'occuper les cellules abandonnées '. et il ne parait pas que ces tentatives aient toutes eu lieu coup sur coup; mais elles échouèrent et. vers l'année 400, Hypace trouva à Rufinianes un uLova<jTr,p;ov j'pr.jiov, w; u.t, la'vôfjôai oti tiovaaTT.pifiv r,v * et un eOztt.giov oly-ov tt^vj ■/■.uêÀr,- [lévov '. L'ensemble des constructions était même en si piteux état que les neiges s'y engouffraient à plaisir : t,v vis tÔ rtv/.r^u.'x yiyx •/.%': Ëçr/j.ov, wr •/■.ovo; l-j ■/;iii(ivi ■(■c'j.'rî'îOat '. Cette situation si voisine de la ruine s'explique par l'insouciance dont on enve;oppa. à la mort de Rufin. tout ce qui lui avait appartenu et que la rapacité des particuliers ou du fisc impérial n'avait point confisque.
La restauration tentée par saint Hypace doit se placer à la date approximative de 400 '. En effet, nous avons vu le monastère déserté en 395 ou 396 et trouvé par Hypace, à son arrivée, dans un état de complet délabrement : or. l'incurie, si profonde soitelle. demande pour produire de pareils résultats le concours du temps, nous voulons dire un certain nombre d'années. D'autre part. Hypace s'établit à Rufinianes avec deux compagnons, Tiniothée et Moschion; or, dans l'été de 403 nous le voyons à la tête d'une communauté, sinon très nombreuse, du moins très res-
pectable. C'est à l'occasion des funérailles du célèbre Ammon, l'un des ^ Longs-Frères ', célébrées sans hésitation possible par la communauté et dans le monastère d'Hypace"; ce n'est pas trop d'accorder deux ou trois années pour réunir les moines qui entouraient Hypace dans la circonstance. La restauration fut, d'ailleurs, semble-t-il, assez lentement menée. L'extrême pénurie au sein de laquelle vécut au début la communauté d'Hypace en doit être le motif"; il fallut très probablement attendre les bienfaits du chambellan Lrbicius. en 434, pour procéder à une restauration méthodique et complète '^ Cette pénurie s'expliquerait d'ailleurs en partie par l'attitude prise par la communauté renaissante en faveur de Jean Chrysostome dont la querelle occupait alors tous les esprits"; ce n'était pas un moyen de s'attirer la faveur et les dons de tout ce qui touchait à la cour impériale et disposait des richesses. O ne fut qu'en 406, à la mort de Cyrinus, adversaire de Jean, que les difficultés intérieures prirent fin à Rufinianes.
L'année 403, signalée par le o conciliabule du Chêne » ", amena à Rufinianes les ennemis les plus acharnés de l'archevêque de Constantinople. Leur voisinage ne dut pas être bien favorable à l'affermissement de l'œuvre de restauration encore branlante entreprise par Hypace; toutefois, il importe de noter que le monastère était bien distinct de \'à.-'j<7-.'/ii~.'--^ où se tenaient les réunions des évêqucs dont les logements devaient se trouver très vraisemblablement dans le palais voisin de Rufln, confisqué et devenu propriété impériale, que l'impératrice Eudoxie devait être bien aise de mettre à la disposition de son complice, Théophile d".\lexandrie '*, et de ses collègues. On a cependant quelquefois rapproché le monastère et l'apostoleion au point de les confondre. C'était, en réalité, deux constructions voisines, mais fort distinctes. Si l'emploi constant de l'adverbe ->t,t:ov ", lorsqu'il s'agit de leur position respective, indique suffisamment leur voisinage, il n'indique point leur identité ".
Le plan du monastère consistait en une vaste cour intérieure bordée sur les quatre côtes par l'oratoire ou les cellules, et c'est tout : as^avÀiov /.jx'/m iyov xs>.- 1.%: v.jl: îC/.tt.v.o-/ 0I/.0 ". La présence de cet oratoire est attestée à maintes reprises ", on y célébrait l'oraison et la psalmodie quotidienne 2°; mais le dimanche, pour la célébration de la liturgie, Hypace
■ Cette rectiflcation est proposée par Tillemont, Mémoires pour serv. à rhislore ecclésiastique, t. ix, p. 592, 593, qui croit devoir faire coïncider la présence de ce grand nombre d'évêques à Rufinianes et le concile tenu à Constantinople. le 24 septembre 394; cf. Hefele-Leclercq. Hist. des conciles, in-S". Paris, 190S, t, 11, part. 1, p. 97.
