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CHASSE
terme, qui a, de nos jours, une saveur bien liturgique, aux cod'res qui contiennent des corps saints et de fameux personnages fort étrangers à toute idée de sainteté. Plus anciennement, dans les premiers siècles chrétiens et à l'époque mérovingienne et carolingienne, on fait usage des termes arca. capsa pour désigner les coffres destinés à un usage profane ou sacré. Voir Cassette, t. ii, 2" part., col. 2340. Ce n'est guère que depuis le xvi= siècle que le mot châsse a été spécialisé dans le type d'un colTret transportable contenant une partie ou la totalité d'un corps saint.
II. OsTOTiiÈQUES. — Quant à l'usage des coffrets pour recueillir les restes d'un défunt, les monuments funéraires des Juifs nous en fournissent d'utiles exemples. Il est aisé de montrer « comment les petits toffrcts chrétiens ont eu pour prototype, comme forme, dimensions, disposition et ornementation, les coffrets funéraires de pierre tendre qui servaient d'ostothéques aux Juifs, en Palestine, et dont on connaît aujourd'hui un assez grand nombre '. » Un hypogée judéo-grec, situé sur la pente septentrionale d'.\quabet
2690. — Ostothèque juif.
D'après A. Michel, Histoire de l'art, t. i, 1" pai't.,
p. 398, ng. 187.
es-Suwan -, offre des qoqim d'inhumation répartis irrégulièrement, leurs ouvertures n'ont pas de dimensions uniformes et leur profondeur varie '. La plus remarquable particularité de cet hypogée consiste dans la présence, à côté des fours, d'un grand nombre d'ostothèques de formes et de dimensions très diverses. On en a compte vingt-sept, presque tous intacts, mais on ignore leur disposition primitive (fig. 269(i). On sait que la question est encore débattue aujourd'hui de savoir si les ostothéques servaient de boites à ossements, lorsque ceux-ci, une fois desséchés dans les fours, devaient être retirés pour faire place à de nouveaux cadavres, ou bien si. conformément à la législation juive, on s'interdisait ces transvasements dans la crainte de troubler la poussière du mort.
Ces ostothéques sont de petits coffrets de pierre dont la série va s'accroissant peu à peu, sans que leur nombre ajoute grand'ehose à ce que nous savons de leur décoration et de leur destination. Ceux que nous avons donnés dans un autre travail ' peuvent être considérés c.îmme tyjjiques ^ L'une des grandes parois, layée avec soin, a été recouverte d'une couche de peinture rouge. Sur ce fond, le dessin en rosaces avec encadrements variés, quoique tracé à la pointe et en lignes un peu grêles, se détache en ijlanc avec une netteté parfaite. Sur toutes les autres faces et jusque sur les couvercles, plats ou légèrement incurvés, des traits épais, tracés de même avec la couleur garance.se
croisent avec plus ou moins de caprice, le décorateur ayant visé peut-être à simuler un treillis, avec,de-ci de-là, quelques étoiles.
