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H. Leclerc 1.
CHASUBLE. — L Ampliibcdus. II. Pxnula. III. Casula. IV. Planela. V. In/ula. VI. Origine de la chasuble. Vil. La chasuble liturgique en Occident. VIII. La chasuble liturgique en Orient. IX. Matière de la chasuble. X. Ornementation. XI. Capuchon. XII. Légendes.
La chasuble a porté divers noms suivant les temps et les lieux : amphibalui, pienala, casula, injiila, planela.
I. Amphib.\lus. — ■ Ampilibalus est une dénomination qu'on a crue à tort particulière aux écrivains gaulois '. Le scholiaste de Juvénal, encore soucieux de correction étymologique, nous apprend que antiqai ampliimallum lœnam appellabanl et la Glossa nous donne pour camasus amphimallui^ ou amphibal(l)us ( = um), les assimilations suivantes : birrus villosu', birrus bellalm, birrum. id est planela ^ Varron = et Pline ' connaissent ce terme, mais ce sont principalement les auteurs chrétiens qui en font usage. Duo
Boyer (ou le Gallia), en écrivant epitapliium, qiiale legUur apad S. Andream, donne lieu à une illusion. Ces dix vers ne pouvaient se lire sur le marbre, en 1770, à Saint- André, attendu qu'ils n'existaient pas. Ils ne pouvaient doue être connus de Boyer que par des copies. Je dis que ces copies ne peuvent être que celles provenant de Polycarpe de la Rivière ou de Forneri, car si ces dix vers s'étaient trouvés dans les arclii\'es du monastère de Saint-.\ndré, pourquoi Valadier, en 1GU4, Suarès, en 1648, Nouguier.en 1660, Fantoni, en 1678, de Veras.en 1750, Eusèbe Didier, Cambis-Velleron et Morenas,en 1755, etc., ne les auraientils pas vus? Et surtout, comment ces copies anciennes auraient-elles échappé a Chantelou et a Ménard qui, avant 1770, avaient copié tant de pièces, archives de ce couvent?
(Noie de M. E. Duprat.) — 'Annales de lu Société urcliéologique de lu province de Conslantine, 1860-1861 ; Corp. inscr, lui., t. VIII, n. 2051 : Cuslala puellu ann(oniin) xlvui redd(idil spirituni ) i/ idus martius, properans kastilalis sumerc pretniu dignu. Meruit in nïarc[cs c]ibile{m) corona(ni). Persei'erantibus tribuct Deus qru*i<i{ni) in puce. — ' Smith, Diclionarg of cliri.stian untiquitics, 1875, t. i^ p. 77 ; Rohault de Fleury, La messe, in- 1», Paris, 1888, t. VII, p. 112. — 'Scholiaste de JuvémU, m, 283 : àiijn'iiiXiovf mais on en vint vite à l'étymologie vicieuse : 4:i=iSàVtii», -;.»l=:So'ai;. — ' Ttiesuur. ling. lalin , Lipsia?, 1000, t. i, coi. 1981. — •' Varron, Ling., v, 167 : peregrina ul... gaunacum et ampliimallum grœca. — ' Pline, llist.nul., viii, 103 : gausupœ pairis me memoria cœperc, ampliimallli\a nustra.
