CHAUX
CHEDWORTH
mer vive nous l'appelons éteinte. Il semblerait qu'on ne puisse rien ajouter à ces merveilleux elïets, et cependant on y ajoute encore, car. si au lieu d'eau vous prenez de l'huile qui est le principal aliment du feu, vainement la chaux y sera trempée ou infusée : elle ne s'écliaufïera pas. »
Suint Augustin signale ici deux procédés d'extinction de la chaux, par infusion et par trempement, que nous allons retrouver chez Yitruve et chez Pline. Dans son II" livre, Vitruve traite de «la meilleure pierre qui fournisse la chaux ' » :
« Après avoir parlé, dit-il, des différents genres de sable, il faut maintenant traiter de la chaux qui se tait avec de la pierre blanche ou avec de la pierre dure qu'on fait cuire au four. Celle qui provient de la pierre compacte et dure est meilleure pour la construction, et celle qui provient de la pierre poreuse est préférable pour les enduits. Lorsque la chaux sera éteinte, il faudra la mêler avec les matières qui doivent entrer dans la composition du mortier : si vous avez du bon sable de terre, vous en mêlerez trois mesures à une mesure de chaux; si c'est du sable de rivière ou de mer, vous en mélangerez seulement deux mesures contre une de chaux. Telle est la juste proportion qu'on doit observer dans ces mélanges, mais il est bon de remarquer que le mortier serait meilleur pour l'usage, si l'on mêlait un tiers de tuiles ou de poteries pulvérisées avec deux tiers de sable de mer ou de rivière. Si l'on demande pourquoi la chaux produit une construction solide lorsqu'elle reçoit l'eau et le sable, il semble que la raison qu'on en peut donner est que chaque espèce de pierre est , comme les autres corps, composée de principes différents et que celles qui contiennent plus d'air sont friables, celles qui ont plus d'eau sont molles, celles qui ont plus de parties terreuses sont dures, et celles qui contiennent plus de feu sont fragiles. Or, si l'on pulvérise quelques-unes de ces pierres avant de les faire cuire, et qu'on en mêle la poudre avec du sable pour l'employer dans les constructions, cette poudre de pierre ne prendra aucune consistance et ne pourra lier la maçonnerie; mais, au contraire, quand ces mêmes pierres, ayant été mises dans le four, auront été pénétrées par la chaleur d'un feu violent et auront perdu le principe de leur solidité naturelle, elles seront privées de leurs forces et ne formeront plus qu'un corps dont les pores seront ouverts et sans résistance. En sorte que, quand la pierre de chaux ne renfermera plus qu'un feu caché à la place de l'eau et de l'air qu'elle contenait auparavant, étant trempée dans l'eau avant que ce feu interne s'évapore, elle acquiert de la force, et l'humidité venant à pénétrer ses pores, elle s'échauffe et rejette ensuite, en se refroidissant, le feu qu'elle contenait. De là vient que le poids des pierres qu'on met au fourneau n'est pas le même que celui qu'elles ont lorsqu'on les en retire; on les trouve alors diminuées du tiers de leur poids par l'évaporation de la partie aqueuse, quoiqu'elles aient conservé le même volume, .\insi, lorsque leurs pores et leurs interstices se dilatent, elles s'entremêlent avec le sable, se lient ensemble, et en se séchant font corps avec les pierres, ce qui opère la solidité des constructions. » Plus loin, Vitruve écrit encore : « Lorsque ces
trois choses (la pouzzolane, le tuf et la chaux;, également formées par la violence du feu, sont parfaitemené mêlées ensemble, aussitôt, en recevant de l'eau, elles se resserrent entre elles, se durcissent rapidement et forment un corps solide que ni les flots, ni la force de l'eau ne peuvent dissoudre ^
Il est clair que dans ce cas on n'ajoute l'eau à ces matières quapiès le plus parfait mélange, et que cette opération ne désigne qu'une chaux sèche réduite en poudre par le procédé que Vitruve indique par ces mots : lapis calcis intinclus in aqua et que saint Augustin rend par ceux-ci : perfundere calcem, perjusio calcis. En outre, Vitruve ne parle ici ni de bassin ni d'instrument pour broyer la chaux et ce n'est qu'après que ses pores se sont dilatés et qu'elle a perdu son feu, cum ea erit exiincta. quand elle a été trempée dans l'eau, qu'il en indique la proportion avec les différentes matières qu'on doit employer.
Outre l'usage avec divers matériaux, la chaux était employée pure. En ce cas, dit encore Vitruve, « on fera très bien de macérer dans l'eau, longtemps avant de s'en servir, la chaux faite avec des pierres blanches et poreuses, afm que, s'il se trouvait quelque pierre qui n'eût point acquis au fourneau le degré de cuisson nécessaire, et qui ne pût perdre son feu que par la longueur du temps, à la fm elle se trouvât divisée aussi parfaitement que les autres. Car lorsqu'on emploie de la chaux nouvelle qui n'a pas éprouvé une macération entière dans l'eau, il s'y trouve des petites pierres moins cuites qui forment sur l'enduit des grains apparents et qui ensuite, venant à se dissoudre, gâtent et détruisent le poli de l'ouvrage. >
Il est à peine nécessaire de rappeler l'emploi de la chaux pour les loculi des catacombes. Un certain nombre de petits objets, tels que patères, monnaies, boutons, ont été retrouvés à la place même où on les avait enfoncés. Parfois, une tombe a gardé une épitaphe tracée sur la chaux, d'ordinaire un simple nom ' (voir Dictionn., t. i, col. 1759, fîg. 464), parfois une mention plus Intéressante comme celle-ci * :
Ce sinnalum est doit se lire probablement signalum est précédé du chrismon; il faudrait peut-être lire : {Chrisli signum) signalum est (/iic).