III. Prestige des corps s.^ints. — « Les premières châsses furent naturellement exécutées en bois; ce n'étaient que des coffres assez légers pour être facilement transportés d'un lieu à un autre, assez simples pour ne pas exciter la cupidité. Pendant les invasions normandes, il est sans cesse question de corps saints enlevés par les religieux, cachés, en attendant des temps meilleurs. La réintégration des reliques, lorsque le calme était rétabli, donnait lieu à des processions, à des cérémonies, pendant lesquelles le saint, rétabli dans son sanctuaire, faisait quelques guérisons miraculeuses; c'était l'occasion pour les églises de recevoir des dons considérables. Nous ne pouvons que difTicilement nous faire une idée aujourd'hui de la désolation qui s'emparait des populations lorsqu'il fallait se séparer des restes du saint vénéré dans la localité, de la joie qu'elles éprouvaient lorsque revenait en grande pompe la châsse contenant ses restes. C'est qu'en effet un corps saint, pour une population, avait une importance dont nous ne trouvons pas aujourd'hui l'équivalent. Le corps saint faisait de l'église un lieu inviolable; il était le témoin muet de tous les actes publics, le protecteur du faible contre l'oppresseur; c'était sur lui que l'on prêtait serment '; c'était à lui qu'on demandait la cessation des fléaux, de la peste, de la famine; lui seul avait le pouvoir d'arrêter souvent la main de l'homme violent; quand l'ennemi était aux portes, sa châsse, paraissant sur les murailles, donnait du courage aux défenseurs de la cité. Ce n'est pas tout; s'il avait le pouvoir de protéger la vie des citoyens, d'exciter leur patriotisme, de les guérir de leurs maux et de détourner les calamités qui les affligeaient, il était encore une source de richesse matérielle, non seulement pour l'église, mais pour la population au milieu de laquelle il résidait, en attirant de nombreux pèlerins, des étrangers, en devenant l'occasion de fêtes qui étaient presque toujours aussi bien commerciales que religieuses. Il nous sufTit, nous le croyons, de signaler cette influence pour faire comprendre que rien aujourd'hui, si ce n'est peut-être le drapeau pour l'armée, ne tient une place comparable à celle du corps sainl au milieu de nos antiques cités. Qui donc oserait traiter de superstition le sentiment qui pousse le soldat à se jeter au milieu de la mitraille pour reprendre un morceau d'étoffe cloué à une hampe? Et comment nous tous, qui regardons cet acte comme un simple devoir que l'on ne saurait discuter, dont l'accompUssement fait la force d'une armée, comme le symbole de la discipline et du patriotisme le plus pur, comment n'aurions-nous plus, à défaut de foi vive, un profond respect pour ces châsses, aujourd'hui vidées de leur contenu, qui, elles aussi, ont été si longtemps en France l'arche de la civilisation ■'? >i
IV. Premières châsses. — Les plus anciens documents chrétiens ne font pas mention expresse de capsa, A'arcula contenant les corps des martyrs, cependant il suffit de lire les textes pour se rendre compte que les débris d'un corps broyé, les ossements desséchés par le temps étaient recueillis dans une pièce d'étofle précieuse et déposés en lieu sûr. Tantôt on faisait choix d'un sarcophage, comme pour sainte Cécile, tantôt d'un loculus, comme pour Prote et Hyacinthe, tantôt d'un coffret lorsque la prudence ou la
^ Ch. CIcrniont-Ganneau, dans ïa Heinie critique, 1879, 2' semestre, p. 90-91. — =.\u delà de la vallée de Sitty Mariam. Cf. Heuue biblique, 1900, t. ix, pi. 2; H.Leclercii, Manuel d'archéologie citrélienne, 1907, t. i, p. 524, fig. 148. — 'La moycime est 2 "23. — • H. Leclercq, Mimuel itar-
chéol. cbrét., t. i, p. 527, fig. 150-152." — '' Revue biblique , 1902, t. XI, p. 103 sq.; ils ont été trouvés à la pointe méridionale du mont des 01i\"icrs. — • Voir Ch.\pe de saint Martin, t. m, 1" partie, col. 381. — ' VioUet-le-Duc, op. cit., p. 64-65.