CHASUBLE
jxtliolla et amphimallunu écrit saint Jérôme '; Sulpice Sévère raconte dans la vie de saint Martin : itMarlinus) pauptre non videnle intra iimphibalum sibi lunicam talenler cduxil -. Paulin de Périgueux dit du même saint : amphibalo caput occuluit '. Et encore : sub sancli abbalis amphibalo '; — amphibalo cxlcrius deum mcmbra oblecta laterenl^; — si novum amphibolum induissel^; — Iransmisimus amphibalhim lunicam''. Le plus ancien document liturgique quifasse usage de ce terme est l'exposition de saint Germain de Paris sur la messe gallicane : Casiila quam amphibalum vocani, qiiod saccrdos induelur^... Ideo sine manicis, quia sacerdos poliiis benedicil quam ministrat. Ideo unila exlrinsecus, non sciss'i, non aperla, i^uia mullœ sunl ScripUirœ sacrœ sécréta mysleria, quœ quasi sub sigillo sacerd !s doclw; débet abscondere. On désignait couramment sous le nom d'amphibahis le manteau non liturgique des prêtres et des moines; c'est ce sens qu'on lui trouve dans la Vita sancli £■/!</(/ (y 659) par saint Ouen (f 683) » et dans la biographie de saint Fructueux de Braga {f vers 660) écrite par un contemporain 1°; de même dans le texte déjà cité de Grégoire de Tours et dans la Vie de saint ,Golumba, abbé d'Iona (y Ô98)". Dans la Vie de saint Bonnet, i vcque de Clermont, le terme se rencontre deux fois, on voit que c'est un vêtement de la vie ordinaire et qu'on pouvait s'en couvrir la tête : Amphibali summilas ipsa, et ut parlcm amphibali mei, qua caput tegitur, retineat ^'' ; enfin, dans la vie de l'abbé saint Déicole : Antequam sessum pcrgcrcl, bir, um suum, quem Grseci amphiballum vacant, deponere volait, refrigerandi gratta ". Les femmes mêmes portent Vamphiballus " dont le nom se conserve longtemps pour les manteaux des la'iques '*, mais nous n'avons à nous occuper ici que de son usage liturgique qui semble avoir pris fin, sinon comme vêtement, au moins comme dénomination, à une époque voisine du début du ix" siècle, lorsque le rite romain se substitua au rite gallican .
II. PiENULA. — Ce que les Homains appelaient pœnula et les Grecs :;o<iv6).y;;, çr|VÔ/r,;. laivoÀiov, était un vêtement de dessus confectionné avec une étoffe de laine, rarement en cuir, et offrant le type, que nous avons décrit en étudiant la chape (voir ce mot), d'une vaste couverture ronde au centre de laquelle un trou était ménagé pour permettre le passage de la tête qu'abriterait elle-même un capuchon (cucullus). La combinaison est si simple, le service est si satisfaisant, qu'on s'explique sans peine que ce vêtement remonte à une haute antiquité et qu'il ait joui d'une vogue séculaire. Voulait-on s'abriter, se faire imperméable à la pluie, au brouillard, au froid, on se laissait envelopper par la pxnula qui vous protégeait de la tête aux pieds; désirait-on, au contraire, se donner un peu d'aise, ou relevait sur les épaules le
vêtement au moyen de quelques larges plis et l'air circulait à l'aise autour du corps. Nous en avons un exemple très clair sur un cippc sépulcral étrusque du iv^ siècle avant notre ère, conservé au musée de Chiusi (fig. '2711). Ainsi que nous l'avons dit, chape et chasuble, considérées dans leur origine unique qui est la pœnula, ne doivent pas et ne peuvent pas être distinguées. Cappa et casula s'appliqueront un jour, beaucoup plus tard, à des vêtements distincts qui, dans le type rigide où ils se sont fixés depuis deux ou
é/i/MÂ^i"^
2711. — Cippe étrusque du musée de Chiusi. D'après G. Wilpert, Die Mnlerci, t. i. p. 81, fig. 5.
trois siècles, peuvent sembler irréductibles à unpatron primitif unique. Il n'en est rien. Chape ou chasuble procèdent de la psenula, manteau de voyage et imperméable : id genus vcstimcnti semper ilinerarium aul pluviale fait, écrit Lampride'", et on conçoit sans peine que cet infatigable voyageur que fut saint Paul possédât une pœnula, qu'en un jour de beau temps ou de chaleur il lui arrivait d'oublier chez ses hôtes ^'. Pauvres gens, gagne-petit, esclaves, courriers, muletiers et tant d'autres qui parcouraient grand'routes et sen-
' S. Jérôme, Epist., LX.xi, 7, P. L., t. xxii, col. 672.
