CHEMINEE
cédé l'invasion nuisulmane, mais ce qui les rend particulièrement précieuses, c'est la comparaison qu'on peut établir entre l'ensemble de leur ornementation et le style de certains monuments clirétiens de provenance occidentale, par exemple, un sarcophage de Bordeaux ' et le ciborium de Bagnacavallo '. Les similitudes sont si étroites, parfois jusque dans le détail des motifs, qu'on ne peut vraiment les attribuer qu'à une tradition artistique commune '. »
Le tombeau A (lig. 27ôO) garde encore une partie de sa porte en pierre, sur laquelle sont figurés des panneaux comme sur une porte de Chaqqa (voir rig.'25S(}). L'ornementation sculptée est digne d'attention par la présence d'un symbolisme attardé et qu'on serait en peine de retrouver à cette date dans beaucoup de provinces. La porte de type carré est surmontée d'un écu portant la croix en relief, accosté de deux colombes; d'autres colombes se voient sur les montants latéraux de la porte, mais ce n'est pas la principale décoration. Celle-ci a été réservée pour l'arc qui surmonte l'entrée, on voit de chaque côté, au niveau du sol, deux vases anses d'où sort un cep de vigne bien pourvu de pampres et de fruits. Par-dessus cette guirlande, dans les
2752. — Inscription de Clièfà 'Amr.
D'après le Cosmos, 1894, t. xxvm, p. û21.
écoinçons, deux dauphins. Sur les pans de roclier latérauxqui conduisent à l'entrée du tombeau, on a sculpté une grande rosace et des palmes avec des colombes.
Le tombeau B (fig. 2751) nous fait voir un arc entièrement tapissé par un cep de vigne taillé avec force et d'un aspect très satisfaisant; le désir d'imiter la nature est évident. Le cep s'échappe de deux vases trop petits proportionnellement à la végétation qui en sort; ce qui est plus curieux, c'est la maladresse avec laquelle l'artiste a représenté un oiseau qui tombe littéralement sur le dos; les écoinçons sont remplis par une sorte d'acanthe. (À't arc encadre la porte du tombeau, baie carrée dont les parties planes entre la baie et l'arc portent une inscription divisée en deux par la porte; au-dessus de chaque cartouche, on voit une colombe. Sur l'ébrasement du rocher, en avant de la porte, sont sculptés ditlcrents animaux: lion, renard, chacal, et des représentations fantaisistes du soleil et de la lune.
Voici le texte de l'inscription :
Ke xpee
OHOICAM,
KAI GAe HCONMe KTCKNCO
ï H. Lcclercq, Manuel d'ardiéolotiie c/irt'/(c/ui*?, in-S", Paris, 1907, t. ii, p. .'^07- — - V<iir Divtionn., t. ii, ix ce mot. — ^ S. Ronzevalle, dans Mi^latifies de la Factillé orientai, 1909, t. m, fasc. 2, p. 31«. — • C.ermcr-Durand, Xolcs ilc voyage en Sumarie el en Galilre, dans Coshio.s, Les ntontles, 1S94, t. xxviii, p. 522-.")23. Hauteur moyenne des lettres.
K('jfi)i XpJiTT);, ',o-r,h{i)X Sa;;..... -/.a! Dér.acv p.; (■/»; Tiy.v(,)(vi.
« Seigneur Christ, secourez Sam..., et prenez pitié de moi et de mes enfants. »
Ilyabeaucoupde tombeaux chrétiens àChêfâ Amr; plusieurs ont été déblayés avec soin. .\ une demi-heure vers le sud, une inscription grecque est gravée sur le roc. D'après l'estampage (fig. '2752), en décomposant les lettres liées et en suppléant la première lettre de la seconde ligne, dont on retrouve les traces, on obtient
CAB ■ HrOY ■ AAPC • BAN
ce qui n'est pas encore facile à expliquer; on peut, en attendant mieux ou autre chose, s'en tenir à l'interprétation suivante : ï:aÈ(«i,:) [/,]yo-j(u.évo;) /aCpCï); Bav...;ii Sabbas, higoumène de la laure de Van..."?» Ce n'est qu'avec beaucoup de réserve, disait le P. Germer-Durand, que je propose cette lecture, qui suppose des procédés insolites dans l'épigraphie byzantine. Toutefois elle n'est pas sans vraisemblance *.
H. Leclercq.
CHEMINEE. Un texte de Vitruve paraît avoir été mal interprété. C'est le passage dans lequel l'architecte recommande, peut-être à cause des abus qu'on en faisait, de réserver les ornements sculptés pour les corniches des chambres où l'on n'avait pas besoin de faire le feu et par suite de laver souvent les traces de la fumée ^ Même en tenant compte de la douceur ordinaire du climat et de l'emploi fréquent de réchauds et de brasiers, on ne peut admettre que les appartements d'habitation n'aient été chauffés et s'ils l'étaient, faute de cheminées, ils eurent vite ressemblé à des huttes de Lapons. Grecs et Latins ont possédé les mots y.iiji'.vo:, xi-vr,, xar/oSo/T,, caminus, qui devaient bien répondre à quelque chose. Ce mot a signifié primitivement « un fourneau à fondre les métaux, à cuire la poterie, le verre, la chaux, etc.; il a été appliqué ensuite aux foyers servant au chauffage des bains ou des habitations et établis d'après les mêmes principes, c'est-à-dire ayant une ouverture placée au-dessous du feu, par où l'air s'introduit, et, audessus, un conduit ascendant plus large à la base qu'au sommet, ce que nous appelons proprement cheminée, qui rejette l'air et la fumée après la coni- ■ bustion ^ »
Les vases grecs, les peintures égyptiennes nous montrent des artisans faisant usage d'engins combinés en vue d'obtenir moins le dégagement de la fumée qu'un fort tirage d'air activant l'intensité de la flamme. A Pompéi, la boulangerie décrite par Mazois et explorée sous ses yeux, offre une construction carrée qui enveloppe le four et lui conserve sa chaleur en donnant issue à la fumée ". L'ne autre boulangerie dépendant d'une maison particulière de Pompéi est pourvue de trois tuyaux qui se réunissent dans une cheminée évasée à sa base en forme de hotte renversée ^; ce système a été fréquemment pratiqué à Pompéi et l'application qui en a été faite à des édifices modernes a donné de bons résultats '.
On ne saurait douter désormais que les anciens aient connu et mis en pratique les conditions dans lesquelles doivent être construits et peuvent fonctionner les appareils de cliauffage tels que les applique la civilisation moderne. Toutefois on se demande si de semblables appareils ont été aménagés à l'intérieur des habitations. Dès les derniers temps de la république
0»20. — 1 Vitruve, De archilecl., vu, .3, 1. — « E. Saglio, Dictionnaire des antiq, grecques et romaines^ t. i, p. S59-SG0. — ■ Mazois, Ruines de l'onipi-i, t. il, pi. xviii, xix, p. 60. — > Ibid., t. II, pi. .xx-xv. — " Donaldson, Pompéi, t. ii; Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, t. 1, p. 860, note 12.