H. Leclercq.
CHEDWORTH. En 1S64, M.Sam. Lysons découvrit les ruines d'une belle villa romaine à Chedworth Wood, dans le Gloucestershire. Cette habitation se trouvait à une distance de onze kilomètres environ de la ville de Cirencester, l'antique Corinium, et à vingt-six kilomètres environ de Gloucester '. Elle avait appartenu à un chrétien et, suivant la remarque de J.-B. DeRossi, la plus grande importance de ce monument se trouve
'Vitruve,!. II, c. v. — ''Vitruve, 1. II, e. vi. — »Dc Rossi, Ronm sotterr., t. m, p. 2SS : ao£ (odattis) ; p. 288: ...vidva; p. 289 : LEORivs (?); p. 323 : ei.,5„jo;; p. 343, p. 350 : Arcliidamo. Urbicus pater jecil in pacc, p. 390, cf. p. 92. — ' Iliid., t m, p. 283. — » Sur les circonstances de la découverte, cf. J. Farrer, Roman uitlas receiitlif discovered in Cliedwoilli IVood, dans Proceedings o/ tlie Society o/ antiqtiaries o/ Scolland, t. vi, part. 2, p. 278; quelques détails relatifs aux bains, par J. W. Grover, On a roman villa al Cliedimrllj, dans 7'fte journal o; llte Britisix arclieeotogiial nsso(ia(ion,1868, t. xxvi, p. 129-135; S. Lysons, dans Pro-
cccdinga of llie arcluvoîogical instiliUe at IVoro^icA-, Tlte Romans in thc Gloucestersliire, in-S», London, 1S6S; Our Brilisli uncestors : ivlio and wlial were ttieij ? in-8°, London, 1865 , p. 76; H. M. Scarth, On ttie roman villa at Chedworth, Gloucestershire, discovered in 1S61, dans The journal o/ the
! British archœological association, 1869, t. x.xv, p. 215-227; J -B. De Rossi, Inghilterra, Scoperta d'una villa romana cristiana, dans Bull, di archeol. crist., 1872, p. 122-123; J. W. Grover, Pre-Augustine clirislianilij in Britain, dans Tlie journal oj the British archeeological association, 1867,
I l xxin, p. 224.
CHEDWOKTH
dans le fait d'avoir été tiouvc en Angleterre. Nous avons dit (voir/)(d(onn.,au mol Bretagne [ Grande-], t. II, col. 115S), la rareté des souvenirs laissés par la chrétienté bretonne primitive. Gloucester a succédé à la colonie romaine Glevum, dans une région où la découverte d'armes et d'ustensiles du temps de l'occupation romaine n'est pas chose rare. Quelques années avant la villa chrétienne de Chedworth, c'était, au même lieu, une villa païenne qui sortait de terre.
La villa chrétienne semble s'étendre sur trois faces et offrir un grand nombre d'habitations et de locaux. On y devait trouver les appartements du maître, ceux de la lamilia domestica et probablement aussi ceux de la lamilia ruslica attachée à l'exploitation du domaine, l-'état de conservation des murs est assez satisfaisant et permet de supposer qu'après l'abandon et l'incendie de la villa, le lieu fut entièrement délaissé. On ne peut conjecturer les motifs qui amenèrent la ruine de la villa sans se jeter dans la fantaisie. Les invasions, les violences balayèrent à tant de reprises l'ile de Bretagne, sans distinction de païens ou de chrétiens, qu'on ne saurait attribuer la ruine à la profession de christianisme du propriétaire. Celui-ci avait voulu que hsigne de sa foi fût attesté dans les fondations de sa mai-
P'^'^^^'^ÎJ
2748. — Chrismes et épigraphie à Chcdwortli.
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- Plan de la villa chrétienne, à Chedworth.
D'après The Journal of the B!iti!:h archO'Ological association, 1869, t. xnv. pi 15.
A. Atrium .peut-être s'y trouvait-il un impluvium et quelques bosquets. De tous côtés cette cour était cernée par une gak'rie donnant accès dans les bâtiments, — o. Entrée dans la galerie de la maison d'habitation. — h. Deuxième galerie. — c. Troisième galerie. — (/. Escaliers donnant accès aux chambres d'habitation. — B. Maison d'habitation. — C. Dépendances, communs; exploitation du domaine.