— = Sulpice Sévère, Dialugi, 1. II, c. i, dans Corp . script, eccles. latin., Vindobonre, t. i, p. 180. — ^ Paulin de Pérr gueux. De vila B. Martini, I. IV, v. 49, dans Corp. script, eccles. latin., t. xvi, p. S3; P. L., t.Lxi, col. 1038, — < Gildas, Cliron. niinor., III, xxviii. Et à propos d'un saint .\mphibalus inventé par Gildas, cf. ,1. Loth, Sainl Ampliibatus, dans Revue rellique, 1890, t. xi, p. 348-349; H. Leclercq, Les rnarlyrs, in-S°, Paris, 1903,1 m, p. Liir. — ' Vcnance Fortunat, Vila Martini, 1. III, c. xLii, P. L., t. Lx.x.xvni, col. 393. — ' Grégoire de Tours, De gloria con/essorum, c. LViii, P. L., t. Lxxr, col. 871. — "Grégoire l", Epist., 1. XII, ep. XLVii, dans Montim. Germ. Iii.-:!., t. ir, p. 435, lig- 4. — 'S. Germain de Paris. E.vpositiu brevis antiques Uluryiœ gallicanœ, epist. ii, dans P. L., t. lxxii, col. 97. — •S. Ouen, Vila S. Elitjii, 1. II, c. vi, P. L, t. lxxxvii, col. 517. — '".anonyme, Vita S. Fructiinsi,n. 9, dans Acla sanct., 16 avril, t. il, p. 429. — " Vila S. Cotunibani auctore Canimeneo, n. xxvii, dans Acta sanct. O. S. B., t. i, p. 349.
— " Vila S. Bonili Claromont. episc, c. ii, vii, cf. c. ix.
XXXVI, dans Acta sanct., 15 janvier, t. i, p. 353, 357; saint Bonnet est mort en 709. — " Vila S.Deicoti, abbalis Lulrensis, n. 20. — " Vita S. Wibortidœ, n. 9, dans .-lc(a sanct. O. S. B., t. v, p. 46. — '^ Nous rencontrons encore le terme pris dans ce sens dans la Chrouique de l'archevêque Romuald de Salerne (■{■ llSl ), dans Muratori, Script, rer. liai., t. VII, p. 155; dans la chronique de Lorsch, sous Henri VI : El sunl inimensis induit calceamenlis, amphibalis lundis iilenles el spatiosis; dans le pontifical nis. d'EIne : Induit (re.v) super vestes communes lineam sive amplant camisiam linaun ad simitiludincm atbœ, amphibalum novum, munitum el candidum: et est amphibalus viîtosa vestis- D. Giorgi, De liturgia romani ponlificis, 10-4**, Romîe, 1731, t. I, p. 196-210, consacre un chapitre ù l'étude de la chasuble; les textes principaux y sont rassemblés; malheureusement, on y trou\e des pièces apocryphes comme le Testament de Pcrpetuus et des textes trop tardifs pour être utiles. H. Grisar, Anecdola romana, in-4», Roma, 1899, t. i, p. 529-532, n'ajoute rien à l'étude de la chasuble. — "Lampride, Ale.rander Severus, c. xxvii, n. 4. — ■" II Tim., iv, 13.
CHASUBLE
tiers ne manquaient pas, à la mauvaise saison, de se munir de leur pœnula; lieureux ceux qui en possédaient une neuve, bien chaude, dans laquelle ils s'enveloppaient la nuit pour dormir'. Toutes les pœnulœ n'étaient pas absolument identiques. Esclaves et hommes de peine l'écourtaient un peu afin de n'être pas entravés dans leur travail; les soldats semblent avoir, eux aussi, préféré ce modèle - que nous voyons sur les épaules d'un chrétien nommé Némésius, représenté sur la fresque des cinque sanli au cimetière de Calliste, vers l'an 300= (fig. 2712). Le vêtement que porte Némésius ne diffère pas le moins du monde de celui que nous rencontrons sur les épaules des gens du peuple figurés sur les bas-reliefs constantinicns de Vallocutio et de la liberalilas .A(/flii.s/i. Certains préfé-
2712. — Nemesius vêtu de la pœnula (délail de la fresque
des cinque santi).
