‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgieChapitre 230 sur 303 · III - .■Î · texte numérisé non relu

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CHÂTIMENTS

les épaules, le dos et les reins des patients '. La législation des empereurs chrétiens aura assez à faire d'interdire les violences éclatantes, elle fera le silence sur l'abus de la répression domestique. Celle-ci frappe indistinctement l'innocent et le coupable, car le maître prescrit le châtiment sous le coup de sa colère, il s'exécute sur-le-champ et le lorarius n'est pas toujours maître d'adoucir la peine par la façon dont il l'inflige; luimême est surveillé et doit s'attendre à prendre à tout moment la place du patient qu'il fustige.

[I. Instru.ments. — Gomme il est assez naturel et très légitime, le châtiment était proportionné à la faute commise. Dans ce but, on avait réglementé le nombre de coups et gradué l'effet produit suivant l'instrument dont on faisait usage. Le lorum ou scutica était parfaitement anodin et il est probable que, si son maître Orbilius se fût tenu à ce procédé, l'élève Horace ne lui en eût pas gardé si longue rancune, mais il y avait la ferula.

Si qiios Orbilius fendu sciUicaque cecidit -.

La ferula, moins inoffensive, faisait sans doute apprécier — à sa manière — la sciiiica'. C'est encore Horace qui dit ' :

Ne scutica dignuni horrihili scctere flagello. Nam ut ferula cœdas meriUini niaiora subire. Verbera non vereor...

Entre la scutica et la ferula prit place, dans l'opinion de la jeunesse, Vanguilla^. sorte de martinet en peau d'anguille d'une grande légèreté : anguilla est, qua cocrcentur in scholis pncri, quœ vulgo scutica dicitur '. Comme la scutica et Vanf/nilla, c'étaient encore des martinets auxquels on appliquait les appellations lie scorfiion ', sorte de garcette faite de cordes nouées dont les extrémités libres étaient garnies de pointes, et de/ién'sso;i, instrument analoguedont lesnœuds étaient hérissés de poils de pore ".

Plus redoutable était déjà la férule produite par une belle plante herbacée à tige creuse, molle et flexible. Il n'en est pas souvent question dans les textes helléniques; ;\ Rome, au contraire, la ferula n'a que trop d'usage, au jugement de ceu:: qui en goûtent. Les esclaves et les enfants faisaient de bonne heure connaissance avec elle ' :

Ludi magisler purce simplici turbiv,

Cirrala loris liorridis Scgllite pellis,

Qua vapulauit Marsyas Celeucus,

Ferulœque tristes, sceptru pœdagogoruni.

Cessent..-

aussi les maîtres en faisaient autant d'estime que i leurs subordonnés en faisaient peu '° ;

Invisie nimiuni pueris gratwque nmgistris.

On sait les plaintes d'Horace et de Juvcnal qui. souvent, sentirent au bout de leurs doigts la férule des cuistres", et la main n'avait pas seule à redouter les atteintes de l'instrument '^.

Le flagellum, uiin;, est le fouet typique : une lanière forte et de longueur moyenne, soit unie, soit tressée et faite de bon cuir, attachée à un manche qui sert de poignée. Le fhigelluni est déjà sur la limite qui sépare les châtiments des supplices: ses effets, pour

■ Plante, Cure, iv.Tl; Moslell, I, i, 1 ; Pseud., I, ii, 13; Captivi, I, 2; Men., 951; Térencc, Adv., II, i, 28; V, ii, 6; Séncque, De mort. Claud , 151 ; .Vulu-Golle, X, m, 8. — -Horace, Episl., II, i, 70; Suétone, Grunim, 9. — 'Cependant, Ovide, lier., i.\, SI : srulicae tremefuclus /inbeni's — •Horace, .S"«/., I, m, 119. — = Pline, Ilist. nul., ix, 39. — ° S. Isidore de Séville, Elymot., 1. V, c. xxvii, n. 15, P. L.. t. Lxxxii,coI. 212. — ' £(!/mo/., 1. V, c. xxvn, n. 18, P. L., t. Lx.xxii, col. 212. — " Museo Borlmnico, t. xiv, pi. lvi. — * Martial, x, 62, 1. — ■« Marti.il, xiv, 80. " Horace, Episl.,

être plus douloureux, ne diffèrent pas de ceux des instruments énumérés ci-dessus, et on les exprime généralement par ces mots : cœdere, secare, seindere. qui décrivent bien la fine coupure et la morsure des lanières cinglant la peau ". Dès qu'il faut montrer les effets d'instruments plus redoutables, on trouve les mots rumpere, pinsere " qui expriment les contusions produites par le flagrum; forare et fodere " qui marquent les instruments munis de piquants.

Le flagrum était le plus terrible des instruments. C'était une espèce de knout qui frappait lourdement, écrasait les chairs, rompait les os et couvrait le corps de plaies confuses. Il exist;iit diverses variétés du flagrum. Le plus bénin paraît devoir être le flagrum multijugis talis ovium tesseralam, c'est-à-dire garni d'osselets '". .\u contraire le jAumbum ou plumbala à manche de fil de fer tortillé, armé, en guise de lanières, de chaînettes terminées par des boucles de métal, était un véritable instrument de torture. Prudence compare ses effets à ceux de la grêle " :

Tundatur, inquil, terga crebris iclibus

Pulsatus ergu martyr illu grandine.