— D. .\ppartements nobles. — E. Salle de bains et services qui en dépendent. — ■ F. Chambre avec bassin octogonal '. — /. Escaliers conduisant de la galerie à h\ salle de bains. Sous cet escalier, a été trouvé le monogramme. La salle de bains et ses dépendances n'avaient, scmble-t-il, aucune communication directe avec l'appartement noble, lequel avait son escalier spécial d, doimaut sur la galerie. — G. Logements dont la destination est inconnue; ils ont pu, d'après la disposition des lieux, servir de demeure au portier et aux gens de service que leur charge rapprochait de la personne et de la demeure des maîtres. g. Galerie pavée avec des tesserœ, bordée de colounes dont deux demeurent en i)lace — Il Iluins, buanderie (?). — A. Conduit servant à l'écoulement de l'eau. — 1. Hypocaustes. — K. Chambres et locaux pour l'exploitation. — L. Prœfiimiiim pour chauffer les bains. — M- Four, en bois. — N. Hypocaustes. — O. Maison du gardien actuel. — P. Musée des souvenirs relevés dans les ruines. — Q. Nouvelle avenue conduisant à la i>iila-
' S. Lysons propose d'y voir un baptistère (?). Cf. .1. NV. Grover, On a roman villa al Chedivorlh, dans The jimrnal
!>/ Ihe British archeeological p. 132, pi. XI.
associalion, 1868, t. xxiv.
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son; on a donc retrouvé, sous les escaliers conduisant du Ions corridor à \a villa iirbana, une pierre marquée du chrisme. Ce n'est pas l'efiet du hasard, puisque trois autres pierres, trouvées également dans les fondation';, portaient également le chrisme grossièrement tracé, et du type qu"on appelle : graflUe. Nombreux sont les monuments et même les maisons particulières portant un symbole chrétien, mais le fait de jeter ainsi le signe de la foi dans les fondations mêmes n'avait pas encore été rencontré. Nous avons déjà cité et figuré deux espèces de chandeliers en ferme de pyra-
c'est que la villa a pu être construite ru nr ou au iv« siècle (fig. '2748).
La maison d'habitation occupe sur le plan (fig. 2749) deux ailes en retour d'angle, comptant en tout seize chambres ou cabinets et un long corridor. C'est plus d'un côté du grand atrium.
CHÊFÀ 'AMR. En allant de Sephoris vers l'ouest et vers la mer, on rencontre le gros village de Chéfâ Amr, en Galilée ; le nom arabe actuel parait avoir remplacé l'ancien nom hébreu Chcferam. Les chrétiens y
2750. — Tombeau A. 2751. — Tombeau B.
Tombeaux de Chéfâ ■.\mr. D'après Mélaiyges de la Faculté orientale, 1909, t, m. pari. 2, pi. 17.
mides sur lesquels sont également tracés des chrismes et des croix (voir fig. 1702); enfin on a rencontré le monogramme sur un timbre de métal. On ne peut tirer de ces découvertes aucun indice chronologique certain, car on sait que le clirisme a été employé dès avant le règne de Constantin et longtemps après. Une seule inscription, très brève et très fruste, n'est pas de nature à suppléer à ce qui nous manque; on y lit les lettres suivantes : PRASIATA. Les mosaïques des pavements sont d'une technique satisfaisante et qui n'est pas inférieure à celle des pavements de Cirencester, lesquels sont d'une bonne époque. Mais tout cela ne nous apprend rien de précis; tout ce qu'on peut dire,
1 V. Guérin, Descript. géograph.^ III. La Galilée, in-S*", Paris, 1880, t. i, p. 413; Palestine exploration fund, memoirs, t. I, p. 340: Quarlerlu slatement, 1889, p. 188; 1891, p. 72, 187; Van Kasteren, dans Zeitschrift d. paldst. Vereins,
1889, t. xii, p.
Germer-Durand, Épigraphie chrétienne
de Palestine, dans Revue biblique, 1893, t. il, p. 206-207
sont en majorité et presque tous catholiques. Il exitte dans les environs d'anciens tombeaux chrétiens taillés dans le roc et ornés de sculpture, chose assez rare dans ce pays. Deux d'entre eux offrent, à leur entrée et sur les parois de leur petit dromos, une ornementation des plus intéressantes peur l'histoire de l'art chrétien, du moins en Palestine. Ils sont connus et publiés', mais on n'a peut-être pas sufllsammcnt insisté sur leurs particularités artistiques. « La date de ces deux sépultures, comme d'ailleurs de tout le groupe dont elles font partie, ne saurait être rigoureusement déterminée; je ne crois pas, écrit le P. Ronzevalle, qu'on se trompe beaucoup en les rapportant au siècle qui a pré-
Xotes de voyage en Saniarie et en Galilée, dans Cosmos, i^QA, t. xxvni, p. 521-524; Nouvelles archéologiques de Jérusalem, dans Cosmos, 1892, t. XXIII, p. 235-236; Rômische Qunrtalschri/t, 1890, t. iv, p. 321 sq.; S. Ronzevalle, dans Mélanges de la Faculté orientale, 1909, t. m, fasc. 2, p. 33* sq ; JuUien, dans Missions catholiques, 1889, t. xxi, p. 381-384.
CHÊFA 'AMR