D'après Wilpert, Die Malereien, pi. m.
raient, à un raccourcissement qu'on pouvait être parfois dans le cas de regretter, une échancrure jusqu'à la poitrine en sorte qu'on pouvait jeter les pans sur les épaules '. D'autres, plus radicaux, acheminaient décidément la forme ronde vers la forme elliptique qui sera celle de la chasuble, en retaillant une certaine quantité de l'étoffe retombant sur les bras; on en trouve des exemples sur quelques figures de la crypte de Lucine ' et sur une fresque de la première moitié du IV siècle dans la catacombe de la vigna Massimo, représentant Abraham ^ Dès lors, la pœnula perd quelque chose de sa simplicité de vêtement usager, on la décore d'un ornement qui rappelle le claviis (fig. 2713) et on s'étonne moins de voir, un siècle plus tard environ, saint Euchcr de Lvon attribuer le clavus à
]a pœnula lorsqu'il écrit : Pœnula in aposlolo, Lalinum est. Esl aulem quasi lacerna descendcntibus clavis '. D'un ample vêtement grossier, la pœnula était en voie de se transformer en un vêtement étriqué ou luxueux. Peu à peu, à force d'être recoupé, retaillé, la rotonde se réduit à n'être plus qu'une longue et large bande analogue à ce qu'est le scapulaire des bénédictins, lequel n'est qu'une pœnula à peu prés méconnaissable. L'acheminement vers cette déformation peut être utilement étudié dans quelques miniatures. Le ms. Vatic. lat. 1202, fol. 1.57 recto, du xu= siècle, n'en est encore qu'à un type de transition entre la pœnula et le scapulare; le ms. Vatic. gr. 1613 (le ménologe) et le ms. Vatic. gr. 394 (le Jean Climaque) montrent la pœnula étiolée de plus en plus, coupée en ligne droite à
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2713. — Pœnula ornée (fresque de la Vigna Massimo). D'après Wilpert, Die Malereien, pi. 146, ii.2.
ses deux extrémités qui arrivent à peine à la taille, une sorte de petit châle. Il reste à mentionner une dernière déformation : quelques monuments chrétiens du iv« siècle, et de cette époque seulement, montrent une pœnula parfaitement disgracieuse. Taillée en pointe,, elle n'occupe guère, sur la poitrine, plus de place qu'un plastron tandis qu'elle retombe sur le dos et va rejoindre les mollets » (fig. 2714).
Si nous cherchons maintenant comment ce vêtement a pu s'élever jusqu'à la dignité d'un vêtement liturgique, il faut se rappeler la vogue dont jouit la pœnula. L'auteur du De oraioribus, c. xxxix, nous apprend que les avocats auxquels l'écrasante toge était odieuse venaient plaider en pœnula, sauf à se sentir un peu entravés pour les gestes oratoires. Sous Trajan, on voit des tribuns du peuple vêtus de la pœnula, et
' J. Marquardt, Prioatleben der Hômer, l. ii, p. 547. — = Un cavalier, cf. J. \Vilpcrt, Die Gewandung der Christen in dcn ersteii .JahrhunderU'ii, Koln, 1898, fiî^. 12; ini fantassin, J. Wilpert, Vn capitolo di storia del vcsliurio, dans L'arte, 1899, flg. liS; J. Wilpcrl, I.e pitlurc dcllc catacombe romane, in-fol., Roma, 1903, Testa, p. 74. — » De Rossi, Homa sollerranea, t. ni, pi. i-ii; Garrucci, Storia delTarte cristiana, t. il, pi. 15, n. 2, reproductions peu exactes;
Rohault de Fleury, La me.ise, l. vu, pi. 529, transforme la pœnula en stola; J. Wilpert, Le pitlure, pi 111 — • J. Wil-. pert. Die Gewandung, fig. 13; Un capitolo, fig. 27. — 'De Rossi, Roma sollerranea, t. i, pi. xiv; C.arrucci, Storia, t. n, pi. 1, n. 3. — • .1. Wilpert, Le pitlure, pi. 146, n. 2. — ' S. Eucher, Inslruct. ad Salon., il, 10, /'. /.., t. L, col. 820. — • J. Wilpert, Le pitlure, pi. 118, n. 1; 160, n. 1; 185, n. 2; 217, 233.