CHASSE
dévotion faisait prévoir le cas où il faudrait exposer les précieux restes ou les cacher, comme la cassette d'Henchir Zirara >. On serait sans doute bien aise de citer un texte formel relatif à l'emploi de coffrets contenant des reliques dès la plus haute antiquité chrétienne ; nous y renonçons pour notre part. Si dans l'Apocalypse nous voyons les restes des martyrs reposant sous l'autel, il nous parait trop hasardeux de décider si c'est dans une cavité ménagée à cet effet ou dans un coffret spécialement approprié. Les .Actes des martyrs ne sont pas plus instructifs sur ce point particulier; sans doute, on peut supposer avec vraisemblance que les ossements des martyrs condamnés au feu, tels que Polyc.arpe ou Pontius de Smyrne, les martyrs de Lyon, ce Sentrius et ce Volusianus qui vim ignis passi siinl. que ces ossements, disons-nous, n'ont pas été déposés dans un sarcophage ou dans un loculus à la tail'e d'un adulte -, mais ramassés dans un récipiei-t de mon. dres dimensions; ce ne sont là toutefois que des conjectures et des inductions toujours réformables. Il faut attendre le iV^ siècle pour trouver la mention expresse de boîtes en métal ou en ivoire, en bois, en pierre, etc., employées comme lipsanothèques ou reliquaires, et déposée? sous les autels au moment de la dédicace de ceux-ci. Dès le temps de la persécution de Dioclétien et surtout depuis, la dévotion pour les reliques des martyrs prit un développement considérable et poussa les fidèles, particulièrement en Orient, à s'apprsprier des parcelles plus ou moins considérables du corps d'un martyr. L'ne partie des cendres des martyrs de Sébaste fut retenue par ceux qui les avaient retirées du bûcher et, dès la première moitié du iv^ siècle, fut divisée et distribuée entre différentes localités de l'Asie, du Pont, de la Thrace,ct, plus tard aussi, de l'Italie '. Cette dispersion des reliques illustres nous est attestée par le témoignage de saint Grégoire de Xysse, au dire duquel : « Les cendres de ces martyrs [de Sébaste] et les résidus de leur crémation ont été si bien distribués dans l'univers que, pour ainsi dire, chaque province a joui de leur bénédielion'.t Lui-même, nous apprend-il, possède une parcelle de ces reliques et l'a placée auprès des corps de ses parents, qui ne pourront qu'en ressentir l'heureux effet ^ Au temps de sa jeunesse et avant même d'être engagé dans les ordres, il se souvenait avoir assisté à la solennelle déposition du coffret contenant ces reliques dans un oratoire, bâti par les soins de sa mère, en un lieu de leur propriété de famille, dans le Font». Il appelle ce coffret )oo-a-/.a (capsa) et l)r,y.r, (Ihcca) sans dire de quelle matière il était, et il l'arrosa de pieuses larmes durant la veillée qui précéda sa déposition sous l'autel. Dans la seconde moitié du iv siècle, nous savons qu'une diaconesse de la secte des macédoniens, à Constantinople, possédait deux boîtes à parfum en argent, à).igot(7Tpo6f;y.a: ctpyjpaL contenant des cendres de ces mêmes martyrs de Sébaste; ellesfurent déposées près de son tombeau, sur la table sacrée d'un oratoire souterrain et découvert, en présence de l'historien Sozomène , en 438 '. En fin . une boîte ronde (ôiav.dv. ioMTio-), contenant des cendres de ces mêmes saints, fut trouvée à Constantinople, lorsque Jus-
' A 8 kilomètres de Ain Beida, en Xumidie, entre Tébessa et Constantine. — = Les martyrs condamnés au bûcher expriment parfois le désir que leurs cendres ne soient pas conser\-ées entre les mains des fidèles, mais qu'elles soient toutes réunies et renfermées dans le lociilus sépulcral. Cf. De Rossi. Bull, di arclieol crisl., 1872, p. 13 sq.
— ' Tillcmont, Mém. pour servir hisl. ecclés.. t. v, p. 524 sq.
