CHENILLE
s'introduisit à Rome d'abord, dans les régions voisines ensuite, un nouveau mode de chauffage, véritable système de calorifère qui, après divers perfectionnements successifs, tut généralement adopté dans les habitationspour le chauffage des bains et des appartements. Ces hypocaustes répandaient l'air chaud dans toute la maison ou dans un corps de logis: ils remplacèrent le foyer primitif, symbolique et fumeux.placé au milieu de l'unique pièce dans les maisons primitives et distribuant libéralement ses émanations qui n'av lient d'autres issues que le toit, la porte, plus tard les fenêtres. On était loin de ce temps-là et on s'en éloignait rapidement. Bientôt, il n'y eut plus un foyer unique, au centre d'une chambre commune, servant tour à tour au sacrifice, à la cuisine et à la causerie; autour de cette chambre unique, au même étage ou à l'étage supérieur, d'autres chambres de destinations diverses pouvaient être chauffées '. On eut pour les repas des salles à manger accommodées aux diverses saisons ; plusieurs auteurs désignent l'endroit où le feu était allumé, dans les chambres d'hiver, par le mot caminiis ^. L'àtre, jadis identifié avec l'autel domestique, fut reporté dans une cuisine reléguée à l'extrémité de l'habitation, à la campagne. Dans les villes, pour les maisons à plusieurs étages, il fallait bien faire usage de cheminées canalisant la fumée ^ Dans la maison du Celius (voir Diclionn., t. ii, col. '2S4G) plusieurs caves destinées à la conservation des fruits étaient, suivant la prescription de Columelle, encore toutes noires de fumée '; en outre, trois chwnbres laissent voir l'emplacement des tuyaux de cheminées par où montaient des tubes de terre cuite qui traversaient les étages supérieurs pour atteindre le toit. L'hypocauste des bains avait aussi son tuyau d'évacuation, dont le conduit en terre cuite est encore enfumé *.
H. Leclercq.
CHEMISE. Nous trouvons au iv^siècle mention de ce vêtement pour désigner une tunique légère de lin portée sur la peau. Dans son traité en forme de lettre adressée à Fabiola sur les vêtements sacerdotaux, saint Jérôme nous apprend : Soient mililcuiles habere lineas quas camisias vacant, sic optas menibris suis et adstrictas corporibus «. C'était donc une iunica intima, un vêtement de dessous, tel qu'on en portait depuis longtemps, principalement les femmes de riche condition. L'usage s'en était donc très étendu, puisque les soldats eux-mêmes l'avaient adopté. Confectionné en tissu de lin ', c'est surtout vers le vi'^ siècle que nous commençons à recueillir, au sujet de la camisia, des mentions dans les textes. Isidore de Séville écrit : Camisias vocamus, quod in his dormimus in camis, id est in stalis noslris *; on dormait donc avec la chemise, cet usage semble s'être perdu au moyen âge.
A l'époque mérovingienne, la chemise semble jouir d'un certain honneur parmi les vêtements, puisque Fortunat rapporte que sainte Radegonde. s'étant arrêtée dans une église, déposa sur l'autel, à titre d'offrande,les plus fines de ses chemises ';par contre, la transformation du linge d'autel en chemise semble bien à "Victor de "Vite un sacrilège : il raconte que les Vaidiles pillaient les églises d'Afrique et de pallii
iVitruve, De arcliit., VII, m, 4; iv, 4 — = Suétone, P. /,., t. Lvni, Vilellius,c. vin; Sidoine Apollinaire, Epist., I. II, epist. II, col. 473 sq. — ' Diijesle, I. VIII, Ut. v, leg. 8, n. 5 sq. ; les décisions rapportées visent le cas ou une servitude pourra obliger ;\ supporter la fumée venant d'un autre étage. — «Columelle, I, vi, 19 : Qiionkini uina celerius vêtuslescunt, qiiie fumi quodcwi tenore prœco quem maliiritatem trahiml. — ' P. Allard, La maison des martyrs, dans Études d'histoire et (fnrdiéotoaie, m-12, Paris, 1899, p. 180. R. Lanciani a également trouvé des tuyaux de cheminée à Ostle. — "S. Jérôme, Ad Fat}ioIam, De uest. sacerd., P. L., t. xxii, col. 608 sq. — ' S. Augustin, Serm,, xxxvii, 6, P. /,.,
altaris, proh ne/as, (amisias sihi et jenioralia laciebanl". Pour camisia on emploie fréquemment subucala, ainsi Paul Diacre : Supparus, veslimentum luellarum, quod est subucula, id est Camisia dicilur; et Jean de Garlande, au .xi" siècle :
Camisiani vel interulani rem dicimus unam ; Additur tiis alias sabitura subucula vestes.