CHASUBLE
Commode impose l'assistance aux spectacles dans ce même vêtement et non en toge. Désonnais les exemples se multiplient' et nous voyons les fidèles prier pxnalali. Les restrictions qu'Alexandre Sévère essaie d'apporter à l'usage de ce vêtement aboutissent au résultat opposé. En 382, la pœniila est reconnue comme vêtement privé pour les sénateurs, soit de forme circulaire, soit de forme elliptique; nous voyons cette dernière sur le diptyque de Probien. C'est ainsi qu'évêques et prêtres s'habituent à monter à l'autel avec la pxmila ; nous l'avons vue sous le nom d'amphibaliis lorsque saint Martin allait offrir le saint sacrifice =,nous
2714. — Pœnula taillée en pointe.
D'après Wilpert, Die Malereien, pi. 233.
la retrouverons dans un instant sur les monuments, m. Casul.\. — Isidore de Séville,dont les étjTnologles confinent souvent à la fantaisie, semble avoir été mieux inspiré ou plus instruit lorsqu'il fait venir casula de casa. Selon lui, casula... dicta per diminutionem a casa quasi minor casa '. Le sens de casula serait donc à peu près celui de petite tente, maisonnette ou plutôt chambrette. Cette explication s'applique assez exactement à la forme du vêtement; à l'origine, la casula enveloppait complètement celui qui la portait, la tête seule dépassait. C'est d'ailleurs ce qu'Isidore ne manque pas de faire observer : casula, veslis cuculala, quasi minor casa, eo quod toium hominem légat, unde cuculla, quasi minor cclla. On donnait le nom de casula à une cellule monastique, à une chapelle en pleine campagne. Saint Cuthbert nous raconte la mort du vénérable Bèdc in pavimenio suœ casulie decanlans *, le concile de Leplines mentionne les casulœou fana^,
> J. Wilpert, Le piUure, pi. 70. — = Sulpice Sévère, Dïalogi, II, 1, P. L., t. XX, col. 201. — ' S. Isidore de Séville, Etymologiar., 1. XIX, c. xxiv, P. L, t. Lxxxii, col. 691. — ' S. Cuthbert, De ubitu Vencr. Bedœ, dans Acla simct. O. .S. B., s;ec. m, part. 1, p. 538. — ' Conc. Liptin., ann. 743, dans Indiculiis siipersiilioniim et paganiarum. — « Pline, XXXV, xxxvii, 6: Jiivénal, XI, v, 153; Pétrone, Salijr., XLiv, XLVi, lxxvii. — ' Pétrone, Salijr., cxi : seciindum illam casulam in qiia recens cadaver mulrona deflebal; une inscription dans Zaccaria, Slorin leller. d'Ilalia,
mais nous pouvons remonter bien plus haut, jusqu'aux écrivains classiques : Pline nous apprend que casula Protogenes conlentus erat in hortulo suo « et Pétrone emploie casula au sens de tombe '. Avec son sens de vêtement, peut-être même le vêtement liturgique — un doute reste possible — on rencontre la mention d'unecasu/ndansletestament de saint Césaire d'Arles : Indumenla paschalia, quss mihi data sunt, omnia illi (surcessori) serviant, simul cum casula villosa et tunica vel gcdnape, quod melius dimisero '; dans la vie de saint Médard c'est un vêtement privé dont le saint peut faire cadeau à un pauyre : Casulam igitur,quœ per eum a maire dirigebcdur artiftci, egeno illi misericordia motus Iribuit ». C'est aussi un vêtement à l'usage des moines. On lit dans la vie de saint Fulgence, évêque de Ruspe : Casulam vel superbi coloris nec