— ' S. Grégoire de Xysse, Homil, ni, in 0"adraginta martyres, P. G., t. XLvi, col. 783. — ' Voir au mot Ad sanctos, t. I, col. 479. — ' P. G., t. XLVi, col. 784-785. — ' Cet ora- Jo.re fut oublié; en 438, la reconstruction d'une église au martjT Tirse amena la découverte. Sozoméne, Hisloire
tinien reconstruisit l'église de Sainte-Irénc-de-la-Mer '. Ces indications relatives aux seules reliques des martyrs de Sébaste nous montrent que chaque possesseur les enfermait selon sa convenance dans un récipient dont la forme n'est pas déterminée. Ces premières châsses n'étaient vraisemblablement, le plus souvent, qu'une boite riche et ornée, du type rond ou semblable aux coffrets dans lesquels on déposait ses bijoux, son argent, des lettres, des parfums, un souvenir chéri. Cependant, comme le culte des reliques allait grandissant, les attestations commencent vers le v siècle à devenir plus nombreuses et plus explicites. En 415, la découverte de la tombe du protomartyr Etienne, à Jérusalem, provoque la distribution de quantité de cendres et de reliques de ce sacré dépôt, faite à de nombreuses églises de l'Occident et de l'Africfue. L'évêque d'L'zala, Évodius, ayant obtenu un fragment, voulut détacher une parcelle en faveur d'une autre localité et, à cette occasion, on mentionne la capsella argenlea, in gua cral reliquiarum portio '. Vers le même temps, pour satisfaire la dévotion grandissante des fidèles pour les reliques sans dilapider le trcsor des précieux ossements, les papes distribuaient des linges ayant touché une tombe sainte, ou bien encore l'huile des lampes ayant brûlé devant les tombeaux. Voir Br.\nde.\, t. ii, 1'= partie, col. 1132; Cataract.\, t. II, 2"^ part., col. 2526.
V. Origine. — Les châsses, capsellx argcnlese, avaient coutume d'être préparées par les soins et dans le pays de ceux qui recherchaient les reliques. En 510, le futur empereur Justinicn souhaite obtenir du pape Hormisdas des reliques destinées à être déposées dans la basilique qu'il fait construire in domo sua en l'honneur des apôtres Pierre et Paul "■, et nous dit : liinc, c'est-à-dire de Constantinople, vohienint capscllas argenteas jacere et dirigere : mais on considérait comme une faveur spéciale le fait de recevoir les capscllas mêmes du Siège apostolique. C'est pourquoi les légats insistèrent auprès du pape til hoc qiwque (les capscUœ) a vesira Scde pro benediclione (Jiislinianus) suscipiat, el singulas capscllas pcr singiilorum apostoloTum iPctri tt Paiili) rcliquias ficri debcre. Et les choses ne durent pas se passer différemment lorsqu'en 394. Rufin, préfet du prétoire, demanda à Rome et obtint des reliques pour la dédicace de l'inc- (jToXîîov qu'il érigea à Rufmianes, en l'honneur des apôtres Pierre et Paul ". Mais dans la relation de cette solennité, la mention de la capsella n'est pas explicite comme elle l'est, au contraire, en maints récits et témoignages concernant des dépositions de reliques dans ou sous les autels des confessions, du iVau vi'siècle.
VI. Destin.\tion'. — Les châsses étaient destinées aux autels et aux oratoires privés. Les châsses destinées aux autels ont dû être ordinairement de dimensions assez grandes, encore qu'il soit impossible de rien fixer ni de rien conjecturer à cet égard. Il est, on le comprend, assez difficile de distinguer avec certitude les c«psc//ff-reliquaires destinées aux autels de toutes les autres espèces de cassettes, pj-xides, boîtes, même d'un usage domestique, ornées de signes et de figures propres à l'iconographie chrétienne'-, à moins
ecclésiaslique, 1 IX, c. u, P. G., t. lxvii, col. 1597. — ' Procope, De œdifwiis, I. I, c vil. — 'De miracuUs S. Stefani, 1. I, c. VIII, P. L.. t. xLi, col. 839. — " Thiel, Episl. romanor. ponlif., t. il, p. 874, 875. — "VoirCH.\LCÉDOiNE. t. m, col. 90. — "Cf. pour les cassettes d'argent et d'autres métaux portant des symboles chrétiens ou même des inscriptions bien qu'appartenant ù l'usage personnel ou domestique et trouvées dans des tombeaux du iv et du v^ siècle, Barbier, dans Remte de tari chrétien, 1889, p. 103 sq. ; Danicourt, dans Bévue archéologique, 1SS6, févr., p. 91 ; De Rossi, Bultetino di archcologia cristiana, 1880. p. 99 172.