Vers le ix« siècle, camisia a parfois le sens de alba (aube) : Tiinica, linea vestis eral interior, quam camisiam dicimus, vel supparum, lit-on dans le traité De o/ficiis divinis attribué à Alcuin et Papias : Alba. vestis sacerdolalis linea stricta, qux camisia dicilur. ailleurs : Alba, vestis sacerdolalis usque ad talos, unde et talaris dicilur. Comme presque tous les vêtements usuels, la camisia a donc fini par s'introduire dans le vestiaire liturgique, mais c'est à une date tardive, car nous n'oserions attacher ce sens à duas camisias et quatuor oraria vobis transmisi quse prœdictis viris ex benediclione S. Pelri peto humiliter offerri, suivant ce que nous lisons dans la correspondance de saint Grégoire I"" ".
Une charte d'.\lphonse III, roi de Léon, en 891, mentionne camisias altaris Irez.
Chez les Grecs nous trouvons le mot /.au.: utov, sorte de vêtement de dessus ; -/.-.<;j.;<;iov, 6 i-\ xx^iTiov y'"<Sv, que Du Gange interprète ainsi : y.iijï pro leclo, c'est donc une chemise de nuit. Siinéon de Thessalonique décrit ainsi la camisia que portent les lecteurs : 'G sèvaYVwffT-fjÇ v.iv.- r,-OL'. k'vô-jaa ib y.aï.oJixïvov -/.auÎT'.ov, o~Ep xarà tÛîtov fôv.wvto'j iuTi [XLxpoO, r, <7-'.'/a,ç>irj-^ £■/. Àîvou, Tr,v à— aGyr,v -r,: UyWTÛvr,; or,).oOv, y., t.).. « Le lecteur porte un vêtement appelé chemise, confectionné sur le modèle d'un petit phelonion (voir Chasuble, col. 1193) ou d'une tunique et en lin, etc.» Georges Codinus attribue également aux lecteurs la camisia que Gretzer compare au o surplis ».
Les camisali sont dans la liturgie grecque les clercs chargés du soin d'apporter des charbons et d'entretenir un réchaud prés de l'autel afin d'avoir, en temps voulu, l'eau chaude qui doit être mélangée au vin du calice.
H. Leclercq.
CHENILLE. En 1834, furent trouvées, près de Doneraile, comté de Cork, en Irlande, et près de Tiinoleague, même comté, en 1843, deux amulettes irlandaises. Ces amulettes ont la forme de grandes chenilles d'environ 10 centimètres de longueur, très exactement imitées et incrustées de verres de couleur. L'interprétation donnée par les archéologues locaux fut que ces objets avaient été fabriqués comme préservatifs contre la chenille nommée conacit. Adrien de Longpérier en paraissait peu convaincu. « Nous ignorons, disait-il, sur quelles données cette croyance est fondée, et il se pourrait que ces chenilles eussent servi à décorer des fibules, comme un grand nombre de figurines émaillées représentant divers animaux, qui existent dans les musées archéologiques. Il faut remarquer d'ailleurs que la chenille, à cause de la faculté qu'elle possède de ressusciter après avoir été transformée en chrysalide, comme un mort dans son linceul, a été prise pour symbole par les premiers chrétiens". •
t. xxxviii, col. 217. — * S. Isidore, Etymol, 1. XIX, c. .vxii. n. 29, P. L-, t Lxxx. cjl. 687 — 'Fortunat, Vita S. Rade gumlis, c. xiii. Sous l'ancien régime, le privilège de présenter la chemise au roi de France était réservé au premier prince du sang présent au lever. — '• Victor de Vite, De persecut. Vandaloram. 1. I, n. 39, dans Corp. script, eccles. lat., t. vu, p. 17. — " S. Grégoire I", Epistol., I. VI, epist, xxvii, P. L., t. Lxxvii, col. S19. — '« .^. de Longpérier. Fibules irbmdaises en forme de chenilles, dans Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, 1859, p. 150- 151 ; réimprimé, dans Œuvres, édit. G. Schlumberger, 1883, t. II, p. 461-462.