ipse habuil, nec monachos suos habere permisit. Subtus casulam nigello vel lactineo pallio circumdatus incessit", l'i dans la vie de l'abbé saint Philibert : Tune ille Immilitatis gratia sublus casulam, qua erat indutus, contra brachium~œgri vexillum crucis apposuif'; enfin, Jean Diacre, dans la vie de saint Grégoire 1<^' : Frater ergo de monasteris habebat fratrcm ssecularem et postulavit eum dicens : Casulam non habeo, sed fac caritatem. eme mihi ^'. Procope nous donne un renseignement qui a son prix; il s'agit d'un certain Areobindus qui vient recevoir le baptême vêtu de cet habit modeste que les Romains nomment casula : '.\pc6ê!v6o; &t o-j?èv Tt iJ.£).Àr,caç x'j-M eî'tieto, {[xârtov c£!J.~£yô[/.6voç oute (jz^x- TriYM ouTe «),),(;) orpaTe'joasvw àvSfii imrriS'Jtùi ëy.MV, a).>,à So'jXw ri totwTï] TravTâTraTt TîpÉTîOv, y.aaoO).av a-JTÔ TT^ AaTi'vwv swvr, 7.a).oO<7'. *Pa)[ja:o'. '*.
A mesure qu'on approche du moyen âge. la casula se spécialise dans l'usage monastique. Le concile de Leptines, dans son canon 7*, porte cette prescription : Presbyteri vel diaconi non sagis laicorum more, sed casulis utanlur ritu servorum Dei, c'est-à-dire des moines. Bientôt on voit apparaître l'expression casula planeta ", notamment dans Rhaban.
IV. Pl.\neta. — L'étymologie du mot planeta est obscure. Isidore de Séville écrit ; Grieci planetas dictas volunt, quia oris errantibus evagcmtur. Unde et stellx planelse, id est vagœ, suo errore moluque discurrunt ". D'après lui, planeta viendrait du grec r.'t.x-^i'jflx:, errare, et le terme aurait été choisi pour exprimer l'ampleur du vêtement qui flotte en plis nombreux autour du corps. Cette explication nous paraît pure affaire d'imagination. D'autres, à peu près aussi inventifs, ont décidé que la planeta était jadis un vêtement de voyage, ce qui explique le sens errare. En réalité, cela n'explique rien du tout ; nous ignorons l'origine du mot planeta, cela seul est certain.
Rhaban Maur nous apprend que casula dicitur vulgo planeta presbyteri, quia instcw parvœ casse totum tcgit", et il précise : bœc supremum omnium indumentorum est, et csetera omnia interius per suum minimen legit et serval. Les rapports entre planeta et casula sont dignes d'attention. Planeta est le terme en usage à Rome, casula celui des autres pays; mais à Rome casulan'a pu venir à bout de s'implanter et, aujourd'hui encore, planeta est le seul terme employé en Italie. Au contraire, dans les autres pays, ce terme est inconnu. Le canon '28'' du IV'-' concile de Tolède forme une unique
t. XIV, p. 89. — ' Du Gange, Glossariiim med. et infini, latinit., édit. Niort, p. 214, col. 3, au mot Casula 2. — ' Ibid. — " Ibid. — ".4c(fi sanct. O. S. B., sa;c. ii, p. 824. — '= Jean Diacre, Vila S. Gregorii, 1. II, n. 45. Cf. Haeften, Disçi/isid'ones monaslicœ, I. V, tract. III, disq. I. — " Procope, De bello Vnndalico,i. II, c. x.xvi, édit. Bonn, 1833, p. 521- 522. — " Vila S. Ansegisi, dans Acta sancl. O. S. B ., sa>c. iv, part. 1, p. 633,634. — «S. Isidore de Séville, fi/ymo/osia-, I. XIX, c. XXIV, P. L., t. Lxxxii, col. 691. — "Rhaban Maur, De ordine aniiphonarii, c. xxi.