— =J.Pargoii e.iîu/inianes, dans Byzanlinische Zcilschrift, 1890. t. VIII, p. 436- — = Callinique, op. cit., p. 66, lig, 21, H>-pace ne construisit pas, il ne fit que restaurer Rufinianes, le repeupler, l'agrandir, op. cit., p, 67, grâce aux largesses dTrbicius, op. cit., p. 73, lig. 1-10. Cela était parfaitement connu des contemporains et, à chacune de ses visites, le moine Isaac ne manquait pas de répéter : iiïa -i^ Si,-
-•. îi -•- >!; --..; yy,L-l-r.j; 'Pojçv.-.j ,;/,,„: «,,7,,,^; 6!-,:;, Op. cH.,
p. 70, lign. 21. — ' J. Pargoire, op. cit., p. 438-439. Le fait d'un prompt départ est certain. Callinique, Vita, p. 66,
Itg. 22 : To5 «àv 'Pou=tv6j TEAE-jT/.çavTo; £â(Jft/7£; aJTÔ (SCil, T'. '.lo-.aï-
-','■•■''■) oî .4tvuir:i9t TT.v îSt'av ^a-rfl-Sa xaTÉÀdSov, c Dans la phrase de Callinique, la catastrophe du 27 novembre 395 et la fu<nie des Égj-ptiens sont peut-être non seulement en relation de temps, mais encore en rapport de cause à efTet. • L. Duchesne. dansBii/tde corresp. hellén. ,18~S. t. n. p. 294, place le départ de la colonie égj-ptienne après la réaction de 403; cette opinion est insoutenable. Cf, Pargoire, op. cit., p. 439.
— 'Callinique. op. ci7..p. 66, lig. 26. — 'Ibid., p. 66, lig 04
— ■ Ibid., p. 67, lig. 12. — • Ibid.. p. 67, lig. 17. — 'Cette date proposée par les derniers éditeurs de Callinique :
Seminarii philolog. Bonnensis sodales, est admise par J. Pargoire, op. cit., p. 140; tandis que M. Gédéon, dans nj''i,-.:.„ 'E;;-..;,.ix;., p. 114, 115, proposc 395-400, date qui renferme une période dont les deux ou trois premières années ne sont pas acceptables. — '" Callinique, op. cit., p. 137, lig. 23; p. 138, lig. 3; Sozomène, Histoire ecclésiastique, 1. VIII. c. XVII, P. G., t.LXVii, col. 1560: J. Pargoire, op. cit., p. 439-440, et pour le point précis de la sépulture, ibid.. p. 447-449. — " On manqua de pain plusieurs fois. Callinique, op. cit., p. 75, lig. 29; p. 76, lig. 20. — " Callinique, op. cit., p. 73. lig. 6, et Index nominum, au mot û;;8:»:.,;, — "Cette attitude est nettement déduite par J. Pargoire, op.cit., p. 441. — " Hefele-Leclercq. Histoire des conciles, in-S'. Paris, 1907. t. il. part. 1, p. 141. — "Prélat fastueux s'il en fut, qui se fût encore plus mal accommodé de la simplicité des cellules du monastère que de la fer\eur de ses habitants. Le séjour de Théophile au monastère n'est, d'ailleurs, qu'une imagination d'Am, Thierrj-, Saini Jean Chrysoslomc et l' impératrice Eudoxie, 2<édit., p. 179. — " Callinique, op. cit., p. 66, lig. 17; p. 99, lig. 30; p. 102, lig. 27; p. IIS, lig. 18; Sim. .Métaphr., op. ci7., c, XXXVI, P. G., t. cxn-, col, 1405. — ".\m. Thierrj-, op. cit., p, 179, présente le- grand monastère relié par ses cloîtres à l'apostolœuni. » — " Callinique. op. ri'., P- 67, lig, 11, — " Callinique, op. cit., p. 66. lig. 17: p. 99. lig. .30; p. 102, lig. 27; p. 118, lig. 18. — =• Callinique. op. cit., p. 67, lig. 14; p. 137, lig. 23.