Nous étudierons séparément et à leur place les instruments de martyre. Voir Instrum. de martyre.

m. Patients. — 1° Esclaves. — Deux classes d'individus sont soumis à ces châtiments corporels ; les esclaves et les entants. La férule, les verges, le fouet ne leur sont guère épargnés. Parmi ceux qui sont traités de la sorte, il s'est rencontré beaucoup de chrétiens: nous devons dès lors rechercher les causes et les conditions de leur situation.

« D'honnêtes gens, écrit Sénèque, se mettent en colère si l'eau chaude n'a pas été bien préparée (voir Dictioiut. au mot C.\ld.\, t. ii, col. 1.581), si un verre a été brisé, si un soulier a été maculé de boue, si un esclave n'est pas assez prompt, si le breuvage qu'il apporte manque de fraîcheur, si le lit est mal fait ou la table mal dressée. Qu'un esclave tousse ou èternue pendant le repas, qu'il chasse négligemment les mouches, qu'il laisse tomber une clef avec bruit, nous entrons dans une véritable rage. Qu'il traîne trop rudement un meuble, qu'il ne sache pas glacer le vin avec la neige, nous nous indignons. S'il répond un peu trop haut, si son visage exprime la mauvaise humeur, s'il murmure des mots qui n'arrivent pas jusqu'à nous, avons-nous raison de le faire fouetter, de le mettre à la chaîne'? Le voilà devant nous, lié, exposé sans défense ;hix coups; souvent, nous frappons trop fort et nous tronquons un membre, nous brisons une dent. N'y a-t-il pas de honte à détester un esclave novice, parce que, libre peut-être hier, il conserve dans une servitude récente des restes encore mal effacés de son ancienne liberté, parce qu'il n'embrasse pas avec assez d'empressement de vils et pénibles travaux, parce que, habitué à une vie douce, il n'a pas la force d'accompagner en courant le char ou le cheval de son maître, parce que. pendant le travail de chaque nuit, il se laisse ;dler au sommeil'? Pourquoi vous écriez-vous"? pourquoi cette fureur? pourquoi, au milieu d'un repas, faites-vous apporter des fouets? Parce que vos esclaves ont dit un mot et que. pendant

II, I, 71 ; Juvcnal, i, 15 : el nos crgo nianum /iru/a" subduximus; Plutarque, Ca?s., 61 ; Ovide, .imat., i, 13, 17; rulgence le Mythol., i, p. 608 : schotitrihus rudimeulis tumidas ferulis gestaveram mnnus. — " Apulée, Métam , 9. — " Horace, Sut., I, 3, 117: Juvén.il, vi, 479; Ovide, /(.is, 185. — " Di'ffcs/e, 1 XLVII, tit X, Icg. 9, n. 3. — " Plante, .Wos/eH., 56; ;\fcn.,951; Carc, 128. — ".Apulée, Métam., vin, 28; Juste-Lipse, Commentaires sur Sénéquc, De ira, m, 19. — ■' Prudence, Péri Slcphanon,l. X, vs. 116, 121, P.L., t. Lx. col. 453.

CHATIMENTS

les conversations bruyantes de vos convives, ils n'ont pas gardé un silence absolu. Nous aurons fait vraiment une belle action quand nous aurons envoyé à l'ergastule un malheureux esclave ! Pourquoi nous liâter ainsi, le battre, lui briser les jambes? Laissons le temps passer sur le premier mouvement de colère, nous serons, tout à l'heure, plus calmes pour juger. Mais non 1 il nous faut tout de suite punir par le glaive, la peine capitale, les chaînes, les cachots, la faim, une faute qui méritait tout au plus un léger châtiment '. •

Les femmes ne sont pas moins excessives dans l'usage de la répression. Juvénal décrit la toilette d'une dame romaine; «pendant qu'elle met du fard, cause avec ses amis, fait déployer devant elle des robes brodées d'or, le bourreau frappe; enfin, quand les bras de celui-ci tombent de fatigue, elle crie à la malheureuse dont le supplice est fini : « Sors donc. » Un passe-temps assez répandu consiste à faire déshabiller l'esclave camériste, ornatrix, pendant la toilette, à la faire fouetter, puis la toilette reprend. Parfois, pour perdre moins de temps, on griffe avec les ongles le visage de la femme de chambre lente ou maladroite, ou bien on lui pique et déchire le bras avec une longue aiguille. Si Vornalrix est impeccable, on fait monter un esclave et, par manière de distraction, on le fait fouetter.

Qu'il y ait dans ces descriptions quelques exagérations, c'est possible et même probable; mais, outre qiu> l'on ne peut récuser l'ensemble des textes, nous savons l'existence des geôles destinées à recevoir les esclaves soumis à un châtiment moins spontané et plusprolongé;c'étaient les eryaslula dansl'exploitation rurale et. dans l'installation urbaine, quelque chose d'aussi repoussant. Apulée nous décrit une boulangerie : « Quels avortons d'hommes ! toute la peau sillonnée de traces livides par le fouet, le dos meurtri, quelques-uns n'ayant qu'une étroite ceinture, mais tous presque nus sous leurs haillons, le front marqué, la tête demi-rasée, les pieds entravés 2. «Plante est intarissable, on ferait un traité complet de tous les genres de châtiments appliqués aux esclaves avec les menaces, les allusions, les plaisanteries qu'il prodigue. Il existe une progression qui va des égratignures à la relégation dans les mines, dernier et suprême degré de l'horreur. \'oir Uiclionn., t. i, .\d

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