CHÂSSE
qu'on ne les trouve précisément renfermées dans les loculi, sous la table sacrée, ou que, soit une inscription, soit une figure, n'en indique clairement la destination, ce qui jusqu'à présent est rarement arrivé. En' voici néanmoins quelques exemples.
A Rimini, en 1863, sous les ruines d'une ancienne église, on trouva une capsella d'argent rectangulaire, longue de 0"65, large de 0'°3'2, ornée de la croix décorative latine, avec les lettres A CO ; elle était encore à sa place, dans le petit sépulcre d'un support d'autel du v^ siècle. Elle avait été renfermée, conmie la capsella d'Henchir Zirara, dans une boîte de bois' (fig. 2691).
Plus remarquable fut la découverte, faite en 1872, de deux capsellœ d'argent, l'une elliptique, l'autre circulaire, la première attribuée au v? siècle, la seconde
12691. — Châsse de Rimini, avec le support de la table de l'autel. D'après Rohault de Fleur\', La messe, t. i, pi. 53.
postérieure au vif. toutes deux placées sous l'autel et sous le sol du presbylerium de la cathédrale de Grade. Elles portent l'une et l'autre des inscriptions des noms des saints dont elles contenaient encore les reliques; la plus ancienne est aussi ornée de leurs bustes. Sur le couvercle de cette dernière, on voit la croix gemmée élevée sur la montagne sacrée de laquelle sortent les quatre fleuves. Aux côtés de la croix se tiennent deux agneaux, un de chatpie côté. Sur le couvercle de la moins ancienne, la sainte Vierge est Pgurée assise sur \in trône, avec son divin fils dans les bras. L'intérieur de cette capsella ronde est subdivisé en plusieurs
'Toninl, Alli dcUa députa zione di storia pa'ria per la Bomagna, t. il, p. 82; de Rossi, Bail, di archcol. crisl., 1864, p. 15; 1878, p. 38,39;Garrucci, Storia dc/r <ir/e crislitina,t.\i. p. 27; Rohault de Fleury, La messe, t. i, p. 143, pi. lui. . — * De Hossi, BuILdi archeol.crisl.,1S12, p. 15<î sq., pi. x-xii; 1878, p. 39, 42 ; Garrucci, o/i. < i7 , pi. 436; Rohault de Fleurj-, op. cï7., t . I, p. 144. — ^ Paolo Orsi.Archioio storico per Tricsle, l'ifiria (d il Trenlino, 1883, p. 117-148: Archœot. epigr. Mil- Iheihmgen aus Oes/erreit7i, 1881, p. 118, 119, met l'âge de ce monument vers la période du vi' au i.x* siècle. Le coffre ■de p'erre et la capsella sont maintenant conservés au musée ■d'Innsbrùck. . — ■ •Boneîli, Menwrie s/onc/ie délia basilicn de SS- XII Apnstoli. Roma, 1879, p. 50, 71, 72, 74, 77; De Rossi, La capsella argentea ajricana, in-Jo'., Roma, 1889.
compartiments dans lesquels étaient placés un petit vase d'or cylindrique, une petite boîte d'or ornée d'une croix, une petite fiole de verre et onze étiquettes sur petites lames d'or, qui nous apprennent les noms des saints dont les reliques furent déposéesdans la capsella '.
En 1876, on trouva à Saint-Zénon, dans le Trentin, une capsella ovale en argent contenant des reliques qui, examinées au microscope, furent reconnues pour être du sang. Sur le couvercle, la croix est figurée au pointillé. La capsella était enfermée dans un coflre de pierre long d'un demi-mètre, oflrant la forme d'un petit sarcophage de l'époque romaine avec couvercleà deux pans. Le coffre avec son contenu était renfermé dans une cella construite et voûtée sur laquelle s'étendait une dalle oblongue, munie de quatre cavités aux angles, ornée de deux cannelures parallèles le long des grands côtés, ancienne base d'une table d'autel qui était soutenue par quatre piliers'.