CIIALCEDOINE
quittait le monastère et se rendait à ràiioaTo)erov '. l'ne seule porte dans le monastère servait à ces allées et venues ^; nulle trace de cloîtres ou de galeries entre le monastère et l'éslise, le trajet se faisait en plein air ^ Quelles étaient maintenant les relations de l'abbé du monastère avec l'église voisine?
Héritier fortuit des moines égyiitiens ^ Hypace ne succéda pas de prime abord à tous leurs droits et ne recueillit pas, en arrivant, tous leurs privilèges ^ Il avait pu, lui, ascète ignoré, venir s'installer avec ses disciples, dans un monastère déserté; mais il n'aurait jamais poussé la hardiesse jusqu'à prendre possession d'une basilique entretenue, à défaut de lUifin, par ses héritiers. rj)'ailleurs. le service de cette église réclamait un prêtre : Hypace, encore dépourvu du caractère sacerdotal, ne pouvait y prétendre en 403. Bien plus, la mention parmi les gens de V xr.orirrj'i.v.o'i d'un àvaYvcKTrr,; marié ^ la présence dans ses murs de x)r,p'/.oi' étrangers au monastère • sont des indices de nature à nous convaincre qu'une fois les Égyptiens partis, l'évêque de Chalcédoine leur avait donné des séculiers comme successeurs. Ces derniers, maîtres de la place, y conservèrent, au moins en partie, leurs emplois même à l'époque où l'archimandrite voisin nous paraît y agir en maître. Fixer à cette époque un point de départ précis n'est pas cliose facile. Toutefois, en voyant dans l'écrit de son disciple que saint Hypace, devenu prêtre, ne manqua jamais, le dimanche, de célébrer aux Saints- .\pôtres, on se persuade que la date de sa mainmise sur l'église se confond avec celle de son ordination, laquelle doit être, suivant toute vraisemblance, postérieure à l'année 405. I/année suivante, 406. Hypace devenait l'higoumène et il ne devait mourir que quarante années plus tard '; c'est dans les années de ce long gouvernement qu'il prit assez d'autorité, en 431, pour se permettre d'effacer le nom de Nestorius sur les diptyques de son église », au vif mécontentement de l'évêque de Chalcédoine, qui tenta, nuus en vain, de l'y faire rétablir. Cette initiative hardie, cette résistance opiniâtre indiquent bien qu'il jouissait alors de quelque autorité sur l'ctTuoo-To'AEÎov. Scs disciples en héritèrent "".
Pendant les quarante années du gouvernement d'Hypace, l'établissement monastique de Rufmianes s'était dénnitjvement alîermi; la réputation de l'archimandrite avait grandi au point de le placer à la tête du monachisme contemporain, à la mort de saint Dalniace", et on s'hal)itua, en conséquence, à donner
à l'établissement de Rufinianes le nom de son restaurateur. Appelé uovr, ' Y-x-i',-^ du vivant de celui-ci •-, Il prit à sa mort le titre de u.o-/aoT/,o:ov to-j [j.axa?io'j ' V-z3.-irj-j ", et plus tard celui de uoviTTripiov to-j iyio'j *l':TaTco'j.
Le monastère passa ensuite sous le gouvernement d'un personnage mal connu "et à quelques années de là il offrit une courte hospitalité à saint Auxence (452) 'S mais non à saint Sabas (.513) '«.A partir de cette date le monastère hypatien reste de longues années sans occuper beaucoup de place dans l'histoire. Son éclipse paraît s'expliquer par les malheurs qui ne tardèrent pas à fondre sur lui. En 529, il semble que la banlieue de Chalcédoine fut visitée par une invasion arabe '"; en 615, sous Héraclius, l'armée persane, sous Sàhîn ravagea toute la banlieue asiatique de Constantinople et son collègue Sarbarâz en fit de même onze ans plus tard. S'ils étaient encore debout, les monuments de Rufinianes compteraient cette fois parmi ceux dont le Chronicon paschale nous apprend le sort: laXgipa;, =;aov'.o: toj Titpai/.'jj iT-parrj-j... Y=vo[j.£vo; àv Xj/xr,^ôv[ TrivTX -zi xï nçtftxo'iiT. xa't îraz-àna xïi ToO: E'jy.Topio'j; oi'xo'jç évïprio'îv ''. Dans les cellules ainsi dévastées avait vécu, peu auparavant, un certain saint Jean, o ctyio; 'Iiuiv/r; 6 èv ' Po-j:j'.ïviî; (i.e. : ^Po'jç'.vtavaî;) ^'*.