CHASUBLE
exception. Dans la donation d'Adelgaster d'Asturie, en 781, il est fait usage du mot casula '. En Gaule, à l'époque pré-carolingienne et depuis, chez Rhaban, Amalaire, Walatrid, pseudo-Alcuin, pseudo-Bède, Réginon de Priim, Riculf de Soissons, Riculf d'Elne, dans les inventaires de Saint-Riquier et plusieurs autres, nous lisons invariablement casula, comme dans les documents romains, par exemple les anciens Ordincs romani, nous lisons non moins invariablement planela.
V. Infula. — Ce terme n'est jamais employé pour désigner la chasuble avant l'an 1000; nous n'avons donc pas à l'étudier '.
VI. Origine de la chasuble. — Les textes qui précèdent sont assez nombreux, assez clairs et assez concordants pour nous laisser entrevoir que c'est dans le vestiaire des fidèles qu'il faut chercher l'origine de la chasuble. Loin de contredire les textes sur ce point, les monuments concourent à faire voir que la chasuble liturgique reproduit, en le déformant peu à peu, un vêteiiient de dessus du co.tunie populaire en usage dans le monde gréco-romain aux premiers siècles de notre ère. Les textes ont été cités, et avec eux quelques monuments, mais ceux-ci ne donnent encore qu'une approximation; nous pouvons serrer la question de plus près '. Un monument d'une importance décisive, signalé jadis par J.-B. De Rossi à Rohault de Flcury et d.-jà reproduit par nous (voir Dictionn., t. i, col. 2'275, fig. 776), est le dessin gravé sur une coupe de verre, malheureusement perdue aujourd'hui, mais ([ue nous connaissons par un dessin conservé dans les papiers de Suarez, d'après l'original jadis conserve au musée Gualdi '. On y voit une famille composée des époux et de leurs deux enfants, un fils et une fille. Le père et le fils sont vêtus de la pœnula très ample, formant de gros plis, pas assez toutefois pour supposer la forme circulaire qui donnerait bien plus d'étoffe sur la saignée du bras. C'est donc déjà, au ly" siècle, la pœnula elliptique, avec un galon faisant le tour du col et tombant perpendiculairement pour cacher la couture des lés (fig. 2715). Il n'est guère possible, dès le premier coup d'œil, de se soustraire à l'identité évidente entre ce vêtement et la chasuble.
Telle est, au iv« siècle, pour des gens de condition honorable, la pœnula. Ce n'est déjà plus du tout le vêtement usager et enveloppant que ,n us avons signalé sur des monuments plus anciens, encore que les gens du peuple n'y eussent pas encore renoncé, mais c'est un vêtement de ville souple, élégant et orné. Le fond de coupe que nous venons de décrire tire son plus grand intérêt de ce fait qu'il représente des laïques sans hésitation ni discussion possible. Ce n'est donc pas encore un vêtement liturgique puisqu'ils en font usage, et c'est cependant le même vêtement que porte un évêque dans une fonction liturgique, un siècle au moins avant la date du fond de coupe. Dès lors, plus de doute : c'est bien un vêtement profane qui s'est élevé à la dignité de vêtement liturgique dès le iii<' siècle au moins. Entendons-nous toutefois, ce vêtement profane servit dans les cérémonies liturgiques, mais sans cesser d'être vêtement populaire et sans avoir encore un caraclère litur.^'ique. Il n'aura ce caractère que plus tard, lorsque la pœnula disparaîtra progressivement du costume profane.