Une capsella ovale et en argent, mais sans le moindre signe chrétien, contenant des lambeaux de tissus de pourpre, a été trouvée, en présence de J.-B. De Rossi, avec un petit vase à parfums en argent et de nombreuses reliques, sous la base de l'autel primitif de la basilique des Saints-Apôtres, élevé sous le pontificat de Jean III, de 560 à 572 *.
On pourrait poursuivre cette énumération, mais il faudrait mentionner des châsses dont la disposition sous une table d'autel n'est pas démontrée. Nous devons toutefois citer un texte contenu dans le manuscrit latin n. S071 de la Bibliothèque nationale. C'est une épigraphe commémorant la découverte de deux antiques capscllœ latentes, remplies de reliques de saints, découverte survenue sous l'épiscopat d'Angilram, évêque de Metz, ami de Charlemagne. Elles étaient toutes deux d'ivoire, eboreo corpore, mais incrustées de lames d'argent, ambarum faciès exterius flagrabat argenlo. L'une fut laissée à son ancienne place et déposée de nouveau sous l'autel; l'autre fut portée solennellement à la ville (Metz). Voici le texte en question ^ ;
Xiinc noi'ilas (julget mine) pace (?) del(e)la veluslas.
Bitii priscorum crucis hic inaKe) nota manebat.
At urbis huius claras catbegita plcbis 5 Ilanc Agilrannus liini formant jrangcre iussil
Stib qua capsellas plncid(e) geminasqiie late{nUes
In lalebris saxorum hominiimqiie molimine ni(o)en(i)is.
Inuenil seplas (eO sacro miinere plenas.
Mox gremium pandens prœsul palrocinia siimsit 10 Capsellam gaudens iinam deduxil ad urbem
Altéra nunc templi in bains (s)ancta ara re/ulg^e)!.
Ambarum faciès licet exterinsqne flagrabat
Argento, ebore{um) constat corpusqne hi forme.
Plus tamcn inlerius ditantur viscera vasis 15 Candida qua{m) spccie gatanim glo(ri)a fulget.
Pignora sanclorum (cunctis) felicia s(a)eclis
Tempore iam nullo fraudent(u)r luce serena.
O {cl)emens custos conseraa banc pcrvigil eedem
Flelibus enixis plebem faneto gementem 20 Vt scelerum dominas (dignetur) solnerc factia).
A ces monuments, on peut, sans crainte d'erreur, joindre la capsella d'Henchir Zirara «, celle de la cha-
— 'De Rossi, Inscrip. clirist. urbis Borna-, t. il, part l,p.245; le texte du ms. est |extrëmement corrompu,nous dormons le texte rétabli parlJ.-B. DeRossi. Sur .\ngilram, voir Acta sanct., octobr. t. xii, p. 653-667; Glalia christiana, édit. Hauréau, t. XV, p. 708. — «Voir Dic/ionn., 1. 1, col. 710-711, rig.148; t. II. col. 2343-2344. On ne peut guère douter que ce soit un véritable reliquaire de consécration d'autel, dont le couvercle représente le martyr dont les reliques étaient renfermées dans cette précieuse custode qu;, par son antiquité et son art, par la particularité et rimportance de sa sy-mbolographie, par l'ensemble des conditions dans lesquelles sa découverte a été faite, est aujourd'hui le plus insigne spécimen connu de cette classe de monuments du culte des saints et de leurs rapports liturgiques avec l'autel.
CHASSE
pelle chrétienne récemment fouillée d'HenchirAkhrib' et que nous avons décrite ^ Cette châsse d'Henchir Akhrib n'était pas la seule cpie contenait la cavité sous l'autel; celle qui contenait les reliques de saint Pastor est en marbre. Voir t. ii, fig. 2173.