Il semble que du vif au x" siècle Rufinianes demeura désolée; ce ne fut que sous l'épiscopat du patriarche Théophylacte (933-954) qu'on entreprit une nouvelle restauration -°. Nous n'avons plus à suivre l'histoire de cette destinée -'.
Outre l'église et le monastère. Rufin avait bâti un palais qualifié par Sozomène de paii'/En et qui, confisqué par Arcadius, après l'assassinat du 27 novembre 395, devint résidence d'été de la famille impériale, dont plusieurs nuMnbres y firent de rapides apparitions "-; sous Justinien il était devenu la propriété de Bélisaire -'. Dès lors, le palais rufinien disparait de l'histoire. Selon toutes les vraisemblances, il devint la proie des fiammes après avoir logé soit Sâhin. soit Sarbarâz, sous le règne d'Héraclius ='.
Ainsi voilà de vastes et multiples constructions surgissant tout à coup en un lieu désert où un chêne était chose remarquable. Hn effet, sur cette terre grasse, un chêne paraissait une gageure; au reste, le pays était désert et n'attirait pas les cultivateurs ". L'existence chétive qu'on menait à Rufinianes au temps d'Hypace était à peu près défrayée avec un
'Calliniqup. op. cil., p. V.i, lig. l(i; p. 73, lig. 24; p. 102, lig. 26. — 'Callinique, op. cit., p. 120, hg. 17. — 'Cnllinique, op. cit., p. 115, lig. 11. En \enant de Cliaicédoine on rencontrait d'abord l'À-'^TToi.uo., ensuite le :i-..vT:rs'.,, comme nous le voyons pourTarchimandrite Alexandre, venude la ville, chassé de l'église par Eulalius et réfugié chez Hypace, op. cit., p. 118. lig. 10-28; cf. J. Pargoire, op. cit., t. vni, p. 450; cet .\lexandre fut le fondateur des Acémètes (voir ce mot ). — * Sozomène, op. cit. — ^ Son pouvoir fut, au début, dénué de tout caractère ofTiciel et discuté même parmi les moines. Calliniquc, op. cit., p. 68, lig. 18. — 'Callinique. op. cit., p. 00, lig. 21). — " Callinique. op. cit., p. 73, lig. 26. — • Callinique, op. cit., p. 130, lig. 3; cf. p. 70, lig. 11 ; le 30 juin 446, et. J. Pargoire, op. ci(., t. viii, p. 450-451. — • Callinique, op. cit., p. 106, lig. 28. — '" Vers 470, le 14 té-' vrier, nous les voyons multiplier leurs instances pour obtenir le corps de saint Auxence qu'ils veulent ensevelir Èv Tùi o'.>.;. T.7.V ivLiov i.-r.'i'jz"'i.u>', ct c'cst là une preuve que cet oî'yo; relevait de leur monastère. Sim. Métaphr., op. cit., c. Lxvi, P. G., t. cxiv, col. 1436; J. Pargoire, op. cit., t. viit, p. 443. — " J. Pargoire, op. cit., t. viii, p. 450. — '-Callinique, op. cit., p. 118, lig. 18. — "C'était chose faite dés le début du VIO siècle. Cf. Vie de S. Au.vence, c. Lxvi, P. G., t. cxiv, col. 1436. — "Callinique, op. cit., p. 137, lig. 12; Vie de S. Aiixcncc, c. XXXVI, /'. G., t. cxiv, col. 1405. — '^ Vie de S. Auxence, c. xl, P. G., t. cxiv, col. 140.">-1412 ; ,1. Pargoire. op.c«.,t. VIII, p. 452, et Byzan/. Zei/sc/ir., 1002, t. xi,p. 334.