\ quelque explication qu'on s'arrête touchant la scène représentée au cimetière de Priscille, qu'il s'agisse de la consécration d'une vierge ou d'autre chose,
'Annales O.S. B, t. il, p. 255. — = J.Braun,Dic /idjrgisT/ie Gcwandung int Occident und Orient, in-S", Freiburg, 1907, p. 153. — ' II m'est impossible d'accepter aucun des exemples cités par .1. Braun, Die lilurgisclie Gewamlung, in-S", l'ieiljurg, 1907, p. 140, et illustrés par les fis l.'t, 114, 115. — «Ms. Vatic. 9136, fol. 217. Cf. De Rossi, le Ilorrea sotlu l'Avenlino, dans Annali delV Istitiito di corris/iondenza
nous sommes en présence d'un évêque dans sa chaire procédant à une fonction liturgique et revêtu de la pœnula, au iii« siècle '. Il y a plus. L'évêque fait usage de ce vêtement lorsqu'il rempUt sa charge, les simples fidèles, eux aussi, font usage de la pœnula lorsqu'ils prient. TertuUien — et ceci nous amène au début du m' siècle" — signale certaines pratiques appartenant à la superstition plus qu'à la religion, notamment celle de plusieurs chrétiens qui enlèvent leur pœnula avant de commencer la prière : Sed quoniam unum aliquod a'iigimus vacuœ observalionis, non pigebil cèlera quoque denolarc, quitus merito vanilas e.vprobranda est : siquidem sine ullius aul dominici aut
2715. — Psenula elliptique, après Rohault de Fleiiry. La messe, t. vu, pi. dlxii.
aposlolici prœeepli aucloritale tiunl. Hujusmodi enim non religioni, sed superstitioni depulantur, afjeclata et coacla et curiosi potius quam ralionalis offlcii; cerle vel eo coercenda, quod gentilibus adœquent. Ut eslquorundam, expositis pœnulis oralionem jacere; sic enim adeunt ad idola naliones. Quod utique si fieri oporterel, aposloli, qui de Itabilu orandi docenl comprehendissent: nisi si quipulanl Paulum pœnulamsuam in oralione pênes Carpumreliquisse.DeussciliccI non audialpœnulatos. qui Ires sanctos in fornace Babylonii régis oranles cum sarabaris et liaris suis craudivif. Ce texte importe surtout en ce qu'il montre qu'entre saint Paul et le m'' siècle on avait continué à faire usage de la pœnula et que les fidèles la portaient quand ils assistaient aux réunions liturgiques. On les admettait donc ainsi vêtus pour prendre part à la prière, mais alors on les admettait de même pour prononcer la prière, puisque aucun vêtement spécial n'était encore requis et que le prêtre
archeologica, 1885, t. Lvii, p. 233; Rohault de Fleurj-, La messe. Études archéologiques sur ses monuments, in-4'', Paris, 1888, t. vu, p. 114-115, pi. dlxii. — • J Wilpert, Le pitture dette c(daci>mlte romane, 1903, pi. 79. — • Le De oratione est de l'année 201. — , ' Terlullien, De oratione, c. .\v, dans Corp. ecct. lut. script., Vindobona-, t. .\.\, p. 189-190.
CHASUBLE
ou l'évêque portait le même \ élément que le reste des laïques. Le vêtement liturgique épiscopal ou sacerdotal, la casula ou pœnula, n'est donc que ce que dans la langue d'aujourd'hui nous appellerions 1' « habit de ville ». Inutile de chercher autre chose ni autre part et laissons un certain jeu à cette solution. Ni les lois somptuaires, ni les décrets impériaux n'y pourront rien, mais ce vêtement s'est certainement modifié, transformé, déformé, il a varié nécessairement pendant la suite de plusieurs siècles qu'a duré sa vogue; n'essayons pas de lui imposer une évolution rigide, à heure fixe, qu'il n'a pu subir'.