Quelques autres exemples viendront s'ajouter A ceux qui précèdent, au fur et à mesure des fouilles et découvertes : elles n'ajouteront probablement rien à ce que nous savons.
VII. Disposition. — La petite basilique d'Henchir Zirara et sa capsella vont nous permettre de déterminer les conditions ordinaires du dépôt d'une châsse de reliques dans une ancienne basilique chrétienne ».
Sur la gauche de la nouvelle route nationale de Constantine à Tébessa, près de la maison de garde, au 118'-' kilomètre, se détache un embranchement qui gravit la colline désignée sous le nom d'Henchir Zirara, et qui se dirige du nord au sud. Le lieu est tout couvert de débris de constructions de l'époque romaine. Ceux de la basilique chrétienne occupent, vers le nord, un des points culminants de la colline. On ignore le nom antique de Voppidum auquel appartenaient ces ruines '.
On a reconnu que l'édifice avait la forme d'un rectangle et se terminait par une abside. Les colonnes, les bases, les chapiteaux qui gisaient parmi les ruines, démontrent que la basilique était divisée en trois nefs. Le pavé était orné de mosa'i'ques: on en a vu les vestiges sur plusieurs points du sol.au pourtour du monument. Après quelques hésitations, l'emplacement du choeur et de l'autel a été reconnu avec certitude, et c'est précisément en cet endroit qu'on a rencontré la capsella renfermée dans le petit sépulcre qui devait être placé sous l'autel. D'abord, on pensa que la pierre creuse contenant la capsella se trouvait soigneusement enfouie près de la basilique, mais hors de son périmètre, ce qui eût été l'indice de la sollicitude des fidèles à soustraire la châsse des reliques à une profanation redoutée: mais une enquête plus méthodique amena aux conclusions suivantes : la fouille pratiquée au nord-est, à l'angle septentrional de la basilique, fit découvrir, à 1 ""ÔO de profoi.deur, une pierre rectangulaire qui mesurait 38 centimètres de long sur 33 de large. Au centre de cette pierre, sur la face supérieure, existait une cavité de forme ovale et profonde qui avait 30 centimètres de long sur 33 de large. C'est dans cette cavité que se trouvait la capsella argentea, également de forme ovale. Celle-ci n'était pas de dimension aussi considérable, et le vide qui existait entre elle et la paroi de la cavité avait été évidemment rempli par une boîte, en bois sans doute, car on retrouva au fond de la cavité, dans un amas de poussière, deux charnières en argent et un crochet de même mitai, qui avait dû servir de fermeture. La poussière, qui représentait la boîte en bois, formait, avec le fond de la copseWo. aussi détruit par le temps, une sorte de sulfure d'argent, à ce qu'a affirmé celui qui en a fait l'analyse. L'orifice de la cavité et presque toute la surface de la ierre étaient recouverts par une dalle en pierre de peu d'épaisseur. Au-dessus de cette dalle était construit, selon les dimensions de la pierre rectangulaire, comme un tombeau dont les quatre faces étaient formées par quatre autres dalles jointes et placées debout.
Ainsi donc, le petit sépulcre était placé à 1 "50 de profondeur sous le niveau du sol antique et de la couche de ciment couverte par la mosaïque; mais, à la place même correspondant audit sépulcre, on ne voyait
point de mosaïque. Le sépulcre était composé de deux parties, l'une inférieure, l'autre supérieure, le tout en pierre calcaire du pays. La partie inférieure était un bloc rectangulaire, conservé actuellement près del'église paroissiale d'A'in Beida, haut de '20 centimètres, long de 38, large de 33. Il avait, au milieu, une cavité^ovale, profonde de 12 centimètres, longue de 30,. large de 15, dans laquelle reposait la capsella, longue de 16, large de 8, haute de 10 centimètres avec son couvercle. Le coffre, formé de quatre dalles debout et superposé au petit sépulcre, aura pu contmir jadis,, soit des reliques, soit des brandea ou d'autres objets.