341. — "Eutychius, Annales, P. G., t. cxi, col. 1064; Suiius, Vilœ sanclornm, in-fol.. Venctiis, 1581, t. vi, p. 250,^ col. 4; Cotelicr, Ecclcs. griecœ monum., t. m, p. 303; J. Pargoire. op. ci/., p. 453 et note 2; il y a un doute, le Rufinianes pourrait être une villa située dans la banlieue européenne de Constantinople. Dans Byzanl. Zcitschr., 1902. t. xi,
I p. 340-341, l'auteur montre qu'il faut renoncer à faire venir saint Sabas à Rufinianes. — " Théophane, Cltronographia, édit. de lioor, p. 178; le fait paraît discutable toutefois- En 536. l'higoumène de Rufinianes. Sabbatios, illettré, signe le premier, entre quarante higoumcnes du diocèse de Chalcédoine, une pièce lue le 4 juin, à la v* session du concile tenu par le patriarche Menas. Mansi, Conc. ampliss.
' coll., t. vin, col. 1014. Dans cette même pièce, au treizième rang et au vingt-et-uniéme rang, ibid., col. 1015, nous constatons l'existence de deux autres higouménes
' à Rufinianes, mais leur carrière fut modeste et peut-être courte, on n'entend plus parler d'eux. — • ** P. G., t. xcii, col. 1005. — " J. Pargoire, op. cil., t. viii, p. 454. — -" Balsamon, Explic. du septième canon de la HiMT'.^-jTîja, dans Rhalli et Polli, i:^;-a~;x<,, t. il, p. 675. — =' J. Pargoire,
1 op. ci'f., t. viir, p. 457-458. — " Callinique, op. cit., p. 112, lig. 27; p. 119, lig. 16; P. G., t. Lxxxiii, col. 1264, 1274;
I Jordanès, Regum romanorum séries; Zenon, Chronicon paschale, P. G., t. xcii. col. 832. — " Procope, De bello persico, l. I, c. XXV. — =' .1. Pargoire, op. cit., t. vm, p. 458- 460. — " Callinique, op. cil., p. 68, lig. 27.
CHALCÉDOINE
jardin ' et des vignes '. Les gens du pays, campagnards assez sympathiques, ■ïvpoi/.oi ', •/(ôpty.Qi * étaient, semble-t-il. maraichers et vignerons. Bientôt, pourtant, l'importance prise par le monastère attira quelque population et, ainsi qu'il arrive souvent, devint le noyau d'une agglomération; Hypace à peine mort, il s'était constitué sur la côte, pour les besoins du trafic, un groupe de maisons assez considérable où les barques venaient aborder. Les moines habitaient eux-mêmes dans le voisinage immédiat de la mer '. Ce petit centre actif était un iy.T:6p:o-i °, un Ij::'v£'ov '. Son échelle vit approcher le dromon que Marcien envoyait à saint Auxence et Xicéphore Botoniatc y attendit, quelques jours durant, celui qui devait le transporter sous sa pourpre récente devant la Porte Dorée. La ville eut même, dans la suite, quelque valeur militaire, ce qui ne lui procura qu'un traitement plus rigoureux et une ruine plus irrémédiable.
Rufinianes disparut si absolument que son emplacement fut aboli, son nom oublié, son site transféré en divers lieux. L'histoire de ces variations a été faite ', il serait sans aucun profit d'y revenir. Une conférence de .^L Paspati sur les '.\ix-6'i.iy.'-x -'^rti-'j-ai. xoû B-jîï'/Tioj », le '24 avril 1S7S, commençait à diriger Rufinianes sur la bonne voie; le P. Pargoire acheva la localisation et sa démonstration est définitive.
Un texte de Callinique " nous apprend pour Rufinianes, que le -poa<rT£iov se trouvait à trois milles Tp:a (jr;|i=îa de Chalccdoine, à l'est de cette ville i-nX ivi-o)ar, sur la côte qui regarde les îles des Princes, et, ajoute la Vie de saint Auxence, dans le voisinage immédiat de la mer : -poivÉvsj/.s t?, ôa>di<7ar, ''. Si on compte trois milles depuis l'endroit précis où la déclivité du terrain et d'autres indices forcent à placer les murs de Chalcédoine, et qu'on tienne compte du recul indispensable pour faire commencer le premier mille au centre de la ville, le troisième mille vous amène au bourg de Djadi-Bostan. C'est autour du petit golfe de Djadi-Bostan qu'il faut placer Rufinianes. « Lii, point de ces ruines accumulées, comme il s'en trouve ailleurs, sur l'emplacement de centres importants et compacts aujourd'hui disparus. Il faut citer à Bagdad-Djadési une belle citerne de quarante mètres carrés '=. Quelques pas en deçà, un chapiteau presque intact dort sur la route. Plus près de la mer", l'on remarque, avec une autre citerne, les restes de constructions antiques fort importantes. De droite et de gauche gisent divers fragments sculptés, entre autres deux croix différentes de forme et de dimensions, deux ou trois chapiteaux, des tronçons de colonnes. Les marbres brisés ne se comptent pas.
'Callinique, op. cil., p. 117, lig. 17; p. 120, lig. 13. — = Callinique, op. cit.. p. 120, lig. 13; p. 135, lig. 19. — 'Callinique, op. cil., p. 81, lig. 30: p. 119, lig. 7; cf. p. 104, lig. 25. — ' Callinique, op. cil., p. 114. lig. 7, 9. — ^ M. Gédéon, Vie inédite de saint .\nxence, dans Bj'^a.T-.-.ô-*, 'Vr.f-'.'i.i-i:'.,, p. 115. — ' Sini. Mctaphr., Vie de S. .iuxence, e. XLrv, P. G., t. cxiv, col. 1413; c. xlv, col. 1416. — 'Nlcéphore Calliste, Hist. cccles., I. XIII, c. xv, P. G., t. CXLVI» col. 9S4. — • J. Pargoire, op. cit., t. viii, p. 462-472; ces quelques pages, qu'on voudrait plus sobres, disent tout le nécessaire. — • 'KiV. ■'>■■'. îIjV'o •.;, t. xii, p. 43 sq. — '" Callinique, op. cit., p. 66, lig. 14; même distance notée plus loin, p. 117, lig. 29. La voie romaine, jalonnée de bornes, passait devant le monastère. — " livla.-:. 'K-.oT.,"/....,p. 115. — '^Surcescitemes, voirBYZ\NCE,t. iT.coI. 1448. — '^.\ côté de la propriété Mihran-eflendi. — " Michel .\ttaliate. édit. Bonn, p. 278. — " .J. Pargoire, op. cil., t. vm. p. 475. La découverte à Saraandra (= Sémendéré) d'une inscription médiévale relative à Rufinianes ne constitue pas une objection contre nous. Tsigaras, dans 'Hi.l. •t:,.. zy,:,.',-r,:, t. vn, p. 237 ; Sidéridès, dans *kâV. «t'-./. SûV/.ov.,supplém. archéol. au
" Ces ruines représentent- elles les cellules des moines? On serait tenté de l'affirmer, s'il n'était puéril de vouloir assigner, sans preuves, une place fixe à toute chose. On peut faire observer simplement que la citerne de Bagdad-Djadési, située deux minutes plus haut, occuperait dans cette hypothèse une place merveilleuse par rapport aux jardins du monastère; on peut même ajouter que cet emplacement, contigu aux flots et tout au bout des trois milles, cadrerait de tout point avec la position du monastère que les textes nous indiquent sur la côte, après l'à-'jTTo'/slov. Loin de nous toutefois la pensée de certifier l'identification de pareils détails! Il nous suffit, sans prétendre indiquer à quel monument particulier se rattache tel ou tel débris, de répéter que Djadi-Bostan représente Rufinianes. Que le -soiTT;:»-/ se soit un peu déplacé dans le cours des siècles, que les maisons groupées tout d'abord au point le plus accessible du golfe se soient insensiblement transportées sur le cap qui précède l'échelle actuelle, ou peut-être même sur le monticule de Bagdad-Djadési, pour y former le -o/.iyvtov xapTîO'.'iraxov v.x\ ô-j'7[J-x-/iù'3.'rj', dont nous parle Michel Attaliate ", il n'y a rien là que de très naturel, et les déplacements de ce genre sont fréquents et on les remarque un peu partout. Opéré ici, dans un rayon très restreint, il n'a jamais éloigné Rufinianes du moderne Djadi-Bostan ". »
IX. Le Poly.\ticox et le monwstère de S.\tyre. — En 717, nous dit Théophane, l'arabe Ized allant avec sa flotte de l'ouest à l'est tiootûpuhtev et; -i- T-jpo'< 7.ai Bpjav y.%\ ëw; Kipra )'.|i:vo;"; d'où il résulte que le monastère de Satyre se trouvait avant Bryas. c'est-à-dire avant Maltépé qui représente, à peu de chose prés, ce hameau byzantin ". Mais ailleurs, Constantin Porphyrogénète, marchant en sens inverse, nous apprend qu'nu jour où le basileus retourne d'Orient à ô e-apyo; Tf,; ^6).îm; i-avTÏ... îirc £v SaT-jpw, ïiVi i'i ~'o IIoA ;>aTr/. ï», 'r, âv 'Po'jy'.v.otvat;, r, èv TA, 'lépcta ". Et la conclusion s'impose : Satyre précède Bryas, mais entre Satyre et 'lipï.a, deux TtpoJTTî'.a, c'est-à-dire Tlo'/jx-z:/.6-/ et 'Po'j?'.-/'.ïva;, réclament leur place, et ils la réclament de telle sorte qu'entre "lipsia, à l'ouest, et Kipra Xcaiîv à l'est, l'ordre soit le suivant ; "lépstï, 'Po-jçiviava:, Ilo'/.-ja- Tt/.ôv, ÎLTaOpo:. Boûa:, KâpTa /'.fjLV>^*.
Polyaticon, plus rapproché de Chalcédoine que Satyre, se trouvait donc sur la côte entre Djadi-Bostan et Maltépé. La disposition de cette côte et la distribution dans ces parages des restes antiques suppléent en partie au silence des documents. Le site de Polyaticon pourrait alors être fixé à vingt-cinq minutes de Djadi-Bostan, à vingt minutes de Bagdad- Djadesi '". au lieu dénommé Bostandji-Keupru -' aux
t. XVII, p. 123, n'y ont pas vu un document capable d'influer sur la topographie du -0'>'i(rT£t'.v. Les deux lignes, les cinq mots qui la composent : t ''Oj{o:) -(r.) '"^ri'^-) ;^'''*;; "1*oj- =:v:av.r,,, nous apprennent que le monastère possédait une propriété quelconque dans ces parages. Détenteur de biensfonds au diocèse de Smyrne. il est naturel qu'il en eût aussi à quatre ou cinq heures de ses portes. Le P. Pargoire, Autour de Chalcédoine, dans Byzanlinische Zeitsclirift, 1902, t. XI, p. 333-320, a repris de nouveau la question de l'emplacement de Rufinianes. — "Théophane, Cftronographia, édit. de Boor, p. 397. — " El. Tapeinos a publié sur Maltépé et ses environs un travail (dont toutes les conclusions ne s'imposent pas) dans ' \-r:rz, 1890-1891, n. 7-10, 12,13. — "Constantin Porphyrogénète, De ciFrimoniis, 1. I, P. G., t. cxii, col. 937. — ".\i-je besoin dédire que je cite encore le P. Pargoire, Rufinianes, dans Byzanlinische Zeitschrifl, 1S99, t. vm. p. 468, dont le travail est d'autant plus précieux qu'il rectifie la topographie établie par M. Paspati? — " Groupe de maisons situées à cinq minutes de féchelle actuelle de Djadi-Bostan. — - " S'appelle aussi Bostandjlk et Bostandji-Bachi.
Il"
CIIALCEDOINE
dibris anli(|iu-' silms ;i l'embouchiirc du Bostandji- Doré. La rive droili' de «■ torrent peut être regardée comme le centre du vieux l'olyaticon; le cap voisin devait former la partie occidentale de son emplacement. De la sorte, le hameau dominait tout ensemble les deux golfes creusés par la Propontide, entre la baie de Rufmianes et celle dcSatyre.
l'n peu sur la gauche de la route, à deux minutes de Kara-Haeh-Tchesmé, presque à mi-chemin, entre Bostandji-Kenpru et Maltépé se trouverait le site du monastère de Satyre.
« Ces ruines ont leur caractère. Assises non loin de la plage et dans un lieu peu élevé, elles forment un tumulus quadrangulaire imposant. Dans les gros murs encore debout, on reconnaît sans peine les substructions de l'édifice qui a fourni tant de marbres, tant de fûts de colonnes aux tombes musulmanes du cimetière voisin. Le tumulus est divisé au moins en trois rectangles. Celui du milieu, le seul éventrc et déblayé, servait de citerne, mais la disposition des piliers et des voûtes encore intacts dans la partie orientale donne au premier abord rimpression d'une vaste crypte. L'idée qui persiste à la réflexion c'est que la citerne soutenait une église orientée, f.;"!, croyons-nous, s'élevait le monastère de Satyre, la (iovr) ToO Ali/ïr,), Toj '.\vxTi),).0'Toç bâtie par saint Ignace de Constantinople et gardienne de son tombeau. Au cours de la petite table qu'il lui consacre, le continuateur de Théophane appelle ce lieu oJaë»T-,v et nous révèle l'existence dans le voisinage d'un temple païen dont les restes fournirent à l'empereur Théophile (829-S4'2) les matériaux de son palais de Bryas '. Prés des ruines que nous signalons, le terrain est tout aussi accidenté que sur tel autre iioint de la côte et sa [)roximité de Maltépé explique tout naturellement l'acte de Théophile.
« Il y a plus. Le pont jeté sur le torrent voisin porte, encore aujourd'hui un nom des plus significatifs. C'est le Monastir-Tach-Keupru, le « pont de pierres du monastère ». Fort de cette dénomination traditionnelle, nous affirmons que les ruines de Kara- Bach-Tchesmé représentent une ancienne maison religieuse. Et cette maison religieuse est évidemment celle de Satyre, puisque l'histoire n'en mentionne aucune autre sur ce rivage '■
« Si l'on adopte ces conclusions qui ne sont |)eiilêtre pas de simples hypothèses, les jtpoiTTEia maritimes énumérés par Théophane et Constantin Porphyrogénète se trouvent tous identifiés. 'Ilpaia ou 'léfeiot est à Phéner-Bagtché, Apû; ou 'Po-j?iv;avaî à Djadi-Bostan, IloA'jaTi/.ov ou IloXeaTc/.'iv à Bostandji- Kenpru, SiT-jpo; ou Monastère Mi/ar,), toj '.Xvït;;,- ).ovTo; à Kara-Bach-Tchcsmé, Bpjaç ^ Maltépé et KapTa)![jLr,-/ à Kartal. Qui désirerait pousser jusqu'au village voisin, retrouverait dans Pcndik le UotvToiyiov célèbre par la mort d'Eutrope et le séjour de Bélisaire.»'
X. L.\ MSTE ÉpiscoPALE. — Avant l'illustration que jeta sur le siège de Chalcédoine, au temps de l'épiscopat d'P^leuthèrc, en 1.^1, la réunion du IV'' con-
^ Thcopli.. (^ont., 7-PO I Arnienius, c. x, P. G., t. nx, col. 33. — ^ Celles que l'on connaît là s'élevaient à l'intérieur des terres : rien ne prouve, du moins, qu'elles fussent maritimes. — ^ .1. Parf^oire, Hiifïniancs, dans Byzantinische Zeitschri/t, l.Sîiîi. t. \-ni. p. J77. Cf. J. Pargnire, Les nionastères de .•utitil It/iuicc cl les cinq plus petits ilôts de Varchipcl des Princes, dans Izvicstia ntsskafio-areltcoîogitcheskago Institnlau. ivn/(.s/nn/(no/)o/ie, 1901.t.vir,p.74-56. — * J. Pargoire, / es premiers êncques de Clialcédnine, dans les Échos d'Orient, 18'.)!!. t. m, p. 85-91, 204-20ÎI; l'.lOO, t. iv, p. 21-10, 104-1 13, c'est le seul travail vraiment critique sur la question. Cf. M. Kléoiunnos et X. Papadopouliis, BiO^- ■''.yj, în-S'', Constantinople, 18(i7, p. 121, ce n'est qu'une médiocre adaptation de l'OriVns christianus, sans utilité d'aucune sorte; .\nthinic .\lexoudis, dans le N£o>.o;-î; (de
elle oecuménique, la liste épiscopale ne contient que peu de noms *. Le Quien en donne sept '', .Mexoudis va jusqu'à onze : voici leurs scliémas respectifs :
Le Quien.
Theocritus. w siècle Maris signalé en 326et302 Theoduius. . 381 Philoteus . . 382
Cyrinus
Atexoudis.
Criscès, apôtre.
Tychique.